‹ Abrégé de l'histoire générale des voyages [microforme] (volume 4)Chapitre 43 sur 46 · LEE · texte numérisé non relu

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DES VOYAGES. 417 « Ce vicux chef, continue Forster, était plus indolent que lors de notre première relâche; sa tête nous parut fort affoiblie ; il avait les yeux rouges et enflammés , et tout le corps écuilleux et maigre. 11 nous fut aisé d'expliquer ce changement, quand nous apprîimes qu'il aimait beaucoup la boisson enivrante qu'ils tirent du poivre, et qu'il en prenait de trés-grandes doses. Ocedidi eut l'honneur de passer plusieurs nuits à boire avec lui, et il s'éveillait communément le lendemain avec un violent mal de tête.

« Le 19 au soir, dit Cook, quelques-uns de nos messieurs assistérent à un spec’acle dramatique. La pièce représentait une fille qui s'enfuyait avec nous de Taiui. Le fait était vrai, et la jeune femme dont il a été question plus haut vit elle-même jouer ses propres aventures; ce qui lui causa tant de chagrin, que nos messieurs eurent toutes les peines du monde à l’engager de rester jusqu’à la fin : elle versa beacoup de larmes. La réception que lui firent ses amis à son retour formait le dénoûment, qui n'était guère favorable à la pauvre Taïtienne. Ces peuples, dans l’occasion, composent sur-lechamp de petites pièces qu'ils ajoutent aux grandes. N'estil pas raisonnable de supposer qu'ils punissaient cette fille par une satire, afin de décourager celles qui voudraient imiter son exemple ?

« Il faut observer que les plumes rouges n’ayant point ici de valeur intrinsèque, c’est une nouvelle preuve de l’opulence et du luxe des Taïtiens, qui

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les achètent avec tant d'empressement. Cette diffé. rence provisat de l'extrême fertilité de Taïti comparée à celle d'Houabeiné, où la plaine qui sert de ceinture aux collines est si étroite et si peu considé: rable, que les naturels sont obligés de cultiver les hauteurs.

« Comblés des bons traitemens de ce peuple, nous nous en séparâmes le 25 mui 1774. Le bon vieux chef fut le dernier insulaire qui quitta le vaissean. En partant, je lui dis que nous ne le reverrions plus; il se mit à pleurer, et répondit : Laissez venir ici vos enfans, et nous les traiterons bien.

« Dés que nous eûmes débouqué du havre, je fis voile et je portai le cap sur l'extrémité méridionale d'Ouliétéa. Le 25, nous arrivâmes devant le canal, où le vaisseau pénétra à toutes voiles le plus qu'il fut possible. Le chef Oréo, mon vieil ami, et plusieurs autres, vinrent nous voir : ils ne manquèrent pas de nous apporter des présens. Le lendemain, j'allai à terre avec les ofliciers, lui rendre sa visite, et lui offrir les présens accoutumés. En entrant danéif&{ maison, nous fûmes reçus par quatre ou cinq vieilles femmes qui pleuraient et se lamentaient, et qui en même temps se découpaient la vête avec des instrumens de dents de requin; le sang inondait leurs visages et leurs épaules : ce qu'il y eut de plus fâcheux, il fallut essuyer les embrassemens de ces vieilles furies ; ce qui nous eouvrit de sang. Cette cérémonie finie (car c'en

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