‹ Abrégé de l'Histoire romaineChapitre 20 sur 30 · CHAPITRE XX · texte numérisé non relu

CHAPITRE XX

Depuis le commencement du premier trium* virât jusqu^à la mort de Pompée.

liE premier objet dont s'occupa César après An 694. savoir formé le triumvirat, fut de profiter des dispositions de ses collègues, pourobtenirle consulat H restait encore aux sénateurs quelqu'influence y et quoiqu'ils fusdent obligés de choisir César ,ils lui donnèrent cependant pour collègue, un certaia Bibulus, qu'ils supposaient en état de con-* trebalancer son pouvoir. Mais l'obstacle était trop puissant même pour un homme dont le talent eûtété supérieur à celui de Bibulus. Aussi ce dernier resta-t-il dans l'inaction , après avoir fait un léger effort en faveur do, sénat. César, qui depuis long-temps projetait, de s'emparer de la souveraine puissance, se conciliaitlafaveur du peuple. Il proposa une loi pourpartager entre les citoyens indigens, qui auraient au moins trois .enfans , des ttrres situées dans la Campanie. Cette loi^

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DR liA RÉFUB. ROMAINE* 9i3 juste en elle-même , n'avait de criminel que le dessein de son auteur.

Puissant dans rinlérieur, Jules-César délibéra, avec ses collègues , sur le partage des provinces étrangères. Il fut bientôt fait : Pompée choisit l'Espagne* Fatigué de coa« quêtes y rassasié de gloire , il voulait jouir à Rome des plabirs que lui offrait cette ville» Crassus eut la Syrie. Cojqme cette province avait enrichi tous les générau:^ qui l'avaient subjuguée, il espérait augmenter sa fortune. On laissâtes Gaules à César. Les nattions de cette contrée étaient féroces , puiasantés et la plupart indépendantes; quelques - unes n'étaient soumises que de nom. Gomme il s'agissait plutôt d'une conquête à £dre que de l'empire à exercer , on lui accorda pour cinq ans le gouvernement de ce pays , voulant compenser , par cette durée^ les dangers qui en étaient inséparables.

Les bornes que nous nous sommes prescrites ^ ne nous permettent pas de détailler ici les combats de César» ses conquêtes dans les Gaules et la Bretagne » expédition qai dura huit ans. Les Helvétiens furent le^ premiers vaincus. Ils perdirent près de deux cent mille hommes. Ceux qui échappèreut

au carnage, furent renvoyés par César dans les forêts d'où ils étaient sortis. Les Ger- mains, au nombre de quatre - vingt mille , commandés par Arioviste, furent taillés en pièces. Leur roi eut de la peine à s'échapper en traversant le Rhin dans une petite bar- ,

que. Le carnage fut si terrible dans la Belgique , que les monceaux de corps rendaient les marais et les rivières impraticables. Les Nerviens , les plus guerriers de toutes les j nations barbares , tinrent tête aux Romains j pendantquelquetemps^ettombèrentsureus: | avec une teUe furie, que ceux-ci coururent le danger d'être mis en déroute ; mais César , «'emparant d'un bouclier , s'élança à travers ses troupes au milieu de l'ennemi. Ce moyen fit changer le sort du combat , et l'armée ennemie fut entièrement taillée en pièces. Les habitans de la Gaule celtique furent mis en fuite : après eux , les Suèves et toutes les nations, depuis la Méditerranée jusqu^à la mer Britannique , éprouvèrent le même sort Ambitieux de conquérir encore. César s'embarqua pour la Grande-Bretagne , sous prétexte que ses habitans avaient fourni des secours à ses ennemis. En approchant du rivage , il le trouva couvert d'hommes rassemblés pour

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s^opposer à son débarquement ; et ses troupes étaient sar le point de retourner, lorsque celui qui portait le drapeau de la dixième légion, sauta hardimentà terre, etsecouru par ^on général , mit les Bretons en fuite. Ceuxci , épouvantés du pouvoir de César , en* Toyèrent demander la paix , qui leur fut accordée: quelques otages furent livrés^ mais une tempête ayant détruit une grande par^ lie de la flotte romaine , les habitans résolurrent de profiter de cet avantage , et marchèrent contre César avec une puissante armée. Que pouvaient des hommes nus et sans discipline, contre des troupes exercées sous de grands capitaines , et devenus plus entre» prenantes parla conquête d'une grande partie du monde? Vaincus encore y ils demandèrent avec instance la paix. César, après la leur avoir accordée, retourna sur le coutinent.

Fendant que ce conquératit , loin de sa pa^ trié , augmentait et sa fortune et sa réputation. Pompée, toujours à Rome, favorisait son ambition et ses intérèts.^ Ce fut par sa protection que César fut autorisé à corn*mander encore cinq ans dans les Gaules, f ompée ne sortit de sa léthargie j que lors-

ai6 HISTOIRE

que la réputation de César ^ son courage ^ ses irichesses et son humanité lui firent prévoir qu'il pourrait être éclipsé par lui Tl fit toi2t ce qu'il put pour loi nuire, forçant les magistrats de ne publier ses lettres,que lorsqu'il aurait semé des bruits désavantageux à son rival. Un ou deux accidens hâtèrent leur désunion : le premier fut la mort de Julie , qui n'avait pas peu contribué à entretenir rharmonie ehtre César et Pompée ; le second fut la dé&ite de Grassus , qui combattit contre les Parthes avec tant d'imprudence y qu'il laissa prendre à l'ennemi toutes sortes d'a«vantagesy et^se trouvant hors d'état de se retirer , perdit la vie , victime de sa témélilé, en se défendant avec bravoure jusqu'au dernier soupir.

César, qui commençait à découvrir la jalousie de Pompée, sollicita le consulat, ainsi que la prolongation de son gouvernement des Gaules , voidant voir si Pompée mettrait t>bstacie à sie» prétentions , ou s'il les appuierait. Ce dernier parut dans l'inaction j mais il mit secrètement en avant deux émissaires y qui insinuèrent aux sénateurs que les loix ne permettaient pas à un homme absent de postuler la dignité de consul* Son but était de

rappeler César ; mais celai-ci^prévoyant son dessein , aima mieux rester loin de Rome^ persuadé que tant qu'il commanderait une armée qui lui était dévouée , il ferait la loi Les sénateurs, partisans de Pompée , qui les. avait garantis des prétentions du peuple ^ ordonnèrent que deux des légions de l'armée de César, qui appartenaient à son rival, reviendraient à Rohie. Us prirent, pour prétexte, qu'elles étaient nécessaires dans la guerre contre les Parthes , mais leur but était de diminuer l'autorité de César. Celui-ci pénétra leurs intentions* Comme son projet n'était pas encore assez mûr , il envoya les deux légions , après s'être attaché , par sa bienveillance et ses largesses , les officiers et les soldats. Le sénat rappela César au moment où le temps de son gouvernement était près d'expirer ; mais Curion , son ami dans le sénat, proposa de le laisser à son armée , jusqu'à ce que Pompée lui eût montré l'exemple. Celiâ-ci fut embarrassé pendant quelque temps. Pendant cette discussion, un sénateur annonça qû^ César avait pas^é les Alp^s, et qu'il marchait sur Rome avec toute son armée. Les deux consuls allèreut aussi* tôt à la maison de campagne de Pompée. Ne

Voulant point encore rompre ouvertemcnf^ César se contenta de demandera être envoyé avec deux légions en Illyrie, Il éprouva ua refus. Voyant que toutes ses démarches poinr nne réconciHation étaient inutile», et comp tant plu» sur les dispositions de sestroupe8> qui jni étaient toutes dévouées, que sur la bonté de sa cause, il les rassembla sur les confins de l'Italie , et passa les Alpes avec sa tro^ sième légion. Il s'arrêta à Ravenne , d'où il écrivit aux consul», leur mandant qu'il consentait à se démettre du commandement , si Pompée voulait en faire autant de son côté. Le sénat lui fixa une époque pour quitter son gouvernement , et congédier ses troupes ; ajoutant que s'il refusait d'obéir, il serait déclaré l'ennemi de la République* Cette mesure violente ne troubla point la tranquillité de César. La nuit qui précédait json expédition en Italie, il s'entretenait à table , avec un de ses ami», sur la littérature et la philosophie , paraissant inaccessible a rambitioh et à l'intérêt Quelque temps après , il se lève, souhaitant à la société du plaisir pendant son absence , et lui promettant de rentrer bientôt. Ayant donné des ordres prjur que son chariot fût prêt, il parlh

avec quelques amis , pour Arminiam y ville sur les frontières de l'Italie ^ où , la veille » il avait envoyé une partie de son armée. Il £t pendant la nuit ce voyage fatigant, tan« tôt à pied, tantôt à cheval. Au point du jour, il arriva avec son armée sur les bords du jR.ubicon , qui séparait l'Italie des Gaules : les Romains considéraient cette petite rivière comme le terme sacré de leur empire» César, s'avançant à la tête de ses troupes sur les bords du Rubicon , s'arrête tout- àcoup, comme frappé de terreur de la grandeur de son entreprise. Il ne pouvait le passer sans violer les loix. Saisi d'une tristesse profonde, il balance y il hésite. « Si je passe cette rivière , disait-il à un de ses généraux , que de malheurs j'attire sur ma pa* trie ! et je suis perdu si je m'arrête ! Allons donc où les dieux nous appellent, ainsi que l'injustice de nos ennemis lil En disant ces mots , il s'élance dans le fleuve , et s'écrie : <( Tout est fini , le sort en est jeté » ! Il reprit sa première gaité. Ses soldats se précicpitent après lui , passent le Rubicon , arri*» vent en peu de temps à Arminium ^ dont ils An 704. s'emparèrent sans résistance.

Cette entreprise inattendue sema la ter<^

reur dans Home, uiiacun s imaginait qa'xi voulait , avec son armée , détruire la Tille* On voyait les habitans de Rome cherclier leur sûreté d^ns la campagne j et ceux de la campagne se réfugier dans la ville. Dans ce trouble universel , Pompée se r^entit d'avoir contribué au pouvoir de son rival. Far- tout où ses amis le rencontraient , ils lui reprochaient amèrement sa né^igence et sa présomption. «Où donc est actuelle- D ment 9 lui ctiait Favoniiis, sénateur » où » donc est l'armée à vos ordres ? Voyons si » vous la ferez paraître » • Gaton lui rappela les avis qu'il lui avait donnés ; mais comme il ne lui prédisait que des calamités^ Pompée n'y avait fait aucune attention. Fatigué de ces reproches y il fit tout ce qui était en son pouvoir pour encourager ses partisans. Il leur dit qu'il ne manquerait pas d'armée , puisqu'il était leur chef. U avoua cependant que y jugeant les intentions de César telles qu'elles devaient être, il n'avait point prévu le but auquel il tendait II dit encore à ses amis que^ s'ils étaient toujours animés de l'amour de la liberté , ils pouvaient en jouir par-tout où le sort les conduirait. Il leur annonça qu'ils n'étaient pas dans un état

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désespéré ; que ses deux lieutenans com-a» mandaient en Espagne une armée considérable ^ composée des vétérans qui avaient conquis l'Orient ; que d'ailleurs l'Afrique , l'Asie 9 et tous les royaumes alliés de Rome ^ viendraient à leur secours. Ce discours donna de l'espérance à ses confédérés. Une grande partie des sénateurs , ses amis , ses partisans 9 et tous ceux qui croyaient faire fortune en épousant sa querelle , consentirent à le suivre. N'étant pas assez fort pour résister à César dans Rome, il mena ses troupes à Caponei^ où il commanda les deux légions qui avaient servi dans les Gauler aous son rivaL

Après de vaines tentatives pour amener Pompée à une xéconciliation , César résolut de l'attaquer dans Capoue avant qu'il eût rassemblé toutes ses troupes. H commença par s'emparer de toutes les villes qui I9 séparaient de son rival , ne faisant aucune attention à Rome , qui devait être nécessair xement la proie du vainqueur.

Corfinium fut la première ville qui vout lut arrâter sa marche. Domitius, désigné parle sénat pour succéder k César, entre-* prit de la défendre. Xjc conquérant des

Gaules TaBsiégea. Malgré les fréquens aveftissemens que Domitius fit donner à Pompée pour l'engager à faire lever le siège , il fat obligé de tenter de s'évader. Son dessein étant connu, la garnison résolut de se sauver en le livrant aux assiégeans. César accepta leurs offres, mais empêcha ses troupes d'entrer dans la ville. Le consul Lentulns sortit de Gorfinium pour implorer le pardon de César, lui rappelant leur ancienne amitié et les faveurs qu'il en avait reçues. Le vainqueur interrompit son discours, et lui répondit qu'il n'était point venu en Italie pour enlever à Rome sa liberté , mais , au contraire, pour la lui rendre. Cette réponse fut transmise aux habitans. Les chevaliers , les sénateurs , leurs enfans et quel* ques officiers de la garnison, vinrent implorer la protection de César, qui , après avoir glissé légèrement sur leur première ingratitude , leur accorda la liberté , avec la permission d'aller où bon leur semblerait* Mais, dans cette occasion comme dans toutes les autres , il eut soin d'intéresser les soldats, sentant qu'il en avait besoin , et que tant qu'il vivrait , il ne leur fallait pas un uutre chefi

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Apprenant ce qui venait de se passer, Pompée se retira à Brundusium , où il résolut de soutenir un siège pour arrêter l'ennemi jus« qu'à ce qu'il eût réuni toutes les troupes pour lui résister. Ses désirs furent accomplis , et après avoir amusé César par un siégé inutile y il conduisit ses forces au-delà de Dyracchium, pu le consul avait levé des troupeâ. Quoique sa retraite fût heureuse , il n'en laissa pas moins toute Tltalie à la disposition de son rival, sans une armée ou une seule ville en état d'arrêter sa marche.

Ne pouvant suivre Pompée parce qu'il n'avait point de vaisseaux , César fut à Rome prendre possession du trésor public, que son rival, par une négligence inexcusable, avoit oublié d'emporter avec lui. Le tribun Metellus , ^ qui le trésor était confié , refusa de le laisser entrer* César ému et mettant la luain sur son épée, menaça de le tuer. ccÂp* » prenez, jeune homme, lui cria-t-il, qu'il » m'est plus aisé d'exécuter cejte menace 3> que de la faire ». Metellus effrayé se retira* César prit dans le trésor 3oo mille livres eu or, et une somme considérable en argent

En Qtat. de continuer la guerre. César sort de Rome résolu de poursuivre les deux lieu-

tenans de Pompée, Afi^anius et Pétreïus, • qui depuis long-temps étoient en Espagne à la tête d'ane armée victorieuse. Quoiqu'il connut le talent des chefs , il s'am usait à dire : c( Je vais combattre une armée sans gêné- D rai, et je combattrai ensuite un général y> sans armée i>.

Il n*eut pas l'avantage à la première rencontre près de Lerida. Les deux partis se pré* tendaient victorieux. Mais par divers stratagèmes,il attaqua ses ennemis^ etles réduisit à une telle extrémité, qu'ils se rendirent ft dis* crétioii. La clémence était la vertu favorite de César. Il les renvoya avec bienveillance, et les fit partir pour aller dans Rome publier ses vertus et rendre hommage à l'amour de #es soldats. En moins de quarante jours il devint midtre de toute l'Espagne, et revint victorieux à Rome. U y fut reçu avec joie. On le créa dictateur et consul. Mais il se dé^ mit de la première dignité après l'avoir exercée pendant onze jours.

Pendant ce temps Pompée £gdsait dans l^pire et dans la Grèce des préparatifs pour résister à César. Tous les rois de l'Orient s'étaient déclarés en sa faveur , et lui avaient envoyé de grands secours. Il était maître de

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neuf légions italiennes, d'une flotte de cinq cents vaisseaux 9 commandées par Bibulus , chef actif et expérimenté. De plus , les provinces tributaires lui avoient fourni de l'argent et tout ce qui est nécessaire à une armée. Il attaqua avec tant de succès An* toine et Dolabella y lieutenans de César, que le premier fut obligé de fuir , et le second fut &it prisonnier. Les nobles et les citoyens de Rome les plus distingués coururent en foule le r^oindre. H avait dans son camp deux cents sénateurs, parmi lesquels étaient Cicéron etCaton, dont le suffrage valait une armée»

Malgré tous ces préparatifs , César fit passer cia| de jses légions à travers ses ennemis. 11 prit si bien son temps que le passage de ses troupes se fit en un jour. Sachant que le moment de demander la paix était après avoir remporté un avantage , il envoya un. certain Rufus, qu'il avait fait prisonnier, pour faire à Pompée des propositions d^accommodément, et offrant de s'en rapporter au sénat et au peuple romain. Mais Pompée les rejeta de nouveau , n'ignorant pas que le peuple était trop dans les intérêts de César pour qu'il pût compter sur son appuis

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ifompée venait de lever des troapes ^i Macédoine , quand il apprit que son rival était aur les câtes d'£pi|:e. Il résolut de marcher immédiatement vers DyraGcfaium , afin de gumntir eette place des entrepriae«^ de César : ce qui était d'autant plus essentiel , qu'il y avait toutes ses provisions. Les deuii: armées furent en présence Pune d% l'autre sur les bords opposés de la rivière Apsus. L'une et l'autre étaient commandées par les deux, plus grands généraux de ce temps , célèbres tous les deux , Vun par la conquête de l'orient, Fautre par ses victoires dans les contrées de l'oecident Les soldats des deux côtés desiraient également le combat ; mais aucun des d^ux généraux i^e voulait le livrer. Pompée ne pouvait compter sur ses nouvelles troupes > et César différs^t jusqu'à ce que les siennes fussent réunies.

César attendait depuis quelque temps ^ avec beaucoup d'impati^ee, l'arrivée du reste de son armée. Four l'accélérer , il eut la témérité de s^embarqu^r dans une barque de pêcheur, mais il fut rejeté sur le rivage pat une tempête* Il fut bientôt consolé de ce contre- temps par la nouvelle du débar-

DE LA RÉP0B. ROMAINE. 327 quement de ses troupes k Apollonie, Il tÔulut aller à leur rencontre pour empêeher Pompée de les attaquer ; ce qui lui était d'autant plus facile , qu'il était campé sur k côté de la rivière ott elles aTuieut été obli'gées d'aborder.

Forcé de faire sà Jetraite, Pompée conduisit son armée à Aspura^s, où il était certain de trouver les approvisionnemens nécessaires que lui apportaient lès flottes nombreuses qu'il avait sur les côtes d'Epire. Il campa sur une langue de terre, avancée dans la mer, et qui fermait un port pour ses vaisseaux Dans celte position avauta*geuse, il commença à faire des retranchemens pour fortifier son camp. César voyant cela , en fit autant , se retrancha derrière lui, pensant que son ennemi né quitteraitf pas de* si -tôt uti poste aitssi fkvorable. Comme au-delà du camp de Pomrpée, du côté de la terre, il y avait des hauteurs escarpées. César y bMt desrèdotrteé dominant d'un rivage à l'autre : Il fit ^làblir entre lés collines des ii^es de ôarUrrru uicatlon, de sorte qu'il bloqua de cetfe manière le camp de Pompée. Il espérait lèforcer à livrer le combat qu'il désirait ardemment,pendant'qûe Pom-

deux continaèrent pendant quelque temps à user de stratagème ^ l'un pour inquiéter son rival y l'autre pour se défendre. Les soldats

,de César avançaient chaque jour leurs travaux pour resserrer Fennemi, Ceux de Pompée travaillaient pouf agrandir leur camp ; et comme ils étaient supérieurs en nombre, ils tourmentèrent souvent leurs ennemis par les frondeurs et les archers. César était infatigable : il fit faire, avec des peaux de bêtes fauves, des espèces de petits manteaux pour garantir les siens pendant qu'ils étaient à l'ouvrage. Il détourna l'eau qui fournissait le camp de l'ennemi , et lui enleva ses four* rages ; de manière que les chevaux se trou* vèrent sans subsistances. Pompée résolut à la fin de rompre ses lignes,etd'aller camper dans un endroit plus favorable. Ayant appris de quelques déserteurs l'état des fortifications de César, il fit embarquer l'infanterie légère et les archers, qui furent chargés d'aller par mer attaquer les retran-

. chemens qui étaient les plus faibles de ce côté. Il eut tsmt de succès , que , malgré

. toute la vigilance de César et de s^ officiprs , il tira son armée de l'embarras où elle était^

DE LA RÉPUP. ROMAINE. 235 €tla mena camper dans un lieu où Ton ne manquerait ni d'eau ni de fourrages. Frus-tré dansTespoir qu'il avait débloquer l'ennemi ) César résolut enfin de forcer Pompée à accepter le combat, quelque défayora^ blés que pussent être les circonstances. Il commença par tailler en pièces une légion postée dans un bois. Cet événement amena une affaire générale. On se battit pendant quelque temps des deux côtés avec une grande ardeur^et un succès égal. Mais le désordre se mit dans l'armée de César, embarrassée dans les retranchemens qu'on venait d'abandonner. Pompée profita de cet avantage et la mit en fuite. Un grand nombre périt dans les fossés , ou fut tué par les vainqueurs. Pompée les poursuivit jusque dan» le camp de César; mais soit qu'il fût luimême étonné de sa victoire, on qu'il crai« gnit quelqu'embuscade, il retira ses troupes , et perdit ainsi l'occasion de gagner une vic-^ loire complète.

Après cet échec, qui n'étdlt point décî-^ sif. César, avec toutes ses troupes réunies en un seul corps , marcha à Gomphi , ville delà Thessalie, où le bruit de sa défaite à Dyxacchium était arrivé avant lui. Les habi-^^

changèrent de disposition, et , avec une bassesse égale à leur imprudence, lui fermèrent leurs partes. On ne faisait point impané* ment d'affront à César. Après avoir représenté à &Q^ soldats l'avantage qu'il y aurait k s'emparer d'une ville aussi ricbe, il fit pré^ parer des écbeUes pour l'escalader , ordonna Fassaut , et il agit avec tant de vigueur que , malgré la Jiaut^ur d<es mura, la ville fut prise en quelques heures. César l'abandonna au pillage^ et,a^na retarder sa marcke, il s'avaniÇa vers Métri^K^lis, autre ville de la même province , qui se soumit à son appr<>< cbe. U devint ainsi n^ditre ^ toute la Tbessalie , à l'exception de Laris^ , qkte Scîpion , avee sa légion ^ défendait pour Po^ipée^. Les officiers de ce dernier le pariaient avec ins^tance de livrer un> coinbat. Co^atre sa faç^zv de penser , Pompée céda à Leurs prières^ et sacrifia la pr iKlence à la passion et k l'avarice. S'avançant dans la Thessalie^ ou il arrivi^ quelque temps af>rès la prise de G^ompiii , il rangea son armée en bataille dans les plaines de Pharsale,, oi\ Scipkm, sou lieutenant^ vint le rejoindre. Ce fut -là qu'il attendit l'armée de César , résolu d'er)gager l'action

BB LA RÉPUB. ROMAINE. 23l el de décider dans iin^ bataille da sort de rJBmpire*

César avait employé toute son adressa pour sonder les dispositions de ses sol-^ dats; les trouvant braves et déterminés , il s'avança vers Ffaarsale, où était campé Pompée.

Xi'dpproeht de deux drmées formées des meilleures troupes de ce temps , rimpor-* tanoe de l'objet de la contestation ^ rempli-^ reat tous les eéprits d'inquiétude , qdoique . la cause en fut différente^ Les soldats de pompée, supérieurs en nombre, se croyant aûrs de la vîcjtoire , se livraient à ]§ joie. Ceux de César s'oocuf^étient des moyens de irainereif /Les prefôiiê^rs s^ fiaient k leur nombre ^ à celui de leurs généraux ; les se- 43onds comptaient sur leur discipline et le talent de leur chef. Les*|>artisans de Pommée espéraient dans la justice dtf leur caifse; ceuKL de Gésér pensaient aux propositifonn fréquentes et toi^ursfniltiles qu'ils avaient faites pour obtenir la paix. Ainsi les desseins ^ l'espérance et les motifs paraissaient différens^ mais la haine et l'ambition étaient les mêmes. Toujours le preimer à offrir k combat-, César conduisit son armée à la

s53 HisTOïkï:

rencontre de l'ennemi Mais soit que Pompé* doutât du courage de ses troupes, soit qu'it craignît réyénement, il garda l'avantage de ' sa situation au pied d'une colline , près de laquelle il était campé. Ne voulant point l'attaquer aussi désavantageusement. César résolut de harceler son rival , qu'il savait ne pas supporter la fatigue «omme lui. Il donnait l'ordre de se mettre en marche, de lever les tentes , lorsqu'il apprit que l'armée de Pompée venait de quitter ses retranchemens,et s'avançait vers la plaine; de sorte qu'il pouvait l'attaquer avec plus d'avantage. Là -dessus, il fit arrêter ses troupes, et leur dit d'un air gai, que l'époque heureuse après laquelle ils avaient tant soupiré , était arrivée , et que ce jour devait couronner leur gloire et mettre un terme à leurs travaux. Il rangea son armée en bataille, et s^avança vers le lieu du combat. Ses troupes étaient de moitié inférieures en nombre à celles de Pompée. Celui-ci avait quarante-cinq mille fantassins et sept mille chevaux; l'autre n'avait que vingt -deux mille hommes de pied el mille chevaux.

Cette inégalité y principalement dans la cavalerie, causait des inquiétudes à César^ U

DE LA RÉPUB. ROMAINE. s52P arait^ pendant quelques jours, exercé ses soldats les plus robustes et les plus agiles à combattre dans les rangs de sa cavalerie. Par ce moyen , ses mille cavaliers étaient en état de tenir tète aux sept mille de Pompée; et même ils avaient eu l'avantage dans une escarmouche qui avait eu lieu quelques jours auparavant

Pompée avait de fortes raisons d'espérer la victoire. Il se vantait de mettre , sans «oup^férir, les légions de César en fuite , prétendant que , dès que l'armée serait rangée en bataille, sa cavalerie, sur laquelle reposait son espoir, prendrait l'ennemi en flanc. Ce fut dans ces intentions qu'il conduîsit ses troupes au combat.

A l'approche des deux armées, les deux généraux parcouraient les rangs, encourageaient leurs soldats , leur inspirant de la confiance, et diminuant leurs craintes.

Pompée représentait aux siens que l'occa^ sion qu'ils avaient si long-temp^ désirée était arrivée. « Que pouvez-vous souhaiter main- 3» tenant , leur disait-il , que vous n'ayes en » votre pouvoir? Votre nombre, votre » bravoure , la victoire que vous avez rem- 3> portée dernièrement , tout voua -assure

p Uii«7 vtJ!U4^u.«7tv7 ^giuuii9M.v' v^ jjKÂUv sue: %xc9

3) troupes épuisées , composées de TieiUards » encore époaVanlés de l^ur défaite. Maia D Dous arons on garnit bien plus sàx encore y> que la sapériorité de nos forces ; c'est ]a }>. )ustiGe de notre Cause. Vous êtes armés )> pour défendre la liberté de Tctre patrie; 3) vous avez pour appui les loix^ Vos niAgis- 7^ trats sont avec vons^ Lé monde entiel* a 3» les yeu^ sur^ t'oas^ et fait ckis vomx: pour y> votre trionorplie. Celui Kp^i combat contre n vous est un brigand y Toppresi^eor de sa 2> patrie^ déjà vaincu par le reinords a»y> ifOui que par le n^auVais succès de ses » armes. Moptipc? donc aujoi^rd'hûi le cou* y> rage et rhorrear. de la tyrannie dont »ks Romains doiveirt être pénétrés y et D venge» le gefi>re humain )r. Gésar ^ de Bon c^té« 19^ pirésien^t au3fi siens avee cet air qalme e^ SQrein) qui le faisait admira au mi-^ lieu des plus grands dangers. Il insista pariictdièrementsur les tentatives nombreuses ^t toujours inutiles qu'il avait faites pour la paix. C'était ayee ré^ugjtiance et avec hor*^ reur qu'il allait répandre du: sang ; mais la iiécessité le fbyçaîit à le tatire. Il déplorait Ifé ë9J^l des braves qui allaient être sacriiiés des

DE LA RÉPUB. ROMAINE. aS* deulL Opté», et les blessures que ferait à su patrie la yictoire , de quelque parti qu'elle se rangeât Ses soldats loi répondirent^ en jetant sur loi des regards où brillaient le courage -et rimpatieiioe. Il donna le signaL Le itK>t de ralliement ^ du côté de Ponxpée ^ était Hercule V invincible ; celui de Gësar , Vémiê la victorieuse. Il n'y avait entre les demc ar-« méesque l'esface suffisant pour combattre^ Pompée ordonna à ses soldats de soutenir^ sans s'ébranler 9' le premier choe : il espérait qae le désordre se mettrait dans les rangs de l'ennemi Les soldats de Céâax s'éJan-i^* çaient dé^ avec leur inpétoosité ordinaire, lorsquiappercevant l'immobilité de Fenne^ mi ) ila s'arrelèreot , oomno par un abcord général , au milieii de lenr cowztse. Les deaz armées œstèreait pendant quelque ; temps dans une inaekkm ûnposanto, se considérant mutuellement aree ime effrayante sé*^ rénité* Les soklats de César ayant repris baleine ^ s'éknfcent ayec fureur sur Henne^ mi, après avoir lancé leurs javelots et tiré leurs épées. Les troupe» de Pompée en firent autant^ et sontînrent le eboe aveo fermeté. Sa cavalerie ref ut l'ordre de don^ ner : elle léussit y avec le grandi Hom^ro

Bemi à loi céder le terrein. César fit avancer aussi-tôt les six cohortes qui étaient en réserve, et leur ordonna de frapper l'ennemi au visage. Il obtint le succès qu'il attendait : la cavalerie de Pompée , qui semblait être sûre de la victoire, reçut un échec considérable. La méthode nouvelle de combattre qu'employaient les cohortes en visant uniquement au visage de leurs ennemis 9 les blessures qu'elles faisaient , et qui défiguraient ceux qui les recevaient , tout contribua tellement à les intimider , qu'au lieu de se défendre, ils tâchaient seulement de garantir leurs figures. La déroute fut générale : ils s'enfuirent vers les montagnes voisines ; et les archers étant abandonnés ^ ainsi que les frondeurs, furent taillés en pièces. César ordonna ^sisuite à ses troupes de poursuivre celles de Pompée , et de les charger en flâne. L'ennemi soutint ce choc avec beaucoup de courage, jusqu'à ce que César eût fait avancer un troisième corps qui n'avait pas encore donné. L'infanterie de Pompée se voyant ainsi attaquée de deux côtés , en avant par des^ troupes fraîches ^ et en arrière par les cohortes victorieuses ;.

DE LA RÉPUB, ROMÂINIk mS^

ne put prolonger m résistance y et s'enfuit dans le camp. Les étrangers donnèrent Pexemple les premiers. L'aile droite de Pompée soutenait encore le combat avec bravoure. Certain de la victoire ^ César ordonna, avec sa clémence accoutumée , de poursuivre les étrangers j mais d'épargner les Romains. Ceux-ci se rendirent aussitôt, et déposèrent leura^ armes. On fit un massacre considérable des. troupes auxiliaires, qui fuyaient de tous côtés. Le combat avait duré depuis le commencement )us^ qu'au milieu du jour. La chaleur était exces^ sive; cependant, encouragés par l'exemple d'un général qui croyait sa victpire incom*plète , s'il ne s'emparait du camp de l'^nemi, les vainqueurs ne se lassèrent point. Marchant à leur tête , César leur ordonna de les suivre pour frapper un coup décisif! Les cohortes ^ à. qui la garde du çslmp était confiée, firent une longue résistance , par« ticulièrement les Thraces et. d'autres bar« bares. Mais rien ne pouvait résister à Tar*mée victorieuse de Césai^ L'ebnemi fiit chassé de ses retrmicheoiens , «t se réfugia dans les montagnçia^ Yoyitnt Içcamp jonché des corps de ses con^patriotes^ César , que

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ce spectacle attristait, s'écria ^vant quelqu'un qui étaitprés de 1 ai : xc Its l'ont voulu » I L'inspection du camp lui démontra la pré- .'soraption et la folie de ses ennemis. £/oa ne voyait de tons côtés que tentes ornées d'ivoire et de myite, lits de pourpre et vaisselles d'argent Tout attestait le luxe de cette armée, et l'on pouvait plutôt se ^€roire aux préparatifs pour un banquet oa aux réjouissances d'une victoire , qu'à des dispolsitions de bataille. Tout autre que le soldat de César eÀt fait attention à un camp ' aussi richement pourvu. Mais il y avait encore quelque chose k faire , et César ne leur permit que de poursuivre Fennemi.

Un corps de troupes considérable s'étant retiré dans les montagnes voisines, il engagea ses soldats à les attaquer, afin de les forcée' k se rendre;-!! commença par tracer, au pied de la colline , une ligne de retranchement pour les enfermer. Mais ceux-ci abandonnèrent un poste où la disette d'eau les «empêchait 4e se maintenir, et tâchèrent de gagner là^viUe de Larisse. César, condui- §ant ses troupes par un ehèmih plus court , 1^ coupa dans leur retraita Cependant les fuyards trouvèrent un poste avantageux

DE LA RÉPUB. ROMAINE. 25a

dans une montagne , au * pied da laquelle coulait un ruisseau. A l'approche de la nuit, les^oldats de César étaient épuisés de fatigues et des travaux coQtinnels de toute là journée. Il les engagea ^ tMYAiiler encore, et à détournei* le oours dfi ruisseau. LWneml se voyant ainsi prÂTé de secours et d'espérance, envoya des députés au vainqueuir pour offrir de se rendre k discrélioti. Pendant cette négoeiation , quelques sénateurs proâtëreat de ]a nuit pour s^vader , et les autres livrèreqt leurs armes le lendemaiti matin , et se mirent à la discrétion du vainqueur. Il leur parla avec bienveillance, et défendit à ses sojdatsl^ moindre violence. César gagna la victoi|«e la plus complète ; et la clémence qu'il montra aprçs la bataillé , semblait la lui mériter. Il ne pe^rdit que deu^ cents hommes. Pompée #n eût quinze mille de tués : vingt «^quatre mille. se rendirent prisonniçr9 de guerre, et ilii entrèrent, pour la plus grande partie j ietns Vù,tiùèb An 7o4. de César. H accord»! généreusement aux sénateurs^ ainsi qu*aùx chevaliers romains qui tombèrent en son plouvoir, la liberté de sd retirer où ils Vôiidraienf rQuant aux lettres que' PQmpée avait tet^uik

oe ceux qui ne youiaieni prenore aucune part à cette contestation , César les brûla sans les lire^ ce que Pompée avait fait aupiarayant. Ayant ainsi rempli tous les devoirs de général et de grand politique , il envoya chercher les légions qui avaient passé la nuit dans le camp , pour remplacer celles qui Tavaient accompagné dans la poursuite de l'en* nemi , et arriva le même jour à Larisse.

Pompée, qui avait montré précédemment du courage et de la prudence f per^ dit entièrement la tête dès qu'il vit en dé« route sa cavalerie, en qui il avait mis toute sa confiance. Au lieu de remédier à ce mal en raUiant les fuyards , ou en oppo» sant au vainqueur des troupes fraîches , il fut étourdi de ce prenxieïr choc, retourna dans le camp, attendit dans sa tente l'issue d'un événement, qu'il aurait dû diriger. Il y resta quelque temps Sians parler. Apprenant enfin qu'on attaquait le camp , il s'écrie : u Quoi ! l'on nous poursuit jusque dans nos y> retranchemens y> I Quittant aussi-^tôt son armure , et prenant un habit plus convenable à sa mauvaise fortune, il monte à cheval, et se réfugie à Larisse. Voyant qu'il n'était pas poursuivi, il ralentit son

DB LA RÉPUB. ROMAINE, a^i pas pour se livrer aux réflexions mélancoliques que lui suggérait son sort déplorable. H traversa de cette manière la vallée de Tempe; et, suivant le cours du Pénée il entra dans la cabane d'un pêcheur, y passa la nuit, et s'embarqua sur un petit bateau qui longeait le rivage. Appercevant un vaisseau prêt à faire voile, il y entra, ci le maître eut pour lui les égards dûs à son premier rang.

De l'emboucliure du Pénée, il se rendit à Amphipolis , où, trouvant sa cause désespérée, il se dirigea ver» Lesbos pour prendre sonépouse Cornélie, qu'il y avait laissée loin des dangers et des maux de la guerre. Comélie, qui s'était long-temps flattée de la victoire, éprouvait amèrement les disgrâces de la fortune. Elle apperçut l'envoyé de Pompée , dont les larmes plptôt que les discours annonçaient les malheurs. H l'avertit de se hâter , si elle voulait voir Pompée qui n'avait qu'un seul vaisseau , encore ne lui appartenait-il pas. Ne pouvant supporter son chagrin , elle s'évanouit sans donner aucun signe de vie. Revenue à elle-même , etsentant qu'il ne fallait point s'abandonner • Z" Partie. 16

h de vaines iamentatiojis , eUe court vers le rivage.

Pompée Tembras^e , la soutient dans ses bras. ((Hélas I s'écrie Ciornélie^ vous qui, » avant notre mariage, paraissiez sur les » mers avec cinq cents vaisseaux , vous y> êtes réduit actuellement à fuir sur un » seul ! Pourquoi venez-vous chercher une )» femme infortunée ? pourquoi ne pas me )» laisser supporter seule notre triste sort? h voulez-vous le partager avec moi ? Qu'il )> eût été heureux pour moi d'exécuter le » dessein que j'avais formé de quitter la vie ! 1) Mais il nr'était réservé d'augmenter les D peines de Pompée >i.

Pompée lui parla de l'instabilité dés gran* deurs , et tâcha de lui donner quelque consolation. La prenant sous sa protection , il continua sa course , ne s'arrêtant que la temps nécessaire pour renouveler les provisions dans les ports qui se trouvaient sur son passage. U résolut de s'adresser à Ptoléniée , roi d'Egypte , au père duquel il avait rendu des services considérables. Ptolémé^ était mineur, et ne gouvernait point en-i^ore par lui-même ; mais un conseil gou-« vctnait poux lui. On fut d'avis de l'invite*

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Adieirx: de Pompée et de CoTnelîe .

DE liA RÉPUB. ROMAINE. 345 À débarquer , et de le massacrer avant qu'il eùl été en présence du roi. Achillas , commandaùt dès troupes , ot Septimius , Ro- T^aîn, qui avait été jadis centurion dans irinée de Pompée, entreprirent d'exécuter tb perfide projet. Accompagnés de trois ou qaatre hommes , ils descendent dans une petite barque, et se dirigent vers le vaisseau de Pompée, qui était à un mille du rivage. .

Pompéeprend congé deCornélie; répétant ce vers de Sophocle: Celui qui confie sa liberté à un^i^raity devient esclave. Il donne k main à Achillas , pt suivi de deux des siens , il entre dans la barque. Comélie égarée jette des cris, a Hélas ! dit -elle, où » allez-^vous » ? Immobile à ses ordres , elle pleure amèrement, elle étend les bras vers Pompée- «Où vas-tu, cruel ! Je serai donc »'Ia seule à verser des larmes sur nos mal- . » heute communs )x? Elle le suit des yeux^ et ses plaintes inutiles se perdent dans.

rair.

Les mariniers rament sans faire atteh* tion et sans proférerime seule parole. Pom-. pée , pour rompre le silence, s'adressant à Septimius , dont il remettait les traits : (C IL

i> me semble , ami y lai dit-il y que vous a ve2 )> servi sous moi i»? Septimios répondit dédaigneusement par an signe de tête. Pompée tira de sa poche un papier y sur lequel il avait préparé un discours pour le roi y et se mit à le lire. Bs approchaient du rivage. Comélie, qui ne l'avait point perdu de vue, dans don chagrin cuisant, commençait à avoir quelque espérance en voyant le peuple rassemblé sur le bord de la mer , comme pour le recevoir. Mais cet espoir ne fat pas de longue durée. Au moment où Pompée se levait, appuyé sur le bras de son affranchi , Septimius le poignarda par^errière , et Achillas seconda l'assassin. Voyant sa mort inévitable y ce grand homme se disposa à la recevoir avec dignité ; et se couvrant le visage de sa robe y il se soumit à son sort. A cet horrible spectacle y Comélie, et ceux qui l'accompagnaient y }etèrent un crî ^ui retentit jusqu'au rivage. Mais le danger adqu^l^îl^ étaient eux-mêmes exposés ne leur laissaiTt aucun délai, ils mirent à la voile, et écHappèresit aux Egyptiens par un vent favorable. Les assassins de Pompée lui coupèrent la tête , et l'embaumèrent pour en faire un présent à César. Son corps fut

DE LA RÉPUB. ROMAINS. s45 exposé sur le rivage à la curiosité de ceux qui aimaient un pareil spectacle. Philippe ^ son fidèle affranchi , ne Tabandcmna point. Quand la foule fut dispersée^ il lava le corpâ? de 8on maître dans Feau de la mer ^ et cher-* chant ensuite du bois pour le brûler, il apperçut les morceaux d'une barque qu'il rassembla. Pendant qu'il remplissait ce pieu:x devoir, il fut accosté d'un vieux soldat romain, qui, dans sa -jeunesse avait servi sous Pompée, a Qui donc es*tu, lui dit )) ce dernier , toi qui fais ces humbles pré- )) paratifs pour les funérailles de Pompée ? y> — Un de ses affranchis , répliqua Phi« » lippe.' Hélas ! permets-moi de partager » avectoil'honneur d'une action aussi sainte. » Dans tous les malheurs de mon exil, j'ai )) au moins une triste et dernière consola- D tion ; c'est de pouvoir assister aux f uné--> ^ railles de mon vieux commandant, et de » loucher le corps du plus brave général » que Rome ait jamais produit y^. Ce furent les derniers devoirs qu'on rendit à Pompée. Si l'on en croit Plutarque , ses cendres furent recueillies avec soin, et portées à Cornélie, qui les déposa à sa maison de campagne près d'Âlbe , en Italie. On dit que les

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Egyptiens lui élevèrent , dans la suite, nn monument dans l'endroit où l'on avait brûlé son corps , et qu'ils y mirent cette inscription. «Quelle modeste tombe couvre les }» restes d'un homme à qui on éleva des 1» temples d !

La fin de Pompée fut celle de la République. Depuis cette époque, le sénat fut dépouillé de son £K>uvoir , et Rome eut toujours un maitre.

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