‹ Abrégé de l'histoire générale des voyages [microforme]Chapitre 60 sur 79 · LE SE · texte numérisé non relu

LE SE

sans que personne osût lui présenter le moindre secours, eflet des menaces de Russel, car la libé. ralité n’est pas une vertu fort rare chez les corsaires, qui donnent très-facilement ce qu'ils sont exposés à perdre à toutes les heures du jour. Comme ce furieux capitaine était prêt à retourner sur son bord, il se chargea de prendre Roberts dans sa chaloupe, En arrivant à son vaisseau, il donna ordre que le souper füt préparé, et dans l'intervalle il se fit apporter du punch et du vin avec des pipes et du tabac. Tous les ofliciers furent invités, et Roberts avec eux. Russel lui dit qu'il l’exhortait à boire et à manger beaucoup, parce qu'il avait un voyage aussi difficile à faire que celui du prophète Elie au mont Oreb, et que, n'ayant ni vivre ni liqueur dans sa felouque, il devait faire un bon fond dans son estomac, pour résister long-temps à la soif et à la faim, Une raillerie si amère fit sentir à Roberts tout le malheur de sa situation. Cependant il répondit qu'il espérait mieux de la générosité de ceux qui lui laissaient la vic et la liberté. Russel jura qu'il n'avait plus d'autre faveur à se promettre que le souper qui se préparait.

« Je le conjurai, dit l’auteur, plutôt que de m'abandonner, dans cet état, aux funestes extrémités qui semblaient me menacer, de me mettre terre dans l’île voisine ou sur les côtes de Guinée; enfin de faire de moi tout ce qu'il jugerait à propos dans sa colère ou dans sa bonté, pourvu qu'il me dispensât d'entrer dans son service. 11 me répondit

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qu'il avait dépendu de moi d'être de ses amis; mais qu'ayant méprisé son amitié, 1] fallait me tenir au choix que j'avais fait, et qu'il avait encore pour moi plus de bonté que je ne devais en attendre, aprés l'avoir mis plus mal avec sa compagnie qu'il n'y avait jamais été et qu'il n’y voulait être. » Roberts, s'étant excusé par l'innocence de ses inentions, le supplia, lui et tous ses confrères, de le regarder comme un objet de pitié plutôt que de vengeance. Russel répondit: « Vos argumens et vos «persuationssontinutiles. Il est trop tard; vous avez vrefusé notre pitié lorsqu'elle vous était offerte ; «votre sort est décidé. Remplissez-vous bien l’esto- «mac pour soutenir vos forces aussi long-temps que «vous le pourrez; car il y a beaucoup d'apparence (que le repas que vous allez faire sera le dernier de «votre vie; à moins qu'ayant la conscience si ten- «dre, vous ne soyez assez bien avec le ciel pour en «obtenir des miracles. Si je sens quelque pitié, «cest pour les deux hommes qui doivent vous suiuvre. Je suis tenté de les prendre avec moi, et de «vous laisser profiter seul des secours du ciel. » Quelques personnes de l'assemblée lui dirent que cs deux hommes s’exposaient volontairement à suivre leur maître, et qu'ils étaient résolus de partager toutes ses disgrâces. « Apparemment, reprit «Russel, qu'il leur a rendu la conscience anssi dé- « licate que la sienne. Vous verrez que le ciel ne «refusera rien à de si honnêtes gens. »

Cesrailleries furent continuées pendant lesouper.

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2352 HISTOIRE GÉNÉRALE À dix heures, Russel fit appeler quelques matelots qu'il avait nommés pour la garde de la felouque, et leur demanda s'ils avaient tout enlevé simivant ses ordres. Ils jurérent qu'ils n’avaient rien laissé et qu'il n’y restait que de l'eau. « Comment de l’eau! « reprit Russel en blasphémant; ne vous avais-je pas « donné ordre de vider tous les tonneaux ? Nous n'y « avons pas manqué, répondirent-ils, et l’eau que « nous avons laissée n’est que de l’eau de mer, qui « entre de tous côtés dans le bâtiment. » Cette ré. ponse calma le corsaire, et lui donna occasion de re. doubler ses ironies. Enfin, lorsqu'il se sentit pressé du sommeil, 1l donna ordre que Roberts et ses deux hommes fussent conduits à leur felouque.

Comme c'était dans son propre canot que Roberts avait eu la liberté de retourner à sa felouque, il attendit impatiemment le jour pour reconnaître en quel état elle lui était rendue. Il y trouva d’abord de quoi remplir son chapeau de miettes et de croûtes de biscuit, avec quatre ou cinq poignées de tabac à fumer. Tout étant précieux pour lui, dans la situation qu’on lui avait annoncée , il recueillit soigneusement ces misérables restes. Il retrouva sa boussole, son quart de cercle, et quelques autres instrumens de mer. On lui avait laissé son lit, comme un meuble inutile pour les corsaires, qui, à l'exception des seuls ofliciers, n’ont pas d'autre li que le uüllac. Pour provisions de bouche, il ne trouva que dix bouteilles d'eau-de-vie et trente-six livres de riz, avec une fort petite quanuté de farine.

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L'eau qui restait dans les tonneaux ne montait pas à plus de trois pintes.

Ses recherches tournérent ensuite vers les voiles. À la place des siennes, on en avait mit de vieilles, qui étaient à demi pourries; mais quelque pirate avait eu l’humanité de laisser six aiguilles avec un peu de fil de caret et quelques morceaux de vieux canevas, dont il commença aussitôt à faire usage. Ce travail l’'occupa pendant trois jours Ini et ses deux hommes, Ils ne vécurent, dans cet intervalle, que de farine et de riz cru avec quelques verres d’eaude-vie, pour épargner leur eau, dont ils espéraient se servir pour faire de la pâte. Le quatrième jour, is firent un petit gâteau, qu'ils partagérent fidèlement en trois parts, et qui fut le meilleur mets qu'ils eussent mangé depuis qu'ils avaient quitté les pirates. Un autre jour, 1ls composérent une sorte de bouillie qui les soulagea beaucoup. C'était le 3 de novembre. Avec une extrême difficulté, ils avaient mis leurs voiles en état de servir. Roberts observa le même jour qu'il était par 17 degrés de latitude nord. Le pilote de Russel lui avait dit, en le quittant, qu'on était à soixante-cinq lieues de l'île de Saint-Antoine.

Dans cette supposition , il se porta vers les îles du cap Verd, surtout vers celle de Saint-Nicolas. Le 7 de novembre, il se trouva, par ses observations, à 16° 55’ nord, environ à quarante-six lieues de Saint-Antoine. La nuit suivante, 1l tomba un peu de pluie, qui lui donna le moyen de recueillir

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234 HISTOIRE GÉNÉRALE quatre où cinq pintes d'eau. Elle fut suivie d'un calme de plusieurs jours. Le 10 , avec le secours d’un vent frais qui dura jusqu'au 16, il s’avança jusqu'à la vue de Saint-Antoine, à dix-huit ou dix-neuf lieues de distance. Le calme ayant recommencé l'après midi du 16, il prit un requin. Cette pêche lui coûta beaucoup de peine, et mit même le bâti. ment en danger, par les violentes secousses du monstre marin, qui avait onze pieds et demi de longueur. Roberts et ses compagnons jugérent qu'il ne devait pas peser moins de trois cents livres. Apres l'avoir cru mort sur le üllac, ils lui virent recommencer ses mouvemens avec tant de furie, qu'ils ne purent les arrêter qu’en lui coupant une grande partie de la queue , où réside sa principale force. Is lui trouvérent dans le ventre cinq petits qui n'avaient encore que la grosseur d'un merlan. Roberts, faisant aussitôt du feu avec son fusil, seule arme qu'on lui avait laissée, se servit d'eau de mer pour faire cuire quelque partie de sa pêche, dontil fit un repas qui lui parut délicieux. Comme il manquait de sel pour conserver le reste, il ke coupa en longues tranches qu'il fit sécher au soleil. Son fusil lui devint un meuble fort uüle, parce qu'on ne lui avait laissé aucun instrument pour allumer du feu. Étant aussi sans chandelle, il se servait, pendant la nuit, d'un charbon ardent pour observer l'aiguille aimantée, et régler ainsi sa course.

Le 17, Roberts, n'étant qu'à huit lieues de Saint- Antoine, crut pouvoir user de son eau fraîche avec

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DES VOYAGES. 255 un peu moins d'épargne. 11 fit cuire quelques tranches de son poisson avec du riz. Le lendemain au matin , 1l découvrit clairement Saint-Antoine, Saint- Vincent, Sainte-Lucie, Terra-Branca et Monte- Guarde, qui est la plus haute montagne de l’île Saint-Nicolas. Elle se fait voir de tous les côtés de l'île, dans la forme d’un pain de sucre, dont la pointe vient ensuite à s’élargir. Enfin le 20, il mouilla dans la rade de Currisal , sur seize brasses, à un quart de mille du rivage.

Un de ses gens, nommé Potter, lui demanda la permission de se rendre à terre dans le canot, pour en apporter de l’eau fraîche. Il y consenut ; et se sentant accablé de sommeil, il donna ordre à l’autre de veiller jusqu’au retour de son compagnon ; après quoi, 1l se mit à dormir. S’étant éveillé en sursaut, appela son homme, qui ne lui fit point deréponse. I se leva pour le chercher, et l'ayant trouvé endormi sur le uüllac, il s'aperçut, en jetant les yeux autour de soi , que le courant l'avait éloigné de l’île. Sa surprise fut extrême. Il se voyait exposé aux flots pendant toute la durée des ténèbres, et dans une situation plus dangereuse que jamais , sans espérer que Potter püt le rejoindre. Cependant le jour étant venu l'éclairer, 1l trouva le moyen, avec beaucoup de peine, de gagner une baie sablonnense, que les habitans nomment Pattako, où il jeta ancre le 22 de novembre, sur six brasses d’un beau fond de sable.

Vers le soir, il lui vint sept Négres de Paraghis,

qui lui apportèrent une petite provision d’eau de la part du gouverneur de Saint-Nicolas. Ils lassurérent qu'il pouvait s'approcher de Paragiisi aussitôt que la marée descendante serait passée ; c’est-à-dire, dans

l'espace d’une heure ; et lorsqu'il leur parla d’attenure un de ses gens qui était resté à Currisal , ils lui protestérent que, le vent étant contraire , 1l se passerait au moins quinze jours avant qu’il püt remonter au long de la côte. Cetie objection l'ayant emporté sur ses désirs, 1] mit à la voile avec les Negres pour aller au-devant de Potter. [ais le vent se trouva si fort, qu'il fut obligé de relâcher dans un lieu qui se nomme Porto-Gary ; et voulant tenter un nouvel effort, sa grande voile fut si maltranée, que les Nègres parlérent de l'abandonner pour rentrer dans ieur bargne. Il employa toutes sortes de motifs pour leur faire perdre cette pensée. IT leur représenta, d’un coté, qu'il y aurait de la barbarie à le Jaisser sans secours ; et de l'autre, qu'ils allaien: s'exposer encore plus follement à la fureur des flots, dans une barque beaucoup plus fragile que son bâtiment. Il ne put les persuader. Leur réponse fut qu'ils ne voyaient pas plus de danger dans leur barque que dans un vaisseau sans voiles , sans eau et sans provisions ; ou que, S'il fallait périr, 1ls aimaient mieux que ce fût à la vue de leur demeure que dans des lieux éloignés. Un d’entre eux ajouta que Roberts était sûr de ne manquer de rien lorsqu'il toucherait à quelque autre terre; au licu que la seule sûreté qu'il y avait pour eux était d’y tom-

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DES VOYAGES. 237 ber dans l'esclavage. Ils le quittérent malgré ses plaintes et ses reproches. Le vent continuant avec beaucoup de furie, il demeura incertain de quel côté 11 devait se porter. Sa situation ne lui laissait guère d'espérance de pouvoir gagner l’île de Mai ou celle de San-Tago. Il ne connaissait pas celles de Saint-Jean et de Saint-Philippe. Les cartes qui en avait vues étaient fort imparfaites ; et, dans plusieurs relations, 1l se souvenait d’avoir lu que ces deux îles sont fort dangereuses. Il trouva néanmoins dans la suite que l’idée qu’il en avait concue était tout-à-fait fausse.

pa la nuit dans toutes les alarmes qu'on peut se représenter. Mais , à la pote du jour , il apercut à l'est-nord-est ierra Vermilia, ou Punta-de- Ver-Milhari, comme la nomment les habitans. Il eui besoin du jour entier et de la nuit suivante pour sen approcher. Le lendemain , sans s'être aperçu que personne füt monté sur son bord , il entendht la voix d'un homme qui demandait en portugais si le vaisseau était à l'ancre. Aussitôt il découvrit trois Nègres, de qui était venue cette question. 1] leur répondit que, dans l'embarras mortel où 1l était, à peine connaissait-il sa situation ; ais qu'il cherchait l'île de San-lago. Alors un d’entre eux, qui se nommait Colau-Verde, l'assura qu'il connaissait parfaitement San-lago, Saint-Philippe et Saint- Jean, qu'il pouvait le mener dans quelque port de ces trois îles qu'il voulût choisir ; que celle de Saint- Philippe était abondante en provision, mais que

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l'ancrage était mauvais et la mer fort haute ; qu'au contraire Saint-Jean avait un excellent port, où il promettait de le conduire sûrement.

Roberts accepta cette offre. Ils s’eflorça d’abord, avec le secours des trois Negres, de réparer un peu le désordre de ses voiles. Ensuite, se livrant à la conduite de Colau, il porta droit à la pointe du nord de Saint-Philippe. L'ayant doublée, il tourna plus au sud en suivant les côtes , jusqu’à la vue de Ghors, qui est une partie de la même île. De là il découvrit l'île de Saint-Jean, vers laquelle il porta directement ; et lorsqu'il eut passé les petites îles qui sont situées dans l'intervalle , avec beaucoup de confiance dans Colau, qui lui fit prendre au-dessus de la plus orientale, 1l gagna aisément la pointe ouest de Saint-Jean. Il restait, suivant le pilote nègre, à s'avancer vers la pointe nord , que les habitans nomment Ghelungo, et qui est éloignée de l’autre d'environ deux lieues. Alors Roberts voulut savoir de son pilote où 1l plaçait le port; mais il fut extrémement surpris de reconnaître, aux incerii tudes de Colau, qu'il l'ignorait. L’unique éclaircissement quil en üra, fut qu'il était sûr de nc l'avorr point encore passé, Ils s’attachérent à suivre la côte, en observant soigneusement leur situation. Enfin le port se fit apercevoir ; mais ce ne fut qu'après qu'on fut arrivé sous le vent; car étant derrière une pointe , 1} faui l'avoir passe pour la découvrir; et comme le veut est toujours assez fort au long de la côte, 1l devient tres-diflicile de remonter pour

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DES VOYAGES. 250 gagner le rivage, sans compter qu'on est poussé par un courant fort impétueux qui augmente beaucoup la difficulté. Roberts, embarrassé par ces obstacles, demanda à son pilote s'il ne connaissait point andessus du vent quelque endroit où l’on püt mouiller. Le Negre répondit non, et que, si l’on ne gagnait pas le rivage avant qu'on eût passé la Punta do Sal, non-seulement il serait impossible d'aborder , mais trés-difficile d'éviter le naufrage. Roberts lui demanda conseil. « Je n’en ai pas d'autre à vous don- « ner, lui dit le Nègre , que d'aborder sur les rocs, « d'où chacun se sauvera comme il pourra. Mais je « ne sais pas nager, lui répondit Roberis, et mon «matelot non plus. » La réplique du Nègre fut, qu'étant si près des rocs , il allait aborder. Roberts, prenant son fusil, lui dit qu'il saurait empêcher qu'on ne lui fit violence sur son bord. Le Nègre santa aussitôt dans l’eau, en lui souhaitant une bonne fortune ; 1l gagna la terre à la nage. Ses deux compagnons, qui ne savaient pas si bien nager, n'osérent suivre son exemple, et protestérent même qu'ils n'étaient pas capables de laisser Roberts sans secours ; mais ils leprièrent aussi deneles pas abandonner aux flots sans eau et sans provisions. 1] leur dit qu'il ne cherchait que le moyen d'aborder dars un lieu sûr, on même de se faire échouer; et lorsqu'ils lui représentérent de quoi Colau l'avait menacé, il répondit que ce perfide, comme lis avaient pu le remarquer eux-mêmes , s'était attr-

buëé des connaissances qu'il n'avait pas. Alors lc:

240 GÉNÉRALE deux Nègres chargérent Colau d'imprécations, et souhaitérent dele voir périr &"""nt qu'il pût atteindre les rocs. Roberts leur dit que, s'ils voulaient travailler à la poupe pour soulager un peu la felouque, il espérait encore de les mettre sûrement à terre. Mais ils lui déclarèrent qu'ils ne travailleraient à rien que lorsqu'ils le verraient à l’ancre , s'engageant néanmoins, par d'horribles sermens, à ne pas l'abandonner.

Roberts s’approcha du rivage, et serra de si prés la Punta do Sal, que, vers l'extrémité de la pointe, un homme aurait pu sauter du bord sur le rivage. La raison qui lui faisait tant hasarder contre les rocs était sensible. Cette pointe lui paraissant l'extrémité de la côte au-dessous du vent, il n’était pas sûr

au-delà de trouver la terre assez avancée pour remorquer facilement. D'ailleurs les rocs étaient unis, et {ort escarpés. Il savait qu'ordinairement ce sortes de rocs ne s’avancent pas sous l’eau; et la difficulté w'étant que d'y grimper lorsqu'il en serait assez proche pour v metre le pied , il cherchait quelque leu qui fût favorable à ce dessein. Mais, à la premicre vue qu'il eut ue la terre , de l’autre côté de la poinic, il découvrit une petite baie assez profonde, dans laquelle il ne balança point à s'engager. La sonde qu'il avait à la main lui donna d’abord treize brasses , ensuite douze. Un courant du nord, qui entre dans la baie, l'aidant beaucoup.plus que ses voiles , 1l s'approcha insensiblement de la terre; et quoique le rivage lui parût fort inégal, ce qui

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La nuit approchait : Roberts la passa tranquillement dans ce lieu. Au point du jour, trois insulaires parurent sur le bord de la mer, et n’apercevant que deux hommes sur la felouque, se mirent librement à la nage pour venir à bord. Ils firent des offres aviles à Roberts , jusqu’à lui proposer d'aller dîner iterre avec eux. Il leur répondit qu'il ne savait pas nager, Leur étonnement fut extrême. Ils répétérent plusieurs fois qu'il Leur paraissait bien étrange que des gens qui traversaient la grande mer osassent lentreprendre sans savoir nager; et vantant, non sns raison , l’usage de leur nation, ils assurérent qu'il n'y avait pas d'enfant parmi eux qui ne pût se suver de toutes sortes de périls à la nage. Cependant, comme l’eau manquait à Roberts , ils consentrent à lui en apporter. Étant bientôt revenus avec deux clebasses qui tensient environ douze pintes, Roberts leur offrit de préparer pour eux quelques tranches de son poisson. À la vue des tranches sèches,

ils lui dirent qu'ils croyaient les reconnaître pour

) a LU 9 LE \ a chair d’un poisson qu'ils nommèrent sarde ; sur

jui ils demandérent si ce poisson ne dévorait pas

es hommes. Roberts leur ayant répondu qu'on en ait quantité d'exemples , ils jetèrent avec effroi

ce qu'ils tenaient entre leurs mains , en disant qu'ils n'auraient jamais cru que des hommes fussent Ca= pables de manger un animal qui se nourrit de leur chair. Ce mécontentement ne les empécha pas de travailler à la poupe, et de nettoyer entiérement la felouque. Roberts, pour les récom penser de leur travail , leur offrit un verre d’eau-de-vie » en regret. tant que les pirates ne lui eussent pas laissé le pouvoir de leur en donner plus libéralement : ils ref. sérent d'en boire. Puisqu'il en avait si peu, li dirent-ils, et qu'il était accoutumé à cette liqueur, ils lui conseillaient de la garder pour ses besoins, Ils ajoutérent que l’eau était leur boisson naturelle, et qu’ils s'en trouvaient fort bien ; qu'ils n avaient jamais goûté d'aqua ardente (c'est le nom qu ils li donnaient), quoiqu'ils n'ignorassent pas qu elle éta fort bonne , mais qu'ils se souvenaient qu'un pirate français, nommé Maringouin » ayant abordé dans leur île avec une grosse provision de cette liqueur, qu'il n'avait pas épargnée aux habitans, la plupar de ceux qui en avaient bu étaient devenus fous pe dant plusieurs ] jours, parce qu'ils n’y étaient point accoutumés ; et que d’autres en avaient été dange. ‘reusement malades; que cependant il se trouvait er core des Nègres qui souhaitaient d’être enlevés par quelque pirate, pourvu qu ils fussent conduite dans une région où cette liqueur chaude fût en abondance. |

Roberts leur demanda s'ils avaient beaucoup dk coton dans leur île. Ils lui dirent que chaque anni

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DES VOYAGES. 243 n produisait abondamment ; mais que la rareté des pluies avait rendu la dernière assez stérile ; qu'il n’y avait pas de Nègre néanmoins qui n'eût cinq ou six robes, quoiqu'ils en fissent peu d'usage ; que, les vaisseaux venant rarement dans leur île, 1ls employaient le coton à leurs propres besoins, et qu'il n'y avait pas d'habitant qui ne lui en donnât volonüers quelque pièce pour raccommoder ses voiles. Wais il les assura qu’il ne prendrait rien d'eux sans le payer. Si j'avais eu, dit Roberts, quelques grains de verres ou d’autres bag le coton de l’île.

Ils admirèrent beau

, j'aurais acquis tous

horloge de sable et ses instrumens astronomiques. Les Portugais , à qui

ils avaient quelquefois vu des machines de la même espèce, n'avaient jamais voulu leur en apprendre l'usage. Roberts prenant plaisir à leur donner quelque explication , ils lui dirent que tous les blancs aient autant de fittazares (nom qu'ils donnent à leurs sorciers). Il leur répondit que toute correspondance avec le diable faisait horreur aux Anglais, et que, dans leur pays, les sorciers étaient brûlés vifs. C'estune fort bonne loi, lui répondirent:ils, etnons en souhaiterions ici l'usage. Mais, pour expliquer l'habileté des blancs , ils conclurent que, sans être aussi méchans que les sorciers, puisqu'ils les punisaient par le feu , 1ls devaient être plus savans que le diable même ; et la raison qu'ils en apportérent,

cest qu'ils avaient remarqué que leurs sorciers, ont le savoir venait du diable, n'avaient aucun pou-

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HISTOIRE CÉNÉRALE

voir contre les blancs. Là-dessus ils priérent Roberts

d'employer ses lumières pour les empêcher de nuire . à leurs bestiaux, et surtout à leurs enfans, qu'ils dit faisaient mourir par des maladies de langueur, lors- pend qu'ils portaient de la haine à leur famille. “ile

On sera peut-être surpris, dit Roberts, que j'en- data tendisse s1 parfaitement leur langage. Mais sachant que R la langue portugaise, qui fait une grande partie de DE 7, ; la leur, mêlée avec l’ancien mandingue, qui est leur otées première langue, ils ne me disaient rien dont jene de ts comprisse du moins le sens. D'ailleurs leurs moin- divaé dres paroles sont accompagnées de tant de mouve- knder mens et de gesticulations , surtout dans cette île et siren dans celle de Saint-Philippe, que leur pensée se fait déssns entendre avant qu'ils aient achevé de l’exprimer. lite

Dans l'après-midi, le vent devint fort impétueux, Wait dé et le ciel se couvrit de nuages si épais, que Robert jetèren

se crut menacé d’une tempête. Il était venu à bord plusieurs autres Nègres. À sa prière, un d’entre eur se mit à la nage, tenant le bout d’une corde pour amarrer le bâtiment contre les rocs ; mais 1l le fit légèrement, que, la corde ayant coulé aussitôt, son travail devint inutile. Roberts le pria inutilement de recommencer. Il répondit que, si le vent éloignat sa felouque, il se chargeait, lui et ses compagnons, de porter les deux Anglais au rivage. Cependant quelques-uns d’entre eux consentirent à retourne: à terre pour chercher Colau-Verde, dont l'adresse et l'audace pourraient être de quelque secours. Le vent fut inégal pendant la nuit suivante. Une heurt

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impétueux, que Roberts venu à bor d’entre eut » corde pour as il le fitsi aussitôt , SON utilement de ent éloignat ompagnons, e. Cependant t à retournif dont l’adresst Le secours. Lt te. Une heurt

DES VOYAGES. 245 avant le lever du soleil, il plut beaucoup au nord-est et à l'est-nord-est; ce que les Nègres expliquèrent comme un signe de vent, qui ne ferait qu'augmenter pendant le jour. Cependant le soleil se levatrés-clair; mais vers huit heures le vent souffla fort impétueusement , et devint si furieux vers le milieu du jour, que Roberts n'avait jamais vu les vagues dans une lle agitation ; il ne savait quel parti prendre, et tous ses efforts se tournaient à persuader aux Nègres de ne pas l’abandonner. Le reste du jour et la nuit suivante se passérent avec moins d'alarme; mais le lendemain, qui était le 29 novembre, les vents redevinrent si furieux, qu'ayant arraché le bâtiment de dessus son ancre, ils le précipitérent sur la pointe d'un roc, où il se brisa misérablement. L'eau pénétrait de toutes parts, et les Nègres, à cette vue, se

Q \ \ | jcterent à la nage pour gagner la terre; cependant

lsrevinrent au secours de Roberts et de son matelot, qui jetaient des cris lamentables. A la faveur de quelques planches brisées, ils les conduisirent an pied

| d'un roc, où 1ls trouvérent assez de facilité à monter

plus de quinze pieds au-dessus des flots. Là, le roc saplanissant dans un espace de neuf ou dix pieds, ils s'arrétérent pour reprendre haleine, tandis que d'autres Nègres, qui avaient vu leur disgrâce du

[sommet de la côte, leur apportérent de l'eau et

quelques alimens du pays. Ils allumérent du feu dans le même endroit, pour faire cuire des courges, et le

temps ayant commencé à s'adoucir, ils y passérent h nuit.

246 HISTOIRE CÉNÉRALE

Le jour suivant fut employé par les Nègres à sauver les débris de la felouque, surtout les moindres pièces de bois où il restait quelque trace de peinture. Ils dirent à Roberts que, s’il pouvait imagi. ner quelque moyen de rejoindre ensemble les mâts, le gouvernail, et, quelques parties qui ne paraissaient pas fracassées , ils croyaient pouvoir les conduire jusqu’à un port voisin, où peul-être en tirerait-il quelque utilité. Il admira leur bonté dans celte proposition ; et touché de reconnaissance, il leur promit que, s’il arrivait dans ce port quelque bâtiment qui eût besoin de ces tristes restes , il les vendrait dans la seule vue de leur en donner le prix, et de récompenser leurs services par un présent fort

inférieur à sa reconnaissance. Leur réponse , rap- |

portée en termes exprés par l'auteur, est remarquable. Ils lui protestérent qu'ils croyaient n'avoir fait que leur devoir en assistant des étrangers dans J'infortune ; que, malgré la différence de leur cou. leur, et quoiqu'ils fussent regardés par les blanc comme des créatures d’une autre espèce, ils étaient persuadés que tous les homme ri de la même nature ; mais qu'ils avouaient neanmoins que Dieu les avait créés fort inférieurs aux blancs. Roberts, surpris de leur trouver tant de raison , leur répondit qu’au fond il n’y voyait pas d'autre différence que la couleur, et qu'il n’en connaissait pas d’autre cause que la chaleur excessive de leur climat; il ajouta que si quelque blanc venait vivre dans leur île avec une femme de son pays, exposé comm

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DES VOYAGES. 247 eux à l’ardeur du soleil, il ne doutait pas que, dans trois ou quatre générations, leur postérité ne füt de la même couleur et de la même complexion.

11 fut fort surpris de leur entendre dire que, dans cette supposition, les blancs perdraient peutêtre leur couleur , mais que leurs cheveux conserveraient toujours leur nature, et ne deviendraient pas frisés comme ceux des Nègres; en quoi, certes, ils raisonnaient beaucoup mieux que lui. Ils lui dirent encore qu’ils n'avaient que trop reconnu , par une longue expérience, qu'il y avait sur eux quelque malédiction, et qu'ils étaient faits pour être les serviteurs et les esclaves des blancs. Roberts, assez content de les voir dans cette idée, leur répondit que c'était une opinion reçue dans le monde. 1ls entrérent si fort dans sa réponse, qu'ils la confirmérent en lui disant que c'était une

J pp Le 9 Q vérité prouvée par l'usage annuel des blancs, qui

venaient prendre ou acheter des milliers d'esclaves en Guinée.

Non-seulement les Nègres sauvérent tous les débris qui étaient sur la surface de la mer, mais,

| plongeant avec une hardiesse extrême , ils rame-

nérent du fond des flots deux pots de fer qu'ils se hîtérent de rendre à Roberts. Ils excellent tous à nager et à plonger. La petite baie de Punta do Sal est d’une eau si claire, que dans le beau temps on voit le fond jusqu’à huit ou dix brasses ; c’est un de leurs plus doux exercices , après la pêche, de jeter une pierre au fond de l’eau , et de parier entre eux

qui aura le plus d'adresse à la trouver. Ils ont un art de ménager leur haleine, qui les fait demeurer au fond plus d’une minute.

Vers midi, ils firent à Roberts un dîner compost de courges bouillies et de quelques poissons qu'ils avaient péchés. Pendant que les deux Anglais oubliaient leur infortune, pour manger avec assez d'appétit, 1l leur vint un messager du seigneur Lionel Consalvo , gouverneur de l’île, qui s’excusait de n'être pas venu lui-même, parce qu'il était tourmenté d’un rhume. 11 envoyait à Roberts quelques courges ct trois ou quatre pommes de terre, en lui faisant espérer, pour le jour suivant, une piéce de chevreau sauvage. Au même moment il parut un autre messager de la part du prêtre de l’île : loin d'apporter quelques provisions aux deux Anglais , il était chargé par son maître de leur demander s'ils n'avaient pas sauvé quelque reste de farine. Après cette question , il ajouta, comme de lui-même, que sil leur restait de l’aqua ardente, ils feraient beaucoup de plaisir au prêtre de lui en ‘envoyer. Roberts lui montra les restes de son nanfrage, qui consistaient dans quelques planches « les deux pots de fer. A la vuc des deux pots, le messager releva beaucoup le pouvoir de son maître, qui le rendait plus capable d’être utile aux étrangers que le gouverneur même; et pour conclusion, il déclara aux Anglais qu'ils lui feraient plaisir de lui envoyer un des deux pots. D'autres Nègres vinrent successivement, et parmi eux Domingo

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Gomeres, fils d'Antoine Gomerés, qui avait été gouverneur de l’île avant Lionel Consalvo. Roberts prit une juste opinion de Consalvo, en ne voyant qu'un Nègre dans Gomerés. Les Portugais dédaignent de venir commander personnellement dans une île si pauvre, et laissent volontiers prendre aux Nègres leurs noms et leurs titres. Gomerés présenta au capitaine anglais quelques courges, une papaye et des bananes , avec un gäteau composé de bananes et de maïs. Roberts lui ayant demandé ce qu'il exigcait de sa reconnaissance pour tant de faveurs, il répondit qu'il serait fort satisfait de son amitié, et que tous les autres habitans n'avaient pas d'autre prétention, à la réserve du prêtre, qui ne cesserait pas , Suivant sa coutume, de lui faire beaucoup de demandes; mais qu'il le prévenait là-dessus, afin qu'il ne se laissât pes tromper. Roberts lui dit qu’à son retour en Angleterre, 1l ne manquerait pas de se louer beaucoup de la générosité des Nègres, pour engager ses compatriotes à venir souvent dans leur île. Gomerés répondit que malheureusement l'ile ne produisait rien d’avantageux au commerce ; que son pire et d’autres Négres fort anciens se souvenaient d'y avoir vu des étrangers qui leur avaient dit qu'elle était fort pauvre, et que non-seulement les habitans en étaient fort misérables, mais que leur misère était la raison qui empêéchait les vaisseaux de les visiter.

Pendant cet entreuen, Roberts observa un Nègre qui paraissait prêter l'oreille avec une attention

extraordinaire; et jetant les yeux plus particulière. ment sur lui, il crut remarquer qu'il ne ressemblait pas aux Négres de Guinée, mais qu'il était basané comme les Arabes des parties méridionales de Barbaric, et qu'il avait les cheveux droits et bruns, quoique assez courts. Tandis qu'il le considérait, il fut extrêmement surpris de lui entendre dire en anglais que l'île produisait quantité de richesses qui n'étaient pas connues des Portugais, et dont les insulaires ignoraient l'usage ; telles que de l'or, de l'ambre gris, de la cire et divers bois de teinture. En s'expliquant davantage, Roberts apprit, avec une joie égale à son étonnement, que cet étranger était Anglais, né à Carléon, sur la rivière d’Usk, dans le pays de Galles ; que son nom était Charles Franklin, et qu'il était fils d'un juge de paix. 1l avait commandé plusieurs bâtimens de Bristol. Dans un voyage aux Indes occidentales, 1l avait été pris par le pirate Barthélemi, et conduit sur la côte de Guinée, d'où il avait trouvé le moyen de s'échapper. 11 s'était réfugié à Sierra Leone, chez un prince nègre, nommé Thomé. Barthélemi avait employé les menaces pour l’arracher de cet asile; mais le prince Thomé, fidèle à ses promesses , lui avait fait une réponse fière et méprisante , qui avait obligé le pirate à se retirer. Aprés son départ, le capitaine Plunket, chef du comptoir anglais de Sierra Leone, ayant entendu parler de Franklin, et le prenant pour quelque scélérat de la troupe du pirate, l'avait fait demander au prince Thomé, dans la seule vue

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DES VOYAGES. 251 de le condamner au supplice, suivant la rigueur des lois anglaises. Le prince nègre en avait averti Franklin , sans lui cacher qu'il était embarrassé par la crainte de déplaire aux Anglais. Franklin, comprenant qu'il lui scrait difficile de prouver son innocence, l'avait conjuré d'attendre l’arrivée de quelque vaisseau de Bristol dont il connût le capi- {aine. Son malheur avait touché si vivement Île prince , qu'il avait obtenu le renouvellement de sa protection avec un redoutable serment. Cependant Plunket ne se relâchant pas dans ses instances, il avait souhaité, pour l'intérêt de la paix, d'être envoyé plus loin dans les terres, et le prince ne lui avait pas refusé cette faveur. Outre le mouf de la sûreté, il avait appris qu’on trouvait beaucoup d'or dans l'intérieur du pays, surtout entre 12 et 13 degrés de latitude, tant du nord que du sud , et peut-être jusqu’à l'extrémité méridionale de cette vaste région. Le prince Thomé l’envoya au roi de Bembolou , accompagné de quatre gardes et d’un bâton d'état, qui lui tenait lieu d’une lettre de créance. Son voyage avait duré sept jours, et, sur le calcul de sa marche, il croyait avoir fait environ cent milles. 11 avait passé dans sa route par plusieurs villes, où 1l avait été fort bien recu. Pendant les quatre premiers jours, il n’avait fait aucune remarque importante ; mais il avait ensuite observé que l'or était fort commun parmi les habitans. L’attention que ses gardes avaient conunuellement sur lui l'avait empêché de prendre des informations, Il

| mir al

252 HISTOIRE CÉNÉRALE apprit d'eux-mêmes qu'ils avaient ordre de Jui ôter toutes les occasions d'acquérir trop de lumières, et de le conduire par les routes les plus désertes, mais surtout de ne pas lui laisser la liberté d'écrire. Le prince Thomé avait eu soin de lui prendre tous ses papiers, sous prétexte de les conserver jusqu'à son retour ; mais les Nègres étant persuadés que les blancs sont autant de fittazars ou de sorciers, s’imaginent que le diable ou quelque génie est toujours prêt à leur fournir les commiodités dont ils ont besoin. Enfin 1l était arrivé à la cour du roi de Bembolou , où la vue du bâton d'état l'avait fait recevoir avec beaucoup de civilité et d'affection. 11 y avait fait l'admiration du roi et de tout son peuple, qui n'avaient jamais vu d'Européens dans leur ville,

Roberts, ayant remarqué, pendant le discours de Franklin, que les Nègres qui étaient autour de lui l'écoutaient fort attentivement, leur demanda s'ils avaient compris quelque chose à son récit : ils Jui dirent que non ; mais qu'ils admiraient que le seigneur Carolo (ils donnaient ce nom à Franklin) eût trouvé le moyen de lui parler dans une langue qu'ils n’entendaient pas. Franklin leur apprit alors qu'il était du même pays que Roberts. Une nouvelle si surprenante fut répandue aussitôt dans toute l'assemblée. Ils venaient tous prier Roberts de la confirmer de sa propre bouche, parce qu'ils ont pour principe de ne pas s'en rapporter au témoignage d'autrui, lorsqu'ils peuvent employer celui de leurs propres sens,

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L'impatience de Roberts était de voir leur ville. Franklin lui en avait représenté le chemin comme inaccessible, par la multitude de rochers escarpés et pointus qu'il fallait traverser. Les Négres, qu'il interrogea aussi , confirmèrent la même chose, et lui firent une description extravagante de leur île. Cependant, comme le gouverneur et le prêtre l'avaient fait inviter à les aller voir chez eux, il résolut de surmonter toutes les difficultés, d'autant plus que dans le lieu où il était il se voyait exposé le matin et le soir à périr par la chute des pierres qui roulaient du sommet de la montagne. Les Negres lui dirent que ces mouvemens venaient des chèvres sauvages qui se retiraient le soir sous les rocs. En effet, l’auteur observe que l’île entière n’est qu'un composé de montagnes qui s'élèvent en monceau , et que, le sommet de l’une étant comme le pied de l'autre, elles forment ensemble une espèce de dôme. Lorsqu'il se fut déterminé à partir, Domingo voulut lui servir de guide, avec la précauüon de le lier derrière lui, pour le soutenir dans sa marche. La première partie du chemin se fit assez facilement , et l’on s'arrêta pour prendre quelque moment de repos. Mais, en avançant plus loin, Roberts s’aperçut bientôt'qu’il lui serait fort difficile de continuer. Quelques Nègres s’écartant pour chercher une meilleure route, firent tomber une grosse pièce de roc, qui mit en danger tous ceux qui les suivaient. Domingo déclara qu’il n’exposerait pas le capitaine anglais pendant le jour, parce que l’ar-

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