CHAPITRE Iir
Nouvelle Compagnie, appelée les Cents Associés,
La France n'étant pas encore convaincue de la méchanceté de son système de colonisation par des Compagnies de Marchands, plus intéressés au Commerce qu'à l'établissement d'une Colonie, en forma encore une nouvelle de Cents Associés, qui devaient dès l'année 1628, transporter deux ou trois cents ouvriers, avant l'année 1643 augmenter le nombre des habitaus jusqu'à, seize mille, les loger, nourrir et entretenir de toutes choses pendant trois ans, leur assigner ensuite des terres défrichées suffisantes pour leur subsistance et des grains pour les ensemencer. Les Colons devraient être
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des sujets naturels et catholiques, on devait tenir la main à ce qu'aucun étranger ni hérétique, ne s'introduisit dans le Pays. Il devait dans chaque habitation y atoir au moins trois Prêtres, que la Compagnie s'engageait à défrayer de tout pendant quinze ans, et ensuite ils devaient subsister du produit de3t erres défrichées qu'elle leur assignerait.
Pour dédommager la Compagnie de tant de frais, le Roi concéda aux associés et 1 ur ayant cause, à perpétuité, le Fort et habitation de Québec, tous le Pays de la Nouvelle France et la Floride; tout le cours du grand Fleuve et des Rivi. res qui s'y déchargent, ou vont à la Mer, les Isles, Port-, Havres, Mines, Pêches, &c. Sa Majesté ne se réservant que la foi et hornmaae, avec une couronne d'or de huit marcs à chaque mutation de Roi, et les provisions des Officiais de la Justice Souveraine, qui seraient nommés et présentés par les associés; avec pouvoir de fondre des canons, de bâtir et fortifier des places, forger des armes et faire généralement tout ce qui serait nécessaire pour la sûreté du pays et la conservation du commerce, le droit de concéder dès terres, em telles quantités qu'ils jugeraient à propos, de leur attribuer des titres, honneurs, droits et pouvoirs qu'ils trouveraient bons, a telles charges, réserves et < onditions qu'ils jugeraient à propos ; mais qu'au cas d'érection de Duch/s, Marquisats, Comtés et Baronies, on prendrait des lettres de confirmation du Roi; et afin que les associés pussent jouir pleinement de ce qui était accordé, >& Maj-sté révoquait toutes concessions faites, et accordait aux associés pour toujours, le commerce des Pelleteries, réservant à ses sujets la liberté de la Pèche des Morues et Baleines, et aux Français habitués et point nouiris et entretenus par la Compagnie', la liberté de la traite des Pelleteries, à condition de ne vendre les castors qu'aux facteurs de la Compagnie, sur le pied de quarante sols tournois la pièce.
Le Roi ne borna pas la, ses grâces, 11 accorda à la Compagnie deux Vaisseaux de Guerre de deux à trois cents tonneaux et de quatre couleuvrines'; il convint que lt'S artisans engagés par la Compagnie, qui retourneraient en France, apr's avoir exercé leur3 métiers pendant six ans dans la Colonie, seraient réputés maîtres et pourraient tenir boutique en France, que les produi's des Manufactures du Pays transportés en France, seraient pendant quinze ans exempts d'impôts ; que les munitions de guerre, vivres et avituaillements pour le dit pays en seraient pareillement exempts, pendant le dit temps; qu'il serait permis à toutes personnes de quelque qualité qu'elles fussent, ecclésiastiques, nobles, officiers et autres, d'entrer dans la dite Compagnie, sans déroger : qu'il serait expédié douze lettres de noblesse pour les associés qui ne seraient pas nobles; que les descendans des Français habitans au dit Pays et les Sauvages convertis, seraient réputés naturels Français, et jouiraient en France de leurs piivilèges. '
Ces articles furent approuvés par un édit de Mai 1627T
Les premiers Vaisseaux que la Compagnie expédia furent pris par les Anglais, qui brûlèrent les établissemens de Tadoussac, sommèrent Mr. Champlain de leur livrer le Fort de Québec, ce qu'ayant refusé de faire, ils se retirèrent.
L'Année suivante Mr. De Champlain fut obligé de rendre Québec aux Anglais, dépourvu de munitions et de vivres.
Le Pays fut rendu aux Français, par le traité de St. Germain en Laye, le 29 Mars 1632.
En 1633, la Compagnie rentra dans tous ses droits et PAcadie fut concédé au commandeur de Uazilly, un des associés.
Mr. De Cbampluin fut nommé de nouveau Gouverneur de la Nouvelle France, et partit pour s'y rendre.
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Les Pères Brebeuf et Daniel se rendirent chez les Huronspoury établir une Mission. Le pays qu'ils occupaient alors, avait le Lac Erie au sud, le Lac Huron à l'ouest, et le Lac Ontario à l'est, le Père Davert les suivit de près avec deux Français, ïïs se fixèrent dans une Bourgade nommé Jhouhatiïé, ils y dressèrent une petite Chapelle qu'ils dédièrent à St. Joseph, dont par la suite la Bourgade piit le nom.
Ces Missionnaires, malgré leurs efforts, ne réussirent pas mieux que ceux de Québec, des Trois Rivières et de Tadoussac, à attirer les Sauvages à la Foi.
On commença en Décembre 1635, les fondations d'un Collège a Québec, pour lequel le Marquis de Gamache avait donné six mille écus d'or.
Monsr. De Champlain mourut à la fin de cette année regrêfé généralement.
Monsr. De Montmagny lui succéda et se conforma à. ses projets.
Au commencement de 1635, les Iroquois parurent en armes au milieu du Pays des Ilurons, d'où ils furent repoussés.
L'Année suivante ils eurent l'audace d'enlever aux Trois Rivières trente Hurons qui descendaient à Québec chargés de Pelleteries.
On vit arriver en 1637, des Ouvriers que le commandeur de Sylleri envoyait au Père Le Jeune, pour faire un établissement. Celui-ci les conduisit à quatre milles de la Ville, sur le bord septentrional du Fleuve, nommé depuis Si'.leri, où ils travaillaient à se loger.
Made. De La Peltrie arriva en Canada, avec trois Religieuses Ursulines, en Août 1639, accompagnées du Père Barthélémy Vincent qui venait remplacer le l;ère Le Jeune, Supérieur Général des Missions et conduisait une recrue d'Ouvriers Apostoliques.
Tant de secours spirituels, ne pouvait manquer de donner de l'activité aux affaires de la Religion, aussi
tout changea dans la Colonie à cet égard pour le mieux.
Mais la Guerre continuait toujours entre les Iroquois et les Hurons avec des succès divers.
Les Iroquois mirent tout en usage pour empêcher les Français de secourir les Hurons, ils en vinrent jusqu'à proposer la Paix aux Français, à condition que leurs alliés n'y seraient pas compris.
Pendant qu'un Conseil se tenait à ce sujet aux Trois Rivières, les Iroquois en sortirent pour aller piller plusieurs canots de Hurons et d'Algonquins qui venaient d'arriver chargés de Pelleteries.
Négotiation fut en conséquence rompue.
Monsr. De Montmagny fut^ un peu consolé de cet incident par le projet de peupler et fortifier Montréal.
Dès cette année 1640, une Société à qui le Roi avait concédé l'Isle de Montréal en prit possession j l'année suivante Paul de Chainedey Sieur de Maisonneuve, un des associés, y amena plusieurs familles de France, et en particulier Madle. Manse. destinée à prendre soin des personnes de son sexe.
On prit la résolution de bâtir un Fort a l'entrée de la Rivière Richelieu, qui était le chemin que les Iroquois prenaient pour se jeter sur la Colonie, il fut achevé eu peu de temps, malgré les efforts de sept cents Iroquois envoyés pour s'y opposer, ils s'en vengèrent quelque temps après en faisant mourir René Goupil et en mutilant le Père Jogues.
En 1645, on parvint à conclure la Paix avec les Iroquois, mais elle fut de peu de durée.
Les Agniers, ayant tué le Père Jogues ef Lalande, son compagnon de voyage, persuadés que les autres nations en tireraient vengeance mirent plusieurs partis en compagnie, dont un tua ie fameux Chef Puskaret.
Eu 1648, Ils détruisirent le Village St. Joseph, où il périt près de sept cents Sauvages et massacrèrent le Père Daniel qui desservait cette Mission.
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L'Année suivante ils tombèrent à l'irrproviste sur les Villages St. Ignace et St. Louis, et les détruisirent pareillement ; les Pères de Brebeuf et Lalleraent y gagnèrent la Couronne du Martyre.
Le Père Garnier fut tué lors du Sac Village St. Jean,
Les Hurons dont les Villages étaient détruits vinrent se réfugier à Québec le 28 Juillet 1650, où ils furent accueillis pnr Mr. Dajllebout, les communautés et les citoyens,
Monsr. De Lauzon fut cette année nommé Gouver* neur à la place de Mr. Daillebout.
On eut le malheur de perdre Mr. Duplessis Bocharet, Gouverneur des Trois Rivières, qui fut tué par les lroquois.
Deux ans après le Père Buteaux fut tué par eux en allant en Mission,
Monsr. MaisonnéuTe.Gouverneur de Montréal, revint de France en 1653, avec un renfort de cent hommes et Marguerite Bourgeois, qui en instituant les Filles de la Congrégation, encore existant, a rendu un service signalé à la Colonie,
En 1654, il fut conclu un traité de Paix avec les Jroquois ; mais les Agniers qui formaient un Canton de cette Nation, remuaient toujours sous main?.
Le Frère Jésuite Jean Liégeois fut trouvé mort près de Silleri, percé de deux coups de fusil, la tête coupé et la chevelure levée.
Cependant ils firent de nouvelles démarches pour renouveller la Paix et obtenir un Missionnaire, on leur donna le Père Le Moyen qui partit avec eux.
En 1650, les Pères Chaumont et Dablon partirent le 19 Septembre, pour établir une Mission à Onnontagué, avec un grand nombre de Sauvages de ce Canton, le principal des cinq Cantons lroquois.
Malgré tout, les Agniers l'année suivante firent une descente dans l'Isle d'Orléans, eule?èrent quatrevingt-
dis Hurons, les passèrent fièrement devant Québec, sans qu'on osât les poursuivre.
Le Père Garneau partit pour une Mission chez les Outaouais, fut rencontré et tué par des Agniers près le Lac des deux Montagnes.
Une tribu des H urons se livra cette année aux Agniers et une autre songea à en faire autant avec les Onnoutagués.
L'Abbé de Quélus qui avait passé quelque tems à Montréal, revint de France en 1657» avec des Députés du Séminaire de St. Sulpice pour prendre possession de l'Isle de Montréal, et y fonder un Séminaire,
Le Vicomte d'Argenson arriva à Québec le 11 de Juillet 1658, en qualité de Gouverneur Général, et eut la mortification d'apprendre le lendemain que des Iroquois avaient massacré des Algonquins : il envoya un parti de deux cents hommes après eux, mais ils ne purent le. rejoindre.
Peu de temps après des Agnierg vinrent pour surprendre le Poste des Trois Rivières : ils envoyèrent huit hommes, sous prétexte de parlementer mais pour observer l'état de la place ; ils furent emprisonnés et on en fit bonne justice, ce qui procura quelque repos à la Colonie.
Le 16 Juin 1659, François de Laval, Evêque Titulaire de Pétrée, débarqua à Québec, pourvu par le Pape d'un Brevet de Vicaire Apostolique.
Les lettres patentes du Roi pour l'érection du Séminaire des Missions étrangères a Québec, furent expédiés en Avril 1663,
Ils furent chargés de fournir des pasteurs dans toute la Colonie et la dîme fut fixée au treizième, elle fut réduite par un arrêt en Conseil Supérieur du mois de Septerpbie de 1667, au vingt-sixième payé en nature, et elle a resté depuis sur ce pied.
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Les Iroquois tenaient la Colonie dans de continuelles alarmes cependant en Juillet 1661, on appercut à Montréal, dux canots d'Iroquois portant pavillon blani;, ils ramenèrent quatre prisonniers Français dont ils proposèrent l'échange contre huit Goyogouins, prisonniers à Montréal, et demandaient un Missionnaire.
Le Père Le Moyne consentit pour la cinquième fors à aller avec eux.
Sur ces entrefaits, le Baron d'Avangour arriva pour remplacer Mr. d'Argenson.
Les Iroquois continuaient leurs déprédations dans 1» Colonie, tutrent en 1622 Monsr. Vignot, un Ecclésiastique, et défirent un parti de ringt-m hommes commandé par le Major de la Ville de Montréal.
Monsr. Boucher commandant aux Trois Rivières passa en France en 1662, .pour représenter l'état ïacheux de la Colonie et demander du secours.
Le Roi nomma Monsr. de Monts commissaire pour faire la visite du Pays et envoya quatre cents hommes de troupes ; leur arrivée causa une grande joie à. Quéoec.
La traite des boissons enivrantes avec les Sauvages avait engagé l'Evèque à passer en France cette année, pour en obtenir l'abolition, il obtint du Roi les ordres nécessaires ù, cette fin.
Plusieurs phénomènes extraordinaires jettèrent l'épouvante dans la Colonie et firent craindre un tremblement de terre, cette crainte se vérifia dans les premiers jours de Février 1663.
Le tremblement de terre fut si violent que les édifices furent ébranlés dans leurs fondations et tellement balancés qau les cloches sonnèrent d'elles mêmes : la terre, dit-on, était comme une mer agitée : des arbres furent déracinés et jettésà une grande distance : on prétend même que des montagnes entières furent transportées d'un lieu à un autre, et le cours de plusieurs rivières absolument changé.
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Les secousses se firent sentir pendant plus de six mois. La consternation fut générale et produisit la conversion de plusieurs pécheurs endurcis.
Cette même année Monsr. De Mesy, fut envoyé pour relever le Baron d'Avangour et Monsr. Gaudais commissaire, pour prendre possession de U Nouvelle France au nom de Sa Majesté, dont la Compagnie du Canada lui avait remis le Domaine le 14 Février 1663.
Ici se termine W, système infructueux de colonisation par des Sociétés de Marchands et Spéculateurs plus occupés de leurs intérêts que de l'établissement d'une Colonie et de la Religion.
Q, A qui l'établissement du Canada fut-il confié après le peu de succès des Sociétés privées ?