‹ Abrégé de l'histoire du Canada depuis sa découverte jusqu'à 1840, à l'usage des maisons d'éducationChapitre 49 sur 104 · CHAPITRE VI · texte numérisé non relu

CHAPITRE VI

Mort de M. de Frontenac— Traité avec les Iroquois, et mort du fameux chef Kondiaronk. — 1701.

La paix fut l'occasion de grandes réjouissances à Québec et permit à beaucoup d'habitants de retourner sur leurs terres, que les courses des Sauvages les avaient forcés d'abandonner.

42. Le gouverneur du Canada, M. de Frontenac, survécut peu à ces événements. Il mourut l'année suivante, le 28 novembre 1698, à l'âge avancé de 78 ans. Son corps et son esprit avaient conservé toute leur vigueur. Sa fermeté, son énergie, ses talents brillaient en lui comme dans ses plus belles années. 11 emporta dans la tombe l'estime des Canadiens, qu'il avait gouvernés pendant l'une des époques les plus critiques de leur histoire. Il avait trouve la Nouvelle- France attaquée de toutes parts et sur le bord de l'abîme; il la laissait agrandie et en paix. Il avait en général des idées justes sur ce qu'il fallait faire pour la colonisation du pays ; mais l'état et la politique de la France ne lui permirent pas toujours de suivre le système le plus favorable pour les mettre à exécution."

43. Le chevalier de Callières^ depuis longtemps gouverneur de Montréal, fut nommé pour le remplacer f et le chevalier de Vaudreuil succéda à M. de Callières comme gouverneur de Montréal.

44. En 1700 la France et l'Angleterre réglèrent par un traité la limite de l'Acadie, du côté des colonies anglaises. Elle ftrt fixée à la rivière Saint-George.

' 42. Le gouverneur du Canada, M. de Frontenac, survécut-il longtempi à ces événements 1

■43. Par qui M. de Frontenac fut il remplacé 7

'44 En quelle année la question de la lioiite de l'Acadie, duoôtédes colonies anglaises, fut-elle réglée 7

45. Quant au pays des Iroquois^ on n^osa pas en^ core en disposer de peur d'irriter une confé(lération dont l'amitié était bnguée par les deux peuples. Les Cinq-Nations repoussaient toute sujétion étrangère* Leur sympathie religieuse les faisait incliner vers la France et leurs intérêts commerciaux les portaient vers l'Angleterre. Pour détruire leur sympathie religieuse, l'Angleterre voulut exclure les missionnaires catholiques des Cantons, et contraindre ceux-ci à désarmer. Mais comme une nation indépendante, les Iroquois signèrent la paix avec la France et ses alliés le 18 septembre i700. Le traité que les Anglais traversèrent- jusqu'à la fln, fut confirmé le 4- août de l'année suivante, dans une grande assemblée tenue sous les murs de Montréal.

46. Une vaste enceinte avait été élevée dans la plaine, et l'on y avait réservé une place pour les dames et l'élite de la ville. Les soldats furent rangés autour, et treize cents Sauvages vinrent prendre place au milieu dans l'ordre qui avait été indiqué. Jamais on n'avait vu réunis les députés de tant de nations diverses. Les Abénaquis, les Iroquois, les Hurons, les Outaouais, les Miàmis, les Algonquins, les Poutouatamis, les Outagamis, lès Sauteurs, les Illinois, enfin les principales nations depuis le golfe Saint- Laurent jusque vers le bas Mississipi, y avaient des représentants. Cette grande assemblée offrait le spectacle le plus bizarre et le plus varié par l'étrangeté des costumes et la diversité ces idiomes. Le gouverneur Occupait une place où il pouvait être Vu et entendu de tout le monde. Trente-huit députés vinrent signer le traité définitif. Un Te Deum fut ensuite chanté. Un festin, des salves d'artillerie, des feux de joie terminèrent une solemnité qui assurait la paix de TAmériquo Septentrionale, et ensevelissait dans le sein de la terre cette hache de guerre qui depuis tant d'années toujours levée et toujours sanglante, avait tenu dans l'etlroi tous les peuples depuis la baie d'Hudson jusqu'au golfe du Mexique.

"45. Que fit-on touchant la propriété rlu pnyg dos Iroquoie ? 46. Quo so passa-t-il à cette grande a6=euibléo 7

47. La ronsommation de ce grand acte fut accompn.îjrnéc d'un événcincut (]ui lit une impression profonde sur les esprits, et qui fournit une nouvelle preuve du resi)ecl que le vrai patriote impose mùme à ses ennemis. Dans une des conférences publiques, tandis que l'un des chefs hurons parlait, le Rat, ce célèbre Indien, dont le nom a été cité déjà plusieurs fois, perdit connaissance. On le secourut avec d'autant plus d'empressement qu'on lui avait presque toute l'obligation de ce merveilleux concert et de cette réunion sans exemple jus(]u'alors, de tant de nations diverses pour la paix générale. Lorsqu'il fut revenu à lui, il montra le désir de dire quelque chose ; on le fit asseoir dans un fauteuil au milieu de l'assemblée, et tout le monde s'approcha pour Tentencire. 11 exposa avec modestie et dignité ce qu'il avait fait pour amener une paix universelle et durable. Il appuya beaucoup sur la nécessité de cette paix et sur les avantages qui en reviendraient à toutes les nations, en démêlant avec une adresse étonnante les intérêts des unes et des autres. Puis se tournant vers le gouverneur-général, il le conjura de justifier par sa conduite la confiance qu'on avait en lui. Sa voix s'afï'aiblissant, il cessa enfin de parler. Doué d'une grande éloquence et de beaucoup d'esprit, il reçut encore dans cette circonstance imposante ces vifs applaudissements qui couvraient sa voix chaque fois qu'il relevait dans les assemblées publiques.

Sur la fin de la séance, il se trouva plus mal. On le porta à l'Hôtel-Dieu, où il expira sur les deux heures après minuit. Les Hurons sentirent toute la perte qu'ils venaient de faire. Jamais Sauvage n'avait montré plus de génie, plus de valeur, plus de prudence, plus de connaissance du cœur humain. Des mesures toujours justes, les ressources inépuisables de son esprit, lui assurèrent des succès constants. Passionné pour le bien et la gloire de sa nation, ce fut par patriotisme qu'il rompit avec cette décision qui compte le crime pour rien, la paix que le marquis de Denonville

47. Racontez-nous les derniers moments 4a célèbre chef le Rat 1

— Travail faite avec les Iroquois contre ce qu'il croyait être les intérêts de ses compatriotes.

Le Rat ou Kondiaronk, son nom huron, brillait autant dans les conversations particulières que dans les assemblées publiques, par son esprit et ses réparties vives, pleines de sel et ordinairement sans réplique. Il était le seul homme en Canada qui pût, en cela, tenir tête au comte de Frontenac, qui l'invitait souvent à sa table ; et il disait qu'il ne connaissait parmi les Français que deux hommes d'esprit, ce gouverneur et le P. de Carheil. L'estime qu'il portait à ce Jésuite fut ce qui le détermina, dit-on, à se faire chrétien.

Sa mort causa un deuil général ; son corps fut exposé, et'ses funérailles auxquelles assistèrent le gouverneur, toutes les autorités, et les envoyés des nations indiennes qui se trouvaient à Montréal, se firent avec une grande pompe et les honneurs militaires. H fut inhumé dans l'église paroissiale. L'influence et le cas que l'on faisait de ses conseils parmi sa nation, étaient tels, qu'après la promesse que M. de Callières avait faite à ce chef mourant de ne jamais séparer les intérêts des Français de ceux des Hurons, ceux-ci gardèrent toujours alix premiers une fidélité inviolable.

Lî?KE SÎXIE-ME

CUA.PITIVE I.

Etablissement de la Louisiane. — 1G63-1712.

^1. L'étendue de la Louisiane était inconnue. Oa avait donné ce nom à tout le pays situé entre le Canada, les colonies anglaises et les possessions espagnoles sur les deux mers Atlantique et Pacifique. Mais on ignorait ce qu'il y avait à l'occident du Mississipi-

• 2. Le bon accueil que Louis XIV fit à La Salle, qui arrivait, en 1683, de la découverte de l'embouchure du Mississipi, engagea ce voyageur à proposer au monarque d'unir au Canada le territoire que baigne ce grand fleuve, et de s'assurer ainsi de la souveraineté des pays intérieurs. Ce projet plut au prince, qui ordonna de le mettre à exécution.

* 3. La Salle fut chargé de jeter les bases de la nouvelle colonie.

•4. Il fit voile de France avec des soldats, des artisans, des volontaires, plusieurs Canadiens, quelques gentilshommes et huit missionnaires, le 2i juillet 1684. L'escadre était commandée par M. de Beaujeu, homme vaniteux et jaloux ; à peine fut-elle en mer que la mésintelligence éclata entre les deux chefs, et dégénéra en une hain^ profonde qui fut la cause des plus grands malheurs. 'L'escadre perdit d'abord un navire qui fut enlevé par les Espagnols ; ensuite elle passa devant les

1. Quelle était l'étendue de la Louisiane 7 •2. Qu'est-ce que La Salle proposa à Louis XIV au sujet de la Loui-

«iaue, et qu'est ce qu'ordonna le monarque 1 •3. A qui la foidation de la Louisiane fut- elle confiée 1 •4. Qumd La Salle uiit-il à la voile pour la Louisiane et qu'arrlFa-

t-il dans le vojage 1

bouches du Mississipi sans les reconnaître, et laissa ?es passagers dans ia baie de Matagorda, dans le Texas, à 120 lieues au-delà du fleuve qu'elle cherchait, après avoir perdu sur les récifs, par la faute du commandant, un second navire chargé des miunitions de guerre et de presque tous les outils ei objets nécessaires à un nouvel établissement. Après ce nouveau désastre, M. de Beaujeu remit à ia voile et abandonna à leur sort La Salle et 180 colons sur la plage inconnue où le hasard les avait conduits^

^. Les colons commencèrent à cultiver la terre eî à construire deux forts pour se îL^.'tlre à- Fabri des attaques dos Sauvages; mais les grains semés furent brûlés par le soleil ou détruits par les bêtes sauvages, et pour comble de malheur,, tandis que la maladie enlevait les honunes !es plus utiles, les indigènes devenaient de plus en plus menaçants.^.

df. La Salle dissimulait ses chagrins et ses inquiétudes avec sa fermeté ordinaire. Le premier à l'œuvre, il donnait l'exemple du travail avec un visage calme et serein. Les ressources de hon esprit semblaient se multiplier avec les obstacles ; mais mailiecreusement son naturel sévère devenait plus inflexible sous cette apparence de séi'énité ; et dans le moment où ses gens s'épuisaient de fatigues, il punissait les moindres fautes avec la dernière rigueur. Peu compatissant dans son langage, il sortait rarement de sa bouche une parole de douceur et de consolation pour ceux qui souffraient avec le plus de patience.^

• 7. Une tristesse mortelle finit par s'emparer de ses gens, qui devenus indifférents à tout, semblaient donner par là même plus do. prise à la maladie. Une trentaine de colons succombèrent à ce dégoût fatal de la vie. Le caractère de La Salle n a que trop contribué à son infortune. Sa fierté dédaignait les moyens de persuasion. Un autre moins capable, moins juste même que lui, mais plus insinuant^ se fût em-

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