‹ Abrégé de l'histoire générale des voyages [microforme]Chapitre 35 sur 79 · PAST · texte numérisé non relu

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DES VOYAGES. 71 envoya demander la paix, se soumit à payer un tribut annuel de :‘uinze mille scharafans, et accorda du terrain pour ur un fort.

Mais Albuquerque, trop supérieur à ses ennemis en trouva de plus dangereux dans les Diataénens de ses victoires. Le commandement du fort que l'on élevait fut un objet de jalousie et de discorde parmi ses capitaines. L’adroit Atar , instruit de ces dispositions , sut en profiter habilement. Ses profusions jui attachèrent quelques soldats portugais, dont l'un, qui était fondeur , lui fit quelques piéces de canon ; et corrompirent trois capitaines , qui se sé— parèrent d’Albuquerque , sous prétexte qu’il s'obsunait à bâur un fort qu’il était impossible de conserver. Le mécontentement gagna les officiers et les soldats. Au milieu de tant de contradicuons, l'intrépide Albuquerque dispersait un corps auxihaire qu un peut souverain du canton de la Perse envoyait au roi d'Ormuz. Il pillait et brûlait les villes de Kismis et de Kalhät. Il prenait la ville de Mascat dont il ruina le commerce pour le transporter k Ormuz. Il allait lui-même porter des provisions à la garnison de Socotora, pressée par la disette, et ces provisions étaient autant de prises faites sur les vaisseaux ennemis. Enfin, de retour devant Ormuz il tenta de l'emporter; mais il avait trop peu de forces. Il eut le chagrin de voir le fort qu'il avait commencé » fini par Atar , servir contre les Portugais. Il tua beaucoup de monde aux ennemis ; mais 1l fallut renoncer à son entreprise.

Cependant un nouvel adversaire menacait les Portugais. De tous les princesdont le commerce était traversé ou ruiné par les nouveaux conquérans de l'Inde , le plus intéressé à les combattre était le soudan d'Égypte, qui recevait par la mer Rouge et par le Nil toutes les marchandises des Indes que les nations occidentales venaient chercher au port d'Alexandrie. Ce soudan se nommait Kamset-el- Gauri , que nous appelons dans nos histoires européennes, Campson Gauri. Mir Hossein, amiral d'Égypte , avait mis en mer une flotte régulière de douze vaisseaux , montés de quinze cents hommes, et bien autrement redoutables que tous les petits bâtimens des rois de l'Afrique et de l'Inde. Le bois qui avait servi à la construction de cette flotte, avait été coupé dans les montagnes de Dalmatie, du consentement des Vénitiens, qui, de tous temps attachés au commerce de l'Égypte, regardaient les Portugais comme leurs véritables ennemis, et les Égyptens comme leurs alliés , tant l'intérêt est plus puissant que la religion, pour unir ou séparer les hommes! La flotte d'Égypte fit voile vers Diu, où Malek-Iaz commandait pourle roi de Cambaye, allié des Portugais, mais allié infidèle et très-malintentionné. Lorenzo, fils du vice-roi Almeyda, qui avait reçu de son pèreunetrés-sévère réprimande pour n'avoir pas attaqué une flotte du samorin, prés de Daboul, dans un lieu qui avait paru peu favorable, impatient de réparer sa faute, combattit avec fureur pendant un jour et une nuit. Mais Malek-Iaz étant sort tout

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à coup du port de Diu avec une flotte nombreuse, mit le désordre dans celle des Portugais. Lorenzo fut tué et son vaisseau coulé à fond. La perte des ennemis était bien plus considérable ; mais la disgrâce de Lorenzo faisait voir que les Portugais n'étaient pas invincibles, et l'on avait été forcé de se retirer vers Cochin. C'était l'ouvrage du Maure Malek-Taz, qui, né dans l'esclavage, était parvenu au rang de commandant de Diu. Ce Maure avait du courage et de l'habileté , et fut un des plus dangereux ennemis des Portugais.

Almeyda apprit la mort de son fils avec fermeté, et le vengea avec barbarie. 1] recevait dans le même moment un renfort de Lisbonne. Une flotte de dixsept vaisseaux venait d'entrer dans la mer des Indes. À la tête de ces forces, le vice-roi vint assiéger Daboul , une des villes les plus renommées de la côte de Malabar, et qui appartenait au roi de Décan. Elle fut emportée d'assaut, et abandonnée à la fureur du soldat ; tout fut passé au fil de l'épée, et la ville et les bâtimens qui étaient dans le port furent la proie des flammes. Almeyda, vainqueur et poursuivant sa vengeance, vint attaquer, devant Diu, la floue de Mir Hossein , réunie avec les vaisseaux de Malek-Taz. Rien ne put résister à l'impétuosité des Portugais ; Mir Hossein, blessé en combattant avec la bravoure la plus déterminée, fut porté dans une chaloupe au rivage , et se reura près du roi de Cambaye. Le carnage fut sans bornes et le buun sans prix. Les historiens portugais reprochent eux-

mêmes aux vainqueurs un excés de cruauté. On peut les en croire sur leur parole ; remarquons en même temps que l’on trouva sur la flotte des Maures beaucoup d'ouvrages latins, italiens et portugais, témoignages des études et des connaissances de ce peuple , que de barbares usurpateurs osaient traiter de barbares.

Quoique la flotte du roi de Cambaye n’eûtagi que par ses ordres et par ceux de Malek-laz, cependant le viceroi, qui ne voulait pas grossir le nombre des ennemis du Portugal , se contenta du désaveu et des soumissions de ce prince et de son ministre. Ce dernier avait eu la précaution politique de ne pas se trouver au combat, et envoya même complimenter le vainqueur , assurant qu'il n'avait pas été le maître de séparer sa flotte de celle du soudan d'Égypte. On renouvela le traité. Le royaume de Chaül, entre Cambaye et Cochin, se soumit

aussi volontairement à payer un tribut au Por- | «

tugal.

Almeyda, en prenant Daboul et en battant le F3

soudan d'Égypte, s'était emparé d’une gloire qui devait légitimement appartenir à son successeur. La floue qui était venue se joindre à lui, portait

l'ordre de remettre le commandement entre les | !

mains d'Albuquerque , nommé vice-roi des Indes; mais Almeyda ne voulut céder à personne le soin de venger son fils, et donna le dangereux exemple de retenir le commandement au-delà du terme prescrit; exemple qui ne fut que trop imité par la

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suite, et qui causa plus d’une fois de funestes querelles. Almeyda alla plus loin : Albuquerque réclamant ses droits avec la hauteur qui lui était naturelle , il osa le faire arrêter et l'envoyer prisonnier à Cananor ; le fier Albuquerque fut mis dans les fers. 11 semble que ce dût être le sort de presque tous ces conquérans, d’essuyer cette humiliation. Colomb, à qui l’on devait un nouveau monde, avait reçu en Espagne le même traitement. Le fameux Cortès ne fut guère mieux recompensé. Lemémesort attendait peut-être Almeyda à Lisbonne, mais la mort l'y déroba ; il était paru de Cochin, après que Ferdinand de Coutinho, venu de Portugalavec treize vaisseaux et des pouvoirs extraordinaires, eut établi Albuquerque dans la place de vice-roi. Au moment de son départ, les magiciens du pays lui déclarérent qu'il ne passerait pas le cap de Bonne-Espérance : il le passa pourtant ; maïs ayant relâché à la baie de Saldagna , qui en est à peu de distance, il prit querelle avec quelques nègres du pays, et fut tué. Nous voici à l’époque des plus grandes conquêtes, et des plus considérables établissemens des Portugais. Albuquerque se voyait à la tête de la flotte la plus puissante qui eût encore paru dans ces mers, avec le pavillon de Portugal. Il avait trente vaisseaux chargés de dix huit cents hommes, et d’une multitude d’Indiens , que l'espoir du pillage avait attirés sous ses enseignes. Car, dans tout gouvernement despotique, il n’y a point de patrie, et l’on appartient à celui qui payele mieux. Les Européens établis

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dans les Indes ont toujours eu et ant encore dans leurs troupes beaucoup de naturels du pays, qui servent fort bien tant qu’on les paye, et s’en vont dès qu'il n’y a plus d'argent. Albuquerque, qui n'avait pas oublié ses ressentimens contre le samorin, tourna d’abord ses armes contre Calicut ; la ville fut prise, et les vainqueurs y mirent le feu. Mais le vice-roi ayant reçu deux blessures dangereuses et perdu son lieutenant Coutinho, les Portugais, qui d'ailleurs avaient éprouvé une vigoureuse résistance , furent obligés de retourner à Cochin. On croyait qu'Albuquerque , dès qu'il serait guéri de ses blessures , courrait achever la conquête de Ca-

licuts; mais un pirate, nommé Timoia, lui inspira | d'autres desseins ; il lui fit une telle peinture des | richesses de Goa, que l’avidité l'emporta sur la vengeance, Ticuarin ou Goa est une île d'environ | neuf lieues de tour, sur la côte de Canara, vers le F 15° degré de latitude nord; l’eau y est excellente, | l'air fortsain, leterroir agréable et ferule. Elle avait été prise par les conquérans mogols, qui avaient |

rebäti la capitale. Tous ces pays, soumis au commencement du quinzième siècle par les Tartares

venus du Nord , avaient secoué le joug , et s'étaient }

partagés en souverainetés particulières. Goa est une dépendance du royaume que les Indiens nommaient Visapour , et que les Mogols avaient nommé Décan. Albuquerque s'en rendit maître, et en fit le boulcvart de la domination portrgaise. Le butin fut immense; on fit main-basse sur tous les Maures de

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