GÉNÉRAL DE COURGY. MORT DE UÀNIRAL COURBET
Dès la prise de Laing-San, le cabinet Ferry reprenait les négociations qui, ajoùtons-le, n'avaient jamais été entièremeht roihpues. il escomptait le succès acquis et même d'autres à venir. Là fortune le trahit, elle n'aime pas les inhabiles, et M. Jutes Ferry en filt un. A aucune époque, cet homme ne saisit bien la situation. L'occupation de Lcing-So-n était précaire, une forte poussée de l'ekineml pouvait tout remettre en question, et l'événement l'a prouvé ; ttlôme les deux brigades réunies eussent été obligées de se replieldevant un effort proportionné, constant, énergique. Il eût fellu des forces bien plus considérables pour défendre cette imihense frontière de Chine avec un défilé impossible à dos ; mais alors, comment ravitailler les troupes par Tunique, difficul tueuse et pénible voie des défilés ? Déjà au moment de la prise de Lang-Sah, la diVîsioh avait éprouvé loiitcs sortes de déconvenues avec sies convois.
En raison de cette précarité, il aurait fallu pouvoir négocier Mptdemeni, très rapidement. Mais, pour décider le gouveruetnetit de Pékin à faire vite, il n'y avait qu'un moyen, c'était d'agir par hier, de déclarer le riz contrebande de guerre dès le mois de janvier 1885 et d'être impitoyable, c'était d'affamer toute la Chine, c'était de prélever des contributions de guerre sur les ports, de bombarder méthodiquement, l'uh après l'autre, tous ceux ayant des défenses, et c'est ce que le cabinet Ferry ne pouvait et ne voulait pas faire. Il ne le pouvait pas, car il avait envoyé la flotte se morfondre et se ruiner à Kélung ; il ne le voulait pas, sinon il eût déclaré la guerre à la Chine, et nous savons que toute cette campagne se Bt sans la déclaration d'usage ni les conséquences qui en découleht. Jamais là lutte avec des ménagements, la demi-guerre n'a donné de bons résultats, car la guerre est la manifestation de la fol'ce par excellence, elle n'admet pas les moyens termes ; faire du bien à l'ennetti est tont droit se faire du ûlal à soi. Si l'on n'est point capable de knëifei* la guerre, dès la première heure, avec toute l'éttergtfe q'a'eltfe tbttiporte, fele^i vaut ne pas la cointoeticér.
Certes notre situation et notre action en Chine avaient pu porter ottibragfe â quelques-uhes des grandes puissances, mais l'incident de Bâc-LO, la duplicité des mandarins venaient de mettre l'opinion mondiale du côté de la France. Ces facteurs nouveaux ne furent pas sufnsammeiit exploités.
Le cabinet Ferry avait donc repris les négociations avec le îsong- Ly-Yamen qui, tout en discutant les propositions, ne cessait d'activer l'envoi des troupes à la frontière tonkinoise ; il voyait notre point faible et comptait^ lui aussi, se mettre en bonne posture pour traiter. Le 22 mars, le consul de France à Pékin, M. Ristelhuber, reçut comnàunication des pouvoirs conférés par le Tsong-Ly-Yamen à M. Campbell, délégué à Paris de sir Robert Ilart. Le 25 mars, les contre-propositions françaises arrivèrent à Pékin. La réponse du goiivernement chinois parvint à Paris le 31 mars, trois jours après la retraite de Lang-San et le lendemain de la chute du ministère. Le 2 avril, l'ancien président du Conseil remit cette dépèche au Président de Id République pour être transmise à son successeur. Le 4 avril, ie^ préliminaires de paix furent signés à Paris entre M. Billot directeur des affaires politiques au ministère des affaires étrangères et M. Campbell. Oh en était revenu au traité de Tientsin du H mai 1884 qile la Chine n'avait cessé d'offrir. On renonçait aux 250 millions réclamés par le ministère Ferry â la Chine, on n'eut même pasl'lndemnité de 500.000 taëls (environ 3.500.000 francs) que celle-ci s'était Offerte de payer après l'affaire de Bâc-L$.
L'article 2 des préliminaires stipulait la cessation des c hostilités partout, aussi vite que les ordres pourront être donnés et reçus, et la Ftante consenti lever immédiatement leblocusdeFormose)).(Le blocus du Petchîli et la poursuite de la contrebande de guerre subsistent jusqu'au traité définitif). Malgré lesstîpulalionsde paix, il élaitbondese garer des surprises de la diplomatie extrême-orientale, aussi le gouvernement laissa-t-il partir les renforts qui venaient d'être préparés. Le corps expéditionnaire fut porté de deux brigades à trois divisions d'infanterie dontdeuximmédiatemenlcomplétéespardes envoisauTonkin et Une division de réserve au camp du Pas-des-Lanciers (Bouches-du- Rhône)|)rète à partir au premier signal. Les deux millions de subsides demandés par l'ancien cabinet furent votés. Le 12 avril, le général Roussel de Courcy qui était à la tête du 10*= corps d'armée, fut nommé commandant en chef du corps expéditionnaire avec de très ghinds pouvoirs qui s'étendaient jusqu'à l'Ânnam. M. Lemaire, résidetit général à Hdê en fut prévenu dès le 14 avril. A Paris^ l'on se pénétrait de plus eh plus de la nécessité de concentrer dans la même hiaîn tous les pouvoiis, afiu d'en imposer â la Chine par une prompte décision éventuelle, et plus encore pour maîtriser cette coût- dé titii si bêtement de tnaûvaise foi, si incapable d'une échappée de boa sens, ne potivarit cesser de cohsi3Îrer et de trahir. Dans toutes les places du Tonkiti qui furent occupées par nos tfoupes,
et en dernier lieu à L^ng-San, on trouva des lettres de la cour attestant sa coopération aux efforts de Tennemi. Les mandarins ne se tenaient même pas tranquilles à Hue ; le 2S mars, le lieutenantcolonel Pernot dut faire enclouer 40 canons de la citadelle aûn d'en*lever aux Annamites toute velléité de s'en servir contre nous.
Le 30 avril, le général de Cou rcy embarqua à Toulon sur V Amazone avec son chef d'état-major^ le général de division Warnet, les généraux de brigade Jamont etPrudhomme, et le 11* chasseurs à pied.
Au Tonkin^ le général Brière de Tlsle fut informé aussi des changements survenus*; le 13 avril, il répondit par télégramme: a Mon patriotisme se réjouit des résolutions prises par le gouvernement : ma personnalité n'est rien en face de l'intérêt du pays. Je prendrai avec plaisir le commandement de la première division, surtout si le commandement de la seconde est donné au général de Négrier. ^
Cependant, même après la signature des préliminaires de paix, il se produisit divers incidents militaires au Tonkin. Le 8 avril, les réguliers attaquèrent un blockhaus établi au confluent du Fleuve Rouge et de la Rivière Noire. Fort mal reçus par la garnison du blockhaus que soutinrent les canonnières V Eclair, le Henri Rivière et des troupes de Hu-ng-IIoa, ils finirent par se retirer avec de fortes pertes. Aux environs de Kép également 2.000 réguliers tentèrent une attaque; ils furent battus éprouvant des pertes sensibles. Du côté français, il n'y eut qu'un homme tué et 7 blessés. Le 16 avril, le lieutenant Fayn avec 44 tirailleurs tonkinois et 6 soldats d'infanterie de marine poursuivit, entre San-Tày et Hung-Hoâ un parti de 400 pirates et les mit fort' à mal. Du côté de Bâc-Ninh et de Thâi- Nguyên des bandes des rebelles se montrèrent aussi, la canonnière Berihe de Villers (lieutenant de vaisseau Plazen) fut envoyée dans le Sông Cau afin de tenir ces gens en respect.
Le 14 avril, le général Brière de l'isle adressa une proclamation aux habitants leur annonçant le retour de la paix et de l'ordre. Le 13 avril, un décret impérial ayant trait au même sujet avait paru à la Gazelle officielle de Pékin, Autour du 21 avril, les hostilités cessèrent complètement. Dès le 29 avril, Dong-Song, Than-Mçi étaient occupés par le bataillon d'Afrique. Une commission impériale composée de MM. Woordruff, Volpicelli, Rocher (commissaire français des douanes chinoises) et quatre fonctionnaires chinois était venue à Ilà-NOi afin de s'entendre avec le général en chef et transmettre aux mandarins chinois les ordres du Tsong-Ly-Yamen . Le général Brière de l'Islc fit tout son possible pour faciliter les opérations de l'évacuation . Il prorogea de dix jours le délai accordé aux troupes du Yun-Nan dont la marche était particulièrement pénible.
Le ^'^ juin, le général de Courcy arriva en baie d'Along, il fut reçu par le général Brière de l'isle qui lui remit aussitôt le commandement en chef.
Le 13 mai, les négociations du traité déflnitif étaient engagées entre M. Patenôtreet S. E. Lî-Hung-Tchang. La Chine en voulait finir elle aussi, la Corée lui donnait des inquiétudes, le blocus du Petchili empêchait les riz d'arriver à la capitale, enfin les finances étaient épuisées par la guerre. Il ne fut pas possible néanmoins d'obtenir la moindre indemnité, la seule chose intéressante et favorable acquise fut la suppression delà suzeraineté chinoise sur l'Annam. Les puissances n'avaient donc plus qu'à reconnaître le protectorat et la cour de Hue à se soumettre à notre volonté. Le 9 juin 1885, le traité définitif fut signé à Tientsin et, le 22 juin, il fut présenté aux Chambres. Le traité ouvre deux points à notre commerce au delà de Lâo-Kay et de Lang-Son, prévoit l'établissement de consuls, l'ouverture de voies de communication et spécifie que les grands travaux publics seront faits de préférence par des ingénieurs français.
Le 9 juin décédait l'amiral Courbet à bord du liayard au mouillage de Makung(Pescadores). L'illustre et vaillant amiral venait de succomber aux suites d'une maladie de foie contractée dans les pays chauds et que les fatigues de la récente campagne avaient aggravée encore. Il fut regretté par toute la marine française et plus particulièrement par les états-majors et les équipages ayant servi sous ses ordres. Homme juste et entendu, il avait une supériorité de vues qui imposait aussi bien aux siens qu'à l'étranger et à l'ennemi. Le ministre de la marine, amiral Galibert, ordonna au Boyard de ramener le corps en France. Les obséciues nationales eurent lieu à rilôtel des Invalides, puis à Abbeville pays natal de l'amiral.
Au moment de Fhistoire où nous sommes arrivés, le Tonkin avait environ 35.000 hommes de troupes de toutes armes dont un cinquième de tirailleurs tonkinois. La division navale comptait 33 bâtiments montés par 1 .800 marins. Kufin, il y avait au Pas-des- Lanciers une division prèle à être embarquée. La grande guerre était finie, il y aura encore bien des bandes à poursuivre, des pirates à châtier, mais enfin le Tonkin nous a[)parlenait. Seulement à à quel prix de sang et d'argent ! Il est eiïrayanl d*y penser ^