‹ Abrégé de l'histoire générale des voyages [microforme]Chapitre 30 sur 79 · WEST MAIN STREET WEBSTER, N.Y · texte numérisé non relu

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Trimumpara, plein de reconnaissance, permit à ses alliés d'élever, près de Cochin, un fort qui fut nommé $San-làgo. 11 était commencé lorsque Alphonse d’Albuquerque arriva, brûlant d'impatience de se signaler à son tour. Il envoya cinq cents hommes sur des vaisseaux pris au samorin, assiéger et brûler la ville de Répélim , défendue par deux mille naïres. Lui-même marcha, avec peu de monde, contre une autre ville située sur le bord de la mer. Mais s'étant trouvé enfermé entre une multitude d’Indiens qui sortirent de la ville assiégée, ct trente-trois vaisseaux de Calicut qui survinrent pendant le combat, 1l était en danger de périr, si son frère, François d'Albuquerque, paraissant avec sa flotte, ne l’eût fort heureusement secouru. On fit un grand carnage des Indiens. A son retour, la floue portugaise rencontra cinquante vaisseaux de Calicut, que sa seule artillerie mit en déroute. Alphonse d’Albuquerque revint à Lisbonne , comblé de gloire et de richesses. Il présenta au roi quarante livres de grosses perles et quatre cents de petites. Aujourd'hui que ces voyages au-delà des Tropiques, devenus faciles et familiers, ont soumis à nos besoins factices et à nos fantaisies orgueilleuses ces magnifiques contrées où la nature a prodigué ses richesses, notre luxe dédaigneux regarderait à peine les présens que le vainqueur de l'Inde offrait au roi de Portugal. Mais alors c’étaient des trophées qu'on apportait à travers mille dangers, et qui avaient coûté des batailles.

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Tant de gloire était toujours mêlée de ces désastres qui n’arrêtent point l'ambition et l'avarice, et auxquels on fait à peine attention dans le récit des actions brillantes. François d’Albuquerque péritavec toute son escadre, sans que l’on aït jamais eu aucune nouvelle de son naufrage. 11 semblerait que ces destructions si rapides et si terribles, dont on ne voit que trop d'exemples dans les longues traversées, dussent nous écarter de ces mers lointaines, et jeter au fond des cœurs la crainte de cet élément formidable, qui, tout subjugué qu'il est, confond si souvent l’audace et l'habileté de ses vainqueurs; mais l'intérêt et l’espérance, ces deux grands mobiles de l'homme , l’emportent sur les menaces de la nature. Chacun se flatie d'échapper à la destinée qui frappe auiour de lui, et dans ces dangers extrêmes, si fréquens sur la mer, où l’on calcule les heures en frémissant, dans l’atiente d’une mort qui paraît inévitable, plus d’un navigateur calcule au fond de son îme ce qu'il y aurait à gagner pour celui qui survivrait à ses compagnons.

D'un autre côté, Ruy Lorenzo, séparé par la tempête de l’escadre d’Antoine Saldagna ( de celui qui donna son nom à la baie de Saldagna , prés du cap de Bonne-Espérance), s’étant présenté devar:t Monbassa , battit avec sa seule chaloupe montée de trente hommes, tout une flotte indienne, tua le fils du roi de Monbassa , et obligea ce prince de payer un tribut

. annuel de cent méticaux d’or. Tel était alors l’ascen-

dant des Portngais , que leurs disgrâces mêmes les

conduisaient à des victoires. Ce même Lorenzo rendit tributaire l’île de Brava sur la côte d’Ajan, prit et brûl: plusieurs bâtimens maures et indiens. Les défaites et les disgrâces n'avaient fait qu'irriter le samorin sans l’abattre, et le départ des Albuquerque releva toutes ses espérances. Il appela sous ses enseignes tousles princes du Malabar. Ceux de Tanor, de Bespour, de Cotougan , de Corlou, et dix autres princes du même rang se rendirent à ses ordres. Son armée de terre se trouva forte de cinquante mille hommes. Il en distribua quatre mille sur deux cent quatre-vingt pares avec un grand nombre de canons qui devaient battre le nouveau fori des Portugais. Ses troupes de terre devaient forcer le passage d’une rivière qui sépare l’île de Vaïpi du conünent. Cette armée était commandée par Douring, son neveu et son héritier, et par Elankol, prince de Répélim. C’est avec ces forces que le samorin se flattait d’accabler le roi de Cochin, avant que le Portugal püût venir à son secours. Édouard Pachéco, qu’Alphonse d’Albuquerque avait laissé pour la défense de Cochin, ne pouvait opposer à toute la puissance du *crin qu’un vaisseau , deux caravelles et cent suixante Portugais, en y comprenant ceux di comptoir. Il pouvait y joindre, à la vérité, trente mille Indiens de Cochin ; mais il aima mieux les laisser pour la défense de la ville; et se fiant à la fortune du Portugal et à la mer, 11 mit dans le vaisseau qui faisait sa principale force, vingt-cinq Portugais, vingt-six dans une des cara-

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DES VOYAGES. 59 velles et vingt-trois dans l’autre; il y joignit trois cents des plus braves Indiens de Cochin, chargea le reste de son monde de la défense du comptoir, et se jetant dans une barque avec vingt-deux de ses plus vaillans soldats, il alla , sans perdre un instant, attaquer la flotte de Calicut. Onseraittenté , en lisant le récit de ces combats où la disproportion des forces est si étonnante, de les comparer aux combats de l'Arioste, et de leur donner la même croyance ; mais ces événemens sont constatés par le rapport unanime des historiens, et plus encore par l'éclat que la puissance portugaise a jeté dans l'Asie pendant le seizième siécle ; et si l'on fait attention à cet esprit d’héroïsme qui naît toujours des entreprises extraordinaires et des grandes découvertes , à l’avantage que donnent à des conquérans l’orgueil de leurs premiers succès ct le sentiment de leur supériorité sur un ennemi dontils ont reconnu la faiblesse ; à l’intrépidité qu’inspire le désir desrichesses à des hommes qui ont abandonné leur patrie et essuyé tant depérils pour venir chercher si loin la fortune; enfin, si l'on considère combien de fois la discipline, le talent de diriger l’arullerie et de manier les armes à feu, ont donné la victoire aux armées d'Europe sur des muluitudes de Turcs, peuples fort supérieurs aux Indiens pour la bravoure, on trouvera croyable tout ce qui est raconté des Portugais, on admirera leur valeur et leurs exploits, en regrettant d'y voir trop souvent les caractères de l’usurpation et du bri-

gandage.

60 HISTOIRE CÉNÉRALE

La fortune des Portugais ne se démentit point, Pachéco, dans trois différens combats, coula à fond prés de deux cents pares, et tua près de deux mille hommes; et, se rapprochant du rivage, il tourna son canon contre un corps de quinze mille hommes qui s'étaient rassemblés autour du samorin, et qui fut aussitôt dissipé. Cependant le samorin , résolu de venger ses pertes, redoubla tous ses efforts pour forcer le passage de la rivière de Vaïpi. Il n’y fut pas plus heureux qu'auparavant. L'infatigable Pachéco s’y était porté. Il y fit des prodiges de valeur. Ses habits étaient couverts de sang. Enfin, le samorin tenta une dernière attaque sur mer; mais jamais l’arullerie portugaise ne fut mieux servie. Elle mit en pièces huit châteaux mobiles que les Indiens avaient armés, hauts de quinze pieds, placés chacun sur deux barques, et remplis de soldats. Leurs débris flottans sur la mer achevèrent d’épouvanter les troupes de Calicut ; et le samorin fut réduit à suivre l'avis de ses bramines, qui lui conseillérent d'entrer en composition avec le roi de Cochin.

Pachéco, dont le nom était devenu redoutable dans l'Inde, protégea le commerce de sa nation à Coulan, où les Maures cherchaient à le traverser. 1} n’était point encore revenu de cette ville, lorsque Lope Soarez, à la tête d’une flotte de treize vaisseaux, arriva de Portugal aux îles Laquedives, où il trouva Antoine de Saldagna et Ruy Lorenzo, qui s'étaient rejoints, et qui se radoubaient ensemble. Il les prit avec lui, et alla canonner la ville

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