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que nous serons endormis; car ils s'en allérent dès & qu'ils s'apercurent qu’on les avait découverts. À | solut Le 13, nous appareillâmes , afin de chercherun DM T° endroit bien abrité, où nous pussions examiner et D] "°° arrêter une voie d’eau qui s'était déclarée dans la Di de ge traversée. Le mouillage que nous occupions était jy 0mne trop-exposé pourentreprendre ce travail. ue Les naturels, qui étaient venus nous faire visite né bi Ja veille au soir , revinrent le matin sur cinq ou six il pee pirogues ; mais ils arrivèrent lorsque nous étions Es
déjà sous voile; ils nous suivirent une demi-heure ! | . . à ue sans pouvoir nous atteindre. 41°
Trois d’entre eux arrivérent le soir au moment | ne où nous venions de mouiller ; ils montaient deux 4 qu'ils pirogues qui n’auraient puen porter un plus grand loutre nombre, car elles étaient construites de la même | de va manière que celles des Esquimaux : l'une avait deux fut trous pour s’y asseoir, et l’autre n’en avait qu'un. f PERS Chacun de ces Indiens tenait un bâton d'environ WP" « trois pieds de longueur , auquel étaient attachées | he de grosses plumes ou des ailes entières d'oiseaux ; e d 1]s tournèrent souvent ces hâtons vers nous, et, se- PRE lon ce que nous conjecturâmes, dans la vue de | es fl nous annoncer leurs dispositions pacifiques. id
« Plusieurs autres, déterminés par l'accueil que RER nous fimes à ceux-ci, vinrent nous voir le lende- WE "Jet" main sur de grandes et de petites pirogues ; ils se CORNE hasardèrent à monter à bord, mais après que quel- vi
ques-uns de nos gens furent entrés dans leurs em-
lérent dès verts.
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DES VOYAGES. 205 solution , je distinguai un homme d’un moyen âge | qu avait une physionomie 1 intéressante, et que je reconnus ensuite pour le chef. Des peaux de loutre de mer composaient son vêtement, et un bonnet orné de grains de verroterie bleu de ciel, de la dimension d'un gros pois, et pareil à ceux que portent les habitans de l'entrée de Noutka, couvrait sa tête ; il paraissait attacher beaucoup plus de prix à ces. grains de verre qu’à nos grains de verre blanc. Ces sauvages estimaient d’ailleurs les grains de verre de quelque espèce qu'ils fussent , et pour en avoir, ils s'empressèrent de nous donner en échange tout ce: qu'ils possédaient, même leurs belles peaux de Joutre de mer. Je dois observer qu'ils mirent plus de valeur à ces fourrures qu'aux autres; mais que ce fut après que nos gens eurent montré plus d’empressement pours’en procurer ; et même que depuis cette époque ils aimèrent mieux nous céder des habits de peaux de loutre de mer que des habits de peaux de chat sauvage ou de martre : la même chose était arrivée à Noutka.
« Ils désiraient aussi du fer ; mais ils en voulaient des morceaux au moins de huit à dix pouces de longueur, et de trois ou quatre doigts de largeur, rejetant absolument les petits morceaux ; cet article étant devenu rare dans nos deux vaisseaux, ils n’en obtinrent de nous qu’une quantité peu considérable. Les pointes de quelques-unes de leurs piques
ou lances étaient de ce métal; d’autres étaient de 4 quel cuivre : un petit nombre d'os, matière dont les 4 not, pointes de leurs dards, de leurs traits, etc. étaient DM yavi faites. Je ne pus déterminer le chef à descendre M à no sous le pont , et ni lui ni ses camarades ne demeu- PA l'am: rérent long-temps à bord; mais tant que dura leur M le re visite, il fallut les surveiller soigneusement, carils 1 ils le montrérent bientôt leurs dispositions pour le vol. ‘à défei Quand ils eurent passé trois ou quatre heures le «| ter st
long de La Résolution , ils nous quittérent tous, et mett ils se rendirent à /a Découverte; aucun d’eux n'y M quill avait été jusqu'alors, si j'en excepte un homme Æ form qui en arriva au moment où ils s’éloignaient de M être
nous, et qui les y ramena. Je pensai qu'il avait MS venu remarqué sur le vaisseau des choses qu'il savait être triote plus du goût de ses compatriotes que ce qu’il avait Æ les é aperçu sur a Résolution : je me trompais, ainsi @ l'offic qu'on le verra bientôt. 4 sus « Dès qu'ils furent partis, un de mes canots alla @ aisén sonder le fond de la baie. Comme le vent était mo- # tant déré, je songeais à abattre a Résolution sur le ri- & quel vage , si je venais à bout de trouver un endroit Æ tion propre à arrêter notre voie d’eau. Les Indiens ne À mon tardérent pas à s'éloigner de la Découverte, et an rent lieu de revenir prés de nous, ils marchérent vers À l'un le canot occupé à prendre des sondes. L’officier qui à l'éc le commandait, observant leur manœuvre , revint et d' à bord ; il fut suivi de toutes les pirogues. Le déta. Ils s
chement fut à peine rentré sur la Résolution, que KE canc
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DES VOYAGES. 205 quelques-uns des Américains sautérent dans le canot, malgré les deux hommes de garde que nous y avions laissés. Les uns présentérent leurs piques à nos deux sentinelles, d’autres s'emparèrent de J'amarre qui attachait le canot à la Résolution , et le reste entreprit de l'emmener à la remorque. Mais ils le relâchérent dès qu'ils nous virent disposés à le défendre par la force : ils en sortirent pour remonter sur leur embarcation. Ils nous firent signe de mettre bas les armes, et ils semblaient aussi tranquilles que s’ils n'avaient rien fait de mal. Ils avaient formé sur {4 Découverte une autre entreprise, peutêtre encore plus audacieuse. L'homme qui était venu prés de nous, et qui avait mené ses compatriotes vers l’autre vaisseau, avait examiné toutes les écoutilles de a Découverte, et n’apercevant que l'officier de garde et un ou deux matelots, il crut sans doute qu’à l’aide de ses camarades il pourrait aisément piller ce vaisseau. Ce projet lui parut d’autant plus facile, que Za Résolution se trouvait à quelque distance : c’est sûrement dans cette intention qu'ils sy rendirent tous. Plusieurs d’entre eux montérent à bord sans aucune cérémonie ; ils tirèrent leurs couteaux ; ils firent signe à l'officier et à l'un des matelots qui étaient sur le pont de se tenir à l'écart, et ils promenérent leurs regards de côté et d'autre, afin de voler ce qui leur conviendrait. Ils s'emparèrent d’abord du gouvernail d’un des canots, et 1ls le jetérent à ceux d’entre eux qui se
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tenaient dans les pirogues. Ils n'avaient pas eu le temps de découvrir un autre objet qui plût à leur fantaisie , lorsque l'équipage de la Découverte prit l'alarme et se montra armé de coutelas. À cet aspect, les voleurs se retirérent dans leurs embarcations avec autant d'assurance et de sang-froid qu'ils avaient abandonné le canot de la Résolution. Selon l'observation du capitaine Clerke, ils racontèrent à ceux qui n'avaient pas été à bord de combien les couteaux du vaisseau étaient plus longs que les leurs. Mon canot prenait des sondes sur ces entrefaites ; ils l’aperçurent , et, ainsi que je l'ai déjà dit, ils l'abordèrent aprés avoir vu échouer leur projet contre l4 Découverte. Je suis persuadé que s'ils vinrent nous voir de si grand matin, c’est qu'ils comptaient nous trouver endormis, et nous voler à leur aise.
« Ne pent-on pas conclure raisonnablement qu'ils ne connaissaient point les armes à feu ? S'ils avaient eu la moindre idée de ces instrumens meurtriers, ils n'auraient pas essayé d'enlever un de mes canots à la portée de mon artillerie , et à la face de cent hommes ; car la plupart de mes matelots les regardaient. Nous souffiîmes leur andice et leur inso-
lence ; et j'ai la satisfaction de dire que nous les
avons laissés, sur ce point, dans l'ignorance où nous les avons trouvés. Ils ne nous ont jamais vus ürer que des oiseaux,
« Voulant mouiller ici, lorsqu'on sortit l'ancre
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du canot, l’un des matelots qui n’eut pas assez d'adresse, ou qui manqua d'expérience, fut entraîné à la mer par la corde de la bonée , et il alla au fond avec elle. Il est remarquable, dans cet instant critique, qu'il eut la présence d'esprit de se dégager lui-même, et de revenir à la surface de l’eau, où il fut repris, ayant une de ses jambes fracturée d'une manière dungereuse.
« Je quittai ce port le 18, mais après y avoir achevé les réparations qu'exigeaient mes vaisseaux.
« Je lui donnai le nom de Prince William’s sound (port du prince Guillaume). Si je juge de ce port ou de cette baie par ce que nous en avons vu, il occupe au moins un degré et demi de latitude et deux de longitude, sans parler des bras ou des branches dont nous ne connaissons pas l'étendue: néanmoins, autant que nous avons pu les examiner , elles ne nous ont laissé aucun mouf fondé de croire à la possibilité d’un passage par mer à travers le continent de l'Amérique.
« Les naturels qui vinrent nous faire plusieurs visites n'étaient pas communément au-dessus de la taille ordinaire, cet plusieurs étaient même audessous. Ils avaient les épaules carrées, la poitrine large, le cou gros et court, la face large et aplatie; la partie la plus disproportionnée de leur corps paraissait être leur tête, qui était fort grosse. Quoique leurs yeux ne fussent pas petits, ils ne semblaient pas assez gros pour leur visage; leur
nez était plein, arrondi, crochn et retroussé à l'extrémité; ils avaient les dents larges, blanches, égales et bien rangées ; les cheveux noirs, épais, lisses et forts , et en général peu ou point de barbe; les poils de ceux qui en avaient autour des lévres étaient roides ou hérissés, et souvent de couleur brune : plusieurs vieillards avaient de larges barbes épaisses, mais lisses. |
« Quoiqu'ils se ressemblent en général par la stature , les proportions du corps et la grosseur de la tête, leurs traits offrent de grandes différences; mais il en est très-peu qu'on puisse trouver jolis : au reste, leur physionomie annonce ordinairement beaucoup de vivacité, de bonhomie et de franchise; plusieurs avaient cependant l'air chagrin et réservé. Quelques femmes ont le visage agréable, et un assez grand nombre se distingnent des hommes par leurs traits, qui sont plus délicats ; mais ce sont principalement les plus jeunes, ou de celles qui sont d’un âge moyen. Les femmes et les enfans ont le teint blanc, mais sans aucune teinte de rouge. La peau de quelques-uns des hom-
mes que nous vimes nus était brunâtre ou bas:née,
ce qu'on ne peut guère attribuer à la peinture, car ils ne se peignent pas le corps.
« Les hommes, les femmes et les enfans s’habillent de la même manière. Leur vêtement ordipaire est une espèce de souquenille, ou plutôt de robe, qui, en général, tombe jusqu’à la cheville
oussé à anches,
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du pied, et quelquefois jusqu'an genou seulement. Elle offre dans Ja partie supérieure un trou de la grandeur précisément nécessaire pour laisser passer la tête ; elle a des manches qui descendent jusqu'aux poignets. Ces robes sont composées de fourrures de divers animaux ; les plus communes sont celles de loutre de mer, de renard gris, de raton et de martre ; ils emploient aussi beaucoup la peau du phoque, et en général, ils portent toutes ces fourrures le poil en dehors. Quelques -uns ont des robes en peaux d'oiseaux, dont il ne reste qne le duvet; ils collent aussi ce duvet sur d’autres substances. Nous vimes deux ou trois habits de poil, pareils à ceux des habitans de Noutka. Les coutures sont ornées en général de glands ou de franges, de bandes de cuir étroites, tirées des mêmes peaux. Un petit nombre portent une espèce de chaperon ou de collet; quelques-uns ont un capuchon, mais ils ont plus souvent des bonnets : tel cest leur vêtement complet lorsque le temps est beau. Quand il pleut, ils mettent par-dessus la première robe une autre, faite de boyaux de baleine, ou d'un autre gros animal ; celle-ci serre le cou; les manches descendent jusqu'aux poignets, autour desquels elles sontattachées avec une corde; et lorsqu'ils sont assis dans leurs canots , ses pans sont relevés par-dessus le trou dans lequel ils sont placés, en sorte que l'eau n’y peut entrer : elle garantit en même temps de la pluie la partie supérieure de leur corps, car
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elle est aussi impénétrable à l'eau qu’une vessie, 11 faut Ja tenir toujours humide ou mouillée, sans quoi elle a de la disposition à éclater ou à se rompre. Elle est, ainsi que la robe ordinaire , com. posée de peaux, et elle ressemble beaucoup au vêtement des Groenlandais, tel qu'il est décrit par Crantz.
« En général, ils ne se couvrent ni les jambes ni les pieds ; cependant quelques uns portent des espèces de bas de peaux qui remontent jusqu'à micuisse, et il est rare d’en trouver un qui n'ait pas des mitaines de pates d'ours. Ceux qui portaient quelque chose sur leur tête ressemblaient à cet égard aux habitans de Noutka : leurs bonnets de paille ou de bois étaient en forme de cône tronqué, et ressemblaient à une tête de phoque peinte.
« Les hommes coupent ordinairement leurs cheveux autour du cou et du front; les femmes les laissent dans toute leur longueur : la plupart les disposent en touffe sur le sommet de la tête, et un petit nombre les nouent comme nous par-derrière. Les deux sexes ont les oreilles percées de plusieurs trous, dans le bord supérieur et dans le bord inférieur; ils y suspendent des paquets de ces coquilles tubuleuses dont les habitans de Noutka se servent pour le même usage. La cloison du nez est trouée ausei ; ils y placent fréquemment des tuyaux de plumes, ou des ornemens un peu courbes, tirés des couuillages cités plus haut, enfilés à un cordon
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DES VOYAGES. 3017 roide de trois ou quatre pouces de longueur, ce qui leur donne une mine vraiment grotesque ; quelques ind: ,1dus des deux sexes ont une parure encore plus extraordinaire et plus hideuse. Leur lèvre inférieure est fendue ou coupée parallélement à la bouche, un peu au-dessous de la partie renflée : cette incision, qu’on fait aux enfans à l'époque où ils têtent encore, a souvent plus de deux pouces de longueur, et par sa contraction naturelle, lorsque la plaie est fraîche, ou par une répétition de quelques mouvemens particuliers, elle prend la forme des lèvres , et elle devient assez considérable pour que la langue traverse. Telle était celle du premier individu que vit un de nos matelots : il s’écria que les sauvages avaient deux bouches, et on l’eût pu croire en effet : ils attachent dans cette bouche arüficielle un ornement plat et étroit, tiré principalement d’un coquillage solide ou d’un os découpé en petites portions étroites, semblables à de petites dents qui descendent presque jusqu’à la base ou la partie la plus épaisse, et qui ont à chaque extrémité une saillie par où elles se soutiennent : la partie découpée en dents est la senle qui se voie. D'autres ont seulement la lèvre inférieure percée de différens trous ; ils y mettent alors des coquillages en forme de clous; dont les pointes se montrent en dehors, et dont les têtes paraissent en dedans de la lèvre, comme une autre
rangée de dents placées immédiatement au-dessous de la mâchoire inférieure.
« Tels sont les ornemens fabriqués dans le pays : mais nous trouvâmes dans ce lieu beancoup de grains de verroterie manufacturés en Europe , la plupart d’un bleu pâle : ils les suspendent à leurs oreilles autour de leurs bonnets , ou au trou qu'offre chacune des pointes du bijou qui décore leurs lèvres. À ce premier pendant ils en attachent quelquefois d’autres, et il n’est pas rare de voir cette garniture tomber jusqu'au bas du menton : dans ce dernier cas, ils ne peuvent faire disparaître si aisément leur parure des lèvres ; car quant à celle qu'ils emploient ordinairement, ils la jettent en dehors avec Ja langue , ou bien ils la prennent dans leur bouche, selon qu'ils en ont la fantaisie. Ils portent des br:celets de coquillages d'une forme cylindrique, ou de grains composés d’une substance qui ressemble au succin. Plusieurs colifichets, qu'ils placent à leurs orcilles et à leur nez, sont aussi de succin. En général , ils aiment si fort la parure, qu'ils mettent toutes sortes de choses dans leurs lèvres trouées : nous vimes un de ces sauvages qui y portait deux de nos clous de fer, qui se projetaient en saillie, et un second qui s'efforça d'y faire entrer un gros bouton de cuivre.
« Les hommes enduisent souvent leur visage d’un rouge éclatant et d’une couleur noire, quelquefois d’une couleur bleue ou d’une autre qui a
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s le pays :
icoup de rope, la t à leurs au trou qui déils en atpas rare
bas du ent faire vres ; car ent , als la nen ils la en ont la qnillages
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DES VOYAGES. 303 Ja teinte du plomb; muis ils n’y tracent pas de figures régulières. Les femmes essaient à quelques égards de les imiter en se barbouillant le menton d’une substance noire qui se termine en pointe sur chaque joue, mode assez semblable à celle qui, au rapport de Crantz, est trés-répandue parmi Îles femmes du Groenland. Ils ne se peignent point le corps; ce qu'il faut peut-être attribuer à la disette des matières propres à cet usage, car les couleurs qu'ils apportèrent à notre marché, dans des vessies, étaient en petite quantité. Au reste, je n'ai jamais vu de sauvages qui se donnent plus de peine que ceux-ci pour orner ou plutôt pour défigurer leur personne.
« Ils ont deux espèces de canots : l’un grand et ouvert, et l’autre couvert et petit. J'ai déjà dit que nous comptämes vingt femmes et un homme, outre les enfans, dans une de leurs grandes pirogues. J'examinai attentivement cette embarcauon , et aprés l'avoir comparée à la description que donne Crantz de la grande pirogue, ou de la pirogue des femmes du Groenland, j'ai reconnu qu'elles sont construites l’une et l’autre de la même maniere, que les diverses parties se correspondent, que toute la différence consiste dans la forme de l'avant et de l'arrière, et en particulier de l'arrière, qui res semble un peu à la tête d'une baleine. La charpente est composée de morceaux de bois minces, pardessus lesquels on étend des peaux de phoques,
ou d’autres grands animaux qui forment le bordage. Je jugeai aussi que les petits canots sont à peu près de la même forme et de la même matière que ceux des Groenlandais et des Esquimaux : quelques-uns de ceux-ci, comme je l’ai déjà observé, portent deux hommes ; ils sont plus larges, en proportion de leur longneur, que les pirogues des Esquimaux ; et l'avant, qui se recourbe, ressemble un peu au manche d'un violon.
« Les armes et les instrumens de pêche et de chasse sont les mêines que ceux des Esquimaux et des Groenlandais : il est donc inutile d'entrer dans des détails à ce sujet, puisque Crantz les a décrits avec beaucoup d'exactitude. 11 a parlé de tous ceux que j'ai vus, et chacun de ceux dont il a fait mention se trouve chez les habitans de la baie du Prince Guillaume. Une espèce de corset ou de cotte de mailles, composé de lattes légères, jointes ensemble par des nerfs d'animaux, forme leur armure défensive ; elle est extrêmement flexible, mais en même temps si serrée, que les dards et les traits ne peuvent la pénétrer ; elle ne couvre que la poitrine, l'estomac et le ventre, et je pourrais la comparer à nos corps de femme.
« Aucun de ces hommes ne résidait dans la baie où nous mouillâmes, mi dans les endroits où débarquérent les diverses personnes de nos équipages, et nous n'apercümes pas une seule de leurs habitations : je n'avais pas le temps de faire une
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DES VOYAGES. 505 course pour acquérir des connaissances sur cet objet. Parmi les meubles domestiques qu’ils apportcrent dans leurs pirogues , nous remarquämes des plats de bois, creux , d'une forme ronde et ovale,
et d’autres cylindriques et beaucoup plus profonds.
| Les côtés étaient d’une seule pièce , et revêtus de
lanières de cuir ; de petites chevilles de bois les attachaïient au fond. Nous en apercûmes de plus petits, et d’une forme plus élégante, qui ressemblaient
| un peu à nos beurrières ovales ; ceux-ci, plus creux
d'ailleurs, n'avaient pas de manches; ils étaient d'un seul morceau de bois, ou d’une substance de la nature de la corne, et quelquefois proprement sculptés. Nous vimes aussi une grande quantité de petits sacs carrés, composés des mêmes boyaux que la robe dont ils se couvrent lorsque le temps est mauvais, et semés de petites plumes rouges : ils renfermaicnt de trés-beaux nerfs, et des paquets de petites cordes tressées d’une manière ingénieuse. Ils nous apportérent en outre beaucoup de paniers marquetés , d’un tissu si serré, qu'ils pouvaient contenir de l’eau ; des modeles en bois de leurs canots; un grand nombre de petites images de quatre ou cinq pouces de longueur, de bois ou rembourrées, couvertes d’un morceau de fourrure, et ornées de petites plumes, avec une tête garnie de cheveux. Je ne puis dire si c’étaient des jouets d'enfans, ou si elles représentaient leurs amis morts, et si la superstition en tire quelque parti. XXII, 20
Ils ont beaucoup d’insttumens composés de denx ou trois cerceaux ou de pièces de hois concentriques, lesquels offrent au milieu deux barres en croix , par où on les empoigne : ces barres portent des coquillages suspendus à des fils qui servent de grelots, et qui font beaucoup de bruit lorsqu'on les secoue : ils semblent leur tenir lieu du grelot des habitans de Noutka, et peut-être qu’on emploie l’un et l’antre dans les mêmes occasions. (1) « J'ignore avec quels outils ils travaillent leurs meubles de bois , les charpentes de leurs canots ct leurs autres ouvrages ; le seul que nous ayons vu parmi eux était une hache de pierre à peu près de la forme de celle de Taïti et de toutes les îles du grand Océan. Ils ont un grand nombre de couteaux de fer : quelques-uns sont courbés ; il y en a detrèspetits, montés sur des manches assez longs, ct
dont le tranchant est un peu concave, comme quel. |
ques-uns des instrumens de nos cordonniers. Nous
äpercûmes aussi des couteaux d’une seconde es-
pèce , qui ont quelquefois deux pieds de longneur,
une ligne proéminente au milieu, et presque là | forme d’une dague : ils les portent dans des gaînes |
de peau suspendues autour de leur cou par une
Janière cachée sous leur robe ; ils ne se servent pro- |
(1) Le grelot en forme de boule trouvé à peu de distance |
de cette rade par Steller, qui accompagna Behring en 1741, paraît être destiné au mème usage. Voyez MuLLenr, page 266.
dan, guet estt emp être et d’ « sec € de ce elle aussi
cuire niére ser v« ètre
cano de la qu'il de l'« man£ lever
s de denx oncentribarres en !?
es portent :
servent de lorsqu'on du grelot qu'on emsions. (1) lent leurs s canots ct s ayons vu eu près de les îles du de couteaux en a detresz longs, et
pmme quel- |
imiers. Nous seconde esle longueur,
presque ha !
s des gaines ou par une servent pro-
ring en 1741, Len, page 266.
eu de distance !
bablement de ceux-ci que comme d’une arme meurtriére. Au reste, chacun de leurs ouvrages cst achevé comme s'ils avaient un assortiment complet de nos outils; et les coutures et les tresses qu'ils font avec leurs nerfs, les marqneteries qu’offrent leurs petits sacs, peuvent être comparées à ce qu'on trouve en ce genre de plus parfait en Europe. En un mot, si on réfléchit à l'état de grossièreté et de barbarie dans lequel vivent d'ailleurs ces sauvages, à la rigueur de leur climat, aux neiges dont leur pays est toujours couvert, et aux misérables outils qu'ils emploient, on jugera qu'aucune nation ne peut être mise au-dessus d’eux pour Pesprit d'invention et d'adresse de ces ouvrages mécaniques.
« Nous ne leur avons vu manger que du poisson sec et de Ja chair grillée ou rôtie. Nous achetimes de cette chair ; elle nous parut être de l'ours , mais elle avait un goût de poisson. Ils se nourrissent aussi de la racine d’une grande fougère qu'ils font cuire au four , ou qu'ils apprêtent d’une autre manière. Plusieurs de nos gens les virent encore manger volontiers d’une substance que nous avons jugée être la partie intérieure de lécorce du pin. Leurs canots étaient remplis de vases de bois contenant de Ja neige qu'ils avalaient avec avidité; peut-être qu'il serait plus pénible pour eux de transporter de l’eau dans ces vases ouverts. Leur manière de manger est très-propre; ils avaient grand soin d’enlever les ordures qui adhéraient aux choses dont
ils voulaient se nourrir; et, quoiqu'ils mangent quelquefois la graisse crue de certains animaux de mer , ils la partagent en bouchées avec leurs petits couteaux. Ils sont très-propres sur leur personne : leur corps n'offre ni graisse , ni saleté ; les vases de bois dans lesquels ils semblent mettre leurs alimens, étaient en bon état, ainsi que leurs canots, où tout avait l'air net et bien rangé.
« 11 paraît d'abord difficile d'apprendre leur idiome : cette difficulté ne vient pas de ce que leurs mots ou leurs sons se trouvent peu distincts ou confus, mais de ce que les termes et les sons qu'ils emploient ont différentes significations ; car ils sem-
blaient faire souvent usage du même mot, en ln #
donnant des acceptions trés-diverses. Au reste, si !
nous avions fait un plus long séjour parmi eux, nous aurions peut-être reconnu que c'était une mé: prise de notre pe"t.
« Quant aux animaux de cette partie du continent de l'Amérique , je dois observer, comme pour
ceux de Noutka, que nous ne les connaissons que d’après les pelleteries apportées par les sauvages à notre marché. Ils nous vendirent surtout des peaux de phoques , un petit nombre de renards, des chats blanchâtres ou des lynx , des martres communes et
des martres d’une autre espèce, de petites her-|
mines, des ours, des ratons, des loutres de mer. 31 y avait plus de martres , de ratons et de loutres que d’autres peaux : celles-ci composent en eflet
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ÿ mangent | le vêtement ordinaire des naturels; mais celles imaux de © du premier de ces quadrupèdes, qui, en géeurs petits néral, étaient d’un brun beaucoup plus clair que ersonne : celles de Noutka, surpassaient extrêmement le reste s vases de en finesse. Les loutres et les martres étaient bien leurs ali- plus abondantes qu’à Noutka, mais moins fines et
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ndre leur e que leurs distincts ou sons qu'ils car ils seni-
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4 de loutres ent en efiet
moins épaisses, quoique plus grandes ; elles avaient presque toutes ce noir lustré qui est sans doute la couleur dont on fait le plus de cas. Les peaux d'ours et de phoques se trouvèrent assez communes : les dernières étaient blanches en général et agréable ment tachetées de noir, ou quelquefois toutes blanches ; la plupart de celles d'ours étaient brunes ou couleur de suie.
« Nous avions vu chacun de ces animaux à Noutka ; mais nous en apercûmes de particuliers à la baie dont je parle ; tel est l’ours blanc. Les naturels nous apportèrent plusieurs morceaux de sa peau , et même des peaux entières de jeunes ours, d'après lesquelles nous-ne pûmes déterminer leur grandeur ou pleine croissance. Nous y trouvämes aussi le glouton, qui avait des couleurs trèsbrillantes ; une espèce d’hermine plus grande que l'hermine ordinaire; c’est la même que celle de Noutka : elle est tachetée de brun, etelle n’a guère de noir que sur la queue. Nous achetâmes aussi la peau de la tête d’un grand animal, dont nous ne pümes reconnaître précisément l'espèce ; nous
jugeâmes cependant, sur la couleur, la longueur
510 HISTOIRE GÉNÉRALE et la qualité des poils, sur le peu de ressemblance qu'elle avait avec celle d'aucun quadrupéde terrestre, que ce pouvait être le mâle du grand ours de mer. L'une des plus belles peaux qui semblent particulières à cet endroit, car jusqu'ici nous n’en avions pas remarqué de pareilles, est celle d’un petit amimal d'environ dix pouces de longueur, qui a le dessus du dos bruu ou couleur de rouille, avec une mulutude de taches d'un blanc sale et les flancs d'un cendré bleuâtre , parsemé aussi de taches dont je viens de parler : la queue n'excède pas le tiers de la longueur du corps, et elle est couverte sur les bords de poils blanchâtres. La grande quantité de peaux annonce que les espèces des animaux que je viens d'indiquer sont très-répandues. Il faut observer que nous ne vimes ni des peaux de rennes ni des peaux de daims.
Les oiseaux que nous trouvämes en ce lieu furent l'aigle à tête blanche, le migaud , le grand martinpéchenr ; et l'oiseau mouche qui voltigeait fréquemment autour du vaisseau pendant que nous étions à l'ancre : 1l ne reste probablement pas ici pendant l'hiver, qui doit être fort rude. Les oiseaux aquatiques étaient les oies, les canards, les rinsouins, les macareux , et d’autres en grand nombre.
Nous pêéchäues des morues et des fletans ; les naturels nousen vendirent une trés-grande quantité. Les rochers étaient presque entièrement dénués de coquillages. On aperçut quelques crabes.
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« Nous ne vimes de métaux que du cuivre et du fer : l'un et l’autre , mais surtout le dermier, étaient en si grande abondance, qu’ils formaient les pointes de la plupart des traits et des lances. Les habitans se peignent avec une ocre rouge qui est trés-cassante et onctueuse , ou avec un minerai de fer dont la couleur approche de celle du cinabre, avec un fard bleu et brillant dont nous ne pümes nous procurer des échantillons, et du plomb noir. Chacune de ces substances paraît être rare ; car les naturels en apportérent une petite quantité de la première et de la dernière, et ils semblaient la conserver soigneusement.
« Peu de végétaux frappérent nos regards; on ne voit guère dans les bois que le pin du Canada et le sapin spruce : quelques-uns étaient assez gros.
« Ces sauvages doivent avoir recu d’une nation civihisée les grains de verroterie et le fer que nous trouvämes parmi eux. Les observations rapportées plus haut prouvent qu’ils n'avaient jamais commu niqué directement avec des Europtens; il ne reste plus qu’à déterminer d’où leur venaient ces ouvrages de nos manufactures. 1l paraît qu’ils les ont reçus par la baie d'Hudson , ou de nos établissemens sur les lacs du Canada, par l'entremise des tribus établies dans l’intérieur des terres. À moins qu’on ne suppose, ce qui n'est pas aussi vraisemblable, que les navires russes qui partent du Kamtchatka ont déjà étendu leur commerce jusqu'ici, ou du moins
LA
que les habitans des îles des Renards, les plus orientales , communiquent le long de la côte avec ceux de la baie du Prince Guillaume.
« Quant au cuivre, il semble que les sauvages se le procurent eux-mêmes, ou du moins il passe par peu de mains avant de leur arriver ; car lorsqu'ils nous demandaient quelque chose en échange de leurs richesses, ils avaient coutume de nous faire entendre qu'ils possédaient une assez grande quantité de ce métal, et qu'ils n’en voulaient pas davantage.
« En supposant qu'ils ont reçu de la côte orientale du Nouveau-Monde des ouvrages de nos mo nufactures d'Europe, par l'entremise des peuplades établies dans l'intérieur du pays, il est assez singulier toutefois qu'ils n'aient jamais donné en échange des peaux de leurs loutres de mer; car s'ils en avaient donné, on aurait dû sn voir , à une époque quelconque, aux environs de la baie d’Hudson, et je ne sache pas qu'on y en ait vu. Pour répondre à cette question difficile, il convient de considérer l'éloignement où se trouve la baie du Prince Guillaume de la baie d'Hudson; quoique cette distance n'empêche pas les marchandises européennes d'arriver si loin, parce que leur rareté leur donne un prix infini aux yeux des sauvages, elle peut empêcher les pelleteries, qui sont des choses communes, de se porter au-delà de deux ou trois différentes tribus : ces tribus intermédiaires
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e DES VOYAGES. 919
les emploient vraisemblablement à se véuir , et elles en envoient, du côté de l’est jusqu’à l'endroit où l'on rencontre des négocians d'Europe, d'autres qu’elles estiment moins, parce qu'elles viennent des animaux de leur pays. »
Obligés de supprimer les reconnaissances nautiques et géographiques dont le capitaine Cook s’occupa durant toute sa navigation sur la côte d’Amérique, nous conduirons les lecteurs à la rivière de Cook, où les Anglais espérèrent d’abord qu'ils trouveraient le passage au nord : ils quittérent cette rivière le 6 juin.
« Nous l'avons reconnue, dit Cook, jusqu’à 61° 50’ de latitude, et à 150° de longitude ouest, c'està dire, jusqu’à plus de soixante-dix lieues de son entrée, sans rien voir qui indiquät sa source.
« Si la découverte de cette grande rivière (1), qui semble devoir le disputer à ceux des fleuves qui procurent la navigation la plus étendue dans l'intérieur des terres , devient utile au siècle présent ou aux âges futurs, il faudra moins regretter le temps qu’elle nous a coûté. Pour nous, qui avions en vue de plus grands objets, le délai qu'elle occasionna fut une perte essentielle : l'été s’avançait à grands pas ; nous ne savions pas combien de che=
(1) Le capitaine Cook ayant laissé en blanc, dans son manuscrit, le nom de cette rivière, milord Sandwich a recommandé avec raison de l'appeler la Rivière de Coof.
min nous aurions à faire au sul pour suivre la direction de la côte, et nous étions alors convaincus que le continent de l'Amérique septentrionale se prolonge à l'ouest beaucoup plus loin que ne semblaient l'indiquer les cartes modernes les plus estimées. Toutes ces circonstances diminuaient la probabilité de l'existence d’un passage dans la baie de Baffin ou dans la baie d'Hndson, ou prouvaient du moins qu'il était d'une longueur plus considérable, J'eus cependant du plaisir à songer que, si je n'avais pas examiné en détail cette vaste entrée, les écrivains qui font de la géographie dans leur cabinet, auraient établi, comme une vérité , qu’elle communique au septentrion avec la mer du Nord, ou à l'est avec la baie de Baffin ou celle d'Hudson, et qu'on l'aurait peut-être un jour marquée sur les cartes avec plus de précision, et des indices plus sûrs que les détroits de Fuca et de Fonté qui sont invisibles , parce qu'ils sont imaginaires.
« L'après-midi, je renvoyai M. King avec deux canots armés; je lui ordonnai de débarquer à Ja pointe septentrionale des terrains bas qui se trouvent au côté sud-est de la rivière ; d’y arborer notre pavillon, d'y prendre possession de la rivière et du pays, au nom du roi; d'y enterrer une bouteille contenant quelques pièces de monnaie d'Angleterre frappées en 1772, et un papier où seraient écrits les noms de nos vaisseaux et l'époque de notre découverte.
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« M. King me dit, à son retour, qu'au moment où il approcha de la côte, vingt naturels du pays se montrérent en étendant les bras, vraisemblablement afin d'annoncer leurs dispositions pacifiques, et de prouver qu'ils étaient sans armes. Ils parurent trés-alarmés de voir des fusils entre les mains de ses gens, et ils l'engagèrent par les signes les plus expressifs à quitter cette arme. M. King y ayant consenti, il put, ainsi que ses camarades, marcher vers les indigènes, qui étaient d’un caractère gai et sociable. Ils avaient quelques morceaux de saumon frais et plusieurs chiens. M. Law, chirurgien de la Découverte, qui acheta un de ces animaux, le mena au rivage, et le tua d’un coup de fusil à la vue des naturels, Cet effet sembla les surprendre beaucoup, et comme s'ils ne s'étaient pas crus en sûreté avec des hommes si redoutables , ils s'en allèrent; mais on découvrit bientôt leurs piques et d’autres armes cachées près d'eux dans les buissons. M. King m'informa d’ailleurs que le terrain était marécageux , et le sol maigre, léger et noir ; qu'il produisait un petit nombre d'arbres et d'arbrisseaux , tels que des pins, des annues, des bouleaux et des saules, des rosiers et des groseillers, et une herbe trés-petite ; mais il n’aperçut pas une seule plante en fleur.
« Plusieurs grandes pirognes et quelques petites arrivérent au moment de notre appareïllage ; les hommes qui les montaient nous vendirent d'abord
des pelleteries : ils nous vendirent ensuite leurs habits , et ils se dépouillérent de manière que la plupart furent complétement nus. Ils nous apporterent entre autres choses un assez grand nombre de peaux de lapins blancs, de trés-belles peaux de renards rougeûtres, et seulement deux ou trois de loutres : ils nous fournirent aussi du saumon et des fletans ; ils donnèrent au fer la préférence sur tout ce que nous leur offrîmes d’ailleurs. Les ornemens des lèvres ne nous parurent pas si communs parmi eux qu'à la baie du Prince Guillaume; mais la cloison de leur nez était plus chargée de parvies, et en général ces parures du nez étaient beancoup plus longues. Ils avaient encore une plus grande quantité de broderies blanches et rouges sur quelques parties de leurs vêétemens et sur quelques-uns de leurs ouvrages, tels que leurs carquois et les étuis de leurs couteaux.
« Il faut observer que tous les naturels que nous rencontrimes dans cette rivière nous semblérent être de la même nation que ceux qui habitent la baie du Prince Guillaume ; que les rapports étaient on ne peut pas plus frappans; mais que, relativement à l'idiome et à la figure, ils différaient essenuellement de ceux de Noutka : leur langue est plus gutturale ; ainsi qu'à la baie du Prince Guillaume, leurs articulations sont fortes et distinctes, et les mots qu'ils prononcent avec force et distinctement paraissent être des phrases.
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« Ils possédent du fer, ils ont des couteaux de ce métal, et les pointes de leurs piques en sont aussi. Leurs piques ressemblent à nos hallebardes ; les pointes sont quelquefois de cuivre ; la longueur de leurs couteaux, qu'ils placent dansdes gaînes, est considérable. Ces couteaux et un petit nombre de grains de verre étaient les seules choses de fabriques étrangères. J'ai déja exposé mes conjectures sur le lieu d’où ils tirent ces objets ; mais s’il paraît probable qu'ils les recoivent de ceux de leurs voisins avec lesquels les Russes peuvent avoir établi un commerce , je ne craindrai pas de dire que les Russes n’ont jamais été parmi eux ; car s'ils étaient connus des Russes, 1l y a lieu de croire que nous ne Îles aurions pas trouvés vêtus de fourrures aussi précienses que celles de la loutre de mer.
« Il est sûr qu'on peut établir un commerce de pelleteries très-avantagenx avec les habitans de cette vaste côte; mais à moins qu'on ne trouve un passage au nord, elle paraît trop éloignée pour que la Grande-Bretagne en uüre quelque paru. Il faut cependant observer que les loutres de mer donnent les peaux les plus précieuses, ou plutôt les seules précieuses que j'aie vues sur les côtes occidentales de l'Amérique ; toutes les autres, et en particulier celles de renard et de martre, semblaient être d’une qualité inférieure. Il faut observer aussi que la plupart des peaux que nous achetäâmes étaient taillées en vêtemens. Au reste, quelques-unes de
celles-ci se trouvaient en bon état; mais le reste était vieux et assez déguenillé, et dans toutes il y avait des poux. Ces pauvres gens n’employant leurs peanx qu’en habits, on ne peut supposer qu'ils se donnent la peine d’en apprêter une quantité plus considérable que celles dont ils ont besoin. Le désir de se procurer des vêtemens est peut-être la raison principale qui les détermine à tuer des quadrupedes, car la mer et les rivières semblent les nourrir. Il est vraisemblable que tout ceci changerait, s'ils étaient une fois habitués à un commerce suivi. Cette communication augmenterait leurs besoins, en leur faisant connaître de nouveaux objets de luxe; afin d'avoir les moyens de les acheter, ils seraient plus assidus à se procurer des pelleteries dont ils s’apercevraient bientôt que le débit est assuré, et je suis persuadé qu’ils en auraient toujours une provision abondante. »
Le capitaine Cook arriva le 28 juin à l'ile d'Ounalachka, aprés avoir reconnu fort exactement la portion de toute la partie de la côte de l'Amérique qu'il avait trouvée sur sa route, ainsi que les îles qui la bordent, et après avoir échappé au naufrage d’une maniére presque miraculeuse.
« Le 19, tandis que nous étions vis-à-vis des îles Schoumagin, dit:l, la Découverte, éloignée de deux milles, tira trois coups de canon ; elle mit en travers, el elle m’avertit par un signal qu'elle voulait me parler. Je fus très-alarmé, et le passage
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du canal dans lequel nous étions ne m'ayant fait remarquer aucun danger apparent, je craignis qu'il ne fût arrivé quelque accident à ma conserve, qu’elle n'eût fait une voie d’eau ,-par exemple. Un canot que je lui envoyai revint bientôt avec le capitaine Clerke. Je sus que des naturels montant quatre pirogues étaient venus à l'arrière de son vaisseau aprés l'avoir suivi assez long-temps. L'un d’eux ôta son chapeau, fit la révérence, et plusieurs autres signes à la manière des Européens. On lui jeta une corde à laquelle il attacha une petite boîte, et quand il vit que l'équipage de la Découverte tenait la boîte, il prononça quelques mots qu'il accompagna de différens gestes, et il emmena Îles pirogues. Les gens du capitaine Clerke, n'ayant pas imaginé que la boîte contint quelque chose, ne l'ouvrirent qu'après le départ des naturels, et encore ce fut par hasard; ils y trouvérent un morceau de papier plié soigneusement, sur lequel il y avait de l'écriture; on supposa que cette écriture était en langue russe. Nous remarquâmes en tête une date de 1778 , et le corps du billet indiquait l'année 1776. Il n’y avait à bord personne d’assez habile pour déchiffrer l'alphabet de l’écrivain; les chiffres arabes qu'offrait la lettre annonçaient assez que nous avions été précédés dans cette partie du monde par des hommes qui comnaissatent les arts de l’Europe; et l'espoir de rencontrer bientôt des négocians russes ne pouvait manquer de nous faire
un grand plaisir; car nous étions réduits depuis long-temps à la société des sauvages du grand Océan et de l'Amérique septentrionale.
« Le capitaine Clerke crut d’abord que des Russes avaient fait naufrage ici, et que ces malheureux , Voyant passer nos vaisseaux , avaient imaginé de nous écrire pour nous instruire de leur situation. Brülant du désir Jde les soulager, il m'avait averti par un signal de l’attendre, et il venait conférer avec moi sur les moyens d'exécuter l'œuvre de bienfaisance qu’ilméditait. Je ne pensai pascomme lui qu'il fût question de naufrage dans la lettre. Il me parut clair que, dans ce cas, les hommes abandonnés sur cette île auraient commencé par envoyer aux vaisseaux quelques-uns de leurs compagnons d’infortune , afin de se procurer pius sûrement des secours auxquels ils devaient mettre un si grand prix. Je jugeai que la lettre avait été écrite par un des négocians russes qui avaient abordé depuis peu sur cette terre , et qu'elle renfermait plutôt des informations pour ceux de ses compatriotes qui y viendraient ensuite ; que les naturels du pays nous ayant aperçus , et nous supposant des Russes, s'étaient décidés à l’apporter dans l'espérance que nous nous arrêterions. Intimement convaincu que je ne me trompais pas, je ne m'arrêtai point pour éclaircir ce fait; mais je fis route à l’ouest le long de Ja côte couverte de neige: quelques montagnes en particulier, dont les sommets s’élancaient au-
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dessus des nuages à une hauteur prodigieuse, en étaient revêtus. Nous remarquâmes que celle de ces montagnes qui gît le plus au sud-ouest a un volcan d'où il sortait sans cesse de grosses colonnes de fumée noire ; elle gît à peu de distance de la côte, par 54° 58’ de latitude , et 164° 15” de longitude ouest : elle est remarquable par sa figure qui présente un cône parfait : le volcan est à la cime; elle ne s’offrit guère sans nuages à nos yeux, non pius que le reste de ces montagnes. La base et le sommet se montraient nettement de temps à autre; alors un nuage étroit et quelquefois deux ou trois, placés l’un au-dessus de l’autre, enveloppaientle milieu d’une ceinture, qui, jointe à la colonne de fumée élancée perpendiculairement de la cime, et déployée par le vent en forme de queue d’une longueur immense, produisait un coup-d'œil trés-pittoresque. Il faut observer qu’à la hauteur où parvenait la fumée de ce volcan, le vent prenait quelquefois une direction contraire à celle qu'il avait à la mer, même dans le temps où il soufflait pour nous avec force.
« Nous primes sur les côtes d'une île voisine environ cent fletans, dont quelques-uns pesaient plus de cent livres; les moindres en pesaient vingt: Ces rafraîchissemens nous arrivaient fort à propos. L'eau avait trente-cinq brasses de profondeur dans l'espace où nous pêchâmes, c’est-à-dire à trois ou quatre milles de la côt: : une petite pirogue con-
duite par un homme arriva de la grande île près de nous. Lorsqu'il approcha de la Résolution, il Ôta son chapeau , et il fit une révérence de la même maniére que ceux qui étaient allés la veille le long du bord de la Découverte. D'après la lettre dont j'ai parlé plus haut, et d’après la politesse de ces insulaires , 1l était évident que les Russes entretenaient des communicalions et un commerce avec eux; mais nous en eûmes une nouvelle preuve : celui qui vint nous trouver ici portait des culottes de drap vert, et au-dessous de la robe de boyaux dont on se revêt dans le pays, une longue veste de drap noir. Il n'avait à vendre qu’une peau de renard gris, et des meubles ou des harpons de péche : les pointes de ces harpons étaient d'os et proprement travaillées dans la longueur de plus d’un pied ; elles étaient de l'épaisseur d'une canne ordinaire , et sculptées. Nous aperçümes dans son canot une vessie remplie de quelque chose que nous primes pour de l'huile, car il l’ouvrit; et après avoir rempli sa bouche de ce qu’elle contenait, il la referma.
« Sa pirogue était de la même construction que celles que nous avions vues auparavant, mais plus petite. Il se servait de la pagaie à double pale ; les naturels qui étaient allés le long du bord de Za Découverte s'en servaient aussi. Il ressemblait exactement , par la taille et par les traits, aux habitans que nous avions vus dans la baie du Prince Guil-
le près tion , 1l 1 même le long re dont de ces s entrerce avec preuve :
culottes boyaux ue veste peau de is de péxs et pro“ plus d'un nne ordison canot ue nous et après tenait , il
ction que mais plus pale ; les rd de /a blait exack habitans ce Guil-
laume et à la rivière de Cook; mais son corps n'offrait aucune peinture; sa lèvre était trouée dans une direction oblique, et sans ornement. Nous lui dîimes quelques-uns des mots que répétèrent souvent les Ar éricains que nous avions quittés en dernier heu; il ne parut pas les comprendre. On doit peut-être attribuer ceci à notre mauvaise prononciation plutôt qu’à son ignorance du dialecte.
« Le 28, tandis que nous étions à l'ancre, près d’Ounalachka, plusieurs naturels, dont chacun montait une pirogue, arrivérent près de nous, et ils échangérent contre du tabac un petit nombre d’instrumens de pêche. L'un d'eux , qui était trèsjeune , renversa son canot au moment où il se trouvait le long du bord de l’un des nôtres. Nos gens le saisireni dans la mer; mais son embarcation, entraînée au gré des flots, fut recueillie par un autre insulaire qui la ramena à la côte. Cet accident obligea le jeune homme de venir sur mon bord ; il descendit dans ma chambre dès l'instant où nous l’engageâmes à s’y rendre, et il ne montra ni répugnance ni malaise. Il portait une première robe de la forme d’une chemise, composée de larges boyaux d’un animal marin, vraisemblablement d’une baleine ; et par-dessous, un vêtement de la même forme, de peaux d'oiseaux garnies de leurs plumes et cousues proprement. Le côté des plumes posait sur la chair. Il l'avait rac-
commodé ou rapetassé avec des morceaux d’étofle de soie, et son chapeau était orné de deux ou trois espèces de grains de verre. Ses habits étant mouil. lés , je lui en donnai d’autres dont il se revêtit avec autant d’aisance que j'aurais pu le faire. Son mainuen et celui de quelques autres de ses compatriotes nous firent croire qu'ils connaissaient les Européens et plusieurs de nos usages. Au reste, nos vaisseaux excitaient beaucoup leur curiosité, car ceux qui ne purent s’y rendre en pirogues s’assemblérent sur les montagnes voisines pour regarder des bâtimens aussi extraordinaires.
« Un habitant de l'île m'apporta une seconde lettre pareille. à celle qu'avait reçue le capitaine Clerke. {1 me la présenta, mais elle se trouva écrite en russe, langne qu'aucun de nous n’entendait, comme je l'ai déjà observé. Si elle m'était inutile, elle pouvait servir à d’autres, et je la rendis au por. teur, que je renvoyai avec des présens ; 1] me fit plusieurs révérences profondes.
« Me promenant le lendemain le long de la côte, je rencontrai un groupe d'insulaires des deux sexes assis sur l'herbe ; ils faisaient un repas composé de poissons crus, qu'ils semblaient manger avec autant de plaisir que nous mangeons un turbot servi dans la sauce la plus délicate. »
La nature de cet ouvrage ne permet pas d’indiquer la route et les découvertes du capitaine Cook depuis son départ de l’île d'Ounalachka, jusqu'au
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moment où il fut arrêté par les glaces du nord. Nous sommes réduits à extraire du voyage quelques-uns des endroits les plus intéressans.
« Le 3 août, par 62° da de iatitude et 168° de lon. gitude ouest, dit Cook, M. Ander:an , mon chirurgien , attaqué de een depuis plus d’un an, mourut.C'étaitun jeune homme plein d'intelligence et d'esprit, et d’une société agréable ; il savait bien son art, et il avait acquis beaucoup de connaissances en d’autres parties. Les lecteurs remarqueront sans doute combien il m'avait été utile dans le cours du voyage ; et si la mort ne fût venue le frapper, le public, j'en suis sûr, aurait reçu de lui des mémoires sur l'histoire naturelle des pays où nous avons abordé, qui prouveraient d'une maniére évidente combien il était digne des éloges que je lui donne ici. Peu de temps après quil eut rendu le dernier soupir, nous aperçümes une terre dans l’ouest, à douze lieues; nous supposämes que c'était une île; et je l’appelai fle Anderson , afin de perpétuer la mémoire d’un homme que j'aimais et que j'estimais beaucoup. Le lendemain je fis venir M. Law, chirurgien de la Découverte, à bord de la Résolution , et je nommai chirurgien de la Découverte M. Samuel, premier aide de chirurgien de mon vaisseau. »
Cook mouilla le 5 entre le continent de l'Amérique et une île. Il débarqua sur cette île, qu'il a nommée Sledge island (île du Ttaineau ), et qui
326 HISTOIRE CÉNÉRALE git par 64° 30’ de latitude, et 166° 3’ de longitude
ouest ; elle a environ quatre lieues de circonférence. La surface du terrain en général offre de grosses pierres éparses, qui sont en bien des endroits couvertes de mousse et de végétaux. Il y compta plus de vingt ou trente espèces différentes de ces végétaux ; la plupart étaient en fleur. Mais il n’y aperçut ni arbrisseaux ; ni arbres , non plus que sur le continent. Un petit terrain bas, près de la grève, où 1] débarqua , produisait une quantité considérable de pourpier sauvage, de pois, d'angélique, etc. Il en remplit le canot, et il fit mettre ces légumes dans la soupe. Il vit un renard, quelques pluviers et divers petits oïseaux ; il rencontra des cabanes én ruine, construites en partie sous terre. Ainsi des hommes avaient été depuis peu sur cette île, et 1l est clair que les habitans de la côte voisine y viennent pour un objet quelccnque; car il y avait un sentier battu d’une extrémité à l’autre. Il trouva, à peu de distance de la grève où il mit à terre, un traîneau. Il le jugea semblable à ceux qu'emploient les habitans du Kamtchatka, pour faire leurs transports sur la glace ou sur la neige. Il avait dix pieds de longueur et vingt pouces de large ; il était garni de ridelles par le haut, et d'os par en bas : sa construction lui parut heureuse ; ses diverses parües étaient jointes d’une maniére trés-soignée, les unes avec des chevilles de bois, et la plupart avec des courroies ou des lanières de baleine , ce qui le
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longitude nférence.
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s légumes s pluviers s cabanes Ainsi des île, et il ne y vien- "avait un trouva , à terre, un mploient urstransdix pieds tait garni | bas : sa 2rses parignée, les part avec ce qui le
persuada que c'était un ouvrage des naturels da pays. Il avait espéré pouvoir, de cette île, apercevoir la côte et la mer dans l’ouest; mais la brume était si épaisse de ce côté, que la vue nes ’étendait pas plus loin qu ’étant à bord.
Ayant continué à faire route au nord, il se trouva le 9 par le travers d’un promontoire très haut et très-escarpé, qu’il nomma Le Cap du prince de Galles : c’est l'extrémité la plus occidentale des parties de l'Amérique connues jusqu’à présent. Ce cap gît par 65° 46’ de latitude, et 168° 15’ de léhuitude ouest ; 1] porta ensuite à l’ouest du côté de l'Asie , et le 10 août il mouilla sur la côte des Tchoutskis.
« Au moment où nous entrâmes dans la baie que nous avions découverte la veille, dit Cook, nous aperçûmes sur la côte septentrionale un village et des habitans à qui la vue de nos vaisseaux parut inspirer du trouble et de la crainte. Nous distinguions nettement des gens qui marchaient vers l’intérieur du pays, avec des fardeaux sur leurs épaules. Je résolus de débarquer près de leurs habitations, ét je me mis en cffet en route avec trois canots armés et quelques-uns de nos officiers. Trente ou quarante hommes, qui portaient une hallebarde, un arc et des traits, étaient rangés en bataille sur un monticule prés du village : à mesure que nous approchâmes, trois d'entre eux descendirent sur la grève ; ils ôtèrent leurs bonnets, etils nous firent
398 IISTOIRE GÉNÉRALE
des révérences profondes. Nous répondimes à leurs politesses; mais cet accueil de notre part ne leur inspira pas assez de confiance pour attendre que nous eussions débarqué, car ils se retirérent au moment que nos canots touchèrent le rivage. Je les suivis seul, sans rien tenir à la main ; je les déterminai, par mes signes et mes gestes, à s'arrêter, et à recevoir en présent quelques bagatelles. Ils me donnèrent en retour deux peaux de renard et deux dents de morse. J'ignore si les largesses commencérent de mon côté ou du leur ; ilme parut qu'ils avaient apporté ces choses afin de me les offrir, et qu'ils me les auraient présentées quand même ils n'auraient rien recu de moi.
« Je les jugeai trés-craintifs et très-circonspects, et ils me prièrent par gestes de ne pas laisser avancer les gens de ma troupe : l’un d'entre eux, sur les épaules duquel je voulus mettre la main, tressaillit, et recula de plusieurs pas. Ils se retirèrent à mesure que j'approchai; ils étaient prêts à faire usage de leurs piques, et ceux qui se trouvaient sur le monticule se disposaient à les soutenir avec leurs traits. J'arrivai insensiblement au milieu d'eux , ainsi que deux ou trois de mes compagnons. Des grains de verroterie que je leur distribuai leur inspirèrent bientôt une sorte de confiance; ils ne s'alarmèrent plus lorsqu'ils virent que quelques autres de mes gens venaient nous joindre; et les échanges entre nous commenctrent peu à peu.
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DES VOYAGES, 329 Nous leur donnâmes des couteaux , des graïns de verroterie , du tabac, et ils nous donnérent plusieurs de leurs vêtemens et un petit nombre de traits : mais rien de ce que nous leur offrimes ne pat les engager à nous céder une pique ou un arr. Ils eurent soin de les tenir toujours en arrêt; ils ne les quittèrent jamais, si j'en excepte quatre ou cinq bommes qui les déposèrent une fois pour nous régaler d’une danse et d’une chanson : ils ne manquèrent pas même alors de les placer de maniére à pouvoir les reprendre dans un instant : ils désirèrent, pour leur sûreté, que nous nous tinssions assis,
« Leurs traits étaient armés d'os ou de pierres; trés-peu était barbelés; quelques-uns avaient une pointe mousse arrondie. Jene puis dire à quel usage ils emploient ces derniers , à moins qu'ils ne s'en servent pour tuer de pelils animaux sans en gâter Ja fourrure. Leurs arcs ressemblaient à ceux que nous avions vus sur Ja côte d'Amérique , et à ceux qu'on trouve parmi les Esquimaux. Les piques et les hallebardes étaient de fer ou d'acier, et de fabrique européenne ou asiatique : on s'était donné beaucoup de peine pour les orner de sculptures et de pièces de rapport de laiton ou d'un métal blanc. Ceux qui se tenaient devant nous l'arc et les traits en arrêt, portaient leurs piques en bandoulière sur l'épaule droite ; une lanière de cuir rouge formait Ja bandoulière ; un carquois de cuir rempli de
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flèches pendait sur leur épaule gauche. Quelques. uns de ces carquois nous parurent extrêmement jolis ; ils étaient de cuir rouge, et ils offraient une broderie élégante et d’autres ornemens.
« Plusieurs autres choses, et leurs vêtemens en particulier, annoncent un degré d'industrie bien supérieur à ce qu'on attend d’un peuple placé à une si haute latitude. Tous les sauvages que nous avions vus depuis notre arrivée sur la côte d'Amérique étaient d'une petite taille; ils avaient la face jouflue et arrondie , et les os des joues proéminens. Les habitans du pays où nous relâchions maintenant nous offraient des visages allongés ; ils étaient robustes et bien faits; en un mot, ils paraissaient d’une race absolument diflérente. Nous n'apercümes n1 enfans, ni vieillards, si j'en excepte un homme qui avait la tête chauve et était désarmé : les antres semblaient être des guerriers d'élite; ils se trouvaient au-dessous plutôt qu'au-dessus du moyen âge.
« Une marque noire, la seule de ce genre que je remarquai, traversait la figure du vieillard : ils avaient tous les oreilles percées , et quelques-uns y portaient des grains de verroterie : c'était à peu près leur unique parure , car ils n’en ont point à leurs lèvres. C’est un autre point dans lequel ils différent des Américains que nous avions vus en dernier lieu.
« Leur habillement est composé d’un bonnet,
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d’une veste longue, de culottes, d’une paire de bottes et d’une paire de gants : chacun de ces vêtemens est de cuir , de peaux de daim ou de chien, ou de phoque, extrêmement bien apprètées, etc. ; quelques-unes conservent leurs poils. Indépendamment des bonnets, qui sont très bien adaptés à la forme de la tête, et dont la plupart des naturels font usage, nous achetâmes des capuchons de peaux de chien, assez grands pour couvrir la tête et les épaules. Leur chevelure nous parut noire ; mais elle était rasée ou coupée trés près, et aucun d'eux ne portait de barbe. Dans le petit nombre d'objets qu'ils obtinrent de nous, les couteaux et le tabac furent ce qu'ils estimérent le plus.
« Leurs habitations d'été différent de leurs habitations d'hiver ; les dernières ressemblent exactement à une voûte dont le plancher est un peu au-dessous de la surface de la terre. L'une d'elles, que j'examinai, était de forme ovale d'environ vingt pieds de longueur , et à peu près donze d’élévation ; la charpente était de hois et de côtes de baleine disposées d’une manière judicieuse, et hées ensemble par des côtes plus petites ; sur cette charpente règne une première couverture d’une herbe forte et grossière, qui en porte une seconde de terre; en sorte qu'au dehors la maison ressemble à un petit tertre soutenu par une muraille de pierre de trois ou quatre pieds de hauteur, construite autour des deux côtés, et à une extrémité.
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À l'autre extrémité, la terre est élevée en pente, de manière à pouvoir monter à l'entrée, qui n’est autre chose qu’un trou placé au sommet du toit. Le sol était planchéié; il y avait au-dessous une espèce de cellier dans lequel je n’aperçus que de l'eau. Je remarquai au bout de chacune des cabanes une chambre voûtée , que je pris pour un magasin. Ces magasins communiquaient à l’habitauon par un passage obscur, et en dehors par une ouverture qui se trouve dans le toit, et qui est au niveau du terrain sur lequel on marche en plein air. On ne peut pas dire qu’ils sont absolument souterrains , car une des extrémités touchait au bord de la colline le long de laquelle ils sont rangés, et elle était construite en pierre. Le dessus était surmonté d’une espèce de guérite de sentinelle ou de tour, composée d’ossemens d’un gros poisson.
.« Les cabanes d’été sont circulaires et assez grandes ; elles forment une pointe au sommet : des perches légères et des os couverts de peaux d’aninaux marins en composent la charpente. L'une d’elles, dont j'examinai aussi l'intérieur , offrait un âtre au foyer à côté de la porte : j'y vis un peut nombre de vases de bois tous fort sales ; les endroits où se couchent les naturels se trouvaient sur les côtés , et occupaient à peu prés la moitié de Ja circonférence. Il paraît qu’ils ont des idées de pudeur et de décence, car 1l y avait plusieurs séparations formées avec des peaux. Le lit et la couche étaient
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« J’observai autour des habitations divers échafauds de dix à douze pieds de hauteur, pareils à ceux que nous avions rencontrés sur quelques parties de la côte d'Amérique. Ils étaient d'os dans toutes leurs parties, et ils paraissaient destinés à sécher du poisson ou des peaux : on les met ainsi hors de la portée des chiens, très-nombreux dans le pays. Ces chiens sont de l'espèce du renard, mais plus gros, et de différentes couleurs; ils ont de longs poils soyeux qui ressemblent à de la laine. Il est vraisemblable que les Tchoutskis les attèlent à leurs traîneaux pendant l'hiver; car ils ont des traîneaux, et j'en vis un nombre assez considérable dans une de leurs habitations d'hiver. Peut-être aussi que + chiens entrent dans leur régime diététique, :: j'en aperçus plusieurs qui avaient été tués le matin.
« Les sanots de ce peuple ressemblent à ceux des habiians de la côte nord-ouest de l'Amérique. Nous en trouvâmes de grands et de petits dans une crique qui est au-dessous du village.
« Les environs du village nous offrirent une immense quantité d’ossemens de gros poissons et d’autres animaux marins, ce qui donne lieu de croire que la mer fournit la plus grande partie de leur subsistance. Le pays me parut extrêmement stérile, car je n’y vis ni arbres n1 arbrissexux. Nous observâmes, à quelque distance à l’ouest, une chaine
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334 HISTOIR GÉNÉRALE
de montagnes couvertes de neige tombée depuis peu.
« Nous supposimes d'abord que cette terre fait partie de l’île d’Alachka ; mais, d'après la forme de la côte, d’après la position du rivage d’Amérique situé vis-à-vis, et d’après la longitude, nous ne tardämes pas à penser que c'était le pays des Tchoutskis, ou l'extrémité orientale de l’Asie, reconnue par Behring en 1728.
« Lorsque nous eûmies passé deux ou trois heures avec ces hommes, nous retournâmes aux vaisseaux. »
Le capitaine Cook, après cette visite aux Tchoutskis, dont on verra plus bas les heureux effets, s’éloigna de la côte d'Asie; il se rapprocha de celle d'Amérique, et lorsqu'il l’eut ralliée, 1l fit route au nord, puis à l’est.
Le 17 avant midi, 1l aperçut à l'horizon, dans le nord , une clarté pareille à celle que produit la réflexion de la glace, et qu'on appelle communément le clignotement de la glace. N'imaginant pas rencontrer des glaces si tôt, 1l y fit peu d'attention. Cependant l’âpreté de l'air et l'obscurité du ciel semblaient annoncer un changement brusque depuis deux ou trais jours. Une heure après, la vue d’une vaste plaine de glace ne lui laissa plus de doute sur la cause de la clarté de l'horizon. Ne pouvant, à deux heures et demie , aller plus avant, il revira près des bords de la glace, par 70° 41°
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« Leur graisse , dit-il, approche de la saveur de la moelle ; mais elle devient rance en peu de jours, si on ne la sale pas; lorsqu'elle est salée, elle se conserve bien plus long-temps. La chair est grossiére et noire ; le goût en est fort; le cœur est presque aussi bon que celui d’un bœuf. Quand la graisse est fondue , elle donne beaucoup d'huile, qui brûle très-bien dans les lampes ; les peaux, qui sont trèsépaisses, nous servirent beaucoup pour la garniture de nos agrès. Les dents ou les défenses de la plupart de ces animaux, étaient très-petites à cette époque de l’année : quelques-unes même des plus grosses et des plus âgées n’excédaient passix pouces de longueur. Nons en conclûmes que leurs vieilles dents étaient tombées depuis peu.
« Ils se tiennent sur la glace en tronpeaux de plusieurs centaines ; ils se roulent pêle méle les uns sur les autres, comme les cochons. Leur voix
est trés-éclatante; en sorte que pendant la nuit, ou dans les temps brumeux, ils nous avertirent du voisinage de la glace avant que nons pussions la découvrir. Nous n'avons jamais trouvé tout le troupeau endormi ; nous en remarquâmes toujours
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quelques-uns qui faisaient sentinelle. Ceux-ci éveillient leurs camarades à l'approche de nos canots, et l'alarme se communiquant peu # neu , la troupe entière se montrait éveillée ; mais .i: ne se hâtaient ordinairement de prendre la fuite qu'après que nous leur avions tiré des coups de fusil. Alors ils se jetaient à la mer avec le plus grand désordre. Quand nous n'avions pas tué à la première décharge ceux que nous ürions, nous les perdions communément , quoiqu'ils fussent blessés à mort. Ils ne nous parurent pas aussi dangereux que certains auteurs l'ont dit ; ils ne nous semblaient pas même redoutables lorsque nous les attaquions. Leur mine est plus effrayante que leur naturel. Des troupes nombreuses nous suivaient et venaient près de nos canots; mais ils se précipitaient dans les flots dès qu'ils apercevaient la lueur de l’amorce, ou même dés qu'ils voyaient qu’on les couchait en joue, Les femelles défendent leurs peuts jusqu’à la dernière extrémité et aux dépens de leur vie, dans l’eau ou sur la glace. Les jeunes ne quittaient pas ieurs mères, lors mème qu’elles étaient mortes ; en sorte que, si nous avions tué les unes, nous étions sûrs des autres.
« Le 27, comme il y avait peu de vent, j'allai avec les canots pour examiner la glace de prés. Je la trouvai composée de morceaux flottans de diverses grandeurs, et tellement réunis, que je pouvais à peine pénétrer dans la bordure extérieure
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avec un canot ; elle présentait aux vaisseaux une barrière aussi impénétrable que des rochers. Je remarquai qu'elle était partout pure ct transparente , excepté dans la partie supérieure, quise trouvait un peu poreuse. Je jugeai que c'était de la neige glacée , et il me parut qu'elle s'était toute formée à la mer; car outre qu'il est invraisemblable ou plutôt impossible que des masses si énormes flottent dans des riviéres où 1l y a à peine assez d’eau pour un canot, nous n’apercûmes sur ces glaçons aucune des choses que produit la terre, et on aurait dù y en voir , si elle s'était formée dans des rivières grandes ou petites. Les morceaux qui composaient la bordure extérieure de la plaine avaient de quatre ou cinq à cent vingt ou cent cinquante pieds d’étendue, et il me sembla que les plus considérables plongeaient dans l'eau au moins de trente pieds. Il est de même peu probable que cette glace ait été produiteen entier dans une seule saison : je croirais plutôt que c’est le résultat d’un grand nombre d’hivers. Je pensai également que le reste de l’été ne suffirait pas pour en fondre la dixième partie ; car le soleil avait déjà déployé sur elle la plus vive influence de ses rayons. Je suis persuadé d’ailleurs que le soleil contribue peu à la diminution de ces glaces prodigieuses. Si cet astre est long-temps sur l'horizon , 1l ne se montre guère que quelques heures à la fois, et souvent on ne le voit pas de plusieurs jours. C’est le vent, ou plutôt ce sont les XXIIL 29
378 HISTOIRE GÉNÉRALE flots excités par le vent qui réduisent la dimension de ces masses énormes, à force de les jeter les unes contre les autres, et de miner ou d'entraîner les par. ties qui se trouvent exposées aux chocs des vagues. Nous en eûmes une preuve certaine; car nous obser. vâmes que la surface supérieure de beaucoup de morceaux avait été emportée, tandis que la base ou la partie inférieure demeurait ferme dans un espace de plusieurs brasses , autour de celle qu'on voyait encore au -dessus de l’eau, et ressemblait exactement à un bas-fond qui environne un rocher élevé. Nous mesurâmes la profondeur de la mer sur un de ces morceaux ; elle avait quinze pieds, en sorte que les vaisseaux auraient pu y passer. Si je ne l'avais pas mesurée, je n'aurais jamais imaginé qu'il y eût au-dessus du nivean de la mer un poids de glace assez fort pour tenir la partie inférieure si avant dans l’eau. Aïnsi il peut arriver qu'une saison orageuse détruise plus de glaces que n’en forment plusieurs hivers, ce qui les empêche de trop s’accroitre : maïs tous les navigateurs qui ont navigué dans des parages semblables , concluront qu'il y en reste toujours un fond en réserve ; et cette vérité ne peut être contestée que par des physiciens qui arrangent des systèmes dans leur cabinet.
« Le 18 à midi, la latitude fut de 70° 44". Nous nous étions avancés de cinq milles de plus à l’est. Nous étions en ce moment tout contre le bord de
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« Nous fimes alors route au sud , et après avoir parcouru six lieues, la profondeur de l'eau diminua jusqu’à sept brasses ; bientôt nous la retrouvâmes de neuf, Alors le temps qui avait été brumeux s'étant un peu éclairei, nous vimes la terre qui s'étendait du sud à l’est à environ trois à quatre milles de distance. L’extrémité orientale forme une pointe qui était encombrée de glaces, ce qui lui fit donner le nom de cap Glacé{Icy cape). Sa lautude est de 70° 29, et sa longitude de#61° 40° ouest. L'autre extrémité de la terre se perdait dans l'horizon ; de sorte qu'il n’y a pas de doute que ce ne soit une continuation du continent d'Amérique.
« Notre situation devenait de plus en plus critique. Nous étions dans des eaux peu profondes, le long d’une côte sous le vent. Le corps des glaces solides était au vent, et dérivait sur nous. Il était évident que si nous restions plus long-temps entre la glace et la terre, la glace nous obligerait de faire côte, à moins qu’elle ne se plaçât entre la terre ct nous. Elle semblait, sous le vent, se joindre à la terre, et la seule partie qui se trouvait hbre était dans la direction du sud - ouest. Après avoir couru une peute bordée dans le nord , je fissignal à /a Dé-
couverte de virer de bord; je revirai moi-même: À 1] Le vent était assez favorable : je fis route au sud- | c ouest. » NN .
Ayant échoué dans sa tentative de découvrirun "| s$ passage dans l'est, le capitaine Cook le chercha dans M ; l'ouest ; les mêmes obstacles se présentèrent à lui ; | de sorte que le 29 août, après avoir encore lutté {1 & long-temps contre les glaces , il crut devoir différer j ses tentatives jusqu’à l'année suivante. Ù « Le temps, qui avait été très-brumeux, dit:il, 1 et chargé de bruines, s’éclaircit surtout au sud, à A4 à l’ouest et au nord; ce qui nous mit à même de bien MA q voir la côte d’Asie, qui est en tout semblable à celle M +, d'Amérique située vis-à-vis, c'est-à-dire qu'elle est 1 « basse pres de la mer, et qu'elle s'élève ensuite plus M +
avant dans l’intéricur. Elle était entiérement nue; il n’y avait ni bois ni neige; sa couleur brunâtre venait probablement d’un corps de la nature de la mousse. Dans le terrain bas, entre la haute terre et la mer, il y avait un lac qui s'étendait au sud-est À P: à perte de vue. La pointe la plus avancée dans l’est, Æ à qui est escarpée et composée de roches, reçut de © | nous le nom de cap Nord-est. I] est par les 68° 4 ,; 56’ de latitude nord, et les 180° 9’ de longitude ,
ouest. La côte au-delà doit se prolonger entitre-
ment à l’ouest , car dans le nord nous ne vimespas Æ du tout de terre , quoique de ce côté l'horizon fût te assez clair. Jaloux de reconnaître une plus grande Æ ,