PRIRENT NE
paies
« Le 14, un détachement alla couper des balais dont nous avions besoin , et des branches de spruce dont je voulais faire de la bière. Tout le monde revint à bord à midi, car le vent, qui était devenu frais , produisait sur la grève un tel ressac, que les canots ne pouvaient plus débarquer sans beaucoup de peine. Nous ne savions pas encore bien positivement si la côte au-dessus de laquelle nous étions faisait partie d’une île ou du continent de l’Amérique : le peu de profondeur de la mer ne nous permettant pas d'employer les vaisseaux pour déterminer ce point, je chargeai le lieutenant King de prendre deux canots, et de s'occuper de toutes les recherches propres à résoudre la question. L’après-midi , la Résolution et la Découverte gagnérent la baie qui est à la côte sud-est du cap que j'avais nommé Denbigh, et nous y mouillâmes.
Quelques naturels arrivérent bientôt après sur de petites pirogues ; ils échangérent du saumon sec contre les bagatelles que nous avions à leur donner. « Le 16, à la pointe du jour , neuf hommes qui
montaient chacun une pirogue vinrent me voir. Ils s’approchérent du vaisseau avéc circonspection ; il était clair qu'ils voulaient seulement satisfaire leur curiosité. Ils se rangèrent sur la même ligne à l'arrière de /a Résolution ; et ils se mirent à chanter tandis que l’un d’eux battait d’une espèce de tambour, et qu’un autre faisait mille mouvemens avec ses mains et avec son corps. Nous ne remar-
quâmes rien de sauvage dans leur chanson , ou dans les gestes qui l'accompagnérent. Aucun de nous ne découvrit dans la taille et les traits de cette pcuplade rien de différent des Américuins que nous avions rencontrés sur les autres parties de la côte, si j'en excepte ceux de Noutka. Leur vêtement, composé surtout de peaux de daim , avait la même forme ; ils sont aussi dans l’usige de se percer la lévre inférieure et d'y mettre des ornemens.
« Les habitations étaient prés de la grève; elles n'offraient qu’un toit en pente, fait avec des morceaux de bois, et couvert d'herbe et de terre : les côtés étaient entièrement ouverts. Le plancher est aussi en morceaux de bois; l'entrée se trouve à une des extrémités, et l’âtre ou le foyer par-derriére. Il y a prés de la porte un peut trou qui donne issue à la fumée,
« Après le déjeuner, un détachement se rendit à terre pour y faire des balais et y couper des branches de spruce. La moitié du reste des équipages eut en même temps la permission d’aller cueillir des baies. Ceux-ci étant revenus à midi, ceux qui avaient fait le service à bord allérent à terre. On trouve ici des groseilles, des vaciets, des myrtils, des bruyères, etc. Je débarquai de mon côté; je traversai une partie d'une péninsule, et Je vis en plusieurs endroits une herbe trés-bonne ; il y avait à peine un pouce de terre où il ne crüt pas quelques végélaux. Le canton bas qui joint cette pé-
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ou dansé de nous te pcu-
la même ercer Ja s.
ve ; elles es morrre : les cher est ve à une rricre. Il ane issue
se rendit les brainquipages r cueillir Ceux qui erre. On myruls, côté ; je je vis en 1] y avait as quelelle PE
FÉERE SRE EEE
DES VOYACES. 347
ninsule au continent était plein de mares d’eau, dont quelques-unes se trouvaient déjà glacées, un grand nombre d'oies et d’outardes les couvraient ; mails ces oiseaux étaient si sauvages, qu'il ne fut pas possible de les tirer. Nous vimes aussi des bécassines et des perdrix de deux espèces. Les terrains boisés offraient une quantité considérable de mousquites ; quelques-uns des officiers qui pénétrèrent plus avant que moi, rencontrèrentun petitnombre de naturels des deux sexes dont ils furent reçus avec civilité. |
« I] me paraît que cette péninsule a dù former une île dans les temps anciens, car plusieurs indices nous annoncérent que la mer avait inondé l'isthme. 11 nous sembla que même à présent les vagues sont contenues par un banc de sable, ainsi que par les pierres et le bois que jettent les flots. Ce banc de sable indique d’une manière évidente que la terre empiète sur l'Océan ; il était aisé de suivre les accroissemens qu’elle prend peu à peu.
« M. King revint de son petit voyage sur les
sept heures du soir; il me dit qu'il s'était avancé
avec les canots trois ou quatre lieues plus loin que
‘les vaisseaux n'auraient pu le faire ; qu'il avait en-
suite débarqué à la côte occidentale : que du som-
met des hauteurs. il avait vu la réunion des deux
côtes ; que la-baie est terminée par une peute
rivière , Ou par une crique devant laquelle s'étendent des bancs de sable ou de vase ; que l'eau à
Le]
Re
partout peu de profondeur ; que le terrain est bas et marécageux à quelque distance au nord ; qu'il s'élève ensuite en collines, et qu'il lui avait été aisé de suivre la jonction complète de ces collines de chaque côté de l'entrée.
« Du sommet des hauteurs d’où M. King reconnut la rade , il distingua un grand nombre de vallées étendues bien boisées, arrosées par des rivières, | et bornées par des cc'iines d’une pente douce et 1 d'une élévation modérée : l’une de ces rivières, située au nord-ouest, lui parut être considérable ; et d'après sa direction, il fut porté à croire qu’elle a son embouchure dans la mer au fond de la baie. Quelques-uns de ses gens , qui pénétrérent au-delà de cette rivière , rencontrérent des arbres plus gros à mesure qu’ils s’avancérent.
« J'ai donné à cette rade le nom de Norton, en l'honneur de sir Flécher Norton, orateur de la F chambre des communes, et proche parent de M. King. Elle se prolonge au nord ] jusqu’ à 64° | 55" de latitude. |
« Ayant rétabli le continent de l’Amérique dans l’espace où des cartes inexactes placent l’île imaginaire d'Alachka , je devais songer à quitter ces parages septentrionaux, et à me retirer pendant l’hiver dans un endroit où je pusse laisser reposer mes équipages et embarquer quelques vivres. Pétro-
Paulouska, ou Saint-Pierre et Saint-Paul, l’un des havres du Kamichatka , ne me parut pas propre à
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est bas recevoir ou à approvisionner autant de monde que |; qu'il nous étions. D’autres raisons me déterminérent ait été à d'ailleurs à ne point y aller à cette époque; d’aollines s bord, mon extrême répugnance à demeurer six
ou sept mois dans l’inaction , et je ne pouvais rien recon- faire d’utile, si je passais l’hiver dans ces parages de val- du nord. De toutes les terres qui se trouvaient à iviéres, | notre portée , les îles Sandwich étaient celles qui ouce et 1 me promettaient le plus d'agrément et le plus de viéres , | vivres. Je résolus donc de m’y rendre ; mais avant érable ; d'exécuter ce projet , nous avions besoin de faire qu’elle de l’eau. Pour nous en procurer, je me décidai à la baie. longer la côte d'Amérique au sud en cherchant un au-delà havre, et à m'’efforcer d'achever la reconnaissance us gros des parties qui sont immédiatement au nord du
cap Newenham. Si je n’y rencontrais point de ton , en havre, je résolus de gagner Samganoudha, lieu " de la fixé pour notre rendez-vous en cas de séparation. » ent de Le capitaine Cook eut connaissance d'Ounara 64° lachka le 3 octobre, et mouilla dans la baie d’E-
goukhchac à dix milles à l’ouest de celle de Samga- 1e dans noudha.
Imagi- « Les habitans, dit-il, vinrent nous voir pluces pa- sieurs fois; ils nous apportérent du saumon sec ntl'hi- et d'autres poissons que les matelots payérent avec er mes du tabac. Peu de jours auparavant, on avait dis- Pétro- tribué à l'équipage ce qui me restait de cette marun des chandise; et nous n’en avions pas la moitié de ce ropre à qu'il en aurait fallu pour répondre aux demandes
des insulaires. Au reste, les matelots anglais sont si peu prévoyans , qu'ils furent aussi prodigues de leur tabac que s'ils étaient arrivés dans un port de la Virginie, et en moins de quarante-huit heures, la valeur de cet objet tomba de plus de mille pour cent.
« La plupart des végétaux que nous avions trouvés ici, quand nous y vinmes pour la premiére fois , se passaient ; en sorte que la quantité considérable de baie que produit le sol nous fat de peu d'utilité ; mais afin de tirer tout le paru possible de ces productions , un tiers de l'équipage eut la permission d'en aller cueillir. Une seconde division partait au retour de la première, et ainsi tout le monde descendii sur la côte. Les naturels nous en vendirent de plus une grande quantité. Ces baies et la bière de spruce, qu’on servit chaque jour, détruisirent radicalement les germes de scorbut qui pouvaient être dans l’un ou l'autre des vaisseaux.
« Les gens du pays nous apportérent en outre beaucoup de poisson, et surtout du saumon frais vu sec, Quelques morceaux de saumon frais étaient parfaits ; mais une des espèces de ce poisson, que nous appelâmes le nez crochu, à cause de la forme de sa tête , ne nous parut pas trop bonne. Nous tirâmes la seine à diverses reprises au fond de la baie, et nous primes une quantité assez considérable de truites saumonées, et un fletan qui pesait
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deux cent cinquante livres. Lorsque nous n’eûmes plus de succès à la seine, nous employämes l’hameçon et la ligne. Je détachais tous les matins un canot : 1l rapportait ordinairement huit on dix fletans qui suflisaient pour la nourriture de l’équipage. Ces poissons étaient excellens, et peu de personnes leur préférérent la truite saumonée. La pêche ne fournit 'pas seulement à notre consommation journalière, elle nous procura quelques provisions de réserve; et il en résulta ainsi une épargne sur nos vivres, c'est-à-dire un bien trèsimportant,
« Un des naturels d’Ounalachka, nommé Derramouchk, me fit, le 8, un présent très -singulier, vu le lieu où je me trouvais. C'était un pain de seigle, ou platôt un pâté qui avait la forme d’un pain, car il contenait du saumon très -assaisonné de poivre. Cet homme apporta un présent semblable pour le capitaine Clerke, avec uue lettre, et une seconde lettre pour moi. Les deux lettres étaient écrites dans une langue que personne des épuipages n’entendait. Nous supposâmes avec raison que ces présens venaient de quelques Russes qui étaient alors dans notre voisinage; nous leur envoyämes par le même commissionnaire un petit nombre de bouteilles de rum , de vin, et du porter. Nous pensâmes que nous n'avions rien de plus agréable à leur offrir, et nous sûmes bientôt que nous ne nous étions nas trompés. Lediard, capo-
552 HISTOIRE CÉNÉRALE
ral des soldats de marine, homme fort intelligent, h ( accompagna Derramouchk : je lui recommandai ’ de se procurer des informations ultérieures, etsil ! rencontrait des Russes, de tâcher de leur faire É comprendre que nous étions Anglais, c’est-a dire des amis et des alliés de leur nation. É ] « Lediard revint le 10 avec trois matelots russes | ou commerçans en pelleteries ; ils résidaient,ainsi ! que quelques autres de leurs compatriotes, à Egoukhchak, où ils avaient une maison, des magasins, et un sloop d'environ trente tonneaux. L'un des trois était le patron ou lieutenant du bätiment; un autre écrivait très-bien, et savait se servir des chiffres arabes : je leur trouvai à tous de l’intelligence etune bonne tenue , et ils m’auraient donné avec plaisir les renseignemens que je pouvais dési-
rer; mais n'ayant point d'interprète, il nous fut : : trés-difficile de nous entendre. Ils semblaient être à instruits des tentatives faites par leurs compauiotes | r pour découvrir un passage dans la mer Glaciale ; n et les terres découvertes par Behring, Tchirikoff ! 1 et Spangenkerg, ne leur étaient pas étrangères ; | e mais ils ne paraissaient connaître que le nom du | l lieutenant Syndo ou Synd (1), et quand nous leur u eùmes présenté la carte de Staehlin , nous jugeîmes | d g
(1) Le peu qu'on sait du voyage de Synd se trouve , avee n une carte, dans les Wouvelles découvertes des Russes, par n
M. Coxe.
Îligent, mandai s, et sil ur faire st-a-dire
Ls russes nt, ainsi iotes, à des manneaux.
du hâuse servir e l'intelt donné ais désious fut ent être batriotes raciale ; hirikoff ngéres ; om du ous leur geimes
ve,avee ses , par
DES VOYAGES» 353 qu'ils n'avaient pas la moindre idée des terres qu’on y trouve traces. Lorsque je leur montrai sur cette carte le Kamtchatka et quelques autres pays trèsconnus , ils me demandérent si j'avais vu les îles indiquées sur ce papier : je répondis que non; ct l'un d'eux, mettant son doigt sur une partie de la côte où plusieurs de ces îles sont placées, me dit qu'il les avait cherchées, etqu'iln’en avait rencontré aucune, Je lui communiquai ensuite Ja carte que J'avais dressée, et je vis que toutes les parties de la côte d'Amérique, excepté celle qui gît en face de leur île, leur étaient absolument inconnues. L'un d'eux m'apprit qu'il avait suivi Behring dans son voyage à la côte d'Amérique; mais 1l était bien jeune à l'époque de cette expédition, car 1l s'était écoulé trente-sept ans depuis, et il ne paraissait pas âgé : ils avaient tous trois un respect extrême pour le nom de Behring , et jamais homme de mérite n’a recu après sa mort de plus grandes marques de vénération. Le trafic qui les occupait est fort lucrauüf, Si le commerce des pelleteries a été entrepris, et s’il s’est étendu à l’est du Kamichatka, les Russes le doivent au second voyage de cet habile navigateur, dont les malheurs sont devenus une source de richesses pour les individus et pour ia nation en
générale. Si les accidens multipliés qu'il éprouva ne l’avaient pas jeté par hasard sur l’île où il est mort, et d'où les misérables restes de son équipage -ramencrent des échantillons des précieuses pelle- XXHIL 23
334 HIS OIRE GÉNÉRAL
teries qu'il avait trouvées, il est vraisemblable que les Russes auraient abandonné ces voyages, qui pouvaient produire des découvertes dans les parages de la côte d'Amérique. En eflet, depuis sa mort, cet objet paraît avoir fixé beaucoup moins l'attention du gouvernement; et les découvertes qu’on a faites après lui sont dues en grande partie à l’espritentreprenant des négocians particuliers, encouragés toutefo.. ar le cabinet de Saint-Pétersbourg. Les trois Russes ayant passé la nuit sur mon bord, allérent voir le capitaine Clerke le lendemain, et ils nous quittérent très-contens de notre accueil : ils me promirent de revenir dans peu de jours, et de n'apporter une carte des îles situées entre Ounalachka et le Kamtchatka.
« Le 14, au soir, tandis que nous étions, M. Webber et moi, dans un village peu éloigné de Samganoudha , nous vimes débarquer un Russe, lequel , selon ce que j'appris ensuite, était le principal personnage de cette île et des îles voisines : il s'appelait Erasim Gregorioff Sin Ismyloff. 11 arriva sur un canot monté par trois personnes ; il était suivi de vingt à trente pirogues menées par nn seul homme. Je remarquai que la première chose dont ils s'occupérent après leur débarquement, fut de construire, avec les matériaux qu'ils avaient amenés, une petite tente pour Ismyloff; ils en élevérent ensuite d'autres pour eux avec leurs embarcations et leurs pagaies qu'ils recouvrirent d'herbes; ainsi
able que
ges, qui cs parasa mort, s J'attentes qu’on ue à l’es- '$, encouersbourg.
on bord, main, €t accueil :
Jours, et entre Ou-
JS étions, ‘loigné de n Russe, it le prinvoisines :
nyloff. 11 jonnes ; 1l es par nn ère chose ment, fut aient ameélevérent Jarcations bes ; ainst
DES VOYAGES: 55 ils n'incommoderent point les habitans du village, Ismyloff nous ayant invités dans sa tente, nous servit du saumon sec et des baies : je jugeai qu'il n'avait rien de meilleur à nous offrir; il paraissait avoir du bon sens et de l'esprit, et ce fut pour moi un extrême déplaisir de ne pouvoir me faire entendre qu'à l'aide des signes et de quelques figures, ce qui cependant me fut d'un grand secours. Je le priai de venir à mon bord le lendemain ; il y vint en effet accompagné de tout son monde : il s'était établi dans notre voisinage afin de nous voir souvent.
« Je comptais recevoir de lui la carte que ses trois compatriotes im'avaient promise; mes espérances furent trompées : 11 g@ussura néanmoins qu'il me la procurerait, et 1l tint parole. Je vis qu'il connaissait três-bien la géographie de cette partie du monde, et toutes les découvertes qu'y ont faites les Russes. Du moment où il jeta les yeux sur nos cartes modernes, il m'enindiqua leserreurs; il me dit qu'il avait été de l'expédition du lieutenant Synd : d’après son rapport, Synd ne s’éleva pas au nord au-delà du Zchoukotskoï noss, ou plutôt de la baie de Saint-Laurent ; car, en examinant
ma carte, 1l fixa le dernier point de la route à l’endroit même où j'étais descendu. Il ajouta que Synd atteignit ensuite une île située par 63° de latitude, dont il ne me donna point le nom, et sur laquelle l'équipage ne débarqua point; mais je présume
que c’est la même que jai appelée ile de Clerke : il ne put ou il ne voulut pas nous dire quelle rort. fit ensuite Synd, ni de quelle manière ce navigatenr employa les deux années que durérent ses recherches; peut-être ne comprit-l pas mes questions. Au reste, sur presque tous les autres points nous vinmes à bout de nous entendre : il répéta plusieurs fois qu'il avait été du voyage de Synd ; mais il me resta bien des doutes sur la vérité de ce fait,
« Ismyloff et ceux qui l'accompagnaient affirmérent qu'ils ne connaissaient point la partie du continent d'Amérique qui se trouve au nord, et que le lieutenant Synd ni aucun autre Russe ne l’avaient vue dans les dernidigemps ; ils l’appellent du nom que Stachlin donne à sa grande île, c’ést-à-dire, Alachka. Les naturels de ces îles, ainsi que les Russes, ignorent la dénomination de Stahtan nitada, employée dans les cartes modernes : ils se servent simplement de celle d'Amérique. D'après ce que nous avons pu recueillir de nos conversations avec Ismyloff et ses compatriotes, les Russes ont essayé à diverses reprises de s'établir sur la partie du Nouveau-Monde qui est voisine d'Ounalachka et des îles adjacentes ; mais ils ont toujours été repoussés par les naturels, dont ils parlérent comme d’un peuple très-perfide : ils nous citèrent deux ou trois capitaines ou chefs assassinés par ces indigènes; et quelques-uns des hommes de la suite
Cler ‘À e :
le rott
navigat ses re- S quess points L répéta e Synd;
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toujours
arlérent
citérent s par ces e la suite
d'Ismyloff nous montrérent les cicatrices des blessures qu’ils avaient reçues dans ces entreprises. «D'autres détails, vrais où faux, que nous donna Ismyloff, méritent d’être rapportés. Il nous dit quen 1775 on avait fait une expédition dans l'océan Glacial ; que ses compatriotes étaient allés en traîneaux à trois grandes îles qui se trouvent à l'embouchure de la Kolyma. Nous crûmes d’abord qu'il s'agissait de l’expédition dont parle Muller ; mais il écrivit la date de l’année, et il montra les îles sur la carte. Au reste, un voyage qu'il avait fait lui-même fixa notre attention plus que tous les autres. Il nous apprit que le 12 mai 1771, il était part de Bolcheretz sur un bâtiment russe; qu'il se rendit sur une des îles Kouriles, appelée Harikan, où l’on trouve un havre et un établissement rusce ; que de cette île il passa au Japon, où il nous parut avoir séjourné peu de temps. Il nous expliqua que les Japonais, ayant découvert qu'il était chrétien ainsi que ses camarades, l’avertirent par signes de remettre à la voile; mais selon ce que nous comprimes, 1l n’en reçut aucun outrage, et on n'employa pas la force contre lui. S'il faut l'en croire, après son départ du Japon, il alla à Canton, etde la en France, sur un vaisseau français ; de France, il regagna par terre Saint-Pétersbourg , d'où il fut renvoyé au Kamtchatka. Nous ne pümes jamais savoir ce que devint le bâtiment sur lequel il s'était embarqué d'abord, ni quel avait été F'objet prinei-
pal de son voyage. Comme il ne pouvait dire un mot de français, nous nous défiâmes un peu de la vérité de son récit. 11 ne savait pas même le nom des choses dont on parle chaque jour à bord des vaisseaux français et en France : il paraissait néanmoins très-exact sur les époques de son arrivée et de son départ dans les différens pays où il avait touché, et il nous les donna par écrit.
« Le lendemain , il eut l'air de vouloir n’offrir nne peau de loutre, laquelle valait, disait-1l, quatrevingts roubles au Kamtchatka : je crus devoir la
refuser; mais j'acceptai du poisson sec, et plusieurs
paniers de l'espèce de lis, ou de la racine saranne, dont on trouve une description détaillée dans l'ÆHistoire du Kamtchatka. 1] nous quitta le soir , après avoir dîné, ainsi que sa suite, avec le capitaine Clerke , et 1l promit de revenir dans peu de jours. En effet, 1l nous fit une autre visite le 19, etil apporta les cartes dont j'ai parlé plus haut, qu'il me permit de copier.
« Ismyloff demeura avec nous jusqu’au 21, dans la soirée, qu'il nous fit ses adieux. Je lui confia unc lettre pour les lords de l’amirauté, dans laquelle je renfermai une carte de toutes les partics de l'Amérique que j'avais reconnues, et des autres découvertes que j'avais faites. Il me dit qu'au prin temps 1l aurait une occasion de l'envoyer au Kamtchatka ou à Okhotsk, et qu’elle arriverait à Saint- Pétersbourg l'hiver d'après. Hi me donna une leutre
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pour le major Behm, gouverneur du Kamtchatka, qui fait sa résidence à Bolcheretsk, et une seconde pour le commandant de Petro-Pavlovska. Il paraissait avoir des talens dignes d’une place supérieure à celle qu'il occupait : il savait assez bien l'astronomie et les parties les plus utiles des mathématiques. Je lui fis présent d’un octant de Hadley ; et quoique , selon toute apparence, ce füt le premier qu'il eût vu, il apprit bientôt la plupart des
- usages auxquels on peut employer cet instrument.
« Le 22 au matin, nous essayâmes de remettre en mer avec un vent du sud-est, mais notre tentative ne réussit pas. L'après-dinée, nous recûmes la visite de Jacob Ivanovitch Soposnicoff, Russe , qui commandait une chaloupe ou un petit bâtiment à Ounanak ; il était fort modeste, et il ne voulut pas goûter de nos liqueurs fortes, boisson que la plupart de ses compatriotes que nous avions rencontrés ici aimaient passionnément. Il semblait connaître d’une maniére plus exacte qu'Ismyloff l'espèce de vivres et de munitions que nous pourrions embarquer au havre de Petro-Pavlovska, ainsi que le prix des différens objets ; mais je jugeai, sur le témoignage de l’un et de l'autre, que les choses dont nous aurions besoin seraient très-rares et fort chères. La farine, par exemple, devait coûter de trois à cinq roubles le poud (1), et les bêtes fauves ,
(1) Trente-six livres.
360 HISTOIRE GÉNÉRALE de trois à cinq roubles la pièce. Soposnicoff ajouta qu'il arriverait à Petro-Pavlovska le printemps suivant ; el selon ce que je compris , c'était Jui qui devait se charger de ma lettre : il parut désirer beaucoup de porter au major Behm quelque chose de ma part; et, voulant le satisfaire, je le chargeai d’une petite lunette pour cet officier.
« Lorsqne nous cûmes fait connaissance avec ces Russes, plusieurs de nos messieurs allérent visiter leur établissement dans l'île, et ils y furen: tonjours bien recus; ils trouvèrent l'établissement composé d'une maison et de deux magasins; indépendamment des Russes, un certain nombre de Kamtchadales et de naturels du pays, qui leur servaient de domestiques ou d'esclaves, et d’autres insulaires, qui paraissaient indépendans, habitaient le même lieu. Ceux qui appartenaient aux Russes étaient tous » iles; on les enléve quand ils sont jeunes; peut-être qu'on les achète. Ils étaient alors au nombre de vingt, qu’on ne pouvait encore regarder que comme des enfans. Tout ce monde occupe la même habitation: les Russes sont à l'extrémité supérieure , les Kan:‘chadales au milieu, et les naturels du pays à l'extrémité inférieure, où il y a une chaudière dans laquelle on cuit les alimens. Ils se nourrissent surtout des productions de la mer, de racines sanvages et de baies. On sert à la table des maîtres les mêmes plats qu'à celle des serviteurs ou des esclaves; mais les mets des pre-
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ajouta ntemps
lui qui désirer te chose hargoai
avec ces t visiter oujours omposé endamamtcha:
lent de ulaires, : même étaient Jeunes ; lors au egarder cupe Ja u'émité les na- 1 ya limens.
s de la sert à Ja lle des
es pre-
M or
miers sont micux apprêtés, et les Russes savent donner un goût agréable aux choses les plus communes. J'ai mangé de la chair de baleine qu'ils avaient accommodée, et je l'ai trouvée trés-bonne ; ils font une espèce de poudding avec du kaviar de saumon broyé et frit, qui leur tient lieu de pain, et qui n'est point mauvais. De temps à autre, ils mangent du véritable pain , ou d'un mets dans lequel il entre de la farine ; mais c'est une friandise extraordinaire. Si j'en excepie le jus des baies qu'ils sucent à leur repas, ils ne boivent que de l'eau: il me paraît que c'est un bonheur pour eux de ne pas faire usage de liqueurs fortes.
« L'ile Icur fournit non-seulement des vivres, elle leur procure encore une grande partie de leurs vêtemens : ils portent surtout des peaux; ils ne pourraient guère trouver de meilleurs habits. Leur habit de dessus a la forme de la blouse de nos charreliers , 1] descend jnsqu’au genou; ils mettent pardessous une veste ou deux ; ils ont des culottes, un bonnet fourré , une paire de bottes dont la semelle et le pied sont de cuir de Russie, et les jmbes d'un boyau très-fort, Les deux chefs, Ismyioff et Ivanovitch, portaient un habit de calicot, et ils avaient , ainsi que les autres , des chemises de soie. C'étaient peut-être les seules parties de leurs vêtemens qui n'eussent pas été fabriquées dans le pays.
« 11 y a des Russes sur chacune des îles prineipales situces entre Ounalachka et le Kamichatka ;
562 MISTOIRE GÉNÉRALE
ils n'y sont occapés que du commerce des pelleterics ; ils recherchent surtont le castor et la loutre de mer ; ils font aussi des cargaisons de peaux d’une qualité inférieure , mais je n’ai jamais oui dire qu'ils y mettent beaucoup de prix. Je ne songeai pas à leur demander depuis quelle époque ils ont des établissemens à Ounalachka et sur les îles voisines ; mais à juger de l’assujettissement extrême auquel sont réduits les naturels du pays, la date doit en être récente (1). Ces marchands de pelleteries sont relevés de temps en temps par d’autres. Ceux que nous vimes étaient arrivés d'Okhotsk en 1776 ; ils devaient s'en retourner en 1781, en sorte que leur séjour dans cette contrée sera au moins de cinq ans.
sens Îles
plus paisibles ou les moins malfaisans que j'aie
Les naturels du pays m'ont paru les Pay P
Jamais rencontrés. Leur honnêteté pourrait servir de modéle aux nations les plus civilisées de la terre ; mais, d’après ce que j'ai remarqué parmi leurs voisins avec lesquels les Russes n'ont point de liaison, je doute que ce soit une suite de leurs dispositions paturelles, et je pense qu'il faut l'attribuer à leur esclavage. En effet, si quelques-uns de nos messieurs entendirent bien ce qu'on leur raconta , le cabinet
(1) Les Russes ont commencé en 1702 à fréquenter Ounalachka, Foyezles Découvertes des Russes, par Coxe, Ch. VILT, page 60 de l'original,
TT
pelletea loutre x d’une e qu'ils ai pas à nt des oisines ; auquel doit en ies sont eux que 76 ; ils te que oins de
ens les 1e j'aie t servir a terre ; 1r"s VOI- 1a1SOn , )SILIONS à leur ssieurs cabinet
r Ouna=
h. VIIL,
& Là
DES VOYAGES. 563 de Saint-Pétersbourg a été obligé-d’employer la rigueur (1) pour établir le bon ordre parmi les insulaires. Si on les a traités d’abord avec sévérité, on peut dire du moins que ces violences ont produit les effets les plus heureux, et qu'à présent 1l règne beaucoup d’harronie entre les deux peuplades. Les naturels ont [curs chefs particuliers sur toutes les îles, et ils semblent jouir sans trouble des biens et de la hberté qu'on leur laisse. Nous n'avons pri découvrir s'ils sont tributaires des Russes; il y à lieu de penser qu'ils payent des tributs.
« Cette peuplade est d’une petite taille, mais elle a de l'embonpoint et de belles proportions, le cou un peu court, le visage joufflu et pasané, les jeux noirs, de longs cheveux lisses et noirs, que Îles hommes laissent flotter par-derrière, et qu'ils cou pent sur le devant, mais que les femmes relévent en touffes. Les hommes ont la barbe peu fournie,
«J'ai déjà eu occasion de parler de l'habillement de ce peuple. La forme est la même pour les deux sexes , mais la matière première en est différente : des peaux de phoque composent la veste lorguc des femmes; celle des hommes est de peaux d'oisceaux : l'une ct l'autre descendent par-delà le genou. Dessus cette première veste, les hommes en
(1) L'auteur cité dans la note précédente do ne quelques détails sur les hostilités qui ont eu lieu entre les Russes et Les
naturels du pays.
364 HISTOIRE GÉNÉRALE mettent une seconde de boyaux, qui est impénétrable à la pluie, et qui a un capuchon dont ils se couvrent la tête : quelques-uns portent des bottes, et ils ont tous une espèce de bonnet ovale, avec une pointe sur le devant. Ces bonnets sont de bois, et peints en vert ou d’autres couleurs ; la partie supérieure de la coiffe est garnie de longues soies d'un animal de mer, auxquelles pendent des grains de verre; l'on voit au front une ou deux figures d'os.
« Ils ne se peignent point le corps, mais les ‘emmes se tatouent légèrement le visage : les deux sexes se percent la lèvre inférieure , et placent des os dans les trous : au reste, 1l est aussi peu commun de voir à Ounalachka un homme avec cet orvement que de rencontrer une femme qui ne lait pas; quelques-uns portent des grains de verre à la lévre supérieure , au-dessous des narines ; ils ont tous des pendans d'oreilles.
« Ils se nourrissent de poissons, d'animaux de mer, d'oiseaux, de racines, de baies, et même de goëmen, Ils séchent pendant Fété une quantité considérable de poissons, qu'ils renferment dans de petites cabanes, et dont ils font des provisions pour lhiver. Il est probable qu'ils conservent aussi des racines et des baies pour cette saison où les vivres ne sont pas communs. Ce qu'ils mangent est presque toujours cru ; ils font bouillir et ils grillent quelquefois leurs alimens; mais je n'ai pas vu
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