‹ Abrégé de l'histoire générale des voyages [microforme]Chapitre 23 sur 79 · ris · texte numérisé non relu

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Les marchandises débarquées , Gama fut libre c: se rendit à sa flotte. Les Maures ne pouvant pas lui faire d'autre mal, s’efforcérent de nuire au débit de ses marchandises, et d’en rabaisse. le prix. Gram: prit le parti d'informer le samorin , par Diégo Diaz, son facteur, de tous les outrages qu'il avait reçus du catoual et des Maures, et demanda la permission de transporter ses marchandises à Calicut, où il es-

érait de les vendre avec plus d'avantage. Le prince . P 5 |

lui promit de punir les coupables, et ne les punit pas; mais il permit le transport des marchandises à Calicut , et en fit lui-même les frais. La vente fut hbre , et les habitans vinrent en foule sur les vaisseaux de Gama , ou par curiosité, ou pour y vendre des provisions. Tout fut calme jusqu'au 10 d'août, que la saison propre au retour des Indes commençantà s'approcher, l'amiral dépêcha son facteur Diaz, avec quelques présens, pour annoncer son départ au samorin, l'exhorter, s'il voulait envoyer un anrbassadeur en Portugal, à re pas différer l'exécution de ce dessein, etlui demander un bahar de cannelle, ou de girofle et un d'épices, se proposant de les présenter à son maître comme des témoignages certains du succès de son voyage. Il offrait de les payer sur les premières marchandises qui seraient vendues par les deux facteurs qu'il laisserait à Calicut, si le samorin le permettait.

Mais ce prince avait bien d’autres desseins. Les Maures étaient auprés de lui dans la plus haute fàveur, et lui avaient persuadé, non sans quelque

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DES VOYAGES. 31 raison , que les Portugais n'étaient venus que pour observer les forces de son empire , et qu'ils reviendraient avec une flotte plus puissante pour le piller et s'en rendre les maîtres. 11 comptait attirer peu à peu tous les Portugais à Calicut , les faire périr,

ou attendre l'arrivée des vaisseaux de la Mecque ,

qui, réunis avec les siens , détruiraient la flotte

du Portugal; c'est du moins ce que l'interprète Bentaybo , un esclave nègre de Diaz, et deux Malabares, vinrent dire à Gama ; soit que ce rapport fût conforme à la vérité et dicté par un intérêt qu'on a quelque peine à comprendre, en faveur d'étrangers qu’ils ne devaient pas préférer à leurs compatriotes; soit qu’ils n’eussent d’autres desseins que de précipiter le départ de Gama, d’intimider

… les Portugais et de les dégoûter de semblables . voyages. Quoi qu'il en soit, il refusa de voir les | présens, et répondit que Gama partirait quand il . voudrait, mais qu'il fallait que les facteurs payassent, pour les droitsdu port, six cents scharafans(r). En même temps il les fit arrêter pour sûreté de

cette somme , et mit des gardes à la porte de leur «magasin. On défendit , sous peine de mort, à tous les habitans de Calicut, d'aller sur la flotte de Gama. L’amiral fut instruit par Bentaybo de tout

ce qui se passait, et cependant 1l négligea de se

rendre maître d’une barque qui portait quatre

(1) Six cents écus,

Indiens qui étaient venus pour vendre des pierres

précieuses. Ces quatre Indiens pouvaient être les

cautions de ses deux agens ; mais 1l comptait sur

des prises plus importantes : c'était compter sur

une imprudence grossière de la part du samorin ,

et cependant il ne se trompait pas. Ce prince jugea,

par cette conduite de l'amiral, qu'il ignorait la

détention des siens à Calicut; et, pour l’entretenir dans cette confiance , 1l continua d'envoyer sur sa flotte des seigneurs de sa cour. Gama en arrêta six avec treize Indiens de leur suite. Il en renvoya deux au catoual , avec une lettre en langue malabare, où il demandait qu'on lui rendit ses deux facteurs. L'ordre fut donné de les délivrer; mais comme il ne s’exécutail pas assez promptement , l’amiral mit à la voile le 23, et alla se placer à quatre lieues au-dessous de Calicut. 11 y resta trois jours , et, ne voyant paraître personne, il continua de s'éloigner, et commençait à perdre de vue les côtes, lorsqu'il vitarriver une barque avec quelques Indiens chargés de lui dire que les deux prisonniers étaient dans le palais du roi, et lui seraient renvoyés le lendemain. Gama répondit qu'il voulait les recevoir sur-le-champ ; que si la barque revenait sans eux, 1l la coulerait à fond, et que si elle ne revenait pas, 1l ferait couper la tête à tous ses prison-

niers. Aussitôt 1] se rapprocha de la côte, et vint jeter l'ancre vis-à-vis de Calicut. Sept barques parties de la ville s’approchérent de son vaisseau, mirent les deux facteurs dans la chaloupe, et, se

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retirant avec quelque apparence de crainte, elles atendirent la réponse de l'amiral. Les facteurs étaient chargés d’une lettre du samorin pour le roi de Portugal, écrite sur une feuille de palmier et signée de sa main : elle est d’un laconisme remarquable. « Vasco de Gama, gentilhomme de ta mai- «son, est venu dans mon pays; son arrivée m'a « fait plaisir. Mon pays est rempli de cannelle, de «girofle, de poivre et de pierres précieuses; ce « que je souhaite d’avoir du ten, c’est de l'or, de « l'argent, du corail et de l’écarlate. » Gama, pour toute réponse, lui renvoya ses naïres, mais retint les gens de leur suite, en échange des marchandises qu'il abandonnait. IL fit remettre au samorin une pierre gravée aux armes de Portugal, que ce prince lui avait fait demander par ses facteurs. 11 avait aussi demandé une statue dorée qui représentait la Vierge Marie, et qu'il croyait d’or; mais Gama répondit qu’elle avait servi à le garantir des périls de la mer, et qu’ilne pouvait consentir à s’en défaire. Comme il allait partir, Bentaybo vint lui demander un asile sur ses vaisseaux; le catoual Favait dépouillé de ses biens, l'accusant d’être l’espion des Portugais. Cette disgrâce de Bentaybo prouverait plus que tout le reste que ce n’était pas sans fondement qu'il avait alarmé les Portugais sur les pernicieux projets du roi de Calicut. Ce qui acheva de les manifester, c'est que le calme ayant retenu la flotte pendant deux jours à la vue des côtes, Le samorin envoya soixante tonys ou barques armées le 3

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54 HISTOIRE GÉNÉRALE pour l'attaquer; mais l'artillerie, et le vent qui commençait à souffler, donnérent aux Portugais les moyens de prendre le large. Comme ils conunuaient leur route le long des côtes, ils mirent quelques hommes à terre pour couper du bois de cannelle. Pendant ce temps, un matelot découvrit, du haut d'un mât, huit gros bâtimens indiens qui s'avança nt à pleines voiles : l'amiral alla au-devant d'eux; ils prirent aussitôt la fuite et tournérent vers le rivage. On en prit un qui était chargé de cocos et de mélasse , et qui portait quantité d'armes. On apprit des habitaus du pays que cette flotte indienne était venue de Calicut. Il paraît qu’on avait déjà senti la supériorité des Européens, puisque huit vaisseaux prirent la fuite devant trois.

Gama passa dix jours aux îles Laquedives pour réparer ses vaisseaux. Il brüla celui qu'il avait pris. 11 fallait toucher à Mélinde, pour y prendre un ambassadeur que le roi du pays avait promus d’envoyer en Portugal. La route devint pénible et dangereuse. Les tempêtes, les vents contraires, les calmes, l'insupportable excès de la chaleur dans le voisinage de la ligne, tous les maux qui sont la suite d’une longue navigation, et qui rappellent à J’homme toute sa faiblesse au milieu de ses plus grands efforts, se réunirent pour accabler les Portugais. Les rualadies désolaient l'équipage. L’enflure des jambes et des gencives, causée par le scorbut, des tumeurs dans toutes les part.es du corps, suivie d’une diarrhée virulente, réduisirent à l'état le

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DES VOYAGES. 35 plus déplorable ces tristes vainqueurs des mers. Trente hommes furent emportés en peu de jours. Tout le reste languissait, ou tombait dans le désespoir. On se persuadait que ces mers exhalaient en tout temps des vapeurs coni. “ieuses. La consternation la plus profonde avait succédé à l'ivresse de la gloire et des succés. Chacun se regardait comme une victime dévouée à la mort. Gama s’efforçait en vain de relever leur courage et leurs espérances. On était en mer depuis quatre mois. Il n’y avait pas seize horimes sur chaque vaisseau en état de faire le travail. L’abattement était si grand, que les deux capitaines qui accompagnaient l'amiral voulaient retourner dans l'Inde au premier vent qui pourrait les y conduire. Il s'en éleva un plus favorable qu'ils n'osaient l'espérer. On découvrit la terre, et tout fut oublié.

On était devant Magadoxa, qui n’est qu'à cent lieues de Mélinde , sur la côte d’Ajan. Magadoxa est habitée par les Maures mahométans. L'amiral, pour leur imposer, fit faire une décharge de son artillerie, en rangeant la côte. Il arriva, peu de jours aprés, au port de Mclinde, et fut très-bien recu du roi. Il prit son ambassadeur à bord; et, aprés avoir employé cinq jours à se rafraîchir, 1l remit à la voile, et arriva, peu de jours après, à la baie de Saint-Raphaël. Là, le petit nombre de matelots qui lui restait lui fit prendre le parti de brüler un de ses vaisseaux. Ce fut le Saint-Raphaël, il se trouva, le 20 février, à la vue de l'île de Zan-

zibar. Elle est, ainsi que celles de Pemba et de Monsia qui en sont voisines, fertile et habitée par des Maures, qui commercent avec les Indiens de Sof:la, de Monbassa et de Madagascar. Le 20 mars, la flotte doubla le cap de Bonne-Espérance, et le vent ne cessant pas d'être favorable, elle arriva, vingt jours aprés , aux îles du cap Vert. La, pen dant que l’anural était occupé à faire radouber son vaisseau à San- ago, Coëllo, qui en montait un meilleur, se déroba la nuit, jaloux. de porter au rot de Portugal la premiére nouvelle de la découverte cles Indes, et arriva le 10 juillet à Cascaës. Gama ut encore arrêté à Tercère, par la maladie et la mort de son frère, qui succomba aux fatigues d’un si iong voyage. Enfin il prit terre à Bélem , au mois de septembre de l’année 1499, deux ans et deux mois aprés son départ de l’Europe. De cent huit hommes qui l'avaient accompagné, 1l n’en ramena quecinquante en Portugal. Malgré tant de disgrâces, son retour ne pouvait manquer d’être éclatant. Le roi envoya au-devant de lui un seigneur de sa cour, suivi d'un nombreux cortége. Son entrée dans Lisbonne fut un triomphe. Il marchait au bruit des applaudissemens. Il obtint le titre de Don pour lui et ses descendans, une pension annuelle de trois mille ducats, et la permission de porter dans ses armes deux biches, qu'on appelle en portugais gamas. Coëllo fut anobli et eut une pension de mille ducats. Le roi de Portugal prit le titre de Seigneur de la conquéte et de la navigation d'Éthio-

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DES VOYAGES, 5 ie, d'Arabie, d :

pic» ie, de Perse et des Indes ; titre pré- . et fastueux, qui pourtant parut justifié par les succès qui suivi is qui a a ivirent, mais qui annonçait un confiance : ce et d'orgueil que la fortune ne tarda pas à humilier.

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