CHAPITRE ÏU
Fondation du Détroit.— Guerre de la succession d'Espagne.— Envahissement du Canada par les Anglais.— 1700-1711.
16. M. de la Motle-Cadillac commença l'établissement du Détroit avec cent Canadiens et un missionnaire, dans le mois de juin 1700.
'47. Les colons étaient enchantés de la beauté du pays et de la douceur, du climat. En effet, la nature ] s est plu à répandre tous sos charmes dans cette contrée délicieuse, qui offrait alors de toutes parts des prairies verdoyantes, pai-semées cà et là de belles forets de chênes, d'érables, de platanes et d'acacias, et traversées par des rivières d'une limpidité remar- i quable.
^8. A peine venait-on de jeter les fondements de la nouvelle colonie, que la guerre de la succession d'Espagne fit reprendre les armes. La paix n'avait duré que quatre ans:
19. Cette fois les hostilités furent bien moins meurtrières dans le Nouveau-Monde que dans la guerre de 1G88. Tandis que le génie de Marlborough s'immortalise par des victoires en Europe, TAngleterre voit presque toutes ses entreprises en Amérique se terminer par des défaites et des désastres, que la faiblesse du Canada laisse néanmoins sans résultat durable; ■ car la population des colonies anglaises s'élevait déjà à 262,000 âmes, tandis que celle de toute la Nouvelle- France n'atteignait pas 20,000 habitants.
•16. Par qui fut coiuinenc-6 l'établissement du Détroit ?
17. Comment les colons Irouvi.ient-ils le pays et le climat 7
18 Qu'est ce qui lit refirendre les armes 7
' 19. Quelles furcut Ica hoatilité» en Amérique 1
20. Depuis le traité de Montréal, la neutralité clea trocjuois était assurée. Le |2;ouverneur, M. de Callières, n'avait plus dinquiétude que pour les provinces du golfe, TAcadie etTerreneuve, lorscpfil toniha malade et expira, en 1703, après avoir servi le pays pendant vingt ans avec beaucoup de dévouement et une grande intelligence»
21. 11 fut remplacé par le gouverneur de Montréal, L» M. de Vaudreuil, qui norta, dès les premiers jours,
ses yeux sur les pays de FOuest, où les Hurons paraissaient pencher vers les Antriais, tandis que les Ou- '^ taouais et les Miàmîs cherchaient à guerroyer avec la confédération iroquoise, que le colonel Schuyler, ennemi mortel des Français, voulait armer contre eux. Mais une fois qu'il eut les fils de toutes ces menées entre les mains, il sut, par des iTégociations habiles et multipliées, tourner les armes de ceux qui devaient l'abandonner contre les Anglais eux-mêmes qui les avaient soulevés.
22. Les Micàmis furent complètement battus par M* de la Motte-Cadillac, et obliges de se soumettre à la clémence du vainqueur. Une bande d'Abénaquis lancée vers Boston, en 1703, sous la conduite de quel^ qiies Français, ravagea tout depuis Casco jusqu'à Wells. Dans rhiver,'^Hertel de Rouville, à la tête de 350 Canadiens et Sauvages, prenant à la raquette, à travers les bois, traversa les Alléghanys et enleva et brûla la bourgade palissadée de Deerfield. L'année suivante le fort de Haverhill, baigné par les eaux du Merrimac, à cent-cinquante lieues environ de Québec, était enlevé de la même manière par environ 200 hommes l'épée et la hache à la main.
^iais le fort de la guerre se porta sur les provinces du golfe, où, pour venger le massacre de Deerfield, les Américains mirent à feu et à sang les établissements des rivières Penobscot, Passamaqiioddy et d'I*
•20. Quelle fut l'attitude des Iroquris dans cette guerre et quand mourut le gouverneur M. de Callières 1
• 21. Par qui M de Callières fut-il remplacé, et que fit le nouveau gouverneur en prennnt les rênes du pouvoir 1
•22. Racontez-nous les principaux événements du commencement d* la guerre 1
piguit. Leurs succès, cependant, furent de peu dé durée. Us furent repoussés à diverses reprises de Port- KoyaJ et de Beaubassin. Us perdirent à Terreneuve
e Fordlon, poste assez important, où plusieurs de leurs navn-es furent incendiés. M. de Subercase, qui avait remplacé M. de BrouiJlan, passé au gouvernement de l'Acadie, prit ensuite la ville de Saint-Jean^ capitale de l'ile, après une campagne faite au milieu de 1 hiver, et dans laquelle il ravagea tout le pays. Iroisans plus tard, les forts qui entouraient Saint- Jean et qu'on n'avait pu prendre la première fois,; lurent enlevés d'assaut par moins de 200 hommes. Deux de ces forts auraient pu arrêter une armée entière, puisqu'ils étaient garnis de 48 pièces de canon et défendus par près de 900 hommes. Si les Français avaient été plus nombreux, ils auraient pu conserver la possession d'une île qu'ils parcouraient en vainqueurs depuis le commencement de la guerre]^
^<^3. Les colonies anglaises irritées par tant de pertes, s entendirent avec leur métropole pour attaquer le Canada à la fois par terre et par mer, afin d'en faire la conquête. Une armée de débarquement devait attaquer la ville de Québec, tandis qu'un corps de 4000 hommes venu du lac Champlain, devait enlever Montréal ; mais la prise du général Stanhope avec 5000 Anglais à Brihuega et la défaite de Stahremberg, le lendemain, par le duc de Vendôme, à Yilla-Viciosa, en Portugal, firent abandonner l'attaque du Canada et envoyer les troupes destinées contre Québec au secours des alliés dans la péninsules
124. Les Américains qui voulaient venger au moins une partie de leurs défaites par quelque action d'éclat, se jetèrent pour la troisième fois sur l'Acadie, et parvinrent a s'em[)arer de Port-Royal gardé par 200 soldats minés par une longue famine. Cette ville tomba devant ujie flotte do 36 voiles et 4000 liommes de débarque^nent, immense supériorité qui rendait le
23. Quelle résolution prirent les ennemis pour réparer leurs malheurs? '■
24 ^uo firent les Américains laissés à oux-mêmea ? Quel fut le Port de lAcadic 1
irl (îc l'Acadio inévitable. Les vainqueurs cliango- KMilIr nom (le Porl-Uoyal pour celui dAnu^apolis quiU adoplèrent en l'iionneuf de la reine Anne\)
25. C'eFt «près la prise de Porl-Royal que l'Angleterre, toujours pressée par ses colonies, voulut tenter encore une fois la conquête de toute la Nouvelle- France.
^J Elle fit de vastes préparatifs. L'amiral Walker at-
^ teignit Boston, le 25 juin 1711, avec une flolteft^ôrtant un iKitaillon de soldats de marine et sept régiments de vétérans tirés de l'armée du duc de Marlborough et
, placés sous les ordres du général Hill.
1 Deux régiments de troupes provinciales se joignirent aux réguliers du général Hill, et portèrent son armée à 6500 fantassins munis d'un train con- Bidérable d'artillerie et de toutes sortes de machines de guerre., La flott^ comj)osée de 88 vaisseaux et Irajjsports, mit à la voile pour Québec le 30 de juillet. (Peu de temps après, le général Nicholson s'avança d'un autre côté jusqu'à Albany avec 4000 soldats et 600 Iroquois, pour pénétrer en Canada par le lac Champlain; c'était le plan d'invasion de 1690. Rendu sur les bords du lac Saint-Sacrement, il s'arrêta pour attendre l'arrivée de l'amiral Walker devant Québec. Le pays semblait perdu sans ressource. Aux quinze ou seize mille soldats et matelots qui marchaient pour l'envahir, il y avait à peine à opposer en Canada cinq mille hommes capables de porter les armeg."
26. La Providence le sauva. La flotte anglaise fut surprise par une tempête dans le Saint-Laurent. Dans robscurité qui couvrit tout-à-coup le ciel, huit transports se brisèrent sur l'une des Sept-Iles et près de 1)00 hommes périrent dans les flots. Après ce désastre, l'amiral Walker abandonna son entreprise et regagna la haute mer.
* 25. Racontez-noas les préparatifs et les mouvement» des Anglaif après la prise de Port-Rojal 1 *26. Qu'est-ce qui sauva le Canada 7
GHAPÎTKE IIK
Massacre des Outagamis.— Traité d'Utrccht>~1712-1713.
27. Tandis que l'Angleterre dirigeait son épée droit au cœur de la puissance française sur ce continent, sa politique avait armé contre "elle, par Tintermédiaire des Iroquois, les Outagamis^ vulgairement nommés les Renards, nation brave, indomptable et féroce, qui errait dans les savanes à l'ouest du lac Michigan. Ils vinrent se fî.xer à une portée de pistolet du fort du Détroit pour pouvoir mieux exécuter leur dessein.
(28. « Ce peuple aussi brave que l'Iroquois, dit Raynal, moins politique, beaucoup plus féroce, qu'il n'avait jamais été possible ni de dompter, ni d'appri* voiser, et qui semblable à ces insectes, qui paraissent avoir autant d'àmes que de parties de leurs corps, re* naissent pour ainsi dire après leur défaite,» ce peuple se trouvait partout, et était devenu l'objet de la hame de toutes les nations de ce continent, il avait promis de brûler le Détroit et de massacrer tous les Français qui se trouveraient dans ces contrées. Les Kikapous et les Mascoutins étaient entrés dans le complota)
29. M. Dubuisson, qui commandait dans cette par* tie, fut informé par un Outagamis chrétien de ce que, d'ailleurs, la conduite d^ ces Barbares ne lui laissait que trop entrevoir^ (ils se permettaient depuis quelque temps toutes sortes d'insolences; ils volaient el pillaient les Français, qui n'étaient qu'une trentaine dans le fort, et qui dissimulèrent jusqu'à l'arrivée de" leurs alliés qu'ils avaient appelés en toute hâte auprès d'eux, surtout les Hurons et les Outaouais. Dubuisson, en cas d'attaque subite, préparait ses moyens de défense sans faire de bruit ; il montait des canons, perçait des meurtrières là où il y en avait besoin» Mais les secours demandés arrivèrent avant l'attaque»
♦ 27. Qa»? se passait-il alors dans les pays de l'Ouest 1 28 Quels étaient les Outagamis et leurs projets 7
•29. Comment les Français furent-ils informes de leur dessein, efc quelles mesures prirent-ils pour repousser les attaques do ces Barbares?
C'étaient 600 honimos, Humus, Oulaonais, ïllinois, Missoiiris, OsaL,a\s, Saiitours, INjiiloualainis, Sakis, Malhoniines. etc., marchant en ordre, cliaque nation avec ses enseignes dé])Ioyées, et tous j^iortantla même haine à l'ennemi qu'ils allaient avoir a combatlre.J'>
(30. Dubuisson se serait contenté d'éloigner les Outagamis, en les forçant de retourner dans leurs anciens village?; mais les Hurons ne voulurent pas soullVir qu'on les laissât échapper. On les attaqua dans le fcH't qu'ils s'étaient élevé à côté de celui des Français, et qu'ils défendirent avec la plus grande intrépidité. Comme ils ne pouvaient sortir, il se trou- Tèrent au bout de quelque temps sans eau et sans vivres. Ceux qui essayaient de s'en procurer étaient aussitôt pris par les Sauvages, qui les fusillaient, les tuaieni à coups de flèches ou les gardaient pour les brûler à loisir et par forme de passe-temps. Les Outagamis arborèrent alors des étendards et des couvertures rouges en signe de guerre à mort, et crièrent à Dubuisson qu'ils voulaient que la terre fut teinte de sang. Ils cherchèrent en vain à lui détacher ses alliés. Peu de temps après, ils envoyèrent trois ambassadeurs demander une suspension d'armes de deux jours. Dubuisson leur répondit qu'il ne pouvait les écouter tant qu'ils n'auraient pas remis trois femmes réclamées par ses alliés, les Outaouais. Trois autres ambassadeurs les ramenèrent au bout de deux heures, et prièrent Dubuisson de faire retirer ses alliés afin que leurs gens pussent sortir pour aller chercher de kl nourriture, parce qu'un grand nombre de leurs lemmes et de leurs enfants mourraient de faim.
Les alliés ne voulurent pas entendre parler d'armistice. Le désespoir s'empara alors des Outagamis. Ils devinrent ingénieux à force de fureur. Ils lancèrent des flèches allumées sur les habitations françaises qui étaient couvertes en chaume et répandirent l'incendie dans le fort de Dubuisson. Ils firent une résistance si opiniâtre que les alliés parlaient de se retirer. Mais Dubuisson parvint à ranimer leur courage.^.
iW 30. Que fit alors Dubuisson et les alliés, et dans quelle situation les «*■! Outagamis se trouvèrent-ils ?
"Les ennemis étaient alors réduits à la dernière extrémité ; on n'entendait plus que des hurlements épouvantables à chaque coup de canon que l'on tirait contre eux. Déjà soixante à quatre-vingts personnes, femmes et enfants, étaient mortes de fa;m et de soif. L'odeur des cadavres, que les eni^emis ne pouvaient enterrer à cause du feu continuel des Français et de leurs alliés, empoisonnait l'air. Les assiégés se résolurent à envoyer une troisième ambassade. Pemoussa, l'un des chefs, portait la parole. Il dit à Dubuisson : « Mon père, c'est à loi que je parle, c'est à toutes les nations qui sont devant toi; je vous demande la vie pour mes frères. Elle n'est plus à nous ; vous êtes les maîtres ; les Esprits nous ont abandonnés. Je vous apporte ma chair dans les sept esclaves que je mets à vos pieds ; mais ne croyez pas que je craigne de mourir. C'est la vie des femmes et des enfants que je demande. Faites luire le soleil, je vous prie ; que le ciel soit beau et qu'à l'avenir vous prospériez. Voici les coHiers, détachezles et donnez-nous la vie. Vous êtes nos petits neveux, ajouta-t-il en s'adressant aux Sauvages, dites quelque chpse qui console le village à notre retour.»^.
t.31. Les alliés ne voulurent rien accorder. Ils tirèrent môme Dubuisson à part pour lui ])roposer de faire casser la lêle à quatre des envoyés, qui étaient de grands chefs. « Ce sont eux, dirent-ils, qui sont la cause de la résistance.» Mais Dubuisson s'y opposa. Alors les assiégés ne songèrent plus qu'à tromper la surveillance de leurs ennemis pour échapper, ce qui était une chance très-précaire. Ils voulurent profiter d'une nuit orageuse pour sortir du fort ; mais atteints à quatre lieues de là, ils se rendirent au bout de quatre jours aux alliés, qui accordèrent la vie aux femmes et aux enfants et firent un massacre général des hommes, en les égorgeant par manière de passe-tempi pendant de longues journées. On n'avait pas encore^ yu une pareille &(iène de carnage chez les IndiensJ)
32. Ce dénouement conserva la possession des pa; de l'Ouest aux Français. L'on touchait alors à la
31. Quels furent la décision des alliés et lo sort des Outagamis? in
• 32. Quel fut lo résultat de ce dénouement, et à quelles conditiona fil
»jgné l0 traité d'I^trocht i ' i
des hostilités. Vue suspension d'armes fut signée enlio la France et rAnj^ieterre, en 1712, et rannco suivante le fameux traité d'IJtrechtmulila la Nouvelle- France. Louis XIV, courhé par les nuilheurs et la vieillesse, renonra à ses droits sur 'e pays des Iroquois et céda la baie d'Hudson, Terreneuve et l'Acadie à TAnglelerre, aux attaques de laquelle le Canada resta seul ouvert de tous côtés.