Abrégé de l'histoire des Suisses
La contrée que nous appelons aujourd'hui la Suisse, située entre l'Allemagne, la France et l'Italie, bornée par le Jura, le Rhin, le lac Léman et les Alpes, resta long-temps inconnue aux peuples civilisés de l'antiquité. De sombres forêts aussi anciennes que le monde en couvraient la plus grande parlie; le taureau sauvage et l'élan , qui ne se retrouvent plus aujourd'hui que dans quelques forêts de la Pologne, l'ours, le loup, le cerf, le sanglier, erraient dans ces vastes solitudes. Des serpents monstrueux avaient leurs repaires dans les marais ou dans les gorges des montagnes. Les historiens anciens donnent aux premiers habitants de cette contrée le nom d'Helvétiens.
Ils appartenaient à la grande nation des Celles ou Gaulois, avec laquelle ils paraissent toutefois n'avoir conservé que peu de relations depuis leur établissement dans ce pays isolé, comme nous venons de le dire, de tous les pays voisins. Appelés à lutter sans cesse contre la rudesse du climat, contre l'àpreté du sol -et contre les animaux sauvages qui les entouraient , ils étaient robustes et vigoureux et accoutumés à mépriser le danger. Cependant ils étaient pacifiques : sans doute la nécessité d'arracher à la terre leur subsistance par un travail opiniâtre
2 LES ANCIENS H ELVÉTIENS.
ne leur permettait pas de se livrer à cet esprit aventureux et guerrier qui distinguait les peuples germaniques, leurs voisins du côté du septentrion. Quoique certains historiens les appellent riches, peut-être à cause de l'or que charient en petite quantité quelques torrent» des Alpes, quoiqu'on sache qu'ils faisaient usage de l'alphabet grec , tout indique qu'ils étaient pauvres, sans commerce important, et étrangers aux arts et aux sciences. Il ne reste d'eux ni médailles, ni vestiges de bâtiments; leurs demeures étaient des cabanes en bois, et leurs temples, la profondeur des forêts; c'est là qu'ils cherchaient la présence de leurs dieux et qu'ils leur offraient leurs sacrifices.
La nation des Helvétiens se composait de quatre grandes tribus' ou cantons; chacun d'eux comprenait à son tour un grand nombre de communautés; autant de vallées, autant de corporations indépendantes. Ces cantons, ces corporations, étaient unis entr'eux par la communauté d'origine, de mœurs et de langage, et par le besoin de la défense mutuelle, mais la nation ne formait pas un étal, et il n'existait nulle part ce qu'on appelle aujourd'hui un gouvernement. Dans chaque communauté, l'assemblée de tous les hommes libres en état de porter les armes décidait de toutes les affaires. Tous étaient égaux; les magistrats, élus pour un temps limité, ne faisaient qu'exécuter ce que l'assemblée du peuple avait décidé; les druides ou prêtres seuls jouissaient d'une autorité fondée sur le respect qu'on portait à la religion. Quand on allait en guerre, on élisait des chefs militaires pour la durée de l'expédition.
Du côté du levant, dans les hautes Alpes où le Rhin prend sa source, étaient les Rhétiens, dont les ancêtres étaient venus d'Italie, et dont les descendants parlent encore aujourd'hui une langue, le romœnsch, dont l'origine est la même que «elle de la langue latine. C'était un peuple de mœurs sauvages, d'une bravoure indomptable , avide de pillage , impitoyable pour les vaincus.
Environ cent ans avant la naissance de notre Seigneur Jésus- Christ, une multitude innombrable, formée de diverses nations venant du fond de la Germanie, et dont les Cimbrcs et les Tcu-