‹ Abrégé de l'histoire générale des voyages [microforme]Chapitre 34 sur 79 · ETES · texte numérisé non relu

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les poursuivit, avec neuf vaisseaux, sous un ciel jusqu'alors inconnu aux Portugais. C'est alors que ceux-ci découvrirent l’île de Ceylan, l’ancienne Taprobane, nommée par les Arabes, Serendib.

Tant de succès étaient balancés par quelques disgrâces. L'air malsain de Sofala fit périr le commandant Aunaya et la plupart de ceux de sa suite. La garnison de Quiloa, trop faible pour résister aux Maures, fut obligée d'abandonner l'île, après avoir rasé le fort. Mais Tristan d'Acugna et le fameux Albuquerque s'approchaient avec de nouvelles forces, ct les fondemens de la puissance portugaise dans les Indes allaient s’affermir sous leurs mains.

Ils partirent de Lisbonne, le 6 mars 1508 , avec treize vaisseaux et treize cents hommes. Le vent les poussa jusquà la vue du cap Saint-Augustin, au Brésil ; et dans l’espace immense qu'ils eurent à traverser pour gagner le cap de Bonne-Espérance, Tristan d'Acugna s'avança si fort vers le sud , quo plusieurs de ses gens y périrent de froid. 11 découvrit dans cette route les îles qui portent encore son nom. Mais la tempête y séparasses vaisseaux , dont l’un, commandé par Ruy Pereyra, mouilla heureusement à Matatanna, port de Madagascar, sous le tropique du Capricorne. Sur le bruit que l’île produisait une grande quantité d'épices, Tristan d’Acugna y arriva de Mozambique, où il avait rassemblé sa flotte. Mais, trouvant le commerce moins avantageux qu'il ne l'avait cru , il retourna vers Mélinde. Le roi de ce pays, toujours attaché aux Portugais, les engagea

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n ciel h tourner leurs armes contre les schahs ou rois rs que d'Hoïa et de Lamo, dont il avait à se plaindre. 1enne Hoïa n’est qu’à dix-sept lieues au nord de Mélinde. ndib. Tristan se présenta devant la ville avec six vaisseaux, es dis- Les Maures voulurent s'opposer au débarquement, mman“ et le fruit de leur résistance fut l'entière destruction jte. La de la ville, que les vainqueurs livrérent au pillage er aux et aux flammes. Brava , qui s'était révoltée (car les ès avoir historiens donnent le nou de révolte aux efforts que 1x Albu. | faisaient les malheureux Indiens pour secouer le forces, : À jougde leursoppresseurs), Brava, prise une seconde dansles : % fois par Albuquerque, éprouva toutes les horreurs | où peuvent s’'emporter des brigands victorieux. Le 8 , avec sang ruisselait dans les rues jonchées de cadavres. ventles 4 On coupait aux temmes les oreilles et les bras pour stin, au à “ leur arracher plus promptement les ornemens d’or eurent à } qu’elles portaient. La ville fut réduite en cendres. Ce érance, PA sontlesécrivains portugaisqui racontent eux-mêmes ud, que À À ces affreux détails, et qui paraissent croire que ces découvrit cruautés étaient nécessaires. Mais on s’apercoit aussi son nom. [4 que la différence des religions leur inspirait pour ont l'un, p\ les peuples de l'Inde ce mépris mélé d'aversion qui eusement | ne nous permet pas de regarder comme des hommes tropique D ceux qui n'ont pas la même croyance que nous; uisaitune À ! sentiment atroce qui conduit toujours à l’inhuma= a y arriva à nité, et produit tous les forfaits, parce qu'on se sa flotte, [A croit dispensé de tous les devoirs. geux qu'il É Le schah de Lamo, instruit par ces terribles Le roi de PM exemples, se soumit volontairement à un tribut esengagea Pl annuel de six cents méticaux d’or. Acugna remit à

68 HISTOIRE CÉNÉRALE

la voile, et remontant au-delà du cap de Guardafui, il rejoignit Alvaro Tellès, qui avait été écarté de la flotte avec six vaisseaux, et s'était enrichi par la prise de cinq bâtimens maures. Ils attaquèrent ensemble et prirent l'île de Socotora sur la côte d'Éthiopie, à 12° de latitude nord, vis-à-vis le cap de Guardafui. C'était là le terme de leur commission. L'île était habitée par des chrétiens qu’on nomme Jacobites, qui suivaient le rite grec, ainsi que les chrétiens d’Abyssinie, et reconnaissaient le patriarche d'Alexandrie. Il y avait un fort et une garnison de quatre-vingts Maures mahométans. Il ne s’en sauva qu'un qui était aveugle, et qu’on trouva dans un puits. On lui demanda comment il avait pu y descendre. Il répondit : Les aveugles ne voient que le chemin de la liberté. Cette réponse lui valut la vie. Les Portugais étaient quelquefois capables de clémence. A la prise d’Hoïa, un jeune Maure poursuivi dans les bois avec sa maîtresse, qui n’avait pas voulu se séparer de lui, se retourna vers ceux qui le pressaient, et l’'embrassant d’une

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leur laissa la vie et la liberté. { Dieu ne plaise, dit-il, que mon épée coupe des liens si tendres ! Paroles où l’on pouvait reconnaître une nation qui mélait la galanterie à la fureur guerrière. Peut-être

ensera-t-on que cestraits n'étaient pas assez impor- À. P P

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DES VOYAGES. 69 Æut bien quelquefois retrouver l'homme dans ces récits de destructions, qui ne ressemblent que trop à l’histoire des tigres.

Après la conquête de Socotora, Alphonse de Norogna demeura pour commander dans le fort, avec une garnison de cent hommes. Acugna partit pour les Indes, et Albuquerque pour la côte d'Arabie. Ce dernier avait sept vaisseaux et quatre cent soixante hommes. C’est avec cette petite flotte qu'après avoir pris et pillé plusieurs villes du royaume qui üre son nom de l’île d'Ormuz, il osa former le projet de se rendre maître de la capitale du inême nom, défendue par trente mille hommes et par quatre cents vaisseaux. Ormuz était depuis long-temps une dépendance de la couronne de Perse, dont ses rois étaient tributaires. Elle est située à l'entrée du golfe Persique, son port est célébre et fréquenté. Seyf- Eddin y régnait alors, et son ministre Khoïa-Atar ne manquait ni de talent ni de fermeté. L’audacieux Albuquerque alla d’abord jeter l’ancre au milieu des plus gros vaisseaux d’Ormuz, en faisant une décharge de toute son artillerie. Le rivage fut aussitôt couvert d'une mulutude d'hommes; l'amiral portugais envoya quelques-uns de ses gens vers le bâtiment le plus considérable de la flotte, qui paraissait porter l'amiral. Le capitaine du vaisseau consentit à venir apprendre les intentions des Portugais. Albuquerque lui déclara qu'il avait ordre du roi son maître de prendre le roi d'Ormuz sous sa protection, et de lui accorder la permission d’exercer le com-

merce dans ces mers, à condition qu'il promît de payer tribut au roi de Portugal ; maïs que s’il balan. çait sur cette proposition, il devait s'attendre à toutes les extrémitésd'une sanglante guerre. C’est à ce point que les prospérités des Portugais avaient changé leur langage. C’étaient eux d’abord qui demandaient aux rois de l’Inde la permission de commercer dans leurs états : à présent, c'est un sujet du roi de Portugal qui permet au roi d'Ormuz de faire le commerce dans les mers qui environnent son île, et qui lui impose un tribut, comme autrefois Rome permettait aux rois de régner chez eux, à condition qu'ils lui seraient soumis. On ne peut nier que les Portugais ne soient le seul peuple qui rappelle, dans l'histoire de ses conquêtes, ce caractère à la fois imposant et odieux, cet éclat de domination, et ce faste de tyrannie qu'ont eu long-temps les Romains dans une

partie du monde connu. L'offre de la protection à d'Albuquerque était le comble des outrages. Jamais

l'insultante audace delasupériorité n’avait été portée plus loin. Après avoir tenu ce langage, il fallait être sûr de vaincre, et la victoire fut aussi étonnante que l’insulie. Les Portugais combattaient avec le fer

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enflammés, formant un épouvantable incendie, éclairaient au loin toute la côte, et montraient sur le rivage et sur les murs de la ville, la foule des habitans d'Ormuz, qui, à la vue de leur désastre, se livraient à la consternation et au désespoir. Les Por-

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