‹ Abrégé de l'histoire générale des voyages [microforme] (volume 4)Chapitre 41 sur 46 · DA ES VE DRAP PANTE MEE · texte numérisé non relu

DA ES VE DRAP PANTE MEE

rester à T'aïti, et il lui promit très-sérieusement de les faire éris ou chefs des riches cantons d’O-parri et de Matavai. Je ne sais si cette invitation avait des motifs d'intérêt ou si elle provenait uniquement de la bonté de son cœur. Nous quittâämes cet aimable prince avec l'émotion et la tristesse naturelles en pareilles occasions.

« Un des aides du canonnier fut si enchanté de la beauté de l’île et du caractère de ses habitans, qu’il forma le projet d’y rester. Sachant bien qu'il ne pouvait pas l'exécuter tant que nons serions dans la baie, dès que nous en fûmes dehors, et qu'on eut rentré les chaloupes et déployé les voiles, ilse jeta à l'eau : il était bon nageur ; mais on le découvrit bientôt : un canot le poursuivit et le reprit, On observa à mi-chemin, entre la Résolution et le rivage, une pirogue qui semblait nous suivre, mais qui était destinée à le prendre à bord. Dès que les Taïtiens qui la montaient aperçurent notre canot, ils se tinrent éloignés : notre déserieur avait concerté son plan avec eux : et O-tou , qui en fut instruit, l'avait encouragé. Ils espéraient, avec raison, qu'un Européen leur procurerait de grands avantages.

« En considérant la position de ce fuyard , observe Cook, il ne me parut pas si coupable; et le désir qu’il avait de rester à Taïti me sembla moins extrao-dinaire. Il était Irlandais de naissance , et il avait servi dans la marine hollandaise. Je le pris à Batavia au retour de mon premier voyage; 1l ne

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m'avait pas quitté depuis. Je ne Jui connaissais ni purens, ni amis; rien ne l’engageait à habiter un coin du monde plutôt qu'un autre. Toutes les nauons lui étaient indifférentes ; et où pouvait-il gouter plus de bonheur que dans une de ces îles ? Là, sous le plus beau climat de la terre , il allait jouir des besoins et des aisances de la vie, et achever ses jours dans la tranquillité et l’abondance. Je crois que je lui aurais accordé mon consentement s’il ne l'avait demandé dans un temps convenabie.

« Dés qu'on l'ent ramené, je le fis mettre anx fers pour quinze jours, et je fis route pour Houaheiné , afin d'y voir nos amis ; mais avant de quitter Taiu, il'est à propos de parler de l'état actnel de cette île, d'autant plus qu'elle avait beaucoup changé depuis huit mois.

« J'ai déjà indiqué les améliorations qui nous avaient frappés dans les plaines de Matavai et d'O parri; nous en observâmes également dans tous les autres cantons. Nous ne concevions pas comment , dans nn espace de huit mois, les Taïtiens avaient pu construire tant de grañdes pirogues et de mai. sons. Les outils de fer qu'ils avaient rés de nons et des autres nations qui ont relâché dernièrement à celte île, contribuërent sans doute à ce progrés . etils ne manquent pas d'ouvriers, ainsi qu'on le verra bientôt.

« Pendant le séjour qne je fis à Taiu l’année precédente, j'avais concu une opinion assez défavorable des talens d'O-tou. Les progrès que je remar-

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DES VOYAGES. 407 quai dans l'île depuis cette époque, me convainquirent de mon erreur ; c’est sûrement un homme de mérite. Il est vrai qu'il est entouré de conseillers sensés qui, je crois , ont une grande part au gouvernement ; au fond, je ne sais pas jusqu'où s'étend son pouvoir, comme roi, ni quelle autorité il a sur les chefs. Tout paraissait d’ailleurs avoir concouru à l’état florissant de l’île. Sans doute il existe des divisions parmi les grands de cet état, ainsi que dans Ja plupart des autres pays : autrement, pourquoi le roi nous disait-il que T'aouha l'amiral, et Potatou , deux principaux chefs, n'étaient pas ses amis ? Nous le crûmes jaloux du degré de puissance dont ils jouissaient ; car, dans toutes les occasions, il semblait rechercher leurs bonnes grâces. Nous avons lieu de penser qu'ils venaient de rassembler le plus grand nombre de bâtimens et d'hommes que pouvait fournir l’île pour marcher contre Eiméo, et qu'ils allaient commander tous les deux cette expédition qui, à ce qu'on nous dit, devait commencer cinq jours après notre départ. Ouahiioua , roi de Tierrebou, avait promis d'envoyer une flotte qui se joindrait à celle d'O-tou , afin de l'aider à réduire à l’obéissance le chef d’Eiméo. Il semble me souvenir qu’on nous apprit qu'un jeune prince était un des commandans. On imaginerait qu'une île aussi petite qu'Eiméo , ne pouvant braver les forces réunies de ces deux royaumes, dût essayer de terminer la querelle par une négociation ; mais on ne nous a rien dit de pareil. Au contraire,

on ne parlait que de combattre. Taouha me protesta plus d’uue fois qu'il y mourrait, ce qui prouve l'idée qu'il se formait de cette guerre. Oedidi m'assura que la bataille se donnerait en mer; dans ce cas , l'ennemi avait donc une flotte à peu près égale à celle qui allait l'attaquer; ce qui ne me paraît pas probable, 11 paraissait d'autant plus probable que les insulaires d'Eiméo resteraient à terre sur la défensive, qu'ils avaient suivi ce plan cinq ou six ans auparavant, quand ils furent assaillis par les habitans de Tierrebou, qu'ils repoussérent. Cinq officiers généraux dirigeaient cette expédition, et O-tou était du nombre; s'ils nous les ont nommés'suivant le rang qu'ils occupaient, O-tou ne remplissait que la troisième place dans le commandement, ce qui est assez vraisemblable , puisque, étant jeune, il ne pouvait pas avoir assez d'expérience pour commander en chef dans une campagne qui exigeait beaucoup d'habileté et d'expérience.

« J'avoue que je serais volontiers resté cinq jours de plus à Taïti, si j'avais été sûr que l'expédition aurait lieu; imais nous jugeâmes qu'ils désiraient nous voir partis, et qu'ils ne voulaient pas conimencer leur campagne tant que nous serions parmi eux. On nous avait dit, pendant tout notre séjour, qu’on ne se battrait que dans dix lunes; et ce ne fut que la veille de notre départ qu’O-tou et Taouha convinrent qu'ils livreraient bataille cinq jours après que nous aurions mis à la voile, comme si

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« Je n’ai jamais pu découvrir combien de vaisseaux devaient composer cette expédition : je n’en ai vu que deux cent dix, outre les petites pirogues destinées à servir de bâtimens de transport, etc. , et outre la flotte de Tierrebou , sur la force de laquelle on ne nous a rien dit. Je n’ai pas pu savoir non plus le nombre d'hommes nécessaires pour monter cette flotte : quand je le demandais, les insulaires répondaient : ouarou, ouarou, ouarou té tata ; c'est-à-dire, beaucoup , beaucoup , beaucoup

4io HISTOIRE GÉNÉRALE d'hommes, comme si cette quantité eût surpassé toutes les évaluations de leur arithmétique. En comptant quarante hommes pour chaque pirogue de guerre, et quatre pour chacune des autres, supposition qui paraît modérée, le nombre sera de neuf mille. On est étonné de la force de cette armée, levée seulement dans quatre cantons ; et même celui de Matavaï ne fournissait pas le quart de la flotte. On vient de dire qne ce calcul ne comprend point celle de Ticrrebou; peut-être aussique d'autres cantons armaient alors de lenr côté de nouvelles pirogues. Je crois cependant que toute l’île ne faisait pas des préparaufs en cette occasion ; car nous n'en ayons remarqué aucun à O-parri. D'après ce que nous avons vu, et d'après ce que nous avons appris, je pense que le chef ou les chefs de chaque canton avaient la surintendance de l'équipement de la flotte de leurs districts; mais l'équipement formé, toutes les pirogues passaient en revue devant le roi, de qui elles relèvent en dernier lieu : de cette manière il connaît l'état de toutes ses forces avant qu’elles entrent en campagne.

« On à déjà observé que cent soixante pirogues de guerre appartenaient à Attahouron età Ahopata, quarante à Tettaha, et dix à Matavai, qui n’y envoyait pas le quart de ses forces. En admettant que chaque canton de l'île (elle en renferme quarante: trois ) arme le même nombre de pirogues que T'etlaha, on trouvera que toute l'ile peut équiper mille sept cent viugt pirogues de guerre, et soixante-

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huit mille hommes, à quarante hommes pour chaque bâtiment; et comme les guerriers ne peuvent pas comprendre plus d’un tiers de la population des deux sexes, y compris les enfans , toute l'île contient au moins deux cent quarante mille habitans , nombre qui me parut incroyable au premier moment; mais quand je réfléchis à ces essaims de Taïtiens qui frappaient nos regards partout où nous allions , je fus convaincu que cette évaluation n'est pas trop grande. Rien ne prouve mieux la fertilité et la richesse de ce pays, qui n'a pas quarante licues de tour.

« L’île ne formait jadis qu’un royaume : j'ignore depuis quand elle est divisée en denx états. Les rois de Tierrebou sontune branche de la famille de ceux de O-pouéronou: les deux princes sont aujourd'hui proches parens, et je crois que le premier dépend en quelque sorte du second. O-tou est appelé éri de hié, ou de toute l’île ; et on nous a dit que Ouahitoua , roi de Tierrebou , se découvrait devant lui ainsi que le dernier de ses sujets. Cet hommage est dù à O-tou comme éri de hié de l’île, à Taré-Ouatou son frère et à sa sœur cadette ; à l’un, comme héritier ; et à l’autre, comme héritière apparente : sa sœur aînéc étant mariée, n’a pas droit à celte vénération.

« Les éoouas et les ouhannos paraïissaient quelquefois couverts devant le roi ; mais nous n'avons jamais pu savoir si c'était par faveur ou en vertu de leur place : ces hommes, les principaux per -

sonnages qui entourent le roi et qui forment sa cour , sont ordinairement, et peut-être toujours ses parens. Ti, dont j'ai parlé si souvent , était de ce nombre. On nous a dit qu'un certain nombre d'éoouas, qui occupent le premier rang, servent chaque jour à leur tour ; ce qui nous les fit appeler les gentilshommes de service : je ne puis pas assurer que nous ne nous trompions point en ceci. Ti quittait rarement le roi : en eflet, sa présence était nécessaire, parce qu'il était le plus en état de traiter les affaires qui se passaient entre nous et le prince; on le chargeait toujours de cette commission , et j'ai lieu de croire qu'il l’exécutait à la satisfaction des deux parties.

« Il est ficheux que nous connaissions si superficiellement ce gouvernement ; car nous ne savons point par quelle liaison et par quel rapport entre eux tant de classes, d’ordres, de fonctions et d’emplois différens forment un corps politique. Je suis sûr cependant que c'est une espèce de régime féodal; et, s’il est permis d’en juger d’après ce que nous avons vu , 1l a de la stabilité, et sa forme n’a rien de vicieux.

« Les éoouas et les ouhannos mangent toujours avec le roi : excepté les teouteous, je ne sache pas qu'aucun insulaire soitexcepté de ce privilége; mais il n’est point ici question des femmes, qui ne mangent jamais avec les hommes, de quelque rang qu'elles soient.

« Malgré cette espèce de forme monarchique

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