‹ Abrégé de l'histoire du Canada (volume 2)Chapitre 2 sur 24 · CHAPITRE II · texte numérisé non relu

CHAPITRE II

De plusieurs Gouverneurs.

Le 12 Janvier 15DS, après cinquante ans de troubles domestiques en France, le Marquis de la Roche obtint la même commission de Lieutenant Général de Sa Majesté et les mêmes pouvoirs qu'avait eus Monsieur de Roberval.

Il partit de France la même année ; débarqua du mondg (Un* l'Isle de Sable, dans le Golfe ; visita les

cô.tee de PAcadie et retourna en France, sans pouvoir leprendre le morvle qu'il avait laissa surl'Isle de Sable ; on prétend qu'il mourut de chagrin de son peu de succès et des dépenses qu'il avait faites dans cette entreprise.

Mr., Chauvin sollicité par Mr. Pontgravé, un habile Navigateur qui lui persuada que le commerce des Pelleteries qu'il avait fait k Tadoussac serait avantageux s'il était dans une seule main, obtint du Roi, une commission semblable à celle du Marquis de la Roche en 1600, partit avec quelques bâtiments de peu de valeur et les conduisit à Tadoussac, où il fit d'assez bonnes affaires ; il y retourna l'année suivante et se préparait à un troisième voyage, mais la mort mit fin à ses projets.

Le commandeur de Chatte lui succéda en 1G03, forma une compagnie de Marchands, fit un armement qu'il confia à Pontgravé, à qui le Roi avait donné des lettres patentes pour continuer les découvertes dans le Fleuve et y faire des établissements.

IVJr. De L-hamplain, gentilhomme Saintongrois, car pitainede vaisseau, brave, habile et expérimenté, s'emr barqua dans cette expédition pour le Canada, où par la suite il devait jouer un grand rôle.

Ils montèrent tous deux cette année jusqu'à Montréal} où la bourgade d'IIochelaga n'existait déjà plus.

I}e retour en France, ils trouvèrent le commandeur de Charte, décédé, et sa commission donnée a Mon$r. Pierre Du Guard sieur De Monts.

Ce Monsieur était calviniste, et le Roi lui avait permis et aux siens l'exercice de leur Religion en Amérique j il s'était chargé d'établir la Religion Catholique parmi les Sauvages, deux choses bien étranges sans doute !

Il conserva la Compagnie formée par son prédécesseur et l'ayant augmenté de plusieurs négociants, des principaux Ports de la France, il fit un armement plus considérable qu'aucun de ses prédécesseurs.

De quatre VTaisseaux qu'il avait, un fut destiné à la

traite des Pelleteries à Tadoussac, un autre a protéger le commerce et deux furent envoyés à' l'Acadie.

Son premier établissement fut dans Plsle de Ste. Croix ; le printemps suivant il transporta sa calonie au Port Royal, il concéda ce Port à Monsr. De Poutricourt, un de ses associés, et cette concession fut confirmée par lettres patentes de Sa Majesté,

L'Automne approchant Mr. De Monts se rendit en France, ou il fut privé de son privilège et de sa commission, sur les plaintes des pêcheurs de tous les Ports du Royaume.

En 1608, Mr. De Champlain, qui s'embarassait fort peu du commerce, fixa enfin un établissement à Québec, le 3 de Juillet, y construisit quelques barraques et commença des défrichements.

Comme les Algonquins qui étaient établis aux environs de Québec et les Montagnes à Tadoussac, vivaient en bonne intelligence avec les Français, Monsr. De Champlain, cru devoir en reconnaissance de leurs bons services, les accompagner dans une expédition contre les Iroquois en 1609, condescendance qui fut cause des désastres de la Colonie et la mit plusieurs fois à deux doigts de sa perte.

11 s'embarqua sur le Fleuve avec ses alliés, monta la Rivière Sorel, fut obligé de laisser ses chaloupes au pied du Rapide de Chambly, et continua sa route parle Lac Champlain et celui du St. Sacrement.

Ils rencontrèrent l'ennemi sur le soir en deçà du lieu où ils voulaient aller ; les Algonquins envoyèrent demander aux Iroquois s'ils voulaient se battre à l'heure même; ils répondirent que la nuit serait trop obscure, qu'ils ne se verraient point et qu'on ferait mieux d'attendre le jour ; la dessus chacun prit ses précautions et s'endormit tranquillement.

Le lendemain dès le point du jour, Champlain, plaça deux Français qui l'avaient accompagné et quelques

Sauvages dans k bois pour prendre l'ennemi en flanc qui était au nombre de deux cents.

Les Algonquins et les Hurons sortirent les premiers de leur camp, coururent deux cents pas au devant des Iroquois, s'arrêtèrent en leur présence, se partagèrent en deux bandes et laissèrent le milieu libre à Mr. De Champlain, qui vint se placer à leur tête.

Sa figure et son accoutrement surprirent les Iroquois et leur étonnement fut extrême, lorsque du premier coup de son arquebuse, ils virent tomber morts deux de leurs Chefs et un troisième blessé. Ce succès fit jetter de grands cris aux alliés, et comme un des deux Français avait abattu aussi quelques Iroquois, la déroute devint générale.

Ils furent poursuivies chaudement, il en fut tué plusieurs et on fit quelques prisonniers.

Il n'y eut du côté, des alliés qu'une quinzaine de personnes blessées, mais légèrement.

Ils passèrent deux heures sur le champ de bataille, à chanter, à danser et à manger les provisions que les ennemis avaient abandonnées.

Après avoir fait huit lieues ; il s'arrêtèrent, prirent un des prisonniers et après lui avoir reproché les cruautés que sa nation avait commises ils lui déclarèrent qu'il serait traité de la même manière et que s'il avait du cœur, il le témoignerait en chantant : ce qu'il fit aussitôt.

Ils lui firent souffrir tontes sortes de cruautés ; s'nppercevant que les Français en avaient horreur, ils permirent à Mr. Champlain de mettre fin à ses tourments, ce qu'il fit en lui tirant un coup d'arquebuse.

Aussitôt qu'il fut mort ils lui ouvrirent le ventre, jettèrent ses entrailles dans le Lac, lui coupèrent la tête, les bras et les jambes, et les dispersèrent de part et d'autre, sans toucher au tronc ; ils ne gardèrent que la chevelure,, ils coupèrent le coeur en petit» morceaux

qu'ils donnèrent à manger aux prisonniers, ils en mirent un morceau dans la bouche du frère du mort, qui le cracha sur le champ.

Messrs. De Champlain et Pontgravé, «'embarquèrent en Septembre 1609, pour la France et ils laissèrent la Colonie, sous les ordres de Pierre Chavin.

De retour en Canada en 1610, Mr. De Champlain, s'engagea dans une seconde expédition contre les Iroquois, ils les trouvèrent retranchés et eurent bien de la peine à les déloger ; ils finirent par les tuer presque tous ; ce qui augmenta leur animosité.

Les affaires de Monsr. Monts étant ruinées, Monsr. Champlain engagea le Comte de Soissons à devenir le Père de la Nouvelle France, la Reine Régente lui donna l'autorité nécessaire pour maintenir et avancer la Colonie et nomma Champlain son Lieutenant.

La mort de ce Prince survenue peu de tems après, ne dérangea rien au nouveau plan, parceque le Prince de Condé voulut bien s'en charger et continuer Champlain dans son emploi.

Champlain laissa la France le 16 Mars 1612, sur un Vaisseau que commandait Pontgravé, et arriva à Québec le sept Mai suivant.

Ayant trouvé l'établissement en bon état, il en partit pour Montréal, fit une course sur la Rivière des Outaouais, et descendit ensuite à Québec, d'où il partit de nouveau avec Pontgravé, et mouilla à St. Malo sur la fin d'Août, de la même année.

Il conclut une nouvelle Société avec les Marchands de St. Malo, de Rouen et de la Rochelle, obtint des patentes du Roi auxquelles le Prince mit son attache, ne doutant point que la Colonie en prit de la solidité, sous une pareille compagnie, il engagea quatre R. P. Récollets à le suivre.

Il arriva à Tadoussac le 55 Mars 1613, il en partit peu de temps après pour Québec, il monta tout de suite

à Montréal, où il rencontra les Hurons et quelqnes alliés ; il eut l'imprudence de s'engager dans une troisième expédition contre les Iroquois, qu'ils trouvèrent si bien retranchés qu'ils eurent la honte de ne pouvoir les déloger et de se retirer.

'Il fut obligé d'hiverner chez les Hurons, qui ne voulurent point lui donner de guide pour descendre à Montréal.

Pendant son séjour, il visita toutes les Bourgades des Hurons, et quelques unes de celles des Algonquins sur le Lac Nipissing.

Le printemps il en partit secrètement avec quelques Sauvages et le R. P. Joseph, et arriva à Québec le 11 Juillet 1616, où on le croyait mort ainsi que le Père Récollet.

Ils ne restèrent pas plus d'un mois à Québec, et se rembarquèrent avec le Supérieur de la Mission, pour retourner en France, ils laissèrent le Père Dolbeau et le Frère Duplessys, qui avait été chargé de l'instruction des Enfans des Français et des Sauvages établis depuis peu aux Trois Rivières.

Les Sauvages des Trois Rivières, remirent à Mr. Champlain, un des meurtriers de deux habitans et donnèrent en otage deux de leurs Chefs, dont il se contenta alors.

Mr. De Champlain ne faisait qu'aller et venir de France à Québec, pour se procurer les secours dont il avait besoin pour l'avancement de la Colonie que ses associés négligaient.

En 1620 Monsr. le Prince céda sa Vice Royauté au Maréchal de Montraorenci, son beaufrère qui continua la lieutenance à Mr. De Champlain et chargea Monsr. Dolu, de l'agence en France.

Mr. De Champlain s'embarqua avec sa famille, pour le Canada, il arriva à Tadoussac en Mai, où il trouva des Rochelois qui y traitaient avec les Sauvages au

préjudice des droits de la Compagnie et contre les défenses du Roi et auxquels ils avaient vendu des armes à feu, que jusqu'alors on leur avait refusé.

L'Année suivante, les Iroquois parurent en armes jusques dans le centre de la Colonie, un de leur parti fut repoussé au Sault St. Lonis et l'autre près du Couvent des Récollets, sur la Rivière St. Charles.

Mr. De Champlain n'ayant pas de forces suffisantes pour s'opposer à ces incursions en informa le Roi et le Duc de MontrnorencijparlePère BaillifF, connu de S. M. et qu'il députa à cet effet.

La Compagnie fut en conséquence supprimée et remplacée par Messrs. Guillaume et Emerie de Caen.

Mr. De Champlain fut informé de ce nouveau changement, par une lettre du Roi même, qui l'assurait qu'il était satisfait de ses services et l'exhortait à donner des preuves de sa fidélité.

Ce Système de colonisation était si mauvais que la population dans Québec, ne s'élevait en 1622, qu'à cinquante personnes y compris- les Femmes et les Enfans.

Le Commerce ne se faisait avec succès, qu'aux Trois Rivières et àTadoussac.

L'Année suivante on bâtit le Fort de Québec en pierres ; à peine fut-il achevé que Mr. De Champlaia retourna en France avec sa famille.

Q. Combien y a-t-îl eu de Gouverneurs depuis 1598, jusqu'en 169.2?

R. Sept, savoir : le Marquis de la Roche, Monsr. Chauvin, le commandeur de Chatte, Monsr. Pierre Du Guard, le Comte de Soissons, le Prince de Condé et le Maréchal de Montmorenci.

Q. Quel progrès la Colonie »-fc-elle fait pendant ce laps de temps ?

.R. Aucun: puisque la population de Québec en 1622, ne s'élevait qu'à cinquante personnes Femmes et Enfans compris.

Q. Quels ont été les évènemens les plus remarquables en Canada pendant ces vingt-quatre années ?

R. Ce fut l'établissement fait à Québec le 3 de Juillet 1603, par Mr. De Champlain, ses expéditions contre les Iroquois en 1609, 1610etl613, si funestes à la Colonie continuellement en alarme, en 1621 les Iroquois parurent en armes jusqu'au près du Couvent des Récollets sur la Rivière St. Charles.

Q. Quels sont les premiers Missionnaires envoyés en Canada ?

R. Ce furent quatre R. P. Récollets en 1613.

Q. Par qui le Commerce du Canada se faisait-il ?

R. Par des Compagnies privilégiées.

Q. Dans quelles parties?

R. Aux Trois Rivières et à Tadoussac.

Q. Quand le Fort de Québec, a-t-ileté bâti en pierres?

R. En 1624. v

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