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LE GÉNÉRAL DE COURCY A HUÊ

A peine arrivé au Tonkin, le général de Courcy comnienra une politique nouvelle qui — naturellement — fut la crilicjue d'un |)eu tout ce que l'on avait fait jus(pra!ors. D'autres nprùs lui en feront de même et cela doit être, car chaque homme a ses idées sur la chose qui l'intéresse; elles dérivent de Topinion générale, de lectures, de renseignements pris et ne conduisent trop souvent qu'à des princij)es

(l) Du 48 mai 1SS3 au o avril 1885, les Chambres avaient voté 332.233.li2 francs pour rexpêditioii du Tonkin.

erronés. La pratique, l'expérieuce personnelle sont seules capables de ramener a un entendement juste de la question ; or lliistoire de ce pays nous enseigne que quand la pratique est acquise — parfois bien avant déjà — Thomme disparait, et tout se recommence.

Les idées du général le portèrent à un dénigrement systématique du Tonkin ; pour lui, l'avenir était en Annam, c'est de ce pays dont il fallait s'emparer. Aussi presque dès son arrivée, annonça-t-il Tinlention d'exercer sur la cour de Hue une puissante action diplomatique, décidé, au besoin, à agir énergiquement, en d'autres termes, à imposer son système par la force.

Le 2 juillet, le général de Gourcy, escorté d'un bataillon de zouaves et d'une compagnie de chasseurs à pied, vint à Hue présenter ses lettres de créance au roi d'Annam. L*audience fut remise à quelques jours plus tard, sous prétexte d'une indisposé ion du régent Tuyét. Les mandarins se rendirent très nettement compte des intentions du commandant en chef et, dans leur inconcevablement puérile imagination, ne trouvèrent rien de mieux que le massacre du général et de son escorte. Ils croyaient qu'il suffisait de tuer le chef et son entourage pour avoir raison de la France I

Leur projet fut mis à exécution dans la nuit du 3 au 6 juillet. Les troupes françaises étaient logées, partie dans un ouvrage extérieur de la citadelle, partie dans la concession et la légation françaises ^ ; elles furent attaquées durant leur sommeil par une vingtaine de mille Annamites qui essayèrent des les mitrailler et de les brûler. Surpris mais non affolés, nos soldats se précipitèrent sur leurs armes ; aux lueurs des incendies qui les enveloppaient, ils tinrent tète à toutes les attaques et, vers le jour, ils finirent par chasser les assaillants de la citadelle leur infligeant des pertes énormes (1.200 à 1.500 morts). Un gros matériel de guerre et dix millions en numéraire et lingots restèrent aux mains des Français. Cette affaire coûta aux troupes 5 officiers et H hommes tués, S officiers et 79 hommes blessés.

Dès le lendemain, le roi Hàm-Nghi disparaissait de la capitale avec le régent Tuyét et les reines-mères *. Qu'il fût emmené de gré ou de force peu importe, le souverain de l'Anuam se trouvait ainsi

(i) Avant Tarrivée du général de Gourcy, la garnison française comptait un effectif de 375 hommes (lieutenant-colonel Pernot), avec les zouaves et les chasseurs cela formait un total de i.-il8 hommes ayant comme artillerie 6 pièces de douze de campagne, 6 pièces de 4 de montagne, 3 canonsrevolvers et â mitrailleuses.

Les troupes se trouvaient au moment de l'attaque :

Trois compagnies dans le bonnet de prêtre (Mang-Cà) à Tangle Nord- Ouest de la citadelle avec deux mitrailleuses.

Trois compagnies dans la concession française avec la batterie de 12 et Tambulance. .

Trois compagnies à la légation avec le reste de rartillerie, le général de Gourcy se trouvait là.

(2) Ttt-Da, la mère de Tv-Biïc, et Trang-t, sa femme.

soustrait à Tactipn française, jiulépendant de uoiiyeaii e| à |a )éle d'une petite armée. Toutes lés injooctiops pour le fajre revenir échouèrent. Quant au régent Nguyen-Vàn-Tu-ô-ng, soq rôle ai^rsilt besoin d'être mieux étudié. Avait-ii i'intentiqn de tromper la vigilance» de surprendre la bonne foi des Français, ou sentait-i} iq partie trop risquée et voulait-il, le cas échéant, se réserver un moyen de rester au pouvoir? Nous saurions d'autant moins nous prononcer que les données historiques sur cette époque nous font absolument défaut. Il paraîtrait néanmoins que, dans la journée du 5 juillet, Tu-crng avait fait parvenir à M. Lemaîre une lettre lui dénonçant le complot ; mais, comme la missive était en caractères chinois et que les préparatifs d'une grande réception pour le soir môme absorbaient le résident général, il remît traduction et lecture au lendemain. Quoi qu'il en soit, après la défaite, Nguyèn-Vàn- Tu-ô-ng ne s'éloigna que de quelques kilomètres de la capitale, puis vint se rendre au général de Courcy qui le fit diriger sur Poulo- Condore, d'où il fut conduit à Papeete (Taïti). Il y mourut le 30 juillet 1886, âgé d'un peu plus de soixante ans.

Après l'ahaire de Hue, il y eut quelques semaines de calme trompeur^nous en profiterons pour revenir aux événements du Cambodge.

SOULÈVEMENT DE Si-YATTHA (SUITE)

A la suite de Taccalmie momentanée, l'insurrection prit soudain des proportions inattendues et fort alarmantes. Dans la nuit de 27 au 28 avril 1885, plusieurs bandes dirigées par un ancien bonze incendient la chrétienté de Soog-Sau et le poste de Sachthbô, les habitants qui sont parvenus à se sauver rallient Phnom-Peuh dans les journées du 28 et du 29. Pourtant un jeune chrétien xJe Sông-Sau est pris par les rebelles et massacré devant l'église. Du 29 avril au 3 mai, le poste de Pursat (50 tirailleurs lieutenant Garnier) est assise par environ 700 rebelles ayant 200 fusils ; le poste repousse six attaques de vive force et pare à diverses tentatives d'incendie. Le 3 mai, le lieutenant Pérouse arrive au secours avec une colonne, dégage le poste et met les assaillants en déroute.

Dans la nuit du 2 au 3 mai, Phnom-Penh même fut menacé. Les rebelles se montraient partout à la fois. Il fallut organiser la résistance, lancer des détachements dans toutes les directions. Une colonne de 100 hommes (capitaine Kuntz) rencontra le 23 mai à Prey-Pring, à environ 10 kilomètres de Phnom-Penh, une forte bande de rebelles ; après un court combat, ceux-ci s'enfuirent laissant plusieurs morts et quelques blessés sur le terrain. Le lendemain, à une dizaine de kilomètres au Nord de Kompong-Tul, on trouva un millier d'individus retranchés, disposant de 200 fusils ; l'ouvrage fut enlevé, les rebelles en s'enfuyant abandonnèrent 27 morts, 2 blessés, 14 fusils, des outils, des armes blanches et des charrettes.

Fin mai et au commencement de juin, il y eut quelques opérations militaires sur le canal de llâ-Tién. Enfin, au Cambodge^ le capitaine de Jarnowski prit le fort dWngko. Ce fut loin d Vire la fin de la révolte, mais rinondation annuelle allait forcément suspendre pour un temps la marche des colonnes et aussi celle des rebelles qni, du reste, coniplîiient comme de braves paysans se mettre à cultiver un peu de riz, et il le fallait bien car tléjà il n'y avail pas eu de pèche au (îrand Lac. Après la récolte, ces mêmes braves paysans reprendront le fusil.

On recueillait là les fruits de cette politique intempestive, immédiatisle (jui devait ^e faire presque siuis bourse délier, dans laquelle tout était calculé, la direction et lu marche des affaires, l'origine et le résultat final, sauf la possibilité pour l'aléa ou l'adversaire de se présenter autrement ([u'il n'était prévu. Après avoir suivi durant les deux ans d'existence du cabinet Ferry (21 février 1883 — 30 mars 1885) son action en Annam et au Tonkin, on est bien conduit à reconnaître une action de même forme au Cambodge, et non moins mal inspirée. M. ThomsoB, le gouverneur de la Cochinchîne, fut accusé de tout. Ton reviendra peut-être un jour sur ce jugement. Au moment, il est certain qu'il dut subir les conséquences de ses actes et de ceux partis de plus haut. Avec la chute du ministère Ferry et la recrudescence de l'insurrection au Cambodge, M. Charles Thomson ne pouvait plus durer ; il partit en France < en mission » dit le Journal officiel de la Cochinchine. Le gouverneur s'embarqua le 27 juillet 1885 à bord du Peiho ; le général Bégiu prit, le même jour, les fonctions de gouverneur par intérim.

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