RÉSUMÉ
Des six précédentes sections et aperçu de la médecine en France, pendant les trente-quatre premières années du dix-neuvième siècle.
Parmi tant de grands noms dont l'histoire nous conserve la mémoire, il y en a de plus élevés, d'immortels que nous allons rappeler; car à chacun d'eux se rattachent d'importantes découvertes ou l'une des plus grandes époques de la médecine.
Podalire , l'un des fils d'Esculape , nous lègue le premier fait connu de l'opération de la saignée. Hippocrate, le plus illustre des médecins , jette une vive lumière sur le diagnostic et le pronostic des maladies; Aristote, l'un des plus grands naturalistes , fait d'importantes découvertes en anatomie , surtout en anatomie comparée ; Praxagoras a la gloire d'avoir distingué les veines des artères et démontré que celles-ci donnent seules des pulsations. L'école d'Alexandrie brille d'un grand éclat pendant mille ans : elle produit Hérophile et Erasistrate , dignes émules de science, spécialement en névrologie. Les pyrrhoniens Philinus et Sérapion réhabihtent l'empirisme en médecine, créé par Ilippocrate. Asclépiade de Prusc signale les dangers des vomitifs,
des SLidoriliques , les avantages de la saignée, et paraît avoir divisé le premier les maladies en aiguës et chroniques. Tliéraisson , fondateur de l'école méthodique, met les sangsues en usage; et l'un de ses partisans , l'encyclopédiste Celse , est un chirurgienmédecin très distingué. Athénée , fondateur de l'école éclectico-pneumatique , indique les bonnes et les mauvaises qualités des céréales et la manière de filtrer l'eau. Arétéeest un des meilleurs observateurs de l'antiquité, spécialement pour les maladies chroniques , et Antyllus décrit l'hydrocéphale et l'opération de la cataracte par extraction. Galien , savant d'une vaste érudition , habile opérateur , praticien consommé pour son époque , tâche de ramener ses contemporains à la médecine d'Hippocrate.
Le pillage, les dévastations, la décadence des sciences occupent le trop long intervalle du troisième siècle au neuvième. CœUus Aurélianus, Aetius, Alexandre de Tralles, Paul d'Egine y brillent cependant. Les hôpitaux, déjà créés pour le soulagement des indigens malades , servent en outre à l'instruction des jeunes médecins. Rhazès, Abu'l Kasem, Avicenne, Avenzoar, Averrhoës, les écoles de Bagdad, Cordoue, Salerne , etc., deviennent justement célèbres, lors de l'exercice de la médecine par les moines , à une époque honteuse pour l'enseignement et la pratique de l'art de guérir. Hugues et Abizo, professeurs distingués dans l'école de médecine de Paris , qui reçoit le titre d'université au treizième siècle, Lanfranc, élève de Salicet, très célèbre dans
le collège de chirurgie de Paris , survivent à eux-mêmes à différens titres , ainsi que Mondini de Luzzi, professeur à Bologne , qui dissèque publiquement , pour la première fois, deux cadavres de femmes, et Guy de Chauliac , élève de Montpellier, l'un des restaurateurs de la chirurgie. Leonicenus; Linacer , fondateur du collège de médecine de Londres, et surtout nos savans compatriotes Duret, Foës, Fernel, dignes interprêtes d'Hippocrate, réhabilitent Fart de guérir. Servet, Brissot, Vésale, Dubois font mieux apprécier les avantages de la plilébotomie , mettent leurs zélés contemporains sur la trace de la découverte des valvules dans les veines, soulèvent un coin du voile épais qui couvre encore la grande circulation en décrivant celle des poumons. L'excellent Paré a la gloire d'avoir le premier lié des artères et imaginé une théorie plus rationnelle des plaies d'armes à feu. Le magicien Cardan , le réformateur et cabalistique Paracelse , adversaire fougueux des humoristes galénisles ; Zacchias , le plus ancien des écrivains sur la médecine légale, datent aussi du seizième siècle , époque détestable de l'alchimie et de la sorcellerie, pendant laquelle toutefois la matière médicale et la chirurgie ajoutent aux conquêtes presque toujours progressives de la médecine, grâce aux importans travaux de Turneysser , q^ui représente le premier par des gravures le corps de l'homme écorché, de Tagliacozzi, le réparateur des nez : des Vigo, Bérenger, Ingrassias et Fallope.
Les grands travaux, les admirables découvertes de
ces laborieux investigateurs conduisent à celle plus admirable encore de la grande circulation, par Harvey , à celle des vaisseaux chylifères, par Aselli ; et vingt ans après , à celle du tronc commun de ces vaisseaux et des lymphatiques, par Pecquet. Les fondateurs ou partisans des théories chimiques et de l'école iatrornathématique, Borelli , Leeuwenhoek , Malpighi, Baglivi, Vieussens, Chirac,- Ruysch acquièrent alors une célébrité justement méritée par leurs travaux en anatomie, physiologie , pathologie et thérapeutique. Spigel , Bartholin ^ Willis jettent une vive lumière sur la structure et les fonctions des poumons, des vaisseaux lymphatiques, des glandes et des organes de la génération. Le spiritualiste Vanhelmont fait de l'archée de Paracelse un des points capitaux de sa théorie et localise le premier quelques maladies. Sauvages, iatromathématicien et dynamiste, précède la création de l'école dynamique, dont Stahl est le fondateur, dont Bordeu , Barthez, Fontana sont les partisans. La théorie mécanico-dynamique d'Hoffmann prélude à celle de l'excitation. L'irritabilité, si bien démontrée par les belles expériences du grand Haller, partage la médecine entre l'humorisme , le solidisme et l'empirisme , celui-ci enrichissant la matière médicale de plusieurs remèdes précieux. Sydenham, grand praticien du dix-septième siècle, honoré du surnom de second Hippocrate , Boerhaave, Huxam, Pott, Stoerk, Zimmermann, Zinn, Tissot, Fabre ; Cullen , narrateur fidèle; Selle, qui rapproche les fièvres des phlegmasics,exer-
cent et enseignent d'après les principes de riiiirnorisme, du solidisrae ou de l'empirisme. Ramazzini , Chicoyneau , Lancisi , Stoll , Rœderer, Wagler se distinguent comme observateurs et historiens d'épidémies, tandis que Bonet, Vaisalva, l'illustre Morgagni , Lieutaud , Baillie font faire de si grands progrès à l'anatomie pathologique, et Solano, Hernandez, Ménuret, Fouquet surtout perfectionnent l'art sphygmique , et Auenbrugger le diagnostic de quelquesunes des maladies de la poitrine. Enfin les recherches et expériences sur l'inoculation aboutissent à la découvertede la vaccine,l'une des plus admirables de l'esprit humain. Pendant la dernière période du dix-huitième siècle , la chimie fait des progrès surprenans qui séduisent un instant la médecine. Le solidisme et l'humorisme se disputent la prééminence et l'on est vraiment embarrassé de la place à donner à tant de noms célèbres en tête desquels doivent figurer Lavoisier, Fourcroy, Parmentier, Deyeux, Vauquelin , BerthoUet , Chaptal , Galvani, Meckel, Soemraerring, l'illustre Cuvier , Brown, Portai, Corvisart , Hallé, Des Genettes , Desault, Sabatier, Pelletan , Percy , Larrey , Scarpa , Hunter, Reil, Monro , Dubois, Baudelocque, Boyer, Gavard , Lauth, Barthez, Chaussier, l'immortel Bichat , Hildebrandt, Frank, Burserius, Girtanner , Bell, Pinel , Hufeland, Starke , Baumes et tant d'autres également chers à la médecine pour les progrès dans une ou plusieurs de ses parties dont elle leur est redevable.
L'impulsion donnée par tous ces grands hommes
est heureusement soutenue par plusieurs d'entre eux et leurs savans disciples ou collaborateurs. Les progrès des sciences médicales pendant les trentequatre premières années du dix-neuvième siècle, ne sont pas moins sensibles ni moins importans que les belles découvertes des onze dernières années du siècle précédent. L'anatomie générale, l'anatomie comparée , l'anatomie pathologique, la physiologie, les expériences et les vivisections jettent un vif éclat sur l'art de guérir; et tandis que la France promène ses glorieuses enseignes en Orient et dans toute l'Europe, la médecine et la chirurgie militaires s'y font honorablement distinguer. Les inconvéniens , les dangers de l'humorisme, du brownisme sont signalés. L'apparition mémorable de V Examen delà doctiine médicale généralement adoptée^ exerce une heureuse influence sur la pratique. La nature, l'intensité si différente, l'étendue, les caractères si variés des maladies sont mieux appréciés. Celles de l'appareil respiratoire, du tube digestif, de l'encéphale, ses blessures et l'aliénation mentale sont mieux connues et traitées plus rationnellement. On apporte plus de circonspection dans l'emploi des remèdes ; la thérapeutique, mieux éclairée, devient plus bienfaisante, la matière médicale s'enrichit de précieuses acquisitions, du sulfate de quinine, l'une des plus importantes assurément. La médecine légale , la toxicologie , l'art obstétrical trouvent de dignes interprêtes , sont enseignés par de savans professeurs. La chirurgie profite de l'impulsion de la médecine, en mettant
l'art de conserver au dessus de l'art d'opérer si perfectionné en France. Les anus contre nature, les rétrécissemens de l'urètre , les fistules sont plus heureusement traités et guéris. La lithotritie , la rhinoplastie, d'habiles opérations, d'ingénieux appareils pour la téte , les organes des sens et de la génération, pour le cou, le tronc et les membres, sont inventés ou perfectionnés. Le diagnostic et le pronostic des maladies s'élèvent parfois à la certitude mathématique ; la clinique est fort heureusement perfectionnée et les maladies çle la peau mieux connues. Les épidémies sont étudiées par d'infatigables observateurs : la peste, la fièvre jaune, le choléra, par d'héroïques expérimentateurs et d'habiles historiens. Les découvertes et les faits qui ne font point l'objet d'ouvrages spéciaux sont enregistrés dans les recueils périodiques et journaux de médecine , mines inépuisables et profitables pour qui veut s'instruire ou s'exercer à rendre ses idées clairement et avec précision. Enfin l'art de guérir est parvenu maintenant à un tel point d'élévation , qu'en le partageant en trois grandes sections , pour ce qu'il a de positifs de douteux , ^inconnu y la première sera la plus remplie. Puissent la médecine et la chirurgie françaises du dix-neuvième siècle , si haut placées dans l'esprit] des nations, être dignement appréciées en continuant d'avancer et avoir un historien fidèle.
Fllf.