CHAPITRE IV
Des Transactions so:fs le Nouveau Système d'Administration.
Monsr. Gauchis fit prêter le serment de fidélité aux Colons, régla la Police et organisa la Justice, qui jusqu'alors avait été rendue par les Gouverneurs.
Cette même année il .ut établi un Conseil fixe composé de Mr. Mesy, Gouverneur Général, de Air. De Lavai, Evêque de Petiie, de Mr. Robert, Intendant et de quatre Conseillers a être nommés par ces trois Messieurs, d'un Procureur Général et d'un Greffier eu Chef.
Monsr. Talon arriva en 1665 et fut le premier Intendant qui exerça cette charge dans le Pays, Mr. Robert n'ayant point laissé la Fiance.
La Justice était rendue d'après les Ordonnances du Royaume de France et la coutume de Paris.
En Juin 1679, le Roi sanctionna quelques réglemens du Conseil, et notamment la rédaction du code civil.
Le conseil se tenait tous les Lundis au Palais de l'Intendant pour les affaires civiles et criminelles.
Il y avait en outre trois Tiibunaux Subalternes, un à Québec, le deuxième aux Trois Rivières et le troisième à Montréal, tenus par un Lieutenant Général et un Li< utenant Particulier, un Procureur du Roi et un Greffier; dont les appels ressortissaient au conseil.
Monsr. De Mesy ayant été rappelé sur les plaintes portées par Monsr. De Laval et autres, fut remplacé par Monsr. De Courcelles, en qualité de Gouverneur.
Le Marquis de Tracy arriva cette année en Juin avec quelques Compagnies du Régiment de Carignau, il en détacha une partie avec des Sauvages sous la conduite de Monsr. De Repentigny pour donner la chasse aux Iroquois, qui se sentant appuyés des Anglais, de New- York et d'Albany, recommençaient leurs courses.
Monsr. De Sallières, Colonel de ce Régiment, arriva peu de tems après avec le reste des compagnies, un grand nombre de familles, d'artisans et d'engagés; des chevaux, des bœufs, des moutons, &c.
Monsf. De Tracy fit bâtir trois Forts sur la Rivière Richelieu, un à Sorel, actuellement William Henry, un autre à Chambly, et le troisième à Ste. Thérèse, à trois lieues plus haut.
l'Année suivante il partit à la tête de six cents Soldats, d'autant de Canadiens et de cent Sauvages pour châtier les Onncyouths et les Agniers, il détruisit leurs Villages, fit pendre à Québec, deux ou trois de ses prisonniers, et renvoya les autres chez eux.
Il repassa en France l'année d'après, où il contribua à l'établissement de la Compagnie des Indes Occidentales, qui ne fut pas plus zélée que la précédente pour l'avancement de la Colonie, comme l'avait prévu Mr. Talon. Ce ne fut qu'en 1670, que l'érection de l'Eglise de Québec en Evêché fut consommée.
Mr. Talon qui avait passé en France pour les affaires de la Colonie revint cette année, avec des Récollets qui avaient obtenu du Roi un édit en 1669, pour leur rétablissement en Canada.
Mr. De Courcelles ayant appris que les Sauvages se préparaient à tirer vengeance de la mort de quelques uns des leurs que des Français avaient tués et pillés, se rendit a Montréal où venaient d'arriver des Sauvages de plusieurs nations, parmi lesquels se trouvaient des Iroquois et des Mahingans; il les fit assembler, et après leur avoir fait comprendre l'intérêt qu'ils avaient à s'unir aux Français, fit amener les trois Soldats qui avaient tué un Chef Iroquois, et leur fit casser la tête en leur présence, il assura les Mahingans qu'il en ferait autant à ceux qui avaient tué leurs gens, aussitôt qu'il les attraperaient, il les coucilia tous par cette prompte justice.
Garakonthié, un Chef Onnontagué des plus distingués par son esprit et son attachement aux Français, fit sa profession de foi en plein conseil et fut baptisé en présence des députés de toutes les nations qui étaient venus porter leurs plaintes et faire régler leurs différents par Mr. De Courcelles.
La Picote fit un ravage extraordinaire parmi les Sauvages dans le nord. Le Commerce des Pelleteries aux Trois Rivières et â Tadoussac en diminua de moitié, et quelques années après quinze cents Sauvages en moururent à Silleri.
Malgré les efforts des Missionnaires, la Religion faisait peu de progrès.
Ce fut en 1671, que commença la Mission du Sault St. Louis, où Ton avait habitué les Iroquois qui se déclaraient chrétiens.
Mr. Talon prit des mesures dans ce tems là, pour assurer à la France le Nord de l'Amérique : il chargea Nicolas Perrot de parcourir ces contrées et d'engager les différentes nations à envoyer des députés au Sault Ste. Marie, pour connaître les volontés du Roi.
Monsr. De St. Lusson subdélégué de l'Intendant, se rendit au rendez-vous général ; lequel après leur avoir expliqué l'intention de Sa Majesté, et avoir reçu leur consentement, fit là la prise de possession en forme.
Le Comte de Frontenac revint en 1672, relever Monsr. De Courcelles, et fit bâtir le Fort de Cataracoui l'année suivante.
Monsr. Talon toujours occupé de quelque grand projet, étant informé qu'il y avait un grand Fleuve àl'occident du Canada, nommé le Mississipi, qui ne coulait ni au nord, ni à l'est chargea le Pore Marquette de découvrir sa décharge: il partit avec un nommé Joliet, de la Baie du Lac Michigan, monta la Rivière des Renards, marcha quelque tems, puis se rembarquant sur l'Ouiscouising, et naviguant toujours a l'ouost
2o HISTOIRE ABRËGE'E
il se trouva sur le Mississipi qu'il descendit jusqu'aux Arkansas : comme le3 vi?res et les munitions commençaientà manquer, il prit le parti de retourner sur ses pas.
Le Père Marquette resta aux Illiuois et Joliet descendit à Québec, rendre compte du voyage.
Quelques années après Monsr. De La Salle entreprit d'achever la découveite du Mississipi avec le Chevalier de Tonti, ils le parcoururent jusqu'à sa décharge dans le Golfe du Mexique en 1682, et eu prirent possession au nom de Sa Majesté.*
Comme la guerre entre les Sauvages était sur le point de se déclarer à l'arrivée de Messrs. De La Barre et Des Meules, de France ; Mr. De La Barre, convoqua une assemblée, à laquelle il invita l'Intendant, l'Êvêque, les principaux Orîiciers des Troupes, plusieurs Membres du Conseil Supérieur, les Chefs des Juridictions Subalternes, les Supérieurs du Séminaire et des Missions, et les pria de lui dire leurs avis sur les causes et le remède du mal dont on était menacé, il fit dresser acte de leur déclaration et l'envoya à la Cour, où elle fut approuvée, et le Roi donna ses ordres pour faire embarquer deux cents Soldats.
Sa Majesté écrivit le 5 Août 1673, au Gouverneur Général, l'informant que le Colonel Dongan, Gouverneur de la Nouvelle York devait avoir reçu ordre du Roi d'Angleterre, d'entretenir une bonne intelligence avec les Français; lui recommandant en même tems d'empêcher les Anglais de s'établir à la Baie d'Hudson. La dessus en fit quelques tentatives pour s'emparer de la Baie d'Hudson, qui n'eurent qu'un succès passager.
Monsr. De La Barre se préparait à la guerre contre
* Quoi que j'aie mentionné la découverte du Mississipi, que j'aie parlé de l'Acadie et delà Baie d'Hudson, je ne prétends pas en faire l'histoire en traitant du Canada, puisqu'ils en sont des parties distinctes.
les Iroquois, mais toujours enclin à traiter avec eux, il se laissa tromper par les députés que les cinq Cantons lui envoyèrent à Montréal.
Ayant appris que depuis ils avaient pillé des Français Voyageurs et avaient essayé de surprendre le Fort St. Louis, il se détermina à porter enfin la guerre chez eux»
Il envoya ses ordres à Monsr. De La Durantaye, commandant à Michillimakinac et à Monsr. Du Luth à la Baie, de lever les nations de leurs dépendances et de les envoyer à Niagara, où ce Général devait se trouver vers le quinze d'Acût, avec toutes ses forces qui consistaient en sept cents Canadiens, en cent trente Soldats et deux cents Sauvages du Sault St. Louis, et de Lorette.
Effectivement il partit de Québec avec le premier corps, le 9 Juillet 1G86, arriva à Montréal le 21, où étant rejoint par les deux autres, il en partit le 26.
Des Députés Iroquois rencontraient l'armée campée surleborddu Lac Ontario, dans une Anse appelée depuis la Famine, à cause de la disette où elle se trouvait.
Après quelques pour-parlers où les Sauvages parlèrent assez insolemment, l'armée reçut ordre de s'en retourner le lendemain.
A peine Mr. De La Barre fut-il arrivé à Québec, qu'il reçut un renfort de troupes qui l'aurait misa même de donner la Loi à ceux de qui il venait de la recevoir.
Cette même année le Chevalier de Callières remplaça Mr. Perrot en qualité de Gouverneur à Montréal, et le Maïquis de Denouville succéda à Monsr. De La Barre, comme Gouverneur Général.
Les Iroquois sollicités par le Colonel Logan étaient toujours prêts à causer tout le mal possible au commerce et aux alliés de la France.
Il fut conclu un traité de neutralité entre les Anglais* et les Français, pour l'Amérique en 1687, que s'il eut
été exécuté aurait rétabli la tranquilité et assuré le commerce ; mais dès l'année suivante, il fut rompu par tentative sur le Fort de Ste. Anne.
En revanche le Gouverneur fit arrêter et envoya aux Galères, plusieurs Chefs Iroquois qu'il avait attirés à Catatacoui.
Les Onncyouths firent souffrirent au Père Milet, qui avait été employé à faire tomber les Iroquois dans ce piège, de grands supplices ; les Onnontagués se conduisirent plus généreusemeut envers le Père Lamberville, après d'amères reproches, ils lui donnèrent des guides pour le conduire, par des routes détournées, jusqu'à ce qu'il fut hors de danger.
Mr. De Denouville crut devoir se préparer à la guerre contre les Tsonontouans, il donna ordre au Chevalier Tonti de lever les Illinois, Mr. De Luth eut ordre de se retrancher à la tête du détroit, du côté du Lac Huron : Boisguillet et Perrot furent avertis de se trouver à Michilîimakinac, avec tous les Français qui étaient avec eux; enfin Mr. De la Durantaye qui commandait à Michilîimakinac, reçut ordre de rassembler tous ces corps et de les mener à Niagara,
Tout cela fut heureusement exécuté, l'armée forte de huit cent trente-deux hommes de troupes, de mille Canadiens et de trois cents Sauvages était campée dans l'Isle de Ste. Hélène, vis-à-vis de Montréal le 7 Juin 1687., lorsque Mr. Des Meules s'y rendit avec le Chevalier De Vaudreuil commandant des troupes ; elle se mit en marche le onze, le Général Denouville la suivit de près, et arriva à Cataracoui, peu de jours après.
Tous les différents corps arrivèrent en même temps que l'armée à la Rivière des Sables; où on fit un retranchement de palissades en deux jours, Mr. Dorvillier y fut laissé avec quatre cents hommes, pour y garderies magasins et assurer les derrières de l'armée.
Le Général fit passer par les armes le Français qui avait servi de guide aux Traiteurs Anglais, que Mr. Durantaye avait fait prisonnier en se rendant à Niagara.
Du Fort des Sables, l'armée prit son chemin par les terres, et le treize après avoir passé dans deux défilés dangereux, elle fut attaquée vigoureusement au troisième, mais ayant eu le dessus, l'ennemi s'enfuit.
L'Armée resta dix jours à ravager le pays: et après en avoir pris de nouveau possession au nom du Roi, elle se rapprocha de la Rivière de Niagara; on y bâtit un Fort où le Chevalier de Troye fut laissé avec cent hommes pour le garder.
Malgré la terreur que cette expédition avait répandu dans les Cantons Iroquois, le désir de se venger porta les Agniers et les Mahingans à attaquer le Fort de Chambly, ils enlevèrent près de Cataracoui, trois Soldats et Madle. d'Alonne, le Fort fut investi par huit cents Iroquois qui commirent bien du dégât.
Le S Juin 168S, des Députés Onnontagués, Onncyouths et Goyogouios, arrivèrent à Montréal et demandèrent la Paix au nom de toute la nation.
La trêve fut conclue sur le champ, ils consentirent à laisser cinq Otages pour la sûreté d'un convoi qu'on préparait pour Cataracoui, qui cependant fut attaqué, et dont il fut enlevé un canot.
En 1688, la population du Canada se montait à onze I mille deux cents quarante neuf personnes.
Comme la colonie était constamment allarmée parles i courses des Iroquois, que les Anglais excitaient à troubler son établissement et son commerce, il fut résolu de i s'emparer de New York.
En conséquence le Comte de Frontenac, sur lequel on jetta les yeux pour exécuter ce projet, fut nommé pour succéder au Marquis De Denouville, en 1GS.9*
Monsr. De Frontenac u'arriva à Montréal que le vingt-sept d'Octobre, où il trouva Messrs. De Denou- C 2
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\ille et De Champigny dans le plus grand embarras. Quinze cents Iroquois avaient fait une descente à Lachine le vingt-cinq d'Août, à l'improviste y avaient mis tout à feu et à sang. On fut forcé d'abandonner Cataracoui et d'en faire sauter les Fortifications.
Q. Que fit Mr. Gaudais après le nouveau Système d'Administration de la Colonie en 1663?
R. Il fit prêter le serment de fidélité au Roi, par tous les Colons; établit un Conseil, régla la Police et organisa la Justice.
Q. D'après quelles Loix se rendait la Justice ?
R. D'après les Ordonnances du Royaume de France, et la coutume de Paris.
Q. Par qui s'administrait la Justice ?
R. Par un Lieutenant Général à Québec, et des Lieutenants Particuliers aux Trois Rivières et à Montréal, dont les appels ressortissaient au Conseil, qui tenait ses séances tous les Lundis au Palais de l'Intendant.
Q. Quand et par qui les Forts sur la Rivière Richelieu furent-ils bâtis ?
R. Par Monsr. De Tracy en 1667, unjà. Sorel, un deuxième à Chambly et le troisième à Ste. Thérèse.
Q. Quand l'Eglise de Qutbec, fut-elle érigée en Evêché ?
R. Ce fut en 1670.
Q. En qu'elle année fut établie la Mission du Sault St. Louis ?
R. En 1671.
Q. La Religion faisait-elle des progrès chez les Sauvages ?
R. Bien peu, malgré les efforts des Missionnaires.
Q. Qui prit possession des Pays d'eu haut, au nom du Roi ?
R. Ce fut Monsr. de St. Lusson, avec le consentement des Sauvages.
Q. Qui fut chargé de découvrir le Misissipi ?
K. Le Pè"e Marquette et un nommé Joliet qui le descendirent jusqu'aux Arkansas et quelques années après Mr. De La Salle jusqu'à la mer.
Q. Combien y a-t-il eu de Gouverneurs en Canada, entre 1663 et 1690 et quels sont-ils ?
R. Cinq, Messrs. De Tracy, De Courcelles, De La Barre, Denouville et le Comte De Frontenac.
Q. Combien fit-on d'expéditions chez les Iroquois pendant leur Administration ?
R. Deux sous Mr. De Tracy,une sous Mr. de la Barre, une sous M r. Denouville, en tout quatre qui ne firent que les irriter davantage et augmenter les maux de la Colonie.