CHAPITRE III
Reläche à Taïli et aux iles de la Société, ixite du
voyage jusqu'à l’arrivée sur la côte d'Amérique.
Cook quitta les îles des Amis le 17 juillet. Il découvrit le 8 aoètuneîle sur laquelle il aperçut des babitans, mais il n’y mouilla point. Il ne crut pas devoir s’exposer à perdre l'avantage d'un vent fa-
vorable , afin d'examiner une île qui lui paraissait XXIII, ï
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2 HISTOIRE CÉNÉRALE de p°1 d'importance, Il n'avait pas besoin de rafraîchissemens , et son arrivée aux îles de Ja Société ayant déjà été si retardée par des contre-temps im prévus, il voulait éviter tout ce qui pourrait prolonger ce délai.
Ceuc île gît par 23° 25’ de latitude sud, et 210° 57" de longitude orientale. On apprit, de quelques insulaires qui s'approchèrent dans des pirogues , que son nom est Toubaouuaï.
On découvrit Taiu le 12 août.
« Du moment où nous approchâmes de l’île, dit Cook, plusieurs pirogues, conduites’ chacune par deux ou trois hommes, prirent la route des vaissceaux; mais comme ces insulaires étaient des classes inférieures , O-mai ne fit point attention à eux. Les naturels ne le regardéèrent pas avec plus d’empressement, et ils ne semblèrent pas même s’apercevoir qu'il fût un de leurs compatriotes; ils lui parlèrent néanmoins quelque temps. Enfin nous vimes arriver un chef, appelé Outi, que j'avais connu autrefois ; 1l était beau-frère d'O-maï, et il se trouvait par hasard dans cette partie de l’île : trois ou quatre personnes, qui toutes avaient connu O-mai avant qu'il s'embarquäât sur le bâtiment du capitaine Fur neaux , l’accompagnaient. Leur entrevue n'eut rien de tendre ni de remarquable ; ils montrérent, au contraire, une indiflérence parfaite, jusqu'a ce qu'O-maï, ayant amené son beau-frére dans la grand'chambre, ouvrit la caisse qui renfermant ses
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plumes rouges et lui en donna quelques-unes.
Les insulaires qui étaient sur le pont ayant appris celte grande nouvelle, les affaires changérent tout de suite de face, Outi, qui voulait à peine parler à O-maï, le supplia de permettre qu'ils fussent tayos (amis), et qu'ils changeassent de nom. O-mai accepta cet honneur ; et, pour témoigner sa reconnaissance, il fit un présent de plumes rouges à Ouu, qui envoya chercher à terre un cochon qu'il destinait à son nouvel ami. Chacun de nous sentit que ce n'était pas O-mai, mais ses richesses, qu'aimaient les insulaires : sil n’eût point étalé devant eux ses plumes rouges , qui sont les choses les plus estimées dans l’île, je crois qu'ils ne lui auruent pas même donné un coco. C’est ainsi que se passa la premiére entrevue d'O-maïi avec ses compatriotes ; j'avoue que je n'y étais attendu ; mais j'espérais toujours qu'avec les trésors dont la libéralité de ses amis d'Angleterre l'avait chargé , 1l deviendrait un personnage important; que les chefs les plus distingués des iles de la Société le respecteraient et lui feraient leur cour. Les choses se seraient certainement passées ainsi, s’il avait mis quélque prudence dans sa conduite ; mais 1l fut loin de mériter cet éloge : je suis fâché de dire qu'il fit trop pen d'attention aux avis mulüpliés de ceux qui lui voulaient du bien, et qu'il se laissa duper par tous les fripons du pays.
« Les insulaires avec lesquels nous causâmes du-
rant cette journée nousapprirent que deux vaisseaux avaient relâché, à deux reprises différentes, dans la baie d'Oheitepeha, depuis mon départ en 1774; et qu'ils avaient laissé des animaux pareils à ceux qui se trouvaient sur mon bord. Des recherches ultérieures me firent connaître que ces bâtimens étrangers leur avaient laissé des cochons, des chiens, cles chèvres, un taureau, et le mâle d’un autre quadrupéde , dont nous ne pümes deviner l'espèce sur la description imparfaite qu’on nous en donna. Ils nous dirent que ces vaisseaux étaient venus d'un port appelé /iima ; nous conjecturâmes qu'il s’agissait de Lima, capitale du Pérou, et que les bâtimens étaient espagnols. On nous informa aussi que les étrangers avaient construit une maison durant leur première relâche, et qu'ils avaient laissé dans l'île quatre hommes ; savoir deux prêtres, un domestique, et une quatriéme personne, appelée Hatima , qui fut souvent l’objet de la conversation ; qu'ils avaient emmené quatre des naturels, que les deux bäâtimens étaient revenus environ dix mois aprés ; qu'ils avaient ramené deux des Taïtiens, les deux autres étaient morts à Lima ; qu’au bout d'un séjour de peu de durée, ils embarquèérent leurs compatriotes, mais que la maison bâtie par eux subsistait encore.
« Les amis d’O-mai publiérent dans Pile qu'il y avait des plumes rouges à bord de nos vaisseaux ; ectte importante nouvelle mit tout le monde en
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