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, bientôt aussi joyeuses que le reste de leurs compatriotes. Oréo parut enchanté de notre retour. La présence d'Oedidi, celle d’un ambassadeur du [ays que nous venions de quitter, et que nous amenions, affermit sans doute la bonne opinion qu’il avait de nous, et inspira la confiance à tout son peuple. Aprés être restés là peu de temps, le chef et ses amis mirent un cochon et des fruits dans ma chaloupe, et ils vinrent dîner à bord avec nous.
« L’après-midi, ajoute Forster, nous nous promenâmes, autant que le permit la pluie, le long de la crique où était le vaisseau. La côte était bordée d’une quantité innombrable de pirogues, et chaque maison ou cabane fourmillait d’habitans qui se préparaient à faire de bons dîners sur des tas de provisions accumulées partout. On nous dit que la société des arréoïs était alors réunie. Durant notre relâche à Houaheiné, nous avions vu soixante-dix pirogues montées par plus de sep’ cents arréoïs qui partirent un matin pour Oulttéa : nous apprimes 1ci qu'ils passérent quelques jours au côté oriental de cette île, et qu'ils etaient arrivés sur la côte ouest, sculement un jou ou deux avant nous; nous remarquâmes que c'éfaient tous des personnages de quelque importance et de la race des chefs. Le tatouage des uns offrait de grandes et larges figures ; Oedidi nous assura que c'étaient les premiers de l’ordre, et que plus ils étaient couverts de piqures, et plus leur rang était
420 HISTOIRE GÉNÉRALE élevé. En général ils étaient tous robustes et bien faits, et tous guerriers de profession. Oedidi avait beaucoup de respect pour cette société ; il nous déclara qu'il en était. Ceux qui la composent sont unis par les liens d’une amitié réciproque, et ils exercent entre eux l’hospitalité dans toute son étendue : dès qu’un arréoï en va voir un autre, quoiqu'il ne le connaisse pas, il est sûr qu’on pourvoira à ses besoins, et qu'on lui donnera ce qu'il lui plaira de demander. On le présente aux menibres de l’ordre , qui se disputent à qui le comblera de plus de caresses et de présens; c'est pour cela qu'Oedidi jouit de tant de plaisir à Taïti. Les preiers insulaires qui le virent à bord, étaient arréois, et à l'instant ils lui offrirent leurs habits, parce qu'il n'avait que des vêtemens européens. I paraît qu'une ou plusieurs personnes de chaque petite famille de chef entrent dans cette communauté, dont la loi invariable et fondamentale est qu'aucun des membres ne peut avoir d'e 1fans. D’après le témoignage des naturels les plus éclairés, nous avons lieu de croire que, dans son institution primitive, on exigeait un célibat perpétuel; mais comme cette loi blesse trop les mouvemens de la nature, qui sont d’une vivacité extraordinaire dans ce climat, ils y manquérent bientôt : ils conservent cependant l'esprit de cette abstinence en sufloquant tous les enfans qui naissent parmi eux.
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DES VOYAGES. 421 on a pour eux une grande vénération aux iles de Ja Société et à Taïu ; ils sont trés-fiers de ne point avoir d’enfans. Quand on dit à Topia que le roi d'Angleterre avait une nombreuse famille, il avoux qu'il se croyait plus grand que ce prince, parce qu'il était arréoï. Chez la plupart des autres peuples, le nom de père est honorable, et il imprime le respect; mais un arréoï taitien le prend pour un terme de mépris et de reproche.
« Dans les grandes assemblées que tiennent les arréois, ct dans les voyages qu'ils font, ils se nourrissent des végétaux les plus exquis; ils mangent beaucoun de pore, de viande de chien , de poissons et de volailles, que les teoutcous, ou la classe inférieure du peuple, leur fournissent libéralement. On leur prépare aussi la boisson de racine de poivre, dont ils font une consommation étonnante. Les plaisirs sensuels les accompagnent partout où ils vont ; ils ont une musique et des danses qu'on dit être trés-lascives, surtout la nuit, quand ils ne sont vus de personne.
« L'île étaut sortie depuis long-temps de sa barbarie première , une société si injurieuse au reste de la nation ne s'y serait point perpétuce jusqu'à présent, si elle n’offrait pas des avantages considérables. Deux raisons semblent favoriser l'existence des arréoïs, et ces deux raisons tiennent l’une à l'autre: la première, la nécessité d’entretenir un corps de guerriers pour défendre le pays contre
4 HISTOIRE GÉNÉRALE l'invasion et les déprédations de l'ennemi : tous les q arréoïs sont en effet soldats ; mais, comme Pamour ° pouvait les énerver, on les assujettit peut-être d'abord à un célibat qu'ensuite ils ont trouvé trop Ja difficile; enfin, par cet établissement, on à lieu | Pr de croire qu'ils veulent empêcher la multiplication Ja de la race des chefs, Un Taïtien intelligent, légis- he liteur de son pays, a pu prévoir que le peuple gé- be mirait à la longue sous le joug de ces petits tyrans, de si on les laissait pulluler en liberté, Le moyen le % Qt
plus court d'aller au-devant de ce mal, était d'obli-
ger une partie des chefs à garder le célibat; mais
afin de vaincre leur répugnance et de les assujettie Cor
à un si grand sacrifice, il fallait leur offrir quel-
que compensation : c'est peut-être de à que vient est la haute estime de toute la nation pour l'ordre de tou l'arréoi : peut-être expliquera-t-on aussi par là la v l'autorité et la gourmandise de ses membres, car les on guerriers jouissent de parcils avantages chez toutes k rem les nations, avant qu'ils deviennent de vils merce- ë prat naires de la tyrannie. Dés que les arréoïis, enfrei- ï ami gnant leurs premières lois, admirent les femmes cor! parmi eux , il est aisé de concevoir qu'ils perdirent le cc peu à peu l'esprit de chasteté qui animait leur ses € corps. Sùrement ce sont aujourd'hui les insulaires
les plus sensuels, quoique je n’aie pas eu occasion | (n de remarquer ce raflinement de débauche qu'on ns leur a reproché. On a dit que chaque femme est 1 qe, commune à tous les hommes; mais en faisant des 4 fans.
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DES VOYAGES. 425 questions sur cette matière, 1 nous à paru que cette accusation à peu de fondement, (1)
« Quelques arréoïs sont mariés à une femme, de Ja manière qu'Oedidi avait épousé la fille de To parri, mais d'autres ont une maîtresse passagére : la plupart fréquentent sans doute les prostituées, si communes sur toutes les îles, La dissolution est beaucoup plus universelle dans chaque pays policé de l'Europe; et je ne crois pas qu'on puisse en conclure qu'il y existe une société d'hommes et de femmes aussi débauchés qu'on suppose les arréoïs,
« Quand on considère le caractére doux, géncreux et affectueux des Taitiens, on ne concoit pas comment ils peuvent massacrer leurs enfans ; on est révolté de la barbarie farouche du pére, etsurtoutde la dureté impitoyable de la mére, qui ftoufle Ja voix et l'instinct de la natuic ; itiais la coutume, on Île sait, éteint tous les sentimens et tous les remords. Dès qu'on m'eut assuré que les arréoïs pratiquent cet usage cruel, je reprochai à notre ami Oedidi de se vanter d'être d’un si détestable corps; j'employai tons les argumens possibles ; je le convainquis enfin : il me promit de ne pas tuer ses enfans, et de quitter la société dès qu'il obtien-
(1) On ne peut s'empêcher de remarquer ici que Forster accuse un peu légèrement d’inexactitude la relation du premier voyage; car, puisqu'il convient que les arréoïs mélent de la débauche à leurs assemblées , qu'ils font mourir les enfans qui naissent parmi eux, serait-il donc étonnant que chaenne de leurs femmes fût commune à tous les hommes ?
44 HISTOIRE GÉNÉRALE drait le titre glorieux de père. Il nous protesta que les arréoïs ont très-rarement des enfans. Comme ils choisissent vraisemblablement leurs femmes et leurs maîtresses parmi les prostituées, etcomme d’ailleurs ils portent la volupté à un point extrême, ils n’ont pas beaucoup à craindre d’engendrer. Les réponses d'O-mai, que j'ai consulté sur ce sujet après mon retour en Angleterre, m'ont fait encore plus de plaisir, car elles diminuent la noïrceur de ce crime, et lavent le gros de la nation du reproche qu'on pourrait li faire d'y prendre part; 1l n'a confirmé que les lois immuables des arréoïs ordonnent de mettre à mort les enfans ; que la prééminence et les avantages d’un arréoï sont si précieux, qu'il leur sacrifie la pitié ; que la mère ne consent jamais à cet horrible assassinat, mais que son mari et les autres membres la persuadent de se dessaisir de l'enfant, et que, lorsque les prières ne suffisent pas, on emploie la force; 1l ajoutait en outre que ce meurtre se commet toujours en secret, de manière que personne du peuple , ni même des teouteous et des domestiques de la maison ne le voit; enfin, que si quelqu'un en était témoin, les meurtriers seraient tués. (1)
(1) Je dois remarquer qu’il existe presque autant de dépravation dans nos contrées policées, Des misérables affichent publiquement à Londres leurs talens, et offrent leurs services pour procurer l’avortement. ( Voyez, à ce sujet, un Avertissement dans un papier public, Morning - Post, n° 1329, du mercredi 15 janvier 1777.) On leur permet de
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