‹ Abrégé de l'histoire des SuissesChapitre 2 sur 49 · LES ANCIENS HELVÉTIENS · texte numérisé non relu

LES ANCIENS HELVÉTIENS

tons étaient les plus considérables, s'approcha du pays des Helvétiens. On y comptait trois cent mille combattants , outre les vieillards , les femmes et les enfanls. Ils cherchaient un pays meilleur que le leur, où ils pussent s'établir. Les Hclvéliens se joignirent à eux en grand nombre. Ils se dirigèrent vers la Gaule, aujourd'hui la France , qu'ils parcoururent en tout sens et qu'ils dévastèrent. Ils battirent une armée romaine envoyée pour leur barrer le passage.

Les Romains, pour faire une diversion et empêcher l'ennemi de pénétrer en Italie, envoyèrent une nouvelle armée au-delà des Alpes, sous le commandement du consul Lucius Cassius. Les Tigurins, une de ces quatre tribus helvétiques, se séparèrent aussitôt des Cimbres et accoururent au secours de leur patrie, sous le commandement d'un jeune guerrier nommé Divico. Les deux armées se rencontrèrent près des bords du lac Léman. Tétait la six cent quarante-sixième année depuis' la fondation -le Rome; les Romains étaient depuis long-temps maîtres de toute l'Italie; ils avaient triomphe de la puissance de Carthage et renversé le trône d'Alexandre-Ie-Grand ; leur domination s'étendait sur trois continents; ils se trouvaient en présence d'une peuplade demi-barbare dont ils avaient peut-être jusqu'alors ignoré le nom. Les Tigurins remportèrent une victoire complète; Cassius périt, avec lui l'un de ses lieutenants et la fleur de son armée. L'autre lieutenant se réfugia avec le reste dans le camp retranché, mais voyant sa retraite coupée, à la veille de manquer de vivres, il fut obligé de se rendre. II livra des otages et abandonna au vainqueur la moitié de ses bagages et des armes de ses soldats. Toute l'armée défila en se courbant sous une lance posée en travers sur deux pôteàux. C'est ce qu'on appelait passer sous le joug; il y avait des siècles qu'une armée romaine n'avait subi cet affront.

Cependant les Cimbres et les Teutons poursuivaient leur marche au travers des Gaules jusqu'à la mer Méditerranée, exterminant toutes les armées qu'on tentait de leur opposer. L'Italie était consternée ; c'en était fait de Rome s'ils eussent alors marché contre elle, mais ils se tournèrent du côté des Pyré-

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nées et combattirent sans succès pendaut trois ans contre les Celtibériens.

Les Romains employèrent ce temps à préparer de nouveaux armements ; le consul Caius Marins s'appliqua à rétablir la discipline dans l'armée et à lui rendre sa confiance en elle-même, puis il attendit les Teutons et les défit complètement près d'Aix en Provence. Après cette victoire, il marcha au-devant des Cimbres qui s'étaient séparés des Teutons quelque temps auparavant, et qui , ignorant encore la défaite de leurs alliés, débouchaient des Alpes pour aller les rejoindre dans les plaines de l'Italie; il leur livra bataille auprès de Vérone et remporta sur eux une nouvelle victoire qui sauva Rome et le monde civilisé. Les Tigurins sous Divico étaient restés en arrière pour garder les défilés des Alpes; quand ils apprirent la défaite des Cimbres, ils se retirèrent dans leurs foyers sans être inquiétés.

Cinquante années s'écoulèrent sans que les Helvéticns se trouvassent de nouveau en contact avec les Romains, mais depuis les migrations des Cimbres et des Teutons , tout le nord était en mouvement, et les bords du Rhin devinrent le théâtre de guerres continuelles entre les Germains et les Helvétiens. • Ces guerres si fréquentes devaient nécessairement amener des changements importants dans l'intérieur de la nation. La jeunesse s'accoutumait à une vie aventureuse et se dégoûtait du travail soutenu auquel la nature du pays obligeait ses habitants; les chefs s'enrichissaient des dépouilles des peuples vaincus, et l'égalité qui avait régné jusqu'alors entre les Helvétiens disparaissait ainsi peu à peu; l'habitude du commandement les induisait naturellement à chercher les movens de le conserver.

Orgétorix était l'un des hommes les plus illustres par sa naissance et le plus riche de la nation; il possédait dix mille esclaves, qu'il avait hérités de ses pères depuis la guerre des Cimbres, ou qu'il avait conquis lui-même dans les expéditions contre les Germains; il entretenait d'étroites relations avec les chefs des peuples gaulois du voisinage et avaitjmêmc donné sa fille en mariage à l'un d'eux. Toutes ces circonstances contribuèrent à développer chez lui le désir de régner sur ses conci-

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toyens; pour y parvenir, la guerre lui était nécessaire. Il commença par gagner secrètement en faveur de ses plans les principaux de la nation , puis il se présenta devant l'assemblée des Helvéliens. Il leur exposa qu'il ne convenait pas à un peuple vainqueur des Romains et des Germains dans tant de combats, de se consumer en efforts pour arracher à un sol ingrat une chétive subsistance, tandis qu'il ne tenait qu'à eux d'aller chercbcr dans les Gaules un climat plus doux et un sol plus fertile et de s'y conquérir une nouvelle patrie. Cette proposition fut adoptée à l'unanimité; deux années furent consacrées aux préparatifs de celle grande émigration ; la troisième année, toute la nation devait se mettre en marche pour pénétrer dans les Gaules. Orgétorix fut chargé d'engager les Eduens cl les Séquanais (les peuples de la Bourgogne et de la Franche-Comté) à se joindre aux Helvéliens. Mais bientôt on fut informé de l'existence d'une conjuration qu'il avait ourdie avec les chefs de ces deux nations pour s'emparer du pouvoir suprême; il fut arrêté; se confiant dans l'appui de ses esclaves, de ses cliens, de ses nombreux débiteurs , il refusa de répondre à l'accusation, mais les magistrats appelèrent de toutes parts le peuple aux armes pour la défense de la liberté. Orgétorix se vit perdu ; il se donna la mort pour échapper au supplice du feu que la loi des Helvéliens décernait aux ennemis de la patrie.

Cependant ses concitoyens n'abandonnèrent pas après sa mort le projet qu'il leur avait suggéré. La troisième année étant venue, pour prévenir toule pensée de retour, ils mirent le feu à leurs douze villes, à leurs quatre cents villages et à toutes les maisons isolées, puis ils se mirent en marche au nombre de deux cent soixante-trois mille hommes, femmes et enfants, sans compter plusieurs peuples voisins qui s'étaient joints à eux, et parmi lesquels étaient les Rauraques, qui habitaient la contrée où est aujourd'hui situé le canton de Bâle. A la tête des Tigurins marchait le vieux Divico, vainqueur du consul Cassius cinquante ans auparavant.

On dit que Noïdcnolex, située près du lieu qu'occupe aujourd'hui la ville de Neuchâtel , fut l'une de ces douze villes brûlées par les Hclvétiens.

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