‹ Abrégé de l'histoire de la médecine, considérée comme science et comme art dans ses progrès et son exercice, depuis son origine jusqu'au dix-neuvième siècleChapitre 26 sur 38 · CHAPITRE IV · texte numérisé non relu

CHAPITRE IV

De quelques-unes des maladies des membres et des opérations qu'elles nécessitent.

La plupart des maladies qui affectent les parties dures et les parties molles qui entrent dans la composition des membres , les fractures surtout et quelques-unes des altérations morbides fixées sur les articulations , n'avaient point échappé à l'esprit observateur des anciens. Les écrits d'Hippocrate en font foi. Mais il en est d'autres qui datent d'une époque bien plus récente. Ainsi A. Paré paraît être le premier qui ait parlé des corps étrangers formés dans certaines articulations , nommé-

ment dans celle du genou , et l'usage des armes à feu a fait naître une série de blessures inconnues aux anciens , blessures dont l'histoire serait bien propre à faire voir par combien d'erreurs l'esprit humain doit passer avant d'arriver à la découverte de la vérité. Toutefois, pour ne pas dépasser les bornes que nous nous sommes imposées, nous croyons devoir nous restreindre dans ce dernier chapitre à la recherche de l'origine et de l'histoire de l'amputation des membres et des anévrismes.

A. La chute naturelle des parties sphacelées, l'exfoiiation des parties osseuses , l'enlèvement d'un membre par un accident quelconque ont dù suggérer l'idée de l'amputation. L'auteur d'un ouvrage attribué à Hippocrate veut qu'on cherche à prévenir les hémorrhagies abondantes qui sont la suite ordinaire d'une amputation, en prescrivant un régime rafraîchissant et donnant au membre une position horizontale ou même plus élevée que le reste du corps. Celse reconnaît aussi la nécessité de l'amputation, malgré les grands dangers dont elle peut être suivie. De son temps, on faisait la section entre les parties mortes et les parties saines ; de manière cependant à intéresser légèrement ces dernières. On sciait l'os un peu au-dessus de la section faite aux parties molles, on enlevait les aspérités, puis on ramenait la peau sur le moignon en tâchant de couvrir l'os intégralement. Enfin on appliquait des compresses et par-dessus une éponge trempée dans le vinaigre sur les parties non recouvertes par

les tégumens. Pour prévenir l'effusion du sang, Archigènes d'Apamée lie le membre tout entier' retire les tégumens au-dessus du point où il veut pratiquer l'incision et les attache solidement. L'amputation étant terminée , il brûle la surface du moignon avec un fer rouge, la couvre de compresses ployées en double, puis il enlève la ligature, fomente avec de l'ail et du sel broyés ensemble et panse la plaie avec de l'huile ou du cérat. Héliodore blâme la méthode d'amputation en un seul temps ; Galien recommande l'amputation dans l'article.

Les Arabes et les praticiens du moyen âge ne font pas ou perfectionnent très peu les amputations. Le fer rouge continue d'être le moyen préservatif de l'hémorrhagie jusqu'au moment où le célèbre Paré fait usage de la suture médiate. L. Botal propose d'abattre le membre d'un seul coup. R. Wiseman fait l'amputation dans les chairs vives avec un couteau courbé en forme de faucille. Il rejette la bourse de laine proposée par F. de Hilden pour envelopper le moignon.

Presque tous les chirurgiens du dix-septième siècle se contentent de relever la peau et de la maintenir ainsi à l'aide d'une ligature. Dionis recommande la ligature des vaisseaux et repousse la cautérisation. Dans le siècle suivant , J-L. Petit rend d'éminens services à la théorie des amputations. Il corrige le tourniquet et indique de nouveaux cas d'amputation. Il propose de faire l'opération en deux temps afin de scier l'os aussi haut que possible. H-F. Le Dran

fait la première amputation du bras clans l'article et S. Morand essaie aussi de désarticuler la cuisse. La Faye fait quelques modifications à la méthode de Le Dran pour lamputation de l'articulation scapulo-humérale. L'amputation à lambeaux déjà faite précédemment est perfectionnée par H. Ravaton. J. Bagieu , chirurgien habile des armées françaises , propose et fait le premier la résection des os. A.Louis conseille de relever la peau et les muscles avec une compresse fendue, avant de scier l'os, puis il applique une quantité suffisante de charpie et plusieurs compresses qu'il maintient par un bandage roulé.Une dispute célèbre s'établit alors entre les chirurgiens français les plus distingués sur la nécessité de l'amputation etles cas dans lesquels on doit s'en abstenir. E. Alanson cherche à rendre la plaie creuse et conique en donnant une direction oblique au tranchant du couteau. Il conserve beaucoup de peau , la dissèque dans une certaine étendue et la relève avant de couper les chairs à la base de ce repli. Enfin les méthodes et procédés opératoires de l'amputation des membres dans leur continuité et leurs articulations sont modifiés par une infinité d'habiles opérateurs qui portent non loin de la perfection cette partie importante de la chirurgie.

B. Les anciens ne savaient pas distinguer les varices des anévrismes, faute de connaissances anatomiques nécessaires. Philagrius est le premier qui fasse mention de l'anévrisme. Il met à nu la tumeur anévrismale, applique une ligature au- dessus et au-dessous

de la tumeur, ouvre lë sac^ le vide de tous les caillots de sang et le remplit de suppuratifs. Paul d'Egine , Abu'l Kasem et la plupart des chirurgiens du moyen âge adoptent ce procédé.

Lanfranc conseille le premier le cautère actuel comme un moyen propre à favoriser la suppuration et la guérison de la plaie artérielle. M-A. Sévérin ose lier l'artère crurale anévrismatique très près du ligament de Poupart. J. de Yigo tente le premier de guérir les anévrismes par la compression graduée et lesstyptiques.P. Michon emploie le tourniquet à cet usage et se guérit ainsi lui-même.

Dans le dix-huitième siècle, les chirurgiens français rivalisent de zèle dans l'invention d'aiguilles propres à opérer la ligature de l'anévrisme et dans le perfectionnement des instrumens compressifs. Brossard recommande lepremier l'agaric comme un moyen trèspropreà arrêter l'hémorrhagie. Ch. Guattani, Mazotti, A.Monro, Boyer, D. Anel, Théden, Dubois, Sabatier, G. Hunter, Scarpa, Richter et Desault imaginent de nouveaux moyens compressifs, proposent l'application de la glace et des réfrigérans , ou des procédés nouveaux pour la ligature des artères affectées d'anévrisme vrai ou d'auévrisme faux. Ces praticiens et beaucoup d'autres publient des observations intéressantes qui jettent plus de lumière sur la nature et le traitement de ces maladies.

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