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DES VOYAGES, 5 l'uir : le lendemain, dès le point du jour, nous fümes environnés d’une multitude de pirogues remplies d'insulaires, qui apportaient au marché des cochons et des fruits. Une quantité de plumes aussi peu considérable que celle qu'on tire d’une mésange, nous procura d’abord un cochon du poids de quarante à cinquante livres; mais comme à bord il n’y avait peut-être pas un seul homme qui ne possédät une portion quelconque de cette marchandise précieuse, sa valeur diminua de cinq cents pour cent avant la nuit. Cependant après cette énorme diminution de prix, les échanges continualent néanmoins à nous être fort avantageux , et les plumes rouges l'emportérent toujours sur toute autre marchandise. Quelques insulaires ne voulient échanger un cochon que contre une hache ; mais les clous , les grains de verroterie , et les bagatelles de cette espèce, qui avaient eu une si grande vogue dans nos voyages antérieurs, étaient alors si avilis qu'à peine les regardait-on.
« Nous ne mouillâmes qu'à neuf heures dans la baie. La sœur d'O-maï arriva à bord peu de temps après. Je vis avec un extrême plaisir qu'ils se donnérent l'un et l’antre des marques de la plus tendre afiection ; il est plus aisé de concevoir que de décrire leur bonheur.
« Cette scène attendrissante terminée, je descendis à terre avec O-maï. Je voulais surtout faire une visite à un homme que mon ami me peignait
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comme un personnage bien extraordinaire ; car, à Jen croire, c'était le dieu de Bolabola. Nous le trouvämes assis sous un de ces tendelets dont ils sc servent dans leurs plus grandes pirogues. Il était avancé en âge, et ayant perdu l’usage de ses membres, on le portait sur une civière. Quelques insuaires l’appelaient Olla ou Ora, nom du dieu de Bolabola ; mais son véritable nom était Etary. D'aprés ce qu’on m'en avait dit, je comptais que le peuple lui prodiguerait une sorte d’adoration religieuse ; mais , excepté de jeunes bananiers placés devant lui et sur le pavillon sous lequel il était as8is, je n’aperçus rien qui le distinguät des autres chefs. O-maï lui présenta une touffe de plumes rouges, liées à l'extrémité d’un petit bâton ; et lorsqu'il ent causé quelques momens sur des choses indifférentes avec ce prétendu dieu de Bolabola, il remarqua une vieille femme, la sœur de sa mère, qui se précipita à ses pieds, et qui les arrosa de larmes de joie.
«Je le laïssai, avec sa tante, au milieud'un cercle nombreux d’insulaires qui s'étaient rassemblés au tour de lui, et j'allai examiner la maison qu'on n''assurait avoir été bâtie par les Espagnols. Je la trouvai à peu de distance de la plage : les bois qui Ja composaient me parurent avoir été apportés dans l'ile tout préparés; car chacun d'eux portait un numéro. Elle était divisée en deux petites chambres : je remarquai dans la seconde, un bois de
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DES VOYAGES. 7 lit, nne table, un banc, de vieux chapeaux, et d'autres bagatelles que les naturels semblaient conserver soigneusement : ils ne prenaient pas moins de soin de la maison, qui n’avait pas souffert des ijures du temps, parce qu’on avait bâu par-dessus un hangar pour la mettre à couvert. Le pourtour était percé de sabords qui laissaient un passage à l'air; peut-être étatent-ce des meurtrières par où les Espagnols auraient tiré des coups de fusil, si on les eùt attaqués. A peu de distance de la façade, s'élevait une croix de bois, dont la branche transversale portait l'inscription suivante :