AU EN
présenta au capitaine plusieurs insulaires de Bolabola, dont l'un était son frère. Ils demandaient à être transportés aux îles de la Société : le capitaine y consentit.
« Tout transporté de joie, il nous annonça en secret qu'il avait partagé la couche d'Obéréa la nuit dernière : 11 regardait cette faveur signalée comme une marque de distinction, eLil nous montra plusieurs piéces de l'étoffe la plus fine qu'elle Jui avait données. Obéréa, malgré sa vieillesse, conservait donc encore des désirs très-vifs.
« Bientôt aprés, continue Cook, Toouha, Potatatou, O-ammo, Happai, Obéréa et quelques autres de nos amis nous apportérent des fruits , etc. Pour monter Taouha sur le vaisseau, on descendit nn fauteuil soutenu par des cordes, et nous le hissämes en haut; ce qui lui fit un grand plaisir , et ce qui étonna beaucoup ses compatriotes. On Île placa ensuite sur le gaillard d’arrière : sa femme était avec lui. Parmi divers présens que je lui fis, se trouvait une flamme anglaise qui l'enchanta d'autant plus qu'on lui en apprit l'usage.
« Nous parlämes de l'expédition projetée contre Eumco, et Taouha continua de nous assurer qu'elle aurait lieu immédiatement après notre départ. Mal-
gré sa maladie , il était déterminé à commander la flotte en personne : 1l nous dit que sa vie était peu importante, puisqu'il ne pouvait pas être Jongtemps utile à son pays ; quoique trèsintirme, ilétait fort gai ; tous ses sentimens annonçaient le véritable
héroïsme : il prit congé de nous avec une tendresse et une cordialité extrêmes.
« Dés que nous eûmes renvoyé nos amis, nous apercümes un grand nombre de pirogues de guerre doublant la pointe d'O-parri. Voulant les examiner de plus près, je me rendis en hâte au rivage avec quelques-uns de nos messieurs ; j'arrivai avant que les pirogues eussent débarqué , et j'eus occasion de voir de quelle manière elles approchent de terre : quand elles se trouvèrent devant l'endroit où elles projetaient d'atterrir, ellesse formérent en divisions composées de trois ou quatre bâtimens ( peut-être qu'il y en avait un peu plus dans chaque division ) qui se suivaient de prés, et ensuite chaque division, l’une après l’autre, pagaya de toutes ses forces vers le rivage : la manœuvre s’exécuta d'une maniere si adroite, qu’elles formérent le long de la grève une ligne qui n’avait pas un pouce d'inflexion. Les rameurs étaient excités par leurs chefs, placés sur les plates-formes, et dirigés par un homme qui tenait une baguette à la main, et qui occupait l'avant de la pirogue du milieu. Ce conducteur annonçait aux rameurs, par des paroles et par des gestes, quand ils devaient pagayer tous à la fois, quand l’un des côtés devait s'arrêter , etc. La promptitude de tous leurs mouvemens prouvait leur habileté dans la manœuvre; ensuite nous mimes à terre, et nous allâmes à bord de plusieurs de ces pirogues, afin de les mieux considérer. La flotte, composée de quarante voiles, et équipée de la
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