ÉCLAIRCIS S EM ENS
Relatifs aux Singes qui ne sont que vaguement dénommés dans plusieurs voyages 9 avec quelques vues sur les mœurs , les habitudes 9 rr en général sur les relations du Singe avec nous .
La plupart des voyageurs qui ont parle
des singes 9 n’ayant pas des connoissances
suffisantes en histoire naturelle ? ignorant
même souvent les premiers élémens de la
langue d’une science si belle 9 se sont bor*
nés à nous indiquer les objets qui ont pique leur curiosité , par des dénominations vagues , prises , soit du pays où ils les ont observés 9 soit dans le nom que ses habitans donnent à ces objets. De-là naî^ une extrême obscurité dans la détermination des especes et une espèce d’ mpossibiliîé de ne pas faire de doubles emplois. Tâchons de prémunir contre une erreur si pernicieuse 9 et mettons à côté de quelques-unes de ces vagues indications affectées à plusieurs singes par les voyageurs 9 les noms dont se sont servis les naturalistes modernes , notamment Buffon 5 poire grand maître.
ÎU R LES S I N G È S. Vît
Les singes de 111e de Ceylau , remarquables par leur visage noir , leur barbe blanche qui va d’une oreille à l’autre , et qui leur donne l’air d’un vieillard , paroissent être l’ouanderou.
Les singes de Madagascar sont les mangabeys , du moins pour la plupart.
Le malbrouck , le bonnet - chinois se retrouvent dans les singes du pays de Bengale»
Nous verrons le doue dans ceux dits singtf de la Co.hinchine .
Les singes de la côte d’Ûr nous offriront plusieurs espèces comprises sous cette dénomination commune et insignifiante. Aussi Smith assure-t il , quoiqu’avec exagération 9 qu’on en compte plus de cinquante sortes. On y en remarquera une espèce si féroce qu’on ne peut l’apprivoiser , qui multiplie étrangement , contre lesquels les Nègres sont souvent obligés de faire îa garde pour résister à leurs attaques , et qui sont souvent lorsqu’ils sont inférieurs en forces, pris et aveuglés par ces animaux. Les Hollandais les nomment singes barbus . Cette désignation ne peut guère s’appliquer qu’à la diane , ou plutôt au babouin à museau de chien, d’un naturel plus intraitable. Simia hawadryau
L’espèce qui a la barbe , le corps moucheté 5 le poil du ventre blanc , une raie
m Eclaircissement
brune sur le dos , et les pieds blancs, ainsi que la queue , pourroit bien être la guenon à camail de Buffon. Les Nègres emploient la peau de ce quadrumane à faire des fuis , ou sortes de bonnets dont ils se couvrent la tête , et qu’ils vendent dans le pays jusqu’à une guinée. La friandise de ces singes est trèspernicieuse, ne choisissant les différons objets de leur nourriture , particulièrement des épis de millet , qu’après les avoir cueillis.
. Nous avons déjà reconnu le mandrill à la peinture que les voyageurs nous ont faite du boggo. Sa grandeur , qui égale celle d’un petit homme , sa tête grosse , son visage Liane très -ridé et d’une laideur à saisir d’effroi , ses dents larges et jaunes , sa grande bouche , et dont les lèvres sont minces , son nez petit et morveux , sa dégoûtante brutalité , ses moeurs féroces ne nous permettent pas de douter que ce ne soit là le mandrill , le choras de Buffon. Simia maimon tt mormon . Lin.
Prenez Aristote , Avicenne, et dites-moi si vous ne reconnaissez point le kebos du premier , le klpos du second dans l'animal qui porte , dans quelques auteurs , les noms de singe varié , de singe vieillard ? Voyez .encore si ce n’est pas la mone ouïe mon a
sur les Singes. 213
de Buffon. La diversité de ses couleurs lui a valu ces dénominations. Les langues espagnole et moresque nous donnent l’origine du nom de mone , de mona. On sait qu’ils désignent par ces mots , et par ceux de monina , mounina , les guenons ou singes à longue queue. Cet animal , d’un naturel doux , obéissant , et dès-lors susceptible d’éducation, celui de tous ses cougénères qui s'eccommode le mieux de la température de nos climats , est probablement l’espèce de singe que l’Egypte avoit déifiée, comme tant d’autres objets. Isis enim Ser apis que et longd simia eaudâ , dit le poète Prudence , en faisant l’énumération de leurs idoles. Venerem pre* caris comprecare et simiam , nous dit-il dans un autre passage. C’est aux habitans de Memphis que Strabon attribue particulièrement ce culte superstitieux. Diodore de Sicile nous assure que dans une certaine contrée d’Afrique , celle d’Egypte peut-être , les gens du pays avaient un respect si étonnant pour ces animaux , qu’un de leur grand soin étoit de leur tenir en tout temps des tables couvertes de fruits et de mets à leur usage, qu’ils punissaient du dernier supplice ceux à qui il arrivoit d’en tuer un, et que les noms qu’ils donnoient à leurs enfans avoient ordinairement quelques rapports à
z 14 Eclaircïssemens
ces animaux : ils avoient même , suivant lui , trois villes principales portant le nom de vil U s de singes , et dont le territoire étoit rempli.
Dans la fameuse table d’isis , on a cru reconnoître deux figures de singes ? mais qui seroient plutôt des babouius que des guenons. Dans l’une de ces figures 5 Anubis est en posture de suppliant devant un de ces animaux ; dans l’autre ? ce même prétendu singe est représenté debout sur les pieds de derrière portant un globe sur la tête , symbole de la puissance et de la divinité. Mais ces figures ne seroient-elles pas plutôt celles de l’hippopotame ?
Cette superstition subsiste encore en bien des lieux. Les voyageurs nous assurent avoir vu des figures de smges aussi religieusement respecté- s que les autres matières de superstition,. On n’ignore pas que les Portugais trouvèrent dans l’îîe de Ceylan une dent de singe si précieuse aux yeux de ces insulaires , qu’ils offrirent pour son rachat jusqu’à 700,000 ducats.
Les singes du cap Vert , qu’on nomme aussi jackanapes , sont des callitriches , dits encore singes verts , singes de Saint- Jacques*
Les patas sont les singes rouges de la Garo^ bra. L’a louage porte aussi le même nom ;
sur les Singes. iiS
mais iî est distingué des précédées par la désignation de son pays natal.
Parmi les singes du Sénégal , on distingue 1 les singes ginous , dont la queue est courte : on les appelle aussi mandrills , singes pleureurs ; 2.0 le quojavoran , et 3.0 le magot. Le premier et le dernier sont connus. Nous ignorons à quelle espèce il faut rapporter le second.
Le singe capucin est le sajou : il est pour d’autres le singe siffkur.
Les singes hurleurs sont l’alouate, rouanne ^ ainsi que nous l’avons vu.
Le singe lion est le marikina.
Le singe nègre ou singe musqué est le s aï.
Le même est encore dénommé singe pleureur .
Le mico est le singe de para de Brisson.
On a donné improprement le nom de singes- à des animaux , souvent même trèsdifférens , comme des makis , des didelphes , des loris , des paresseux , des écureuils 5 etc.
Détournons nos regards de cette ennuyeuse et confuse nomenclature ; une scène plus agréable va les fixer, eu nous présentant un aperçu général sur les mœurs , les ruses , les habitations , la nourriture , la durée de la vie
ti6 Eclaircihemens
des singes ; sur la manière dont on leur fait la guerre , et les avantages que l’on en retire. Un de ces hommes qui a le plus contribué , après Buffon , à propager en France et ailleurs le goût de l’histoire naturelle par un ouvrage général sur cette science infiniment utile , Valmont de Bornare , dont le dictionnaire d’histoire naturelle est si répandu , a donné à l’article singe un choix dirigé par le bon goût , des traits les pins piquans et épars çà et là de l’histoire de ces animaux ; nous ne saurions nous - mêmes les offrir avec plus d’intérêt , et nous pensons que nos lecteurs verront ici avec le plus grand plaisir ce résumé , ces vues générales d’un auteur aussi digne de nos éloges que de notre reconnoissance.
JA ceux s , ruses , habitation , nourriture et durée des quadrumanes , vulgairement appelés singes.
Indépendamment de la conformation , de l’organisation intérieure et extérieure qui présentent aux naturalistes et au vulgaire, des rapports frappans entre les singes et ihomme ; il est certain que ces animaux
frappent
sun les Singes. 11 y
frappent encore plus notre vue par leurs mœurs , leurs gestes, leur manière de vivre eu particulier ou en république. Oïl dit que le singe sent , compare , juge , réfléchit , choisit et paroît guidé dans ses mouvemens et ses actions , par un instinct supérieur et d’une manière moins monotone que dans les autres animaux brutes. Nous avons déjà répondu , d’après M. de BufFon, que le singe est dénué de tout ce qui fait l’homme } la privation de la pensée et de la parole met un intervalle immense entre ce quadrumane et l’homme } le singe n’es^ qu’un pur animal , une bête , ,et il porte à l’extérieur quelques-uns des traits de îa figure humaine \ voilà son plus grand avantage : la manière dont ses membres se meuvent , tient à leur conformation \ et en cela seul 9 ces animaux semblent opérer comme nous. Mais que de différence pour les habitudes , etc. etc. !
On 11e peut disconvenir que les singes en général ne soient fort laids ; ils ont les membres très - forts et sont très - enclins à voler, à déchirer, à casser -7 ils sont trèsadroits dans toutes leurs fonctions , sensibles au bien être et à la détresse, ils témoignent en K>ut temps leurs passions par leurs trépi-
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gnemens et d’une manière très - expressive, ®i on les bat, quelques-uns de ceux soumis à l’édueation de l’homme , sur tout les mandrills , les ouanderous , les sais , ont Fart de soupirer , de gémir , de pleurer comme des cnfans , et de pousser , suivant les cas , des cris d’épouvante , de douleur , de colère ou de dérision ; ils font des grimaces et ont des attitudes si ridicules , que l’homme le plus mélancolique ne pourroit s’empêcher de rire.
Il [y a des races de ces animaux qui observent, dit-on, entre eux une certaine discipliné , et exécutent tout avec une adresse admirable. Quoique habiles au pillage, surtout les papions parmi les babouins , et les macaques phrmi les guenons , ils ne font guère d’expéditions ^Importantes qu en troupe. S’agit-il de dévaster une melonnière considérable , une grande partie d’entre eux entre dans le jardin , se range en haie , à une distance médiocre les uns des autres $ ils se jettent de main en main les melons , que chacun reçoit adroitement et avec une rapidité extrême. La ligne qu’ils forment finit ordinairement sur quelque montagne ; tout s’exécute dans un profond silence.
Wafer du qu’étant à File Gorgonia , il
s tj b. les Singes. it$
observa différées singes ( des coaitas ) qui venoient cueillir des huîtres , lorsque la marée étoit basse ; ils mettoierit l’huître sur une pierre , et avec une autre pierre la frappoient jusqu’à ce qu’ils eussent rompu l’écaille en morceaux. L’espèce de guenon appelée malbrouck au Bengale p prend et mange des huîtres de la même! manière.
Plusieurs de ces animaux ( parmi les sapajous , on compte l ouarine ou singe hurleur , et le coaïta ) , ont un instinct particulier pour connoître ceux qui leur font la guerre , et pour chercher les moyens , quand ils sont attaqués, de se secourir et de se défendre. Leurs armes sont des branches d’arbres qu’ils cassent , des cailloux qu’ils amassent et leurs excrémens qu’ils reçoivent dans leurs mains ; ils jettent tout à la tête de leurs ennemis. Point de déserteurs ni de traîneurs ; ils ne s’abandonnent point : ils courent en plaine , sautent d arbre en arbre très-rapidement ; si quelqu’un d’entre eux
est blessé , ils crient tous d’une manière épouvantable et redoublent d’ardeur. S’agitil de franchir une petite rivière , ces sapajous s’assemblent en certain nombre , grim* peut à un arbre , se prennent tous par une
MO ECL A IRCISSEMENS
partis du corps au moyeu de leur queue ; ils donnent beaucoup de mouvement et de branle à cette chaise , puis , à un signal , jls s’élancent et se jettent en avant : le dernier de la chaîne s’attache fortement à un trône d’arbre de l’autre côté de la rivière et attire les autres } iis s’entr’aident ainsi , et Rattachent avec leurs pattes et leur queue aux branches en tombant.
En général les singes aiment à manger des fruits , sur-tout du raisin et des pommes , des vers, des araignées, des poux et d’autres vermines. Leur goût est plus ou moins délicat : iis s'accommodent très-bien de la nourriture des hommes , et communément ils pillent, dans les champs de millet et de riz , les récoltes et les légumes des habitans. C’est ainsi que les papions et les macaques s’emparent gratuitement des moissons. Il faut se rryéher dans les maisons , des babouins , sur-tout du mandrill , et des guenons , notamment du macaque; ils sont insolemment lubriques.
11 semble que le génie de ces animaux ne soit pas toujours flétri par la captivité , car on voit dans quelques maisons Touanderou également rusé, audacieux, voluptueux, fripon et moqueur. Il s’assied sur son derrière
sur les Singes.
pour manger , et tient sa nourriture de son espèce de main. On lui apprend facilement à faire une toilette , à faire la roue à ia manière des petits garçons , à attiser le feu 3 à laver la vaisselle , à pousser la brouette 9 à jouer du tambour, à embrasser, à rincer des verres , meme à douuer à boire : nous en avons vu un tourner la broche d’une main , et de l'autre recevoir le suc du rôti sur un morceau de pain , qu’il mangeait en-
suite. Nous en avons vu un en 1762 à Bordeaux , qui étonna singulièrement les spectateurs , lorsque , monté sur la corde et assis entre les bâtons croisés , ii offrit et tendit de son propre mouvement la plante de ses pieds pour les faire frotter de craie; en-
suite prenant le balancier dans ses mains 5 en le vit marcher gravement sur la corde 3 faire la belle jambe , puis courir en avant , en arrière , faire des entrechats et exécuter d’autres tours d’adresse aussi bien qu’un habile danseur de corde. Mais c’est dans les.
mains des bouffons moresques et indiens , qu’il faut voir les gentillesses de ces animaux. Au reste il faut en tout ceci distinguer les qualités acquises par 1 educabon , des fonctions reelies et naturelles de l’ain-
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mal, en un mot du degré d’intelligence qui lui est propre.
Soit que îes pithèques ? et particulièrement les paîas, dorment, travaillent ou maraudent, il y en a toujours en sentinelle sur la cime de quelque lieu élevé , ou sur un arbre , et dont l’oreille ? la vue et le cri servent à la sûreté commune : iis font mi cri particulier qui sert de signal ; alors toute la troupe s’enfuit avec une vitesse étonnante ; les jeunes . qui ne sont pas bien accoutumés à ce manège , montent sur le dos des plus vieux où ils se tiennent d’une manière fort plaisante ; oa s’est plu à citer des exemples qu’ils punissent de mort les sentinelles qui n’ont pas fait leur devoir.
Les Européens du Cap prennent quelquefois de jeunes singes , eu tuant auparavant les mères ; ils les élèvent et îes nourrissent avec du lait de chèvre ou de brebis. Lorsque ces singes apprivoisés sont devenus grands , ils font quelquefois une assez bonne garde dans la maison , pendant la nuit \ mais leur malice naturelle se développe avec l’âge : leurs mouvemens sont toujours brusques.
Si le mâle est avec sa femelle et ses petits , en un mot quand ils sont , les uns admis à ia société de l’hoipme , les autres dans l’état
sur les Singes.
sauvage , alors on peut apercevoir dans les actions et leducation comparées de ces animaux 5 un mélange ou assemblage bizarre de taîens ou naturels ou acquis \ taîens qui supposent aux yeux de bien des personnes lin .instinct infiniment supérieur à celui des autres brutes.
Leur face mobile , comme celle de l’homme 9 se prête à mille grimaces 5 et admet mille contorsions ? qui ? jointes à leurs gestes ridicules et extravagans , donnent le spectacle Je plus risible et le plus divertissant } et comme il y en a qui sont susceptibles d’une sorte d’éducation > on en voit aussi qui sont d’excellens pantomimes , et portés à l’imitation de tout ce qui se présente devant leurs yeux ; par leurs gestes ils répondent quelquefois avec intelligence 5 iis demandent où grondent , affectent un geste et une contenance qui ressemblent beaucoup aux attitudes humaines : il y en a qui apprennent parfaitement à faire ce qu’on leur enseigne 9 même ce qu’on ne prétend pas qu’ils sachent. Dans le séjour de MM. de la Condamine et Bouguer au Pérou , des singés privés ( probablement des coaïtas ) examinèrent si bien Comment ces académiciens faisaient leurs
observations sur les oiontagues 9 qu’on fo
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bien étonné , dans une comédie pantomime , exécutée par des singes et où nos astronomes furent invités, de voir ces animaux planter des signaux , courir à une penduie , puis prendre la plume pouf écrire , enfin regarder les astres avec des lunettes , etc.
L’aventure qui arriva aux troupes d’Alexandre, à l’occasion des singes , est trop singulière pour la passer ici sous silence. Ces troupes marchoient toujours en bon ordre $ elles se trouvèrent dans des montagnes où il y avoit beaucoup de singes , et l’on y campa la nuit : le lendemain , quand l’armée se mit en marche , elle aperçut à quelque distance une quantité prodigieuse de singes ( probablement des mones ) , qui s’étoîent assemblés et rangés par pelotons. Les Macédoniens qui ne pouvoient. rien soupçonner de pareil , crurent reconi%ître l’ennemi j on se forme en bataille , chacun prend les armes et se dispose au combat; mais Taxile , prince du pays, qui s’étoit déjà rendu à Alexandre, lui apprit ce que c’étoit que cette armée prétendue , qu’il ne suffisait que de l’approcher pour la mettre en fuite.
Ces animaux ont une grande antipathie pour le crocodile ; il suffit de leur en montrer la peau pour les faire yj-aiber eu défaillance.
sur les Singes. 225
La queue sert souvent aux sapajous de cinquième jambe ou de main, pour descendre des arbres. Si quelque individu parmi ceux que l’on appelle ouarines , est blessé , ils sondent, dit-on, la plaie avec la patte antérieure , et y font entrer adroitement , au lieu de charpie , des feuilles qu’ils ont mâchées.
Ces animaux naturels aux pays trèschauds , transportés dans nos climats , renfermés ou privés de la liberté pour laquelle ils ont le goût le plus décidé, gémissent dans l’esclavage, et ne peuvent goûter les plaisirs de l’amour. C’est donc dans les pays brûlans j où des désirs de la jouissance sont portés à l’excès , que leur reproduction doit avoir lieu. Cependant on a vu, il y a peu de temps , à Mantoue la femelle d’un Magot, entretenue à l’horel du marquis Baldassare Castiglioni , mettre bas un petit , vigoureux et très-bien constitué. L’espèce de petit sagouin , appelé ouistiti , a fourni aussi à Paris l’exemple
d’une pareille fécondation.
Les femelles des singes portent leurs petits de la même manière que les négresses portent leurs enfans. Ces petits se tiennent sur le dos de leur mère avec les pattes de derrière ; iis leur embrassent le cou avec les pattes de
il 6 Eclaircissements devant. Quand les femelles veulent donner à teter à leurs petits , elles les prennent dans leurs pattes antérieures ou bras, et leur présentent la mamelle comme les femmes. Les singes , sur-tout les rouges , le long de la Garnbra , grande rivière de Nigritie en Afriqi4e , sont toujours en troupe de trois ou quatre mille ensemble : ce sont des guenons appelées patas * Ces singes forment, dit-on, des républiques , où la subordination , pour ce qui les concerne, est assez bien observée ; ils voyagent en très- bon ordre sous certains chefs qui sont de la plus grosse espèce $ l’arrière garde est toujours composée d’un nombre des plus gros singes , entre lesquels , quand ils articulent leur langage, il y en a , comme le Maibrouck , dont la voix forte prend au besoin le dessus et réduit les autres au silence. Leur retraite est toujours un spectacle fort réjouissant pour un Européen ; car certains nègres les regardent comme une espèce d’hommes vagabonds , qui ne veulent pas prendre la peine de se bâtir des cases. Les patas sont aussi habiles au pillage que les macaques , et on les vend à fort bas prix dans le pays à cause du tort qu’ils font aux récoltes. Au reste, les familles de ces différeus genres d’animaux ne se mêlent guère ;
sur les Singes. hj
chaque espèce habite un quartier différent. Les nègres qui n’ont pas l’usage des armes à feu , ont soin de ne leur décocher des flèches que dans le visage } les blessures qu’ils reçoivent en cet endroit les font tomber infailliblement , parce qu’ils y portent d’abord leurs pattes.
Il arrive quelquefois que tirés par le chasseur et tombant de l’arbre , les sapajous ou singes à queue prenante , accrochent une branche et y entortillent cette cinquième main , laquelle s’y roidit de manière qu’ils y demeurent suspendus après qu’ils sont morts , ! qu’ils y pourrissent ou qu’ils y sèchent. Dès qu’un des singes est ainsi blessé à mort ou tué , d’autres singes vigoureux poursuivent souvent les chasseurs jusque dans leurs cases; et si on leur ferme la porte ail nez , ils ont la malice de découvrir la maison ? de briser les calebasses et d’emporter tout ce qui leur tombe sous la patte. En lisant l’article de chacun des singes , on trouvera d’autres détails sur les gestes et les façons d’agir de ccs quadrumanes.
On avoit toujours cru jusqu’à présent qu’il n’y avoit que l’homme parmi les animaux , qui fût réellement susceptible de la petite vérole et de la rougeole ; mais depuis
que les hommes ont élevé dans leurs maisons des singes , l’expérience nous a prouvé le contraire.
Tous les habitans de Salnt-Germain-en- Laie, près Paris , furent témoins qu’en 1767 un singe prit la petite vérole en jouant avec des enfans : cet animal en a porté même long temps les marques. Un événement à-peuprès pareil a été observé à Paris. M. Pauleî, alors bachelier de la faculté de Paris , convaincu par l’expérience que la rougeole est aussi contagieuse , ayant été appelé au mois de mars 1770 dans une maison où une jeune fille étoit tombée malade à son retour d’une pension où régnoit cette maladie, il eut grand soin de prévenir les personnes de la maison du danger de la communication , et il les invita à prendre quelques précautions , tant sur les singes que sur la cohabitation des autres enfans avec la malade j mais il n’étoit plus temps j une de ses sccurs qui lui avait tenu compagnie , ainsi qu’un singe qui couchoit régulièrement tous les soirs sur les pieds du lit de la malade , furent l’une et l’autre attaqués de la rougeole , avec les mêmes symptômes qu’avoit eus la malade.
Ce singe fut traité avec les mêmes remèdes que les enfans. M. Paulet ayant observé l’état
sur les Singes.
du pouls du singe malade , les mouvemens de pulsation étoient , dit-il , si précipités , qu’il éroit presque impossible de les compter. L’artère axillaire dans le singe est celle dont les pulsations sont les plus sensibles, et iî prétend qu’on pouvoir alors les évaluer à environ cinq cents par minute. 11 faut remarquer que ce singe étoit de la petite taille 9 et que la vitesse du pouls dans les animaux est toujours en raison inverse de leur grandeur.
Ces faits bien constatés démontrent que la petite vérole et la rougeole ne sont pas des maladies exclusivement attachées à l’espèce humaine , puisque le singe en est susceptible. Indépendamment de l’égalité de conformation intérieure et extérieure entre l’homme et cet animal , y auroit-il aussi une analogie d’humeur qui les rendroit capables l’un et l’autre de développer le levain des maladies citées ci-dessus ? Mais l’homme et le singe ne sont pas les seuls individus qui soient susceptibles de gagner le virus vérolique. Nombre d’exemples nous ont fait voir que cette maladie se communique dans d’autres espèces , d’un sujet à un autre et par le seul contact. Des bergers infectés de la petite vérole l’ont communiquée à unç