‹ Abrégé de l'histoire générale des voyages [microforme] (volume 2)Chapitre 2 sur 36 · XIX, I · texte numérisé non relu

XIX, I

Vers la fin de l’année 1767 , la Société royale de Londres pensa qu'il serait convenable d'envoyer des astronomes dans quelques parties du grand Océan, pour y observer le passage de Vénus sur le disque du soleil, qui devait avoir lieu en 1769; elle jugea en même temps que les iles Marque sas de Mendoça, ou celles de Rotterdam et Amsterdam, Etaient, parmi celles que l’on connaissait alors, les endroits les plus propres pour faire cette observation. En conséquence , au mois de février 1768, la Société présenta au roi un mémoire, par lequel elle suppliait sa majesté de donner des ordres pour cette expédition. Cette demande fut favorablement accueillie, et l’amirauté fit armer l'Endeavour, bâtiment du port de trois cent soixantedix tonneaux ; le commandement en fut donné au lieutenant de vaisseau Jacques Cook, oflicier dont les talens pour l'astronomie et la navigation étaient connus, et qui fut en même temps nommé par la Société royale pour observer le passage de Vénus, de concert avec M. Charles Green. L'événement prouva qu’on ne pouvait faire un meilleur choix.

Tandis qu'on travaillait à l'équipement de ce vaisseau, Wallis revint en Angleterre; comme à son départ on lui avait recommandé de déterminer un lieu propre à l'observation du passage de Vénus, ce capitaine indiqua pour cet objet le häâvre de Taïu. En conséquence, la Société royale désigna cette île pour le lieu de l'observation.

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L'Endeavour avait été construit pour le commerce du charbon de terre : on avait préféré un bâtiment de cette construction pour plusieurs raisons : c'était ce que nos matelots appélent a good sea boat (un bon bateau marin ), qui était plus spacieux, plus propre à s'approcher de terre, ct qui pouvait étre manœuvré avec moins de monde que d'autres bâtimens de même charge. Il avait quatre-vingt-quatre hommes d'équipage , outre le commandant. On lui donna des vivres pour dixhuit mois, et il prit dix canons et douze pierriers, avec une quantité suflisante de munitions. Aprés

: l'observation du passage de Vénus, l’Endeavour

devait suivre le projet général des découvertes dans le grand Océan. Banks et Solander s'embarquèrent aussi sur l'Endeayour comme naturalistes, et secondérent avec un zèle exemplaire les travaux de Cook.

Joseph Banks, qui depuis a été président de la Sociéte royale, cet qui est mort an mois de juin 1820, avait recu l'éducation d’un homme de lettres, que sa fortune destine à jouir des plaisirs de la vie plutôt qu'à en partager les travaux ; cependant, entraîné par un désir ardent d'acquérir d’autres connaissances de la nature que celles qu'on puise dans les livres, il résolut, jeune encore, de renoncer à des jouissances qu'on regarde communément comme les principaux avantages de la fortune , et d'employer son revenu, non pas dans les amusemens de l’oisiveté et du repos, mais à l'étude

4 HISTOIRE GÉNÉRALE de l'histoire naturelle; il se livra donc à des fauigues et à des dangers qu’il est rare d'affronter volontairement, et auxquels on ne s'expose guère que pour satisfaire les insatiables désirs de l’ambition et de l’avarice.

En sortant de l’université d'Oxford , en 1763, il traversa la mer Atlantique, et visita les côtes de Terre-Neuve et de Labrador. Les dangers, les difficultés ct les désagrémens des longs voyages sont plus pénibles encore dans la réalité qu'on ne s’y attend; cependant Banks revint de sa première expédition sans être découragé; et Lorsqu'il vit qu'on équipait l'Endeavour pour un voyage dont le but était d'entreprendre de nouvelles découvertes, il résolut de s'embarquer dans cette expédition. Il se proposait d'étendre dans sa patrie le progrès des lumières, et il ne désespérait pas de laisser parmi les nations grossicres et sauvages qu'il pourrait découvrir, des arts ou des instrumens qui leur rendraient la vie plus douce, et qui les enrichiraient peut-être, jusqu’à un certain point, des connaissances où au moins des productions de l'Europe.

Comme il était décidé à faire toutes les dépenses nécessaires pour l'exécution de son plan, il engagea le docteur Solander à l'accompagner dans ce voyage. Ce savant, natif de Suède , avait été élève du célébre Linnée. Son mérite ne tarda pas à être connu ; il obtint une place dans le muséum britannique. Banks regarda comme trés-importante l’acquisition d’un pareil compagnon de voyage, et

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DES VOYAGES. 5 la suite fit voir qu'il ne s'était pas trompé. I] prit aussi avec lui deux peintres, l’un pour dessiner le paysages et les figures, et l’autre pour peindre les objets d'histoire naturelle.

Cook partit de Plymouth le 26 août 1768, relâcha à Madère , à Rio-Janeiro , et enfin, le 3 janvier 1760 , il eut connuissance de la Terre du Feu. Le 14, il entra dans le détroit de Le Maire. Le lendemain, on mouilla le long de la Terre du Feu; on y eut avec les naturels une entrevue pendant laquelle Cook eut occasion de reconnaître la justesse du récit de Bougainville. Le lendemain il arriva une aventure très-singuliére anx savans qui faisaient partie de l'expédition. Elle prouve que si Ja raison a quelque puissance sur nos sens, ceux-Cl à leur tour exercent un pouvoir que la raison la plus exercée ne saurait vaincre.

De grand matin, Banks et Solander, accompagnés du chirurgien Monkhouse, de Green l'astronome, de leurs gens et de deux matelois pour les aider à porter leur équipage, partirent du vaisseau dans la vue de pénétrer dans l'intérieur des terres aussi loin qu'ils le pourraient, et de s’en revenir le soir. Des montagnes que l’on voyait à une certaine distance semblaient offrir à leur base un bois, puis une plaine surmontée d’un roc pelé. Banks voulait traverser le bois, dans l'espérance de trouver au-delà de quoi se dédommager des peines qu'il se donnerait, et cueillir des plantes nouvelles sur ces montagnes, où aucun botaniste n'avait en=

core pénétré. [ls entrérent dans le bois par une peute plage sablonneuse, située à l'ouest de laiguade, et ils continuèrent à monter jusqu'à trois heures après midi sans trouver aucun sentier, et sans pouvoir arriver à la vue du terrain qu'ils voulient visiter, Bientôt aprés ils parvinrent à l'endroit qu'ils avaient pris pour une plaine; ils furent trés-contrariés de reconnaître que c'était un terrain marécageux, couvert de petits buissons de bouleaux d'environ trois pieds de haut, si bien entrelacés les uns dans les autres, qu'il était impossible de les écarter pour s’y frayer un passage. Ils étaient obligés de lever la jambe à chaque pas, et ils erfoncaient dans la vase jusqu'à la cheville du pied. Pour aggraver la peine et la difficulté d’un pareil voyage, le temps, qui jusqu'alors avait été aussi beau que dans les prenners jours du mois de mai en Europe, devint nébuleux et froid, avec des bouflées d’un vent trés-piquant , accompagné de neige. Malgré leur fatigue, ils allèrent en avant avec courage. Ils croyaient avoir passé le plus mauvais chemin, et n'être plus éloignés que d’un mille du rocher qu'ils avaient aperçu. Ils étaient à peu près aux deux uiers de ce hois marécageux, lorsque Buchan, un des dessinateurs de Banks, fut saisi d’un accès d'épilcpsie. Toute la compagnie fut obligée de faire halte , parce qu'il hui était impossible de se traîner plus loin. On alluma du feu, et ceux qui étaient les plus fatigués furent laissés derrière pour prendre soin du malade, Banks et Solander, Green et Monk-

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DES VOYAGES. 7 house continuérent leur route, et bientôt parvinrent au sommet de la montagne. Comme bota= nistes ils eurent de quoi satisfaire leur attente ; ils trouvérent beaucoup de plantes qui sont aussi différentes de celles qui croissent dans les montagnes d'Europe, que celles-ci le sont des productions de nos plaines. »

Le froid était devenu trés-vif, la neige tombait en plus grande abondance, et le jour était si fort avancé, qu'iln'était pas possible derctourner au vaisse avant le lendemain. C'était un part bien désagréable et bien dangereux que de passer la nuit sur celte montagne et dans ce climat. Ils y furent pourant contraints, et ils prirent pour cela toutes les précantions qui dépendaient d'eux. Pendant que Banks et Solander, profitant d’une occasion qu'ils avaient achetée par tant de dangers , s'occupaient à rassembler les plantes, ils renvoyérent Green et Monkhouse vers Buchan, et les personnes qui étaient restées avec lui. Ils fixérent pour rendezvous général une hauteur par laquelle ils pensaient que le chemin serait meilleur pour retourner au bois, en traversant le marais qui, par cette nouvelle route, ne paraissait pas éloigné de plus d’un demi-mille , et au sortir duquel l'on se mettrait à l'abri dans le bois, où l’on pourrait élever une hutte et allumer du feu. Comme ils n'avaient qu'à descendre la colline, il leur semblait facile d’accomphr ce projet. La troupe se rassembla au rendezvous, et quoiqu'on souffrît du froid , tous étaient

alertes et bien portans; Buchan lui-même ayant recouvré ses forces au-delà de ce qu’on pouvait espérer. Il était près de huit heures du soir, mais il faisait encore assez de jour, et on se mit en marche pour traverser la vallée. Banks prit sur lui de faire l'arrière-garde de sa troupe, pour empêcher qu'il ne restät des traîneurs. On verra bientôt que cette précaution n’était pas inutile. Le docteur Solander, qui avait traversé plus d’une fois les montagnes qui séparent la Suède de la Norvège, savait bien qu’un grand froid , surtout quand il est joint à la fatigue, produit un engourdissement et une disposition au sommeil presque insurmontables. Il conjura ses compagnons de ne point s'arrêter, quelque peine qu'il leur en püt coûter, et quelque soulagement qu'ils espérassent dans le repos. « Quiconque s'assicd , leur dit-il, s'endort, et qui s'endort ne se réveille plus, » Après cet avis, qui les alarma, ils allérent en avant; ils étaient toujours sur le rocher , et n'avaient pas encore pu arriver jusqu’au marais, Jorsque le froid devint si vif, qu'il produisit Îles effets qu'on leur avait tant fait redouter. Le docteur Solander fut le premier qui ne put résister à ce besoin de sommeil contre lequel il s'était efforcé de prémunir ses compagnons ; il demanda qu’on le laissät se coucher. Banks lui fit des prières et des remontrances inutiles. Il s'étendit sur la terre couverte de neige, et ce fut avec une peine extrême que son ami le tint éveillé, Richmond, un des noirs de Banks qui avait aussi souffert du froid ,

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DES VOYAGES. 9 commença aussi à traîner le pas. Banks envoya donc en avant cinq personnes, parmi lesquelles était Buchan, pour préparer du feu au premier endroit convenable; et lui-même, avec quatre autres, demeura avec le docteur et Richmond, qu’on fit marcher partie de gré et partie de force : mais lorsqu'Us eurent traversé la plus grande partie du marais, ils déclarèrent qu'ils n'iraient pas plus loin. Banks eut encore recours aux prières et aux instances; tout fut sans effet : quand on disait à Richmond que sil s’arrêtait 1l mourrait bientôt de froid, il répondait qu'il ne désirait rien autre chose que de se coucher et de mourir. Le docteur ne renonait pas si formellement à la vie : il disait qu'il voulait bien aller, mais qu'il lui fallait auparavant prendre un instant de sommeil, quoiqu'il eût averti tout le monde que s'endormir et périr était Ja même chose. Banks et les autres se trouvant dans l'impossibilité de les faire avancer, les laissèrent se coucher soutenus en partie sur les broussailles, ct l'un et l'autre tombèrent tout de suite dans un sonmeil profond.

Bientôt après, quelques-uns de ceux qui avaient été envoyés en avant revinrent avec la bonne nouvelle que le feu était allumé à un quart de mille de là. Banks alors s’occupa d’éveiller le docteur Solander, et heureusement il y réussit; mais quoiqu'il n'eût dormi que cinq minutes, il avait presque perdu lusage de ses membres, et tous ses muscles étaient si contractés, que ses souliers tombaient

10 HISTOIRE GÉNÉRALE de ses pieds : 11 consentit cependant à marcher avec les secours qu'on pourrait lui donner; mais tous les efforts furent inutiles pour faire relever le pauvre Richmond. Après avoir tenté sans succés de le mettre en mouvement, Banks laissa auprés de lui son autre noir et un matelot, qui semblaient avoir moins souffert du froid que les autres, leur promettant de les remplacer promptement par deux autres hommes qui se seraient suffisamment réchauftés ; il parvint enfin avec beaucoup de peine à faire arriver le docteur auprès du feu. envoya ensuite deux de ses gens qui s'étaient reposés et réchauflés, espérant qu'ils pourraient, avec le secours de ceux qui étaient restés derrière, rapporter Richmond, quand même il serait impossible de le réveiller, Environ une demi-heure après, ileut le chagrin de voir ses deux hommes revenir seuls; ils dirent qu'ils avaient parcouru tous les environs de l'endroit où l'on avait laissé Richmond, qu'ils n'y avaient trouvé personne, et que, bien qu'ils eussent crié à plusieurs reprises, on ne leur avait point répondu. Ce récit causa beaucoup d'étonnement et de douleur, particulièrement à Banks, qui ne pouvait concevoir comment cela était arrivé. Cependant il s'aperçut qu'il manquait une bouteille de rhum, qui faisait toute la provision de la troupe; il conjectura qu'elle était dans le havre-sac d'un des absens, et en conclut que le noir et le matelot, qu'on avait laissés avec Richmond , s'étaient servis de ce moyen pour se tenir en haleine, et que tous

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DES VOYAGES. 11 trois en ayant bu un peu trop, s'étaient écartés de l'endroit où on les avait laissés, au lieu d'attendre les secours et les guides qu'on leur avait promis. Sur ces entrefaites, la neige ayant recommencé à tomber et duré deux heures sans relâche, on désespéra de revoir ces malheureux, au moins vivans. WMauis, vers minuit, à la grande satisfaction de ceux qu étaient autour du feu, on entendit des cris à quelque distance. Banks et quatre autres se détachérent sur-le-champ, et trouvérent le matelot m'ayant que la force qu'il lui fallait pour se soutemr en chancelant, et pour demander qu'on Paidär. Banks l'envoya tout de suite auprés du feu, et, à l'aide des renscignemens qu’on put tirer de lui, on se remit à la recherche des deux autres, qu'on retrouva bientôt aprés. Richmond était debout, mais ne pouvant mettre un pied devant Pautre. Son compagnon Étail étendu sur la terre, aussi insensible qu'une pierre; on fil venir tous ceux qui étaient auprés du feu, et on essaya d'y porter ces deux hommes ; tous les efforts furent inuules ; la nuit était extrémement noire; la neige était tréshaute, et il leur était très-dificile de se faire un chemin à travers les broussailles et sur un terrain marécageux , où chacun d'eux faisait des chutes à tous les pas. Le seul expédient qu'ils imaginérent fat de faire du feu sur le lieu même ; mais }:. neige qui était sur terre, celle qui tombait encore, et celle qui était secouce à gros flocons de dessus les arbres, les mettait dans l'impossibilité d'allumer

du feu dans ce nouvel endroit, ou d'y en porter de celui qu'ils avaient allumé dans le bois. Ils furent donc réduits à la triste nécessité d'abandonner ces malheureux à leur destinée, après leur avoir fait un lit de petites branches d'arbres, et les en avoir couverts jusqu'à une hauteur assez considérable.

« Après être demeurés ainsi exposés à la neige et au froid pendant une heure et demie , quelquesuns de ceux qui n'avaient pas encore été saisis du froid, commencérent à perdre le sentiment ; entre autres, Briscoc, un des domestiques de Banks, se trouva si mal, qu'on crut qu'il mourrait avant qu'on pût l’approcher du feu.

« À la fin cependant ils arrivérent au feu, ct passèrent la nuit dans une situation qui, quoique terrible en elle-même, l’était encore davaatage par le souvenir de ce qui s'était passé et par l'incertituide de ce qui les attendait. De douze hommes qui étaient partis le matin pleins de vigueur et de santé, deux étaient regardés comme morts ; un autre était si mal, qu'on doutait beaucoup qu'il püt revoir le lendemain, et un quatrième, Buchan, était menacé de retomber dans son accès par la nouvelle fatigue qu'il avait essuyée pendant cette fâcheuse nuit. Ils étaient éloignés du vaisseau d’une longue journée de chemin , il leur fallait traverser des bois impraticables dans lesquels ils pouvaient craindre de s'égarer et d’être surpris par la nuit suivante. Comme ils ne s'étaient préparés qu’à un voyage de huit ou dix heures, il ne leur restait pour provi-

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DES VOYAGES. 19 sion qu'une espéce de vantour qu'ils avaient tué en

se mettant en marche, et qui, partagé également,

ne pouvait fournir à chacun d'eux que quelques

bouchées. Ils ne savaient comment ils pourraient soutenir le froid, car la neige continuait à tomber ;

ils jugeaient de la dureté de ce climat par une seule observation bien faite pour effrayer; c'est qu'ils étaient alors au milieu de Pété, le 21 décembre

étant le plus long jour dans cette partie du monde ;

et tout devait leur faire craindre les plus grandes extrémités du froid, lorsqu'ils étaient témoins d'un phénomène qu’on ne voit pas même en Norvège et en Laponie, dans la saison de l’année correspondante à celle où l’on se trouvait.

La pointe du jour commencant à paraître, ils jeièrent les yeux de tous côtés et ne virent rien que de la neige qui leur paraissait aussi épaisse sur les arbres que sur la terre, et de nouvelles bouflées se succédant continuellement avec la plus grande violence, il leur fut impossible de se mettre en marche. Ils ignoraient combien cette situation pouvait durer , et ils avaient trop de raisons de craindre d'être forcés de rester dans cette horrible forêt jusqu'au moment où ils y périraient de faim et de froid.

Ils avaient souffert tout ce qu’on peut imaginer de l'horreur d’une pareille situation, lorsqu’à six heures du matin ils conçurent quelques espérances de salut, en distinguant le lieu du lever du soleil, au travers des nuages qui commençaient à devenir

un peu moins épais et à se dissiper. Leur premier soin fut de voir si les pauvres malheureux, qu'ils avaient laissés ensevelis sous des branches d'arbres, vivaient encore : trois hommes de la troupe furent dépéchés pour cela, et revinrent bientôt avec la triste nouvelle que ces infortunés étaient morts. Quoique le ciel se nettoyät toujours davantage, la neige continuait à tomber avec tant d’abondance, que les Anglais n'osaient se hasarder à reprendre Icur route vers le vaisseau ; mais sur les huit heures, une petite brise s'éleva ; forufiée de l’action du soleil , elle acheva d'éclairer le temps, et bientôt après ils virent la neige tomber des arbres en gros flocons , signe certain de l’approclie d'un dégel. Ils exaninérent alors avec plus d'attention l'état de leurs malades : Briscoe était encore très-mal, mais il dit qu'il se croyait en état de marcher; Buchan était beaucoup mieux que ni lui, ni ses compagnons n'eussent osé l’espérer. Ils étaient cependant pressés par la faim, qui, apres un si long jeûne, lemporta sur toutes les autres craintes. Avant de partir, il fat convenu unanimement qu’on mangerait le vautour; il fut plumé, et comme on jugea qu'il serait plus aisé de le partager avant qu'il fût cuit, on en fit dix portions que chacun accommoda à sa fantaisie. Après ce repas, qui fournit à chacun environ trois bouchées, ils se préparèrent à partir ; mais il était dix heures avant que la neige füt assez fondue pour laisser le chemin praticable. Après une marche d'environ huit heures, ils furent agréa-

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DES VOYAGES. 19 blement surpris de se trouver sur le rivage, et beanoup plus prés du vaisseau qu'ils ne pouvaient s'y attendre. En revoyant les traces du chemin qu'ils avaient fait en partant du navire, ils aperçurent qu’au lieu de monter la montagne en ligne droite, ce qui les aurait fait pénétrer dans le pays, ils avaient presque décrit un cercle autour d'elle. Quand ils furent à bord, ils se félicitérent les uns Jes autres de leur retour; avec une joie qu’on ne peut sentir qu'après avoir été exposé à un danger semblable, et dont Cook prit bien aussi sa part, aprés toutes les inquiétudes qu’il avait senties en ne les voyant pas revenir le même jour.

Cook fait ici une remarque très-philosophique sur Jes habitans de cette pointe méridionale du conünent américain. « Ces hommes, dit-il, qui nous parurent les plus misérables et les plus stupides des créatures humaines, le rebut de la nature, nés pour consumer leur vie à errer dans ces déserts affreux, où nous avons vu deux Européens périr de froid au milieu de l'été, sansautre habitation qu’une malheureuse hutte formée de quelques bâtons et d'un peu d'herbes sèches, où le vent, la neige ct la pluie pénétrent de toutes parts, presque nus, destitués même des commodités que peut fournir l’art le plus grossier, privés de tous moyens de préparer leur nourriture ; ces hommes, dis-je, étaient contens ; ils semblaient ne désirer rien au-delà de ce qu'ils possédent. Rien de ce que nous leur offrions ne leur paraissait agréable , à l'exception des

grains de verre, ornement de luxe. Nous n'avons pas pu savoir ce qu'ils souffrent pendant la rigueur de leur hiver ; mais il est certain qu'ils ne sont affectés douloureusement de la privation d'aucune des commodités sans nombre que nous mettons au rang des choses de premiére nécessité. Comme ils ont peu de désirs, il est probable qu'ils les satisfont tous. Il n'est pas aisé de déterminer ce qu'ils gagnent à être exempts du travail, de l'inquiétude et des soins que nous coûtent nos efforts continuels pour satisfaire cette multitude infinie de désirs divers, que l'habitude d’une vie arüficielle a fait naître dans nos cœurs; mais peut-être cela seul compense-t-1l tous les avantages de leur situation, et tient égale entre eux ct nous la balance du bien et du mal, qui sont l’un et l’autre le partage de l'humanité.

« Nous n'avons vu sur cette terre aucun quadrupède, excepté des phoques communs et ceux qu’on nomme des lions marins et des chiens. C’est une chose digne de remarque que ces chiens aboient, ce que ne font pas ceux qui sont originaires d’Amérique, nouvelle preuve que le peuple que nous y avons vu à eu quelque communication immédiate ou éloignée avec les habitans de l’Europe. Il y a cependant d’autres quadrupèdes dans l’intérieur du pays; car Banks étant au sommet de la plus haute des montagnes qu'il parcourut dans son expédition à travers les bois, vit les traces d’un grand animal sur Ja surface d’un terrain marécageux , mais sans

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DES VOYAGES, 17 pouvoir distinguer de quelle espèce il était, » Le 22 janvier, Cook ayant achevé d'embarquer son bois et son eau, continua sa route dans le détroit de Le Maire. L'aspect de la Terre des États ne lui présenta point l'aspect affreux que luiavaient trouvé d'autres navigateurs. Le sol n'était pas couvert de neige, il offrait du bois et de la verdure. Aprés avoir doublé le cap Horn, Cook se dirigea d’abord au nordouest. Du 4 au 8 mars, il dé: couvrit Lagon island ( l'île du Lagon ), Bow island (l'ile de l'Arc), les Grouppes, Bird island (l'île aux Oiscaux), et Chain island île de la Chaine). Toutes ces terres sont basses, entourées de brisans, et couvertes de cocotiers; quelques-unes parurent habitées; elles font partie de l'archipel Dangereux de Bougainville. Le 10, il eut connaissance de Maitca, la même que l'ile d’Osnabruck de Wallis; et le 11, il arriva devant Taiui. Le 13, 1l mouilla dans la baie de Matavai. L'Endeavour fut bientôt entouré par les pirogues des insulaires, qui apportaient des fruits et des poissons. Ils les échangérent contre des verroteries.

Parmi les insuluires, se trouvait Ouaou, qui fut reconnu par Gore, lieutenant de Cook et d’autres personnes venues précédemment à T'aïti avec Wallis. On le fit monter à bord , et on le combla de marques d'amitié. Comme on devait faire un séjour assez long dans l'île, Cook fit publier un réglement pour maintenir le bon ordre dans les

relations avec les naturels, et désigner les per=

18 HISTOIRE GÉNÉRALE sonnes chargées exclusivement de faireles échanges, afin dene pas déprécier les marchandises d'Europe.

De tous les voyageurs modernes , nul n’a donné des observations plus détaillées sur Taïti, et nous nous garderons bien de rien retrancher de cet excellent morceau.

« Dés que le vaisseau fut bien amarré à son mouil lage, j'allai à terre avec MM. Banks et Solander , notre ami Ouaou, et un détachement de soldats sous les armes. Plusieurs centaines d’habitans nous reçurent à la descente du canot : ils annoncuient, au moins par leurs regards, que nous étions les bienvenus, quoiqu'ils fussent tellement intimidés, que le premier qui s'approcha de nous se prosterna si bas, qu'il était presque rampant sur ses mains et sur ses genoux. C’est une chose remarquable , que cet Indien, ainsi que ceux qui étaient venus dans les pirognes, nous présentérent le même ‘symbole de paix, qu'on sait avoir été en usage parmi les anciennes et puissantes nations de l'hémisphère septentrional , une branche d'arbre. Nous le recümes en faisant des signes qui annoncaient nos dispositions amicales et notre contentement, et comrc chacun d’eux tenait une branche à sa main, aussitôt nous fimes tous de même.

« Conduits par Ouaou , ils marchérent avec nous environ un demi-mille vers l'endroit où Ze Daumhin avait fait son eau ; quand nous y fûmes arrivés , ils s'arrêtérent et mirent à nu le terrain en :rrachant toutes les plantes : alors les principaux d’entre

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DES VOYAGES. 1) eux v jetèrent les branches d'arbre qu'ils tenaient, en nous invitant par signes à faire la même chose. Nous montrâmes à l'instant combien nous étions empressés à les satisfaire; et afin de donner plus de pompe à la cérémonie, je fis ranger en bataille les soldats de marine, qui murchèrent en ordreet placèrent leurs rameaux sur ceux des Indiens, et nous suivies leur exemple. Nous continuâmes ensuite notre marche , et lorsque nous fûmes parvenus au lieu de l’aiguade , les Indiens nous firent entendre par signes que nous pouvions occuper ce canton ; mais nous ne le trouvâmes pas convenable, Cette promenade dissipa la timidité que la supériorité de nos forces avait d’abord inspirée aux insulaires ; ils prirent de la familiarité. Ils quittérent avec nous l'aiguade, et nous firent passer à travers les bois. Chemin faisant , nous leur distribuâmes de la verroterie et d'autres petits présens , et nous eùmes la satisfaction de voir qu'ils leur faisaient

‘beaucoup de plaisir. Notre marche fut de quatre à

cinq milles au milieu de bocages qui étaient chargés de cocos et de fruits à pain, et qui donnaient l'ombrage le plus agréable. Les habitations de ce peuple , situces sous ces arbres, n’ont la plupart qu’un toit, sans murailles, et l’ensemble de la scène réalisait ce que les fables poétiques nous raçontent de l’Arcadie. Nous remarquâmes pourtant avec regret que dans toute notre course nous n'avions aperçu que deux cochons et pas une volaille. Ceux des nôtres qui avaient été de l'expédition du Dau-

phin, nous dirent que nous n'avions pas encore vu les Indiens de la première classe. Ils soupconnérent que les chefs s'étaient éloignés ; ils voulurent nous conduire à l'endroit où €tait situé, dans le premier voyage, ce qu'ils appelaient le palais de la reine, mais nous n'en trouvämes ancun vestige : nous nous décidâimes à revenir le lendemain matin, et à faire des efforts pour découvrir la noblesse dans ses retraites.

« Dés le grand matin du 14 avril, avant que nous fussions sortis du vaisseau, quelques pirogues, dont la plupart venaient du côté de l’ouest, s’approchérent de nous : deux de ces pirogues étaient remplies d'Indiens qui, par leur maintien et leur habillement, paraissaient être d’un rang supérieur. Deux d’entre eux vinrent à bord et se choisirent parmi nous chacun un ami: l'un, qui s'appelait Matahah, prit M. Banks pour le sien, et l’autre s'adressa à moi : cette cérémonie consista à se dépouiller d'une grande partie de leurs habillemens et à nous en revêéuir. Nous présentämes en retour à chacun une hache et de la verroterie. Bientôt après, en nous montrant le sud-ouest, ils nous firent signe de les suivre dans leurs demeures : comme je voulais trouver un havre plus commode, et faire de nouvelles épreuves sur le caractère de ce peuple, j'y consentis.

« Je fis équiper deux canots, et je m'embarquai accompagné de MM. Banks et Solander , de nos ofliciers et de nos deux amis indiens. Aprés un

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mes à terre au milieu d’un grand nombre d'insufaires qui nous menérent dans une maison beaucoup plus longue que celles que nous avions vues jusqu'alors. Nous apercümes en entrant un homme d'un âge moyen, qui s'appelait, comme nous l'apprimes ensuite, T'outahah; à l'instant on nous “tendit des nattes, et l’on nous invita à nous y asscoir vis-à-vis de lui. Dès que nous fümes assis , Toutabah fit apporter un coq et une poule qu'il présenta à M. Banks et à moi; nous acceptâmes le présent qui fut suivi bientôt après d’une pièce d’étoffe parfumée à leur manière, et dont ils eurent grand soin de nous faire remarquer l'odeur, qui n'était point désagréable. La pièce que recut M. Banks avait trente-trois pieds de long et six de large ; il donna en retour unecravate de soie garnie de dentelles, et un mouchoir de poche. Toutahah se revêtit sur-le-champ de cette nouvelle parure, avec un air de complaisance et de satisfaction qu'il n'est pas possible de décrire. Mais il est temps de parler des femmes.

« Aprés cet échange de présens, les femmes nous accompagnérent à plusieurs grandes maisons que nous parcourümes avec beaucoup de liberté ; elles nous firent toutes les politesses dont 1l nous était, dans notre position, possible de profiter; et de leur côté, elles semblaient n'avoir aucun scrupule

22 HISTOIRE GÉNÉRALE qui empéchät ces politesses d'aller plus loin. Excepté le toit, les maisons , comme je l'ai dit, sont ouvertes partout, et ne présentent aucun lieu reuré; mais les femmes , en nous montrant souvent les nattes étendues sur la terre, en s’y asseyant quelquefois , et en nous attirant vers elles, ne nous laissérent aucun lieu de douter qu’elles ne s’embarrassent beaucoup moins que nous d’être aperçues.

« Nous primes enfin congé du chef notre ami, et nous dirigeñimes notre marche le long de la côte. Lorsque nous eïñmes fait environ un mille de chemin , nous rencontrâmes un autre chef, appelé Toubouraï-Tamaïdé, à la tête d’un grand nombre d'insulaires. Nous ratifiâmes avec lui un traité de paix , en suivant les cérémonies décrites plus haut, et que nous avions mieux apprises. Aprés avoir recu la branche qu'il nous présenta et lui en avoir donné une autre en retour, nous mîmes Ja main sur la poitrine ; et prononçant le mot taïo , qui signifie ami, le chef nous fit entendre que si nous voulions manger , il était prêt à nous faire servir. Nous acceptâmes son offre, et nous dîinâmes de trés: bon cœur avec du poisson , du fruit à pain, des cocos , et des bananes apprêtées à leur manière. Is mangeaient du poisson cru, eLnous en présentérent; mais ce mets n’était pas de notre goût , et nous le refusimes.

« Pendant cette visite, une femme de notre hôte, appelée Tomio, fit à M. Banks l'honneur de se placer près de lui sur la même natte. Tomi

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DES VOYAGES: 23 n'était pas dans la première fleur de l'âge, etelle ne nous parut point avoir jamais été remarquable par sa beauté : c’est pour cela, je pense, que M. Banks ne lui fit pas un accueil bien flatteur. Cette femme essuya une autre mortification : sans faire attenon à la dignité de sa compagne , M. Banks voyant parmi la foule une jolie petite fille , il lui fit signe de venir à lui; la jeune fille se fit un peu presser, at vint enfin s'asseoir de l’autre côté de M. Banks : il la chargea de peuits présens et de toutes les bril- Jantes bagatelles qui pouvaient lui faire plaisir. La princesse, quoique morufiée de la préférence qu'on accordait à sa rivale , ne cessa pourtant pas ses attentions pour M. Banks ; elle lui donnait le lait des cocos et toutes Îles friandises qui étaient à sa porte. Cette scène aurait pu devenir plus intéressante et plus curieuse, si elle n’avait pas été interrompue par un incident plus sérieux. M. Solander et M. Monkhouse se plaignirent qu’on les avait volés; le premier avait perdu une peute lunette dans

une boîte de chagrin, et le second sa tabatière.

Malheureusement cet événement mit fin à la bonne humeur de la compagnie : on porta des plaintes du délit au chef; et, afin de leur donner du poids, M. Banks se leva avec vivacité, et frappa la terre de la crosse de son fusil. Toute l'assemblée fut pénetrée de frayeur en voyant ce mouvement et entendant le bruit : excepté le chef, trois femmes et deux ou trois autres naturels qui, par leur habillement, semblaient être d'un rang supérieur, tous

les autres s’enfuirent avec la plus grande précipitation.

« Le chef portait sur son visage des marques de confusion et de douleur; il prit M. Banks par la main, et le conduisit à l’autre bout de l'habitation où 1 y avait une grande quantité d'étoffes : il les Jui offrit pièce à pièce, en lui faisant entendre par signes que si cela pouvait expier l’action qui venait de se commettre , 1} était le maître d'en prendre une partie et même le tont s'il voulait. M. Banks reJela cette offre, et lui fit comprendre qu'il ne voulit rien que ce qu'on avait dérobé malhonnétement, Toubourai-Tamaïdé sortit alors en grande hâte, laissant M. Banks avec Tomio, qui, pendant toute cette scène de désordre et de terreur, s'était toujours tenne à ses côtés ; et il Ini fit signe de lattendre jusqu'à son retour. M. Banks s’assit avec Tomio, er fit pendant environ une demi-heure la conversation, autant qu'il le put, par signes. Le chef revint, portant en sa main Ja tabatière et la boîte de la lunette, et il les rendit : la joie était peinte sur son visage avec une force d'expression qu'on ne rencontre que chez ces peuples. En ouvrant l'étni de la lunette, on s'aperçut qu'elle était vide ; la physionomie de Toubouraï-Tamaïdé chan: geaur-le-champ : il prit M. Banks une seconde fois par la main, sortit précipitamment avec lui hors de la maison , sans prononcer une seule parole, et le conduisit le long de la côte en marchant fort vite. Lorsqu'ils furent à environ un mille de dis-

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tance de la maison, ils rencontrérent une femme qui donna au chef une pièce d’étofle ; il la prit avec empressement, et continua son chemin en la portant à sa main. Solander et M. Monkhouse les avaient suivis ; ils arrivérent enfin à une maison où ils furent reçus par une autre femme à qui le chef donna la piéce d’étoffe, eu il fit signe à nos messieurs de lui donner aussi quelques verroteries ; ils satisfirent à sa demande, et après que la pièce d'étoffe et les verroteries eurent été déposées sur le plancher, la femme soruvet revint une demi-heure aprés avec la lunette, en témoignant à cette occasion la même joie que nous avions remarquée auparavant dans le chef. Ils nous rendirent nos présens avec une inflexible résolution de ne pas les accepter, On forçca M. Solander de recevoir l'étoffe comme une réparation de linjure qu'on lui avait faite ; il ne put pas s’en dispenser; mais il voulut à son tour faire un préseüi à la femme. Il ne serait peut-être pas facile de rendre raison de toutes les manœuvres qu'on employa pour recouvrer la lunette et la tabatiôre : mais cette difficulté ne parattra pas étrange, si l’on fait attention que la scène se passait au milieu d'un peuple dont on ne connaît encore qu'imparfaitement le langage, la police et les mœurs. Au reste, dans ce qui se passa , les chefs firent paraître une intelligence et une combinaison de moyens, qui ferait honneur aux gouvernemens les plus réguliers et les plus policés. Sur les six heures du soir, :icus retournämes au vaisseau.

« Le lendemain, plusieurs des chefs que nous avions vus la veille, vinrent à bord de notre vaisseau ; 1ls nous apportérent des cochons, du fruit à pain et d’autres rafraîchissemens , et nous leur donnämes en échange des haches , des toiles et les autres marchandises qui nous paraissaient leur faire le plus de plaisir.

« Dans le petit voyage que je fis à l'ouest de l'ile, je n'avais point trouvé de havre plus convenaule que celui où nous étions mouillés ; je me décidai à aller à terre, et à choisir un canton commandé par l'arullerie du vaisseau, où je pusse construire un petit fort pour notre défense, et me préparer à faire nos observations astronomiques.

« Je pris donc un détachement, et je débarquai sans délai, accompagné de MM. Banks et Solander, et de l’astronome M. Green. Nous nous fixämes à la pointe nord-est de la baie , sur une partie de la plage, qui, à tous égards, était très-propre à remplir notre objet, et aux environs de laquelle il n’y avait aucune habitation dr Taïtiens. Apres que nous eùmes marqué le terrain que nous voulions occuper, nous dressimes une petite tente qui appartenait à M. Banks. Sur ces entrefaites, un grand nombre de naturels s'étaient rassemblés autour de nous; mais 1l nous sembla que c'était seulement pour nous regarder , car ils n'avaient aucune espèce d'armes. J'ordonnai néanmoins qu'excepté Ouaou et un autre, qui paraissait un chef, personne ne passât La ligne qne J'avais tracée. Je m'adressai à

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DES VOYAGES. 27 ces deux Taïtiens, et je tâchai de leur faire entendre par signes que nous avions besoin de ce terrain pour y dormir pendant un certain nombre de nuits, et qu'ensuite nous nous en irions. Je ne sais pas s'ils comprirent ce que je voulais leur expliquer, mais tous les naturels se compertérent avec une déférence et un respect qui nous causé rent à la fois du plaisir et de la surprise : 1ls s'assirent paisiblement hors de l'enceinte , et regardérent jusqu'à la fin, sans nous interrompre, des travaux qui durèrent plus de deux heures. Comme nous n'avions vu que deux cochons et point de volaille dans la promenade que nous fimes, lorsque nous débarquâmes dans cet endroit , nous soupçonnämes qu’à notre arrivée ils avaient retiré ces animaux dans l'intérieur du pays ; nous étions d'autant plus portés à le croire, qu'Ouaou n'avait cessé de nous faire signe de ne pas aller dans le bois; c'est pour cela que, malgré son avis, nous résolèmes d'y pénétrer. Après avoir commandé treize soldats de marine et un officier subalterne pour garder la tente, nous partimes suivis d’un grand nombre de Taïtiens. En traversant une pe- Le riviére qui était sur notre passage , nous vimes quelques canards; dès que nous fümes à l’autre extrémité, M. Banks tira sur ces oiscaux et en tua trois d’un coup : cet accident répandit la terreur parmi les Taïtiens ; ; la plupart tombérent sur-lechamp à terre, comme s'ils avaient ét& frappés par l'ex »losion al fusil ; ; peu de temps aprés cepen-

28 HISTOIRE GÉNÉRALA

| dant ils revinrent de leur frayeur , et nous conti- pi | nuâmes notre route, Nous n’aliämes pas loin sans Lo | être alarmés par deux coups de fusil que notre nc garde tira dans la tente : nous étions alors un n°

peu écartés les uns des autres; mais Ouaou nous eut bientôt rassemblés, et d’un geste de la main il va | renvoya tous ses compatriotes qui nous suivaient, au excepté trois qui, pour nous donner un gage de br paix et nous prier d’avoir à leur égard les mêmes | 8€ dispositions , coururent en hâte rompre les bran- 5€ ches d'arbres, et revinrent à nous en les portant LE dans leurs mains. Nous avions trop de raisons de de craindre qu'il ne nous fût arrivé quelque désastre ; re | nous retournämes donc à grands pas vers la tente, ap 1] dont nous n’étions pas éloignés de plus d’un demi- au mille, et en y arrivant nous n'y irouvâmes que à nos gens.

« Nous apprîmes qu'un des insulaires qui était dé resté autour de la tente , après que nous en fümes n9 sortis, guettant le moment d'y entrer à l'improviste, sol et surprenznt la sentinelle, lui avait arraché son #aq et

fusil : l’oflicier qui commandait le détachement, soit par la crainte de nouvelles violences, soit par le désir naturel d'exercer une autorité à laquelle il n'était pas accoutumé , soit enfin par la brutalité de son caractère , ordonna aux soldats de marine de faire feu : ceux-ci ayant aussi neu de prudence ou d'humanité que l'officier, üréent au milieu de la foule qui s’enfuyait, et qui était composée de plus de cent personnes; ils observèrent qu'ils n'avaient

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alors un ou nous Ja main il suivatent , nm gage de les mêmes * Jes branles portant raisons de e désastre ; rs la tente, d'un demivâmes que

ès qui était s en fümes mproviste, rraché son achement, 2, soit par laquelle il rutalité de marine de ‘udence ou ilieu de la sée de plus |s n'avaient

DES VOYAGES 20 pas tué le voleur, ils le poursuivirent et le firent tomber roide mort d’un nouveau coup de fusil : nous sûmes par la suite qu'aucun autre Taiucu n'avait été tué ni blessé,

« Ouaou , qui ne nous avait point quittés, observant qu'il n'y avait plus aucun de ses compatriotes autour de nous, rassembla avec peine un petit nombre de ceux qui avaient pris la fuite, et les fit ranger devant la tente : nous tâchâmes de justifier nos gens aussi bien qu'il nous fut possible , et de convaincre les Indiens que, s'ils ne nous faisaient point demal, nous ne leur en ferions jamais : ils s’en allérent sans témoigner ni défiance ni ressentiment; et après avoir démonté notre tente , nous retournâmes au vaisseau , peu contens de ce qui s'était passé dans la journée.

« Nous interrogeñmes plus particulièrement le détachement de garde, qui s’aperçut bientôt que nous ne pouvions pas approuver sa conduite. Les soldats, pour se défendre, dirent que la sentinelle à qui on avait arraché son fusil, avait été attaquée et jetée à terre d'une manière violente, et même que le voleur l'avait frappée avant que l'officier eût ordonné de faire feu. Quelques-uns de nos gens prétendirent que, si Ouaou n'était pas instruit qu'on formerait quelque entreprise contre les soldats qui gardaient la tente, il en avait an moins des soupçon: ; que c'était pour cela qu’il avait fait tant d'efforts, afin de nous empécher de la quitter; d'autres expliquërent son importunité par le désir

50 HISTOIRE GÉNÉURALR qu'il avait que nous restassions sur le rivage , sans aller dans Pintérieur du pays, On remarqua que puisque M. Banks venait de tirer sur des canards, Ouaou et les chefs qui nous avaient toujours suivis, lors méme que les autres Taitiens eurent été renvoyés, m'auraient pas pensé, par les coups de fusil qu'ilsentendirent, qu'il venait de s'élever une que relle, s'ils n'avaient pas eu des raisons de soupconner que leurs compatriotes nous avaient fait quelque insulte; on äppuyait ces conjectures sur ce que nous les avions vus remuer les mains pour faire signe aux Taitiens de se disperser et détacher à l'instant des branches d'arbres qu'ils nous offrirent. Nous n'avons jamais pu connaître avec certitude les véritables circonstances de cette malheureuse affure, 21 savoir st quelques-unes de nos conjectures étaient fondées,

« Le lendemain matin, 16, nous vimes peu d'insulaires sur la côte, et aucun n'approcha du vaisseau ; CE QUI NOUS CONVaInqUuiL que toutes nos tentatives pour calmer leurs craintes avaient été sans succès. Nous remarquâmes surtout avec regret qu'Ouaou lui-même nous avait abandonnés, quoiqu'il eùt été si constant dans son attachement, et si empressé à rétablir la paix qu venait de se rompre.

« Les choses ayant pris une tournure si peu favoable , je fis touer le vaisseau plus prés de la côte, et je l'amarrai de manière qu'il commandait à toute la partie du nord-est de la baie; et en particulier

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à l'endroit que j'avais désigné pour la construction d'un fort; sur le soir cependant j'allais à terre n'étant accompagné que de l'équipage d'un sn et de quelques officiers. Les Indiens se rassemble rent autour de nous, mais ils n'étaient pas en aussi grand nombre qu'auparavant ; ils étaient à peu prés trente où quarante, et als nous vendirent des cocos et d'autres fruits : nous crümes reconnaître qu'ils avaient pour nous autant d'amitié que jamais. «Le 17 au matin, nous eûmes le malheur de perdre M. Buchan, que M. Banks avait amenc comme peintre de paysages et de figures ; c'était un jeune homme sage, laborieux et spirituel, qu'il ie beaucoup ; 11 espérait, par les travaux de M. Buchar Rest D 4 de ses habitans : il n’y avait aucune autre personne à bord qui püt les peindre avec autant d'exactitude et d'élégance, M. Buchan avait tonjours été sujet à des accès d'épilepsie : il en fut attaqué sur les montagnes de la Terre du Fe » el cette disposition , Jointe à une maladie biieusc qu il avait contractée pendant la navigation mit Ro sa vie : on proposa de l'enterrer don l'ile : mais M. Banks pensa que cette démarche offenserail peut-être les ie dont nous ne sions pas encore entièrement les usages et les coutumes , et nous jetâmes le corps du défunt à la mer avec autant de décence et de solennité que la Fine tion où nous nous trouvions put le permettre. « Le maun de ce même jour, nous reçcûmes

une visite des deux chefs, nos amis, Toubourai- Tamaïdé et Toutahah, qui venaient de l'ouest de l'ile; ils apportuient avec eux, comme emblèmes de Ja paix, non pas de simples branches de bananicrs, mais deux jeunes arbres : ils ne voulurent point se hasarder à venir à bord, avant que nous les eussions acceptés; ce qui s'était passé à Ja tente leur avait probablement donné de l'inquiétude. Chacun d'eux apportait encore, comme des dons propitiatoires, quelques fruits à pain et un cochon tout apprêté. Ce dernier présent nous fut d'autant plus agréable, que nous ne pouvions pas toujours nous procurer de ces animaux : nous donnämes en retour à chacun de nos nobles bienfaiteurs une hache et un clou. Sur le soir, nous allâmes à terre et nous y passâmes la nuit dans une tente que nous avions dressée, afin d'observer une éclipse du premier satellite de Jupiter; mais le temps fat si nébuleux, que nous ne pümes pas accomplir notre projet.

«Le 18, à la pointe du jour, j'allai à terre avec tous les gens de l'équipage qui n'étaient pas absolument nécessaires à la garde du vaisseau ; nous commencämes alors à construire notre fort : pendant que les uns étaient occupés à creuser les retranchemers, d’autres coupaient les piquets et les fascines. Les naturels qui s'étaient rassemblés autour de nous, comme à l'ordinaire, furent bien loin d'empêcher nes travaux; car plusieurs nous adérent au contraire volontairement ; ils allaient

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DES VOYAGES. 53 chercher dans les bois les fiscines et les piqnets, d'un air fort empressé ; nous respections, il est vrai, leur propriété avec tant de scrnpule, que nous achetâmes tous les pieux dont nous nous servimes dans cette occasion, et nons ne coupârnes aucun arbre sans avoir ohtenu leur consentement. Le terrain où nous construistines notre fort était sablonneux; ce qui nous obligea de renforcer nos retranchemens avec du bois ; trois des côt®s furent fortifiés de cette manière, le quatrième était bordé par une rivière, sur le rivage de laquelle je fis placer un certain nombre de barriques à eau. Ce méme jour, nous servimes du porc pour la pre mière fois à l'équipage , et les Indiens nous apportérent tant de fruit à pain et de cocos, que nous fümes contraints d'en renvoyer nne partie sans l'acheter, et de les avertir en même temps par signes que nous n'en aurions pas besoin dans les deux jours suivans. Nous ne donnâmes que de la verroterie en échange de tout ce que nous achetämes alors; un seul grain de la grosseur d’un pois était le prix de cinq ou six cocos et d’autant de fruits à pain. Avant le soir, la tente de M. Banks fat dressée aû milieu des ouvrages, et il passa la nuit à terre pour la première fois; on plaça des sentinelles pour le garder, mais aucun Indien n'entreprit d'approcher du fort.

« Le lendemain an matin 19, notre ami Toubouraï-Tamaïdé fit à M. Banks une visite dans sa

tente ; 1l amenait avec lui non-seulement sa femme

54 HISTOIRE CÉNÉRALE et sa famille, mais il apportait encore le toit d’une. maison, plusieurs matériaux pour la dresser, enfin des ustensiles et des meubles de différentes sortes : nous crûmes qu'il voulait par là fixer sa résidence dans notre voisinage. Cette marque de confiance et de bienveillance nous fit beaucoup de plaisir, et nous résolümes de ne rien négliger pour augmenter encore l'attachement qu'il avait pour nous. Bientôt après son arrivée , il prit M. Banks par la main, ct lui fit signe de l'accompagner dans les bois. M. Banks y consentit, et, après avoir fait environ un quart de mille, ils trouvérent une espèce de hangar qui appartenait à Toubouraï-Tamaidé, et qui paraissait lui servir de temps en temps de demeure, Lorsqu'ils y furent entrés, le chef indien développa un paquet d’étoffes de son pays; il prit deux habits, l'un de drap rouge, l’autre d’une natte irès-bien faite; puis le reconduisit sur-le-chamh à la tente. Les gens de sa suite lui apportéreni bientôt du porc et du fruit à pain, qu'il mange: en trempant ces mets dans une eau salée qui lu servait de sauce; aprés son repas, il se retira su: le lit de M. Banks, et y dormit l’espace d'une heure. L'aprés-midi, sa femme Tomio amena à la tente un jeune homme d'environ vingt-deux ans, d’un figure agréable ; ils semblaient tous deux le recor

naître pour leur fils, mais nous découvrimes dan:

la suite que ce n'était pas leur enfant; ce jeur: homme , et un autre chef qui nous était venu vor, #en allérent le soir du côté de l’ouest, et Toubor

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DES VOYAGES. 55 rai= Tamaïdé et sa femme s'en retournérent à l'habitation située aux bords du bois.

« M. Monkhouse, notre chirurgien, s'étant promené le soir dans l'île, rapporta qu'il avait vu le corps de l'homme qui avait été tué dans la tente; il nous dit qu'il étuit enveloppé dans une pièce d'étoffe, et placé sur une espèce de bière soutenue par des poteanx, sous un toit que les T'aïtiens paraissaient avoir dressé pour cette cérémonie; qu'on avait déposé prés du mort quelques instrumens de guerre et d’autres choses qu'il aurait examinés en particulier, si l'odeur insupportable du cadavre ne Ven avait empêché; 1l ajouta qu'il avait vu aussi deux autres petits hangars de la même espèce que le premier, dans l’un desquels 1l y avait des ossemens humains qui étaient enuérement desséchés.

Nous apprîmes depuis que c'était là la manière dont

ils disposent de leurs morts.

« Dès ce jour il commença à y avoir, hors de l'enceinte de notre petit camp, une espèce de marche ibondamment fourni de toutes les denrées du pays, si l'on en excepte les cochons. Toubouraï- Tamaidé nous venait voir continuellement; il imitait nos manicres ; 1] se servait même dans les repas du couteau et de la fourchette, qu’il maniait trèsadroitement.

« Le récit de M. Monkhouse sur le mort excita ma curiosité, et J'allai le voir avec quelques autres personnes; Je trouvai que le hangar sous lequel on avait placé son corps, Ctait joint à la maison qu'il

habitait lorsqu'il était en vie, et qu'il y en avait d'autres qui n’en étaient pas éloignées de plus de trente pieds. Ce hangar avait à peu près quinze pieds de long et onze de large, avec une hauteur proporuonnée : l’un des bouts était entièrement ouvert; et l’autre, ainsi que les deux côtés, était enfermé en partie par un treillage d’osier. La bière sur laquelle on avait déposé le corps mort, était un châssis de bois semblable à celui dans lequel on place les lits de vaisseaux, appelés cadres; le fond était de nattes, et quatre poteaux d'environ cinq pieds soutenaient cette biére. Le corps était enveloppé d’une natte, et par-dessus d’une étofie blanche : on avait placé à ses côtés une massue de bois , qui est une de leurs armes de guerre, et prés de la tête qui touchait au bout fermé du hangar,deu: coques de cocos, dont ils se servent quelquefoi pour puiser de l’eau ; à l’autre bout du hangar, o: avait planté à terre, à côté d’une pierre de | grosseur d’un coco, quelques baguettes, et de: fenilles vertes, liées ensemble. Il y avait près d: cet endroit un jeune bananier, dont les Indicr se servent pour emblème de la paix, et tout à eût

une hache de pierre; beaucoup de noix de palmic

enfilées en chapelet, étaient suspendues à l’extre:

mité ouverte du hangar, et en dehors les Taïuer

avaient planté en terre la uge d'un bananicr

haute d'environ cinq pieds; au sommet de cetarbr

il y avait une coque de coco remplie d’eau donc:

enfin, on avait attaché au eôté d’un des poteati

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DES VOYAGES: 57 un petit sac qui renfermait quelques morceaux de fruit à pain tout grillé; on n’y avait pas mis ces tranches tout à la fois , car les unes étaient fraîches et les autres gâtécs. Je n’aperçus que plusieurs des naturels nous observaient avec un mélange d’inquiétude et de défiance peintes sur leur visage; ils témoignérent par des gestes la peine qu'ils éprouvaient quand nous nous approchâmes du <orps; ils se tinrent à une petite distance tandis que nous l'examinions, et ils parurent contens lorsque nous nous en allâmes.

Notre séjour à terre n'aurait point été désagréable, si nous n'avions pas été continuellement tourmentés par les mouches, qui, entre autres incommodités, empêéchaient de travailler M. Parkinson, peintre d'histoire naturelle pour M. Banks; lorsqu'il voulait dessiner, ces insectes couvraient toute la surface de son papier, et même ils mangeaicnt la couleur, à mesure qu'il l’étendait sur son dessin : nous eûmes recours aux filets à mosquites, qui rendirent cet inconvénient plus supportable, sans l’écarter entièrement.

:« Le 22, Toutahah nous donna un essai de la musique de son pays; quatre Indiens jouaient d'une flûte qui n'avait que deux trous, et par conséquent ne pouvait former que quatre notes en demni-tons : ils jouaient de ces instrumens à peu prés comme on joue de la flte traversière » CXCEPLÉ

seulement que le musicien, au lieu de se servir de

la bouche, soufllait avec une narine dans l’un des

trous, tandis qu'il bouchait l’autre avec son pouce; quatre antres personnes joignirent leurs voix au son de ces instrumens, en gardant fort bien la mesure; mais On nc joua qu'un seul air pendant tou Je concert.

« Plusieurs Taïtiens nous apportèrent des haches qu'ils avaient reçues du Dauphin, et nous priérent de les aiguiser ‘ét de les raccommoder ; entre autres 11 y en avait une qui, nons paraissant être fabriquée en France, donna lieu à beaucoup de con:jectures. Après bien des recherches, nous apprimes que, depuis le départ du Dauphin, un vaisseau avait abordé à Taïti : nous crûmes alors que c'était un bâtiment espagnol; mais nous sûmes depuis que c'était la frégate la Boudeuse, commandée par M. de Bougainville.

« Le 24, MM. Banks et Solander examinérent le pays à l’ouest, le long du rivage, dans un espace de plusieurs milles. Le terrain, dans les deux pre. nuiers milles qu'ils parcoururent , était plat et ferule; ils rencontrèrent ensuite de petites montagne qui s’'étendaient jusqu'a la surface de l’eau; et ur peu plus loin, ils en trouvérent qui s’avançaien jusque dans la mer; de sorte qu'ils furent obligé de les gravir. Ces montagnes stériles occupaien une étendue d'environ trois milles, et aboutissaien à une grande plaine couverte d’assez belles mar sons, habitées par des Taïtiens qui paraissaien vivre dans une grande aisance. À cet endroit cotr lait une rivière qui sortait d’une vallée profondet

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DES VOYAGES. 59 agréable; elle était beaucoup plus considérable que celle qui passait à côté de notre fort: nos deux voyageurs la traversérent, et, quoiquelle füt un peu éloignée de la mer, elle avait pres de trois cents pieds de largeur. Un mille au-delà de cette rivière, la campagne était stérile, les rochers s'avançaient partout dans la mer, ce qui décida MM. Banks et Solander à s’en revenir. A l'instant où ils se disposaient à prendre ce parti, un insulaire leur offrit des rafraîchissemens qu'ils acceptèrent : ils aperçurent que cet homme était d’une race décrite par divers auteurs, comme étant formée du mélange de plusieurs nations, mais diffé rentes de toutes. Il avait la peau d’un blanc mat, sans aucune apparence d'autre couleur, quoique quelques parties de son corps fussent un peu moins blanches que le reste. Ses cheveux, ses sourcils ct sa barbe étaient aussi blancs que sa peau; ses yeux étaient rouges, et il semblait avoir la vue basse : c'était un Albinos.

« MM. Banks et Solander, en s’en revenant, rencontrérent Toubourai-Tamaïdé et ses femmes, qui, en les voyant, versèrent des larmes de joie, et pleurérent pendant quelque temps avant que leur agitation püt se calmer.

« Le soir, M. Solander prêta son couteau à une de ces femmes, qui négligea de le lui rendre; et le lendemain matin, M. Banks reconnut qu'il avait aussi perdu le sien. Je dois assurer, à cette occasion, que les Taïtiens de toutes les classes, honumes

et femmes, sont les plus déterminés voleurs de la terre, Le jour même de notre arrivée, lorsqu'ils vinrent nous voir à bord, les chefs prenaient dans la chambre ce qu'ils pouvaient attraper, et les gens de leur suite n'étaient pas moins habiles à voler dans les autres parties du vaisseau; ils s’emparaient de tout ce qu'il était facile de cacher, jusqu’à ce qu'ils alassent à terre ; ils prirent même des fenêtres, et en emportérent deux sans qu’on s’en apercüt. Toubouraïi-Tamaidé et Toutahah étaient les seuls qui n'avaient pas été trouvés coupables de vol. Cette circonstance faisait présumer en leur faveur qu'ils étaient exempts d’un vice dont toute la nation est infectée ; mais celte présomption ne pouvait guêre contrebalancer les fortes apparences du contraire. C’est pour cela que M. Banks n’accusa qu'avec répugnance le premier, de lui avoir volé son couteau ; l'Indien nia le fait fort gravement et d’un air assuré. M. Banks lui fit entendre qu'il voulait abso- Jament qu'on le lui rendît, sans s’embarrasser de celui qui l'avait volé. A cette déclaration, prononcée d'un ton ferme , un des naturels, qui était présent, montra une guenille , dans laquelle trois couteaux étaient soigneusement renfermés, celui que M. Solander avait prêté à la femme , un couteau de table qui nr'appartenait, et un troisième dont le propriétaire n’était pas connu. Le chef les prit, et sortit sur-le-champ pour les rapporter dans la tente. M. Banks resta avec les femmes, qui témoignèrent beaucoup de crainte qu'on ne fit quelqaue ml à leur

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maître. Enfin, le chef arriva à la tente, rendit les couteaux, etcommença à chercher celui de M. Banks dans tous les endroits où il l'avait vu. Sur ces entrefaites, un des domestiques de M. Banks apprenant ce qui se passait, et n'ayant point entendu dire que le couteau füt égaré, alla le prendre dans un endroit où il l'avait mis la veille. Toubouraï-Tamaïdé, sur cette preuve de son innocence, exprima , par ses regards et par ses gestes, les émotions violentes dont son cœur était agité; des larmes coulérent de ses yeux, et 1l fit signe avec le couteau , que si ja-

mais il se rendait coupable de l'action qu'on lui

imputait , il consentait à avoir la gorge coupée. Il sortit précipitamment de la tente, et retourna à grands pas vers M. Banks, paraissant lui reprocher amérement les soupcons qu’on avait formés contre Jui. M. Banks comprit bientôt que le Taitien avait reçu le couteau des mains de son domestique ; il

était presque aussi affligé que le chef de ce qui venait de se passer ; il sentit qu’il était coupable luimême , et voulait expier sa faute. Le pauvre Taitien,

malyré la violence de son agitation, était d’un caractére à ne pas conserver son ressentiment ; 1l oublia l'injure que lui avait faite M. Banks, et se réconcilia parfaitement lorsque celui-ci l’eut traité avec familiarité, et qu'il lui eut donné quelques petits présens.

« I] faut rSserver ici que ces peuples, par les simples sentimens de la conscience naturelle, ont nne connaissance du juste et de l’injuste , et qu'ils se

condamnent volontairement eux-mémes lorsqu'ils font aux autres ce qu'ils ne voudraient pas qu'on leur fit. 11 est sûr que Toubourai-Tamaïdé sentait Ja force de l'obligation morale ; sil avait regardé comme indifférente l'action qu'on lui imputait, il n'aurait pas été si agité lorsqu'on démontra la fausseté de l'accusation. Nous devons sans doute juger de la vertu de ces peuples par la seule règle fondamentale de la morale , la conformité de leur conduite à ce qu'ils croient être juste : mais aous ne devons pas conclure, d’après les exemples rapportés plus haut, que le vol suppose dans leur caractère la même dépravauon qu'on reconnaîtrait dans un Européen qui aurait commis ces actions. Leur tentation était si forte à la vue de nos effets et de nos marchandises , que si ceux qui ont plus de connaissance, de meilleurs principes et de plus grands motifs de résister à l'appât d'une action avantageuse et malhonnête, en éprouvaient une pareille, ils seraient regardés comme des hommes d’une probitt rare , S'ils avaient le courage de la surmonter. Un Indien au milieu de quelques couteaux d'un sou,

de verroteries, on même de clous et de morceaux.

de verre cassé, est dans le même état d’épreuve qui le dernier des Européens à côté de plusieurs coffres ouverts, remplis d'or et de bijoux.

« Le 26, je fis monter sur le fort six pierriers; je fus fâché de voir que les Taïtiens en étaient ct frayés. Quelques pêcheurs qui vivaient sur le rivage se retirérent dans l'intérieur de l'île, et Ouaou non

ies lorsqu'ils it pas qu'on aidé sentait

vait regardé imputait , 1l ontra la faus-

doute juger : règle fondale leur conais AOUS ne les rapportés eur caractère trait dans un ins. Leur tenets et de nos is de connais- > plus grands n avantageuse pareille, ils d’une probité urmonter. Un aux d'un sou,

de morceaux,

d’épreuve que asieurs coffres

six pierriers; en étaient cf usur le rivage.

et Ouaou noi

dit par s‘gnes que dans quatre jours nous tircrions nos grandes pièces d'artillerie.

« Le 27, Toubouraï.-Tamaïdé , avec un de ses amis qui mangeait avec une voracité dont je n'avais jamais vu d'exemple , et les trois femmes Térapo , Tirao et Omié, qui l’accompagnaient ordinairement , dînérent au fort ; ils s’en allèrent sur le soir, et dirigérent leur marche vers la maison de Toubouraï-Tamaidé, située au bord du bois. Ce chef revint en moins d’un quart d'heure, fort ému ; il prit avec empressement M. Banks par Ja main, et Jui fit signe de le suivre. M. Banks y consentit, et ils arrivèrent bientôt à un endroit où 1ls trouvérent le boucher du vaissesu qui tenait en sa main une faucille. Toubouraï-Tamaïdé s'arrêta alors; et, dans un transport de rage qui empêchait de comprend:e ses signes , il fit entendre que le boucher avait menacé ou entrepris d'égorger s2 femme avec cette arme. M. Banks lui dit par signes que s’il pouvait expliquer clairement la nature du délit , l'homme serait puni. À cette réponse l’Indien se calma : il fit comprendre à M. Banks que le délinquant ayant pris fantaisie d’une hache de pierre qui était dans la maison, il l’avait demandée à sa femme pour un clou; que celle-ci ayant refusé de conclure le marché pour ce prix, l'Anglais avait jeté le clou à terre et pris la hache , en la nenaçant de lui couper la gorge si elle faisait résistance. L’Indien produisit la hache et le clou, afin de donner des preuves de l'accusation , et le boucher dit si peu de chose pour

44 HISTOIRE GÉNÉRALE sa défense, qu'il n'était pas possible de douter de la vérité du fait.

€ M. Banks me communiqua cette aventure, et je pris le moment où le chef, ses femmes et d'autres Indiens étaient à bord du vaisseau , pour faire venir le boucher. Après lui avoir rappelé les preuves de son crime, je donnai ordre qu'il fût puni, afin de prévenir par là de semblables violences, et acquitter M. Banks de sa promesse. Les Taïtiens regardérent avec attention pendant qu'on déshabillait le coupable , et qu'on l'atachait aux agrès; ils étaient en silence et attendaient en suspens ce qu'on voulait lui faire : dès qu'on lui eut donné le premier coup , ils s'approchérent de nous avec beaucoup d’agitation , et nous supplièrent de lui épargner le reste du châtiment. J'avais plusieurs raisons de n'y pas consentir; et lorsqu'ils virent que leur intercession était inutile, leur commisération se répandit en larmes.

« Ils sont toujours, il est vrai, comme les enfans , prêts à exprimer par des pleurs tous les mouvemens de l'âme dont ils sont fortement agités , et, comme eux , ils paraissent les oublier dés que les pleurs ont coulé ; entre autres exemples celui que nous allons citer est remarquable. Le 28, dès le grand matin et avant le jour, un grand nombre de Taiuens vinrent au fort. M. Banks ayant remarqué Térapo parmi les femmes , il alla vers elle et la fit entrer : 1} vit qu’elle avait les larmes aux yeux; ct dés quelle fut dansle fort ses pleurs commencèrent

à CO la ci:

elle qui ruIs rap ton aux tou) dan cev( ral à l:

cetl que yeu piè son de.

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aventure , femmes et seau , pour rappelé les re qu'il fût Jables viomesse. Les dant qu'on tachait aux ent en sus- ’on Jui eut ent de nous plièrent de is plusieurs s virent que imisération

me Îles enus les mou-

L'agités , et, dés que les s celui que 8, dés le nombre de t remarqué Île et la fit x yeux ; ct mencérent

à couler en abondance. M. Banks lui en demanda la cause avec instance ; mais au lieu de lui répondre, elle tira de dessous son vêtement la dent d'un requin dont elle se frappa cinq ou six fois la tête ; un ruisseau de sang suivit bientôt les blessures. Térapo parla très-haut pendant quelques minutes d’un ton trés-triste, sans répondre en aucune maniére aux demandes de M. Banks, qui les lui répétait toujours avec plus d’impatience et d'intérêt. Pendant cette scène, M. Banks fut fort surpris d’apercevoir les autres insulaires qui parlaient et qui riaient entre eux, et ne faisaient aucune attention à la douleur de la Taïtienne. Mais la conduite de cette femme fut encore plus extraordinaire : dés que les plaies eurent cessé de saigner , clle leva les yeux, prit un air riant, et rassembla quelques pièces d’étoffe dont elle s'était servie pour étancher son sang ; elle en fitun paquet, les emporta hors de la tente , et les jeta dans Ja mer, ayant grand soin de les éparpiller , comme si elle eût voulu empêcher qu'on ne les vit, et faire oublier par là le souvenir de ce qui venait de se passer ; elle se plongea ensuite dans la rivière, se Java tout le corps, et revint dans nos tentes avec autant de gaité et le visage aussi joyeux que s'il ne lui était rien arrivé. « Il n’est pas étrange que le chagrin de ces peuples sans art soit passager , et qu'ils expriment surle-champ et d’une manière forte les mouvemens dont leur âme est agitée. Ils n’ont jamais appris à déguiscr ou à cacher ce qu’ils sentent; et comme

ils n'ont point de ces pensées habituelles qui sans cesse rappellent le passé et anticipent l'avenir, ils sont affectés par toutes les variations du moment, ilsen prennent le caractére , et changent de disposilions toutes les fois que les circonstances changent; ils ne suivent point de projet d’un jour à l'autre, et ne connaissent pas ces sujets continuels d'inquiétude et d'anxiété dont la pensée est la premiére qui s'empare de l'esprit quand on s'éveille, et la dernière qui le quitte au moment où l'on s'endort. Cependant si, tout considéré, l'on admet qu'ils sont plus heureux que nous, il faut dire que l'enfantest plus heureux que l'homme, et que nous avons perdu du côté de la félicité, en perfectionnant notre nature, en augmentant nos connaissances et en étendant nos vues.

« Pendant tout le matin, des pirogues abordé rent prés de nous au fort , et les tentes étaient remplies de Taïtiens qui venaient des différentes parties de l'île. Je fus occupé à bord du vaisseau ; mais M. Molineux notre maître, qui avait été de la derniéreexpédition du Dauphin , alla à terre. Dès qu'il futentré dans la tente de M. Banks, il tixa les yeux sur une femme assise très-modestement parmi les autres, et il nous dit que c'était la personne qu'on supposait être reine de l'île lors du voyage du capitaine Wallis; Ja Taïtienne en même temps reconnut M. Molineux pour un des étrangers qu'elle avait vus auparavant. Tous nos gens ne pensaient plus au reste de la compagnie; ils étaient entitre-

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LES VOYAGES. 47 ment occupés à examiner une femme qui avait joué un rôle si distingué dans la description que nous avaient donnée de Taïti les navigateurs qui découvrirent cette île. Nous apprîmes bientôt qu’elle s'appelait Obéréa ; elle nous parut avoir environ quarante ans ; elle était d’une taille élevée et forte ; elle avait la peau blanche et les yeux pleins de sensibilité et d'intelligence; ses traits annonçaient qu'elle avait été belle dans sa jeunesse ; mais il ne lui restait plus que les ruines de sa beauté.

« Dés que nous connûmes sa dignité, nous lui proposämes de la conduire au vaisseau ; elle y consentit volontiers, et vint à bord accempagnée de deux hommes et de plusieurs femmes qui semblaient être de sa famille. Je la reçus avec toutes les marques de distinction qui pouvaient lui faire plaisir ; je n’épargnai pas mes présens , et entre autres choses que je lui donnai, il y avait une poupée dont cette auguste personne parut surtout fort contente. Aprés qu'Obéréa eut passé quelque temps dans le vaisseau, je la reconduisis à terre; dès que Rous eùmes débarqué, elle nr'offrit un cochon et plusieurs régimes de bananes , qu’elle fit porter au fort, en une espèce de procession dont elle et moi formions l'arrière-garde. En allant au fort, nous renconträmes Toutahah, quisemblaitalors revétude l'autorité souveraine , quoiqu'il ne füt pas roi. Il ne parut pas content des égards que j'avais pour Obéréa ; il devint si jaloux , lorsqu'elle lui montra sa poupée , qu'afin de l’apaiser, je crus devoir lui

en présenter une pareille. Il préféra alors une poupée à une hache : par un sentiment de jalousie enfantine , il voulait qu'on lui fit un don exactement scinblable à celui qu'avait recu l'ex - reine. Cette remarque est d'autant plus vraie, qu'en très-peu de temps ils n’attachérent aucun prix aux poupées.

« Le 29, assez tard dans la matinée, M. Banks alla faire sa cour à Obéréa ; on li dit qu'elle dormait encore, et qu’elle était couchée sous le pavii Jon de sa pirogue. Il y alla dans le dessein de l'éveiller, et il crut pouvoir prendre cette hberté, sans crainte de l’offenser. En regardant à travers le pavillon, il fut fort surpris de voir dans son lit un beau jeune homme d'environ vingt-cinq ans, qui s'appelait Obady. Il se retira en hâte et tout confus ; mais on lui fit bientôt entendre que ces amours ne scandalisaient personne, et que chacun savait qu'Obéréa avait choisi Obady pour lui prodiguer ses faveurs. Obéréa était trop polie pour souffrir que M. Banks l’attendiît long-temps dans son antichambre ; elle s’habilla elle-même plus promptement qu'à l'ordinaire ; et pour lui donner des marques d’une faveur spéciale, elle le revêtit d’un habillement d’étoffes fines, et vint ensuite avec lui dans nos tentes. Le soir, M. Banks, suivi de quelques flambeaux, alla voir Toubourai-Tamaidé, comme cela lui était déjà arrivé souvent ; il fut très: aflligé et trés-surpris de le trouver lui et sa famille dans la tristesse, et quelques-uns de ses parens ver-

En

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S parens ver-

DES VOYAGES. 49 sant des larmes. Il tâcha en vain d’en découvrir la cause ; c’est pour cela qu'il ne resta pas long-temps chez le Taïtien. Quand M. Banks eut fait part de cetie circonstance aux officiers du fort, ils se rappelèrent qu'Ouaou avait prédit que dans quatre jours nous tirerions nos grandes pièces d'artillerie. Comme c'était alors la fin du troisième jour, la situation de Toubouraï-Tamaïdé et de sa famille les alarma. Nous doublâmes les sentinelles au fort, et nos officiers passèrent la nuit sous les armes. À deux heures du matin, M. Banks fit la ronde autour de no,re petit camp ; 1l vit que tout était si paisible, qu’il regarda comme imaginaires les soupçons que nous avions formés, en pensant que les Taïtiens méditaient une attaque contre nous. Nous avions d’ailleurs de quoi nous rassurer; nos petites fortifications étaient finies. Les côtés méridional et sep« tentrional étaient garnis d'un parapet de terre élevé de quatre pieds et demi, :tau-delà , d’un fossé qui avait dix pieds de large et six de profondeur. Le côté de l'ouest faisant face à la baie était environné également par un parapet de terre de quatre pieds et demi , et revêtu de palissades; il n’y avait point de fossés, parce que la marée montante venait Jusqu'au pied du rempart. On avait placé au côté de l'est, situé sur le bord de la rivière , une double rangée de füutailles remplies d’eau ; cetendroit était le plus faible, on y monta les deux pièces de quatre; les six pierriers furent pointés de manière qu'ils commandaient aux deux seules avenues qu'il \ XIX. 4

50 ISTOIRE GÉNÉRALS avait à la sortie du bois. Notre garnison était con. posée de quarante-cinq hommes armés de fusils, y compris les ofliciers et les observateurs qui résidaient à terre, Les sentinelles étrient relevées aussi exactement que dans nos places frontières, où le service militaire se fait avec le plus de ponctualité, « Le lendemain 30, nous continuâmes à nous tenir sur nos gardes, quoique nous n’eussions pas de raisons particulières de croire que cette précau tion fût nécessaire. Sur les dix heures du matin, Tomio s'en vint à la tente en courant ; elle portai

sur son visage des marques de douleur et de crainte,

elle prit par la main M. Banks, à qui les Taïtien s'adressaient toujoursdansles occasions. {tresse elle lui fitentendre que Toubouraï - © ‘ruidé s mourait, par une suite de quelque chose que nc gens lui avaient donné à manger, et elle le pria de venir à la maison du malade. M. Banks partit san: délai, et trouva l'Indien la tête appuyée contre ur poteau, et dans l'attitude de la langueur et de l'a battement. Les insulaires qui environnaient Tor bouraï-Tamaïdé, firent signe à M. Banks qu'il avai vomi, et lui apportérentune feuille pliée avec gran soin, où ils disaient qu'était renfermée une par tie du poison qui avait mis leur compatriote à l' gonie. M. Banks, fort empressé, ouvrit la feuille. où il ne vit qu'un morceau de tabac que Toubor rai-Tamaidé avait demandé à quelques-uns de no gens, quiavaient eu l’indiscrétion de le lui donne Le malade avait observé que nos matelots le te

ni était COMs de fusils, ÿ 1rs qui résirelevées aussi uéres, Où le à ponetualité.

âmes à nous r’eussions pas > cette précaur es du matin, 1; elle porta

et de crainte,

ni les Taiueni ns ortresse = F'onaidé # chose que nt elle le pria d nks partit san yée contre ui ueur et de l'a onnaient Tow anks qu'il av liée avec gran mée une für ipatriote à l'a vrit la feuille

que Toubou:

jues-uns de no

e le lui donne

matelois le te

naient long-temps dans leur bouche; et, voulant faire la même chose, il l'avait mâché jusqu’à le réduire en poudre, et l'avait ensuite avalé ; il regarda d’une manière très-touchante M. Banks, pendant qu'il examinait la feuille et ce qui y était renfermé; et 1l lui fit entendre qu'il n'avait plus guère de temps à vivre, M. Banks, connaissant alors la maladie, lui conseilla de boire beaucoup de lait de cocos, ce qui termina dans peu de temps sa maladie et ses craintes. Toubouraïi - Tamaïdé passa la journée au fort, avec la gaité et la bonne humeur ‘qui accompagnent toujours la guérison insttendue des maladies de l’esprit ou du corps.

« Le capitaine Wallis ayant rapporté en Angleterre une des haches de pierre des Taïtiens, qui ne connaissaient aucune espèce de métaux, M. Ste- ‘phens, secrétaire de l’amirauté, en fit faire une pa« reille en fer. Je l'avais à bord, pour montrer à ces peuples combien nous excellions dans l’art de fabriquer des instrumens d’après leur propre modèle. Je ne la leur avais pas encore fait voir, parce que Je ne n'en étais pas souvenu. Le premier de mai, Toutahah nous vint rendre visite au vaisseau sur les dix heures du matin, et il témoigna beaucoup de curiosité de voir ce qui était renfermé dans les ärmoires et les tiroirs de ma chambre. Comme je le satisfaisais en tout , je les ouvris sur-le-champ : il désira d’avoir plusieurs choses qu'il apercevait, et il les rassembla : enfin, il jeta les yeux sur la bache ; il s’ensaisit avec beaucoup d'en. ;. 2ssement F

b2 HISTOIRE GÉNÉRALE et, remettant tout ce qu’il avait déjà choisi , il me demanda si je voulais la Jui donner, J'y consentis tout de suite; et comme s'il eût craint que je ne m'en repentisse, ii l'emporta dans un transport de joie, sans me faire d’autres demandes; ce qui n'arrivait pas souvent, quelque généreux que nous fussions à leur égard.

« Sur le midi, un des chefs qui avait dîné avec moi peu de jours auparavant, accompagné de quelques-unes de ses femmes, vint seul à bord du vaisscau. J'avais observé que ses femmes lui donnaient à manger; je ne doutais pas que, dans l'occasion, il ne voulût bien prendre lui-même la peine de porter les alimens à sa bouche; je me trompais. Lorsque nous fûmes à table, et que le diner fut servi, je lui présentai quelques-uns des mets; Je vis qu'il n’y touchait pas, et je le pressai de manger; mais il resta toujours immobile comme un statue, sans toucher à un seul morceau; il serait sûrement parti sans dîner, si un de mes domestiques ne lui avait mis les mêts dans la bouche.

« Le premier de mai, dans l'après-midi, nou dressimes notre observatoire, et nous portämes à terre, pour la première foi, un quart de cercle « quelques autres instrumens.

« Le lendemain au matin, 2, sur les neuf heures, j'allai à terre avec M. Green, pour placer notre quart de cercle; il n’est pas possible d'exprimer li surprise et le chagrin que nous ressentimes en ne le trouvant pas. Il avait été déposé dans une tente

choisi , il me J'y consentis nt que je ne transport de ;cequinar ux que nous

rait dîné avec agné de quelbord du vaislui donnaient ns l’occasion, > Ja peine de me trompais.

> le diner fut , des mets; Je essai de mancomme unt eau; il serait mes domestia bouche.

bs-midi, NOUS jus portämes ë rt de cercle ct

s neuf heures, r placer nor d'exprimer k sentimes en nt lans une tenlt

réservée pour ma demeure; et personne ny avait

couché, parce que j'avais passé la nuit à bord du

vaisseau, On ne l'avait jamais sorti de son étui, qui avait dix-huit pouces en carré; le tout formait un volume d’un poids assez considérable. Une sentinelle avait fait la garde pendant toute la nuit, à sept ou hnit pas de la porte de la tente, et il ne nousmanquait aucun autre instrument. Nous soupconnâmes d’abord qu'il avait été volé par quelque homme de l'équipage, qui, en voyant un étui dont il ne savait pas le contenu , aurait pensé qu'il renfermait des clous ou quelque autre marchandise dont il pouvait commercer avec les naturels du pays. On offrit une grosse récompense à quiconque pourrait le découvrir ; sans cet instrument, nons ne pouvions pas remplir l’objet qui était le but principal de notre voyage. Cependant les recherches que nous fimes ne se bornérent pas au fort et aux endroits voisins ; et comme l’étui avait peut-être été rapporté an vaisseau , si l’un des hommes de l’équipage était le voleur , nous envoyimes à bord pour ÿ faire les perquisitions les plus exactes; mais notre monde revint sans rapporter aucune nouvelle du quart de cercle. M. Banks, qui, dans de pareilles Gtcasions, ne craignaïit ni la peine ni les dangers, etqui avait plus d'influence sur les insulaires qu’auéun de nous, résolut d'aller le chercher lui-même dans les bois : il espérait que, s'il avait été volé par des Taïtiens, il le trouverait sûrement dans l'endroit où ils auraient onvert l’étui, parce qu’ils au-

[nd , , 04 HISTOIRE GÉNÉRALE

raient vu alors que cet instrument ne pouvait leur être utile en aucune manière ; ou que, si ce moyen ne lui réussissait pas, il le recouvrerait du moins par l’ascendant qu'il avait acquis sur les chefs. 11 se mit en route , accompagné d’un midshipman et de M. Green ; en traversant la rivière, ilsrencontrérent Toubouraï-Tamaïdé , qui, avec trois morceaux de paille, leur montrait sur sa main la figure d'un triangle, M. Banks connut alors que c’étaient les Indiens qui avaient volé le quart de cercle, et qu'ils n'étaient pas disposés à rendre ce qu'ils avaient pris, quoiqu’ils eussent ouvert la boîte. Il ne perdit point de temps, et fit entendre à Toubourai-Tamaide qu’il voulait aller tout de suite avec lui à l'endroit où l'instrument avait été porté. Le Taïtien y consentit : ils tirérent du côté de l’ouest, et le chef s'informait du voleur danstoutes les maisons par où ils passaient ; les Indiens lui direntde quel côté il avait tourné ses pas, et combien il y avait de temps qu'ils ne l'avaient vu. L'espoir de l’attraper bientôt les sou: tenait dans leur fatigue; ils avançaient tantôt marchant, tantôt courant, quoique le temps füt exces sivement chaud. Lorsqu'ils eurent grimpé une mon: tagne éloigné du fort d'environ quatre milles, Tour. bouraï-Tamaïdé fit voir à M. Banks un endroit situ à trois milles au-delà, et luidit par signes qu'il ne de. vait pas s'attendre à retrouver l'instrument avant d'i être parvenu. Ils se reposèrent là pendant quelques instans : excepté une paire de pistolets que M. Banks portait toujours dans sa poche, ils n'avaient pont

pouvait leur , si ce moyen ait du moins es chefs. I se hipman et de

encontrérent morceaux de figure d'un étaient les Incle, et qu'ils s avaient pris, e perdit point rai Tamaïde lui à l'endroit ‘aiien y conet le chef s'insons par où ils el côté il avait le temps qu'ils ientôt les sou:

nt tantôt marmps fut exces mpé une mot e milles, Tour n endroit situe nes qu'il ne de ment avant d'{ dant quelques sque M. Bank:

avaient pouil

DES VOYAGES. 55 d'armes; ils allaient dans un endroit éloigné de plus de sept milles du fort, où les insulaires seraient peut-être moins soumis que dans les environs de notre camp; il serait donctrès difficile de leur faire rendreunechose qu'ils n'avaient volée qu'enmettant leur vie en danger, et qu'ils paraissaient disposés à garder, quoiqu’elle leur füt inutile. Toutes ces réflexions étaient bien propres à décourager M. Banks et nos gens, et leur situation devenait plus critique à chaque pas : ils résolurent pourtant de ne pas abandonner leur entreprise , et de prendre tous les moyens possibles pour leur sûreté. M. Banks et M. Green, qui allèrent en avant, me renvoyérent le midshipman ; il vint me dire qu'ilsne pouvaient pas revenir avant Ja nuit, et qu'ils désiraient que j'en- Yoyasse un détachement à leur suite. En recevant ce message, je partis moi-même avec un nombre d'hommes que je jugeai suffisant pour cette occasion; j'ordonnai au vaisseau et au fort de ne pas souffrir qu'aucune pirogue sortit de la baie, sans cependant saisir ou détenir ancun des naturels.

« Sur ces entrefaites, M. Banks et M. Green continuérent leur route sous les auspices de Toubouraï. Tamaïdé ; et dans l'endroit même que celui-ci leur avait désigné , ils trouvèrent un Taïtien qui tenait en sa main une partie de notre instrument ; ils s'ar: rétérent, bien contens de ce qu'ils voyaient ; un grand nombre d’insulaires se rassemblèrent autour d'eux , de sorte qu'ils étaient pressés par la foule. M. Banks crut devoir leur montrer un de ses pistu-

lets, ce qui les fit ranger sur-le-champ. Comme le nombre des Taïtiens augmentait à chaque moment, 1] traça un cercle sur l'herbe, et tous se placéren! en dehors tranquillement et sans tumulte. M. Banks leur ordonna de rapporter au milieu de l’espace tracé la boîte du quart de cercle, plusieurs lunettes et d’autres petits effets que dans leur précipitation ils avaient mis dans un étui de pistolet, qu'on lui avait volé auparavant dans la tente, et enfin un autre pistolet de selle : les Taïtiens remirent dans le cercle ce qu'ils avaient pris.

« M. Green étaitimpatient de voir s'ils rendraient tout ce qu’ils avaient dérobé; enexaminant la boîte, iltrouva qu’il y manquait le pied et quelques autres petites parties moins importantes : plusieurs personnes se détachérent pour aller à la recherche, “et en rapportérent quelques piéces ; maïs on dit que le voleur n’avait pas porté si loin le pied, ct qu’on le rendrait quand ils seraient partis. Toubourai-Tamaïdé confirma cette promesse , et M. Banks et M. Green se disposèrent à revenir, parce qu'ils pouvaient facilement suppléer à ce qui leur manquait. Ils avaient fait environ deux milles lorsque je les rencontrai avec mon détachement : nous nous félicitimes les uns les autres d’avoir retrouvé notre instrument; nous ressentions une joie proportionnée au degré d'utilité dont il était pour nous.

« Sur les huit heures, M. Banks retourna au fort avec Toubouraï-Tamaïdé; 1] fut surpris d'y trou-

ip. Comme le ique moment, s se placèrent ulte. M. Banks u de l’espace sieurs lunettes précipitation let, qu'on lui , et enfin un remirent dans

’1ls rendraien!

inant la boîte, uelques autres plusieurs perla recherche, : mais on dit in le pied, ct artis. Touboue,et M. Banks venir , parce à ce qui leur

deux milles étachement :

autres d’avoir ssentions une é dont il était

tourna au fort

pris d'y trou-

ver Toutahah gardé par les soldats, et de voir que plusieurs Taïtiens, effrayés et éplorés, environnaient Ja porte du camp. M. Banks y entra en hâte, et on permit à quelques insulaires de le suivre : la scène était touchante ; Toubouraïi-Tamaïdé courut vers Toutahah , et, le serrant dans ses bras, ils fondirent tous deux en larmes , etinondèrent leurs visages de pleurs, sans pouvoir proférer un seul mot; les autres Taïticens pleuraient également sur le sort de leur chef; ils étaient très-persuadés qu'on allait le faire mourir. J’arrivai au fort un quart d'heure aprés. Ce qui venait de se passer me causa de l'étonnement et du chagrin; Toutahah ayant été détenn contre mes ordres, fut à l'instant mis en liberté ; je m'informai de toute cette affaire, et voici comment on me la raconta : Mon départ pour le bois avec un détachement d'hommes sous les armes, et dans un temps où l’on avait commis un vol, dont les naturels croyaient que j'étais sûre-

? . . pPA . . .

ment indigné à raison de la peine qu’il nous cau-

sait, les avait tellement alarmés, que le soir ils commencèrent à quitter le voisinage du fort et à emporter leurs effets. M. Gore, mon second lieutehant, qui commmandait à bord du vaisseau, vit une double pirogue sorür du fond de la baie.

Comme il avait reçu ordre de n’en laisser passer aueune,1l envoya le contre-maître avec un canot pour l'arrêter : les Taïtiens, effrayés, en voyant que le canot les abordait, sautérent dans la mer; Toutabah étant malheureusement du nombre, le contre.

re maté

58 HISTOIRE CÉNÉRALF maître le prit, le ramena au vaisseau, et laissa les autresse sauver à la nage vers la côte. M. Gore l’envoya au fort, sans faire attention à l’ordre que J'avais donné, de ne saisir et de ne détenir personne. M. Hicks, mon premier lieutenant qui y commandait, après l'avoir recu de M. Gore, ne crut pas être le maître de Je renvoyer.

« Les Taïtiens étaient si fort prévenus de l’idée qu'on allait mettre à mort Toutahah, qu'ils ne crurent le contraire que lorsque par mes ordres il eût été reconduit hors du fort; tout le peuple le reçut comme si ç'avait été leur père qui eût échappé d’un danger mortel, et chacun s’empressa de l’embrasser. La joie soudaine est ordinairement libérale, sans faire beaucoup d'attention au mérite de ceux à qui elle fait du bien; et Toutahah se voyant en liberté contre son espérance, dans le premier mouvement de sa reconnaissance , nous sollicita de recevoir un présent de deux cochons : nous sentions que dans cette occasion nous n’en étions pas dignes, et nous le refusämes plusieurs fois.

« MM. Banks et Solander, chargés de faire les échanges dans le marché, exercèrent lenr emploi le lendemain 3 ; mais il vint trés-peu de Taïtiens, et ceux qui s'y rendirent n'apportaient point de provisions. Toutahah cependant fit redemander 1 pirogue que nous avions détenue, et nous la renvoyâmes. Comme on avait délenn une autre pirogue qui appartenait à Obéréa, Topia, son homme

et laissa les

I. Gore l’enl'ordre que détenir perenant qui y I. Gore, ne us de l’idée , qu'ils ne 1es ordres 1} le peuple le eùt échappé essa de l’emement libéau mérite de

outahah se nce, dans le sance , nous ux cochons :

>n nous n’en nes plusieurs

s de faire les leur emploi de Taitiens, nt point de demander là nous la ren- Je autre piro- , son homme

d'affaires lors du voyage du Dauphin, vint examiner si on n'avait rien enlevé de ce qui était à bord : il fut si content de la trouver dans l’état où on l'avait prise, qu'il se ‘rendit au fort, y resta tonte Ja journée, ct passa la nuit dans sa pirogue. Sur le midi, quelques pêcheurs dans des pirogues vinrent vis à-vis de nos tentes ; 1ls ne voulurent nous vendre que trés-peu des provisions qu'ils avaient , et pourtant nous avions grand besoin de cocos et de fruits à pain. Pendant le courant de la journée, M. Banks alla se promener dans le bois, afin qu'en se familiarisant avec les Taïtiens, il pût recouvrer leur confiance et leur amitié ; 1ls lui firent des honnêtetés, mais ils se plaignirent du mauvais traitement qu'avait essuyé leur chef; ils dirent qu'il avait été frappé et traîné par les cheveux. M. Banks tâcha de les convaincre qu’il n'avait souffert aucune violence sur sa personne : peut-être cependant le contre-maître avait exercé contre Jui une brutalité dont il rougissait et qu'il craignait d'avoner. Toutahah, se rappelant probablement la manière dont ou s'était comporté à son égard, et pensant que nous ne méritions pas les cochons qu’il nous avait laissés en présent, envoya dans l'après-midi un messager pour demander en retour une hache et une chemise. L’Indien me dit que son chef n'avait pas dessein de venir au fort pendant dix jours; je m'excusai de ce que je différerais jusqu’à son arrivée de donner la hache et la chemise. J'espérais qu'impatient de les avoir, il viendrait bientôt les

60 NMISTOIRE GÉNÉRALE

chercher; je savais que la première entrevue terminerait la froideur qui était entre lui et nous, et que l'absence aurait probablement augmentée.

« Le lendemain 4, nous ressenttines davantage les suites de l’offense que nous avions fuite aux Taitiens dans la personne de leur chef; car le mar. ché était si mal fourni, que nous manquions du nécessaire. M. Banks alla trouver Toubouraï-Tamaïdé dans les bois, et ne lui persnada que diflicilement de nous faire vendre cinq corbeilles de fruits à pain; enfin il les obtint : il y en avait cent vingt, et ce secours nous vint trés-à-propos. Dans l'après-midi, un autre messager vint demander, de Ja part de Toutahah, la hache et la chemise.

Comme il était absolument nécessaire de regagner l'amitié de ce chef, et que sans lui nous ne pourrions guère avoir des provisions, je lui fis dire que M. Banks et moi, nousirions lui rendre visite le lendemain, et que nous lui porterions ce qu’il désirait,

« Le lendemain 5, de grand maun, il envoya au fort pour me rappeler ma promesse ; ses gens semblaient attendre avec beaucoup d'impatience notre arrivée à sa maison. Sur les dix heures, je fis mettre en mer la pinasse , et je m’y embarquai avec MM. Banks et Solander : nous étions accompagnés d'un des envoyés de Toutahah, et à une heure nous arrivâmes au lieu de sa résidence, qu'ils appelaient Eparré, et qui était situé à environ quatre milles à l’ouest de nos tentes.

« Nous trouvämes un grand nombre de Taitiens

qui

ele

un

turl fra] de tan( est tria slet nou bac] avec pay:

avec vêle qui la c Tou tent Obé

nais

taha pas | pou lem ordr nou pres

ntrevue teri et nous, et umentée, es davantage ns faite aux f; car le mar.

anquions du pubouraï-Tada que diflicicorbeilles de en avait cent propos. Dans demander, de | la chemise.

e de regagner ne pourrions fis dire que e visite le lenqu'il désirait, in, il envoya esse ; SES gens d'impatience heures, je fis nbarquaï avec accompagnés à une heure ce, qu'ils apnviron quatre

bre de Taitiens

DES VOYACES,. Gi

qui nous attendaient sur le rivage ; il nous aurait été impossible d'aller plus avant, si un homme grand et de bonne mine ne nous avait pas ouvert un passage ; sa tête était couverte d’une espèce de turban, etil tenait à Ja main un bâton blanc, dont il

frappait impitoyablement ceux qui étaient autour

de lui: cet homme nous conduisit vers le chef, tandis que la foule criait taïo Toutahah, Toutahah est votre ami. Nous le vines comme un ancien patriarche, assis sous un arbre et environné de plusieurs vieillards vénérables; il nous fit signe de nous asseoir, et sur-le-champ il nous d'manda sa hache ; je la lui présentai, ainsi que la chemise, avec un habit de drap fait suivant la mode de son pays, el garni d'une espèce de ruban : il les reçut avec bien du plaisir, et tout de suite il endossa le vélement ; mais il donna la chemise à la personne qui nous avait fuit faire passage en débarquant sur la côte : cet homme était assis alors près de nous, et Toutahah semblait désirer que nouseussions des at tentions particulières pour lui. Peu de tempsaprés, Obéréa et plusicurs autres femmes que nous connaissions, arrivèrent :! 5 assirent parmi nous. Toutahab sortit plusieurs fois; maisses absences n'étaient pas longues ; nous crûmes qu’il quittait l'assemblée pour aller montrer aux Indiens son nouvel habillement : nous nous trompions; il allait donner des ordres pour les rafraichissemens et le repas qu'on nous servit. La dernière fois qu'ii sortit, étant presque étouffés par la foule, nous étions impatiens

Rime AU

de nous en retourner : sur ces entrefaites , on vint nous dire qu'il nous attendait dans un autre endroit. Nous le trouvâmes assis sous le tendelet de notre propre canot, et il nous fit signe d'aller à lui. Tous ceux de nous que le canot pouvait contenir y entrèrent, et il ordonna alors d'apporter du fruit à pain et des cocos, dont nous goûtämes plutôt pour le satisfaire qe par envie de manger. Peu de temps après, on vint l'averur, et 1l sortit du bateau , et quelques minutes ensuite, on nous invita à le suivre : nous fimes conduits dans une grande place ou cour attenante à sa maison ; et qui était palissadée de bambous d'environ trois pieds de haut. On y préparait pour nous un diverlissement entièrement nouveau ; cétait un Le bat de lutte. Le chef était assis dans la partie supérieure de l'amphithéâtre, et les principales pee sonnes de sa suite rangées en demi-cercle à ses côtés; c'étaient les juges qui devaient applaudir au vainqueur. On avait laissé des siéges pour nous ; mais nous aimâmes mieux être en liberté parmi le reste des spectateurs.

« Quand tout fut prêt, dix ou douze hommes, qui, d'après ce que nous’apprîmes , étaient les sou battans; et qui n'avaient d'autre vêtement qu'une ceinture d'étofle, entrérent dans l'arène : ils en firent le tour lentement, les regards baissés el la main gauche sur la poitrine ; de la droite, qui était ouverte, ils frappaient souvent l’avant-bras de la pretière avec tant de roideur, que le coup produi-

sal se

qu sui se cui cor pu les pro acc ils « tud naic cha sair

Jar tout adr pro de f que Sale l'as cha par alo cou bat avai

on vint

tre enlelet de l'aller à ait CONipporter oùtàmes manger.

il sortit on nous dans une son ; CL ron trois Ss un dit un CON!rtic supéales perà ses cô- Jaudir au pur nous ; parmi le

hommes ;, tles comnt qu'une e : ils en issés et la ; qui était bras de la 1p produi-

DES VOYAGES. 05 sait un son assez aigu : C'était un défi général que se faisaient les combattans les uns aux autres, ou qu'ils adressatent aux spectateurs. D'autres athlètes suivirent bientôt ceux-ci de la même manière; ils se donnèrent ensuite des défis particuliers, et chacun d'eux choisit son adversaire. Cette formalné consistait à joindre les bouts des doigts et à les appuyer sur sa poitrine, en remuant en même temps les coudes en haut et en bas avec beaucoup de promputude, Si l’homme à qui le lutteur s’adressait acceptait le cartel, il répétait les mêmes signes, et ils se mettaient tous deux sur-le-champ dans l'atuitude de combattre. Une minute après ils en venaient aux mains : c'était une pure dispute de force; chacun tâchait d'abord de se saisir de son adversaire par la cuisse, et, s'il n’en venait pas à bout, par la main, les cheveux, la ceinture, en un mot, partout où il pouvait; ils s’accrochaient enfin sans adresse ni habileté, jusqu'à ce que l’un des athlètes, profitant d'un moment avantageux, où ayant plus de force dans les muscles, renversât l’autre. Lorsque le combat était fini, les vieillards applaudissalent au vainqueur par quelques mots que toute l'assemblée répétait en chœur sur une espèce de chant, et la victoire était célébrée ordinairement par trois cris de joie. Le spectacle était suspendu alors pendant quelques minutes ; ensuite un autre couple de lutteurs s’avançait dans l'arène, et combattait de la même manière. Après que le combat avait duré une minute, si l’un des deux n’était pas

mis à terre , ils se séparaient d’un commun accord, athlè ou par l'intervention de leurs amis; et, dans ce resse cas, chacun étendait son bras en frappant l'air pour luttes faire un nouveau défi au mème rival ou à un autre. du gs Tandis que les lutteurs étaient aux prises, une descr autre troupe exécutait une danse qui durait aussi maqu l'espace d’une minute; maïs les danseurs et les lut- ilac« teurs, entiérement occupés de ce qu'ils faisaient , d’apri ne donnaient pas la moindre attention les uns aux torien autres. Nous observâmes avec plaisir que le vain- «L queur ne montrait jamais d'orgueil à l'égard de on no l'adversaire qu’il avait défait, et que le vaincu ne et des murmurait point de la gloire de son rival. Enfin, avions toute la lutte eut lieu avec une bonne amitié et une sir. T «A | bonne humeur parfaites, quoiqu'il y eût au moins libéral À 1 cinq cents spectateurs, dont quelques-uns étaient vanin, fl | | des femmes; il est vrai qu’elles étaient en petit ne fù F

se fl Lil nombre : de plus, elles étaient toutes d’un rang ment, [| distingué , et nous avons des raisons de croire mieux | 1\ M ,. à , Q Pa A e 7 et aw’i Li qu'elles n’assistaient à ce spectacle que par égard qui « Ces combats durérent environ deux heures : au vais

' ie) pour nous. nous ft |

EN: pendant ce temps, l'homme qui nous avait fait agréabl [ir faire place lors de notre débarquement , retenait et pend | | nul les Taïtiens à une distance convenable, en frappant crümes PR rudement de son bâton ceux qui s’avançaient trop ; compas

‘à nous nous informâmes de son état, et nous ap- tiens, e plu ty primes que c'était un oflicier de Toutahah qui rem- préparé il 1 plissait les fonctions de maître des cérémonies. » rent un FEI Les lecteurs qui connaissent les combats des : CNo

accord, dans ce ir pour nautre.

es, une ait AUSSI : les lutnsaient , uns aux le vaingard de aincu ne . Enfin, hé et une au moins 1s étaient en petit l'un rang e croire ar égard

heures :

avait fait retenait frappant ent trop; nous apà qui remonies. »

bats des

athlètes de l'antiquité remarqueront sans doute une ressemblance grossière entre ces anciens jeux et les luttes des habitans d’une petite île située au milieu du grand Océan. On peut à ce sujet se rappeler la description qu’en a donnée Fénelon dans son Télémaque ; quoiqu'il raconte des événemens fabuleux, il a copié fidélement les mœurs des anciens temps, d'après les auteurs qu’on regarde comme des historiens fidèles.

« Lorsque les combats de lutte furent terminés, on nous fit entendre qu'on préparait des cochons et des fruits à pain pour notre dîner ; comme nous avions grand appétit, cette nouvelle nous fit plaisir. Toutahah cependant sembla se repentir de sa libéralité : au lieu de placer ces deux cochons devant nous, il en fit porter un dans notre canot ; nous ne fûmes pas füchés d'abord de ce nouvel arrangement, parce que nous pensions que nous dinerions mieux à notre aise dans notre bâtiment qu'à terre, et qu'il serait plus facile d’écarter la foule. Dés que nous fümes arrivés à bord , 1l nous dit de retourner au vaisseau avec son cochon : cet ordre n’était pas agréable ; nous avions un trajet de quatre milles, et pendant ce temps le dîner se réfroidissait : nous crûmes pourtant devoir le satisfaire; il nous accompagna au vaisseau, suivi de quelques autres Taïtiens, etenfin nous mangeäâmes les mets qu'il avait préparés, et dont lui et Toubouraï-Tamaïdé eu rent une bonne part.

. « Notreréconciliation avec ce chef fit sur les Taï-

üens l'impression favorable que nrus pouvions désirer; car dés qu'ils surent qu'il it à bord, les fruits à pam, les cocos, et les ant s provisions, arrivérent au fort en grande abondance.

« Les échanges se faisaient dans le marché comme à l'ordinaire ; mais les cochons y étant toujours fort rares , M. Molineux, notre maître, et M. Green, s'embarquérent le 8, dés le grand matin, dans la pinasse, afin d'examiner s'ils pourraient acheter des cochons ou de la volaille dans la partie de Pile à l'est. Ils parcoururent un espace d'environ vingt milles ; ils aperçurent plusieurs cochons et une or: tue, qu'on ne voulut pas leur vendre : chacun leur disait que tout cela appartenait à Toutahah, et qu'on ne pouvait en rien échanger sans sa permission. Nous commencâmes à croire que Toutahah était un grand prince, puisqu'il avait une autorité si absolue, et qui s’étendait si loin. Nous reconnàmescensuite qu'il gouvernait comme souverain cette partie de l'île au nom d'un mineur que nous n'avons jamais vu pendantnotreséjour à Taïti. M.Green à son retour nous raconta qu'il avait trouvé un ar. bre d’une grandeur si énorme et si incroyable, qu'il craiguait d'en parler, puisque sa circonférence était de cent quatre-vingts pieds. M. Banks et Solander lui expliquèrent bientôt que c'était une espèce de figuier , dont les branches , en se recourbant vers laterre, y avaient pris de nouvelles racines, « qu'il était facile de se tromper, en regardant commt un seul arbre cet assemblage de tiges jointes de

ni, tem en à som dur nait son | tiens sent les c« n'y él mes « nos c quatr( vingt dans comn « L sa pre de ce hah ; alors rent u leur d sions intére travail

ivions débord , les rOVIsIONS ;

hécomme ajours fort M. Green, n, dans la acheter des de l’île à iron vingt ; et une torchacun leur utahah, et s sa permise Toutahah ine autorité us reconntuverain celle 1e nous n'aui. M.Greëñ rouvé un ar:

oyable, qu'il V , ‘ férence etait s et Solander ne espèce de ourbant ver s racines , € rdant comme Les jointes de

DES VOYAGES. O7 prés les unes anx autres, et toutes réunies par une végétation commune.

« Quoique le marché da fort füt assez bien fourni, cependant les provisions y arrivaient plus lentement : au commencement de notre séjour , nous en achetions une quantité svflisante pour notre consommation entre le lever du soleil et huit heures du matin; mais plus tard ce commerce nous prenait la plus grande partie du jour. M. Banks placa son petit canot devant la porte du fort, et les Taïtiens venaient y faire leurs échanges. Jusqu'à présent les petites verroteries avaient suffi pour payer les cocos et les fruits à pain : comme ces denrées n'y étaient plus en si grande abondance, nous fùmes obligés, pour la premiere fois, de montrer nos clous. Pour un des plus petits, qui avait quatre pouces de long, les Indiens nous donnaient vingt cocos, et du fruit à pain en proportion; et dans peu de temps le marché fut approvisionné

comme à l'ordinaire.

« Le O, dans la matinée , Obéréa vint nous faire sa premiére visite, depuis la perte de notre quart de cercle, et la malheureuse détention de Toutahah ; elle était accompagnée d'Obady, qui était alors son favori, et de Topia : ils nous présentérent un cochon et quelques fruits à pain , et nous leur donnâmes en retour une hache. Nous fournissions alors à la curiosité des Taïtiens , un spectacle intéressant et nouveau : notre firge etait dressée et travaillait presque continuellement ; ils nous ap-

portaient des morceaux de fer, en nous priant de leur en fabriquer des instrumens de différente espèce ; Je supposai que ces morceaux de fer leur avaient été donnés par Wallis; comme j'avais trésgrande envie de faire tout ce qui pouvait les contenter, on satsiaisait leur enip-essement , à moins que les ouvrages du vaisseau n'exigeassent tout le temps du serrurier. Obéréa ayant recu sa hache, nous engagez à lui en faire uns autre avec du vieux fer qu'elle nous montra; cette opération n’était pas possible : elle nous atvporta alors une hache rompue , afin de la jui raccommoder. Je fus charmé de cette occasion, qui me donnait un moyen de regagner ses bonnes grâces : sa hache fut raccommodée , et elle parut satisfaite. Elle s’en alla le soir avec tout son monde ; ils emmenérent la pirogue qui avait resté long-temps à la pointe du fort; mais ils nous pronurent de revenir dans trois jours.

« Le 10, je semai quelques pepins de melons et des graines d'autres plantes, dans un terrain qui avait été préparé pour cet eflet. Nous les avions mises pendant le voyage dns de petites bouteilles bouchées avec de la poix-résine. Excepté la graine de moutarde, aucune autre ne germa; M. Banks

pensa que le défaut absolu d'air avait gâté les

graines.

« Nous apprimes ce jour-là qne les naturels don: naient à leur île le nom d’O-Taïti. Après beau coup de peine, rous reconnûümes qu'il leur était absolument impossible d'apprendre à prononcer nos

non

duis se s T'ou veni notr tême rano M.F tersg nièrc quips vrir ginal déter des n exem mids] que 1 nom | Maté :Vatiot à d’a «I femml nous

lières not ’

qui P

priant de

crente ese fer leur avais trésit les con- L, à moins ent tout le sa hache, ec du vieux 1 n'était pas hache romfus charme | moyen de fut raccomn alla le soir t la pirogue u fort; mais is jours.

le melons et terrain qui s les avions es bouteilles pté la graine ; M. Banks

ait gALé les

aturels don:

Aprés beau leur était abononcer nos

DES VOYAGES. Co)

noms ; lorsqu'ils voulaient les articuler, ils pro-

duisaient des mots tout-à-fait diflérens, dont ils

se servaient pour nous désigner. Ils m'appelcrent

Touté, et M. Hicks, {été : ils ne purent jamais

venir à bout d’articuler Molineux ; ils appelaient notre maître Boba, de Robert son nom de baptême; M. Gore, Zoarro; le docteur Solander , Z'orano; M. Banks , Z'apané; M. Green, Ætéry ; M. Parkinson, Patini; M. Sporing, Polini; Peterseill, Petrodoro : ils avaient formé de cette manière des noms pour presque tous les gens de l'équipage. Il n’était cependant pas facile de découvrir dans ces nouveaux noms des traces de l'original ; c'étaient peut-être moins des sons arbitraires, déterminés par la disposition de leurs organes, que des mots significatifs dans leur propre langue ; par exemple , ils appelèrent Maté, M. Monkhouse , le midshipman, qui commandait le détachement lorsque le voleur du fusil fut tué. Ils lui donnaient ce nom, non pas en tâchant d’imiter le son de la premiére syllabe du mot Monkhouse , mais parce que

: Maté signifie tuer : il est probable que cette obser-

‘vation doit s'appliquer aux noms qu'ils donnèrent à d’autres personnes d’entre nous.

« Le 12 mai, nous recûmes la visite de quelques femmes que nous n'avions pas encore vues, et qui nous abordérent avec des cérémonies trés-singu- Bières. M. Banks faisait des échanges dans son canot, à la porte ax fort, accompagné de Toutahah, qui l'était venu voir le matin avec quelques autres

= = Re = = = 2

naturels. Entre neuf et dix heures, il arriva à l'endroit du débarquement une double pirogue, dans laquelle étaient assis un homme et deux feni-

mes. Les Taïtiens qui étaient autour de M. Banks,

qu'il fiusur-le-champ. Mais pendant qu'il sortait du bateau, l'honime et les deux femmes s'étaient déjà avancés jusqu'à quinze pas de lui; ils s'arrêtérent alors, et l'invitérent par signes à faire la même chose : ils jetèrent à terre une douzaine de jeunes

A] bananiers ; et autres plantes. M. Banks s'arrêta ; et

| semblait être un domestique, passant et repassant

à six reprises différentes, remit une branche, à 1 IP chaque tour, à M. Banks, prononcant toujours si pl quelques paroles en la lui donnant. Topia, qui était près de M. Banks, remplissait les fonctions de | son maître de cérémonies ; à mesure qu'il recevait [LUE les rameaux , il les plaçait dans le bateau. Lorsqui

} F. il (f les Taïtiens s'étant rangés en haie, l'un d'eux qui |

ER celte cérémonie fut achevée, un autre homme àp- | Ù ‘ porta un grand paquet d’étoffes qu'il étendit le | F | |! unes aprés les autres sur la terre, dans l’espace qui | EAN était entre M. Banks et les Taïtiens qui lui rendaient | visite. I] y avait neuf pièces; il en posa trois l'une sur l'autre; et alors une des femmes appelée Our | rattoua, la plus distinguée d’entre elles, mont: {LR sur ce tapis; €t, relevant ses vétemens jusqu'à ceinture, elle fit trois fois le tour à pas lents, avec beaucoup de sérieux et de sang-froid, et ui air d'innocence et de simplicité qu'il n'est pas pos

lu dirent par signes d'aller à leur rencontre; ce

il arriva à

> pirogue ; deux feni- M. Banks, hcontre ; Ce il sortait du étaient déjà s'arrétérent e la même Le de jeunes s s'arrêta ; €t in d'eux qui et repassant > branche, à

ant toujours Topia, qui foncuons de qu'il recevait ean, Lorsqui » homme ap 1 étendit les s l’espace qui Jui rendaient sa trois l'une appelée Our elles, mont:

ens jusqu'à li

à pas lents, g-froid , etui n'est pas pos

LES VOYAGES. 71 + ; , . + / sible d'imaginer; elle laissa retomber ensuite ses vêlemens , et alla se remettre à sa place : on éten: is autres plc 1 de lit trois autres pièces sur les trois premières ; el e remonta alors et fit la même cérémonie qu'on V » ô , 1 V'E RE 1 : 16 1 | lient de décrire : enfin les trois dernicres pièces fur A7 se . 1 7 étendues sur les six premières, et eile en fit e tour, pour la troisième fois, avec les mêmes cir- C Ja Ù ot 1 : A a Les Taïtiens replièrent les étofles et les offrirent : anks :

a ni à M. Banks, comme un présent de la part e la fa 1 5’: 1 | : ume, qui s'avança alors avec son ami pour e saluer. M. Banks fit à . - M. Banks fit à tous deux les dons qu'il y as loss Ans 4 ne Le leur être les plus agréables; ils resérent dans la tente l ’

e l’espace À allèrent. Sur le soir, ] | ici | de FR ae in soir, les officiers qui étaient au fort

C n n « ER ? ?

is la visite d'Obéréa et d'une femme de sa ul a favori :

suite, ne nommée Otheothea : c'était une eune filie d’ :

es | e AE figure agréable. Ils furent d’auplus charmés ir + 1 :

RE L a és de la voir, qu’elle avait passt ques jours sans venir au camp, et qu'on nous avail rap orté elle éta | ; porté qu'elle était malade ou morte.

« LA » , , LA 4 | ° si e 13, le marché étant fini à dix heures . Banks , : | ae inks voulut chercher de l'ombrage pendant la chaleur I ir du jour, et alla se promener dans les bois, portant son fusil comme à l'ordinaire : en s’en re venant, il re * | at, il rencontra Toubouraï-Tamaidé près de a F LA , . . .

maison qu'il habitait par intervalles. C 1 pt alles. Comme il de arrêté pour passer quelque temps avec lui eTaïtien lui arracha subi Us!

. rracha su itement le fusil des mains, e banda, et l’élevant en l'air, ilti :

Ra : ir, il tira la détente ; 1e Ù nt l’amorce brûla sans que le coup

m3 HISTOIRE GÉNÉRALE

partit. M. Banks lui reprit aussitôt son fusil, trèssurpris de voir qu'il eût acquis assez de connaissance du mécanisme de cette arme pour la dé- Charger, et 11 lui reprocha avec beaucoup de sévérité ce qu'il venait de ‘ire. Comme il était trés-importent de ne pas apprendre aux Taïitiens comment on maniait ces armes, M. Banks, dans toutes les occasions, leur avait dit qu'ils ne pouvaicnt pas nous faire une plus grande offense que de les toucher, Comme il était nécessaire alors de réllérer ces défenses avec plus de force, il ajouta les menaces à ses reproches. Toubourai-Tamaïdé supporta tout patiemment : mais dès que M. Banks cut traversé la rivière , le Taïtien partit avec toute sa famille et ses meubles pour sa maison d'Éparré, Les Taïtiens qui étaient au fort apprirent bientôt cette nouvelle : nous craignîmes les suites du mécontentement de Toubouraï-'Tamaidé , qui, dans toutes les occasions, nous avait été trés-utile. M. Banks résolut de le suivre sans délai, afin de solliciter son retour : il partit le même soir, accompagné de M. Molineux. Ils le tronvérent assis au milieu d’un grand cercle de ses compatriotes, à qui probablement il avait raconté son aventure et les craintes qu'elle lui faisait naître. Son visage présentait l’image de la douleur et de l'abattement, et les mêmes passions étaient également marquées avec force sur la figure de tous ceux qui l'environnaient. Lorsque M. Banks et M. Molineux entrérent dans le cercle, une des femmes exprima son

cha; autr plus qu'à perd il as s'éta et q maic sa li doul fort réco nuit penc

insu s'effc palis ce q

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fusil, trèse connaisour Ja déoup de séne il était x Taitiens anks, dans Js ne pouoffense que ire alors de >, 1l ajouta i-Tamaïdé Le M. Banks L avec toute n d'Éparré, ent bientôt ites du mé- , qui, dans trés-uule.

ai, afin de 1e Soir, aCvérent Assis mpatriotes, aventure et Son visage battement, 1t marquées uü l’environneux entréxprima son

chagrin de la même manière que Térapo dans une autre occasion, c’est-à-dire, en se percant la tête à plusieurs reprises avec la dent d’un requin, jusqu'à ce qu'elle fût couverte de sang. M. Banks ne perdit point de temps pour tâcher de les consoler ; il assura le chef qu'il fallait oublier tout ce qui s'était passé, qu'il ne leur voulait ancun mal, et qu'ils n'avaient rien à craindre. Toubourai-Tamaidé fut bientôt calmé, et reprit sa confiance et sa tranquillité : il ordonna de tenir prête une double pirogue; ils revinrent tous ensemble au fort avant le souper , et, pour gage d’une parfaite réconciliation , le Taïtien et sa femme passèrent la nuit dans la tente de M. Banks. Leur présence cependant ne suffit pas pour nous mettre à l'abri des insulaires. Entre onze heures et minuit, un d'eux s'efforça d'entrer dans le fort, en escaladant Îles palissades, dans le dessein sans doute de voler tout ce qu'il pourrait trouver. La sentinelle, qui le découvril heureusement, ne fit pas feu, et le voleur s'enfuit avec tant de promptitude, qu'aucun de nos gens ne put l’atteindre. La forge de larmurier était dressée dans le fort, et le fer et les instramens de ce métal dont on s’y servait continuellement, étaient des tentations au vol, que les Taïtiens ne pouvaient surmonter.

« Le dimanche 14, j'ordonnai qu'on célébrât le service divin au fort; nous désirions que quelquesuns des principaux Taïtuens y assistassent ; Mas lorsque l'heure fut arrivée , la plupart s’en allèrent

chez eux, M. Banks cependant traversa la rivière, elramena Toubourdi-Tamaidé et sa femme Tomo; il espérait que les cérémonies occasionneraient quelques questions de leur part, et donneraient lieu à quelques instructions de la nôtre. I les fit asseoir sur des siéges , et se placa près d'eux ; pendant tout le service ils observaient attentivement ses postures, et l’imitaient trés-exactement ; ils s'asseyalent , se tenaient debout et se mettaient à genoux , comme M, Banks, Ils sentaient que nous éuons occupés à quelque chose de sérieux et d'important, et ils ordonnérent aux Taïtiens qui étaient hors du fort de se tenir en silence : cependant, aprés que le service fut fini, ils ne firent ni l’un ni l'autre aucune question, et ils ne voulaient pas nous écouter , lorsque nous tâchions de leur expliquer ce qui venait de se passer.

« Les Taïtiens, après avoir vu nos cérémonies relisieuses dans la matinée, jugérent à propos de nous montrer dans l'après midi les leurs, qui étaient trés-différentes. Un jeune homme de près de six pieds et nne jeune fille de onze à douze ans sacrifiérent à Vénus, devant plusieurs de nos gens et un grand nombre de naturels du pays, sans paraître attacher ancune idée d'indécence à leur action, et ne s’y livrant au contraire, à ce qu'il nous semblait, que pour se conformer aux usages du pays. Parmi les spectateurs, il y avait plusieurs femmes d'un rang distingué, et en particulier Obéréa, qui, à proprement parier, présidait à la cérémonie; cut

a rivicre ,

ie Tomio; nneraient nnneraient e, Iles fit 'eux ; penentivement ement ; ils nettaient à L' que nous ‘ux et d'imqui étaient cependant, ent ni l’un ulaient pas e leur expli-

cérémonies à propos de , qui étaient près de six uze ans Ssa- > nos gens el sans paraître ir action, et us semblait, pays. Parmi femmes d'un éréa, qui, à émonie; Cül

DES ñ

VOYAGES. 7 elle donnait à la fille des instructions sur la manière dontelle devait jouer son rôle; mais quoique la lille für jeune, elle ne paraissait pas en avoir besoin.

« Nous ne racontons pus cet événement comme un pur objet de curiosité, mais parce quil peut servir dans l'examen d'une question qui a été longtemps discutée par les philosophes. La honte qui accompagne certaines actions que tont le monde regarde comme innocentes en elles-mêmes, est-elle imprimée dans le cœur de homme par la nature, ou provient-elle de l'habitude et de la coutume ? Si lu honte n'a d'autre origine que la coutume des nations , il ne sera peut-être pas aisé de remonter à la source de cette coutume, quelque générale qu'elle soil ; si celte honte est une suite de l'instinct naturel, 1l ne sera pas moins difficile de découvrir comment elle est anéantie ou sans force parnn ces peuples, chez qui on n’en trouve pas la moindre trace.

« Le 14 etle 15, nous eûmes une autre occasion de connaître si tous les Taïtiens étaient complices des projets que quelques-uns de leurs compatriotes méditatent contre nous. La nuit du 13 au 14, on vola une de nos pièces à l’eau, qui était à côté dn fort. Le man, nous ne vîmes pas un insulaire qui ae Jstruit du vol; cependant nous jugeñmes qu'ils n'étaient pas d'intelligence avec les voleurs, ou qu'ils trahissaient leurs associés ; car 1ls paraissalent Lous disposés à nous indiquer où nous pourrions retrouver la barrique. M. Banks alla pour la chercher dans un endroit de la baie, où l'on nous

dit qu’elle avait été mise dans une pirogue; mais comme cette piéce à l'eau ne nous était pas fort nécessaire, 1l ne fit pas beaucoup de recherches pour la recouvrer, Lorsqu'il fut de retour, Toubouraï- Tamuidé Jui dit qu'avant le lendemain matin on nous volerait une autre barrique. Il n’est pas aisé de conjecturer comment il avait appris ce projet ; il est sûr qu'il n’était pas du complot; car il vint, avec sa femme et sa famille, dans l'endroit où étaient placées les pièces à l’eau; il y dressa ses lits, en disant qu'en dépit du voleur il nous donnerait un gage de leur sûreté. Nous ne voulûmes pas y consentir : nous lui fimes entendre qu’on placerait une sentinelle jusqu’au maun, pour faire la garde autour des barriques ; il retira alors ses lits dans la tente de M. Banks , où il passa la nuit avec sa famille ; il fit signe à la sentinelle, en la quittant, d'être bien sur ses gardes. Nous reconnümes bientôt qu'il avait été bien informé : le voleur vint vers minuit; mais s'apercevant qu’on avait mis un sol‘! pour veiller sur les barriques , il s'en alla sans rien dérober.

« L'aventure du couteau avait beaucoup augmenté la confiance de M. Banks en Toubouraï-Tamuidé, et il ne se défiai. point de lui; le Taïtien fut exposé par la suite à des tentations que sa probité et son honneur ne purent pas surmonter. Il s'était trouvé plusieurs fois dans des occasions favorables de commettre quelque vol, et il avait résisté ; mais il fut enfin séduit par les charmes enchanteurs d’un panier de clous : css clous étaient

plus jusq été | de I accè que cach dit à aval en é y en cinq du © qu'il gran sur] à Ep un, de L mie pou « pas que par clot jest d’al aval «

€; mais s fort né-

es pour 1bouraiaun on pas aisé à projet; ril vint, ju étaient s lis, en nerait un s y conerait une e autour tente de ile ; il fit * bien sur | avait té ut; mais ur veiller ‘rober.

oup augourai-T'ae Taiuien 1e Sa proionter. Il sions fa- | avait ré-

rines enus étaient

DES VOYAGES. 77 plus grands que tous ceux que nous avions donnés jusqu'alors en échange aux Taïtiens , et 1ls avaient été laissés , peut-être par négligence, dans un coin de la tente de M. Banks, où le chef avait un libre accès. Celui-ci ayant relevé par inadvertance quel-

que partie de son habillement sous lequel ilenavait.

caché un , le domestique de M. Banks le vit, et le dit à son maître. M. Banks sachant qu'on ne lui avait pas donné ce clou, et qu'il ne l'avait pas recu en échange, examina sur-le-champ le panier où il y en avait sept, et il remarqua qu'il en manquait cinq. Il accusa avec répugnance Toubouraï-Tamaïdé du délit : le Taïuen avoua le fait; maisla douleur qu'il en ressentit n’était probablement pas plus grande que celle de l'accusateur. On lui redemanda sur-le-champ les clous, et il répondit qu'ils étaient à Eparré; cependant il jugea à propos d'en montrer un, parce que M. Banks paraissait fort empressé de les ravoir , et qu'il lui faisait quelques signes de menace, Toubouraï-Tamaïdé fut conduit au fort pour y être jugé par la voix générale.

« Nous devions faire voir que nous ne regardions pas son offense comme légêre; cependant , aprés quelque délibération, nous lui dîmes qu'on li pardonnerait s’il voulait rapporter les quatre autres clous au fort; 1l consentit à cette condition ; mais je suis fâché de dire qu'il ne la remplit pas : au lieu d'aller chercher les clous, il se retira avec sa famille avant la nuit, en emportant tous ses meubles.

« Comme notre chaloupe semblait faire eau , j'en

78 HISTOIRE GÉNÉRALE fis examiner le fond , et je fus fort surpris de trouver qu'elle était tellement rongée par les vers, qu'il fallait absolument en refaire une neuve. Les ofliciers qui avaient été de l'expédition du Dauphin me dirent que leurs canots n'avaient pas essuyé de semblable accident ; c'est pourquoi je ne m'y attendais pas. Je craignis que la pinasse ne fût dans le même état; mais, en la visitant, j'eus la consolation de voir qu'elle n'avait point été endommagée par Les vers, quoiqu'elle ft construite du même bois, et qu'elle eût été dans la même eau que la chaloupe. Je pense que cette différence provenant de ce que la chaloupe avait été enduite de gondron, etla pinasse d’une composition de céruse et d'hnile. Les fonds de tous les canots destinés à naviguer dans ces mers doivent done être espalmés comme la pinasse, et les vaisseaux fournis de tout ce qui est nécessaire pour les caréner quand ils en auront besoin. |

« Anrés avoir reçu différens messages de Toutabah, qui nous mandait que si nous voulions lui rendre visite, il reconnaîtrait cette complaisance par un présent de quatre cochons, j'envoyai M. Hicks, mon premier lieutenant , afin de voir s’il ne scrait pas possible de s’en procurer quelques-uns sans cela; je lui ordonnai en même temps de faire au chef taïtien toutes sortes de politesses, M. Hicks le trouva éloigné d'Éparré, dans un lieu appelé T'ettahah, situé à cinq milles plus à l'ouest. Toutahah le recut avec beaucoup de cordialité ; il lui montra

surmal à q mal:

ct q tem don:

« sa fe fois il pa pas etn aval quel guer

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ers, qu'il Les ofli- Dauphin ssuyé de e m'y at- » für dans la consoommagce du même au que la provenail woudron, et d'huile.

naviguer 5s comme put ce qui en auront

de Toutaulions lui isance par M. Hicks, I ne serait Suns Sans e faire au . Hicks le ppelé T'et- Toutahah ai inmONtra

DES VOYAGES, 7) sur-le-champ un cochon , et lui dit que, dans la matinée, on amenerait les trois autres qui étaient à quelque distance. M. Hicks attendit volontiers ; mais comme les trois cochons ne venaient point, et qu'il ne jugea pas à propos de rester plus longtemps, il s'en revint avec celui qu'on lui avait donné.

« Le 25, Toubourai-Tamuïdé , accompagné de sa femme Tomio, parut à la tente pour la première fois depuis qu'on l'avait découvert volant des clous; il paraissait affligé et crainuif; cependant il ne crut pas devoir chercher à regagner nos bonnes grâces et notre amiué en rendant les quatre clous qu'il avait emportés. La froideur et la réserve avec lesquelles M. Banks et les autres le traitérent n'étaient gucre capables de lui inspirer du calme et de la gaité : 11 ne demeura pas long-temps , et il partit brusquement. M. Monkhouse, le chirurgien , alla le lendemain , dans la matinée , pour opérer la réconciliation; 11 tâcha de Jui persuader de rendre les clous, mais il ne put ÿas y réussir,

« Le 27, ii fut décidé ne nous irions voir Toutahah, quoique nous ne comptassions pas beauboup sur les cochons qu'il avait promis pour nos peines. Je m’embarquai dès le grand matin dans la pinasse avec MM. Banks et Solander et trois autres personnes. Ce chef avait quitté Tettahah, où M. Hicks l'avait trouvé, et il était dans un endroit appelé Ætahourou, à six milles plus loin. Comme nous ne pümes pas faire plus de ia moitié du che-

min en canot, il était presque nuit lorsque nous arrivâmes. Nous vimes Tontahah assis comme à l'ordinaire sous un arbre, et environné d'un grand nombre de Taïtiens; nous lui fimes nos présens, qui consistaient en un habit et un japon d'étoile jaune, et quelques autres bagatelles qu'il recut avec plusir. Hordonnasur-le-champ de tuer et d'appréter un cochon pour Le souper, en nous promettant quil nous en donnerait plusieurs le lendemain ; mais nous avions moins envie de nous régaler dans ce voyage, que de remporter des rafraîchissemens dont le fort avait besoin ; nous le primes de ne pas faire tuer le cochon, et nous soupâmes des fruits du pays. Conime la nuit approchait, et qu'il y avait dans ce lieu plus de monde que les maisons et les canots n'en pouvaient contenir, et entre autres Obérca, sa suite et plusieurs autres Taïtiens que nous connaissions , nous commencimes à chercher des logemens; nous étions au nombre de six.

M. Banks fut assez heureux pour qu'Obéréa lui oflrit une place dans sa pirogue; 1l nous souhaita une bonne nuit, nous quitta, et alla se coucher de bonne heure, suivant la coutume du pays ; 1l ta ses habits, comme à l'ordinaire , à cause de la chaleur : Obéréa lui dit amicalement qu'elle voulait les garder, paree qu'à coup sûr on les volerait, si elle n'en avait pas soin. M. Banks avant une pareille sauvegarde, s'endormit avec toute Ja tranqullité imaginable ; 1l s'éveilla sur les onze heures, et vou-

lant sortir pour quelques besoins, il chercha ses

habi

cer ; le-cl leva flam M. 1 piro, et 50 M. B on n pris :

poud poch revin ieme avoir sil,n

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que nous me à loran grand présens ; n d'étofle ‘eeul avec t d'appréromelLtant ndemain ; caler dans hissemens s de ne pas

des fruits uil y aval sons et les tre autres tiens que à chercher re de six.

Dbéréa lui 15 souhaita ‘oucher de ays ; il Ôta e de la chale voulait rat, st elle ne pareille tranquilité res, et vou-

hercha ses

DÉS VOYAGES, 81 habits dans Pendroit où if avait vu Obéréa les placer; mais 1s n'y étaient plus, Il éveilla Obéréa surle-champ. Dès qu'elle entesdnt sa plainte, elle se leva précipitamment, ordonti4 qu'on allumät des flambeaux, et se mit en devoir de retrouver ce que M. Banks avait perdu. Toutahah dormait dans Ja pirogue voisine : alarme du bruit, 1 vint vers eux, et sortit avec Obéréa afin de découvrir le voleur. M. Banks n’était pas en état de les accompagner : on ne Jui #: ait rien laissé que sa culotte ; on avait pris son habit, sa vesic, ses pistolets, sa poire à poudre et plusieurs autres effets qui étaient dans ses poches. Une demi-heure après, Obéréa et Foutaha revinrent, mais sans avoir rien appris mi sur les vétemens, ni sur le voleur, M. Banks commmenca à avoir des craintes; on n'avait pas emporté son fusil, mais il avait négligé de Le charger; il ne savait pas où le docteur Solander et moi passions Ja nuit, et, en cas de besoin, 1l ne pouvait pas recourir à notre secours. Il crut cependant qu'il valit micux ne point montrer de crainte n1 de soupcon à F/gard des Taïtieus avec qui il était; 11 donna son fusil à Topia, qui s'était éveillé au milieu du désordre, et qu'il charge d'en prendre soin , en Îe priant en même temps de rester couché. I ajouta qu'il était satisfait des peines que Toutahah et Ohéréa avaient prises pour retrouver ses effets, quoiqu'elles eussent été inutiles. M. Banks se recoucha assez agité ; il entendit bientôt après de la musique, ét il vit des lumières à peu de distance sur le rivage : c'était

un concert où assemblée qu'ils appellent heiva, nom général qu’ils donnent à toutes les fêtes publiques. Comme ce spectacle devait nécessairement rassembler beaucoup d’indiens, et que je pouvais peut-être m'y trouver, ainsi que d’autres Anglais, M. Banks se leva pour y aller aussi. Les lumières et le son l’'amenèrent dans une case où j'étais avec trois autres personnes du vaisseau. Il nous distingua aisément du reste de la foule ; 1l s'approcha presque nu, et nous raconta sa triste aventure ; nous le consolâmes comme les malheureux se consolent entre eux : nous lui dîimes que nous avions élé aussi maltraités que lui; je lui fis voir que J'avais les jambes nues, et lui dis qu’on avait volé mes bas sous ma tête, quoique je fusse sûr de ne pas avoir dormi. Mes compagnons lui pronvérent aussi, en se montrant, qu'ils avaient perdu leur habit. Nous résolümes pourtant d'entendre la musique, quelque mal vêtus que nous fussions. Le concert était composé de quatre tambours, de trois flües et de plusieurs voix; il dura environ une heure; et lorsqu'il fut fini, nous nous retirâmes dans les endroits où nous avions couché, après être convenus que jusqu’au lendemain matin nous ne ferions aucune démarche pour retrouver nos Habits.

« Le 28, nous nous levâmes à la pointe du jour, suivant l'usage de l’île. Le premier homme que vi M. Banks fut Topia, qui gardait fidélement son fusil. Obéréa lui apporta bientôt quelques vête-

mc sie hal té nou poi nis.

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e pouvais s Anglais, umières et 'étais avec us distins'approcha aventure ; eux Se CONous avions s voir que n avait volé à sùr de ne pronvérent perdu leur dre la muussions. Le urs, de trois n une heure; nes dans les ès être conin nous ne trouver noi

inte du jour.

mme que vil Aélement son elques vête-

mens de son pays, pour lui servir au défaut des siens ; de sorte qu’en nous abordant il portait un habillement bigarré, moitié à la taïtienne et moitié à l'anglaise. Excepté le docteur Solander, dont nous ne connaissions pas le gîte, et qui n'avait point assisté au concert, nous fümes bientôt réunis. Peu de temps après, Toutahah parut, et nous le pressâmes de chercher nos habits qu'on avait dérobés ; mais nous ne pûmes jamais lui persuader, non plus qu’à Obéréa, de faire aucune démarche à cet effet, et nous soupçonnâmes alors qu'ils étaient complices du vol. Sur les huit heures, M. Solander vint nous joindre; il avait passé la nuit dans une case à un mille de distance, chez

des hôtes plus honnêtes que les nôtres, et on ne

lui avait rien pris.

« Nous perdîmes alors tout espoir de recouvrer nos habits, dont en effet nous n'avons jamais entendu parler dans la suite, et nous passâmes toute la matinée à demander les cochons qu'on nous avait promis ; mais nos tentatives furent également sans succès. Sur le midi, nous marchâmes vers le

canot, assez mécontens, et n’emportant rien avec

nous que ce que nous avions acheté la veille du boucher et du cuisinier de Toutahah.

« En retournant au canot , nous eûmes un spectacle qui nous dédommagea , en quelque manière, de nos fatigues et de nos pertes. Chemin faisant, nous arrivämes à un des endroits en petit nombre, où l'île n’est pas environnée par des récifs, et où

par conséquent un ressac violent brise sur la côte ; les lames étaient des plus effrayantes que j'eusse jamais vues ; 1l aurait été impossible à un de nos canots de s’en tirer ; et si le meilleur nageur de l'Eu. rope avait été, par quelque accident, exposé à leur furie, je suis persuadé qu'il y aurait été bientôt englouti par les flots ou écrasé contre les grosses pierres dont le rivage était couvert. Ce pendant nous y vîimes dix ou douze Taïtiens qu

nagealent pour leur plaisir; lorsque les flots bri-

saient près d'eux, ils plongeaient par-dessons et reparaissaient de l'autre côté avec une adresse et une facilité inconcevables. Ce qui rendit ce spectacle encore plus amusant, ce fut que les nageurs trouvérent au milieu de ces brisans l’arriére d’une vieille pirogue ; ils le saisirent et le poussérent devant eux en nageant jusqu’à une assez grande dhistance en mer; alors deux ou trois de ces insulaires se mettaient dessus, et, tournant le bout carrt contre la vague, ils étaient chassés vers la côt avec une rapidité incroyable, et quelquefois mêmr jusqu’à la grève; mais ordinairement la vague brisait sur eux avant qu'ils fussent à moitié chemin, et alors ils plongeaient et se relevaient d'un autre

côté en tenant toujours ce reste de pirogue : ils 5

remettaient à nager de nouveau au large, et revenaient ensuite par la même manœuvre, à peu pré comme nos enfans dans les jours de fêtes grimpent la colline du parc de Greenwich, pour avoi le plaisir de se rouler en bas. Nous restâmes plu

d'un nant n’en à ce alors an fc « nalu ne sc peme les he cun par Î maire, nous SOyO opérs

sus d îirent

danse perfe ont c ticuli avec

draie inco progi arts. | preu pres

ur la côte ; > j'eusse jade nos caur de l'Eu.

, CXpOSÉ à it été biencontre les ouvert. Ce:

Taitiens qui

es flots bri-

r-dessons et le adresse el idit ce spec- * les nageurs irrière d'une ussérent degrande disle ces 1nsule bout car vers Ja cot puefois méme la vague br:

iié chemin,

nt d'un autr

* ss r'ogue : 1ls

irge , et reve e, à peu pre e fêtes grimh , pour avoi restiämes plu

d'une demi-heure à contempler cette scène étonnante, Pendant cet intervalle, aucun des nageurs n’entreprit d'aller à terre ; ils semblaient prendre à ce jeu le plaisir le plus vif; nous continuâmes alors notre route, et enfin le soir nous arrivämes au fort.

« On peut remarquer à cette occasion que Ja nature humaine est douée de plusieurs facultés qui ne sont portées que rarement au degré de développement dont elles sont susceptibles, et que tous les hommes sont capables de certains efforts qu'aucun d'eux ne fuit, à moins qu'il n’y soit porté par le besoin ou par des circonstances extraordinaires. Ces nageurs, en déployant les forces dont nous avons tous l'usage, à moins que nous ne soyons attaqués de quelque infirmité paruculiére, opéraient des prodiges qui nous semblent au-dessus de la nature. Des exemples plus familiers montrent encore la vérité de cette observation. Les danseurs de corde et les voltigeurs ne font que perfectionner des facultés que tous les individus ont comme eux ; ils n’ont point recu de don particulier de la nature : tous les hommes, il est vrai, avec autant d'exercice et d'habitude, ne devien draient pas aussi habiles dans leur art; mais il est incontestable qu'ils y feraient du moins quelques progres : 1l faut en dire antant de tous les autres arts. L'exemple des aveugles nous fournit une autre prenve que l’homme a des facultés dont il ne fait presque jamais usage, On ne peut pas supposer que

la perte d'un sens donne plus de force à ceux qui

restent, comme l’amputation d’une branche d’arbre rend plus vigoureuses celles qui sont encore attachées au tronc. Tout homme peut donc acquérir, par les organes de l'ouïe et du toucher, la délicatesse et la finesse qui nous surprennent dan ceux qui ont perdu la vue. Si les aveugles ne perfectionnent pas également leur intelligence, c'est qu'ils n’en ont pas également besoin. Celui qui jouit de sa vue est le maître de faire par choix ce que l’homme privé de ses yeux fait par nécessité ; et s'il voulait s'appliquer comme lui à exercer ses organes , 1l les rendrait aussi parfaits. Afin d’encourager les efforts du genre humain, établissons donc pour principe d’un usage universel, que quiconque fera tout ce qu'il peut fera beaucoup pius qu'on ne croit communément possible.

« Parmi les insulaires qui nous étaient venus voir, il y en avait quelques-uns d’une île voisine, appelée par eux £imeo, et que le capitaine Wallis a nommée île du duc d'Fork. Ils nous parlérent de vingt-deux îles situées dans les environs de Tai.

« Comme le jour où nous devions faire nos observations astronomiques approchait, je résolus, en conséquence de quelques idées que m'avait données lord Morton, d'envoyer deux détachemens, afin d'observer le passage de Vénus dans différens endroits, espérant que, si nous ne réussissions pas à Taïti, nous aurions ailleurs un meil-

ler no fai:

d'e ( Vér cha rin con cux de 1 mat et P un « de notr où 1

avalé

per mid ram rent poi nl P P i mo rent obse de roc

ceux qui che d’ar-

t encore 1c acqué-

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DES VOYAGES, 87 leur succès. Nous nous occupâmes donc à préparer nos instrumens et à montrer l'usage qu'il en fallait faire à ceux de nos officiers que je me proposais d'envoyer dans un autre endroit.

«Le 1° juin, deux jours avant le passage de Vénus, je fis partir pour Eimeo, dans la grande chaloupe, M. Gore et MM. Monkhouse et Spoing, à qui M.C avait donné des instrumens convenables. À ugea à propos d aller avec eux, et il fut a « de Toubourai-Tamaïde, de Tomio et de piusieurs Taïtiens: Dès le grand matin du 3, j'envoyai M. Hicks avec MM. Clerck et Petersgill, nos contre-maîtres, et M. Saunders, un des midshipmen, dans la pinasse, dans l'est de Taïti, afin d'y choisir, à quelque distance de notre principal observatoire, un lieu convenable où ils pussent employer les instrumens qu'ils avaient aussi emportés pour le même dessein.

« Malgré toute la célérité qu'on mit pour équiper la chaloupe, elle ne fut prête que dans l'après: midi; nos gens, qui étaient à bord, après avoir ramé la plus grande parte de la nuit, l’ammenérent enfin au-dessous de la terre d’Eimeo. A la pointe du jour du 2, ils virent une pirogue qu'ils appelèrent. Les Indiens qu’elle avait à bord leur montrérent un passage à travers le récif ; ilsy entrèrent, et ils choisirent bientôt après, pour lieu de leur observatoire , un rocher de corail qui s'élevait hors de l’eau, à environ cinq cents pieds de la côte; ce rocher en avait deux cent cinquante de longueur

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pour l'opération importante du lendemain. Sur ces

entrefaites, M. Banks, suivi des insulaires de Taïti et de ceux qu'il avait rencontrés dans la pirogue, alla dans l'intérieur de l’île pour y acheter des provisions ; il s’en procura effectivement une quantité suffisante avant la nuit: Lorsqu'il revint au rocher, il trouva l'observatoire en ordre et les télescopes fixés et éprouvés. La soirée fut trés-belle ; cependant l'inquiétude ne leur permit pas de prendre beaucoup de repos pendant la nuit : chacun faisait la garde à son tour l'espace d’une demi-heure; il allait satisfaire l'impatience des autres, et il leur rapportait la situation du’temps; quelquefois encourageant leur espérance ; en disant que le ciel était serein, et d’autres fois les alarmant en leur

‘annonçant qu’il était couvert. :

« Il furent debout dés la pointe du jour du 3, et 1ls eurent la satisfaction de voir le soleil se lever sans nuage. M. Banks souhaitant alors un:heureux succés à-nos observateurs, M. Gore et M. Monkhouse, retourna uñe seconde fois dans l’île pour

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fratchissemens. Pour:faire ses échanges avec les naturels , ilse plaça sous un arbre ; etafin de n'être pas poussé par la foule, il traça autour de lui un cercle dans lequel il ne leur permit: pas d’entrer.

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« Sur les huit heures, il aperçut deux pirogues qui voguaient vers l'endroit où il était, et les insulaires lui firent entendre qu’elles appartenaient à Tarrao , roi de l’île, qui venait lui rendre visite. Dès que les pirogues s'approchèrent de la côte, le peuple se rangea en haïe depuis le rivage jusqu’au lieu du marché, et sa majesté débarqua avec sa sœur Néna. Comme ils s’avançaient vers l'arbre sous lequel était M. Banks, il alla à leur rencontre, et il les introduisit en grande cérémonie dans le cercle, dont il avait écarté les autres insulaires. C'est la coutume de ces peuples de s'asseoir pendant leurs conférences. M. Banks développa une espèce de turban d’étofle de l'Inde, qu'il portait sur sa tête en place de chapeau ; il l’étendit à terre, et ils s’assirent tous ensemble. On apporta alors le présent royal, qui était composé d’un chien, d'un cochon, de quelques fruits à pain, de cocos et autres choses pareilles. M. Banks envoya une pirogue à l'observatoire pour y porter ce présent : les messagers revinrent avec une hache , une chemise et des verroteries qu’il offrit à sa majesté, qui les reçut avee beaucoup de satisfaction.

« Pendant cet intervalle , Toubouraïi- Tamaïde et Tomio arrivérent de l’observatoire ; Tomio dit qu’elle était parente de Tarrao ; elle lui fit présent d'un grand clou, et donna en même temps une chemise à Néna.

« Après le premier contact intérieur de Vénus avec le soleil, M. Banks retourna à l’observatoire

emmenant avec lui Tarrao , Néna et quelques-uns des principaux personnages de leur suite, parmi lesquels il y avait trois jeunes femmes très-belles. Il leur montra la planette au-dessus du soleil , et tächa de leur faire entendre que ses compagnons et lui avaient quitté leur pays pour venir observer ce phénomene. Bientôt après, M. Banks retourna avec eux à l’île d'Eimeo ; il y passa le reste de la journée à en examiner les productions, qu'il trouva à peu près les mêmes que celles de Taïu. Les hommes qu'il y vit ressemblaient aussi entièrement aux naturels de cette dernière île, et il en reconnut plusieurs pour les avoir déjà vus à Taïti; de manière que tous ceux avec qui il fit des échanges connaissaient ses marchandises ct leur valeur.

« Le lendemain au matin 4, nos observateurs pliérent leurs tentes pour s’en revenir, et arrivèrent au fort avant la nuit.

« L'observation fut faite avec un égal succés au fort, et par les pers-"'nes que j'avais envoyées dans l'est de l’île ; depz - lever du soleil jusqu’à son coucher il r’y eut pas un seul nuage au ciel, et nous observémes, M. Green, le docteur Solander et moi, tout le passage de Vénus avec la plus grande facilité. Le télescope de M. Green et le mien étaient de la même force, et celui du docteur Solander était plus grand. Nous vimes tous, autour de la planète, un brouillard nébuleux, qui rendait moins disuncts les temps des contacts, et surtout des con-

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tacts intérieurs; ce qui nous fit différer les uns les autres dans nos observations plus qu’on ne devait l’attendre.

« Nous trouyâmes que notre observatoire était situé au 17° degré 29 minutes 15 secondes de latitude sud, et au 149° degré 32 minutes 30 secondes de longitude ouest de Greenwich.

« Si nous avions des raisons de nous féliciter du succès de notre entreprise , quelques-uns de nos gens avaient profité du temps de manière à nous causer bien du regret. Pendant que les officiers étaient tous occupés à observer le passage de Vénus , des matelots enfoncèrent un des magasins , et volérent près d’un cent pesant de clous à fiche. Le cas était sérieux et de grande importance ; car si les voleurs avaient répandu ces clous parmi les Taïtiens, ils nous auraient fait un tort irréparable en diminuar:i la valeur du fer, qui était la principale marchandise que nous avions apportée pour commercer avec ces insulaires. On découvrit un des voleurs; mais on ne lui tronva que sept clous : il fut puni par vingt-quatre coups de fouet, et il ne voulut jamais révéler ses complices.

Le 5, nous célébrâmes l'anniversaire du jour de la naissance du roi ; nous aurions dù faire cette cérémonie la veille , muis nous attendîmes pour cela le retour de nos officiers , qui étaient allés observer le passage de Vénus. Plusieurs des chefs taitiens assistérent à cette fête : ils burent à la santé de sa majesté sous le nom de Xihiargo, qui était

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le son le plus approché qu'ils pouvaient rendre pour exprimer le roi George.

Il mourut à cette époque une vieille femme d'un certain rang, et qui était-parente de Tomio. Cet incident nous donna occasion de voir comment ils disposent des cadavres , et nous confirma dans l'opinion que ces peuples n’enterrent jamais leurs morts, contre la coutume de toutes les autres nations actuellement connues. Au milieu d’une petite place carrée , proprement palissadée de bambous, ils dressèrent sur deux poteaux le tendelet d'une pirogue, et ils placérent le corps en-dessous, sur un châssis, tel que nous l'avons décrit plus haut. Le corps é‘ait couvert d’une belle étoffe, et on avait placé près de lui du fruit à pain, du poisson et d’autres provisions. Nous supposämes que les alimens étaient préparés pour l'esprit du défunt, et que par conséquent ces Indiens ont quelques idées confuses de l'existence des âmes après Ja mort; mais lorsque nous nous adressimes à Toubouraï-Tamaïidé , afin de nous instruire plus particuliérement sur cette matière, 1l nous dit que ces alimens étaient des offrandes qu’ils présentaient à leurs dieux. Ils ne supposaient cependant pas que les dieux mangeassent , ainsi que les Juifs ne pensaient point que Jehovah pût habiter dans une maison. 11 faut regarder leur offrande de l: même manière que le temple de Jérusalem, c'est-à-dire, comme un témoignage de respect et de reconnaissance , et un moyen de solliciter la présence plus

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immédiate de la divinité. Vis-à-vis le carré, 11 ÿ avait un endroit où les parens du défunt allaient payer le tribut de leur douleur; et au-dessous du tendelet, on trouvait une quantité innombrable de petites pièces d’étoffes , sur lesquelles les pleureurs avaient versé leurs larmes et leur sang; car dans les transports de leur chagrin, c’est un usage universel parmi eux de se faire des blessures avec la dent d'un requin. A quelques pas de là, on avait dressé deux petites huttes; quelques parens du défunt demeurent habituellement dans l’une, et l’autre sert d'habitation au principal personnage du deuil, qui est toujours un homme revêtu d’un habillement singulier, et qui fait des cérémonies que nous rapporterons plus bas. On enterre ensuite les os des morts dans un lieu voisin de celui où on élève ainsi les cadavres pour les laisser tomber en pourriture.

« Il'est impossible de deviner ce qui peut avoir introduit parmi ces peuples l'usage d'élever le mort au - dessus de la terre, jusqu'à ce que la chair soit consumée par la putréfaction, et d’enterrer ensuite les os; mais c’est une chose digne de remarque, qu'Elien et Apollonius de Rhodes attribuent une coutume semblable aux anciens habitans de la Colchide, pays situé près du royaume de Pont en Asie, et qu'on appelle aujourd'hui la Mingrélie ; excepté pourtant que cette manicre de disposer des morts n'avait pas licu pour les deux sexes; ils enterraient les femmes,

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mais ils enveloppaient les hommes morts dans une peau, et les suspendaient en l'air avec une chaîne. Cet usage des habitans de la Colchide avait sa source dans leur croyance religieuse. La terre ct l'air étaient les principaux objets de leur culte ; et l'on croit que, par une suite de quelque principe superstitieux , ils devouaent leurs morts à ces deux élémens. Nous n'avons jamais pu découvrir positivement si les Taïtiens adoptent de pareils principes; mais nous reconnûmes bientôt que les cimetières sont aussi des lieux où ils vont rendre une sorte de culte religieux. Nous observerons en passant, que quoiqu'il soit très-absurde d'imaginer que le honheur ou lemalheur d’une vie future dépend , en quelque manière, de la façon dont on disposera des cadavres , lorsque le temps de l’épreuve sera passé ; cependant rien n’est plus général que cette espèce d'inquiétude parmi leshommes. Malgré le mépris que nous avons pour les cérémonies funéraires , qui ne nous sont point familières par l'habitude , ou que la superstition ne nous a pas rendues sacrées, la plupart des hommes s'occupent gravement à empêcher que leur corpsne soit rompu dans un champ par le hoyau du laboureur, ou dévoré par les vers , lorsqu'il ne sera plus capable de sensation ; ils le font placer à prix d'argent dans une terre sainte, lors même qu'ils croient que le sort de sa future existence est irrévocablement décidé. Nous sommes si fortement portés à associer des idées de sensations agréables ou douloureuses

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aux opinions et aux actions qui nous affectent pendant lu vie, que nous agissons involontairement, comme si aprés la mortelles devaient faire la même impression sur nous, ce que pourtant personne n’oserait soutenir.

« Ainsi il arrive que le désir de conserver sans tache ou de transmettre avec honneur le nom que nous laissons après nous, est un des plus puissans motifs qui règle les actions mêmes des nations les plus éclairées. On doit convenir, dans tous les principes, que les morts sont insensibles à la réputation qu'ils laissent après eux ; cependant , excepté dans les hommes vils que l'habitude de la bassesse et du crime a rendus indifférens à l'honneur et à la honte, la force de la raison et les réflexions du sage ne peuvent pas surmonter ce penchant que nous avons tous de laisser un nom irréprochable ou célébre, lorsque nous ne serons plus : c'est là sans doute une des plus heureuses imperfections de notre nature , dont le bien général de la société dépend jusqu'à un certain point; et comme on prévient quelques crimes en suspendant avec des chaînes le corps d’un criminel après sa mort, de même, le désir d’écarter l’infamie de notre tombe, ou d’acquérir de l'honneur lorsqu'il ne restera plus de nous que le nom, procure de grands avantages à la société , et arrête bien des maux.

« Des mœurs absolument nouvelles nous montrent les folies et les absurdités des hommes séparés de ces idées particulières, qui, par leurs associa-

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