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doute qui le rent d'une source constante et ha. bitucile par la voie des échanges, et que ce commerce est établi dés long-temps parmi eux , car ils se servent de leurs outils et de leurs instrumens avec toute la dextérité que peut donner une longuo habitude. S'il faut dire quel est le plus vraisembla. ble des moyens qui peuvent leur procurer du fer, je pense que c'est en formant des échanges avec d'autres tribus de l'Amérique, qui ont une communication immédiate avec les établissemens européens du Nouveau-Monde, ou qui les reçoivent par Île canal de plusieurs nations intermédiaires. Cette observation est applicable aussi au laiton et au cuivre que nous avons trouvés parmi eux.
« Il n'est peut-être pas aisé de savoir si ce métal vient de la baie d'Hudson et du Canada; et si les naturels de Noutka le recoivent des sauvages d’Amérique qui commerccnt avec nos négocians, et qui Je versent ensuite parmi les diverses tribus répandues sur le continent du Nouveau-Monde, ou sl arrive de la même manicre des parties nord-ouest du Mexique : au reste, il semble qu'on y apporte non-seulement cette matière brute, mais travaillée. Les ornemens de laiton en particulier, dont ils décorent leur nez, sont si proprement faits, qu'ils ne semblent pas en état de les fabriquer. La matière qui les compose a sûrement été préparée par des Européens, car on n’a vu aucune tribu d'Amérique qui sùt préparer le laiton; néanmoins on a reu-
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contré assez communément du cuivre parmi elles ; et ce métal est si malléable, qu’elles lui donnaient toutes sortes de formes, et qu’elles n'ignoraient point l’art de le polir. Si nos négocians à la baie d'Hudson et au Canada n'emploient pas ces marchandises dans leur commerce avec les naturels du pays , les sauvages de Noutka doivent les avoir tirées du Mexique, d’où venaient sans doute les deux cuil- Jers d'argent que nous trouvâmes. Il est probable toutefois que l'Espagne ne s'occupe pas du commerce avec assez d'activité , et qu’elle n’a pas formé des liaisons assez étendues avec les peuples établis au nord du Mexique pour leur fournir une quantité de fer telle , qu'indépendamment de leur consommation habituelle, elles puissent en envoyer une portion si considérable aux habitans de
Noutka. (1)
(1) Il est très-probable que les deux cuillers d'argent trouvées par le capitaine Cook à Noutka venaient des Espagnols établis au sud de cette partie de la côte d'Amérique ; mais il paraît qu’on est bien fondé à croire que les habitans de Noutka tirent leur fer d’une autre partie du Nouveau- Monde. On observera qu’en 1775 les Espagnols trouvèrent au puerto de la Trinidad, par 41° 7° de latitude, des traits garnis d’une pointe de cuivre ou de fer, qu'ils jugèrent être venus du nord. M. Daines Barrington dit , dans une note sur cette partie du Journal espagnol, page 20 : « J'imaginerais « que le cuivre et le fer dont on parle ici venaient originaire- « ment de nos forts de la baie d'Hudson. »
286 LISTOIRE GÉNÉRALE
« On imagine bien que nous n'avons pu acquérir beaucoup de lumières sur les institutions politiques et religieuses des habitans de Noutka. Nous avons remarqué des espèces de chefs distingués par le nom ou le titre d'afouik, auxquels les autres sont subordonnés à quelques égards ; mais je présumais que l'autorité de chacun de ces grands personnages ne s'étend pas au-delà de sa famille. Ces akouiks n'étaient pas tous âgés; d'où je conclus que leur titre se transmet par héritage.
« Excepté les statues ou figures dont j'ai déjà parlé, et qu’ils appellent {lemma, je n’aperçus rien qui pût me donner la moindre idée de leursystème religieux. Ces figures étaient vraisemblablement des idoles ; mais comme ils employérent souvent le mot akouik en nous parlant, il y a peut-être licu de supposer qu'elles représentent quelques: uns de leurs ancêtres , qu’ils vénèrent comme des dieux. Au reste, nous n'avons pas vu qu'on leur rendit d’'hommages religieux ; et ce n’est ici qu’une simple conjecture , car nous n'avons pu obtenir aucune information sur ce point: nous n'avions appris de la langue du pays que les mots nécessaires pour demander les noms des choses, et nous n’étions pas en état d'entretenir avec les naturels une conversation instructive sur leurs institutions ou leurs traditions.
« Dans ce que je viens de dire des habitans de Noutka, j'ai confondu mes remarques et celles de
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DES VOYAGES. 207 M. Anderson ; mais il a seul le mérite d'avoir recueilli ce qui a rapport à la langue du pays, et il a rédigé lui-même les observations suivantes. »
« L'idiome de ces sauvages n’a que la rudesse et la dureté qui résultent de l'emploi fréquent du k et de l'h, articulés avec plus de force ou moins de douceur que dans nos langues de l’Europe. En tout, on y trouve plutôt le son labial et dental que le son guttural. Les sons simples qu'ils n’ont pas employés devant nous, et qui par conséquent peuvent étre réputés rares ou étrangers à leur langue, sont ceux que représentent les grammairiens par les lettres D, d, f, g,r etv; mais ils en ont un qui est très-fréquent, et dont nous ne nous servons pas : on le tire d’une manière assez particuliére, en frappant avec force une portion de la langue contre le palais , et je le comparerais à un grasseyement rude et grossier. 1l est diflicile de le peindre avec un arrangement quelconque des lettres de notre alphabet : la syllabe /szthl en approche un peu; c’est une de leurs terminaisons les plus ordinaires, et on la trouve quelquefois au commencement de leurs mots. La terminaison la plus générale est composée du 47, et un grand nombre de mots finissent par zet ss. Voici quelques exemples :
Opelsithl, Le soleil.
Onouiszth], La luve.
Kahchitl, Mort.
Tichltitl, Jeter une pierre.
Koumitz, Le crâne de l’homme.
Quah miss, Œufs de poisson ou du kaviar,
« Les règles de leur idiome sont si vagues, que j'ai observé quelquefois quatre ou cinq terminaisons différentes dans le même mot. Ceci est d’abord très. embarrassant pour un étranger, et suppose une grande imperfection de langage.
« J'ai peu de chose à dire sur la théorie de cet idiome ; à peine ai-je pu distinguer les différentes parties du discours. On peut seulement présumer, d’après leur manière de parler, qui est trés-lente et trés-distincte, qu'il a peu de prépositions ou de conjonctions ; et, autant que nous avons pu nous en assurer, qu'il n’a pas même une seule interjection pour exprimer l'admiration ou la surprise. Comme il a peu de conjonctions, il est aisé de concevoir qu'on ne les a pas jugées nécessaires pour se faire entendre, et que chaque mot particulier auquel on les réunit exprime beaucoup de choses, ou comprend plusieurs idées simples, ce qui semble en effet avoir lieu ; mais par la même raison, la langue sera défectueuse à d’autres égards, puisqu'elle n’a pas de mots pour distinguer ou exprimer des différences qui existent réellement; d’où il résulte qu’elle n’est pas assez riche. Nous fimes cette remarque en bien des occasions , et en particulier à l'égard des noms d'animaux. Je n'ai pas été en état d'observer d’une manière assez complète l’analogie ou l'affinité qu’elle peut avoir avec les autres
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car je n'avais pas de vocabulaires auxquels je pusse la comparer , si j'en excepte ceux dès Esquimaux et des Indiens des environs de la baie d'Hudson : elle ne ressemble en aucune manicre à ces deux idiomes. Si je la rapproche d’ailleurs du petit nombre de termes mexicains que je suis venu à bout de recueillir, on y aperçoit la conformité la plus frappante ; les mots de l’une et de l’autre se terminent souvent par À, ou z. (1) Voici leurs noms de nombre :
Tsaouack, Un.
Akkla, Deux.
Katsitsa, Trois.
Mo ou Mou, Quatre.
Sokhah , Cinq.
Nofpo, Six.
Atslepou, Sept.
Atlaquolthl, Huit.
Tsaouaquolthl, Neuf.
Haiou, Dix.
« S'il me fallait donner un nom particulier aux habitans de Noutka, je les appellerais Ouakachiens, du mot ouakach qu'ils répêtent souvent. Ilme pa-
(1) Ne peut-on pas observer , à l’appui de la remarque de M. Anderson, que opelszthl, terme qui, dans la langue de Noutka, désigne le soleil, et Fitzliputzli, nom d'une divinité du Mexique, ont entre eux une analogie de son qui n’est pas très-éloignée?
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rut que ce terme exprime un sentiment d'applau« dissement, d'approbation ou d'amitié; car, lorsqu'ils semblaient satisfaits ou charmés d’une chose } qu ls voyaient, ou d’un incident quelconque , is | s’écriaient d’une voix unanime , ouakach! ouukach!
Je termincrai mes remarques sur ces Indiens en à
observant qu'on aperçoit entre eux et les habitans des îles du grand Océan, des différences essentielles
relativement à la figure et aux usages ou au lan- X
gage; qu'on ne peut donc pas supposer que leurs ancêtres respectifs formérent originairement une
même tribu , ou qu'ils avaient des liaisons très- # intimes lorsqu'ils abandonnèrent leurs premiers À établissemens pour se retirer dans les lieux où 4
l’on trouve aujourd hui leurs descendans.
« La rade de Noutka gît par 40° de latitude À
nord, et environ 127° de longitude orientale. » Le capitaine Cook quitta Noutka le 26 avril, et aprés avoir essuyé une tempête qui l'éloÿgne | de la côte d'Amérique, il arriva le 12 mai à un | port situé par les 61° 11’ de latitude nord, et les | 213° 28’ de longitude ouest.
« Je its. , dit:il, M. Gore de descendre sur
des îles qui sont à l’ouest du port, et d'y tuer, sil |
était possible, quelques oiseaux bons à manger. Du moment où il en approcha, vingt hommes se montrèrent sur deux grosses pirogues, et il crut devoir regagner les vaisseaux. Les Indiens qui le suivirent ne voulurent pas venir le long du bord
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de nos bâtimens; mais :? e tinrent à une certaine distance, en poussant dés cris, en étendant et en rapprochant leurs bras, et ils entonnérent bientôt une chanson qui ressemblait exactement à celles des habitans de Noutka : leurs têtes étaient aussi poudrées de plumes. L'un d'eux agitait en l'air un habit blanc que nous primes pour un témoignage d’amitié ; un autre se unt presque un quart d'heure debout dans sa pirogue, entiérement nu, ses bras étendus en croix, et sans se mouvoir. Les embarcations n'étaient pas de bois comme celles de Noutka ; des lattes simples en composaient la charpente, et des peaux de phoques, ou d’autres animaux pareils, en formaient le bordage extérieur. Nous répondîmes à toutes leurs marques de bienveillance ; nous employämes les gestes les plus expressifs et les plus affectueux pour les engager à venir Je long du bord des vaisseaux , mais nous ne pûmes les y déterminer. Quelques-uns de nos gens répétérent plusieurs des mots ordinaires de la langue de Noutka , tels que sike maïlé et mahouk ; et les Indiens ne parurent pas les comprendre. Aprés avoir reçu des présens que nons leur jetâmes, ils se relirèrent vers cette partie de la côte d'où ils étaient venus , et ils nous firent entendre par signes que nous les reverrions le lendemain. Deux d’entre eux cependant , qui montaient une petite pirogue, demeurèrent près de nous la nuit, vraisemblabiement avec le projet de piller quelque chose tandis
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