CHAPITRE PREMIER
Premières opérations du voyage jusqu'au départ de la Nouvelle-Zélande.
L4 seconde Campagne de Cook l’avait convert de
gloire en Angleterre et dans toute l'Europe. Le roi
d'Angleterre lui donra le grade de capitaine de
vaisseau et un emploi dans l'administration de l’hô-
pital de Greenwich. Le 29 février 1776, la Société
2 HISTOIRE GÉNÉRALE royale de Londres l'admit à l'unanimité dans son sein , et dans la suite elle lui décerna le prix fondé par sirt dfrey Copley, pour être donné à celui qui aurait fait Jes expériences les plus utiles à la conservation des hommes. Le soin qu’ilavait prisde la santé de ses équipages l'avait rendu digne de ceute distinction. De tels succès ne firent qu’augmenter , en Angleterre, le zèle des découvertes. Le comte de Sandwich, premier lord de l'amirauté, conçut l'idée d'une troisième expédition pour décider une grande question qui avait partagé les géographes. Il voulait vérifier s’il était possible de pénétrer dans le grand Océan par la baie d'Hudson, et sil existait un passage entre le nord de l'Amérique ct de l'Asie. Les fatigués que Cook avait éprouvées durant huit ans consécutifs empéchérent de lui proposer cette nouvelle entreprise. On ne voulut cependant pas perdre le fruit de son expérience et de ses lumières ; 1l fut consulté sur le plan de cette campagne et sur le choix de l’oflicier à qui on devait la confier. Cook, qui avait d'abord discuté assez froidement les avantages que l’on pouvait en attendre, et les moyens les plus propres de les obtenir, s'aniina insensiblement ; et lorsqu'on vint à lui parler de l'officier à qui l'on pouvait confier une mission de cette importance , 1l resta un 1instant dans le recueillement ; ensuite, s’élançant de son siége, il dit qu'il s’en chargerait lui-même. Cette proposition, qui répondait au désir que l'on n'avait osé exprimer, fut acceptée avec trans-
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DES VOYAGES. 5 port, et les préparatifs furent faits sans perdre de temps. (1)
Cook montait le vaisseau La Résolutions 1l avait sous ses ordres la Découverte, commandée par le capitaine Clerke, qui avait été son second lieutenant durant le dernier voyage autour du monde. Les deux vaisseaux furent équipés avec tout le soin possible, et munis de tout ce qui était nécessaire pour le voyage.
Le roi d'Angleterre, dont les vues bienfuisantes s'occupaient des hahitans de Taïui et des autres îles du grand Océan où aborderait Cook, lui ordonna d'y porter des animaux utiles à ces peuplades. On embarqua un taureau, deux vaches avec leurs veaux, quelques moutons, avec du foin et des graines pour leur subsistance. Cook se proposait d'en prendre encore d’autres au Cap.
« Afin de mieux remplir les généreux desseins du roi, on me donna, dit Cook , une quantité suffisante des graines de nos légumes qui pouvaient convenir aux habitans des îles du grand Océan, et ajouter à leurs moyens de subsistance.
« On me remit de plus, par ordre du bureau de l'amirauté, une foule de choses propres à augmenter l'industrie, et améliorer le sort des pays où je relâcherais. Les deux vaisseaux avaient d’ail-
(1) Voyez Biographie universelle , article Cook , par M. de Rossel, capitaine de vaisseau, chevalier de Saint-Louis, membre de l'Académie des sciences et du Bureau des longitudes.
leurs une cargaison assez considérable d'outils et d'instrumens de fer, de miroirs, de verroterie qu'ils devaient échanger contre des provisions ou donner en présent.
« On s’occupa avec le même zéle des besoins des équipages ; on leur donna des vétemens convenables pour les climats froids ; et on ne me refusa rien de ce qui pouvait, à quelques égards , contribuer à la santé, ou même à l'agrément de mes gens.
« Les soins de l’amirauté allérent plus loin encore, Ses membres s’empressérent de donner tous les moyens qui pouvaient rendre le voyage utile à toutes les nations. Ils envoyérent à bord plusieurs instrumens d'astronomie et de marine, que le bureau des Jlongitudes voulut bien me confier, ainsi qu'à M. King, mon second lieutenant ; nous promîmes l’un et l’autre de faire les observations nécessaires aux progrés de l'astronomie et de la navigation , et de remplacer à cet égard l'observateur de profession qu’on avait d'abord voulu engager.
« Le bureau des longitudes m’accorda la montre marine ou Île garde-temps que j'avais emporté dans mon second voyage, et qui avait toujours marché trés-exactement.
« On mit à bord de la Découverte un gardetemps, et autant d’instrumens d'observation que sur la Résolution : on les confia à M. Bayley, qui avait donné durant mon second voyage des preuves de son zèle et de son talent sur Z A4venture.
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« Le chirurgien, M. Anderson, qui aux connaissances de son art en joignait de profondes en histoire naturelle , se chargea de décrire tout ce qu'on trouverait digne d'attention dans cette science. Il m'avait accompagné dans mon second voyage , et m'avait rendu des services signalés.
« Je devais relâcher à Taïti et aux îles de la Sociélé avant de parcourir les parties septentrionales du grand Océan , et de me rendre à la côte nordoucst d'Amérique ; et le roi voulut profiter de cette occasion , qui semblait ne devoir jamais se retrouver, pour renvoyer O-maï dans sa patrie.
« O‘inaï quitta Londres avec un mélange de regret et de satisfaction. Lorsque nous parlions de! la Grande-Bretagne, et de ceux qui, durant son séjour en Europe, l'avaient honoré de leur protection et de leur amitié , il était vivement ému, et il avait peine à retenir ses larmes. Mais ses yeux étincelaient de plaisir dès que les îles de la Société devenaient la matière de notre conversation. Il était pénétré de l'accueil qu’il avait reçu en Angleterre, et il avait la plus haute idée de ce pays et de ses habitans ; mais le tableau des richesses et des trésors qu'il étalerait à son arrivée, et le flatteur espoir d'obtenir avec cette opulence une sorte de supériorité sur ses compatriotes, calmèrent peu à peu ses regrets.
« Le roi lui avait donné une quantité considérable de ces choses qu'on regarde comme d'utilité ou de luxe dans les îles du grand Océan ; il avait
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Éreitien
reçu d’ailleurs une foule de présens du même genre de lord Sandwich , de M. Banks , et de plusieurs autres personnes. Enfin on n’avait rien négligé durant son séjour à Londres , et on n’oublia rien à son départ de ce qui pouvait lui inspirer une haute idée de la grandeur et de la générosité de la nation britannique. » On verra plus bas, qu'arrivé dans sa patrie , il fit un mauvais usage de ses richesses , et que, loin de lui avoir procuré le bonheur sur lequel il comptait , il y a lieu de craindre qu’elles ne lui aient attiré de grands malheurs.
Les deux vaisseaux qui avaient été gréés et équipés en partie à Deptfort, partirent de ce port le 29 mai 1776, et arrivèrent à Plymouth le 30 juin.
Cook fait, avant de partir de Plymouth , deux réflexions bien intéressantes : « Au moment, dit:il, où nous allions commencer un voyage qui avait pour objet de faire de nouvelles découvertes sur la côte nord -ouest de l’Amerique septentrionale , l'Angleterre se trouvait dans la malheureuse nécessité d'envoyer desescadres etde nombreuses troupes de terre contre la partie orientale de ce continent , qui avait été reconnue et peuplée par nos compatriotes dans le dernier siècle. Cette circonstance assez singulière m'inspira des réflexions douloureuses. »
Il ajoute ensuite : « L'Europe fut si frappée de la hardiesse éclairée et du courage intrépide des
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navigateurs qui découvrirent le Nouveau-Monde, ou qui parcoururent les premiers la mer des Indes et le grand Océan , que leurs noms se sont transmis à la postérité avec ioute la gloire des anciens Argonautes. Nous n'avons pas, comme les peuples de l'antiquité, changé leurs vaisseaux en constellations ; mais long-temps aprés leur retour , on allait voir avec une sorte de respect les débris des bâtimens qui avaient fait des navigations si longues et si périlleuses. (1)
« Quant à moi et à mes braves camarades, qui vivons dans un siècle où l’art de la marine est trés -perfectionné, qui profitons des travaux de nos prédécesseurs, et qui les suivons comme nos guides , nous ne devons pas aspirer à la même cé- Iébrité. Le public cependant croit devoir encore quelques éloges à ceux qui vont reconnaître les parties du globe où les autres voyageurs ne sont point allés. »
La Résolution avait le même nombre d'officiers, de matelots et de soldats de marine que dans son premier voyage, c’est-à-dire cent douze hommes (2). Le complément de la Découverte était aussi le même
(1) Il n’en a pas été de même du vaisseau sur lequel Cook avait fait deux voyages , dont un sew eût suffi pour l’illustrer, La Résolution fut vendue à un négociant de Dunkerqut, qui l’employa à la pèche de la baleine, et elle changea même de nom,
(2) Le premier voyage de Za Résolution fut le second dn capitaine Cook.
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que celui de l’ Aventure, excepté senlement que six soldats de marine qu'elle avait à bord s’y trouvaient sans officiers. (1)
La Résolution sortit de la rade de Plymouth le 11 Juillet 1776 ; Cook était revenu de son second voyage autour du monde le 29 juillet de l’année précédente. Les préparatifs de l'expédition qu'il allait entreprendre l'occupaient depuis plus de six mois , et le lecteur remarqnera sans doute avec intérêt cette continuité de travaux.
Cook arriva à Ténér.ffe le 1°° août, et il y resta jusqu’au 4.
« Si l'ou jugeait, dit:l, de l’ileentière par l'aspect des campagnes aux envirors de Sainte-Croix, on en conclurait que Ténériffe est stérile, et qu’elle ne peut pas même fournir à la subsistance de ses habitans, Mais la quantité considérable de provisions que l'on nous vendit nous prouva que les hab'tans ne consomment point à beaucoup près toutes les productions de leur sol. Outre le vin, on y achète des bœufs à un prix modéré. Ces bœuls sont petits et osseux : la viande en est maigre. Je fis la sottise d’acheter de jeunes bœufs en vie, et je les payai très cher. Les cochons , les moutons, les chèvres et la volaille y sont à bon marché; on y irouve des fruits en grande abondance. Nous y mangeämes des raisins, des figues , des poires, des
(1) Il n'y avaitque quatre-vingt-huit hommes sur /4 Découvercle,
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« Les habitans prennent peu de poisson sur leur côte; mais ils font une pêche considérable sur la côte de Barbarie , et ils en vendent le produit à bon compte. Je pense que les vaisseaux qui entreprennent de longs voyages doivent relâcher à Ténériffe plutôt qu'à Madère; quoique selon moi le vin de cette dernière île soit aussi supérieur à celui de la premiére que la bière forte l’est à la petite bière. Mais le prix compense cette différence. (1)
« Le chevalier de Borda , capitaine d’une frégate française qui mouillait dans la rade de Sainte- Croix , faisait, de concert avec M. Varila, astro-
(1) On faisait autrefois à Ténériffe une grande quantité de vin sec de Canarie, que les Français appellent vir de Malvoisie , etque nous nommons en Angleterre, par corruplion, NMalmsey. Ce nom vient de Malvésia , ville de la Morée, célèbre par ses vins doucereux. Dans le dernier siècle, et même plus tard, on en importait beaucoup en Angleterre ; mais on ne fait guère aujourd'hui d'autre vin à Ténériffe que celui dont parle le capitaine Cook. Les vignes du pays ne produisaient pas , au temps de Glas, historien des Canaries, plus de cinquante pipes de Malvoisie annuellement. Cet auteur dit que les habitans cueillent les raisins encore verts, ct qu'ils en tirent un vin sec et substantiel propre aux climats chauds,
nome espagnol, des observations pour déterminer le mouvement journalier de deux garde-temps qu'ils avaient à bord. Ils se livraient à ce travail dans une tente placée sur le môle. M. de Borda eut la bonté de m’associer à ses travaux, et nous pümes examiner aussi le mouvement journalier de notre montre marine; mais notre relâche à Ténérifle fut trop courte pour ürer un grand avantage du service amical que ce savant et habile navigateur voulut bien me rendre.
« Tandis que nous approchions de la côte, dit Anderson, le ciel était paraitement clair, nous eümes le loisir d'examiner le célèbre pic de Ténérifle. J'avoue que je fus trompé dans mon attente : quoique sa hauteur perpendiculaire soit peut-être plus grande, il est loin d’égaler l'aspect imposant de Pico, l’une des îles Acores. Cette différence vient peut-être de ce qu'il est environné d’autres montagnes trés-hautes, et de ce que Pico n'en a qu’une seule.
« Derrière la ville de Sainte-Croix, le pays s'élève peu à peu ; il est d’une hauteur modérée. Plus loin dans le sud-ouest, le sol s'élève davantage, et il continue à monter jusqu'au pic, qui de la rade ne paraît guère plus haut que les montagnes dont il est entouré, Le sol semble ensuite s’abaisser depuis le pic aussi loin que l'œil peut s'étendre, mais par un mouvement assez doux. Croyant que notre relâche serait seulement d’un jour, je ne fis pas dans
l'ile toutes les courses que j'avais projetées, et,
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DES VOYAGES. 11 malgré mon envie, je ne pus aller au sommet du pic.
« À l’est de Sainte-Croix , l’île semble être d’une stérilité complète. Des chaînes de montagnes se prolongent vers la mer; on y trouve des vallées profvndes qui aboutissent à d’autres montagnes ou collines qui coupent les premières et qui sont plus élevées. Celles qui courent vers la mer semblent avoir été battues par les vagues qui y ont laissé des empreintes de leur action : elles se montrent comme des rangées de cônes, dont les sommets offrent beaucoup d’inégalité. Les collines ou montagnes transversales, à l'égard de ces dernitres, sont plus unies.
« L'après-midi du jour de notre arrivée, j'allai dans une de ces vallées, avec le projet de gagner les sommets des collines les plus éloignées, qui semblaient couvertes de bois ; mais je n’eus que le temps d'en atteindre le pied. Après avoir fait environ trois milles, je ne vis aucun changement dans l’aspect des collines les plus basses , qui produisent en abondance l'euphorbia canariensis : on est surpris que cette plante, grosse et pleine de suc, croisse si bien sur une terre si brûlée. Lorsqu'on la brise, il en sort une quantité considérable de suc ; et l’on pourrait supposer que, quand elle est sèche , elle doit se trouver réduite à rien : cependant quoique le bois en soit mou et léger, il est assez fort. Les habitans croient que le suc de celte plante est corrosif; je leur démontrai avec beaucoup de peine qu'ils se trompaient, J'insérai un de mes doigts dans ceute
12 MISTOIRE GÉNÉRALE
plante, et ma peau n'étant point altérée , ils convinrent que j'avais raison. Ils coupent l’euphorbe, la laissent sécher et la brûlent ensuite. Je ne rencontrai d’ailleurs dans cette vallée que deux ou trois espèces d’arbrisseaux , et un petit nombre de figuiers.
« Une roche compacte, bleuâtre et mélée de quelques particules brillantes, sert de base aux collines; on voit dispersées sur la surface, de grosses masses d’une terre ou d’une pierre rouge et friable. Je trouvai souvent aussi la même substance disposée en couches épaisses; le peu de terre répandu çà et là était un terreau noirâtre. On rencontrait aussi quelques morceaux d’une autre substance, dont la pesanteur et la surface polie me firent croire qu'elle était entièrement métallique.
« I] faut sans doute attribuer l’état de décomposition de ces collines, à l’action perpétuelle du soleil qui calcine leur surface : les grosses pluies doivent entraîner ensuite les parties décomposées, Si l'on admet cette supposition, on expliquera pourquoi leurs flancs offrent de si grandes inégalités. Les diverses substances dont elles sont formées, étant plus ou moins perméables à la chaleur du soleil, se détachent , dans la même proportion, du lieu qu’elles occupaient primitivement; c'est peut-être par cette cause que les sommets qui présentent une roche plus dure ont résisté, tandis que plusieurs portions de la pente ont été détruites. J'ai observé que les sommets de la plupart des
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DES VOYACES. 13
montagnes couvertes d'arbres sont d'un aspect plus uni, et c’est, à mon avis, parce qu'elles ont un abri qui les préserve de la pluie et du soleil.
« La ville de Sainte-Croix, qui a peu d’étendue, est assez bien bâtie ; les églises n'ont rien de magnifique au dehors, mais l’intérieur en est un peu orné. Elles ne sont pas aussi belles que quelques-unes de celles de Madére : cette différence provient plutôt du caractère des habitans, que de leur pauvreté. Les Espagnols de Sainte-Croix sont mieux logés et mieux vêtus que les Portugais de Madère, qui semblent disposés à se dépouiller euxmêmes, afin d'orner leurs églises.
« On voit sur le port, presque en face du môle, une belle colonne de marbre, élevée depuis peu, et ornée de quelques figures qui ne font point honte à l'artiste. On y lit une inscription en espagnol, qui indique l’époque de l'érection et l'objet de ce monument.
« L’aprés-midi du 2, quatre d’entre nous louérent des mules pour aller à la ville de Laguna (1), qui a pris son nom d'un lac voisin, éloigné de Sainte-Croix d'environ quatre milles : nous y arrivâmes entre cinq et six heures du soir, par un très-
(1) Son nom espagnol est San-Christobal de Laguna ; elle
passe pour la capitale de l'ile, Les gens de loi, et ceux des
habitans qui vivent noblement, y résident. Cependant le gouverneur général des îles Canaries réside à Sainte-Croix, qui est le centre du commerce avec l’Europe et l'Amérique.
mauvais chemin ; rien ne nous dédommagea de nos peines. Laguna est assez grande ; ses rucs sont tortueuses ; cependant quelques-unes sont d’une largeur passable, et on y voit des maisons assez propres. En général, cependant, Sainte-Croix, quoique beaucoup plus petite, offre un aspect bien supérieur, On nous apprit que Laguna déchoit tous les jours ; au contraire la population de Sainte-Croix augmente,
« Pour aller de Sainte-Croix à Laguna, on tra verse une colline escurpée, qui est très-stérile de ce côté; en la descendant, nous vimes quelques figuiers et plusieurs champs de blé. Ces espaces de terrain mis en culture sont de peu d’étendue. Il paraît que les habitans ne recueillent dn grain qu’à force de travail; car le sol est si rempli de pierres, qu’ils sont obligés de les rassembler et d'en faire de larges tas peu éloignés les uns des autres. Les grandes montagnes qui se prolongent au sud-ouest nous semblirent bien boisées, Excepté des aloës en fleur que nous trouvâmes prés du chemin, nous ne remarquämes rien d'ailleurs, durant ce petit voyage, qui mérite d'être cité. Nos guides avaient beaucoup de gaîté, et ils nous amusérent avec leurs chansons pendant la route.
« Les mules font la plupart des gros ouvrages ; nous jugeämes que les chevaux sont rares, et destinés principalement à l'usage des officiers : ils sont d'unc petite taille, mais bien faits et pleins de feu. Les habitans emploient les bœufs à traîner des ton-
ea de nos
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,, On tra= stérile de quelques espaces de tendue. Il du grain rempli de sembler et les uns des prolongent xs, Exceplé s prés du illeurs, ducité. Nos nous amuroute.
ouvrages »
es, el des-
rs : ils sont eins de feu.
2er des ton-
neaux sur des chariots trés-grossiers, et ils les mettent au joug par la tête; nous les attelons par les épaules : leur méthode ne semble pas préférable à la nôtre. Dans mes promenades, je vis des faucons, des perroquets, des hirondelles de mer, des goclands, des perdrix, des bergeronnettes, des hirondelles de terre, des martinets, des merles et des troupes nombreuses d'oiseaux des Canaries ou serins. On trouve aussi à Ténérifle deux espèces de lézard , quelques insectes, tels que des sauterelles, et trois ou quatre espèces de mouche-dragon.
« J'eus occasion de causer avec un habitant du pays, plein d'esprit, d'instruction et de mérite. 11 n'apprit plusieurs choses qu’une relâche de trois jours ne m'aurait pas laissé le loisir d'observer. 11 me dit, par exemple, que l’île renferme un arbrisseau qui répond exactement à la description donnée par Tournefort et Linné de l’arbrisseau à thé de la Chine et du Japon , et qu'il y est trés-commun. Cet Espagnol ajouta qu'on extirpait cet arbrisseau, et que toutes les années il en arrachait pour sa part des milliers dans ses vignes; que les habitans néanmoins en tirent quelquefois une boisson pareille au thé, et qu'ils lui attribuent toutes les qualiés de celui qu’on achète des Chinois : ils Jui donnent aussi le nom de thé; mais ce qui est
. remarquable , ils assurent que les premiers naviga-
teurs curopéens le trouvèrent à Ténériffe.
« Le sol produit un fruit singulier que les insulaires appellent citron emprisonné; c’est un citron
parfait, enfermé dans un autre : il différe seulement de celui qui lui sert d'enveloppe, en ce qu’il est plus rond. Les feuilles de l'arbre qui donne ce fruit sont beaucoup plus longues que celles du citronnier ordinaire ; mais d’après ce qu'on m'a dit, ellessontrecroquevilléesetn’ont paslu même beauté.
«J'ai su de la même source qu'une espèce de raisin de Ténériffe est regardée comme un excellent remède dans les phthisies. L'air et le climat de cette île sont d’ailleurs d’une salubrité remarquable, et trés-propres à donner du soulagement dans ce genre de maladie. Mon Espagnol m'en expliqua la raison : il me dit qu’on peut toujours choisir la température convenable, en fixant sa demeure d'après les divers degrés d'élévation des montagnes, et il me témoigna sa surprise de ce que les médecins anglais n’ont jamais songé à envoyer leurs malades à Ténériffe, au lieu de les envoyer à Nice ou à Lisbonne. En allant de Sainte-Croix à Laguna, je reconnus moi-même combien la tem pérature de l'air varie : lorsqu'on monte, on ressent peu à peu le froid , qui finit par être insupportable. On m'assura que, passé le mois d'août, personne ne peut habiter à un mille de distance du sonimet du pic en ligne perpendiculaire , sans éprouver un froid trés-rigoureux.
« Quoiqu'il sorte constämment de la fumée des environs de ce sommet, on n’a éprouvé à Ténérifle ni tremblement de terre ni éruption de volcan depuis 1704; le port de Garrachica, où l’on fai-
tre seulen ce qu'il donne ce les du ci= nin’a dit, me beauté.
espéce de un excelclimat de narquable, nt dans ce expliqua la choisir la a demeure des monde ce que 6 à envoyer s envoyer à nte-Croix à ien Ja tem— JUL ressent upportable.
L, personne du sommet éprouver un
a fumée des à Ténériffe
de volcan où l’on fai-
DES VOYAGES. 1” sait autrefois une grande partie du commerce, fut détruit à cette époque. (1)
« Le commerce de Ténériffe est assez considérable, car on y fait quarante mille pipes de vin; on les consomme dans l'ile, ou bien on les convertit en eaux-de-vie, qu’on envoie aux îles espagnoles du Nouveau-Monde : l'Amérique septentrionale en tirait chaque année six mille pipes, lorsque ses liaisons avec Ténériffe n'étaient pas interrompues ; l'exportation se trouve aujourd'hui diminuée de moitié. En général, le blé de l’île ne suflit pas à la subsistance des insulaires : nos colonies du Nouveau-Monde y portaient des grains il y a quelques années,
« Ténérifle produit un peu de soie; mais, à moins de compter les pierres à filtrer qu’elle tire de la grande Canarie et qu'elle exporte, le vin forme le seul objet de son commerce à l'étranger.
« La race d’habitans trouvée dans l’île par les Espagnols, lors de la découverte des Canaries, ne forme plus un peuple distinct (2). Les mariages ont confondu les indigènes et les colons; mais on reconnaît les descendans des premiers à leur grande
(1) Ce port fut comblé par des torrens de laves brülantes qui sortirent du volcan. On trouve aujonrd'hui des maisons dans les endroits où mouillaient autrefois les vaisseaux.
FA (2) Lorsque Glas parcourut l'ile de Ténériffe, il existait encore quelques familles de Guanches dont le sang ne s'était pas mêlé avec celui des Espagnols.
taille, à la grosseur de leurs os, à leur force. Le teint des hommes, en général, est basané; le visage des femmes offre de la pâleur, et on n'y voit point cette teinte vermeille qui distingue nos beau. tés des pays du nord. Elles portent des habits noirs comme en Espagne ; les honimes paraissent moins asservis à cet usage; ils ont des vêtemens de toute sorte de couleur, à l'exemple des Français dont ils imitent les modes; nous les avons trouvés honnêtes et polis; ils conservent d'ailleurs la gravité qui est propre aux Espagnols. Quoique nos mœurs et nos manicres ressemblent peu à celles des peuples de l'Espagne, O-maï n'y aperçut pas une grande différence ; 11 dit seulement que les habitans de Ténériffe étaient moins aflables que les Anglais, et que leur figure approchuit de celle de ses compatriotes, »
Aprés une traversée de deux mois et demi, la Résolution uvriva au cap de Bonne-Espérance le 18 octobre, |
« Les pluies, et la chaleur étouffante qui les accompagne, dit Cook, produisent trés-sonvent des maladies dans cette traversée. On peut craindre de voir la moitié de son équipage sur les cadres, et les capitaines des vaisseaux ne peuve it trop prendre de précautions; ils doivent purifier l'air dans les entreponts par le feu et la fumée, et obliger les matelots à sécher leurs hardes toutes les fois qu'on en trouve l'occasion. On s’occupa de ces 5vins avec une assiduité constante à bord de la
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DES VOYAGES. 19 Résolution et de la Découverte : is produisirent sûre: ent de bons eflets; car les fiévres étaient moins fréquentes que dans mes deux premiers voyages. Nous eûmes cependant le chagrin de trouver plusieurs voies d'eau dans tous les hauts. La chaleur brûlante de l'air avait ouvert les coutures; elles étaient si mal calfatées qu'elles laissaient passer une grande partie de la pluie dans le corps du vaisseau. La plupart des hamacs étaient mouillés, et les officiers qui occupaient la sainte-barbe furent tous chassés de leurs postes. La soute aux voiles prit de l'humidité; la plupart de nos voiles de rechange, n'ayant pu être séchées assez tôt, essuyérent des avaries considérables, et il fallut employer beaucoup de toile et de temps pour les mal réparer. Le même accident était arrivé à la soute aux voiles durant mon second voyage. Je recommandai à ceux qui en étaient chargés d'y prendre garde; mais 1l paraît qu'ils n’eurent pas égard à mes plaintes.
« Deux ou trois jours avant notre arrivée au Cap, un bâtiment français qui retournait en Europe, rompit son câble, et échoua à l'entrée de la baie, où il périt. On sauva l'équipage ; mais la plns grande partie de la cargaison fat ensevelie dans les flots, ou, ce qui est la même chose, fut pillée et volée par les habitans de là colonie, Les ofliciers français n'apprirent ces détails que les Hollandaisne pouvaient nier; méanmoins pour se disculper d’un crime qui déshonore un peuple civilisé, ils essayé-
rent de rejeter la faute sur le capitaine, qui, à ce qu'ils disaient, n'avait pas demandé une garde assez LÔL.
« La Découverte arriva le 10 novembre au matin. Le capitaine Clerke me dit qu'il était paru de Plymouth le 10 août, et qu'il n'aurait joint une semaine plus tôt si un coup de vent ne l’eüût pas éloigné de la côte. Sa traversée dura sept jours de plus que la mienne. Il eut le malheur de perdre un de ses soldats de marine , qui tomba dansles flots; d’ailleurs il ne fit pas d'autre perte, et son équipage arriva bien portant. L
« D’aprés la permission que m'accorda le gouverneur, nous mimes au päturage notre bœuf, nos deux vaches avec leurs veaux, et le reste de notre bétuil. On me conseilla de tenir près de nos tentes nos moutons, qui étaient au nombre de seize : on les parquait toutes les nuits. Durant celle du 13 au 14, des chiens s'étant introduits dans le parc, firent sortir nos moutons de l'enceinte; ils en tué: rent quatre, et ils dispersérent les autres. Nous en retrouvâmes six le lendemain ; mais les deux béhiers et deux de nos plus belles brebis manquaient. Le gouverneur se trouvait à la campagne, et je in’adressai au gouverneur en second, M. Hemmy, et au fiscal. Ces messieurs me promirent leurs bons
offices. Je sais que les Hollihdais se vantent de l'exactitude de la police du Cap; ils disent qu'il est presque impossible à l’esclave le plus adroit et le mieux instruit des routes du pays.de se sauver.
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DES VOYAGES. 2Tr
Cependant mes moutons échappérent à toute la vigilance des officiers du fiscal. Je fus réduit, pour les re-
s A . Q » Q : trouver, à employer la plus vile etla plus méprisable * canaille de la colonie. Je m’adressai à des hommes
qui, si j'en crois ceux qui melesproposérent,auraient
-égorgé leur maître, brûlé des maisons , et enseveli
sous les ruines des familles entières pour un ducat; après beaucoup de peines et de dépenses, je recouvrai mes moutons, excepté les deux brebis. Je ne pus en avoir aucune nouvelle, et j'abandonnai mes recherches, lorsqu'on m'assura que je devais être content d’avoir retrouvé les deux béliers. L’un des béliers cependant avait été si maltraité par les chiens , qu'il ne semblait pas devoir jamais guérir. « M. Hemmy voulut réparer la perte que je vemais de faire ; il eut la bonté de m'offrir un bélier d'Espagne qu’il avait üré de Lisbonne. Je le refusai, convaincu que les béliers du Cap rempliraient également bien mon objet; je reconnus ma méprise par la suite. M. Hemmy s’est donné beaucoup de peine pour transplanter au Cap les moutons d'Europe; mais il n'a pu réussir. Il attribuait ce mauvais succés à l'opiniâtreté des habitans de la campagne, qui préferent les moutons du pays à cause de leurs grosses queues, dont la graisse rapporte quelquefois plus d'argent que n’en produit le corps entier d’un mouton d'une autre espèce. Ils croient que la laine de nos moutons d'Europe ne compenserait point ce désavantage. Des hommes éclairés m'ont fait la même observation , et: elle paraît fondée ; car en
snpposant que nos moutons donnassent au Cap une Jaine de la même qualité qu'en Europe (l'expérience a prouvé le contraire), la colonie manque de bras pour la manufacture. Il est sûr que, si l’on n'y importait chaque jour des esclaves, la population de cet établissement serait moindre que celle d'aucune autre partie du monde habité. »
Tandis queles vaisseaux se disposaient à reprendre la mer, quelques-uns des officiers allérent voir les environs du Cap. M. Anderson, qui était du nombre, a donné la relation suivante de leur petit voyage.
«Le 16 aprés midi, je partis dans un chariot avec cinq de nos messieurs , pour examiner les environs du Cap. Nous traversämes la grande plaine qu'on trouve à l’est de la ville, et qui offre partout un sable blanc pareil à celui qu’on rencontre ordinairement sur les plages de la mer : elle ne produit que des bruyères et d'autres petites plantes de différentes espèces. À cinq heures, nous dépassimes une grosse ferme environnée de champs de blé et de vignobles assez considérables ; elle est située audelà de la plaine, presque au pied de quelques collines basses , où le sol commence à devenir meilleur. Entre six et sept heures, nous arrivâmes à Stellenbosch, le meilleur des établissemens du pays après celui du Cap.
« Le village ne contient pas plus de trente maisons ; 1l est situé au pied de la chaîne des hautes montagnes , à plus de vingt milles à l'est de la ville
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« Je passai la journée du lendemain à chercher des plantes et des insectes dans le voisinage de Stellenbosch : mes soins furent mal récompensés. Peu de plantes se trouvaient en fleur dans cette saison , et les insectes étaient rares. J’examinai le sol en plusieurs endroits : c'est une argile jaunâtre, mêlée de beaucoup de sable. Les flancs des collines inférieures paraissent bruns et composés d’une espèce de marne.
« Nous partîmes de Stellenbosch le lendemain au matin, et nous atlteignimies bientôt la maison près de laquelle nous avions passé le 16. M. Cloeder , à qui elle appartenait, nous avait fait prier la veille de nous arrêter chez lui. Il nous accueillit avec beaucoup d’hospitahié, et d'une manière qui nous surprit agréablement. La musique commença dés qu'on nous aperçut, et nous dinâmes au son des instrumens. Le repas fut tres-élégant, vu la situaüon du lieu où 1l se donnait. M. Cloeder nous montra ses caves , ses vergers et ses vignes. Tout cela , je l'avoue , m'inspira le désir de savoir com-
Ce]
ment lindustrieux Hollandais peut faire naître l'abondance dans un endroit où je pense que les autres nations de l'Europe n'auraient pas même songé à s'établir.
« Nous partimes l'après-midi; nous passâmes devant un petit nombre de plantations, dont l’une paraissait tres-considérable , et était disposée sur un plan nouveau. Le soir nous arrivâmes à la première ferme qu’on trouve dans le district cultivé, appelé le canton de la Perle. Nous apercûmes en même temps Drakenstein , une des colonies du Cap; elle occupe le pied des hautes montagnes dont j'ai parlé, et contient plusieurs fermes ou plantations de peu d'étendue.
« Le matin du 19, je cherchai des plantes et des
“insectes; je les trouvai presque aussi rares qu'à
Stellenbosch : mais les vallées m’offrirent plus d’arbrisseanx et de petits arbres que les autres cantons dont j'avais fait l'examen.
« L'aprés-midi nous allâmes voir une pierre d’une grosseur remarquable, appelée par les habitans, Tour de Babylone, où Diamant de la Perle. Fille git au sommet de collines basses, au pied desquelles notre ferme était située ; et quoique le chemin ne füt ni escarpé’ ni roide, il nous fallut plus d'une heure et demie pour y arriver. Elle est de forme oblongue, arrondie vers le haut, et dirigée du sud au nord. Ses côtés est et ouest sont escarpés et presque perpendiculaires. Son extrémité méridionale est rscarpée aussi; c’est le point de sa plus
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« Je crois que la circonférence de ce rocher est au moins d'un demi-mille, car il nous fallut une demi-heure pour en achever le tour; déduction faite pour le mauvais chemin, et pour nos pauses. Si l'on veut que je compare à un objet connu sa partie la plus élevée, c’est-à-dire son extrémité méridionale, je crois sa hauteur égale à celle du dôme de Saint-Paul, Cette masse ou bloc de rocher n'offre qu'un petit nombre de crevasses, ou plutôt de rainures qui n'ont pas plus de trois ou quatre pieds de profondeur, et une veine qui la coupe près deson extrémité nord. C’estune espèce d’agglomératcomposé principalement de morceaux de quartz grossier et de mica, liés par un ciment argileux. La veine qui la traverse est de la même substance, mais beaucoup plus compacte ; elle n’a qu’un pied de largeur : sa surface est divisée en petits carrés, ou parallélogrammes disposés obliquement : on dirait que s’est un ouvrage des hommes; je n’ai pas observé si elle pénètre bien avant dans le bloc, ou si elle en sillonne sculement la superficie. En descendant, nous trouvâmes au pied du rocher un terreau noir très-fcrtile, et sur les flancs des collines quelques arbres indigènes qui sont du genre de l’olivier (1), et d'une grosseur considérable,
(1) On est étonné de ne pas trouver des détails sur la tour
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