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DES VOYAGES. 5 chands guerriers, dont il connaissait la valeur, et dont il devait craindre le ressentiment. Cependant ilne les croyait pas si proches de ses côtes, et Gama, en arrivant à la vue de la ville, se saisit de plusieurs pares , et d'environ cinquante Malabares , qui n'avaient pris aucune précaution contre une surprise. Il suspendit les hostilités pour attendre si le samorin donnerait quelque marque de soumission ou de repentir. Bientôt on vit arriver une barque qui portaitun religieux franciscain. C'étaitun Maure déguisé sous cet habit, qui venait traiter avec l'amiral de la part du samorin , sur l'établissement du commerce à Calicut. Gama répondit qu'il pourrait penser à cette proposition , lorsqu'il aurait reçu du samorin une juste satisfaction pour la mort du facteur Corréa, et pour la perte des marchandises pillées dans le comptoir. Trois jours se passtrent en messages inuüles. Alors l'amiral fit déclarer au samorin qu'il ne lui donnait que jusqu'a midi pour se déterminer, et que si, dans cet espace de temps , il ne recevait pas une réponse satisfaisante , 1] emploierait contre lui le fer et le feu; et s étant fait apporter une horloge à sable, il répéta au Maure qu'il chargeait de ses ordres , que dés que cet instrument aurait fait tel nombre de révolutions, il exécuteraitinfilliblement ce qu'il venait de déclarer.
Jamais, depuis que le monde s'était vu soulagé du poids de la puissance romaine, on n'avait affecté avec les souveruns cette hauteur impérieuse. Le sable de C. 1a rappelait le cercle tracé par la ba
Lo HISTOIRE GÉNÉRALE
guette de Popilius. Mais combien les dsstinées des empires tiennent au progrès des connaissances humaines ! 11 fallait absolument que le Napolitain Gioya d’Amalfi découvrit une propriété encore inexplicable de l'aiguille aimamée , et que l'Allemand Schwarz trouväât le secret de la poudre imflammable , pour que des marchands d’un petitroyaume d'Occident, traversant des mers immenses, vinssent braver, sur les rivages de l'Inde, un des plus puissans monarques de ces contrées, qui avaient échappé à l'ambiuon d'Alexandre et à la tyrannie de Rome.
Le samorin eut la dangereuse fermeté de ne faire aucune réponse. Le terme expira. Vasco fit urer un coup de canon. C'était le signal annoncé pour tous ses capitaines, et les cinquante Malabares qu'on avait distribués sur chaque bord, furent pendus au même moment, représailles sanglantes de cinquante Portugais tués dans le comptoir. On leur coupa les pieds et les mains, qui furent envoyés au rivage, dans un pare gardé par deux chaloupes, avec une lettre écrite en arabe pour le samorin. L’amiral lui déclarait que c’éta't de cette manicre qu'il avait résolu de le récompenser de toutes ses trahisons et de ses infidéhités ; et qu'à l'égard des marchandises qui appartenaient au Portugal, il avait mille moyens de les recouvrer au centuple. Après cette déclaration , il fit avancer, pendant la nuit, trois de ses vaisseaux prés du rivage, et le lendemain , aux premiers rayons du jour, l’arullerie fit un feu terrible sur la ville, Quanuté de maisons
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Il y retrouva la même affection pour le nom portugais, dans le roi Trimumpara. On conclut un traité d'alliance, qui fut cimenté par des présens mutuels. On donna au facteur portugais une maison qui devait servir de comptoir, et le prix des épices fat réglé. Cependant le samorin éclatait en menaces contre le roi de Cochin, et jurait d’en tirer vengeance aprés le départ des Portugais. Le roi de Cochin, de son côté, jurait qu'il perdrait sa couronne plutôt que d'abandonner ses nouveaux alliés. Gama l’assura que le samorin serait bientôt assez occupé lui-même de sa propre défense, pour songer à former aucune entreprise contre Cochin, et mit
à la voile pour retourner en Europe. Il rencontra
prés de Padérance la flotte de Calicut, qui se pré-
sentait pour lui couper le passage. On combautit
avec furie; mais l’ascendant ordinaire des armes
européennes décida bientôt la victoire. Les vais-
grand nombre. Deux bâtimens chargés de porce=
seaux indiens, foudroyés par l'artillerie, se disperscrent, et les Portugais s’élançant à l'abordage sur les navires qu’ils pouvaient accrocher, parurent aussi terribles que leurs foudres. Les Indiens épouvantés se précipitaient dans les flots, où les coups de fusil les atteignaient sans peine. Il en périt un
Fr / , , 4 HISTOIRE GENERALE
laine, d'étoffes de la Chine, de vases de vermeil et d'autres marchandises précieuses, furent pris, dépouillés de leurs richesses, et brûlés. On disungua dans le butin une statue d'or, du poids de soixante mares. $es yeux étaient deux émeraudes, t sur sa poitrine étincelait un gros rubis, qui jetait autant de lumière que le feu le plus ardent. Gama continua sa route vers Cananor. Il y laissa trente-quatre hommes dans une grande maison, que le roi leur donna pour comptoir, et le prix des épices fut réglé comme à Cochin. Sodre fut chargé par l'amiral de demeurer sur cette côte pour secouir le roi de Cochin s'il y avait quelque apparence de guerre; et si la paix régnait de ce côté-l, il avait ordre de croiser sur la mer Rouge, et de se saisir de tous les bâtimens qui faisaient voile de la Mecque aux Indes. Le 20 décembre 1505, Gama partit avec treize vaisseaux pour retourner en Portugal. Il fut retardé par des vents contraires et par des tempêtes, et ne prit terre à Cascaës, que le 1°" septembre de l’année suivante. Un grand nombre
de seigneurs portugais vinrent l'y recevoir, et lui |
composérent un cortége jusqu'à la cour. On portait devant lui, dans un bassin d'argent, le tribut du roi de Quiloa. Le roi Emmanuel lui fit un accueil trés-honorable, et lui confirma le titre d’amiral des mers de l’Inde.
Aprés le départ de la flotte portugaise, le samorin ne différa pas sa vengeance. Il assembla une nombreuse armée à Panami, seize lieues au-dessus
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DES VOYAGES, 9 de Coclun. Trimumpara se vit abandonné de ses naïres, qui blâmaient son alliance avec les Portugais, et la fidélité qu'il leur gardait. Cochin fut pris et brûlé. Le roi fugitif se retira dans l’île de Vaipi, mieux forufiée que Cochin, et y fut bientôt assiégé. Mais tandis qu'il s'y défendait, déjà s’avancait à son secours Alphonse d’Albuquerque, le plus célébre des conquérans de l'Inde, parti de Lisbonne avec son frère François d’Albuquerqn Antoine de Saldagna, à la tête d’une escadr ‘vaisseaux.
Ce dernier devait croiser à l’enu er Rouge, et les deux autres devaient revenir en Portugal avec leur cargaison, François d'Albuquerque arriva le premier aux Indes, et recuaillit les débris de l'escadre de Vincent Sodre. Ce malheureux commandant avait fait naufrage sur les côtes d'Arabie, et
avait péri avec son équipage. Tout changea de face
à l’arrivée des Portugais. Le roi de Calicut fut défait
et mis en fuite, sans qu'ils perdissent plus de quatre hommes, sl en faut croire les historiens. Une perte si légère prouve une si prodigieuse infériorité de la part des Indiens dans la science militaire et dans l’usage de l'artillerie que pourtant ils connaissaient, et si peu de facilité à s'instruire par leurs défaites, que la gloire des vainqueurs en paraît un peu affaiblie, à moins qu'on n’aime mieux croire que les déclamateurs portugais, honorés du nom d'historiens , aussi mauvais juges de la gloire que mauvais écrivains, ont cru devoir diminuer leurs pertes pour relever leurs triomphes.
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