‹ Abrégé de l'histoire générale des voyages [microforme]Chapitre 74 sur 79 · RAT · texte numérisé non relu

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dans le corps ou dans les membres. Les habitans s'appellent Malinkops ; ils sont en fort grand nombre, comme on en peut juger par la multitude des villages qui sont à l’est de la rivière de Falémé. Le Sannon , le Guianon, la Mansa, et d’autres petites rivières qui se rendent dans celle de Falémé ou du Sénégal, sont aussi bordées d'habitations. Les mines du pays de Bambouk ne sont pas les seules richesses. Quelques auteurs mal instruits ont représenté ce pays comme une contrée si aride, que les Négres ne pouvaient y trouver des pailles assez grandes pour leurs habitations. La campagne, au contraire, est partout arrosée de rivicres et de ruisseaux dont les débordemens annuels arrosent les terres, les engraissent et fournissent assez d'humidité pour que les benteniers, les calebassiers, les tamariniers, les plus beaux acacias, et plusieurs autres arbres, y conservent leur verdure toute l’année. On en trouve d'une grosseur prodigieuse : quelques-uns portent des fruits que les Nègres trouvent fort bons, parce qu'ils y sont accoutumés , mais dont les blancs font peu de cas, à cause de leur acidité. Le miel y est trés-commun et trés-bon. Les Nègres n’en mangent jamais ; ils l'emploient à composer une boisson qu'ils nomment bedou, et qu'ils aiment beaucoup. On y trouve un nombre infini de cabris, peu de moutons, mais beaucoup de vaches. Le pays est couvert d'excellens paturages ; c’est une herbe trèsfine que les bœufs mangent avec avidité.

Il y croît une espèce de poisnommée guerte, qui

ressemblent parfaitement à nos pistaches; ils ont le goût de la noisette , surtout lorsqu'on a soin de les sécher au four pour leur faire jeter leur huile. Ce 16gume croît en terre au bout de sa racine; cür à peine la fleur a-t-elle paru pendant deux jours, qu'elle se recourbe vers la terre et s’y insinue, pour que le germe y grossisse et achève de se développer hors de l'action de la lumière. Les Nègres font une grande consommation de ces pistaches ; ils les mêlent avec leur millet , et l'estiment d'autant plus, qu'elle sert admirablement leur paresse naturelle ; car il suflit d'ensemencer un terrain une fois pour recueillir trois récoltes pendant trois années consécutives, sans être obligé d'y faire le moindre travail. Ces pistaches se cultivent présentement en Amérique et dans les parties méridionales de l'Europe. On les nomme pistaches de terre ou arachide { Ærachis hypogacæ ). Du colletde la racine sortent des feuilles semblables à celles du trefle.

On trouve au Bambouk une espèce de singes blancs, d’une blancheur beaucoup plus brillante que les lapins blancs de l’Europe; ils ont les yeux rouges : on les apprivoise aisément dans leur jeu-

nesse; mais, lorsqu'ils avancent enäge, ils deviennent aussi méchans que les singes des autres pays. Jusqu'à présent , il n’a pas encore été possible d'en apporier un vivant au fort Saint-Louis. Outre la délicatesse de leur constitution, ils paraissent chagrins lorsqu'ils sortent de leur pays, et leur tristesse va jusqu'à leur faire refuser toute sorte de nourriture.

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Le renard blanc est un autre animal particulier au pays de Bambouk , et qui n’est pas moins ennemi de Ja volaille que celui de l'Europe; sa couleur est un blanc argenté, Les Négres en mangent la chair, et vendent la peau aux comptoirs français.

Les pigeons de Bambouk sont tout-à-fait verts, ce qui les fait prendre souvent pour des perroquets. On trouve, dans le même pays et dans les régions voisines, un animal extraordinaire nommé ghiamala. 11 se retire particuliérement à l’est de Bambouk, dans les cantons de Gadda ct de Diaka. Ceux qui l'ont vu prétendent qu'il est plus haut de la moitié que l'éléphant, mais qu'il n'approche pas de sa grosseur. On le croit de l'espèce des chameaux , avec lesquelles il a beaucoup de ressemblance par la tête et le cou. Il a d'ailleurs deux bosses sur le dos comme le dromadaire ; ses jambes sont d'une longueur extraordinaire, ce qui sert encore à le faire paraître plus haut ; il se nourrit, comme le chameau , de ronces et de bruyères, aussi n'est-il jamais fort gras; mais les Nègres n’en mangent pas moins la chair lorsqu'ils peuvent le prendre. Cet animal pourrait devenir propre à porter les plus lourds fardeaux, si les Nègres étaient capables de l’apprivoiser. Aucun Européen ne l’a vu. On ne le connaît donc que par les rapports des Négres, qui mêlent toujours des fables à tout ce qu'ils racontent. Suivant eux, le ghiamala est extrémement féroce. La nature l'a pourvu de sept peules cornes fort droites, qui, dans leur pleine grandeur, sont longues chacune

d'environ deux pieds. II a la corne du pied noire et semblable à celle du bœuf; sa marche est prompite et se soutient long-temps. C’est probablement la giraffe mal décrite.

Quoique le merle blanc passe pour une chimére, il s'en trouve néanmoins de cette couleur dans le pays de Bambouk et de Galam; on y en voit aussi de tachetés. Le monocéros, ou calao, n'y est pas rare ; sa grandeur est celle d’un coq ordinaire , et

son plumage varié, surtout aux ailes ; son bec est long, très-gros, arqué en fanx ; la partie supérieure surmontée d'une proéminence qui croît avec l’âge, et prend la forme d’un double bec ou d’un casque. Ce bec monstrueux n’est ni fort à proportion de sa grosseur, ni utile à raison de sa structure. Il n'a pas de prise; sa pointe ne peut servir que mollement ;

sa substance est si tendre qu'elle se féle à la tranche par le plus léger frottement ; heureusement ces cassures accidentelles se raccommodent tous les ans. La corne du bec repousse d'elle-même à chaque mue de l'oiseau, et cette pousse continuelle rend toujours aux becs leur première forme et leurs dentelures naturelles. Ges oiseaux se tiennent ordinairement en grandes bandes; ils vivent d'insectes, de reptiles , de rats, de souris; mais avant de manger ces animaux, ils les aplatissent, les amollissent dans leur bec, et les avalent enuers; ils recherchent aussi les charognes, et s'en nourrissent comme les vautours : cependant ils donnent la préférence auxintestuins; ils marchent peuet fort mal ;

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L'abel-mosch, nommé autrement la graine de musc ou l’'ambrette (Aibiscus abelmoschus), croît en abondance et sans culture dans le pays de Galam. Les Nègres n’en font aucun usage. Leurs femmes même , qui aiment beaucoup les odeurs et qui sont passionnées pour les clous de girofle, dont elles portent des paquets autour du cou, négligent cette graine, pour la seule raison, peut-être, qu'elle est fort commune ; car, lorsqu'elle est cucillie avec soin, elle rend une odeur de musc fort agréable. Il est vrai que cette odeur se dissipe; mais elle peut être renouvelée avec de la graine fraîche.

Lorsque l’ambrette se trouve dans un riche terroir, et qu'elle rencontre un arbre auquel elle puisse s'attacher, elle s'élève jusqu’à six ou sept pieds de hauteur ; sans ce secours, elle rampe sur la terre, et ne s’éléve à la fin que d'environ deux pieds. Cette plante est velue dans plusieurs de ses parties; ses feuilles sont dentelées ; et quoique l'échancrure ne soit pas fort profonde, elle forme des angles si aigus, qu'on les croirait capables de piquer. Leur couleur est un vert brillant au-dessns, et plus pâle au-dessous. Ses fleurs, semblables à celles de l’arbrisseau connu sous le nom d’althéa des jardiniers ou de mauve en arbre, sont d'un jeune d'or fort brillant , avec le fond pourpre. Il leur succède des capsules pyramidales, à cinq angles, d'abord d’un vert pâle, ensuite brun et presque noir dans sa maturité. Ce fruit contient

quantité de petites semences grises, plates d’un côté, et d’une odeur d'ambre qui est fort agréable, On accuse nos parfumeurs de s'en servir pour falsifier leur musc.

Entre les curiosités du pays de Bambouk , Brue reçut des marchands mandingues plusieurs calebasses remplies d'une certaine graisse, qui, sans être aussi blanche que celle du monton, avait la même consistance. On la nomme bataule dans le pays; les Négres qui sont plus bas sur la riviére, Jui donnent le nom de Bambouk toulou, ou beurre de Bambouk, parce qu'elle leur vient de cette contrée : c’est un admirable présent de la nature. Cependanton assure qne la meilleure vient de Ghiaora, sur les bords du Sénégal, trois cents lieues à l'est de Galam. L'arbre qui produit le fruit d'où l’on tire cette graisse est d’une grosseur médiocre; les feuilles sont petites, rudes et en fort grand nombre; si on les presse entre les doigts, elles rendent un jus huileux; les incisions qu’on fait au tronc de l'arbre en tirent la même liqueur, mais en moindre quantité. On n'en connaît pas d'autre propriété, parce que les Maures et les Nègres s’attachent plus au commerce de leur beurre qu'à l'étude de l'arbre qui le produit. Cependant on sait d’eux que le fruit en est rond, de la grosseur d'une noix, et couvert d'une coque, avec une petite peau sèche et brillante; il est d'un blanc rougeâtre, et ferme comme le gland, huiïleux et d'une odeur aromatique; son noyau est de la grosseur d’une muscade, et fort

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dur; mais l'amande qu'il contient a le goût d’une noisette. Les Nègres sont passionnés pour ce fruit : aprés en avoir séparé une partie, qui tient de la nature du snif, ils pilent le reste et le mettent dans l'eau chaude: il s'en forme une graisse qui surnage; c'est ce qui leur tient lieu de beurre ou de lard avec leurs légumes, et quelquefois sans aucun mélange. Les blancs qui en mangent sur le pain ou dans les sauces, ne le trouvent pas différent du lard, à la réserve d'une petite âcreté qui n’est pas désagréable. Bruce paraît persuadé que l'usage de cette graisse est fort sain ; les Nègres l'emploient d'ailleurs avec succes pour la guérison des rhumatismes, des sciatiques, des douleurs de nerfs et des autres maladies de cette nature; ils la préférent beaucoup à l'huile de palmier : leur méthode est d'en frotter devant le feu les parties attaquées, pour y faire pénétrer la graisse autant qu'il est possible, de les couvrirensuite avec du papier gris le plus donx, et de les tenir chaudement sous quelque drap fort épais.

Nous joindrons à ce chapitre un fragment historique, qu'on ne lira pas sans quelque intérêt ; ce sont les aventures d’un prince nègre que le hasard fit tomber dans l'esclavage, et dont l'histoire écrite en anglais par Bluet , qui avait été un de ses intimes amis en Amérique et en Angleterre, est confirmée par des témoignagesirrécusables. Il s’appelait Eyoub Ibn Sonleyman, ou Job bef Salomon. Son père était à la fois prince et alfa, ou grand-prêtre de Bounda, suivant l'usage d'Afrique, qui réunit souvent ces

deux qualités. Bounda est une dépendance du royaume de Fouta, situé entre la rivière de Falémé et la Gambie. Job n'eut pas plus tôt atteint sa quinzième année, qu'il assista son pére en qualité d'iman ou de sous-prêtre. Il se maria dans le même temps à la fille de l’alfa de Tombaoura, qui n’avalt alors qu'onze ans. A treize, elle lui donna un fils qui fut nommé Abdalla, et deux autres ensuite, qui recurent le nom d’Ibrahim et de Sambo. Deux ans avant sa captivité , il prit une seconde femme, fille de l'alfa de Tomga, de qui il eut une fille nommée Fatime. Ses deux femmes et ses quatre enfants étaient en vie lorsqu'il partit de Bounda.

Au mois de février 1730, le père de Job, ayant appris qu'il était arrivé un vaisseau anglais dans la Gambie, y envoya son fils, acompagné de deux domestiques, pour vendre quelques esclaves, et se fournir de diverses marchandises de l'Europe ;

mais il lui recommanda de ne pas passer la rivière, parce que les habitans de l’autre rive sont Mandingues , ennemis du royaume de Fouta. Job ne s'étant point accordé avec le capitaine Pike, commandant du vaisseau anglais, renvoya ses deux domestiques à Bounda, pour rendre compte de ses affaires à

son pére, et pour lui déclarer que sa curiosité le portait à voyager plus loin. Dans cette vue, il fit marché avec un négociant qui entendait la langue des Mandingues , pour lui servir d'interprète et de guide. Ayant traversé la rivière de Gambie, il vendit ses Nègres pour quelques vaches. Un jour que

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la chaleur l’obligea de se rafraîchir, il suspendit ses armes à un arbre; elles consistaient dans un sabre à poignée d’or, un poignard du même métal, et un riche carquois rempli de flèches, dont le fils du roi, avec qui il avait été élevé, lui avait fait présent. Son malheur voulut qu'une troupe de Mandingues accoutumés au pillage, passât dans le même lieu, et le vit désarmé; sept ou huit de ces brigands se jetèrent sur lui et le chargérent de liens , sans faire plus de grâce à son interprète. Ils commencérent par lui raser la tête et le menton ; ce qui fut regardé par Job comme le dernier outrage, quoiqu ils pensassent moins à l'insulter qu'à le faire passer pour un esclave pris à la guerre.

Le 27 de février ilsle vendirent avec son interprête au capitaine Pike, et le 1°" de mars ils les livrérent à bord. Pike , apprenant de Job qu'il était le même qui avait traité de commerce avec lui quelques jours auparavant , et qu'il n'était esclave que par un coup du sort, lui permit de se racheter luiet son conipagnon. Job envoya aussitôt chez un ami de son père, qui demeurait près du comptoir anglais de Djor, en le faisant prier de donner avis de son infortune à Bounda. Mais la distance étant de quinze journées, et le capitaine pressé de mettre à la voile , le malheureux Job fut conduit au Maryland , dans la ville d’Annapolis, et livré à Michel Denton , facteur de Hunt , riche négociant de Londres. Il apprit ensuite par quelques vaisseaux venus de la Gambie, que son père avait envoyé pour sa

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rançon plusieurs esclaves, qui n'étaient arrivés qu'après le départ du vaisseau , et que Sambo, roi de Fouta, avait déclaré la guerre aux Mandingues,

dans la seule vue de le venger.

Denton vendit Job à un marchand nommé Tolsey, dans un canton qui appartient au Maryland. Tolsey l'employa d’abord au travail du tabac ; mais s'apercevant bientôt qu'il n'était pas propre à la faugue, 1l rendit sa situation plus douce, en le chargeant du soin de ses bestiaux. Job, assez libre dans cet emploi, se retirait assez souvent au fond d'un bois pour y faire ses prières. Il ÿ fut aperçu par ün jeune blanc, qui se fit un plaisir de l'interrompre, et souvent de l'outrager, en lui jetant de la boue au visage. Un traitement si cruel, joint à l'ignorance de la langue du pays, qui ne lui permetuait pas de porter ses plaintes à personne, le jeta dans un tel désespoir que, n'imaginant rien de plus terrible que ce qu'il éprouvait, il prit la résolution de s'échapper. Il traversa le boïs au hasard, jusqu'au comté de Kent, sur la baie Declaware, qui passe aujourd'hui pour une partic de la Pensylvanie, quoiqu'elle appartienne en effet au Maryland. Là, se présentant sans passeport, et ne pouvant expliquer sa situation, il fut arrêté au mois de juin 1731, en vertu de la loi contre les Nègres fugiuifs, qui est en vigueur dans toutes les colonies de l'Amérique. Bluet, alors établi dans cette contrée, et plusieurs autres marchands anglais eurent la curiosité de le voir dans sa prison. Sur

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