‹ Abrégé de l'histoire du Canada depuis sa découverte jusqu'à 1840, à l'usage des maisons d'éducationChapitre 47 sur 104 · CHAPITRE rV · texte numérisé non relu

CHAPITRE rV

Terreneuve.— 1696-1701.

31. L'Acadie était retombée, comme on l'a vu, sous la domination de ses anciens maîtres, et les Anglais rebutés avaient abandonné l'idée de conquérir le Canada. Après une lutte de sept ans, ils n'avaient rien gagné, et ils allaient avoir à subir à leur tour les attaques des Français.

32. Les Anglais occupaient plusieurs postes fortifiés dans la baie d'Hudson, où ils faisaient la traite des pelleteries, qui sont plus belles là que dans les régions méridionales ; ils étaient maîtres aussi de la

Elus belle partie de l'île de Terreneuve, qu'ils avaient ordée de nombreuses pêcheries ; enfin en 1692, ils avaient relevé Pemaquid de ses ruines, à l'embouchure de la baie de Fondy, pour avoir une espèce de possession du pays des AbenaquLs, et pour pouvoir étendre de là leur influence sur celte tribu guerrière.

33. Comme Tourville avait repris la prépondérance sur rOcéan, le gouvernement à Paris voulut en profiter pour détruire Pemaquid, qui menaçait l'Acadie, et pour chasser les Anglais de Terreneuve et de la baie d'Hudson. D'Jberville, dont la parole avait déjà un grand poids à la cour et qui avait recommandé d'arrêter les progrès de rivaux plus souvent ennemis qu'amis, fut chargé d'expulser entièrement les Anglais de Terreneuve, avec l'aide de M. de Brouillau, gouverneur de la partie française de l'île.

S'ip. Il fit voile de Rochefort avec deux vaisseaux. Rendu au Cap-Breton, il apprit que trois vaisseaux anglais croisaient devant le port de Saint-Jean; il alla leur oifrir le combat. Après une lutte très-vive, il en

31. Les Anglais avaient-ils fait quelques progrès dans leurs projets de conquête 7

32. Quelles étaient les possessions des Anglais il la baie d'Hudson et dans l'île do ïerreueuvo 1

'i'^ Qu'est-ce que le gonvornemont à Paris résolut de faire 1 14. De quel port de France partit d'ibevville et quels furent ses exploits en Anuérique ?

— esprit un, le Now-Porl, do vinj^M-rjiiatro canons, ot il mil les deux autres eu l'iiile. lieiitorcé piu* sa prii-o et par plus de '^50 soldats et Sauvages, que lui amenèrent M. de Villehon et le biiroii de St. Castiu, il l>arut devaut Pemacpiid. Le l)arou de St. Castiu était un ancien ofdcier du régiment de Carignau, qui s'étant plu parmi les Sauvages, avait épousé une indigène et était devenu le chef des Abénaquis. C'est lui qui les menait au combat. Il mourut au sein de cette brave et puissante tribu, recherché des gouverneurs français et redouté des colonies anglaises.

Pemaquid était la forteresse la plus considérable des Anglais sur le bord de la mer. Ses murailles qui avaient 22 pieds de hauteur, portaient 18 pièces de canon. Le colonel Chubb y commandait ; il se défendit bien pendant quelques jours, mais il finit par perdre espérance, et remit la place aux Français.

Alors d'iberville cingla vers Terreneuve pour exécuter la seconde partie du plan d'attaque contre les Anglais.

\35. L'île de Terreneuve située au nord-est du golfe Saint-Laurent, n'est séparée du Labrador que par le détroit de Belle-Isle; elle forme une pointe qui projette dans rOcéan. Au sud-est de cette île se trouvent les bancs de Terreneuve, qui sont plus célèbres encore par leurs myriades de poissons que par leurs brumes et leurs tempêtes. La figure de Terreneuve, presque triangulaire, présente une superficie de 12000 lieues quarrées ; sa longueur extrême est de 14-0 lieues,, et sa largeur de lOO!^ Le cUmat y est froid et orageux, le ciel sombre. Le pays rempli de montagnes et arrosé par plusieurs belles rivières, était alors couvert de forets impénétrables et de landes tapissées ^do mousse.^

36. Les Français et les Anglais ne s'en serraient que pour leurs pêcheries. Les premiers y avaient un établissement vers le Cap de Raze pour y faire sécher leur poisson. Les Anglais avaient d'abord voulu co-

• 35. Faites-nous la description de l'île de Terreneuve ? 36. Quel usage les Français et lea Anglais fai:: aient-ils de l'île de Terreneuve 1

Ioniser l'île. Le chevalier Humplirey Gilbert s^élait arrêté eo 1583 dans la baie de Saint-Jeao, et avait pris possession de celle baie et de deux, cents lieues de pays îoufc aieiitour; au nom de la reine Elisabeth, pa' ce qu"d ignorait que celte te^œ fût une i'e. En i 608^ Jean Guyas, de Bristol, remil le projet de Gilbert ; il s'établit d'abord dans la baie de la Conception et transféra ensuite son établissement à Saint- Jean, aujourd'hui capitale de l'île, d'où les Anglais s'étendirent plus tard sur toute la côte orientale.

Malgré leurs pêcheries, les Français firent peu d'attention à Terreneuvo jusqu'en 1660. A cette époque le roi concéda le port de Plaisance à un nommé Gargot, qui reçut le titre de gouverneur et qui, dès qu'il fui dans ce poste, voulut soumellre les habitants à son monopole et les obliger à lui donner une portion de leurs pêches en échange des provisions et des marchandises qu'il tirait des magasins du roi. Celle prétention révolta les pêcheurs accoutumés à beaucoup d'indépendance; ils portèrent leui's plaintes au pied du trône. Le gouverneur fut rappelé et M. de la Poype nommé pour le remplacer. Plaisance était alors le principal comptoir français à Terreneuve. Placé dans l'un des plus beaux ports de l'Amérique, au fond d'une baie de dix-huit l'teues de profondeur, ce poste était défendu par le fort Saint-Louis construit sur la cime d'un rocher de plus de cent pieds d'élévation, à l'enliée de la baie, à une lieue et demie de la mer. Les França'is avaient encore un pied-à-icrre à Saint-Pierre de Miquelon, au Chapeau-Rouge, au Pelii- Nr)rd et sur quelques autres points des côtes du golfe Saint-Lau'^ent.

37. La population faisait la pêche al supportait impatiemment le joug d'un gouverneur. M. de la poype commandait depuis treize ans dans ces parages, qui furenl pour lui treize ans detroul)les, lorsqu'il lui vint un successeur en 1685. Cinq ans af)rès Plaisance fui surpris juar des flibustiers, qui firent le gouveinour

37. Que faisait la population de Terreneuve, et que se passa-t-il dans l'île jusqu'en 1696 *

prisonnior dans son lil cl dôpouillèrcnl les habitants, lie ioul re (jiiils avaioiil.

El) 1G92 ce poslc fut eoforc altnqiié. mais celte foi=i par une encadre angiaise coinniaïKlce par l'ainii-al Williams. Le gouverneur. RK Oo Crouillan, fil élever à la liiUe une redoute cl des batteries sur les rochers situés à l'entrée de la baie, et lira des bâtiments marcIkuhIs les houjmes nécessaires pour les servir. L'amiral Williams, après les sommations ordinaires, commença une canonnade inutile de six heures, au boul des*quclles il se retira confus d'avoir échoué devant un poste défendu par cinquante hommes; et pour se venger, il alla brider les habitations de 'a Pointe-Verte à une lieue de là.

Peiidant que le principal siège des pêcheries françaises courait ainsi un grand danger, une escadre de France, sous les ordres du chevalier du Palais, était à l'ancre dans la baie des Espagnols, au Cap-Breton, de l'autre côté du détroit, pour intercepter 1 amiral Phipps qui devait prendre sa revanche contre Québec.

Telle est l'histoire de Terreneuve jusqu'en 1696. La Grande-Bretagne occupait toujours la pi us belle portion de l'ile, et la ditlerence entre les établissements français et les établissements anglais était aussi grande là que dans les autres i)arties de l'Amérique. Le commerce de ces derniers s'élevait à 17 milhons de francs par année. Avec de pareils résultats sous les yeux, que Be devait-on pas redouter pour l'avenir? M. d'iberville avait communiqué ses craintes à la cour, qui l'avait chargé, comme ou l'a vu, d'agir de concert avec M. de Brouillan, pour attaquer les Anglais simultanément par terre et par mer. Mais ce dernier sans attendre dlberville,se hâta de partir avec une flotte de douze voiles et deux brûlots pour aller mettre le siège devant Saint-Jean. Les vents contraires firent échouer son entreprise sur cette ville ; mais il réussit à s'emparer de ))lusieurs établissements et d'une trentaine de navires le long des côtes. Il aurait pris ub biea plus grand nombre de navires sans l'insubordination d'une partie de ses équipages.

A son retour à Plaisance, il trouva d'Ibervilb qui n'avait pu aller le rejoindre faute de vivres ;

mais il venait d'en recevoir avec le renfort de Canadiens qu'il attendait de Québec.

38.rilfat alors résolu de reprendre Tattaque sur Saint-Jean. Après quelques diflîcultés 'Survenues entre les deux chefs, il fut réglé que pour se rendre à cette ville, Brouillan prendrait la voie de mer et d'Iberville celle de terre avec ses Canadiens ; ce qui fut exécuté. L'on se réunit dans la baie de Toulle. De là l'on se mit en marche pour Saint-Jean, culbutant et dissipant tout ce qui voulait disputer le passage. En arrivant près de la ville, l'avant-garde commandée par d'Iberville lui-môme, tomba sur un corps d'hommes embusqué dans des rochers et le mit en fuite après un choc violent ; elle entra pêle-mêle avec lui dans la ville. L'élan était tel qu'elle s'empara de deux forts d'emblée. Il n'en restait plus qu'un troisième en mauvais état. Le gouverneur, honnête et paisible marchand élu par les pêcheurs de la ville, se voyant menacé d'un assaut, remit Saint-Jean à condition que les Français transporteraient la population en Angleterre ou à Bojmeviste. Les fortiticalions furent rasées et la ville réduite en cendres. Le partage du butin fut encore un sujet de contestation entre les deux commandants, qui faillit a^^ener une collision^

Après cette '^conquête^^te gouverneur français retourna à Plaisance, et d'Iberville continua la guerre avec les Canadiens qui s'étaient attachés à sa fortune au nombre de cent vingt-cinq. (Armés chacun d'un fusil, d'une hache de bataille, d'un couteau-poignard et de raquettes pour marcher sur la neige, ils mirent une partie de l'hiver à compléter la soumission de l'île. Ils triomphèrent de tous les obstacles que pouvaient offrir le climat, la faim et le courage de l'ennemi. En deux mois, ils prirent tous les établissements anglais, excepté Bonneviste et l'ile de Carbonnière inabordable en hiver, tuèrent deux cents hommes et fiient six ou sept cents prisonniers, qui furent acheminés sur Plaisance. Montigny, Boucher de la

38 Qu'est-ce qu'il fut question de faire entre M do Brouillnn pt Mj d'Iberville lor8(|U ila furent réunia à Plaisance, et que fireut-iis 9

— Gï) —

rorrii^ro, d'Amours de Plaine, Dngiié de lioisbriant, tous Canadiens* se disliiiguèreiU dans celte caiiipagno héroïque^

CHAPITHE V,

Conquête do la baio d'IIudson. — Pajx do Riswic'k.— 1697.

(Jï. d'Iberville se préparait à aller attaquer Bonnevisle et la Carbonuièrej lorsqu'au mois de mai 1097 une escadre de cinq vaisseaux arrivant de France^ Sous les ordres de M. de Serignv, mouilla dans la baie de Plaisance. Elle lui apportait l'ordre d'en prendre le commandement et d'aller exécuter une autre partie du plan d'opérations, la conquête de la baie d'HudsonCx

•39. vÇetle contrée adossée au pôle et à peine habitable, était recherchée des Français et des Angl.'ùs pour ses riches fourrures. Les traitants des deux peuples en avaient fait le théâtre d'une kiUe continuelle aux vicissitudes de laquelle la trahison avail sa part.

Les Anglais conduits par deux huguenots nommés Desgroseillers et Kadisson, y avaient élevé le fort Rupert, en 16G3; ils y avaient établi aussi d'autres comi)loirs ; ce qui avait engagé Colbert à. y envoyer, en 1672, le P, Charles Albanel, par le Sagueuay,pour y reiiouveler les prises de possession de Bourdon et de Després Couture,

Cependant Desgroseillers et Radisson, mécontents de l'Angleterre, repassèrent en France après avoir obtenu leur pardon et y formèrent une société pour faire la traite dans lès eontrées du Nord. Ils retournèrent à la baie dHudson, y bâtirent le fort Bourbon, se querellèrent avec la compagnie, retournèrent en France ei trahirent une seconde fois leur pairie en faisant remettre leur fort aux Anglais.

Le roi fit des plaintes inutiles à l'Angleterre, agitée déjà par des révolutions. Alors^/le gouverneur du

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