DU PETIT CYNOCÉPHALE
Le singe que nous avons appelé Magot étoit le Cynocéphale des anciens, et je crois mon opinion bien fondée; mais il y a deux espèces de Cynocéphale \ l’une plus grande , qui est en effet le Magot , et l’autre plus petite , dont nous donnons ici la figure. Ce petit Cynocéphale est sans queue , et cet animal ne nous parolt avoir été indiqué par aucun Naturaliste *, il s’apprivoise plus aisément , et est aussi plus spirituel et plus gai que les autres Cynocéphales. Nous aurions pu l’appeler petit Magot \ mais nous avons mieux aimé lui donner le nom de petit Cynocéphale , parce
ao HISTOIRE
qu’il différé du Magot en ce qu’il n’a pas les fesses pelées, et qu’il est couvert d’un poil foux 5 et plus doux que le Magot ; et c’est pa* le caractère de n’avoir pas les fesses pelées , ainsi que par la grosseur et la prolongation du museau 9 qu’il diffère aussi du Pithèque , avec lequel ou pourroit le confondre. Cette dernière espèce se trouve en Espagne sur le côté de la montagne qui regarde la mer |ils| y sont nombreux } et des personnes dignes de foi ont attesté qu’ils s’y multiplient, C*est néanmoins le seul endroit de l’Europe où Ton trouve des singes dans leur état de nature*
LE GRAND PAPION ou BABOUIN proprement dit»
Dans l’homme la physionomie trompe, et la figure du corps ne décide pas de la forme de famé ; mais dans les animaux , on peut juger du naturel par la mine , et de tout l intérieur par ce qui paraît au- dehors. Par exemple 9 en jetant les yeux sur nos Singes et nos Babouins , il est aisé de voir que ceux-ci doivent être plus sauvages , plus méchants que les autres ; il y a les mêmes différences , les mêmes nuances dans les mœurs que dans les figures. L Orang-outang , qui ressemble le plus à l’homme , est le plus intelligent , le plus grave , le plus docile de tous ; le Magot
qui commence à s'éloigner de la forme humaine , et qui approche par le museau et par
les dents canines , de celle des animaux , est
brusque , désobéissant et maussade ; et les Babouins , qui ne ressemblent plus à l’homme que par les mains , et qui ont une queue , des ongles aigus , de gros museaux , ont l’air de bêtes féroces , et le sont en effet. Nous avons vu vivant celui dont nous donnons ici la figure j il n’étoit point hideux, et cependant il faisoit horreur 3 grinçant les dents continuellement , s’agitant , se débattant avec colère , on étoit obligé de le tenir enfermé dans une cage de fer , dont il remuoit si puissamment les barreaux avec les mains , qu’il inspiroit de la crainte aux spectateurs : c est un animal trapu , dontle'corps ramassé et les membres nerveux indiquent la force et l’agilité , qui , couvert d’un poil épais et long , paroît encore plus gros qu’il n’est ; mais qui ,dans le réel , est si puissant et si fort , qu’il viendroit aisément à bout d’un ou de plusieurs hommes , s’ils n’étoient point armés d’ailleurs , il paroît continuellement excité par la passion qui rend furieux les animaux les plus doux : il est insolemment lubrique et affecte de se montrer en cet état ; il a de même les fesses nues et d’un rouge couleur de sang , l’anus découvert , la queue toujours levée ; il semble faire parade de tou-
DES SINGES. 1 3 tes ses nudités , présentant son derrière plus souvent que sa tête , sur-tout dès qu’il aperçoit des femmes , pour lesquelles il déploie une telle effronterie , qu’elle ne peut naître que du désir le plus immodéré. -
Le Magot et quelques autres ont bien les mêmes inclinations } mais comme ils sont plus petits et moins pétulans , en les rend modestes à coups de fouet, au lieu que le Babouin est nonseulement incorrigible sur celaj , mais intraitable à tous autres égards. Quelque violente que soit la passion de ces animaux , ils ne produisent pas dans les pays tempérés ; la femelle ne fait ordinairement qu'un petit , qu’elle porte entre ses bras et attaché , pour ainsi dire , à sa mamelle. Au reste , ces Babouins , quoique féroces , ne sont pas du nombre des animaux
carnassiers ; ijsf se nourrissent et s’entendent *
pour piller les jardins ; ils se jettent les fruits de maki en main et par-dessus les murs , et font de grands dégâts dans toutes les terres cultivées.
LE PETIT P A P I O N* Caractères distinctifs de cette espèce •
Le Papion a des abajoues , et de larges callosités sur les fesses, qui sont nues et dé couleur de sang ^ il a la queue arquée et de sept à huit pouces de long , les dents canines beaucoup plus longues et plus grosses à proportion que celles de l’homme , le museau très-gros et très long , les oreilles nues, mais point bordées , le corps massif et ramassé > les membres gros et courts , les parties génitales nues et couleur de chair , le poil long et touffu , d’un brun roussâtre et de couleur assez uniforme sur tout le corps j il marche
plus
DES SINGES. i$
plus souvent à quatre qu’à deux pieds ? il a trois ou quatre pieds de hauteur lorsqu’il est debout. îi paroît qu’il y a dans cette espèce des races encore plus grandes et d’autres beaucoup plus petites. Le Babouin que nous avons fait représenter est de la petite espèce ; nous l’avons soigneusement comparé au grand Babouin, ou Papion , et nous n’avons remarqué d’autres différences entre eux que celle de la grandeur ^ et cette différence ne venait pas de l'âge , car le petit Babouia nous a paru adulte comme le grand. Les femelles sont sujettes , comme les femmes 9 à ua écoulement périodique.
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