CHAPITRE XXXVIII
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La France était alors gouvernée par un directoire de cinq membres, un conseil des anciens et un conseil des represen-
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tants : la constitution helvétique rédigée par Ochs et imposée par les Français à la Suisse, établit donc cinq directeurs, un sénat et un grand conseil. La docilité des cantons à l'adopter ne leur assura pas un meilleur traitement. Malgré les nombreuses protestations des agents du directoire, qu'il ne faisait la guerre qu'aux oligarques de Berne , de Fribourg et de Soleure, et que les troupes françaises ne pénétreraient pas sur le territoire des cantons qui adhéreraient à la république helvétique, Zurich et Lucerne furent traités absolument comme ces trois cantons ; mêmes spoliations des caisses et des propriétés de l'état; mêmes contributions sur les soi-disant oligarques; mêmes arrestations arbitraires des citoyens les plus respectables ; qu'on joigne à cela les réquisitions pour l'entretien de l'armée, les exactions des militaires de tout grade, les violences et les excès d'une soldatesque qui s'envisageait comme en pays conquis. En vain Laharpe éleva la voix avec force auprès du directoire français contre tant d'odieuses vexations ; il était trop tard pour détourner les malheurs qu'il avait attirés sur ton pays. <
Cependant les nouveaux magistrats de la république helvétique étaient occupés à s'allouer d'énormes traitements et à déterminer les costumes qui devaient les distinguer de leurs concitoyens. Les nouvelles autorités furent installées à Arau , le 12 avril. Dix cantons, ou plutôt préfectures, s'y trouvaient représentés, savoir: Argovie, Bàle, Berne, Fribourg, Léman, Lucerne, Oberland , Schaffhouse, Soleure et Zurich, auxquels la Thurgovie ne tarda pas à se joindre. Ceux dont l'adhésion se faisait attendre, étaient Uri , Schwytz , Unterwalden , Zug, Glaris, Appenzell, Valais, Saint-Gall, Sargons , Bellinzone et Lugano , outre les ligues grises qui étaient invitées à faire partie intégrante de la Suisse. Mais dans la plupart de ces contrées, sans en excepter les anciens pays sujets qui venaient d'être affranchis, les populations montraient une extrême répugnance pour un régime politique si nouveau pour elles et si étranger à leurs habitudes. Cette répugnance existait au plus haut degré dans les cantons de la Suisse primitive : attachés à leurs vieilles
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coutumes comme le sont en général les habitants des montagues et surtout les peuples pasteurs , chérissant leurs institutions séculaires sous lesquelles ils jouissaient d'une liberté illimitée et qui leur rappelaient tant de glorieux souvenirs, ils étaient encore encouragés à la résistance par le clergé, qui n'ignorait pas le sort réservé à l'église dans les pays soumis à l'influence de la France révolutionnaire. Le général Brune leur avait d'abord donné des assurances tranquillisantes ; mais quand ils virent proclamer une république helvétique une et indivisible, à laquelle tous les cantons étaient sommés d'adhérer, ils résolurent de tout sacrifier plutôt que leurs antiques constitutions , précieux héritage de leurs pères. Le général Schauenbourg, qui venait de remplacer Brune dans le commandement en chef, obligea le gouvernement helvélique à user envers eux d'un moyen déjà plus d'une fois employé dans les guerres entre les confédérés, l'interdiction des communications et particulièrement de l'exportation des denrées pour les cantons envisagés comme rebelles. Alors les députés d'Uri , de Schwytz, d'Unterwalden, de Zug et de Glaris, se réunirent à Schwytz et rédigèrent en commun un mémoire adressé au gouvernement français. Des députés d'Appenzell , de Saint-Gall, du Toggenbourg, du Rheinthal, de Sargans, accourus spontanément à Schwytz, se joignirent à leur démarche. « Quelle liberté plus » absolue, » disaient-ils, • quelle égalité plus parfaite pourriez- > vous nous apporter, que celle dont nous jouissons depuis des » siècles? Nous, le peuple de ces pays dont vous avez si sou-
• vent promis de respecter la souveraineté, nous sommes le
• souverain de nos petits états ; nous nommons et déposons nos
• magistrats; nous ne connaissons d'autres chaînes que celles » de la religion et des mœurs , d'autre joug que celui des lois
• que nous nous sommes données. Nous sommes pauvres : les » charges qui résulteraient de la constitution qu'on veut nous
• imposer nous auraient bientôt ruinés. Nous sommes heureux : » quel intérêt pourriez-vous avoir à détruire notre félicité?» Les députés chargés de porter ce mémoire à Paris furent repoussés avec dédain par le général en chef et par Lecarlier , commis-
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sairc du gouvernement français ; on leur refusa des passeports, et ils ne purent même obtenir que leur dépêche fût transmise à sa destination.
Du Saint-Gothard au lac de Constance , chacun se prépara au combat. Un conseil de guerre commun fut établi à Schwytz. S'il avait pu agir avec promptitude et avec ensemble, l'armée française, disséminée sur une grande étendue de pays et entourée de populations hostiles, aurait pu être détruite en détail ou rejetée au-delà du Jura. Mais une partie des états ou districts requis de mettre leurs milices à la disposition du conseil de guerre, répondirent que, menacés eux-mêmes, ils devaient avant tout pourvoir à leur propre sûreté. Le Haut-Unterwalden avait déjà adhéré à la constitution ; Uri lui-même, divisé dans son intérieur et se reposant sur sa situation géographique qui fait de ce pays uue forteresse naturelle, retira au bout de quelque temps ses députés du conseil de guerre.
Cependant ce conseil pouvait encore disposer d'environ dix mille hommes. Ils furent divisés en trois corps. Celui de gauche entra dans le Haut-Uuterwalden qui se rallia de nouveau à la cause nationale. Il devait passer le Brûnig et pénétrer dans l'Oberland bernois dont les populations n'attendaient que leur arrivée pour se soulever et pour marcher contre Berne. Mais le Bas-Un ter walden défendit à ses troupes de franchir la frontière bernoise; on perdit du temps et l'occasion fut manquée. L'aile droite qui s'était avancée dans les bailliages libres et avait d'abord remporté quelques avantages contre les Français, fut ensuite forcée de se retirer sur le lac de Zurich , tandis que Zug ouvrait ses portes à l'ennemi. A cette nouvelle, la division du centre, qui était entrée à Lucerne à la suite d'une capitulation, abandonna celte ville et se retira sur le territoire de Schwytz.
Pendant que ces choses se passaient, Schauenbourg avait transporté son quartier-général à Zurich, d'où ses troupes s'avançaient sur les deux rives du lac non sans éprouver une vive résistance. Repoussés près de Wollerau après un long et sanglant combat, les Français ne durent enfin la victoire qu'à la
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blessure qui obligea le colonel Paravicini, de Glaris, à quitter le champ de bataille. Le capitaine Hauser, de Nœfels, qui avait eu la principale part aux premiers succès de la journée , resta étendu parmi les morts. L'adjudant-général Freyssinet, qui commandait les Français, l'ayant aperça, s'approcha et remarquant en lui quelques restes de vie , lui dit : « Courage, eama- » rade, courage ! » Le blessé, entr'ouvrant les yeux , répondit : « Ce n'est pas le courage qui me manque, ce sont les forces. » Plein d'estime pour sa valeur , le Français ordonna qu'on lui prodiguât les soins, et il guérit de ses blessures.
Les troupes de Glaris et des autres auxiliaires étant retournées dans leur pays à la suite de ce combat, les diverses colonnes de l'armée française ne trouvant plus devant elles que de faibles détachements, s'avancèrent de tous côtés sur les frontières du canton de Schwytz, depuis Kûssnacht jusqu'à Lachen. Abandonné de presque tous ses alliés, ce petit pays se trouva seul en lice avec une puissance qui n'avait plus de rivaux en Europe. Les milices, jusqu'à ce moment retenues inactives sur le Rossberg, entre les lacs de Zug et d'Egcri , firent demander au conseil de guerre par une députation de leur envoyer le capitaine du pays Reding pour les conduire à l'ennemi.
Aloys Reding de Biberegg , vingt-deuxième descendant de Rodolphe Reding de Biberegg, vainqueur de Léopold à Morgarten , après avoir fait la guerre au service d'Espagne qu'il avait quitté avec le grade de colonel, s'était retiré dans sa vallée, où il partageait son temps entre la culture de son domaine et l'étude. D'un extérieur avantageux , jeune, brave, instruit, populaire, il possédait toute la confiance de ses compatriotes. II partit aussitôt qu'il en eut reçu l'ordre, et arriva le 1 er mai au point du jour auprès des troupes. En parcourant la ligne de défense , il rencontra près du village de Schindellegi , dans la vallée sauvage de la Sihl , les hommes de Wollerau et de Bach qui venaient prendre part à la défense du pays. Ils avaient combattu la veille toute la journée; leurs maisons avaient été pillées et incendiées; leurs femmes et leurs enfants erraient dans les bois ; il ne leur restait que leurs armes , mais rien
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n'avait pu ébranler leur dévouement. On serra avec émotion la main de ces hommes braves et fidèles.
Reding apprit à Schindellegi la disparition du contingent de Glaris. Unterwalden , menacé par les Français et par les Lucernois, ne pouvait envoyer aucun secours. Il ne restait d'auxiliaires que 500 hommes d'Uri qui gardaient le défilé de Schorno près de Morgarten. Pour défendre une ligne de près de vingt lieues, Reding pouvait à peine disposer de 4000 hommes. Mais celte position désespérée, bien connue des milices de Schwytz, n'ébranlait pas leur résolution! « Qu'allons-nous faire?» murmurait-on de rang en rang : « Mourir comme nos aïeux ! • répondait-on. Toute la population partageait cette détermination de ne pas survivre à la patrie. Les vieillards et les enfants prenaient eux-mêmes les armes , ou portaient des munitions et des armes de rechange pour entretenir le feu des carabiniers. Presque toutes les femmes étaient armées ; elles s'attelaient aux canons enlevés à Lucerne et les transportaient sur les points menacés ; si elles voyaient un homme qui se fût éloigné de son bataillon, elles le saisissaient et le ramenaient de force à la frontière.
Reding, voyant ces dispositions, dit à ses soldats : « Chers » camarades , nous touchons au but. Entourés d'ennemis, aban- » donnés de nos amis, il s'agit de savoir si nous resterons maio- » tenant fermes et unis dans le danger comme jadis nos pères » à Morgarten. La mort nous attend; que celui qui éprouve » quelque crainte se relire; aucun reproche ne le suivra. Ce » n'est pas ici le moment de nous tromper les uns les autres ; • j'aime mieux cent hommes sur lesquels je puisse compter, » que cinq cents qui, en abandonnant le combat, mettront le » désordre dans les rangs et exposeront les braves gens à une » mort inutile. Quant à moi, je vous promets qu'aucun danger » ni la mort même ne me sépareront de vous. Nous ne fuyons » pas; nous mourons. Est-ce là ce que vous voulez? » Appuyés sur leurs fusils, ses soldats l'écoutaient dans un profond silence, quelques larmes sillonnaient leurs mâles visages. Quand il eut fini, un cri unanime se fit entendre : • Oui, nous le voulons! » nous ne vous abandonnerons jamais ! • Deux hommes sorti-
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rent des rangs, et pressant la main de leur capitaine, selon l'ancien usage, lui promirent au nom de tous fidélité et obéissance.
Les troupes passèrent la nuit sous les armes. Reding se rendit à Rothenthurm où le conseil de guerre était assemblé. Il voulait se concerter avec lui sur la défense de la seconde ligne si la première venait à être forcée. Le curé d'Einsiedeln, Marianus Herzog, prêtre immoral, mais hypocrite, et qui possédait la confiance du peuple au point que les chefs militaires n'osaient le contredire, parut s'indigner de cette précaution qui , selon lui , trahissait la peur : « Je défendrai les défilés de » l'Etzel à la tète de mes paroissiens,» dit-il; • si tous les au- » très postes sont défendus de même, il est inutile de s'occuper » d'une seconde li ne. »
Le 2 mai , à dix heures du matin , l'ennemi parut devant Schindellegi. Les carabiniers le continrent pendant près de deux heures, jusqu'à l'arrivée d'un bataillon d'infanterie avec deux pièces de canon. Les milices de Schwytz se battirent comme de vieilles troupes; chacun se pressait en avant, impatient de joindre l'ennemi; les blessés refusaient de se retirer; l'un d'eux , qui avait reçu le matin une balle dans la cuisse , et après midi une seconde au travers du corps, continua cependant de combattre, jusqu'à ce qu'une troisième blessure au bras, en l'empêchant de se servir de son arme, le décida enfin à quitter le combat pour regagner sa demeure à près de huit lieues de distance. Enfin , le feu des Français s'affaiblit peu à peu, et entre une et deux heures, il cessa tout-à-fait.
Dans ce moment, un homme d'Einsiedeln arriva hors d'haleine annonçant que l'Etzel était au pouvoir de l'ennemi. A huit heures du matin , le curé Herzog avait licencié toute sa troupe en disant qu'il était inutile de se défendre, puisqu'il savait que les autres postes ne seraient pas défendus. Par la trahison de ce prêtre, Einsiedeln et le chef-lieu du canton se trouvaient ouverts à l'ennemi. Schauenbourg dirigea aussitôt sur ce point un corps de six mille hommes. Pour éviter d'être tourné , Reding avec sa troupe victorieuse dut se replier sur
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Rothentburm. Sur ces entrefaites , le capitaine Hediger , qui occupait la position de Saint- Jost , en avant de Morgarten, près du lac d'Egeri, attaqué par des forces très -supérieures, avait été repoussé et s'était également retiré sur Rothenthurm. Les Français couronnaient toutes les hauteurs depuis Saint-Jost jusqu'à Morgarten.
Reding ordonna aussitôt au bataillon Hediger de reprendre les hauteurs de Morgarten, tandis qu'il occupait lui-même Rothenthurm avec 4200 hommes. Bientôt on vit l'armée française descendre lentement et en bon ordre des hauteurs qui dominent le village et déployer ses nombreux bataillons à portée de fusil. Quelques décharges de mitraille arrêtèrent pour quelques instants ce mouvement. Alors Reding fit avancer sa troupe dans la plaine et après une première décharge, il donna le signal impatiemment attendu. Au milieu de mille cris de joie, les baïonnettes s'abaissèrent et les deux bataillons s'ébranlèrent au pas de charge, sans se laisser arrêter par la position avantageuse ni par l'immense supériorité de l'ennemi, puis frauchirent à la course, sous le feu le plus meurtrier, une plaine de huit cents pas, et vinrent fondre au milieu des rangs ennemis. Une courte mêlée s'en suivit, et ces demi-brigades françaises, qui faisaient la terreur de l'Europe, s'enfuirent en désordre devant une troupe de bergers animés par l'enthousiasme de la religion et de la liberté. En moins d'une demi-heure les Suisses s'emparèrent des hauteurs que le meilleur piéton escalade à peine dans le même espace de temps. La perte des Français fut trèsconsidérable.
Cependant un autre corps français parti d'Egeri avait pénétré dans le vallon de Morgarten , et cherchait à gagner depuis là le village de Sattel, sur la route de Rothenthurm à Schwytz, d'où il aurait pris à dos les positions des Suisses. Reding avait prévu cette manœuvre; de là, l'ordre donné au bataillon Hediger. Mais 500 hommes d'Uri, sous les ordres du commandant Schmid, étaient arrivés le matin dans ces environs. Dès qu'ils eurent connaissance de l'approche des Français, ils détachèrent en avant cinquante carabiniers qui les tinrent en échec jusqu'à
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l'arrivée du bataillon Hediger. Celui-ci les attaqua aussitôt en flanc à Timproviste, et les volontaires d'Uri, avec la levée en masse de Steinen, doublèrent le pas pour prendre part au combat. Quand ils furent tous réunis, un même cri parcourait les rangs : « Ne barguignons pas; prenons-les sous les crosses !» Les tambours battirent la charge et les Suisses se précipitèrent à l'arme blanche sur l'ennemi et le mirent en déroute. Dans ce moment, Reding et ses deux bataillons arrivèrent sur les hauteurs, chassant devant eux les Français qu'ils avaient vaincus à Rothenlhurm. Deux fois ceux-ci s'efforcèrent de rétablir le combat; deux fois leurs rangs furent de nouveau rompus. On les poursuivit jusqu'à Egeri, où ils tentèrent pour la troisième fois , mais toujours en vain , de se reformer. Les Suisses les auraient poursuivis plus loin , si l'abandon de l'Etzel ne les avait pas exposés à être tournés. On ne savait pas alors que le bataillon Aloys Gwerder, stationné à Meyringen, dans le Hasli, et qu'on avait rappelé à la première nouvelle de l'approche des Français » était arrivé à Schwylz et avait aussitôt gravi les hauteurs du Haggen , qui couvrent ce bourg du côté d'Einsiedeln, ayant fait ainsi vingt lieues en vingt-quatre heures, avec armes et bagage, par les chemins les plus pénibles et sans s'accorder ni repos, ni rafraîchissements.
Ainsi, à quatre cent quatre-vingt trois ans de distance, et toujours sous la conduite d'un Reding, le vallon de Morgarten fut témoin de la première et de la dernière victoire des Suisses pour leur indépendance.
Le lendemain , 5 mai , les Suisses qui défendaient le village d'Arth furent attaqués successivement de deux côlés opposés. Ces deux attaques furent repoussées principalement par le feu des carabiniers. Les Français qui, en s'aidant d'un ravin, avaient cru tourner les Suisses, se virent tournés à leur tour et exposés à un feu meurtrier qui les obligea à se retirer précipitamment hors de la portée de la carabine. A cette distance, où la vue perçante des montagnards pouvait à peine distinguer les officiers à leurs longues redingotes, un carabinier en remarqua un qui causait debout au milieu d'un groupe , le désigna
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à ses camarades, mit triple charge dans son arme, fît feu, et j l'officier tomba au milieu des siens comme frappé de la foudre. Ce fut le signal de la retraite générale.
Mais Schwytz s'épuisait par ses victoires. Ses perles ne pouvaient se réparer et la lassilude menaçait d'accabler ses défenseurs. La nuit du 5 au 4 était la quatrième que les troupes de Rolhenlhurm passaient sous les armes , et cela après des fatigues inouïes. Et pourtant au premier mot de capitulation raille voix s'élevèrent : • Non! point de capitulation! nous voulons » mourir comme nos ancêtres ! » D'autres voulaient qu'il ne fût question de traiter avec l'ennemi que lorsque les deux tiers des défenseurs du pays seraient étendus auprès de leurs pères à Morgarten. Cependant l'avis de ceux qui reconnaissaient l'inutilité et les conséquences funestes d'une résistance prolongée, finit peu à peu par prévaloir. Reding demanda et obtint dans la nuit une capitulation.
Schauenbourg garantissait avant toute chose le libre exercice de la religion catholique. 11 exigeait que le canton adoptât dans les vingt-quatre heures la constitution helvétique et que, jusqu'à celle décision , toutes les milices se retirassent dans l'intérieur , promettant de son côté que les troupes françaises s'abstiendraient pendant ce temps de toute hostilité. Ces conditions furent lues à Rolhenlhurm, pendant la nuit, au peuple armé, et une landsgemeinde fut convoquée en toute hâte pour le lendemain.
Le 4 mai à midi, tous les hommes du canton se réunirent à Schwytz , presque tous armés , car presque tous venaient de la frontière. Le courage, tantôt calme et réfléchi, lantôt ardent et exalté, la ficrlé humiliée, la douleur poignante, le sombre désespoir, se lisaient tour-à-tour sur les physionomies. On forma le cercle comme de coutume; l'ancien landammann Schuler ouvrit l'assemblée en peu de mots et on lut la prière accoutumée. Ce peuple de guerriers implora la grâce et les lumières de l'Esprit saint sur cette délibération suprême. La capitulation fut lue; le capitaine Bûeler, qui avait été envoyé auprès de Schauenbourg, rapporta l'assurance verbale qu'il ne serait
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exigé du canlon ni levées d'hommes, ni contribution. Alors Reding exposa avec simplicité la situation du pays et conclut à l'acceptation des conditions offertes par le général français. Jusque là le peuple était resté calme, mais au moment de procéder à la votation, un murmure toujours croissant se fît entendre et aboutit enfin au plus violent tumulte. C'était le dernier combat d'un peuple appelé à se dessaisir de ce qui lui était le plus cher, d'institutions qui étaient pour lui comme une seconde nature. Déjà les partis tournaient leurs armes les uns contre les autres; entouré d'ennemis de tous côtés, ce peuple livré à un désespoir furieux semblait vouloir leur épargner la peine de l'anéantir. Alors le doyen Schneller, prêtre généralement respecté, se leva pour parler. C'était l'usage, lorsqu'un ecclésiastique prenait la parole, que tous les assistants se découvrissent; c'est ce que firent les hommes les plus rapprochés de la tribune, et ce mouvement se propageant de proche en proche , produisit un instant de calme dont Schneller profila pour commencer son discours. Il représenta que le courage ne suffisait plus pour sauver la patrie qui succomberait nécessairement bientôt faute de défenseurs ; que la garantie offerte à la religion devait tranquilliser toutes les consciences, et qu'on avait le choix entre une capitulation qui, avec ce premier de tous les biens , garantissait en outre les personnes et les propriétés, et le renouvellement d'une lutte dont l'issue n'était pas douteuse et qui plongerait le pays et toutes les familles dans un abîme de maux. Trois fois il fut interrompu par les murmures du peuple; trois fois on le pressa de continuer. Peu à peu le calme se rétablit ; ses exhortations pénétrèrent dans l'âme de ces guerriers tout-à-l'heure encore si exaspérés, et à la votation cent mains à peine se levèrent pour le rejet de la capitulation. Le général Schauenbourg en fut aussitôt informé et les Français s'éloignèrent des frontières en rendant hautement justice à la bravoure de ceux qu'ils venaient de combattre. Schauenbourg lui-même rechercha l'amitié de son noble adversaire Aloys Reding.
La perte des Français avait été plus que décuple de celle des
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Suisses. Du côté de ceux-ci , à l'inverse de ce qui a toujours lieu, le nombre des morts dépassait celui des blessés; cette circonstance seule donne la mesure de l'acharnement avec lequel ils avaient combattu.
Ainsi prit fin, deux mois après la chute de Berne, le dernier membre de la confédération des treize cantons Les cantons ou pays qui n'avaient pas encore adhéré à la république helvétique se soumirent quand ils eurent connaissance de la capitulation de Schwytz, ou à l'approche des troupes françaises.
Le Valais seul devait subir encore toutes les horreurs de la guerre. Après la chute de Berne , il avait accepté la constitution; mais à la nouvelle du soulèvement de la Suisse orientale, les Haut-Valaisans prirent les armes et occupèrent Sion. Deux bataillons vaudois marchèrent contre eux sous les ordres du général Bergier. Informés sur ces entrefaites de la soumission de Schwytz, ils conclurent une capitulation en vertu de laquelle ils abandonnèrent les positions avantageuses qu'ils occupaient. Mais cette capitulation ne fut pas ratifiée par le général Lorges, qui arriva avec des troupes françaises, et il s'en suivit une lutte opiniâtre et sanglante. Les Français parvinrent enfin sous les murs* de Sion qui arbora le drapeau blanc; mais au moment où ils allaient y entrer , un coup de canon tiré par une main malheureuse leur tua quelques hommes. Ce fut le signal du pillage et de toutes les atrocités qui peuvent accompagner le sac d'une ville. Sept à huit cents Valaisans périrent dans ce massacre. Le Valais, désarmé, saccagé , ruiné, adhéra de nouveau à la république helvétique une et indivisible. Ainsi fut consommé l'affranchissement de la Suisse.