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CHAPITRE XXXIX

Un des premiers actes du gouvernement helvétique, après la pacification des petits cantons, fut la réunion en un seul des quatre cantons d'Uri, Schwylz, Unterwalden et Zug, sous le nom de Waldstetten. Par celte mesure, leur représentation dans les conseils de la république se trouva réduite de quarante-huit à douze membres. Glaris, avec le Gaster, une partie du Toggenbourg et du Rheinthal et quelques autres districts , forma le canton de la Linth ; Appenzell , avec la ville et le territoire de Saint-Gall, et le reste du Toggenbourg et du Rheinthal, le canton du Sentis. Les Grisons restèrent pour le moment encore à l'écart, sollicités en sens contraire par la France et par l'Autriche.

Mais en vain l'on s'efforçait d'étouffer la voix des populations mécontentes en les privant de leurs organes offlciels, le mécontentement n'en était pas moins réel ni moins profond dans toute la Suisse; il était partagé même par un grand nombre de ceux qui avaient désiré la révolution, et qui voyaient maintenant qu'elle n'avait amené sur leur patrie qu'oppression , misère et humiliation. Les nouvelles autorités, privées de toutes ressources par les spoliations des agens français et par l'abolition des redevances féodales, sans autre appui que l'armée française, et par conséquent sans force contre les exigences de ces onéreux protecteurs, étaient méprisées et haïes comme les instruments de la tyrannie étrangère.

Le commissaire Rapinat, qui avait succédé à Lecarlier, affectait le langage et les actes d'un maître absolu. Non content de s'emparer des caisses publiques des cantons et de rançonner les couvents, il faisait mettre les scellés jusque sur les caisses des hôpitaux et des autres établissemens Je charité. Les récla-

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mations du directoire ne provoquaient que des réponses insultantes. Rapinat fit publier dans toute la Suisse un arrêté par lequel il frappait de nullité tous les décrets du gouvernement helvétique qui contrarieraient les mesures adoptées par les agents civils ou militaires français, soumettait la presse périodique à la censure du commissaire et du général en chef, et statuait que tous ceux qui, par des manifestations quelconques, chercheraient à aigrir les habitants de l'Helvétie contre les Français seraient jugés militairement. Enfin, ne trouvant pas encore le directoire assez docile à son gré, il prononça , de son autorité privée , la destitution de deux de ses membres et les remplaça par les sénateurs Ochs , déjà outré* de n'avoir pas été compris dans la première nomination , et Dolder, d'Argovie. Les nouveaux directeurs furent présentés au sénat par un officier français , au milieu des plus vifs applaudissements , et les conseils de la république célébrèrent leur propre honte par des réjouissances publiques. Mais, comme si ce n'était pas encore assez d'humiliation, quatre jours après cette scène arriva un message du directoire français qui désavouait Rapinat et annulait les nominations qu'il venait de faire, décision qui fut accueillie avec les mêmes applaudissements et les mêmes réjouissances. Les conseils élurent Ochs et Laharpe aux deux places vacantes. Le premier entra aussitôt en possession de cette dignité, objet de sa convoitise; Laharpe accepta ^ a nomination après avoir sollicité et obtenu l'agrément du gouvernement français. Le directoire écrivit au général Schauenbourg que l'armée française avait bien mérité de la patrie en donnant aux Suisses la vraie liberté.

Il ne manquait plus à l'asservissement de la Suisse que d'être sanctionné par un document of^ciel. Un traité d'alliance offensive et défensive entre les deux républiques française et helvétique, en mettant les ressources et le territoire de celle-ci à la disposition de la première , fît de la Suisse en réalité une province vassale de la France.

Tel était l'état de la Suisse lorsque les conseils décrétèrent que tous les citoyens devaient prêter serment à la constitution.

Cet ordre excita dans une grande partie de la Suisse un vif mécontentement, que le clergé catholique, voyant que le gouvernement révolutionnaire tendait à le dépouiller de ses biens et de son influence , travaillait de son côté à entretenir. Des représentations, des menaces, ou des démonstrations militaires firent successivement fléchir la résistance dans la plupart des cantons. Les Waldsletten seuls persistèrent à refuser le serment. Ils n'avaient pas encore pu s'accoutumer à considérer leur nouvel état comme définitif, et leur attachement à leur religion se joignait chez eux à l'amour de leur ancienne liberté. On usa conlr'eux du moyen ordinaire, en cherchant à les affamer. Cependant, à (Jri, l'agitation était faible et manquait de chefs ; à Schwytz, un soulèvement eut lieu et les autorités helvétiques prirent la fuite ; mais sur l'assurance de prêtres plus sages et plus consciencieux que leurs confrères, que le serment ne contenait rien de contraire à la religion, et se voyant isolé et sans espoir de secours , le peuple se soumit et les chefs du mouvement se constituèrent prisonniers à Lucerne.

Le Bas-Unterwalden persistait seul à refuser le serment. Cependant les prêtres, craignant pour leurs personnes, cherchaient à prévenir une rupture totale et engagèrent le peuple à tenter une négociation. Mais quand le directoire eut exigé l'arrestation des chefs de la révolte, voyant sa vengeance prête à tomber sur eux seuls, et, mettant de côté toute autre considération , ils ne s'attachèrent plus qu'à exciter cette population brave et loyale à une résistance qui ne pouvait aboutir qu'à sa ruine. Enflammé par leurs prédications , le peuple jura de sacrifier jusqu'à la dernière goutte de son sang pour la religion et la liberté.

A la demande du directoire helvétique , l'armée française se mit en marche de toutes les directions contre les frontières de l'Unterwalden. Le directoire n'avait pas oublié non plus de recommander au général français défaire juger 'sur-le-champ, par une commission militaire, tous les rebelles qui seraient pris les armes à la main. Toute la population de ce petit pays, hommes, femmes, vieillards, enfants, était sous les armes, pleine de

confiance dans son courage et dans les promesses de ses prêtres. Tous les points accessibles étaient couverts par des retranchements; des pieux enfoncés dans le lac défendaient rapproche du rivage. Du 3 au 8 septembre , toutes les attaques , soit par terre, soit par eau, furent repoussées avec une perte très considérable du côté des Français. Toutes les populations environnantes commençaient à s'émouvoir. Un nouvel échec des Français aurait été le signal d'un soulèvement général.

Le 9 septembre, au point du jour, l'attaque recommença sur tous les points. Environ deux cents hommes de Schwytz et trente carabiniers de Seelisberg au canton d'Uri, étaient arrivés la veille au secours de leurs frères d'Unterwalden , malgré la défense des autorités. Partout les hommes d'Unterwalden se défendirent en hommes résolus à ne pas survivre à leur patrie. Accablés par le nombre sur quelques points et obligés de se replier, ils reprirent bientôt de nouvelles positions et les défendirent toujours avec le même courage calme, mais inébranlable. Les morts s'amoncelaient sous le feu des carabiniers. • Nous • avons perdu beaucoup de monde, écrivait Schauenbourg , » mais il ne pouvait en être autrement, vu l'opiniâtreté incroya- » ble de ces enragés. C'est la journée la plus chaude que j'aie » vue de ma vie. » La colonne principale fut mise en fuite. Si les défenseurs d'Unterwalden avaient pu disposer d' une reserve de quelques centaines d'hommes pour fondre, dans ce moment décisif, sur les Français découragés, la victoire leur était assurée; mais ces derniers, recevant continuellement des renforts, reprirent l'offensive et parvinrent à tourner les positions de Jeurs adversaires. L'incendie de la chapelle de Winkelried donna à la flottille sur le lac le signal du débarquement. Toute résistance efficace était devenue impossible, et pourtant on combattait encore partout contre l'ennemi déjà maître du pays. Les femmes, les enfants s'armaient de tout ce qui leur tombait dans la main et vendaient chèrement leur vie. On ne demandait, on ne donnait point de quartier. Les deux cents volontaires de Schwytz se frayèrent un passage à travers les Français et rentrèrent chez eux avec leur drapeau. Les prêtres, principale

cause de la guerre, avaient pris la fuite, comme Herzog à Schwy tz , dès que le danger avait paru imminent , et la colère du vainqueur retomba sur leurs confrères innocents.

II était près de midi quand les Français atteignirent le bourg de Stantz. Il fut aussitôt livré aux flammes et au pillage. Un carnage affreux commença ; les prêtres étaient égorgés au pied des autels, les moribonds dans leurs lits, les nourissons , arrachés des bras de leurs mères, étaient jetés dans les flammes ou élevés sur la pointe des baïonnettes; les mères et les Glles étaient outragées dans les rues, mutilées d'une manière horrible, leurs cadavres même n'étaient pas respectés. Mi le frein de la discipline, ni l'autorité et les menaces des officiers , ne pouvaient arrêter la rage de ces cannibales. L'histoire a pourtant conservé les noms des chefs de la k m< et de la Uk mt demi-brigades, Mûller et Mainoni, qui se signalèrent par de courageux efforts pour mettre un terme à ces atrocités.

Le combat ne cessa dans tout le pays qu'à la nuit; mais le pillage, mais l'incendie , mais la poursuite des malheureux fugitifs qu'on fusillait dans les bois, durèrent encore plusieurs jours. La fumée de l'incendie couvrit pendant deux jours la haute vallée d'Engelberg et obscurcit la clarté du soleil. Cette belle et riante vallée d'Unterwalden , jusqu'alors séjour d'un paisible bonheur, n'offrait plus aux regards que des ruines fumantes et des cadavres mutilés.

Le premier soin du gouvernement helvétique, à la nouvelle de ces désastres, fut de décréter le châtiment des rebelles et de voter des remerciements au général et à l'armée française. Informé que Schauenbourg avait levé une contribution forcée sur le district de Sehwytz, au lieu de lui demander compte de cet acte arbitraire, il le pria d'en accepter le produit, ainsi que l'armée, comme une récompense nationale. Mais le général français montra plus de pudeur que les représentants de la nation helvétique, et il répondit que son désir et celui de l'armée était que cet argent fût employé à soulager les malheureuses victimes de la guerre.

Cependant, le gouvernement avait paru s'apercevoir enfin qu'il y avait dans l'Unterwalden, non seulement des coupables, mais des malheureux, et il avait décrété qu'ils seraient secouru* aux frais de la république. Mais ces secours furent réservés à ceux qu'on appelait les patriotes , et les véritables victimes en furent exclues. La bienfaisance nationale y suppléa. Malgré les malheurs du temps, d'abondants secours arrivèrent de tous cotés et constatèrent de nouveau cet esprit de fraternité dans le malheur qui survit à toutes les discordes , et qui semble être encore aujourd'hui, au milieu des déchirements de l'esprit de parti , le seul véritable lien qui unisse tous les confédérés.

Le siège du gouvernement fut alors transporté d'Arau à Lucerne, et le ministre de l'intérieur, Rengger, s'efforça, avec autant d'activité que d'intelligence, de relever l'Unterwalden de ses ruines. Mais les misères de l'Unterwalden disparurent bientôt dans la misère générale.

L'occupation militaire dévorait toutes les ressources de la Suisse. Généraux et soldats accablaient les malheureux habitants d'exactions et de mauvais traitements. Le cultivateur se voyait enlever ses chevaux et son bétail pour le service de l'armée; ses grains et ses fourrages pour nourrir la cavalerie. Les militaires qui remplissaient sa maison consommaient en un jour la subsistance de sa famille pendant une semaine. Le gouvernement, aux abois, hors d'état de protéger ses administrés, forcé au contraire de leur arracher leurs dernières ressources pour faire face aux réquisitions, se vit réduit à la dure et humiliante extrémité d'emprunter de Rapinat une partie de l'argent fruit de ses déprédations.

Le mal moral n'était pas moins grand que le mal matériel. La révolution, qui avait faussé toutes les notions de justice, le mauvais exemple d'une partie des magistrats, l'ignorance de beaucoup d'autres, incapables de veiller aux intérêts moraux de leurs administrés, la tendance irréligieuse du gouvernement, l'état de détresse du clergé qui n'était plus payé , la suppression des consistoires , le long séjour des troupes étrangères , la multiplication illimitée des cabarets, donnaient lieu à une li-

cence toujours croissante qui inspirait la plus profonde douleur et les plus vives alarmes aux amis de la religion et de la patrie.

A tous ces maux vint enfin se joindre un fléau qui les aggravait tous, la guerre, la guerre que tant de Suisses avaient espéré racheter au prix de l'honneur et de l'indépendance de leur pays. Elle éclata au printemps de 1799 entre la république française et l'Autriche , l'Angleterre et la Russie. La Suisse elle-même n'y prit aucune part active; elle n'en fournit que le champ de bataille; on se battit chez elle, sans elle et à ses dépens. On se battit au milieu des neiges et des glaces éternelles. Pas de contrée si reculée qu'on pût s'y croire à l'abri. Les armées se frayèrent un passage dans des lieux à peine fréquentés par les bergers des Alpes et les chasseurs de chamois. Vainqueurs et vaincus faisaient également peser le fléau de la guerre sur ce malheureux pays. Partout des habitations pillées et incendiées, ou démolies pour alimenter les feux des bivouacs; le père de famille forcé d'arracher à ses enfants leur dernier morceau de pain pour le livrer à des soldats étrangers ; de longues files d'hommes, de femmes, d'enfants exténués, portant sur leurs épaules les bois, les fourrages, les munitions de guerre et de bouche aux troupes stationnées dans les hautes vallées ; des troupes d'enfants délaissés ou orphelins errant sans asile, le cultivateur abandonnant ses champs dévastés pour aller mendier son pain sur une terre moins malheureuse.

Les victoires de l'archiduc Charles sur la frontière septentrionale de la Suisse, et de Souwarow en Italie, semblaient annoncer que l'issue de la guerre serait favorable aux alliés ; déjà jes Français avaient dû évacuer toute la Suisse orientale. Le corps des émigrés suisses, commandé par le colonel de Rovéréa, s'était signalé dans les divers combats qui s'étaient livrés dans cette contrée. L'avoyer de Sleiger était arrivé à Zurich. Des insurrections éclataient sur plusieurs points de la Suisse. Le directoire, ne se croyant plus en sûreté à Lucerne , s'enfuit à Berne en toute hâte. A la même époque , le directeur Ochs , convaincu d'avoir communiqué au ministre de France un document important, fut contraint, par la menace d'une accusation

capitale, à donner sa démission. Ainsi se termina la carrière politique de ce principal auteur de la révolution.

La victoire remportée à Zurich par Masséna , sur les Russes commandés par Korzakoiï, le 26 septembre 4799, détruisit les espérances de ceux qui travaillaient à délivrer la Suisse du joug qui l'accablait. L'avoyer de Steiger aurait voulu attendre la mort dans la mêlée ; le général russe le força de partir sous l'escorte de quelques dragons. Il languit encore quelques semaines et termina enfin sa pénible carrière à Augsbourg, le 5 décembre 1799, à l'âge de soixante-et-onze ans, miné par le •chagrin plus encore que par les années. < Adieu, je vais vers ■ mon Sauveur. Dites à mes amis que je ne regrette la vie que » pour eux et pour les services que j'aurais pu rendre à notre » patrie. Elle aura beaucoup à souffrir encore. Je les exhorte » à la persévérance et à l'union de nos pères. La miséricorde » du Ciel nous rendra cette patrie, aujourd'hui si malheu- » reuse. » Ce furent ses dernières paroles à un compatriote qui l'avait visité peu de temps avant sa fin. « Tu couvris du moins » cette faute par ton dévouement héroïque, vieillard vénérable, » noble ennemi, dont l'adversité développa depuis le grand • caractère dans l'âge qui glace les cœurs. Repose en paix sur » une terre étrangère! Les amis de l'indépendance helvétique » savent que tu voulais fortement celle-ci; ils savent que tu »» n'étais point entaché des vices repoussants de l'oligarchie; ils » savent que tu désirais le rapprochement des partis et l'oubli » des injures. » Tel est le témoignage que rendit au dernier représentant de la vieille Suisse, l'homme de la révolution, Frédéric-César de Laharpe.

Le 7 novembre 4799, Napoléon Bonaparte, de retour de son expédition d'Egypte, chassa les représentants du peuple français, renversa le directoire et se plaça lui-même à la tète de la république avec le litre de premier consul. C'est cette révolution qu'on a appelée le dix-huit brumaire. Le directoire helvétique, œuvre du directoire français, ne pouvait pas lui survivre. Ce gouvernement tombait en dissolution. Les conseils étaient en opposition continuelle contre le directoire, dont les membres eux-mêmes

étaient divisés entr'eux. Laharpe conçut le dessein d'imiter ce qui venait de se passer en France , de dissoudre les conseils , composés en grande partie d'hommes ignorants et grossiers, et de les réorganiser. Il croyait pouvoir compter sur l'appui de la France. Mais la révolution qu'il méditait tourna à l'encontre de ses vues. Le directoire fut dissous le 7 janvier 4800, et remplacé par une commission exécutive tirée des conseils et dont Laharpe et ses adhérents furent exclus. Peu de temps après , Laharpe s'élant prêté trop légèrement à se rendre l'intermédiaire d'une dénonciation anonyme contre son ennemi politique, le secrétaire-général Mousson , dénonciation qui se trouva reposer sur une pièce fabriquée, fut arrêté à Lausanne, mais il s'évada pendant qu'on le transportait à Berne pour être confronté avec son adversaire. Il se réfugia en France et disparut pour un temps de la scène politique.

La révolution du 7 janvier 4800 fut suivie de près parcelle du 7 août. La commission exécutive, appuyée par le ministre de France et s'étant assurée de la force armée, choisit dans les deux conseils trente-cinq membres auxquels elle s'adjoignit elle-même pour former un seul conseil législatif de quarantecinq membres, qui nomma une nouvelle commission exécutive et décréta la rédaction d'une nouvelle constitution. Mais cette œuvre était réservée à d'autres.

La paix fut signée à Lunéville, le 9 février 4804 , entre toutes les puissances belligérantes à l'exception de l'Angleterre. Un article de ce traité garantissait à l'Helvétie, comme aux autres républiques créées par la France , son indépendance et le droit de se donner la forme de gouvernement qui lui conviendrait. Le premier résultat de la paix de Lunéville, qui fit naître en Suisse les plus belles espérances, fut qu'aux troupes qui occupaient déjà la Suisse , vinrent se joindre les armées que la paix laissait sans emploi , et qui ne rentrèrent en France qu'après avoir vécu plus ou moins long-temps aux dépens de ce pays. En même temps, le premier consul recommanda à la Suisse un projet de constitution, qui fut appelé, du lieu de son origine, le projet de la Malmaison, et qui sans rétablir la sou-

yeraineté des cantons , reposait pourtant sur dix-sept cantons et une diète. On convoqua une diète extraordinaire pour examiner ce projet , mais celle-ci se permit de le modifier considérablement et d'admettre au nombre des cantons, non-seulement les Grisons, que Bonaparte avait adjugés à la Suisse, mais aussi le Valais, dont la France demandait impérativement la cession. De là la révolution du 28 octobre, où une partie du conseil législatif, avec le concours et l'appui de l'envoyé de France et du commandant des troupes françaises , renversa la diète et le conseil exécutif et décréta la mise en vigueur du projet de la Malmaison.

Contre l'intention de Bonaparte, qui voulait que les partis fussent à peu près également représentés dans les nouvelles autorités, elles se trouvèrent presqu'enlièrement composées des hommes qu'on appelait alors les fédéralistes, c'est-à-dire de partisans plus ou moins modérés de l'ancien ordre de choses. Àloys Reding fut placé à la tête du gouvernement avec le titre de premier landammann. Un autre grief était le refus persévérant de consentir à la cession du Valais. Un gouvernement qui résistait aux volontés du premier consul ne pouvait pas avoir de durée. Bonaparte commença par exiger l'admission dans le petit conseil d'un certain nombre de membres du parti unitaire. Ce fut le prélude d'une nouvelle révolution qui éclata le 47 avril J802, pendant une absence momentanée de Reding et de ses principaux partisans, et qui replaça le pouvoir entre les mains du parti unitaire. Un nouveau gouvernement fut établi et ne tarda pas, selon l'usage, à doter le pays d'uue nouvelle constitution.

Ce gouvernement ne fut ni plus heureux , ni plus respecté que tous ceux qui l'avaient précédé. Une insurrection éclata dans le canton du Léman au sujet des dimes et des cens, dont l'état désespéré des finances avait forcé de révoquer l'abolition. Les révoltés parcouraient le pays, pillant les archives des villes et des châteaux et brûlant tous les papiers, parmi lesquels se trouvaient des documents précieux pour l'histoire du pays. Ce mou-

vement ne fut réprimé qu'à grand'jieine et avec l'appui équivoque des troupes françaises.

Les Grisons prolestaient contre toute innovation et particulièrement contre leur incorporation à la Suisse , dont ils voulaient rester les fidèles alliés comme l'avaient été leurs ancêtres.

Le Valais opposait une constance inébranlable aux tortures par lesquelles on s'efforçait de lui arracher son consentement à une réunion à la France. Ce malheureux pays, qui avait enduré pendant quatre ans toutes les calamités que la guerre entraîne à sa suite, se voyait livré, par la volonté du premier consul, à la merci du général Turreau, qui le traitait en pays conquis. Jusque dans les hameaux les plus écartés et on peut dire les plus inaccessibles, les habitations étaient encombrées de militaires qui y vivaient à discrétion, tellement qu'on voyait des pères de familles abandonner leurs clefs aux militaires logés chez eux en leur demandant pour unique grâce de les nourrir eux et leurs enfants, tandis que d'autres abandonnaient entièrement leurs demeures. Non content de s'emparer de tous les revenus publics, Turreau levait encore des contributions exorbitantes sur ce pays ruiné. Les fonctionnaires publics qui refusaient d'exécuter ses ordres iniques étaient mis aux arrêts et gardés chez eux par des garuisaires qu'ils devaient entretenir et solder. Et pourtant, sous cette intolérable oppression, le courage des Valaisans ne se démentit pas un instant : « Je » crierai : Vive la Suisse! jusque sous la guillotine, » disait l'un d'eux. Le général français destitua toutes les autorités, mais il ne put trouver personne qui voulût consentir à les remplacer. Vingt-quatre délégués de près de cent communes traversèrent la Gemmi au milieu de l'hiver, au risque de périr dans les neiges , pour aller porter à Berne une protestation contre la réunion de leur pays à la France. Cette démarche ne fît que provoquer de nouvelles rigueurs. Cependant la résistance héroïque de cette pauvre et faible population finit par faire fléchir la volonté de l'homme qui envoyait ses ordres d'un bout de l'Europe à l'autre; le premier consul ajourna l'exécution complète de son dessein et se borna pour le moment à sé-

parer le Valais de la Suisse et à en former une nouvelle république en se reservant une route militaire par le Simplon.

Cependant le plan de Bonaparte à Pégard de la Suisse, d'user les partis les uns par les autres, aûn de forcer la nation , lasse de l'anarchie, à se jeter dans ses bras, touchait à son accomplissement. Le 42 juillet 4802, le commandant des troupes françaises en Suisse communiqua au chef du gouvernement helvétique Tordre qu'il venait de recevoir du ministre de la guerre, de rentrer en France avec toutes ses troupes. Le gouvernement , alarmé de la perspective de se trouver seul face à face avec la nation, se hâta de solliciter à Paris des explications et un délai. Ses appréhensions furent promptement justifiées par les faits. L'ordre du premier consul était j-éremptoire ; le départ des troupes devait commencer le 20v et elles n'avaient pas encore entièrement repassé la frontière, que déjà Uri, Schwytz et Unterwalden , se fondant sur le traité de Lunéville et sur des assurances données par le premier consul à Reding lorsqu'il était landammann de la Suisse, rétablissaient leurs landsgemeinden et leurs anciennes formes de gouvernement. Frappé de l'imminence du danger, le conseil exécutif demanda avec instance du secours au gouvernement français, mais son envoyé à Paris n'obtint sur ses sollicitations réitérées que des réponses évasives et dilatoires. Cependant l'exemple des Waldstetten se communiquait aux pays voisins avec la rapidité de la flamme; partout on voyait reparaître les anciennes couleurs , les anciens noms, les anciennes formes; seulement l'égalité entre les citoyens fut maintenue et la distinction entre les pays souverains et les pays sujets ne fut rétablie nulle part. Zurich ferma ses portes aux troupes helvétiques commandées par le général Andermatt , qui fut obligé de se retirer après avoir inutilement bombardé la ville. Le 48 septembre, Berne capitula en présence de l'envoyé de France ; le gouvernement helvétique se réfugia à Lausanne. Une diète s'ouvrit à Schwytz sous la présidence d'Aloys Reding; elle déclara prendre en main l'autorité suprême en attendant l'établissement d'un pouvoir central légitimement issu des cantons , et proclama la liberté

pour chaque canton de se constituer à son gré et l'égalité de droits entre les habitants des villes et des campagnes. Berne et les autres cantons occidentaux, sans repousser cette profession de foi , ne parurent pourtant pas y adhérer d'une manière aussi illimitée.

Cependant Bonaparte, qui voulait bien rabaissement du parti unitaire, mais qui ne voulait pas le triomphe complet du parti fédéraliste, ni surtout que ce triomphe eut lieu sans sa participation, jugea que le moment d'intervenir était venu et envoya en Suisse à cet effet le général Rapp, son aide-de-camp. Il arriva le k octobre, au moment où les troupes du gouvernement helvétique étaient refoulées jusqu'aux portes de Lausan ne et où ses membres se disposaient à passer le lac pour se réfugier en Savoie. Il exigeait le licenciement de l'armée confédérée , la dissolution de tous les pouvoirs issus de la contrerévolution et la réintégration des autorités helvétiques à Berne. Il annonçait en même temps la volonté du premier consul de convoquer à Paris des députés de tous les cantons et de tous les partis , pour travailler sous ses auspices à l'œuvre de la médiation. Le général Ney , avec une armée de quarante mille hommes, occupait la frontière de Genève à Huningue, prêt à entrer en Suisse, si les ordres du premier consul rencontraient quelque opposition. Une résistance à main armée n'était pas tfans l'intention de la diète qui en reconnaissait l'impossibilité, mais elle voulut maintenir jusqu'au bout, aulant que cela dépendait d'elle, sa dignité et l'indépendance de la patrie. Elle déclina l'intervention de la France, revendiqua le droit de la nation de se donner elle-même sa constitution , et ne se sépara que le 26 octobre , à la vue des baïonnettes françaises. Les trois cantons primitifs furent entièrement désarmés; Reding et plusieurs autres personnages influens de différents cantons furent arrêtés et conduits à la forteresse d'Arbourg comme otages pour la tranquillité du pays. Méprisé de son propre parti , le gouvernement helvétique signala encore les derniers moments de son existence par des proclamations arrogantes qui ne faisaient

que mieux ressortir sa dépendance et sa uullité. Le dernier

acte important de son administration fut la levée d'une contribution de 725,000 francs pour entretenir les soldats du « généreux médiateur, • comme il l'appelait dans le décret publié à cet effet.

Les députés suisses se réunirent vers la fin de Tannée à Paris, dans cette ville où, cinq ans auparavant, Ochs et Laharpe rédigeaient sous les auspices du général Bonaparte, la première constitution unitaire qui fut imposée à la Suisse. Mais alors les temps étaient changés : le premier consul , qui se fit couronner deux ans plus tard comme empereur des Français et roi d'Italie, s'appliquait maintenant à neutraliser les principes révolutionnaires et à faire revivre les institutions anciennes pour autant qu'elles pouvaient s'allier avec les nouveaux rapports créés par la révolution : « J'aime mieux, » disait-il à Jeux membres de l'aristocratie bernoise, «j'aime mieux trai- » ter avec la téte de la nation qu'avec la queue. »

La commission chargée de conférer avec les députés était présidée par un ami bien connu des Suisses , l'ancien ambassadeur Barlhélemi ; mais Bonaparte voulut plus d'une fois entrer lui-même en discussion avec eux, et ses discours, qui nous ont été conservés , dénotent une connaissance des hommes et des institutions, une pénétration et une sûreté de jugement, qui les frappèrent d'étonnement et qui produisent encore aujourd'hui la même impression, partout où son jugement n'était pas obscurci par son égoïsme et son ambition. La nouvelle constitution fédérale, connue sous le nom d'acte de médiation, et où les vrais intérêts de la Suisse se trouvent habilement appréciés, mais toujours subordonnés à l'intérêt de la France ou de la puissance du premier consul, fut communiquée aux députés et signée par eux le 19 février 1805. Elle reposait sur dix-neuf cantons , savoir les treize anciens et six nouveaux : les Grisons, Argovie, Vaud, Tessin, Saint-Gall et Thurgovie. LeFricklhal, cédé par l'Autriche à la France, fut incorporé au canton d' Argovie. L'acquisition de ce petit pays fut représentée comme une compensation pour la perte du Valais, sans compter la Valteline, Chiavenne et Bormio, Genève et l'évéché de Bâlc

LA DOMINATION FRANÇAISE. Zki

déjà incorporés à la France ou à l'Italie dès l'origine de la révolution suisse. Les cantons primitifs, la vraie Sume, selon le premier consul , recouvrèrent à peu près leurs antiques institutions. Les anciens cantons aristocratiques reçurent des constitutions où les formes anciennes étaient conservées , mais la participation aux droits politiques et aux fonctions publiques étendue aux citoyens de tout le canton avec une certaine prépondérance des villes capitales. Les nouveaux cantons, d'après le vœu de leurs députés, auquel Bonaparte fit céder sa propre conviction, obtinrent des constitutions plus démocratiques, avec une plus grande mobilité des magistratures. Six cantons, dont la population dépassait cent mille âmes, obtinrent un double vote dans la diète, «germe de jalousie jeté en Suisse » sous forme de conciliation, » dit un historien. Six cantons anciens exerçaient tour-à-tour, chacun pendant une année, la direction des affaires fédérales. Le premier magistrat du canton directeur portait le titre de landammann de la Suisse. Le premier consul désigna Fribourg comme canton directeur pour l'année 4803, et le comte Louis d'Affry comme premier landammann. Une alliance et une capitulation militaire avec la France pour quatre régiments, furent le complément de l'acte de médiation. Les troupes françaises furent retirées, et la Suisse commença à respirer plus librement et à se remettre de tous les maux que lui avaient causés la guerre et la révolution.

Grâce à la protection de son souverain, Neuchâtel n'avait point éprouvé ces maux et n'y avait pris part que par les abondantes aumônes qui furent envoyées dans les cantons les plus maltraités par la guerre. Un grand nombre de jeunes gens du canton de Glaris furent recueillis dans les familles opulentes ou aisées et élevés comme leurs propres enfants. Mais ce petit pays ne devait pas rester toujours exempt de l'influence de ce pouvoir formidable qui renversait toutes les barrières que les autres états s'efforçaient de lui opposer. La guerre avait éclaté de nouveau en 4803 sur le continent; l'Autriche et la Russie s'étaient liguées avec l'Angleterre contre Napoléon Bonaparte, devenu empereur des Français. La Prusse voulait maintenir sa

neutralité, et l'offre même de la cession de i'électorat du Hanovre, appartenant au roi d'Angleterre mais occupé par les troupes françaises, n'avait pu déterminer le roi à consentira l'alliance de la France. 11 arriva que le corps d'armée qui occupait ce pays, en allant rejoindre la grande armée française, traversa les margraviats d'Anspach et de Bareulh qui appartenaient à la Prusse. A la nouvelle de cette violation de territoire, le roi entra en négociations avec l'Autriche et la Russie et envoya le comte de Haugwitz auprès de l'empereur Napoléon, avec ordre de lui déclarer la guerre s'il ne souscrivait pas aux conditions qui avaient été convenues entre le roi et ses alliés. Mais ce négociateur, déjà prévenu en faveur de la France, et intimide par la victoire d'Austerlilz que Napoléon venait de remporter sur les armées autrichienne et russe, se laissa engager à signer, à l'insu de son souverain et en contravention directe à ses instructions , un traité d'alliance par lequel la Prusse cédait à la France, en échange du Hanovre, le duché de Clèves, le margraviat d'Anspach et la principauté de Neuchâtel. Ce traité ne fut connu à Berlin et soumis à la ratification du roi , qu'après que la retraite des Russes et la paix conclue a Presbourg entre l'Autriche et la France, eurent laissé la Prusse sans un seul allié sur le continent, en butte au ressentiment et à la puissance de Napoléon. Après de pénibles hésitations , il fut reconnu que le salut de la monarchie exigeait ce sacrifice ; le traité fut ratifié ; le roi délia ses sujets des pays cédés de leur serment de fidélité, et fit occuper le Hanovre par ses troupes, tout en déclarant au gouvernement britannique qu'il gardait ce pays en dépôt jusqu'à la paix. L'année suivante, la monarchie prussienne, victime d'une fausse politique, fut renversée par la puissance et l'habileté de Napoléon , et la Prusse endura pendant sept ans toutes les humiliations et les souffrances que put lui infliger un vainqueur orgueilleux et impitoyable.

La nouvelle de la cession de la principauté à la France parvint à Neuchâtel le 9 mars 1806 , et produisit chez tous ses habitants les sentiments que fait naître dans une famille la perte

d'un père chéri et vénéré. Mais en leur dispensant cette douloureuse épreuve, la providence y joignit aussi des adoucissements. La principauté ne fut point réunie à la France; Napoléon la donna comme fief de l'empire au maréchal Alexandre Berthier. Le nouveau prince, le baron Lespérut , qu'il établit comme gouverneur sur la principauté, et le général Oudinot, chef du corps d'occupation, furent des hommes aussi généreux que loyaux , qui préservèrent ce pays des maux qui étaient d'ordinaire le partage des pays soumis à la France. Lespérut, qui était arrivé avec le dessein arrêté de changer la constitution de l'état d'après le modèle alors adopté partout, quand il eut étudié les institutions nationales du pays, fut si frappé de leurs avantages, qu'il persuada au prince de les maintenir dans leur intégrité.

L'espèce de tutelle que Napoléon exerçait sur la Suisse, et qu'il avait d'abord revêtue d'une apparence de modération et de bienveillance, devenait toujours plus onéreuse et prenait un caractère plus inquiétant. La difficulté toujours croissante de compléter les régiments capitulés, sans cesse décimés sur tous les champs de bataille de l'Europe, l'interdiction absolue des marchandises anglaises et les sommations réitérées et impératives de l'empereur sur ces deux objets , étaient une source continuelle d'embarras et de craintes pour les magistrats suisses; la réunion du Valais à la France et l'occupation du canton du Tessin par les troupes et les douaniers du royaume d'Italie en 1810, les bruits divers qui couraient, soit d'une réunion de la Suisse à la France, soit de la nomination d'un landammann perpétuel dans la personne du prince de Neuchâtel , portaient au comble les alarmes de la nation et de ses chefs. Une nuit d'hiver changea la face de l'Europe en portant le premier coup à la puissance de Napoléon. Son armée formidable, qui avait pénétré jusqu'au cœur de la Russie, fut détruite par le froid. La Prusse, et après elle l'Autriche et les autres états de l'Allemagne , relevèrent la téte et prirent les armes pour venger leur longue humiliation et reconquérir leur indépendance; mal-

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gré ses efforts et son génie, Napoléon vit, vers la fin de l'année 4845, ses armées repoussées jusqu'en deçà du Rhin. > »

A l'approche des armées alliées, la diète résolut à l'unanimité de garder une exacte neutralité et réunit à cet effet un corps de troupes sur le Rhin. Mais la dépendance où la Suisse avait vécu jusqu'alors à l'égard de la France ne permettait guères d'espérer que les autres puissances consentissent à l'envisager comme véritablement neutre. Le corps de troupes mis sur pied était évidemment insuffisant contre les armées qui venaient de repousser celles de Napoléon au travers de toute l'Allemagne, et l'on manquait de tout ce qui aurait été nécessaire pour Je renforcer au point de pouvoir tenter une résistance sérieuse. II fallut donc y renoncer. Le 20 décembre, l'armée autrichienne sous les ordres du maréchal prince de Schwarzenberg traversa le Rhin sur plusieurs points enire Bàle et Schaffhouse, et se dirigea aussitôt vers la frontière de France qu'elle franchit également en plusieurs colonnes depuis Bàle jusqu'à Genève.

L'entrée des alliés en Suisse fut pour tous les cantons le signal de l'abandon de l'acte de médiation , mais en même temps un signal de discorde. Les anciens gouvernements antérieurs à 4798 furent en partie rétablis; des prétentions diverses s'élevèrent de toutes parts ; Berne revendiqua ses droits sur le pays de Vaud et l'ancienne Argovie bernoise ; les cantons menacés protestèrent et se mirent en défense et la guerre civile fat sur le point -d'éclater. En général et sauf les divergences causées par diverses influences, la Suisse se trouva divisée en deux partis : les uns demandaient que le nouvel ordre de choses reposât sur la base des dix-neuf cantons de l'acte de médiation ; les autres ne voulaient pour point de départ que les treize anciens cantons. Ceux-là s'assemblèrent à Zurich , ceux-ci à Lucerne. Les deux assemblées négociaient entr'elles sans tomber d'accord. Les représentants des souverains alliés, parla menace d'une nouvelle médiation , engagèrent enfin les cantons représentés à Lucerne à envoyer leurs députés à Zurich , mais l'union ne fut pas pour cela rétablie. Cependant la diète, main-

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tenant au complet , entreprit la rédaction d'un nouveau pacte qui fut terminé et adopté, avec plus ou moins de restrictions, par la plupart des cantons, au mois de septembre 1844. A la même époque, la diète admit dans son sein trois nouveaux états, le Valais, Neuchâtel et Genève. Cette admission porta donc le nombre des cantons à vingt-deux.

L'arrivée des troupes alliées avait mis fin à l'autorité du prince Berthier; les habitants de la principauté tournèrent aussitôt leurs regards vers leur ancien souverain , et dès le 9 janvier 4814, le. roi leur fit connaître son intention de reprendre le sceplre de ses pères. Après la prise de Paris par les alliés et le rétablissement de la maison de Bourbon sur le trône de France, des négociations furent entamées avec le prince Berthier, qui délia, le 5 juin, ses sujets de leur serment de fidélité, et peu de temps après, les serments réciproques furent célébrés aux acclamations de tout le peuple, heureux de se retrouver sous la paternelle domination de la maison de Brandebourg. On crut alors ne pouvoir mieux en assurer la durée, qu'en rétablissant aussi les anciens rapports entre Neuchâtel et la Suisse. Mais au lieu de l'ancienne forme d'une alliance entre le prince de Neuchâtel et les cantons, cette réunion eut lieu fous celle d'une admission au nombre des cantons. Cette nouvelle forme, qu'on jugea sans doute plus intime et par conséquent plus sûre, mais qui choquait les idées reçues tant eu Suisse que dans le pays de Neuchâtel, et qui n'a jamais été généralement bien comprise, ne tarda pas à devenir une cause de division, soit dans l'intérieur de la principauté, soit entre celle-ci et les confédérés.

Tout en travaillant sans relâche à aplanir les nombreuses contestations entre les cantons , la diète avait jugé nécessaire d'envoyer une députation au congrès des souverains réunis à Vienne, afin de régler les rapports de la Suisse soit avec l'ensemble des états de l'Europe, soit avec certains états en particulier, ou enfin de terminer celles des difficultés intérieures qu'elle se sentait elle-même incapable de concilier. Ces négociations durèrent tout l'hiver de 1814 à 4813, et se seraient

prolongées davantage encore, si la nouvelle du débarquement de Boifaparte en France, au commencement de mars, n'eût pas fait presser la conclusion de tous les travaux du congrès. Le 20 mars, les huit principales puissances représentées dans cette assemblée rendirent la déclaration relative aux affaires de la Suisse, dont les deux principales dispositions étaient la reconnaissance de la neutralité perpétuelle de ce pays et la restitution de tous les territoires qui en avaient été détachés, à l'exception de la Valteline, Chiavenne et Bormio, dont l'Autriche refusa de se dessaisir, et de Mulhouse, dont la position isolée fit juger la réunion sujette à trop d'inconvénients. L'évcché de Bàle fut adjugé à Berne comme dédommagement pour l'abandon du pays de Vaud et de l'Argovie. Les cantons ayant successivement adhéré à cette déclaration, la diète en prononça solennellement l'acceptation le 27 mai.

Aussitôt que le retour de Bonaparte fut connu en Suisse , la diète s'empressa de prendre des mesures de défense et réunit successivement sur les frontières une armée plus considérable que la Suisse n'en avait mis sur pied depuis la guerre de Bourgogne. Le danger et les efforts communs contribuèrent plus à rétablir l'union entre les confédérés, que n'avaient pu faire toutes les négociations. La victoire remportée à Waterloo par les Prussiens et les Anglais sur Napoléon , et la seconde paix de Paris qui en fut la suite, permirent de licencier l'armée après une campagne d'environ quatre mois.

Le 7 août 1815, cinq cents ans après la formation de la première ligue perpétuelle entre les trois premiers cantons , les députés des vingt-deux cantons, réunis à Zurich, confirmèrent par leurs signatures et leurs serments le pacte déjà adopté par leurs gouvernements depuis près d'une année. Il replaçait la confédération sur la base de la souveraineté des cantons, rétablissait l'égalité des votes dans la diète, réduisait le nombre des cantons directeurs à trois, Zurich, Berue et Lucerne, et limitait la souveraineté des cantons quant à certains objets déterminés , tels que le droit de faire la guerre ou la paix, l'inspection réservée à l'autorité fédérale sur les contingents mili-

laires des cantons, l'établissement de nouveaux péages, les relations de commerce entre les cantons, la conservation des établissements religieux de l'église catholique. La Suisse a joui, sons le régime de ce pacte, de quinze années de paix et de* prospérité, jusqu'à ce que la nouvelle révolution qui éclata en france au mois de juillet 1850, et qui renversa du trône la branche aînée de la maison de Bourbon , réagissant à son tour sur la Suisse , par cette influence à laquelle elle n'a jamais su se soustraire, a entraîné et les cantons et la confédération dans une suite de révolutions dont il est encore impossible de prévoir le terme.

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