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somme tonte la substance sans endommager la peau, Les Canaries ont donné depuis, avec le vin et le blé, du sucre, des conserves, de l'orseille, de l4 poix qui ne fond point au soleil, et qui est propre par conséquent aux gros ouvrages des vaisseaux, du fer, des fruits de toutes les bonnes espèces, « beaucoup de bestiaux. La plupart de ces îles peuvent fournir aux bâtimens leur provision d’eau. Toutes les relations s'accordent à les représenter comme une source féconde de toutes sortes de commodités, mais relèvent particulièrement les bestiaux , le blé, le miel, la cire, le sucre, le fromage et les peaux. Le vin des Canaries est agréable ct tres-fort : 1l se transporte dans toutes les parties du monde. Roberts prétend que c’est le meilleur vin de l'univers. Linschoten confirme toutce qu'on dit de la ferulité des Canaries ; il ajoute qu'il n’y a pas de grains qu'elles ne produisent avec la même abondance ; et parmi les bestiaux qu'elles nourrissent, il compte les chameaux.
Le Muire, voyageur français, rend le même témoignage à la fécondité de ces îles, pour tout ce qui est agréable et nécessaire à la vie; mais il parle moins avantageusement de l’eau, qu'il trouve d’une bonté médiocre. Les habitans en ont la même opinion, puisqu'ils se croient obligés de la purifier, en la filtrant au travers de certaines pierres, Le Maire fait observer que le temps de la moisson aux Canaries est communément le mois de mars et d'avril, etque, dans quelques endroits, il y a deux
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moissons chaque année. 11 ajoute qu'il y a vu un cerisier porter du fruit six semaines aprés avoir été greffé. Les oiseaux de Canarie, qu’on nomme serins ; Et qui naïssent en France, n’ont ni le son si doux, ni le plumage si beau et si varié que dans le lieu de leur origine,
Outre les végétaux qu'on a nommés, ces îles produisent aujourl'hui des pois, des féves et des coches, qui sont une sorte de grain semblable au mais, dont
on se sert pour engraisser la terre; d seilles, des framboises et des cerises, des goy: courges, des ognons d’une rare beauté , 1 es de
racines , de légumes et de salades , avec une variété infinie de fleurs. Entre les poissons, le maquereau y est d’une prodigieuse abondance, et l'esturgeon n’y est guère moins commun, puisqu'il fait l'aliment des pauvres. Les Canaries ont aussi beaucoup de chevaux et de daims.
Lanccrotta est particuliérement renommée pour ses chevaux ; la grande Canarie, Palme et Ténériffe, pour leurs vins; Fuerta-Ventura, pour la quantité de ses oiseaux de mer, et Gomera pour ses daïms,
La longueur de l’île Canarie est de onze lieues, à peu prés sur la même largeur. Elle est regardée comme la principale des îles du même nom, mais par la senle raison qu’elle est siége de la justice et
| du gouvernement. La cour souveraine est composée
du gouverneur et de trois auditeurs, qui sont en possession de toute l'autorité, et qui recoivent les appels de toutes les autres îles.
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La ville se nomme en laun Civitas Palmarum :
en espagnol, la Ciudad das Palmas, et communément Palme ou Canarie. Elle cst ornée d'une magnifique cathédrale , où les oflices et les dignités sont en fort grand nombre. L'administration ordi. paire des affaires civiles est entre les mains de plusieurs échevins qui forment un conseil. La ville est grande, eula plupartdes habitans fort riches. Le sable dont l’île est composée rend les chemins si propres, qu'après la moindre pluie on y marche communément en souliers de velours. L'air est tempéré, et l'on n'y connaît jamais l'excès du froid n1 du chaud. On recueille deux moissons de froment, l'une au mois de février, l’autre au mois de mu, Jl est d’une bonté admirable, et le pain a la blancheur de la neige. On compte dans la grande Canarie trois autres villes, qui se nomment Telde, Gualdar et Guia. L'île, au temps de Nicols, avait douze manufactures de sucre, qui s'appellent inganios , et qu'on aurait prises pour autant de petites villes à la mulutude de leurs ouvriers.
Voici la méthode qui est en usage aux Canaries pour le sucre, Un bon champ produit neuf récoltes dans l'espace de dix-huit ans. On prend d’abord une canne , que les Espagnols nomment planta ; et, la couchant dans un sillon, on la couvre de terre. Elle y est arrosée par de petits ruisseaux qui sont ménagés avec une écluse. Cette plante, comme une sorte de racine, produit plusieurs cannes qu'on lnisse croître denx ans sans Jes couper; on les
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DES VOYAGES. 151 coupe jusqu’au pied, et les liant avec leurs feuilles, qui se nomment coholia, on les transporte en fagots à l'inganios, où elles sont pilécs dans un moulin, et le jus est condait par un canal dans une grande chaudière, où on le laisse bouillir jusqu’à ce qu'il ait acquis une juste épaisseur. On le met alors dans des pots de terre de la forme d’un pain de sucre, pour le transporter dans un autre lieu, où l'on s'occupe à le purger et à le blanchir. Des restes de la chaudière, qui s'appellent escumas, et de la liqueur qui coule des pains qu'on blanchit, on compose une troisième sorte desucre, qui se nomme pamela ou zetas. Le dernier marc, ou le rebut de toutes ces opérations, se nomme remiel ou mélasse, ct lon en fait encore une autre sorte de sucre nommé refinado. Au surplus, on peut observer que cette manpulation de sucre est à peu près la même partout.
Lorsque la première récolte est finie, on met le feu à toutes les feuilles qui sont restées dans le champ, cest-à-dire à toute la paille des cannes, ce qui consume toutes les tiges jusqu’au niveau de la terre; et, sans autre secours que le soin d'arroser et de nettoyer le terrain , les mêmes racines produisent, dans l’espace de deux ans, une seconde moisson qui se nomme zoca. La trois:ème, qui arrive dans le même période, est appelée tertia zoca ; la quatrième , quarta zoca, et toujours de même, jusqu'a ce que la vieillesse des plantes oblige de les renouveler.
L'ile Canarie produit un vin d’une bonté spéciale,
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surtout dans le canton de Telde. Elle n'est pas moins féconde en excellens fruits, tels que les melons, les poires, les pommes, les oranges, les citrons, les grenades, les figues, les pêches de diverses espèces, et surtout le plantano ou le bananicr. Cet arbre n’est pas propre aux édifices. Il croît sur le bord des ruisseaux. Son tronc est fort droit, et ses feuilles sont extrêmement épaisses. Elles ne viennent pas aux branches, maïs au sommet de l'arbre, où elles sortent du tronc même, Elles ont une aune de longueur, et la moitié moins de largeur. Chaque arbre n’a que deux ou trois branches, sur lesquelles croissent les fruits au nombre de trente ou quarante. Leur forme est à peu près celle du concombre. Ils sont noirs dans leur maturité, et l’on dit qu'il n’y a point de confiture aussi délicieuse. La plantation ne produit qu'une fois. On coupe l'arbre ensuite. De la même racine il en naît un autre, et l’on recommence ainsi continuellement. L'île de Canarie est fournie de bêtes à cornes, de chameaux, de chèvres, de poules, de canards. ‘le pigeons et de grosses perdrix. Le bois est ce . jui manque le plus.
Or compte dans la ville de Canarie environ douze mille babitans; elle n’a guère moins d’une lieue de circuit; ses édifices sont fort beaux, et la plupart des maisons ont deux étages, avec des plates-formes au sommet. Il y a dans Canarie quatre couvens, les Dominicains, les Cordeliers, les Bernardines et les Récolets,
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L'ile de Ténérilte est au 28° degré et demi de lauitude. Sa distance de l’île de Canarie est de douze lieues au nord-onest. On lui donne dix-sept lieues de longueur. La terre en est haute. Au milieu de l'ile s'élève une montagne qu’on appelle le Pic de Teide , «et dont la hauteur est très -considérable. Du sommet, qui n’a pas plus d’un demi-mille de tour, 1l sort quelquefois des flammes et du soufre. Au-dessous, on ne trouve que de la cendre et des pierres ponces. Plus bas encore, la montagne est couverte de neige pendant toute l'année ; un peu plus bas, elle produit des arbres d’une hauteur surprenante, qui se nomment winatico, dont le bois est fort pesant, et ne pourrit jamais dans l’eau. Il y en a une autre sorte, qu'on appelle barbuzane, et qui est de la même qualité que le pin. Plus bas,
on trouve des forêts trés-longues. Le passage en est | charmant par la quantité de petits oiseaux qui font
entendre un ramage admirable : on en vante un par-
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de l’hirondelle , avec une tache noire et ronde au milieu de la poitrine. Son chant est délicieux ; mais, sil est renfermé dans une cage, il meurt en peu de temps.
Ténériffe produit les mêmes fruits que l'île de Canarie ; il s'y trouve aussi, comme dans les autres iles, une sorte d’arbrisseaux nommés taybayba, dont on exprime un jus laiteux qui s’épaissit en peu de momens, et qui forme une excellente glu; mais l'arbre qui se nomme dragonnier est propre à l'ile
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