‹ Abrégé de l'histoire générale des singesChapitre 26 sur 43 · LE GRAND SAPAJOU · texte numérisé non relu

LE GRAND SAPAJOU

Le grand Sapajou a vingt- trois pouces et demi de longueur, et peut-être un ou deux pouces de plus ; la face est sans poil , le nez est aplati , les narines sont larges , les jones garnies sur les côtés de poils fauves et clair-semés avec dé grands poils noirs au-dessus des yeux , et il y a quatre dents incisives au-devant de chacune des

mâchoires 3 les supérieures sont plus grosses et plus larges que les inférieures. Il y a aussi deux canines qui sont fort grosses à la base ^ et entre les incisives et les canines supérieures, de même qu’entre les canines et les mâchelières , il se trouve un espace vide , dans lequel la dent canine de la mâchoireopposée entre lorsque la bouche se ferme. Ce que ce Sapajou a de particulier , outre sa taille , ce sont de longs poils d’un roux foncé sur les côtés de la tête et du cou , qui lui forment comme une grande barbe sous le menton. 11 a les jambes et les bras fort courts relativement à la longueur de son corps. Les bras depuis l’épaule jusqu’au poignet n’ont que dix pouces neuf lignes , et les cuisses et les jambes jusqu’au talon , onze pouces dix lignes. La main depuis le poignet jusqu’à l’extrémité du plus long doigt, a quatre pouces , et le pied cinq pouces deux lignes depuis le talon jusqu’au bout du plus long doigt. Le dedans et le dessous des pieds et des mains est une peau nue , et le dessus est couvert de petits poils d’un brun roux. Le corps est très-fourni de poils y sur-tout aux épaules où ils sont le plus longs v et ont jusqu’à deux pouces six lignes de longueur, tandis que le poil du corps n?a que treize ou quatorze lignes. Les bras sont hier*.

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couverts de poils sur les parties extérieures , mais leur partie intérieure est presque sans poils. La couleur générale du poil de ce Sapajou l’a fait nommer Singe rouge , parce qu’en effet il paroît rouge par l’oppo ition des couleurs des différons endroits où le poil est d’un roux brûlé , mêlé de teintes brunes roussâtres ,et cette couleur domine sur la barbe , sur la tête et sur l'intérieur des cuisses. Les bras , depuis le coude jusqu’au poignet , sont d’un roux très* foncé qui domine sur le fauve au-dedans du bras , lequel est néanmoins d’un fauve plus foncé que celui du corps. Le poil sous le ventre est du même fauve que sur Iss reins , mais sur la partie voisine du cou , il est mélangé de poils noirs plus longs que ceux du ventre. La queue est longue d’un pied sept pouces et demi 7 sur un pouce neuf lignes de diamètre à l’origine } elle va toujours en diminuant de grosseur, n’est revêtue par - dessous que d’une peau sans poil sur une longueur de dix pouces vers l’extrémité ; ce qui démontre que l’animal s’en sert pour s’attacher et s’accrocher , ou pour prendre les différentes choses qu’il veut amener avec lui , comme le font les autres sapajous qui tous , à l’exception de l’Ouarine , sont plus petits que celui - ci : au reste , cette queue dont la peau est très-brune , est cou-

verte en dessus de poils d’un roux brun.

On épie ou Ton poursuit ces animaux à la chasse, et la chair n’en est pas absolument mauvaise à manger 9 quoique toujours très-dure, si l’on ne fait que les blesser sur un arbre , ils s’attachent à une branche par leur longue queue 9 et ne tombent à terre , que lorsqu’ils sont morts; quelquefois même ils ne se détachent que plus de vingt-quatre heures après leur mort ; la contraction dans les muscles qui replient le bout de la queue 9 se conserve et dure pendant tout ce temps.

Ces gros Sapajous mangent de différentes espèces de fruits. Ils ne sont pas féroces 9 mais ils causent de l’épouvante par leurs cris réitérés et presque continuels 5 qu’on entend de fort loin 9 et qui leur ont fait donner le nom de Hurleur : ils ne font qu’un petit 9 que la mère porte sur son dos et prend entre ses bras pour lui donner à teter. Ceux qu’on élève dans les maisons ont l’air triste «t monie^ et ne font point ces gentillesses quoii nomme communément des singeries ; ils portent ordinairement la tête basse , et ne se remuent qu’avec lenteur et nonchalance ; ils s'accrochent très-souvent par le bout de leur queue ? dont ils font un , deux ou trois tours , seion qu ils veulent être plus ou moins forte-

ment attachés. L’état de do mes ti cité

change

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leur humeur , et influe trop sensiblement sur leurs habitudes naturelles ? car ils ne “vivent pas long temps en captivité; ils y perdent leur voix , on du moins ils ne la font jamais entendre , tandis qu’en liberté -ils ne cessent de hurler. On entend leurs cris plusieurs fois par jour dans les habitations voisines des forêts ; leur carillon lugubre dure souvent quelques heures de suite. C’est ordinairement à deux heures après minuit qu’ils commencent à crier ou hurler 5 et ce cri qui retentit au loin 9 se fait d’une manière singulière. Ils inspirent fortement ? et pendant long-temps , l’air qu’ils rendent ensuite peu-à-peu 5 et ils font autant de bruit en l’inspirant qu’en le rendant ; cela dépend d’une conformation singulière dans l’organe de la voix. Vers le milieu de la trachéeartère ? on trouve mie cavité osseuse qui ressemble par sa forme extérieure au talon d’un soulier de femme 9 cette .cavité osseuse est attachée par des ligamens membraneux qui l’environnent 9 l’air poussé des poumons par la trachée-artère dans cette cavité , passe en montant par un canal membraneux 9 épais et sinueux 9 se rétrécissant et s’ouvrant en manière déboursé à cheveux 5 c’est à l’entrée et à la sortie de ce conduit membraneux , que l’air éprouve toutes les

DES SINGES. ï$r

modifications qui forment les tons successifs •s leur voix. Les femelles ont un organe osseux comme les mâles.

Un observateur qui a vu et nourri quelques-uns de ces animaux à Cayenne , m’a communiqué la note qui suit.

Les Alouates habitent les forêts humides , qui sont près des eaux ou des marais. On en trouve communément dans les îles boisées de grandes savannes noyées ? et jamais sur les montagnes de l’intérieur de la Guiane. Ils vont en petit nombre , souvent par couples , et quelquefois seuls. Le cri ou plutôt le râlement effroyable qu’ils font entendre , est bien capable d’inspirer de la terreur } il semble que les forêts retentissent des hurlemens de toutes les bêtes féroces rassemblées. C’est ordinairement le matin et le soir qu’ils font ce bruit; ils le répètent aussi dans le cours de la journée, et quelquefois pendant la nuit ; ce râlement est si fort et si varié , que l’on juge souvent qu'il est produit par plusieurs animaux , et l’on est surpris de n’en trouver que deux ou trois , et quelquefois de n’en voir qu’un seul. L’Alouate vit rarement long-temps en captivité. Le mâle est plus gros que la femelle ; celle-ci porte son petit sur son dos. Rien n’est plus difficile à tuer que ces ani«

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maux ; iî faut leur tirer plusieurs coups de fusil pour les achever y et tant qu’il le,ur reste un peu de vie , et quelquefois même après leur mort, ils demeurent accrochés aux branches par les pieds et la queue. Souvent le chasseur s’impatiente de perdre son temps et ses munitions pour un si mauvais gibier ; car malgré le témoignage de quelques voyageurs , la chair n’en est pas bonne ; elle est presque toujours d’une dureté excessive, aussi est-elle exclue de toutes les tables ; c’est uniquement le besoin et la privation des autres mets , qui eu font manger aux ha bit ans peu aisés et aux voyageurs.

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