‹ Abrégé de l'histoire générale des voyages [microforme] (volume 5)Chapitre 27 sur 34 · LL. d · texte numérisé non relu

LL. d

DES VOYAGES. 541 le cup Nord-est. Ce fui en vain. Le vent fraichissait, une brume épaisse venait sur nous, elle apportait beaucoup de neige. Craignant d’être assailli par les glaces, j'abandonnai le dessein de faire route à l’ouest , et je m'éloignai de la côte.

« La saison était si avancée, et l'époque où commencent les gelces s'approchait tellement , que Je ne jugeai pas prudent de faire de nouvelles tentatives pour découvrir cette année un passage dans la mer Atlantique. Je songeais à trouver un endroit où nous pussions faire du bois et de l’eau ; la chose dont je m’occupai le plus était l'emploi de mon hiver, de manière à le rendre utile à la géographie et à la navigation, et à me mettre en état de retourner au nord l'été suivant , pour y faire de nouveau la recherche d’un passage. »

Ayant pris la résolution de cingler au sud , Cook continua à relever les pointes des îles et des côtes de l'Amérique et de l'Asie qui se trouvent dans ces parages. IL eut avec les naturels du pays plusieurs entrevues dont nous ne parlerons pas; et 1l arriva le 12 septembre à une rade de la côte d’Amérique, qu'il a appelée rade de Norton, et où il mouilla.

« La rade étant très-ouverte, dit-il, et par conséquent peu sûre , je résolus de ne pas attendre que toutes nos futailles fussent remplies, ce qui aurait exigé un certain temps; mais seulement d'approvisionner de bois les vaisseaux, et de chercher en-

suite une aïiguade plus commode. Nous enlevâmes les bois qui se trouvaient sur la grève ; et comme le vent soufilait le long de la côte, les canots pouvaient marcher à la voile dans les deux directions ; ce qui abrégea notre travail.

« Je descendis à terre l'aprés-dînée, et je fis une promenade dans l'intérieur du pays; les endroits où il n’y avait point de bois étaient couverts de bruyéres et d'autres plantes, dont quelques-unes produisent une quantité considérable de baics. Toutes ces baies étaient mûres, celles de la camarigne surtout : on trouvait à peine une seule plante qui füt en fleur. Les sous-bois, tels que le bouleau, les saules et les aunes, rendaient très-commode la promenade parmi les arbres, qui étaient tous des espèces de sapin , ct dont aucun n'avait plus de six à huit pouces de diamètre; mais nous en rencontrâmes quelques-uns de couchés sur la grève, qui étaient deux fois plus gros. Tout le bois qui flottait dans cette partie de la mer était de sapin ; nous n'en vimes pas un morceau d’une autre sorte.

« Le lendemain , une des familles du pays s'approcha de l'endroit où nous embarquions du bois. J'ignore quel nombre elle formait lorsqu'elle arriva ; je comptai seulement le mari, la femme, un enfant, et un homme si perclus de ses membres, que je n'en avais jamais vu, ou qu'on ne m'en avail jamais cité un pareil. Le mari était presque aveugle, et sa physionomie, non plus que celle de sa femme,

nlevâmes comme Île nots pouirections ;

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DES VOYAGES. 343 D'annonçail pas autant de douceur que celle des indigénes que j'avais eu occasion de rencontrer sur cette côte. Leur lèvre inférieure était percée. Ils mettaient le fer au-dessus de tout. En échange de quatre coutcaux que nous avions faits avec un vieux cercle de fer, 1ls me donnèrent environ quatre cents livres de poissons qu'ils avaient pris pendant la journée ou la veille. Il y avait des truites, et les autres tenaient le milieu , pour la grosseur et la saveur, entre le mulet et le hareng. J'offris quelques grains de verroterie à l'enfant, qui était une fille ; sur quoi la mère fondit en larmes ; le père pleura ensuite; l’homme perclus de ses membres versa aussi des pleurs un moment aprés ; et enfin la fille elle: même imita les autres. Mais cette musique ne dura pas long-temps (1). À

(1) Le capitaine King m'a communiqué les détails que voici sur son entrevue avec la même famille. « Le 12, tandis « que je surveillais ceux de nos gens qui remplissaient les « futailles, une pirogue, remplie de naturels, s’approcha de « moi: je les engageai à débarquer ; un vieillard et une femme descendirent à terre. Je donnai un petit couteau à lafemme, « en lui faisant entendre qu'elle en recevrait de moi un beau- «coup plus grand, si elle me procurait du poisson; elle « m'avertit par signes de la suivre. Je l'avais acrompagnée « l’espace d'environ un mille, lorsque l’homme sc i155a tom- « ber en traversant une grève pierreuse , et se fit au pied une « blessure profonde, Je m’arrêtai, et sa femme tourna son « doigt vers les yeux de l'homme, que je vis couverts d'une

« taie épaisse et blanche. Il se tint ensuite près de sa femme,

l'entrée dela nuit les vaisseaux se trouvérent large. nent approvisionnés de bois , et chacun d’eux avait embarqué environ douze futailles d’eau.

« qui l’avértit des obstacles qui se trouvaient sur son chemin. « La femme portait sur son dos un petit enfant couvert avec « le chaperon de sa robe. J'ignorai € que c'était jusqu'au « moment où je l'entendis pousser des cris. J’atteignis leur - canot après deux milles de chemin ; il était de peau , ouvert « et renversé , la partie convexe du côté du vent ; il leur ser- “ vait de cabane. On exigea de moi une singulière opération. « On me recommanda d’abord de retenir mon haleine , en-

« suite de souffler , et enfin de cracher sur ies yeux du malade; « quand j'eus fait ces trois choses , la femme prit mes mains, « et les présenta contre l'estomac de son mari; elle les y tint « quelque temps, et elle raconta sur ces entrefaites une his- « toire désastreuse de sa famille , en me montrant quelquefois «son mari, d’autres fois un homme perclus de tous ses « membres, qui appartenait à la famille, et quelquefois son «enfant. J'achetai tous les poissons qu'ils avaient, c’est-à- « dire, du très-beau saumon, de la truite sanmonée et des

« mulets ; ils les remirent fidèlement au matelot que je leur P «envoyai après mon départ. Le mari avait cinq pieds " « deux pouces, et il était bien fait. Il avait le teint couleur

« de cuivre, des cheveux noirs et courts, et peu de barbe. | n « Sa lèvre inférieure était percée de deux trous , mais il n'y | Il « portait point d'ornemens. La femme était petite et trapue ; il « elle avait le visage joufflu et rond; un long corset de peau Je « de daim, garni d’un grand chaperon , composait son vêle- s « ment, et elle avait des bottes très-larges. Le mari et la femme R

« avaient des dents noires, qui me parurent limées jusqu'au « niveau des gencives. La femme était tatouée dans l’espace ti « qui sépare la lèvre du menton, »

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