I. • Zi
Digiti
écrivit à Soliioan pour Finriter à faire le siège de Rhodes, dont il lui garantit Iheureux succès. Quoi qu'il en soit, le sultan fut averti, ou s'aperçut lui-même que le moment était propice. D prépara la conquête de Rhodes. Dès que l'Ile-Adam Soupçonna la destination de ses armemens , il sollicita le secours des princes de l'Europe , contre l'ennemi commun du nom chrétien. Mais quoique tous ces princes fussent touchés des dangers de l'ordre ; quoique le pape Adrien YI, avec le ^èle qui convenait au chef et au père de l'Église ^Jes exhortât à oublier leurs querelles particuUères dans une croisade contre les infidèles , l'animosité des deux partis était si vive , qu'insensibles aux prières du grand-maître et aux instances du pontife , ils abandonnèrent la cause des chevaliers à leur valeur et à la providence. L'île de Candie leur envoya seule un secours de cinq cents honmies, et ai^ec eux Martinengue (i), brave guerrier, excellent ingénieur, qui dirigea avec habileté les travaux nécessaires à la défense de la place.
Délaissés par leurs frères, les généreux dievaliers de Saint- Jean et leur grand-maître signalèrent un courage, une constance, une patience supérieurs aux forces ordinaires de l'humanité, et que peut-être la religion seule peut inspirer dans un pareil degré. Les janissaires, découragés, sanblaient prêts à renouveler la honte du premier siège de Rhodes , lorsque, sur les instances de ses généraux , Soliman arriva en personne. Après avoir menacé de décimer l'armée , il annonça à ses soldats qu'ils pouvaient mériter leur pardon sur les remparts de l'ennemi. La guerre recommença avec plus de fureur. Pendant six mois , la vigueur de la résistance fiit égale à celle de l'attaque. Le siège allait être levé pour la seconde fois , quand d' Amaral , par de nouveaux avis , rendàt l'espoir aux Musulmans. Vainement le traître fiifr^l déoou-
(i) Martinengue était originaire de Brescia. On dit qu'il inventa, pendant le siège de Rhodes , Tusage des contre-mines et le secret de connaître les travaux souterrains de Tennenii par le moyen d'un tambour.
Digiti
0ES T£MP« MOSEf^NE^, 499
vert, arrêté^ coaTaiodu, dé^iM (^)...SQWmâai> a^syré du ftdccèsj i«dattbla d'eiffoiï!». Eii&Xï, RlE^dfi*.:^^çeppf|J>% avec ses défenseurs.) Bflàb queUeâ .€Ûr€oii^tAnç6$.»iéi|i<>l^I^£^ illusr tïèrchtleiîr diutôhérQÏqwçJ d^de«xqepATiuiilf|.çftnjb^î;ans qui formaient l'armée des Xurqs, |)ljuft 4q ^}^%r^pf:f^ miBe avaient pcci sous le glaive âe& çh^n^vs^; ie^rfetig^ie^ ret les maladies , suites d'un si lôi^gr^iége ^ an, avaient fiinportévun ;pardiiaQmbïe.Xaplace avait été b^îiu^Aq pW 4^ çentvingt mille coups de canw; elle oetîjiit pl^^ qu'un monceau dec^n^res ou qu'un àraas *de ruines. Le/s a$s,i^é^ noyaient plus ni poudre ni yivresv Presque tous les;chfevaji€xs étaiejçrt.^orts ou œaurans , ou h<^& de lOoiubaV) /et cependant I^erAd^m voulait se défeudrerfiïicorier l^ prière? àm^v^é.^t des hahitaBsVeinpêch^^^l seules de s (ef^r|eUr sous Xesd^ombres du dernier. T€âxandbeme^t ayjeçie ijbd^i^er de s^ compagupn^ H çéâaauxlàmies d'un peuple exipir|iHt;il oonseni^t à, écouter les pyi)pQ$iti0ns que Je sult^fi jBt i,Q premier, ef, conclut imé mfit^l^Hon JawpuoçjJ^le (le jour de Noël i5aa), U fut cfmvehu quel^s ^li&§s ne seraient point profanées, que ïekcfcioe dfi la^^jfiftn çl^:^j;iwine sef^ libre ^ que le peuple sèi^tjei60ipt d'impô.ts peiaida^v iciuq ^n^i etc. , Soliman désira voir iUe-Adam; il le loua.die sa v^eur, le consola de ^a disgdboe.; enfin , lorsqu'jiprès être ent^é dans la ville, il eut pris {ioQicssiQ&dii padais du gnand-maitre :^Cen ^ est pas sans; quel- 9iif/B«ufe,'dit4Là uii de ^%y^v^éji:^xxyi,quefoblig€ce cfwétien, à'umége^ àsi>r^de sa.mmson>
! JLUle^Adam ë'ieiid»ivt[fia da0$ da nuit -dU dernier déc^ïibre. Q^remiUe'AhodîènaîlefSuiviarfiikt^ipouî* m àépçAiç^ k la dp*mination des Barbares. Les chevaliers transportèrent e» Ita^ Ëttrles respeetdbks itébrié de leur ordre antique^ Ils C|btin,i:ent 4xk' pape la ville de Viterbe^ où i)â réjsÂdèrenit , jusqu'à ce ;qo'eni53o Gharles^uim, par d«ft vn^ d'intérêt, le$ r^cueiUxt ^ans Tiie dé Mçdie^ dont ils portèrent depuis «Iç nom ,
(i) J)'Ainaral fut ju^é coupable; mais où doit dire qu'il se défendu avec fermeté, et qu*îl protesta, jusqu'au dernier moment, dé son innocence et de rerrèur <îe ses yug^.
Digiti
et qu'il leur donna avec les petites îles du Gaze et de Guniing , à condition qu'ils réprimeraient les brigandages des corsaires barbaresques , et qu'ils mettraient à couvert de leurs incursions toutes les îles voisines de la Skile, la Sicile elle-même et les côties du royaume de Naples.
Soliman ternit la gloire de sa conquête par un acte de barbarie. Un fils du malheureux Zizim ( voyez F® période, chapitré I**") avait trouvé un asyle à Rhodes. La cruelle politique du sultan l'excepta de la capitulation : amené en présence du vainqueur, il fut étranglé avec ses deux fils.
(iSaS.) Soliman, de retour à Constantinople , fit trêve à ses travaux guerriers pour s'occuper de ^ceux du gouverne* lïient. Il fit punir plusieurs cadis qui avaient prévariqué dans l'administration de la justice ou dans la percqition des deniers publics. Il prescrivit des peines pour l^différens crimes: là peine de mort pour le meurtre et pour quelques vols, et d'autres châtimens proportionnés à la gravité des délits. Mai» il ne porta pas la sagesse jusqu'à ne soumettre le criminel qu'à la loi; il laissa la peine à la discrétion constante de l'accusateur, de sorte qu'en Turquie il n'y a point de crime iqui ne puisse être racheté avec de l'or,* ou à tel autre prix dont la partie plaignante veut bien se contenter. Il confirma la preuve testimoniale; mais il l'étendit si imprudemment, que les magistrats étant tenus de compter les témoignages , et non de les peser, il y a d'autant plus de faux témoins, que le nombre les assure davantage de l'impunité. Ces réglemens, tout imparfaits qu'ils sont , et surtout le zèle de Soliman pour la justice, lui ont fait donn^ le nom de canouni ou législateur.
La miUce même ne fut point ménagée dans ses réformes. Il multiplia les grades parmi les janissaires et les spahis, ajBs de diminuer l'autorité des chefs exi la divisant ; il ôta à ces deux anciens corps la garde du sérail, et la remit à un corps nouveau, connu depuis sous le nom de bostangis ou jardiniers, quoiqu'ils veillent encore plus à la sûreté immédiate du prince qu'au soin de ses jardins. Cette marque de défiance fit éclater une sédition , à laquelle l'ennui de deux années de
DRs TBMPS modbhhba. 5oi
repos 9 et le souvenir de Rhodes, dont Soliman avait refiusé le pillage aux janissaires , disposaient seer^ment cette mi« lice. Elle s'ameuta , pilk la maison du défterdar ou gr^nd-trésorier de l'empiFe, et osa même tenter de forcer une mosquée pour en enlever le trésor. Tandis qu'un simple odabaachi (i) en défendait la porte , et abattait sur le seuil les plu& audiacietp:, le sultan e\kt le temps d accourir* A sa vue^ les rebelles s'enfuirent ou se prosternèrent. Sa vengeance ne tomba que sur les quatre principaux che&; et sa reconnaissance éleva sur4e-champ au rang de grand- visir le courageux oda-baschi : ce fut ce fameux Ibrahim ^ l'ami , le compagnon ^ le beau-frère de son maître , et enfin sa victime.
La longue oisiveté des janissaires étant incompatible avec la tranquiUité de l'empire et les vastes desseins que nourrissait l'ambition du sultan, 'û envahit la Hongrie en 1 5 a6, gagna la bataille de Mohaczy où périt le roi Louis II avec plus de vingt mille de ses sujets; et,, après avoir livré au pillage Bude et la plupart des villes du royaume, il se retira à l'approche de l'hiver, avec un butin immense et une multitude prodigieuse de captifs (3). ^
Louis II étant mort sans postérité, les Hongrois se partagèrent pour le choix d'un souverain. Les uns proclamèrent Jean ZapoU, palatin de Transylvanie; les autres reconnurent Ferdinand d'Autriche. Vaincu près de Tokai par son concurrent, Zapoli se réfugia en Pologne, et de là implora le secours des Turcs. L'an 1829, Soliman rentra en Hongrie, pénétra jusqu'en Autriche, et mit le siège devant Vienne. La résistance des assiégés le contraignit à la retraite. Croyant effacer cet affront par l'éclat d'une cérémonie, il alla dans Bude poser de ses mains la couronne de Saint-Etienne sur la tête de Jean Zapoli.
Au retour de son expédition, il trouva un dédommage-
(i) Officier dont le grade répond à peu près à celui de capitaine chez les chrétiens.
(2) Nous ne ferons qu^indiquer les expéditions des Turcs en Hon^ grie. Pour les détails , voyez la première section de ce chapitre
Digiti
5o2 ABRÉGÉ 1>B LHISTOniX GÉNÉRALE
nfent phis réel de Técheo que sa glèire ayaitreoa et de la perte de quatre-vingt mille haflinies. Bog<]aa , prince de Moldavie^ Fattendait pour lui offiir l'hommage volontaire de cette province et la soumission de ses peuples. SubjngU'ës par Tascendànt dé sa retiommée et de sa puissati^ce, lès belliqueux babitans de cette riche contrée se reconnurent ses tributaires , sous la seule condition qu'ils conserveraient leur religion.
Ajrant appris lannée suivante que les Autrichiens avaient attaqué de nouveau son protégé, il prépara un armement formidable pour assurer la couronne à 2^poli. Ferdinand et Charles-Quint rassemblèrent, de leur celé, des légions nombreuses. Enfin, en i532, le sultan et l'empereur se couvèrent en présence dans les plaines de la Hongrie ; mais c«s deux rivaux s'observèrent , sans mesurer leurs forces , et laissèrent la renommée incertaine.
Vers ce temps-là, Soliman fit une conquête plus précieuse qu'une province dans la personne du fameux Chéredin Bar* herôusse.
Cet aventurier, que la piraterie avait fait roi, é^it fils d'un potier de File de Mételin. Il fut corsaire dès fenfance, et partagea dans ce vil métier les dangers et la foitune d'Horuc, son frère aîné. Ils n'eurent d'abord qu'un faible navire,- mais, enrichis par le brigandage, ils augmentèrent rapidement leurs forces navales, qui purent bientôt passer pour une flotte. La situation avantageuse de^ ports de Barbarie leur inspira le désir de former un établissement dansf cette partie de TAfirique. Eutemi, roi d'Alger, leur en fournit imprudemment l'occasion (iSi6). Ce prinée, qui avait plusieurs fois tenté inutilement de s'emparer d'un fort que les gouverneurs espagnols d'Oran avaient bâ^i près de sa capitale^ implora le secours d'Horuc, dont 1« valeuf ^tak rq)utée invineible. Entré dans Alger comme auxiliaire, le perfide pirate se rendit maître de la ville, assassina le prince qui lavait appelé, et régna par la violence et par la terreur. Du reste, aussi grand guerrier qHe tyran cruel , il détrôna le roi de Tremisen, joignit ses ^lats à ceux d'Alger, et porta l'effroi de son nota
Digiti
I>£5 TEMPS MODERNES. 5o3
jusqu au centre de rAfrique. Ses flottes infestaient chaque année les côtes de l'Espagne et de l'Italie. Enfin , le marquis de Gomarès , gourerneur d'Oran , lattaqua avec des forces supérieures, le battit en plusieurs rencontres, etlenferma dans Tremiscn. Surpris au moment où il cherchait à sechapper après une résistance obstinée, Vintrépide corsaire illustra ses derniers momens par une défense héroïque digne de ses exploits et de sa réputation.
Ghéredin, plus connu sous le nom de Barberousse, se saisit aussitôt du sceptre de son frère, et vengea sa mort par d'éclatantes victoires. N ayant plus à craindre les Espagnols que les guerres d'Europe occupaient assez, il régla avec prudence la police intérieure de son royaume, poursuivit avec une vigueur infatigable ses expéditions maritimes, et étendit ses conquêtes en Afrique. Mais, pour s assurer un appui et contre les révoltes des Maures et des Arabes qui portaient son joug en frémissant , et contre les armes des chrétiens, dont ses pirateries continuelles devaient tôt ou tard provoquer la vengeance ^ il mit ses états sous la protection du grandt-seigneur, qui lui donna un corps de soU dats turcs. A la fin, sa renommée croissant de jour en jour, Soliman lui offrit le commandement des flottes ottomanes , comme au seul homme qui put balancer Doria^le plus grand marin de son siècle. Barberousse entreprit de reconnaître cet honneur éminent par un éminent service.
Mahmed, roi de Tunis, avait choisi pour son successeur, parmi sa nombreuse postérité, Muley-Assan, le plus jeune de tous ses fils. Ce prince dénaturé, pour prévenir un changement de résolution, avait empoisonné son père, et le meurtre de la plupart de ses frères avait suivi ce parricide, Al-Raschid , un des aînés, s étant dérobé aux coups du tyran, s enfuit à Alger, et implora la protection de Barberousse, qui, étant sur le point de partir pour Constanli* nople , le détermina sans peine à l'accompagner à la cour du sultan, dont il lui promit l^ secours. Mais, au lieu d'intéresser la générosité de Soliman aux malheurs d'un prince fugitif et suppliant, Barberousse lui proposa de profiter du
Digiti
So4 ABBlêG^ DE LHISTOIRE G^RlâRALC
nom d'Al-Raschid pour conquérir le royaume de Tunis et l'annexer à son empire. Soliman accueillit ce projet perfide , digne d*un ancien chef de pirates, mais indigne. d'un grand empereur. Âl-Raschid Ait arrêté par ordre du sultan, et en^ fermé dans le sérail, où son sort est demeuré enseveli. Cependant Barberousse fit voile vers TAfrique avec deux cent cinquante vaisseaux. Muley-Assan prit la fuite à son approché; et Tunis, après quelque résistance, fiit forcée de reconnaître Soliman pour souverain , et Barberousse pour vice-roi.
Les princes d'Italie, alarmés de la puissance de Barberousse*, et exposés à ses pirateries ; se joignirent à Muley- Assan pour invoquer l'appui de Charles-Quint. Ce prince , également jaloux de délivrer ses états d'un voisin dangereux, et avide de la gloire attachée à toute entreprise contre les Musulmans, rassembla des forces ûnposantes pour cette expédition. Trente mille hommes , commandés par le marquis du Guast, s'embarquèrent sur cinq cents navires montés par les meilleurs marins de l'Europe, sous les ordres deDoria, et Charles-Quint voulut les animer de sa présence. L'armée chrétienne partit de Cagliari le i6 juillet i535, et, après une heureuse navigation , prit terre à la vue de Tïinîs. La prise du fort de la Goulette mit d'abord au pouvoir de l'empereur la flotte de Barberousse, son arsenal et trois cents canons, nombre étonnant pour ce temps-là. Le pirate, s'il est encore permis de l'appeler ainsi, ne fiit point consterné de ces pertes. Résolu d'abandonner sa destinée au hasard d'une bataille , il s'avança au devant de l'ennemi à la tête de cinquante mille hommes. La discipline l'emporta sur la multitude : Barberousse fiit vaincu. Après de vains efforts pour rallier son armée, il s'enfuit à Bonne, et Tunis se rendit au vainqueur. Malgré les précautions et les ordres de lempereur, ses soldats, craignant d'être frustrés du butin qu'ils s'étaient promis, fondirent sur la ville comme sur une proie, et se rassasièrent de meurtre et de pillage : plus de trente mille habitans périrent dans ce jour funeiste , et dix mille furent emmenés en esclavage. L'empereur gémit sur ces excès affreux qui souillaient l'éclat de sa victoire : cependant , au
Digiti
DES TBMPS MODERNE». 5o3
milieu de cette scène terrible, il éprouva une consolante diyersion à sa douleur, lorsque des milliers dlnfortunës dont il brisait les chaînes, toipbèrent à ses pieds, et le bénirent comme leur libérateur. Muley-Assan, remonté sur son trône sanglant, se reconnut feudataire de la couronne d'Espagne. Tous les ports du royaume furent remis à Fempereur. Tous les chrétiens encore captifs furent délivrés sans rançon; et Charles-Quint rapporta en Europe une gloire qu'aucun prince n'avait encore eue depuis Saint-Louis (i).
Tandis que Soliman acquérait un royaume en Afrique et le perdait presque en mâme temps, le grand-visir Ibrahim^ soit qu*il fàt gagné par lor de T Autriche , soit qu'un vieux respect pour la religion chrétienne qu'il avait jadis professée, le portât à détourner de l'Occident les armes ottomanes , soit pour diminuer l'ascendant que la fameuse Roxelane^ son ennemie, prenait dans le sâail, engagea le sultan dans uùe guerre contre la Perse.
Le premier des sophis, Sbah-Ismaêl n'était plus. Shah- Thomas^ son fils et son successeur, imita le courage et la prudence de son père, et l'invasion tourna à la honte des agresseurs.
Roxelane avait blâmé la guerre de Perse ; elle triompha de son mauvais succès, et l'attribua à la trahison du grand-
(i) Il fut moins heureux en i54i « dans une semblable expédition contre Alger. Cette ville , à cette époque , était gouvernée , pour Barberousse, par un renégat , nommé Hasen. Il n'avait que huit cents Turcs et cinq mille Maures à opposer à Farmée de Fempereur , forte de plus de vingt-cinq mille hommes ; mais les élémens combattirent pour lui. Deux jours après le débarquement, le camp impérial fut assailli d'un ouragan effroyable, qui jeta le désordre parmi les chrétiens. La même tempête fit périr en moins d'une heure quinze vaisseaux de guerre et cent soixante bâtimens de transport. Le reste de la flotte se retira sous le cap Mélafiiz, où Charles-Quint se rembarqua pour FEurope. Une nouvelle tempête Faccueillit à son retour. Ses vaisseaux dispersés cherchèrent au hasard unasyl^ dans les ports de FEspagneou de Fltalie. Enfln il aborda presque seul en Espagne, dans un appareil bien différent de l'éclat qui environnait le vainqueui* de Tunis m années auparavant.
Digiti
5o6 ABRÉGÉ DB I^'hISTOIRB GENERALE
visir. Ibrahim avait compromis la gloire de son maître : sa mort ftit décidée. Mais le sultan redoutait la présence d'un ministre dont il avait tant de fois éprouvé Vascendant. La sentence du visir ne lui fut point prononcée ; on Fétrangla pendant son sommeil.
Soliman entreprit de se dédommager sur TËurope de ses revers en Asie et en Afrique. François I®*" lui demanda des secours contre Charles-Quint (i), il arma une flotte pubsante pour ravager les côtes de l'Italie et de TEspagne ; mais une trêve conclue entre les deux rivaux lui fit tourner ses forces . maritimes contre la république de Denise. La flotte ottomane, commandée par Barberousse, entra dans l'Archipel, et s'empara de plusieurs îles qui appartenaient à la république, entre autres, de Scyros, de Patlunos, de Stampalée et de Parcs. Venise fut obligée de les abandonner pour obtenir la paix.
Vers le même temps, Soliman envoya une partie de l'arraée destinée contre Charles-Quint sur les côtes de l'Arabie, pour s'opposer aux conquêtes des Portugais, Le sultan haïssait ce peuple qui avait appauvri l'Égjpte en s'emparant du com» merce de l'Orient , et qui avait appris aux Persans l'usage des armes à feu et l'art de fondre les canons. Les Ottomans se rendirent maîtres des royaumes diAden^ de *Si6tte et de Cambaie^ dans l' Arabie-Heureuse.
Soliman avait besoin de la nouvelle de ces conquêtes pour bannir la mémoire de ses malheurs passés,' et adoucir les chagrins nouveaux dont deux fléaux terribles affligeaient son âme. En iSSp, un incendie consuma près de la moitié de Constantinople; et la peste, dont il y a toujours quelques germes dans cette ville , y fit cette année d'affreux ravages» Le soin de réparer ces désastres interrompit les travaux
(i) Un premier ti-aité d'alliance et de commerce avait déjà été se* crètement convenu , sous le nom de irève marchande , entre Soliman et François !••• , dès Tannée iSiS» En iSSy, les deux souverains dressèrent un pacte ofiensif et défensif, dontMontluc, depuis évéque de Valence , fut Tagenl public : cependant les conditions en reftèreni encore secrètes.
Digiti
DES TBMPS MODERNES. 5o^
guemets du sultan. Mais^ en 1 54o , la mort de Jean Zapoli et les prières de }a reine Isabelle qui sollicitait aa protection, contre Ferdinand d'Autriche , lattÎTèrent de nouveau en Hon* gfrie» [JToyez section i'® de ce chapiti^e,) Cette expédition, accrut sa puissance et souilla sa gloire. Il dépouilla le fils de Zapoli, un enfant, un suppliant, quil était Tenu secourir, le relégua en Transylvanie, pour tenir cette principauté sous la suzeraineté de la Porte; et, méprisant les ofires, les menaces et les efforts de Ferdinand, il reprit le chemin de Cons* Uintinople, après avoir réduit en province ottomane la plus gr^nde partie de la Hongrie,
En l'i^i , il reçut une nouvelle ambassade de François P% et accorda à ce prince de nouveaux secours contre Charles- Quint. Barberousse partit au printemps de i543 avec une flotte de cent dix galères, joignit à Marseille la flotte française coipmandée par le duc d'Ënghien , aida ce prince à p[^ndre la ville de Nice, la pilla malgré les Français, puis, remontant sur ses vaisseaux, leva Tancre, et regagna Constantinople (i).
En 1S45, Soliman conclut xme trêve de cinq ans avec Ferdinand d'Autriche, à condition que ce prince se reconnaîtrait son feudataire, et lui paieï*ait un tribut annuel de 3o,ooo ducats.
L univers tremblait au nom de Soliman , et ce sultan était lesclave d'une femme. Subjugué par l'artificieuse Roxelane, il l'avait affranchie, et lui avait accordé le rang, la dot et jusqu'au nom d'épouse Intime, titre que l'orgueil ottoman avait refusé jusque-là aux favorites honorées du choix de leur maître. Ce n'était point assez pour Roxelane : mère d<^ trois fils, SéUm, Bajazet ^ Zéangir, elle voulait assurer à l'un d'eux le trône de Byzance. Mais la sultane Bospharone, qii' elle avait supplantée , avait donné la première un fils à. Soliman ; et Mustapha joignait au droit d'aînesse l'amôur du peuple et des soldats. Sa vie était un obstacle aux desseins de- Roxelane : cette marâtre jura sa perte.
(ï) Barbei dusse mourut en i547 » q^^^'^'e ans après celte expédition.
5o8 , A^RÉcé DE l'hISTOIEB G^N^RALE
Alkazik-Mirza, frère de Shah-Thamas, s'était révolté contre lui. Vaincu et dépouillé de ses apanages, il était venu chercher un asyJe à Cionstantihople. Roxdane, pour accoutumer sotf époux aux dissensions domestiques, lui persuada d'embrasser la cause de ce prince, et de faire la guerre «i roi de Perse ( i54S). Cette guerre dura plusieurs années sans événemens remarquables ; mais elle fut l'occasion d^une de ces terribles catastrophes dont la barbarie des sultans a donné trop sou^ vent le spectacle à l'univers.
Roxelane et le grand-visir Rustan étaient ligués contre MustapJia. Pour le rendre odieux à son père , ils affectaient d'exagérer son mérite : tout le sérail ne parlait que de ses vertus, de sa grandeur d'âme; et la hainhe entrait avec 1» jalousie dans le cœtir de SoUman. En i553, Rustan, pard à la tête d'une armée, s'arrêta sur les frontières de la SyriCi Feignant un efïroi concerté, il manda à son msutre que W troupes étaient séduites, qu'elles réclamaient à grands cris la présence du prince Mustapha, et que celle du sultan pouvait seule étouffer un complot qui menaçait son trône et peutêtre sa vie. Arrivé au camp devant Alep, Soliman envoya ordre à son fils de venir se justifier. Malgré les pressentimens sinistres de ses amis, Mustapha se hâta d'obéir. Quoique fils de Roxelane, iZeia/ig'/r aimait tendrement son frère; il voulut l'accompagner. Ils se présentent devant la tente impériale; Mustapha seul est introduit. Aussitôt quatre muets le saisissent et le font expirer sous les yeux de son père, dans les étreintes du cordon fatal. Une scène non moins tragique succéda à cet assassinat. Bravant le ressentiment de l'armée, Soliman fit exposer devant sa tente le corps palpitant de la victime. Zéangir ne put soutenir cette vue , et se poignarda de désespoir; étonnant exemple de dévouement fraternel dans les annales de l'empire ottoman. Mustapha avait un fils qu'on élevait à Pruse. Roxelane ne voulut pas laisser croître un vengeur, et le jeune Ibrahim rejoignit son père dans le tombeau. La sultane n'avait plus besoin de la guerre de Perse;, on traita avec le sophi, et Soliman revint à Gonstantinople ( i554) : mais il y rapporta une tristessie profonde, à laquelle
Digiti
DES TBMPS MOPEBIfBS. SoQ
la conquête du Bannat de Temeswar, soumis dans ce temps-là par ses généraux, fut un faible soulagement.
De nouveaux chagrins l'attendaient encore. Deux fils restaient à Roxelane; mais Bajazet, le plus jeune, était l'objet de sa prédilection : pouf lelever au trône, elle entreprit de perdre Sélim , et Soliman lui-même. Un des esclaves de son fils avait quelque ressemblance avec Mustapha. Bajazet, par les conseils de sa mère, l'instruisit à représenter le fils dé Bospharone, et s'en servit pour exciter des troubles, se flattant d'en profiter, et de brider ensuite, quand il en savait temps, l'instrument de son ambition. Aidé du nom de Mustapha et de l'or de Bajazet, l'imposteur rassembla quelques troupes, et osa s'approcher de Constantinople. Mais vaincu et pris par le visir Achmet, qui le fit mettre à la torture, malgré les ordres secrets de Roxelane, il avoua son crime, et nomma son complice. Toute autre que Roxelane efkt tremblé pour un fils coupable; mais l'ascendant de cette femme maîtrisait la vieillesse de Soliman , et Bajazet obtint sa grâce. Bien plus, Achmet, qui avait déconcerté ses desseins, fut immolé à la vengeance de l'impératrice : on l'étrangla , sous prétexte de concussions.
Ce fut le dernier crime de Roxelane. Cette femme ambi<* lieuse et ingrate mourut bientôt après , pleurée de l'époux aveuglé dont elle conspirait la ruine.
Privé de cet appui, certain que Soliman lui préférait Sélim | et que son trépas signalerait l'avènement de son frère, Bajazet tenta de le faire empoisonner. Trompé dans ce dessein impie , il eut recours à la force. Vaincu près d'Iconium , il chercha un asyle en Perse , chez l'ennemi de son père et de sa nation. Shah-Thamas craignit de l'accueillir^ le fit charger de chaînes, et jeter dans un cachot. La vengeance du sultan icrité l'y poursuivit. Deux ambassadeurs, chargés de ses ordres secrets, allèrent étrangler Bajazet dans sa prison. Ses quatre enfans partageaient son exil et sa captivité. Soliman, / accoutumé à confondre le crime et l'innocence, les avait / enveloppés dans l'arrêt de leur père : ils furent étranglés après Ijui (iSSg).
Goosle
5lO ABRE6B DE l'histoire GENERALE
Tandis que Soliman renfermait dans le séraii la douleur que ces troubles domestiques avaient répandue sur ses vieux jours, ime victoire édatante illustra ks pavillons ottomans.
Charles-Quint avait donné aux chevaliers de Rhodes Tile de Malte et la ville de Tripoli sur la côte d* Afrique. Les Ot* tomans leur avaient enlevé cette ville en iS5i; et Draguty Fhéritier des talens et de la renommée de Barberousse , y commandait eni56i pour Soliman, lorsque le grand-maître, lean de La Valette, détermma Philippe II, successeur de Gharles-Quint, à joindre ses galères et ses troupes aux forces de la religion pour reconquérir TripoK. Instruit des dangers que courait cette place importante, le sultan hâta le d^iart de quatre-vingt-cinq galères commandées par Piali-Pacha. La flotte ottomane surjNrit les chrétiens , effirayés de cette attaque inattendue. Plus de quatorze mille hommes périrent presque sans combat. Des milliers de captifs furent emmenés en esclavage, et vingt-huit galères, traînées sans agrès et sans rames à la suite des vaisseaux ottomans, ornèrent le triomphe de Piali-Pacha.
La flotte victorieuse ne tarda pas à remettre à la voile j elle se dirigea contre l'île de Malte. Entre Zante et Céphalonie , sept galbes <le la religion s étaient emparées d*un gros vaisseau nommé le Galion des Sultanes^ qui allait à Venise échanger les plus ridies marchandises de TOrient centre les produits de Findustrie européenne. Tout le sérail , tout le corps des ulémas avait demandé vengean<iè de cette agression , et Soliman avait juré que Malte serait détruite. Quarante mille janissaires furent chargés d'exécuter cet arrêt. Mais La Valette et ses chevaliers en appelèrent à Dieu et à leur'épée. Digne émule des llle-Adam et des d*Aubusson, le grandmaître , avec une constance héroïque , repoussa pendant cinq mois tous les efforts de rénnemi. Enfin , larrivée d\iri secours envoyé de Sicile détermina les Ottomans à lever le siège , qui avait coûté la vie à près de trente mille hommes etàDragut (i565).
Soliman se vengea sur la Hongrie, Maximilien II avait sue-
Digiti
DES T^MPS MODERNES. SlJ.
cédé en i563 à Ferdinand P*" sur le trônç impérial d'Occi* dent ; et, comme son pèffe , il unissait la couronne de Hongrie au diadème des Césars. Etienne Zapoli av^it eu d^ nouv^i^ recours à la protection ottomane. Mais le pacha de Bude, envoyé à son secours, avait été forcé de laver le «àége de Zigetli; et, dans une campagne malheureuse, Soliman n'avait compté les efforts de ses généraux que par des affronts et des défaites. Il ise souvint que les armées ne triomphaient que quand il marchait à leur tête ; il voulut s y montrer et vaincre à soixante-seize ans. Il attaqua Zigeth avec cent cinquante mille hommes soutenus d'une formidable artillerie ( i566 ). Le comte de Serin commandait la place : il jura avec la garnison de périr plutôt que de se rendre, et il tint parole. Tous les Hongrois se firent t»er, excepté quatre; et, dans le temps que ces guerriers généreux s'iaimiortalisaient par un beau trépas, leur vainqueur expirait dans sa tente des suites d'un accès de fureur que lui avait causé leur résistance ( le 3o août i566)» Le visir Méhémet cacha cet événement aux soldats, et manda le prince Sélim qui était à Iconium. Sélim s'étant fait reconnaître à Gonstantinople , s'avança jusqu'à Belgrade , ou la mort du sultan fut annoncée à l'armée.
Contemporain de deux grands princes , Soliman ne leur fut point inférieur. Aussi brave que François P"^ à la guerre, il la fit avec plus de bonheur ; aussi prcrfond politique que . Charles-Quint, il sut, comme lui, connaître, employer, ou créer les grands hommes qui sont o]:^diDairement le cortège des grands rois. Il eut des ministres, des lieutenants digqtes de lui : Ibrahim et PiaU-Pacha^ Bari)erousse et Dragut honoretU le règne de^oliman.Ce prince n'est pas moins célèbre comme législateur que comme guerrier. Avant lui, le gouvernement pouvait paaser pour arbitraire, et la volonté du souverain semblait être la suprême loi. Soliman marqua les limites des difFérens pouvoirs, en régla la hiérarchie, et reconnut les droits du dernier de ses sujets. Il porta le même esprit d'ordre et d'équité dans l'administration des finances et l'emploi des revenus de l'empire. Chaque impât avait anciennement ses
Digiti
Si 2 ABREGE DE L HISTOIRE CiNERALE
trésoriers. Pour remédier aux abus et {urêter les déprédations 9 Soliman ordonna que les sommes seraient versées directement daîis le trésor extérieur du defterdar: c'est delà qu elles sortent pour payer les troupes et les charges de Fétat. Il fut réglé que lexcédant passerait dans le trésor intérieur pour les dépenses du palais , l'entretien de la maison militaire et civile du souverain , et celui du jardin et du sérail.
Amurat P' , Amurat II , Mahomet II, Sélim I®' avaient protégé les sciences, et tenté de faire renaître les beaux jours de la littérature arabe. Ils avaient fondé plusieurs collèges ou medressés , dans lesquels les jeunes gens appartenant aux familles aisées apprenaient la grammaire, la syntaxe, la logique , la rhétorique , la théologie, la philosophie, la jurisprudence, le coran et ses commentaires^ et les lois orales du prophète. Des écoles publiques, ou mactabs, étaient ouvertes aux enfans des familles indigentes, auxquels on enseignait gratuitement à lire, à écrire, et à connaître leur religion. On élevait surtout avec un soin particulier les ichoglans, enfans destinés à occuper un jour les premières charges de l'état, nés de parens chrétiens, et pris à la guerre ou amenés comme enfans de tribut. Ils recevaient une éducation commune jet sévère dans les trois collèges de Péra , d' Andrinople et du Sérail, d'où sortent encore, après l'âge de quarante ans , les pachas , les visirs , les grands-officiers de l'empire. Soliman maintint ou perfectionna ces institutions.
Mais il commit une faute qui eut pour l'empire ottoman* des suites fatales. Depuis sa fondation , les princes du sang impérial commandîûent les armées, gouvernaient les provinces qu'ils avaient pour apanages , et abusaient souvent de leur puissance pour se combattre les uns les srutres, pour résister à l'autorité souveraine, quelquefois même pour l'envahir. Soliman, qui avait été obligé de faire des exemples terribles dans sa famille^ ordonna qu'à l'avenir les enfans des sultans n'auraient plus de gouvefnemens, et ne paraîtraient plus dans les armées. Par cette loi impolitique , qui préparait des chefs timides à une nation belliqueuse, il crut prévenir à jamais les soulèvemens de la milice, en éloignant de
Digiti
DES TEMPS MODERNES. 5l3
ses yeux des princes qui excitaient ou secondaient ses rébellions. Mais, sans prévei|ir le inal cpTû redoulaijt, il en produisit un autre plus funeste. Elevés à lombre du sérail , loin des camps et du bruit des ai^mes^ les enfans des sultans dégénérèrent des habitudes guerrières de leurs ancêtres^ et l'empire ottoman 9 fondé sur la conc|u^e, s'achemina vers sa décadence. **
ÏIN DU TOME PREMIEE*