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« Les arréoïs s’établirent dans notre voisinage ; ils passèrent plusicurs jours dans les fêtes et dans la joic, et nous invitérent souvent à étre de leurs festins.
« Le 26, après avoir erré dans leur pays jusqu'ait coucher du soleil , nous retournâmes au vaisseau au moment où Oedidi, la femme et les autres passagers indiens venaient de le quitter. Nous recümes la visite d’un grand nombre d'insulaires, et entre autres, de plusieurs femmes, qui restèrent parmi les matelots. Les habitantes d'Houaheiné avaient été peu complaisantes pour eux; ils furent obligés de se contenter de quelques étrangères qui étaient, en passant, sur celte île.
« Le 27, dès le grand matin, Oréo, sa femme, son fils , sa fille et plusieurs de ses amis, nous firent une visite, et nous apportèrent une asser grande quantité de toutes sortes de rafraîchissemens : cétaient pour ainsi dire les premiers que nous eussions obtenus. Ils restèrent à diner.
« Boba, vice roi de l’île d’O-taha, et Teïna Îa belle danseuse, étaient aussi avec Oréo. Boba était un jeune homme grand et bien fait , natif de Bolabolà, et parent d'O-pouny. O:didi nous a dit souvent quil est héritier présomptif d'O-pouny, dont il doit épouser la fille unique, âgée de douze ans, et qui passe pour être fort belle. Boba était arréoï ;
trafiquer impunément de la destruction des enfans qui sont dans le ventre de leur mère. ( Vote de Forster. )
il entreténait, comme maîtresse, la charmante Teïna , qui était alors enceinte. Nous nous entretinmes avec elle sur l'usage de tuer les enfans des arrcois : notre petit dialogue se fit dans les termes les plus simples, parce que nous ne connaissions pas »ssez leur langue pour exprimer les idées abstraites. Toute notre rhétorique fut ainsi bientôt épuisée, et elle produisit peu d'effet; seulement Téina-Maï nous dit que notre Eatoua ( notre Dieu), en Angleterre, serait peut-étre fdché de la conduile des arréoïs ; mais que le leur n'en était pas mécontent. Flle ajonta que, si nous voulions venir de notre patrie rhercher son enfant, elle le conserverait peutétre en vie, pourvu toutefois que nous lui apportassions une hache, une chemise et des plumes rouges. Elle rit tellement en nous faisant cette réponse , que nous ne crûmes pas qu'elle parlât su ricusement. Nous aurions essayé en vain de continuer Ja conversation , car toutes sortes d'objets différens détonrnaient son attention : elle avait déjà eu beaucoup de peine à nous écouter si long-temps.
« Après midi, nous les accompagnâmes à terre, où on joua pour nous une pièce appelée AMididii Haramaï, ce qui signifie l'Enfant vient. Le dénotment fut l'accouchement d’une femme en travail : ils firent paraître tout à coup sur la scène un gros enfant , haut d'environ six pieds, qui courut autour du théâtre, traïnant après lui un grand torchon de paille, suspendu par une corde à son nombril. « L'homme qui joua le rôle de la femme fit tous
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DES VOYAGES. 427 les gestes que les Grecs allaient adnnrer dans les bosquets de Vénus-Ariadne , près d’Amathonte, où on observait la même cérémonie, le second jour du mois Gorpioeus, en mémoire d'Ariadne qui mourut en couches (1). Ainsi l'imagination folle des hommes à inventé dans tous les pays les coutumes les plus extravagantes. Il est impossible d'exprimer les éclats de rire des naturels lorsqu'ils virent Je nouveau-né courir sur la scène , et poursuivi par les danseuses, qui essayaient de lattraper. Les femmes contemplèrent sans rougir toute la piéce, qui n'était point du tout indécente pour
elles. : elles ne furent pas obligées, comme nos dam: : : £urope, de regarder à travers leurs éven-
tails. Au commencement, à la fin et dans les entr'actes , il y eut des danses et des pantomimes. Poyadoua , fille d'Oréo, déploya son agilité ordipaire, et nous l’applaudimes de bon cœur; des hommes jouèrent aussi des farces, dans les chansons desquelles nous reconnûmes le nom du capitaine Cook, et de plusieurs personnes de léquipage : il nous parut qu'il était question d'un vol commis par un de leurs compatriotes. Une autre farce représenta l'invasion des insulaires de Bolabola ; ils se battirent les uns les autres à coups de courroie ou de fouet, ce qui produisait un bruit retentissant.
« Cook eut occasion de voir une seconde fois la
4 FT nr , ! en (1) Voyez Plutarque, vie de Thtsée,
pièce de l'Enfant vient, et il remarqua qu'au momentoù ils recurent l'homme qui représentait l'en. fant, 1ls comprimèrent et aplatirent son nez. On peut en conclure qu'ils compriment ainsi celui des enfans à l'instant où ils naissent, et voilà peut-être pourquoi ils cut en général le nez plat.
Le 28, Oréo, qui dîna à bord, bat une bouteille de vin sans paraître ivre : il fut très - facétieux, comme à l'ordinaire. Il parla surtout des pays que nous avions visités dernièrement, et dont Oedidi, son compatriote , lui avait fait la description. Aprés qu'on lui eut résolu différentes questions qu'il proposa , il dit que, quoique nous cussions vu bien des pays, il nous citerait une île que nous ne connaissions pas encore. « Elle ne gît, ajouta-t-il, « qu'à quelques jours de chemin ; elle est habitée « par des géans monstrueux, aussi hauts que le « grand mât, et aussi gros à la ceinture que la tête « du cabestan. Ces peuples sont bons; mais quand « ils se fâchent contre quelqu'un, ils le prennent «et le jettent dans la mer, comme si c'était une « petite pierre, Si vous arrivez prés de leurs côtes « avec votre vaisseau, ils se rendront peut-être à « guë à côté du bâtiment, et ils l'emporteront sur « leur dos, à terre. » Il mit dans son discours plusieurs autres circonstances badines ; et, pour donner plus de poids à ce qu'il avançait, il finit en nous disant que l'île s'appelait Hirro, Mirro. Nous jugeâmes que toute son histoire était une ironie contre celle partie de notre relation qu'il ne
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