‹ Abrégé de l'histoire générale des voyages [microforme]Chapitre 59 sur 79 · LS VAR LE · texte numérisé non relu

LS VAR LE

continent les îles du pique et la rande mer, uide. Nous res, parce rie , D1ŒUTS re connues.

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Roberts acheta une felouque, nommée la Marguerite, d'environ soixante tonneaux, pour commercer en son propre nom. Il la chargea de marchandises qu'à son retotu' il croyait vendre avec avantage aux îles du cap Veraà. C’est dans le voisinage de ces îles que l’attendait son malheur.

Versle soir , il découvrit trois bâtimens ; et le premier , qu'il observa soigneusement avec sa lunette, lui parut gros et chargé. Il ne douta point que les autres ne fussent de même, et qu'ils n’arrivassent ensemble. Cependant comme le calme continuait, et qu'ils ne faisaient aucun signe, il passa la nuit à l'ancre ; mais le vent s'étant levé avec le soleil, 1l aperçut bientôt, sur le vaisseau qu'il avait observé,

| un grand nombre d'hommes en chemises, et une

longue bordée de canons qui li rendirent cette rencontre fort suspecte. Il était trop tard pour se dérober par la fuite. Déjà le vaisseau était fort proche. Cependant , lorsqu'il fut à la portée du canon, ce vaisseau arbora le pavillon d’Angleterre, ce qui

| rendit l'espérance aux Anglais. Roberts se hâta de

fure paraître aussi le sien. Il remarqua que le vaisseau portait environ soixante-dix hommes et quatorze pièces d'artillerie. Le capitaine se faisant voir sur l'avant , demanda à qui appartenait la felouque, et d'où elle venait. Roberts répondit qu’elle était

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a aux îles du ès l'autre, & an. Ensuite, vla Barbare,

de Londres, et qu’elle venait de la Barbarie. Fort bien ! lui dit-on , c’est ce qu’on n'ignorait pas. Là- Adessus on lui ordonna hrusquement d'envoyer sa chaloupe.

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Roberts ne fit pas difficulté d'obéir, Le capitaine du vaisseau était un Portugais, nommé Jean Lopez, comme on l’apprit ensuite ; mais qui , sachant {rt bien la langue anglaise, avait jugé à propos de se faire passer pour un Anglais, né vers le nord de l'Angleterre, souslenomde John Russel. Il demanda aux deux matelots que Roberts lui avait envoyés où “tait le patron de la felouque. Ils lui montrérent Roberts, qui était à se promener sur son tillac. Aussitôt la fureur paraissant dans ses yeux , il l'acca. bla d’injures. Roberts était en mules et en chemise, aussi peu capable de défense par sa situation que par la petitesse et le mauvais état de son bâtiment. Il comprit dans quelles mains il était tombé , et qu'en déclarant son mépris par le silence, 1l s'exposait à se faire tuer d’un coup de balle. Sa réponse fut une marque honnête d’étonnement sur la manière dont il se voyait traité. On continua les outrages, et l'on y joignit les plus furieuses menaces, avec des reproches de ce qu'il n’était pas venu lui-même à bord. Il répondit que, n'ayant entendu demander que la chaloupe , 1l n'avait pas cru que cet ordre le regardât personnellement. « Quoi! misérable chien, « reprit Russel , tu feins de ne m'avoir pas entendu? « Je vais te faire prendre de meilleures manières. »

Russel donna ordre aussitôt à quelques-uns de ses gens de lui amener Roberts, et chargea dix ou dou autres de ces brigands de prendre possession de h felouque. A l'arrivée de Roberts, qui fut amené surle-champ, il ra son sabre, en répétant, avec dal:

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DES VOYAGES. 215 freux blasphèmes, qu'il saurait lui apprendre à vivre. Le malheureux Roberts se crut à sa dernière heure, et continua de s'excuser sur son ignorance ; mais l’autre tenait toujours son sabre levé et continuait ses menaces. Un de ses gens affecta de lui retenir le bras, et promit à Roberts qu'il ne lui arriverait rien de fâcheux. Alors Russel voulut savoir pourquoi il était si mal vêtu. L’excuse de Roberts fut qu'il ne s'attendait pas à paraître devant un homme si redoutable. Æt pour qui me prenez-vous ? reprit Russel. Ici Roberts, fort embarrassé, chercha longtemps sa réponse. Enfin, dans la crainte d'offenser également par la vérité ou par la flatterie : « Je «crois, répondit-il, que vous êtes un homme de «distincüon, qui fait de grandes entreprises sur «mer. Tu mens, répliqua Russel; ou si tu crois « dire vrai, apprends que nous sommes pirates. » Roberts lui ayant offert d'aller se vêtir plus décemment, il lui dit, en jurant plus que jamais, qu'il “ait trop tard, et qu'il demeurerait dans l’habillement où il s'était laissé prendre, mais que son bâtiment et tout ce qu'il contenait ne lui appartenait plus. « Je ne le vois que trop, répondit Roberts ; «cependant, lorsqu'il m'est impossible de l’'empé- «cher, j'espére de votre générosité que vous vous «contenterez de ce qui peut vous être utile, et que «vous me laisserez le reste. » Le pirate lui dit, avec moins de brutalité, que ses compagnons en décideraient ; mais en même temps, 1l lui demanda un mémoire exact de tout ce qu'il avait à bord, su”tout

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de son argent; et s'il s’y trouvait quelque chose de plus qu'il n'aurait accusé, il protesta qu'il le ferait brûler vif avec sa felouque.

Tous les gens du vaisseau, qui prétaient l'oreille à celte conférence avec un air de compassion affectée, lui conseillèrent d’un ton d'amitié d'être sincère dans sa déclaration, surtout à l'égard de l'argent, des armes et des munitions, qui étaient, lui dirent-ils, leur objet principal ; en l’avertissant que leur usage était de punir foit sévérement les gens de mauvaise foi. 11 leur rendit le compte le plus fidèle qu'il put trouver dans sa mémoire. Aux questions qu'on lui fit sur le dessein de sa navigation présente , 1] ne répondit pas moins sincèrement ; mais voyant qu'on était instruit d'avance sur tout ce qu’il répondait, il demanda de qui on tenait tous ces éclaircissemens : on répondit que c'était du capitaine Scot. « Mais « vous êtes donc de ses amis ? reprit Roberts. Plus « qu'il ne mérite, répliqua le corsaire; car nous « nous sommes contentés de brûler son vaisseau , et « nous l'avons mis à terre dans l'ile de Buona-Vista. »

On fit ensuite passer les Anglais sur le vaisseau la Rose, de trentesix pièces de canon, commandé par Edmond-Lo, chef général des pirates.

A leur entrée dans le vaisseau, tous les pirates vinrent les saluer successivement et les assurer qu'ils étaient touchés de leur infortune. Cette cérémonie se fit si gravement, que les prisonniers ne purent distinguer si c'était une insulte. Onleur dit du même ton qu'il fallait rendre leurs respects au commandant.

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les pirates urer qu'ils cérémonie ne purent tdu même imandant.

Un canonnier se chargea'de lui présenter Roberts. Iltrouva Lo assis sur un canon, quoiqu'il y eût des chaises prés de lui; mais un héros de cet ordre ne pouvait paraître que dans une posture martiale. Ayant ordonné qu'on le laissât seul avec Roberts, il Jui dit qu'il prenait part à sa perte; qu'étant Anglais comme lui ,‘il ne souhaitait pas de rencontrer ses compatriotes, excepté quelques-uns dont il était bien aise de châtier l’arrogance ; mais que, la fortune le faisant tomber entre ses mains, il fallait qu'il prît courage, et qu’il ne marquât point d’abattement. Roberts répondit qu'au milieu de son chagrin, il se flattait encore qu'ayant affaire à des gens d'honneur, sa disgrâce pourrait tourner à sou avantage. L: corsire lui conseilla de ne pas se flatter trop, parce que son sort dépendait du conseil et de la pluralité des voix. Il ne désirait point, répéta-t-1l, de rencontrer des gens de sa nation; mais comme lui et ses compagnons n'attendaient rien que de la fortune, ils n'osaient marquer de l'ingratitude pourses moindres faveurs, dans la crainte que s'en offensant, elle ne les abandonnât dans leurs entreprises. Ensuite prenant un ton fort doux , 1l pressa Roberts de s'asseoir, mais sans lui faire l'honneur de quitter lui-même sa posture. Roberts s’assit. Alors le général lai de-

manda ce qu'il voulait boire. Il répondit que la soif

n'était pas son besoin le lus pressant; mais que, par reconnaissance de tant de bontés , il accepterait vo- Jonuers tout ce qui lui serait offert. Lo lui dit encore quil avait tort de se chagriner et de s'abattre, que

c'était le hasard de la guerre, et que le chagrin était

capable de nuire à la santé; quil ferait beaucoup

mieux de prendre un visage riant, et que C'était

méme la voie la plus sûre pour mettre tout le monde

dans ses intérêts. Tous ces conseils étaient donnés d'un ton d'ironie; et Roberts fut surpris de trouver

cette figure si familière à ces corsaires. « Allons, re- « prit Lo, vous serez plus heureux une autre fois ; »

et sonnant une cloche, qui fit venir un de ses gens, il donna ordre qu'on apportät du punch, et dans le grand bassin, ajouta-t-1l ; il demanda aussi du vin. L'un et l’autre fut servi avec beaucoup de diligence, En buvant avec Roberts, 11 lui promit tous les services qui dépendraientdelui. Il regrettait beaucoup, Jui dit-il, qu'il n'eût pas été pris dix jours plus tôt, parce que sa troupe avait alorsen abondance diverses sortes de marchandises qu’elle avait enlevées à deux vaisseaux portugais qui faisaient voile au Brésil, telles que des étoffes de soie et de laine, de la toile, du fer et toutes sortes d’ustensiles; 1l aurait pu engager ses compagnons à lui en donner une parte, qu'ils avaient jetée dans la mer comme un bien superflu ; que, sil le rencontrait quelque jour dans une occasion aussi favorable, il lui promettait de le dédommager de sa perte; enfin, qu'il faisait profession d'être son serviteur et son ami. Quand j'aurais osé lui faire une réponse outrageante, dit Roberts, tant de caresses feintes ou sincères m'en auraient Ôté la force, et m'obligcaient de le remercier.

Il reconnut parmi les pirates trois Anglais qui

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avaient servi sous Jui, et qui lui apprirent, sous la foi du secret, que Russel avait proposé de le garder dans leur troupe, parce qu’on avait su de son pilote qu'il connaissait parfaitement la côte du Brésil, où les corsaires avaient dessein de se rendre ; mais qu'il avait un moyen de s'en garantir, en disant qu'il était marié, parce que les pirates s'étaient engagés par un serment inviolable à ne jamais employer parmi eux d'homme marié ; que cependant Russel , préfcrant lintérét général an respect du serment, proposait de passer par-dessus cette loi; mais que Lo et les autres s'y opposaient.

À peine s’étatent-ils retirés, que le général parut sur le tillac, pour ordonner qu’on assemblät le conscil avec le signal ordinaire : c'était un pavillon de sole verte, que les pirates appelaient the green trumpeter , c'est-à-dire le trompette vert, parce qu'il portait la figure d'un homme avec la trompette à la houche. Tout le monde s'étant rendu sur le vaisseau du général, ets’étant placé les uns dans sa chambre, les autres sur les ponts, et dans les endroits que chacun voulut choisir, il leur déclara qu'il ne les avait fait assembler que pour déjeüner avec lui : cependant il se tourna vers Roberts, à qui il demanda publiquement s’il était marié. Sa réponse fut qu'il l'était depuis dix ans, et qu'en partant de Londres, 1l avait cinq enfans, sans compter un

sixième dont sa femme était grosse. On continna de lui demander s'il avait laissé sa famille à son aise, I répondit qu'ayant autrefois essuyé plusieurs

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disgrâces, la cargaison de sa felouque composait une grande partie de son bien, et que, s'il avait le malheur de la perdre, il n’espérait guère de pouvoir donner du pain à ses enfans. Lo, regardant Russel, lui dit qu'il fallait y renoncer. Renoncer à quoi ? répondit l’autre en blasphémant. Fous m'en. | tendez , reprit le général ; et, jurant à son tour, il répéta qu'il fallait y renoncer. Russel, s'échauffant beaucoup, prétendit que la première loi de la nature était, pour chacun, le soin de sa propre conservation, et rapporta plusieurs proverbes pour prouver que la nécessité n’a pas de loi. Lo répliqua

doucement qu'il n’y consentirait jamais ; mais que, A

si la pluralité des voix était contraire à son sentiment, 1l se réduirait à la patience ; il ajouta que, tout le monde étant assemblé, c'était une affaire qui pouvait être décidée sur-le-champ. Alors il donna ordre à tout le monde de se rendre sur les ponts, et Roberts fut averti de demeurer dans chambre.

Le conseil dura deux heures. Lo et Russel, étant descendus les premiers, demanderent à Roberts s'il n'était pas vrai que sa felouque était en fort mauvais état. « Hélas ! répondit:l, elle fait eau de tous les « côtés. Elle fait eau ? reprit Russel; qu’en feriez- « vous donc, si elle vous était rendue ? d’ailleurs « vous êtes sans matelots, car à présent tous les « vôtres sont à nous; » et, continuant de lui représenter ses besoins, 1l s’efforca long-temps de lui faire sentir sa misère. Ensuite : « Venez, venez, lui dit Lo;

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«nous examinerons votre affaire en recommençant «à boire. » On apporta du punch en abondance, et chacun se mit à parler de ses expéditions passées, à Terre-Neuve, aux îles de l'Amérique, aux Canaries. L'heure du diner étant arrivée, Lo les invita tous. On leur servit des viandes qu’ils s’arrachérent de la main l’un de l’autre, comme une troupe de chiens affamés ; c'était, disaient-ils, un de leurs plus grands plaisirs, et rien ne leur paraissait si martial.

Le jour suivant , un des trois matelots qui avaient parlé la veille à Roberts, vint lui faire des excuses de leur peu d’empressement , qu'il rejeta sur un des articles de leur société, par lequel il était défendu,

| sous peine de mort, d'entretenir des correspon-

dances secrètes avec un captif. Il lui apprit qu'il n'avait pas beaucoup à se louer de son pilote; qu'il le croyait disposé à prendre parti avec les pirates, et que le reste de ses gens ne lui était pas plus fidèle ; de sorte que, si on lui rendait sa felouque, lne lui resterait que son valet et un mousse pour la conduire; qu'il aurait souhaité, lui et ses compagnons, de pouvoir lui offrir leurs services ; mais qu'ils étaient liés par un autre article, portant que, si quelqu'un de la troupe proposait quelque chose qui tendît à la séparation, ou qui marquät quelque envie de se retirer, il serait poignardé surle-champ, sans autre formalité. Il ajouta que, jusqu'au moment où le pilote de Roberts avait déclaré que son maître connaissait parfaitement les côtes du Brésil, Russel avait témoigné de l'inclination à

ny

La

222 HISTOIRE GÉNÉRALE le servir, et qu'il avait parlé de le dédommager de la perte de son blé et de son riz, en lui formant une petite cargaison de toiles, d’étoffes, de chapeaux, de souliers, de bas, de galons d'or et de quantité d’autres marchandises , que les pirates our. daient dans la seule vue de les donner à ceux qu'ils prenaient, lorsqu'ils les avaient déjà connus et qu'i's se sentaient pour eux de l'amitié ; mais que, Russel yant changé de disposition, ce serait peut-être en vain que Lo prendrait les intérêts de Roberts, parce que Russel, ayant été deux fois général, avait con. servé beaucoup d’ascendant sur toute la troupe, et que d’ailleurs il avait toujours traité les prisonniers avec moins de ménagement que Lo.

Aussitôt que cet homme eut quitté Roberts, Lo parut, lui parla de plusieurs sujets différens. Roberts fut obligé de soutenir gaîment une conversation fort fatigante, car les pirates prennent un air d'autorité si absolue, qu’au moindre mécontentement ils outragent leurs prisonniers de coups et de paroles , et le plus vil de la troupe s'en fait quelquetois un amusement. Russel arriva dans le même temps, et s'adressant à Roberts avec wn visage riant, àl lui dit que plus il pensait à la proposition de lui ren-

dre sa félouque, moins il y trouvait d'avantage pour |

lui-même; qu'il l'avait pris pour un homme sensé: mais que dans les instances qu'il faisait pour obtenir son bâtiment il ne voyait que de l’obstinauon et du désespoir ; que, pour lui, il croyait l'honneur de la compaguie intéressé à ne pas souffrir qu'un

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que, lui voulant beaucoup de bien, il avait cher-

ché pendant toute la nuit quelque cxpédient plus utile à ses véritables intérêts que la restitution de sa felouque, et qu'il croyait lavoir trouvé; qu'il fallait commencer à mettre le feu à ce mauvais bâtiment. « Nous vous retiendrons, coutinua-tl, «en qualité de simple prisonnier, tel que tous « êtes à présent, et dans cette supposition, je vons « promets et je m'engage à vous faire assurer par « toute la compagnie, que la première prise que « nous ferons sera pour vous. Ce secours, ajouta- «t-1l, servira mieux que votre felouque à rétablir « vos affaires, et pourra vous mettre en état de « quitter la mer pour aller vivre heureux avec votre

L « fanrille. »

Roberts lui fit des remercimens; maïs témoigant peu de goût pour ses offres, il ie pria de considérer que, loin d’être aussi avantageuses qu'il paraissait le croire, elles n'étaient propres qu'à consommer sa ruine. Quelle espérance aurait-il jamais de pouvoir disposer du vaisseau et de la cargaison qu’on pouvait lui donner ? Qui voudrait les acheter de lui, s'il n’était en état de prouver qu'il avait droit de les vendre ? Et si le propriétaire en apprenait quelque chose, ne serait:l pas obligé de leur restituer la valeur entiére de leur bien, avec ie risque d'être jeté dans un cachot, et de se voir mener peut-être au supplice ?

Cette réponse n'embarrassa point Russel. II la

traita d'objection frivole. A l'égard du droit sur le vaisseau et de la crainte d’être découvert, il prétendit que les pirates pouvaient faire à Roberts un billet de vente, et lui donner par écrit d’autres titres qui assureraient sa possession ; qu'il était aisé d'ailleurs de se dérober à la connaissance des propriétaires, parce que les pirates savaient toujours, soit par la déclaration d'un maître du v'isseau, soi par ses papiers, dont ils avaient soin de se saisir, qui étaient jes principaux intéressés dans une car. gaison , et quel était leur pays ou leur demeure. 1l ajoute que les écrits et les utres pouvaient se faire sous un autre nom que celui de Roberts, et lui servir jusqu'à la fin de sa vente; après quoi il pourrait reprendre son véritable nom, et s'assurer ainsi de n'être jamais découvert.

Roberts se vit forcé de reconnaître qu'il y avait non-seulement de la ÿraisemblance, mais une espéce de certitude dans cette proposition ; il loua même l'esprit et l’habileté de Russel. Cependant, après avoir confessé qu'un plan si adroit pouvait le mettre à couvert, il eut le courage de déclarer qu'il était retenu par un motif beaucoup plus puissant que la passion de s'enrichir : c'était sa conscience, dont il craignait les remords. De là, s'étendant sur la nécessité de la restitution , il toucha plusieurs points qu'il crut capable de réveiller dans ses auditeurs quelque sentiment de repentur. En effet, son discours produisit différentes impressions. Les uns le félicitérent sur son éloquence, et lui dirent qu'il

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L DES VOYACES. 225 dit propre à faire un bon aumônier de vaisse: D'autres lui déclarérent brusquement qu'ils de valent pas besoin de prédicateur, et que les pir: je n'avaient pas d'autre Dieu que l'argent, mi d'aut : Sauveur que leur épée. Muis il s’en itoua de quelques-uns qui louérent ses principes 4 se souhaitérent que l'humanité du moins fût li pectée dans leur troupe. Cette variété de pa suivie de quelques momens de silence; ne Re le rompit pour prouver à Roberts, par quantité de njesnes » qu’en supposant même que la piraterie fit un crime, ce n’en pouvait être un pour lui de RRREVOE ce que les pirates auraient enlevé, parce quil n aurait pas de part à leurs prises , et qu'il étai prisonnier malgré lui. « Supposez, lui dit-il “ «nous ayons pris la résolution de brüler ie

Pobuun ou de le jeter dans la mer, que devient Le

«droit du propriétaire, lorsque son vaisseau et «marchandises sont brûlés ? L’impossibilité d « les faire jamais restituer annéantit toute a { droits. Dites-moi, conclut Russel, si eh 1 ; «faisons pas la même chose lorsque nous « donnons ce qu'il dépend de nous de brüler. » : es + spectateurs semblaient prendre pute; mais Roberts, s'apercevant que le ton de son adversaire devenait plus aigr Pa - d'un coup, en déclarant qu'il ea al p 1 1 É e M Neue a pee de Jui; mais Wa tra jusqu'alors avec tant de généroil, il ne faisait pas moins de fond sur Eu bonté

à l'avenir; que, s'il leur plaisait de lui rendre s felouque, c'était l'unique grâce qu'il leur demandait, et qu'il espérait, par un travail honnête, de

réparer ses pertes présentes. Lo, touché de ce dis. |

cours, se tourna vers l'assemblée: « Messieurs, « dit-il, je tronve que ce pauvre homme ne propos « rien que de raisonnable, et je suis d'avis qu'l « faut lui rendre sa felouque. Qu'en pensez-vous, « messieurs ? Le plus grand nombre répondit oui, « et le différend fut ainsi terminé. »

Vers le soir, Russel voulut traiter Roberts sw son bord avant leur séparation. La conversation fx d’abord assez agréable. À prés le souper, on charse

Ja table de punch et de vin. Le capitaine prit ur

rasade et but aux santés de la troupe. Roberts n'o refuser cette santé. On but ensuite à la prospérit du conimérce, dans le sens des avantages qui de vaient en revenir aux pirates. La troisième sant fat celle du roi de France. Ensuite Russel propoi celle du roi d'Angleterre. Tout le monde la successivement jusqu'à Roberts ; mais Russel aym mélé dans le punch quelques bouteilles de vin pur le fortifier, Roberts, qui avait de l’aversion po ce mélange, demanda qu'il lui fût permis de boi cette santé avec un verre de vin. Ici Russel se mi blasphémer, en jurant qu'il lui ferait boire w “rasade de la même liqueur que la compagni « Eh bien! messieurs, reprit Roberts, je boi « plutôt que de quereller, quoique cette lique « soit un poison pour moi. Tu boiras, répon

«© R « À « le une nom «Ina « boi « r'o1 « lui « St 1 «h} « r'épe sempc Anglai.

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Le furid l'aurait sauta $ l'Anglet dant, anonni sa trou k com « dessei (et jur (ges p:

enotre e vonts e accès

rendre sa « Russel, füt-elle pour toi le plus affreux poison, r deman- « à moins que tu ne tombes morten y portant les nnête, de M « lèvres. » Roberts prit le verre, qui tenait presque le ce dis- M une bouteille entière, et porta la santé qu’on avait Messieurs, nommée. « La santé de qui? interrompit Rus: ‘;

ne propos D «mais, dit l’autre, c’est la santé qu'on vient de d'avis qu'il « boire, celle du roi d'Angleterre. Et qui est-1', le nsez-vous, D « roi d'Angleterre ? demanda Russel. 11 me semble, pondit où, « lui dit Roberts, que celui qui porte la couronne

cest roi, du moins pendant qu'il la porte. Et qui Roberts si «la porte? insista Russel. C’est le roi George, versauon ft « répondit Roberts. » Alors Russel entra en furie, , on Chargt EE semporta aux dernières injures, et jura que les ne prit un Anglais n'avaient pas de roi. « 11 est surprenant, Roberts noi « lui dit Roberts, que vous ayez proposé la santé la prospétl « d'un roi dont vous ne reconnaissezpas l’existence. » ages qui de Le furieux corsaire sautant sur un de ses pistolets, oisième San l'aurait tué, s’il n'eût été retenu par son voisin. Il ussel prop suta sur l'autre, en répétant plusieurs fois que onde la hi l'Angleterre n'avait pas d'autre roi que le préten- $ Russel ay

dant. Ses voisins l’arrêtèrent encore. Le maître les de vin Pi canonnier , qui était à table, homme considéré dans ’aversion PO troupe , se leva d'un air ferme, et s'adressant à ermis de bon compagnie : « Messieurs, leur dit il, si notre Russel se mit dessein est de soutenir les lois qui sont établies rait boire Ut ct jurées entre nous, comme je vous y crois oblila compagn@ gés par les plus puissans motifs de la raison et de berts, je PO notre propre intérèt, il me semble que nous dee cette que vous empêcher Jean Russel de les violer dans les

oiras, TEPOTSE accès de sa fureur. » Russel, qui n'était pas en-

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core revenu à lui-même, entreprit de défendre sa conduite; mais le canonnier s'adressant à Jui du même ton, lui déclara qu'on ne lui avait pas donné le pouvoir de tuer un homme de sang-froïd , sans le consentement de la troupe, qui avait les prison. niers sous sa protection. « Je vois, ajouta-t-il, que « ce qui vous irrite est de n'avoir vu violer nos ar. « ticles au sujet de Roberts; on saura mettre un « frein à vos emportemens , et garder le prisonnier « jusqu'à demain, pour le mener à bord du général « qui ordonnera de son sort avec plus d'équité. Toute la compagnie paraissant approuver ce discours , Russel, à qui l’on avait Ôté ses armes, recu ordre de demeurer tranquille, s’il ne voulait offer. ser la troupe, et se voir traiter comme un mutn, Le canonnier dit à Roberts qu’on l'aurait condui sur-le-champ au général, s’il n'eût été défendu px un ordre exprés de recevoir les chaloupes apré neuf heures du soir.

Le lendemain, il fut transporté sur le vaisseau d Lo, qui lui promit sa protection. Dans l'après-midi Russel vint à bord, accompagné de François Sprigss commandant du troisième vaisseau des pirates. | dit au général que le pilote et les matelots de Ro berts voulaient entrer au service de la troupe « qualité de volontaires. Lo répondit que rendre} felouque à Roberts sans aucun de ses gens, c'éu le livrer à la mort, et qu'il valait autant lui casst la tête d’un coup de pistolet. «Je ne m'y oppo « pas, répliqua Russel ; mais ce que je propose €

« pe «qu ajou l'aut le pil dans justic par sc diesse ture e Ensui:

« dit-1 « l’aur.

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DES VOYAGES. 229 « pour l’utilité de la compagnie, et je voulais voir « qui serait assez hardi pour me contredire. » 1] ajouta qu'en qualité de quartier-maître, et par l'autorité que lui donnait cet emploi, il voulait que le pilote et les matelots fussent reçus sur-le-champ dans la troupe; que, grâces au ciel, il soutenait la justice et l'intérêt public, comme il y était obligé par son poste; et que si quelqu'un avait la hardiesse de s’y opposer, il avait un pistolet à sa ceinure et une poignée de balles pour se faire raison. Ensuite se retournant vers Roberts : « Mon ami, lui «dit-il, la compagnie t'a rendu ta felouque, et tu «l'auras. Tu auras deux hommes, et rien de plus. «Pour les provisions, tu n'auras que ce qui est

fendre sa

à lui du pas donné roïd , sans les prison:

at-il, que ler nos armettre un : prisonnier du général, d'équité. »

ver ce dis- \rmes , reçut

oulaït offer.

de «actuellement dans ton vaisseau. 11 m'est revenu, e un mutn, L . L 7. we L conunua-t-1l, que plusieurs de nos gens se proit condui i For «posent de te former une cargaison ; mais je leur défendu pa

«en fais défense, en vertu de mon autorité, parce «qu'il n'est pas sûr que les marchandises qu'ils «veulent te donner ne nous soient pas bientôt né- «cessaires à nous-mêmes; en un mot, je jure par «tout ce qu'il y a de plus redoutable, que, sil «passe quelque chose de nos vaisseaux dans le «tien, Sans ma participation el sans mon ordre, je «mets le feu aussitôt à ta felouque, et je L'y brüle «toi-même avec ce que tu possedes. »

Comme son emploi de quartier-mañire lui donnait effectivement ce pouvoir, Lo ne put s'opposer à

loupes apré

le vaisseau de l'après-midi} nçois Sprig des pirates. | btelots de R e la troupe que rendre es gens» c'éti

{ lui cast | ; / se s aan sa résolution. Il ne restait plus qu'à conduire Ro-

"y oppo à . —.

a PF Bert sur la felouque. Il quitta le vaisseau du sétitral “|| | e je proposé sit il

és

PRET Bree

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