‹ Abrégé de l'histoire générale des singesChapitre 2 sur 43 · L’ ORANG-OUTAN G · texte numérisé non relu

L’ ORANG-OUTAN G

Ï L y a plusieurs variétés de cette espèce de singe , qui par sa taille , sa conformation et son intelligence , est celle qui se rapproche le plus de 1 homme. Les deux principales sont le Congo et le Jocko. L*Orang-outang proprement dit, qui a au moins cinq pieds de haut 9 habite plusieurs parties de l’Afrique , quelques contrées du Continent et des grandes îlei de 1 Inde à l’est 9 ses yeux sont petits et

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noirs , mêlés d’une teinte jaunâtre ; son regafd 9 naturellement farouche 9 devient triste dans la servitude , et l’inquiétude succède alors à la sécurité ; il a la bouche grande y les os des joues saillants , le visage un peu ridé ; U fond de la carnation est d’un blanc gris ou basané ; sa chevelure brunâtre. Les femelles ont les mamelles un peu aplaties , et portent environ sept mois ; on dit qu’elles ont ? comme les femmes , un sentiment de pudeur. Ces sortes de singes font un sifflement qui est une espèce de soupir élevé et prolongé , et poussent quelquefois un cri sourd ; ce qui a fait croire sans fondement à quelques Naturalistes que ces animaux parloient j mais Ton a reconnu , par les Orangs - outangs que l’on a emmenés en Europe , que ce n’étoit qu’une espèce de singes beaucoup plus rapprochante de l’espèce humaine par la ressemblance phy* sique à la vérité y mais denuee de raison 9 tt privée de la parole , a moins qu on ne veuille prendre pour la parole des sous inarticulés qui diffèrent peu du cri des autres singes. Au reste , ils sont prodigieusement forts , trèsadroits , et se servent du bâton pour combattre les Nègres dont ils sont redoutés. Ils marchent ordinairement debout sur les deux pieds , même en portaut des choses lourdes.: ils ont la démarche grave , les mouvemens me-

surés , et sont susceptibles )cTune certaine éducation : l’on a vu un de ces animaux présenter la main pour reconduire les gens qui venaient le visiter, se promener avec eux comme de compagnie. II s’asseyoit à table ,déployoit sa serviette , se servoit de la cuiller et de la fourchette , et observoit , soit pendant, soit après le repas , une espèce de cérémonial , ou du moins ne faisoit rien que n’eût pu faire une personne raisonnable , et se nourrissoit des mêmes alimens que nous. Quand l’intelligence de ce singe ne s’éleveroit pas au-dessus de celle du chien , ses bras , ses mains , son attitude droite , tout lui donne un grand avantage sur les autres animaux; c’est ce qui a fait prendre à quelques observateurs superficiels son instinct pour la raison ; comme d’autres trompés par la ressemblance , avoient pris son extérieur pour celui de l’homme ; il en diffère pourtant par le nez qui n’est pas proéminent , par le front qui est trop court , par le menton qui n’est pas relevé à la base , par les yeux trop voisins l’un de 1 autre , et par quelques autres différences : il en existe aussi quelques-unes à l intérieur que I on a remarquées à la dissection. Mais les Naturalistes frappés de l’exacte ressemblance qu’il y a entre la langue et le cerveau de l’homme et de l'Orange outang , qui n’a ni la faculté de

penser , ni celle de parler , en ont tiré cette conséquence si juste , que la matière seule , quoique parfaitement organisée , ne peut produire ni la pensée , ni la parole qui en est le signe , à moins qu’elle ne soit produite par un principe supérieur. . . .

Les Orangs-outangs errent dans les bois et sur les montagnes de difficile accès, et y vivent en petites sociétés.'

Leur naturel est entièrement sauvage, mais paroît peu méchant : ils parviennent assez aisément à comprendre ce qu’on leur commande , etxferoierit presque tout ce que fait un domestique , si leur caractère pouvoit se plier à la servitude; mais elle leur est si opposée, que ceux qu’on transporte en Europe y périssent tous de consomption.

Le petit Orang - outang ou le Jokco n’a guère plus de la moitié de la taille du grand j c’est une variété de l’espèce $ il a bien à-peu-près les mêmes habitudes ; mais il paroît s’éloigner un peu plus de l’homme que le Potigo , par sa conformation extérieure, quoiqu'il n’ait pas moins que lui de cet instinct imitateur , que l’on seroit tenté de prendre pour de riuteiligence.

DES S î N G F/ S.

Les Anciens, au rapport d’Aristote , connoissoient des animaux d’une nature ambiguë, c’est-à'dire , qui tient en partie de l’homme et en partie du quadrupède , parmi lesquels ils placent sur - tout le Cynocéphale et le Pithèque. Comme le Cynocéphale est trèsressemblant au Pithèque , dont il 11e diffère que par la supériorité de ses forces , la férocité de ses mœurs et quelques nuances de conformation sur - tout dans la tête , nous nous bornerons à parler du Pithèque. 11 paroît , par le témoignage des Anciens 5 que le Pithèque est le plus doux, -le plus docile de tous les singes qui leur étoient

connus , eî qu’il éîoit commun en Asie aussi bien que dans la Lybie ? et dans les autres provinces de l’Afrique qui étoient fréquentées parles voyageurs Grecs et Romains.

LE P I T H È Q U E , vu debout .

Caractères distinctifs de cette espèce*

Le Pithèqne n’a point de queue y il n’a point ses dents canines plus grandes à proportion que celles de l’homme ; il a la face plate , les ongles plats 5 aussi arrondis comme ceux de l’homme p il marche sur deux pieds • il a en. viron une coudée ? c’est-à-dire , tout au plus un pied et demi de hauteur } son naturel est doux > et on l’apprivoise àisément.

LE PITHÈQUE, Vu de face.

Les singes Pithèques se trouvent dans les forêts de Bougie , eu Cole , et de Stora dans l’ancienne Numidie ? qui est aujourd’hui la province de Constantine , du royaume d’Alger j ils habitent particulièrement ces contrées , et on n’a pas ouï dire qu’on eu eu observé dans aucun autre lieu de la Barbarie, Ils vivent en troupes dans les forêts de l’Atlas 9 qui avoisinent la mer , et ils sont si communs à Stora ? que les arbres des envi» rons en sont quelquefois couverts. Ils se nourrissent de pommes de pin , de glands doux? de figues d’Inde , de melons ? de pastèques ? de légumes qu’ils enlèvent des jardins7 des

Arabes , quelques soins qu’ils prennent pour écarter ces animaux malfaisans. Pendant qu’ils commettent leurs vols , il y en a deux ou trois qui montent sur la cime des arbres et des rochers les plus élevés pour faire sentinelle ; et dès que ceux-ci aperçoivent quelqu’un ou qu’ils entendent quelque bruit , ils poussent un cri d’alerte ? et aussitôt toute la troupe prend la fuite en emportant tout ce qu’ils ont pu saisir.

L IL P1THÈQUE Femelle.

Le Pithèque femelle n’a guère que deux pieds de hauteur lorsqu’il est droit sur ses jambes ; il peut marcher debout pendant quelque temps; mais il se soutient avec difficulté dans cette

attitude , qui ne lui est pas naturelle. Sa face est presque nue , un peu alongée et ridée $ ce qui lui donne toujours un air vieux. Il a vingt-huit dents } les canines sont courtes et à-peu-près semblables à celles de rhomme. Ses abajoues ont peu de largeur; ses yeux sont arrondis 9 roussâtres et d’une grande vivacité ^ les fesses sont calleuses } et à la place de la queue ^ il y a un petit appendice de peau , long de cinq à six lignes. 11 se sert de ses pieds et de ses mains avec beaucoup d’adresse , pour saisir les divers objets qui sont à sa portée ; la couleur du Pithèque varie du fauve au gris.

LE P 1 T H É Q U E , vu de côté.

Il est naturellement craintif , et il sait distinguer avec une adresse étonnante ceux qui lui veulent du mal. Il se rappelle les mauvais traitemens ; et lorsqu’on lui en a souvent fait essuyer 5 il faut du temps et des soins assidus pour lui en faire perdre le souvenir. En revanche , il rcconnoit ceux qui lui font du bien ; il les caresse , les appelle , les flatte par des cris et par des gestes très-expressifs, il leur donne même des signes d’attachement et de fidélité j il les suit comme un chien , sans jamais les abandonner. La frayeur se peint sur le visage du Pithèque , et change de couleur lorsqu’il est saisi d’effroi. Ils an-

noncent leur joie , leur crainte , leurs désirs , leur ennui même par des accens differens et faciles à distinguer. Ils sont très- malpropres ? et lâchent leurs ordures par-tout où ils se trouvent ; ils se plaisent à mal faire 5 et brisent tout ce qui se rencontre sous leur main , sans qu’on puisse les en corriger quelque châtiment qu’on leur inflige. Les Arabes mangent la chair du Pithèque , et la regardent comme un bon mets.

Le Gibbon se tient toujours debout , lors même qu’il marche à quatre pieds , parce que ses bras sont aussi longs que son corps et ses jambes. Il a quatre pieds de hauteur \ il n’a

nulle apparence de queue ; mais le caractère qui le distingue évidemment des autres singes , c’est cette prodigieuse grandeur de ses bras qui sont aussi longs que le corps et les jambes pris ensemble , en sorte que l’animal étant debout sur ses pieds de derrière , ses mains touchent encore à terre , et qu i! peut marcher à quatre pieds , sans que son corps se penche. Il a tout autour de la face un cercle de poils gris , de manière quelle se présente comme si elle étoit environnée d’un cadre rond ? ce qui donne à ce singe un air trèsextraordinaire ; ses yeux sont grands et enfoncés 3 ses oreilles nues et bien bordées ; sa face est aplatie 5 de couleur tanuée et assez semblable à celle de l’homme. Le Gibbon est, après l’Orang-outang et le Pithèque , celui qui approcheroit le plus de la figure humaine, si Ja longueur excessive de ses bras ne le rendoit pas difforme ; car , dans l’état de nature , l’homme auroit aussi une mine bien étrange $ les cheveux et la barbe , s’ils étoienî né gligés, formeroient auteur de son visage un cadre de poil assez semblable à celui qui environne la face du Gibbon. * ^

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