‹ Abrégé de l'histoire générale des voyages [microforme] (volume 2)Chapitre 33 sur 36 · LOS Æ · texte numérisé non relu

LOS Æ

pieds de long et de dix-huit pouces de large, et qui était fait d'écorces d'arbres. Un des hommes qui s’opposa à notre débarquement le prit dans une hutte, et lorsqu'il s'enfuit, il le laissa derrière lui. En le ramassant, nous reconnûmes qu'il avait été transpercé près du centre par une lance pointue. L'usage de ces boucliers est sûrement trés-fréquent parmi ces peuples; car, quoique nous ne leur en ayons jamais vu d’autres que celui là, nous avons souvent rencontré des arbres d’où ils semblaient manifestement avoir été pris, et ces marques se distinguaient aisément de celles qu'ils avaient faites en enlevant l'écorce pour les espèces de seaux dont nous avons parlé. Quelquefois aussi nous trouvâmes des formes de boucliers découpées sur l'écorce qui n’était pas encore enlevée ; cette écorce était un peu élevée sur les bords, à l'endroit de l'entaillure; de sorte que ces peuples semblent avoir découvert que l'écorce d’un arbre devient plus épaisse et plus forte quand on la laisse sur le tronc, après l'avoir découpée en rond.

« Les pirogues de la Nouvelle-Hollande sont aussi grossières et aussi mal faites que les cabanes. Celles de la partie méridionale de la côte ne sont qu'un morceau d’écorce d'environ douze pieds de long, dont les extrémités sont liées ensemble, tandis que de petits cerceaux de bois tiennent les parties du milieu séparées. Nous avons vu une fois

trois personnes sur un bâtiment de cette espèce. Dans une eau basse , ils les poussent en avant avec

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DES VOYAGES. 571 une perche; dans une cau profonde, ils les font marcher avec des rames d'environ dix-huit pouces de long , et le conducteur du bateau en tient une à chaque main. Quelque grossiers que soient ces canots, ils ont plusieurs genres de commodités ; ils tirent peu d'eau, et sont très-légers, de sorte qu’on les méne sur des bancs de vase pour y pêcher des coquillages. Cet usage est le plus important auquel on les puisse employer, et ils valent peut-être mieux pour cet objet que des bateaux différemment construits. Nous remarquâmes au milieu de ces pirogues un monceau d'algues marines sur lesquelles était un petit feu , probablement afin de griller le poisson et de le mangerau moment où on le prenait.

« Les pirogues que nous vimes en avançant plus au nord , étaient faites non pas d’écorce, mais d’un tronc d'arbre creusé peut-être par le feu. Elles avaient environ quatorze pieds de long, et comme elles étaient très-étroites, elles avaient un balancier afin de les empêcher de chavirer. Celles-ci mar- : chent au moyen de pagaies qui sont si grandes qu'il faut employer les deux mains pour en manier une. L'intérieur de la pirogue ne paraît pas avoir été travaillé à l'aide d’un instrument; mais à chaque extrémité le bois est plus long sur le plat-bord qu’au fond, de sorte qu'un morceau ressemblant au bout d’une planche, s'avance en suillie au-delà de la partie creuse. Les côtés sont assez épais, mais nous n'avons pas eu occasion de connaître comment ces sauvages abattent ct taillent ensuite

372 HISTOIRE GÉNÉRALE leur arbre. Nous n'avons découvert parmi eux d'antres instrumens qu'une hache de pierre fort mal faite, quelques petits morceaux de la même matière en forme de coins, un maillet de bois et des coquillages où des fragmens de corail. Pour polir leurs bâtons à jeter et les pointes de leurs lances, ils se servent des feuilles d’une espèce de figuier , qui mordent sur le bois presque aussi fortement que la préle dont nos menuisiers font usage. Ce doit être un travail bien long que de construire avec de pareils instrumens, même une de leurs pirogues telles que je viens de les décrire. Cette opération paraîtra absolument impraticable à ceux qui sont accoutumés à l'usage des métaux ; mais le courage persévérant surmonte presque toutes les difficultés; et l'hoinme qui fera tout ce qu'il peut faire, produira certainement des effets qui surpasseront beaucoup la borne qu'on assignait à ses forces.

« Les pirogues ne pt nt jamais plus de quatre hommes. Si un plus gr: « nombre à besoin de traverser une rivière, l’un de ceux qui sont venus les premiers, est obligé de retourner chercher les autres. Cette circonstance nous fit conjecturer que le bateau que nous vimes pendant que nous étions mouillés dans la rivière Endeavour, était le seul du voisinage. Nous avons quelques raisons de croire qu'ils se servent aussi de pirogues d’écorce dans les endroits où ils en construisent de bois, car nous trouvâmes sur une des îles sur lesquelles ils avaient

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