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de Ténériffe. 11 croît sur les terres hautes et pierreuses ; et par les incisions qu'on fait au pied, ilen sort une liqueur qui ressemble au sang, et dont les apothicaires font une drogue médicinale (1). On fait du bois de cet arbre des targettes ou de petits boucliers qui sont fort estimés, puree qu'ils ont cette propriété, qu'une épée dont on les frappe s'y enfonce et tient si fort au bois, qu'on ne l’en retire pas sans peine.
Cette île porte plus de blé que toutes les autres; ce qui lui à fait donner le nom de nourrice et de grenier dans tous les temps de disette et de cherté, 11 croît sur les rochers de Ténériffe une sorte de mousse , nommée orseille, qui s’achète par les teinturiers. L'île, au temps de Nicols, avait douze inganios (2) ou manufactures de sucre ; mais on y admire particulièrement un petit canton, qui ni pas plus d’une lieue de circonférence , auquel on prétend qu'iln’ya rien de comparable dans l'univers.
Il est situé entre deux villes, dont l’une se nomme D
Orotava, et l'autre Rialéjo. Ce peut espace produit tout à la fois de l’eau excellente, qui s’y rassemble des rocs et des montagnes ; des grains de toute espèce , toutes sortes de fruits, de la soie, du ln, du chanvre, de la cire et du miel, d’excellens virs en abondance, une grande quantité de sucre, et
(1) Ce qu'ils appellent sang de dragon.
(2) Il faut observer qu'aujourd'huila culture est fort diminuée aux Canaries , depuis qu’on a préféré celle des vignobles.
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DES VOYAGES. 155 heaucoup de bois à brûler. En général, l'ile de Ténériffe fournit beaucoup de vin aux Indes occidentales et aux autres pays : le meilleur croît sur le revers d’une colline qui s'appelle Ramble. La ville capitale, nommée Laguna, est située sur le bord d’un lac dont elle tire son nom, à trois lieues de la mer. Elle est bien bâtie, et l’on y compte deux belles paroisses. C’est la résidence du gouverneur ; les échevins y obtiennent leurs emplois de la cour d'Espagne. Il y a quatre autres villes dans l’île de Ténériffe: Santa-Cruz, Orotava, Rialéjo et Garachico. Avant la conquête, cette île avait sept rois, qui vivaient dans des cavernes comme leurs sujets, qui se nourrissaient des mêmes alimens, et qui n'avaient pour habits que des peaux de boncs.
Ténériffe , quoique la seconde des îles Canaries en dignité, est la plus considérable par l'étendue , les richesses et le commerce.
La plupart des maisons de Laguna sont ornées de jardins, et de parterres ou de terrasses, sur lesquelles on voit régner de belles allées d'orangers et de citronniers. La principale fontaine est conduite
jusqu’à la ville par des tuyaux de pierre élevés sur
des piliers. Ses jardins, ses allées d’arbres , ses bosquets, son lac, son aquéduc, et la douceur des vents dont elle est rafraîchie, la font passer pour une habitation délicieuse.
Son lac est couvert d'oiseaux de mer. Ses faucons sont fort renommés. C’est un spectacle trés-agréable que de voir les Négres occupés à les chasser, et
méme à les combattre; ils sont beaucoup plus gros et plus forts que ceux de Barbarie. Le vice- roi, assistant un jour à cette chasse , et voyant le plaisir que sir Edmond Scory y prenait, l'assura qu'un faucon, qu'il avait envoyé en Espagne au duc de Lerme, était revenu d’Andailousie à Ténériffe; c’est. à dire que, s’il ne s'était pas reposé sur quelque vaisseau , 1l avait fait d’un seul vol deux cent cinquante lieues d'Espagne : aussi fut-il pris à demi mort, avec les armes du duc de Lerme au cou, Depuis le moment de son départ d'Espagne jusqu'à celui de sa prise, il ne s'était passé que seize heures.
Le fameux picde Ténériffe est unedes plus hautes montagnes de l'univers. Linschoten assure qu'on le voit en mer de soixante milles ; qu'on ne peut y monter qu'aux mois de juillet et d'août, parce que le reste de l’année il est couvert de neige, quoiqu'il n’en paraisse point dans tous les lieux voisins; qu’on
emploie trois jours à gagner le sommet, d’où l'on découvre aussitôt toutes les autres îles, et qu'il en sort beaucoup de soufre qui est transporté en Espagne. Beckman dit que cette merveilleuse montagne est située au centre de l’île, et qu'elle s’éléve comme un pain de sucre ; mais qu'il ne put en voir le sommet, parce qu'il était caché dans les nues. Atkins l'appelle un amas pyramidal de rocs bruts, qui ont été comme incrustés ensemble par quelque embrasement souterrain qui dure encore.
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auteurs, sur la véritable hauteur de ce pic, que sur la distance d’où l’on peut l’apercevoir en mer. Cependant, par une observation sur le baromètre, on a reconnu que le vif-argent s’abaissa de onze pouces au sommet de la montagne, c’est-à-dire, de vingtneuf à dix-huit; ce qui répond, suivant les tables du docteur Halley, à deux milles et un quart. Ce calcul s'accorde assez avec celui de Beckman, qui met la hauteur perpendiculaire du pic à deux milles et demi : il observe aussi que les Hollandais y placent leur premier méridien. (1)
Cette île produit trois sortes d’excellens vins, qui sont conuus sous les noms de Canarie, de Malvoisie
| et de Ferdona: les Anglais les confondent tous trois
sous le nom commun de Sack. Beckman observe que les vignes qui produisent le Canarie ont été transportées du Rhin à Ténériffe par les Espagnols, sous le règne de Charles-Quint. On prétend que, dans une seule année, il en est venu jusqu'à quinze et seize mille muids en Angleterre. Dampier, Le Maire et Duret donnent la préférence à la Malvoisie de Ténériffe sur celles de tous les autres pays du monde. Les deux derniers de ::3 trois auteurs ajoutent qu'elle n’était pas connue à T'énériffe avant que les Espagnols y eussent apporté quelques ceps de Candie , qui produisent aujourd’hui de meilleur
(1) D’après les observations les plus récentes et les plus
exactes , la hauteur de ce pic est de 1904 toises au-dessus du niveau de la ner.
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