‹ Abrégé de l'Histoire romaineChapitre 25 sur 30 · FIN PB LA TABLE DES QVE8TIONS DE LA I^* PARTIE · texte numérisé non relu

FIN PB LA TABLE DES QVE8TIONS DE LA I^* PARTIE

ABREGE

DE

rnx y 3 ir. orocne ^ ei d ir. 73 c« iranc ae porc par la poste.

Les Exemplaires exiges par la loi , ont ëtë déposés à la Bibliothèque nationale. Tous sont signés du labraire ëditênr.

On iroup^ chez lé même Libraire :

* TjÂBidoi de laG^graphie universelle de Guthrx^» seule et yëritable édition, i vol. £n-8^. avec 10 çartesi enluminées. PriX; 6 &. br. et 7 &« reU .

Sous presse.

liA 3* EDITION 7BAKÇAI8E de U Géographie complète du même auteur , traduite de l'anglais sur la 18' édition, par Fr. Noël . ex-professeur en l'université dç Paris , etc. etc. 6 vol »«-â**. et 1 d'Atlas^

toute seule. Contrariée dans ses projets par le sénat romain , qui confirma les droits de fion frère , elle fut exilée dans la Syrie avec Arsinoé , sa jeune sœur. César fit revivre en .elle l'espoir d'aspirer au trône j il lui en voya proposer, ainsi qu'à son frère, de venir plaider leur cause devant lui. Fhotinus, tuteur du jeune roi, dédaigna cette proposition y et répondit en -envoyant une armée de vingt mille hommes assiéger César dans Alexandrie. Ce dernier repoussa l'ennemi j mais , trouvant la ville trop grande ^our qu'il fut possible de la défendre avec ilne armée aussi petite que celle qu'il commandait , il se retira dans le palais qui dominait sur le port, et ce proposa d'y rester. Achillas, quicomman* dait les troupes égyptiennes , l'attaqua avec vigueur: il avait le projet de se rendre maitre ^e la flotte qui était devant le palais. César sentait trop bien de quelle importance ce» vaisseaux sdtaient dans les mains de Tennemi : malgrjé tous les efforts d^Achillas , il les brûla. Il s'empara ensuite de l'île de Pharos , par où il reçut des secours , et se détermina a lutter contre les forces réunies des Egyptiens,

DE L'EMPIRE ROMAIN. g

Instruite de ces circonstances' favorables pour elle , Gléopâtre résolût de s'en rapporter à César , plutôt qu'à ses propres forces , pour avoir la couronne;. mais elle n'avait pas de moyen plu« puissant pour le gagner ^ que les charmes irrésistibles qu'elle possédait. Elle était dans la fleur de }a jeunesse , et dans toute sa beauté : sa gaité donnait à ses traits une grâce nouvelle j sa iroîx était har-^ monieuse. A tous ces avantages, elle en réunissait uti autre , c'était Finstructioh , et elle pouvait donner audience aux ambassadeurs de sept nations différentes , sans avoir besoin d'interpréie. La difficulté était de re« joindre César, puisque les ennemis gardaient 4outbs les issues du palais. Elle s'em* barque sur nn petit vaisseau , aborde le soir près du palais , et s'envelpppant dans une couverture, se fait porter^ edi^me un paquet de vétemeâs' dans la chambre même de César. U fiitfi'àppë db ses grâces. Sa fir- Besse et son esprit lài inspirèrent une pas* sion violente , et ses prières achevèrent der le décider à seconder ses prétentions;

Fendant que Cléopâtre exécilt^f ses pro-* }ets, sa sœur Arskioé agiîisàit dans leeamp ^urson intérêt particurlier. Avecle secours

à se&ire un parti considérable dans l'armée égyptienne. Par une de ce9 révolutions au* bites , qui ne sont que trop communes ^ eUe fit massacrer Acbillas , donna le comman— jdementà Ganymède, et pressa le siège avec plus de vigueur. Ce dernier fit jeter à la mer tous les canaux qui transportaient de Teau au palais ; mais César fit creuser plusieurs puits. 0 voulut ensuite empêcher la jonction de la vingt-^quatrième légion de César ; il fit, à cet efiet, deui( entreprises toujours inn^ tiles. 11 s'empara à\m pont y qui joignait au continent Tile de Pharos. César résolut de lui faire abandonner ce poste. Dans la chaleur de l'action , quelques mariniers y conduita parla curiosité Çfn par un autre motif , se mêlèrent aux combattana; mais, étant saisis d'une terreur panique , ils s'enfuirent, et répandirent dans Tarmée une frayeur générale» Les efforts 4e César pour rallier ses troupes furent vains, et beaucoup de ses soldats furent noyés ou passés aufil de l'épée, en voulant s'échappen Voyant ce désordre sans remède , César court vers un vaisseau^ afin de gagner le palais > qui était du côté ppposéi^ A peine y était il entrée qu'une mul*

DE L1SMPIRB ROMAIN. fj

Htade^e soldats s'y jettent apiés lui Crai^ gnant qae le vaisseau ne coule à fond , il s-élanœdans la mer ^ et nage l'espace de detix cents brasses y yers la flotte qui croisait de- Tant le palais, tenant dans sa main gauche 9e% commentaires, qu'il soulevait au-dessus de l'eau, et sa cotte de mailles dans ses dents. .

Les habitans d'Alexandrie , voyant leurs efforts inutiles pour s'emparer du palais , tâ<« ehèrent de retirer leur roi des mains de Ce*sar , qui s'en était emparé an commencement de ces querelles. Pour y réussir, ils firent usage de leur coutume ordinaire : ils dissi-* mulèrent, témoignant le plus grand désir de faire la paix, et ne demandant que la présence de leur roi légitime pour sanctionner le traité. César s'apperçut de leur fourberie; mais , cachant ses soupçons, et n'ayant rien à craindre d'un enfimt , il leur rendit Pto«* lémée. A peine celui^i fot*il mis en liberté y qu'au lieu d'engager à faire la paix , il fit coutinuer avec vigueur les hostilités^. ^

César se vit ainsi assiégé par uti ennemi astucieux et perfide; mais il fut enfin déli-r vré de la sitnation.critique où il setrouvait, par Mithridate de Pei^game , l'un de ses-

plus, fidèles partisans > qm vint à son se- «ours avec une armée. Ce général marcl» etm Egypte , s'empara de Pélusium ^ et repoussa Tarmée égyptienne ; à la fin il .rejoignit Ce— sar y attaqua le camp de. l'ennemi , dontii fit un grand. carnage. Ftolémée , voulant s'é^ çhappersur un vaisseau qui s'enfonça, pé-rit dans l'eau : César devint ainsi maître d& l'Egypte^ sans, aucun obstacle. II plaça sur letrôneCléopâtre avec son plus jeune £rère^ à qui eUe donna des gouverneurs y selon les intentions que son père avait manifestées dans, son testament^ et condamna à l'exil Ganymède et Arsinoé.

Ayant ainsi donné des royaumes y loiiti de sa patrie , César semblait avoir perdu pendant quelque temps son activité. Captif sous les cbarmea de Cléopâtre y il se livra aux plaisirs, au lieu de partir de l'Egypte, et d'aller étouffer le parti de. Pompée. Il passait, avec la Jeune reine , les nuits dans le& £étes et dans, des débauches excessives. Il voulait la suivre en Ethiopie sur les burda du Nil ; mais les braves vétérans ,, ses com* paguons d'armes^, lui représentèrent hai^-^ ment sa conduite, et refusèrent. de l'accom-* ]pa^[uer daojt une expéditioxi wsslpeuhpua^

x^ble. Sortant de sa léthargie, il résolut d'é' coûter plutôt Tambition que l'amour ^ de laisser Cléopâtre , dont il eut un* fils appelé Césarion , et de marcher enfin contre Phar^ xiace y roi du Bosphore , qui avait fait quelques incursions sur les possessions romaines situées dans l'Orient.

Ce prince ayant déposé son père, le grand Mithridate, eut l'ambition de reconquérir les Etats qu'on lui avait enlevés dans l'Arménie : il vainquit Domitius , qu'on avait envoyé contre lui. A la nouvelle de l'arrivée de César , Phamace, autant épouvanté de la célébrité de ce général , que de la force de son armée , eut recours à l'art de la négociation, pour détourner le danger qui le menaçait Révolté de ses crimes et de son ingratitude, Cé^ar dissimula avec les ambassadeurs , et , hâtant sa marche , il tomba inopinément sur l'ennemi , et , dans quel-* ques heures, gagna une victoire complète. Voulant se réfugier dans sa capitale , Phai>nace fut tué par un de ses commândans^ juste punition de son parricide. La43onquête de César fut si facile et si prompte, qu'en écrivant à Romç à un de ses amis , il exprimait la rapidité de sa victoire par ces troia

tumé comme lui à vaincre , croyait qix'iMi léger combat ne méritait pas une lettre plus longue.

César, ayant mis de Tordre dans cette partie de l'empire, s'embarqua pour l'Italie , où il arriva plutôt qu'il n'y était attendu par ses ennemis , mais non pas avant qae sa présence y fût absolument nécessaire Pendant son absence, on l'avait créé consul pour cinq ans , dictateur pour un an , et tribun du peuple pour sa vie ; mcds Antoine , qui gouvernait pour lui à Rome , avait rempli la ville de débauches ; ce qui occasionna plusieurs troubles, que la présence de César pouvait . seule appaiser. Par sa modération et son humanité , il rétablit la paix ^ ne faisant presque aucune différence entre ceux de son parti et ses ennemis. Ayarit , par sa bienveillance , acquis de l'autorité dans intérieur , il se prépara à marcher en Afrique, où les partisans de Pompée s'étaient ralliés sous Scipion et Caton , auxquels Juba , roi de Mauritanie, donnait des secours. Scipioti , dans un combat qui se livra quelque temps après, fut entièrement vaincu. Juba et Fétrécées , son général , se tuèrent dans

leur désespoir. Voulant se saayer en Espa-* gne , Scipion tomba entre les mains des en«nemisy qni le tuèrent Ainsi, de tous les généraux du parti vaincu , il ne restait que Caton.

Cet homme extraordinaire , également in« sensible à la bonne comme k la, mauvaise fortune, s'étant retiré dans TAfrique après la bataille de Fharsale, avait- conduit les restes de l'armée de Pompée , à travers des déserts brûlans et dans des pays infestés de serpens venimeux , qu'il parcourut pour 8ç rendre à Utique. L'amour qu'il portait au gouvernement romain , l'avait engagé à former un sénat des principaux citoyens, et à entreprendre de garder la ville. Mais, ses partisans n'ayant plus le même enthousiasme pour la liberté , il résolut de ne pas forcer plus long-temps à être libres, des hommes, qui paraissaient être plutôt faits pour l'esclavage. Il pria quelques-uns de ses amis de se sauver par mer , et ordonna aux autres de se soumettre à la clémence de César , observant que , quant à lui , il était victorieux. Après cela , il soupa gaîment avec ses amis , et se retira dans son appartement , où il entretint son fils et ses amis

iivec un attendrissement extraordinaire. S'étant retiré dans sa chambre à coucherai! lut pendant qtielque temps les entretiens de Platon sur l'immortalité de Famé. Il fut étonné de ne pas trouver son épée , que son fils avait fait enlever pendant le souper. Il appela ses domestiques pour savoir ce que cette arme était devenue , et ne recevant aucune réponse , il reprit sa lecture: L'ayant achevée, et s'appercevant qu'on ne lui avait point obéi, il fit venir ses domestiques l'un après l'autre , et leur demanda d'un ton décisif son épée. Son fils, en pleurs , voulut lui faire change!* de résolution ; mais , recevant une réprimande sévère, il n'insista pas.- Son épée lui étant rendue , il parut content , et s'écria : « Je puis maintenant disposer de moi-même».

Il reprit Platon de nouveau, relut encore, et s'endormit profondément A son réveil, il appela l'un de.ses affranchis, pour savoir sises amis étaient embarqués , et s'il restait encore quelque service à leur rendre. L'affranchi l'assurant que tout était tranquille, il lui ordonna de se retirer. Caton se voyant seul, prend son épée, et se l'enfonce dans le cœur. Le coup n'étant pas mortel ,,11

î6 HISTOIRE

César rangea les siennes dans la plaine. Etant sorti de sea retranchemens , il fit faire halte à son armée, espérant qae l'ennemi s'avancerait Ce délai fit. murmurer ses soldats. Ceux de. Pompée vinrent à leur rencontre. Le choc fut terrible. L'armée de César , accoutumée à v^dncré , commençait à s'ébranler. Césarn'avait jamais couru un danger aussi grand. Il se jeta plusieurs fois dans la mêlée : ce AUess^-vods , criait-il, abaa- » donner à des enfans votre général-, qui a y> vieilli avec vous dans le^ combats»? La dixième légion se battit avec une bravoure extraordinaire» Labiénus ayant détaché un corps de cavalerie pour l'eiivoyer à la poursuite des Numides , César s'écria qu'ik fuyaient. Ce cri circulant dans les deux armées , anima l'une et découragea l'autre. La dixième légion s'avançant, occasionna une déroute totale. Trente mille hommes furent tués du côté de Cnéius Pompée. Labiénus était du nombre: César lui fit rendre les honneurs de la guerre. Pompée s'échappa du côté de la mer ; mais trouvant le passage défendu par les troupes de César, il chercha une retraite dans une caverne obficuré. Il y fut découvert par de^ soldats j

DE L'EMPIRE ROMAIN. t^

qui lai coupèrent la tête , et la portèrent &a vainqueur. Son itère Sextus se cacha avec tant de soin ^ qu'il échappa à toutes les pour^ suites. Il devint dans la suite ^ par ses brigandage^ sur mer, an ennemi redoutable au peuple romain»

Cette victoire décisive délivra César de tous ses ennemis. Il employa au bien de TEtat le reste de sa vie, orna Rome de magnifiques édifices , et rebâtit Carthage et Corinthe , oà il envoya des colonies. Il en<treprit d'applanir quelques montagnes escarpées ) de dessécher les marais Pontins , et projeta de couper l'Isthme du Péloponnèse. Ce fut avec cet esprit toujours actif qu'il médita de grands projets ^ impossibles À exécuter dans la vie d'un homme , quel* que longue qu'elle puisse être. La plus grande de toutes ces entreprises , f^t l'expédition qu'il méditait contre les Parthes^ pour venger la mort de Craasus , qui , ayant pénétré trop loin dans ce pays > avait été pris et mis à mort d'une manière cruelle. On lui avait versé du plomb fondu dans la bouche, en punition de spn avarice.

César voulait passer de-là dans l'Hyrcanie,. entrer dans la 3cytbie le long des . bancs //* Partie. s

die la mer Caspienne , ouvrir un chemin a travers les forêts immenses de la Germanie^ et retourner à Rome. Tel était le but de son ambition ; mais la jalousie de quelques individuà mit un terme à tous ces projets.

Ayant été fait dictateur perpétuel ^ et comblé d'honneurs par le sénat , on répandit le brait qu'il voulait se faire déclarer roi. Il en avait bien l'autorité ; mais le peuple ^ à qui le titre de roi était odieux, ne pouvait supporter l'idée de le voir prendre à César. Qu'il ait eu réellement ce dessein ; c'est ce qu'on n'a jamais su. Ce qu'il y a d« certain, c'est que la franchise de sa conduite fit croire à l'innocence de ses intentions. Apprenant que des hommes jaloux lui enviaient son autorité, il dit qu'il aimerait mieux mourir une fois par trahison , que de la craindre toujours pendant sa vie« Comme on lui conseillait de se défier de Brutus, en qui ilavait mis toute sa confiance, il découvrit sa poitrine couverte de cicatrices , et dit à ceux qui l'environnaient : « Pouvez-vous croire que Brutus s'occupe » d'une victoire aussi facile y> ? Un soir étant à table , ses amis se disputaient sur le genr» df mort le plus di/ux: <i C'est ^ leur dit-il,

BE L^EMPIEË ROMAIN. I9

» le pltis prompt et le moins prévu y>. Mais pour montrer combien ii craignait peu ses ennemis , il licencia ses gardes espagnols j et facilita de cette manière l'attenttsit qu'on méditait contre lui«

On trama une conspiration, dans laquelle entrèrent soixante sénateurs, d'autant plus à craindre, qu'ils étaient du parti de César. Us supportaient impatiemment l'idée d'ua maître. A la tête des conîurés étaient Bru^ tus , sauvé par César à la bataille de Pharsale, et Cassius, qui avait obtenu son pardon. Tous deux étaient préteurs. Brutus se glorifiait de descendre de celui qui donna la liberté aux Romains. Il semblait avoir reçu de ses ancêtres la même passion qu'ils avaient ppur la liberté. Mais tout ennemi qu'il était de la tyrannie, il ne pouvait s'empêcher d'aimer le tyran qui l'avait comblé de bienfaits.

Pour donner à leur crime une apparence de justice, les conspirateurs en renvoyèrent l'exécution aux ides de mars , jour où l'on devait offrir la couronne à César. Les augures avaient prédit^que ce jour lui serait fatal. La nuit précédente , il entendit Calpurnie , son épouse , se plaindre pendant

^on sommeil. A son vérm 9 elle Jqi avoua qu'elle ayait rêvé qu'on rasMfsâinait daDS ses bras. Ces présages comm^ncèreat , ea quelque sorte , à rébrwler dans le projet qu'il avait formé de se tendre au ^natj mais un des coii|uréa entrimt dao^ ce mo-* ment^ l'engagea k tenir sa résolutif) ^ lui parlant des préparatifs qu'on avai^ £eiita pour h recevoir, et des plfiisan taries qu'on ferait sur le parti qu'il prenait de iresteir cbefi lui jusqu'à ce que sa femme eût en de4 présages heureux. A sou arrivée ait sénat, un csctar» qui s'empresaait de pawenif jwqu'à lui pour l'informer de la conspiratiou qu'il venait d'apprendre 9 ne put Tapi^opher à^^uAse dû la 'multitude. A^témidpr 9 philosophe grec qui avait découvert le cpinpiot^ lui remit des informations aur las Gbe&; ma^ Cés^ les donna avec d'autres papiers, s^u»s iea lire, à l'un des secrétaires; ce. qu'il ay;ait coutume de faire dans de pareilles ciji^consv tances. Etant entré enfin dans le palnia sénatorial, on. lea conspirateurs se préparaient à le recevoir, il rencontra l'augure Spurina, qui lui avait prédit des malhenra pour ce jour. <k £b bien ! Spuriua, loi dit-il, 1^ les ides de mars sont arrivées 1 —Oui,, ré»

DE li'EMFIRS B.OMAIN, 21

» pliqaa l'augure j maU elles ne sont pas ^i^ n cor^ pA3sées )>. A p^ine a*t*il pris sa place, que les xoBspivateun ^'fipprochent de lui, sous prétexte de le saluer. Gimber y Taxi d'eux, daos une attitude suppliante , de^ mande la. grâce de son frère , banni par Tordre de César« Les conjurés le secondent avec ponctualité; et Cimber faisant semblant de le prier avec instance, le tient par sa robe pour Tempôcher de se leveri Cétait le signal coùvenu : Gasca lui donne par -derrière u^ coup de poignard dans Pépanle. César se relève > et le blesse d'un coup qu'il lui dduna dans le bras» Les conspimtettrs sont saîÂs de crainte. Mais ipenfermé atu milieu «Peux, il reçut dans la poibriile on 0M^^ de poignard que lui donna qualqu^nM qu'il ne vit point Cassius le ble4l0 ad visage. Il se défend encore avec oourf^ f. s'élansant au milieu d'eux , et renveiMat ceux qud s'opposaient à lui.

Voyaipit parpsi }m eonjuxésy ftnitus, qui lui lano» son javelot dans la cuisse , il ne pense ,plus à se défendre ; mais fixant lea yeux^iur lui , il s'écrie : ce £t vous aussi, Dmon fils Brutus)) 1 Se couvrant eiisuite la lâte^ étendant /^a robe devant lui, afin de

taé près de la statue de Pompée , et reçutvingt-trois blessures de ceux-là même qu'il croyait avoir désarmés par ses bienËdts.

César mourut dans sa cinquante-sixième An 709. année, quatorze ans environ après avoir commencé la conquête du monde. En lisant avec attention son histoire, on est embarrassé pour savoir ce qu'on doit le plus admirer , de ses grands talens y ou de sa fortune étonnante. Prétendre, que, dès le commencement, il projeta de soumettre sa patriç , c'est ne pas croire à sa pénétration ; puisqu'il trouvait sur son chemin mille obstacles que la fortune, plutôt que la con-» duite , pouvait seule sormonter. AiM)un homme, aussi prudent que lui , n'aurait mé« dite un complot où toutes les probabilités étaient contre. Il est phis vraisemblable qu'il fit comme tous les gens heureux , :et profita de l'occasion. Son ambition erois-* sant avec ses succès, ses prétentions ne furent pas d'abord très- élevées j mais ensuite il pensa à gouverner le monde, quand il ne vit plus^ d'obstacles à ses desseins. C'est ainsi que se conduit tout homme dont l'avi^

pouvoir augmente.

Après le meurtre de César , les conjurés se retirèrent au Capitole , dont ils firent garder les issues par un corps de gladiateurs à la solde de Brutus.

lies amis du dernier dictateur virent que l'occasion d'acquérir un pouvoir encore pi us grand que le sien , était arrivé j et que , BOUS le voile de la justice y ils pourraient satisfaire leur ambition. De ce nombre était Antoine. Ses talens étaient médiocres y ses vices nombreux; et il ne desirait ]e pouvoir, que pour avoir plus de facilité à se livrer à la débauche. Habile à faire la guerre^ il avait été élevé dans les camps. Il fut élu consul cette année ^ et il résolut avec Lépidus 9 avide de troubles , de se saisir de la puissance dont Tosurpation avait coûté la vie à César. Lépidos^ à la tête d'une troupe de aoldata à ses ordres, s'empara du Forunif On en donna le commandement à Antoine.

Ils prirent d'abbrd les papiers et l'argent de César > et convoquèrent ensuite le sénat. Jamais les sénateurs n'avaient été rassen^^ blés pour un sujet aussi délicat. H s'agissait de décider si César avait été. un magis^

iri» ic^uiiic uu ufli usurpateur y cl ai oc:?

meurtriers méritaient des récompenses ou des châtimena. Plusieurs d^entre eux lai deraient leur rang et leur fortune. En le dé* clacant usurpateur, ils risquaient de perdre leurs biens; en proclamant son intiocence, ils mettaient TEtat en danger. Us voulurent^ dans cet embarras , concilier les extrêmes. Ils approuvèrent tout ce qu'arait fait César, et accordèrent en même temps le pardon aux conjurés.

Ce décret était loin de contenter Antoine* n garantissait la sûreté de la plupart de ses ennemis , qui s'opposeraient à ses projets. Comme le sénat avait approuvé , sans distinction y toutes les actions de César , il 9ê prévalut de cette loi , et s'autorisa de César même. Ayant eu sa possession tous ses li-^ vres , il y fit insérer oe qu'il voulut par le sdcrétaire* Par ce nïoy'en , on distribua au peuple de l'argent que César n'avait point accordé ; et tous ceux qui avaient quelques projets séditieux , étaient sûrs d'être' récom^ penâé& Antoine demanda qu'on fît les obsè* ques de César. Comme on ne l'avait point déclaré coupable de tyrannie , on ne pou-vait décemment refuser cette demande. On

DE ti'iiMPIRfi ROMAIN. a6

porta donc le corps dans la placé pablique avec beaucoup de solennité; et Antoine, qai s'était chargé de rendre ces derniers de-* voira à l'amitié , agît pour son propre intérêt en flattant les passions du peuple. Il lut d'abord le testament de César , dans lequel Octave y son petit-neveu , était nommé son héritier, avec }a permission de prendre le nom de César , et de jouir des trois quarts de sa fortune, qui devaient appartenir à Brntus , dans le cas où Octave ne vivrait pas^ Il donnait au peuple romain les jardins situés de l'autre côté du Tibre , et k chaque ' citoyen 3oo sesterces. Découvrant la robe de César , Antoine compta devant le peuple les coups qu^il ayait reçus. Il lui montra pareillement une statue de cire qui représentait César couvert de blessures. Les Ro« mains ne pouvant plus long-temps contenir leur ipdignation, crièrent unanimement à la vengeance y et coururent avec deis torches pour mettre le feu aux maisons des conjuras. Dans leur fureur , ils mirent en pièces Cinna , qu'ils rencontrèrent et prijpéni pour un conjuré du même nom. Les C(;(nspi« ratenrs étant bien gardés , repoussèrent sans effort la multitude; mais voyant l'effer*

sortir de la ville.

. Antoine, qui avait excité ce trouble, ré* solut de profiter de l'occasion. Mai» aa obstacle à son ambition semblait vemr d'ÛDtave, appelé dans la suite Auguste, petit* neveu et fils adoplif de César. Un troisième coitcurrent était Lépidus, hpimme immensément riche, et jouissant de quelque autorité. Leur mutuelle ambition paraissait de* voir leur être funeste j mais, réunissant bientôt leurs intérêts , ils résolurent de venger la mort de César , et de partager soh pouvoir. Cette, réunion porta le nom de second triumvirat.

Ces trois usurpateurs de la liberté de leur patrie se rassemblèrent dans une petite ile^ formée pa^ la rivière de Panarus. Leur .méfiance mutuelle leur fit choisir oet:en«' droit , où ils Bravaient à craindre aucune surprise^ car, même en se réunissant, ils se défiaient les uns des autres» Lépidna entrfr le premier ,pt^ ne trouvant aucun sujet A» terreur , il dQuna le signal aux deux autres^ .Au lieu de s'embrasser à leur preaûère assemblée , .ils ^s'épiaient riécjproquemént* Auguste oominçDça par remercier Antome,

DE L'EMPIRE ROMAIN. stf

pour ayoir fait mettre à mort Décimus- Brutus , qui avait été pris en Toulant se sauver en Madëdoine , et tué par les soldats d'Antohie« Sans parler du passé , ils s'occu*^ pérent des affaires présentes. Cette confé-^ renée dura trois jours ; et, pendant ce temps , on se partagea le gouvernement, et on déûida du sort d'un grand nombre d-hommes* Le réscdtat fut de se rendre dépositaire de Tautorité pendant cinq ans. Ils devaient prendre le titre de triumvirs* Antoine devait avoir les Gaules , Lépidus FËspagne , et Auguste l'Afrique et les lies delaMédi«> terranée. Quant à Fltalio et aux provinces de FOrienty elles devaient rester en commun jusqu'à ee que leur autorité fût assu* rée. Entre autres articles y ils convinrent de se défaire de tous leurs ennemis y et chacun présenta sa lista II y avait dans ce nombre des partisans des triumvirs j puisque les amis de l'un des trois étaient souvent ennetnis de l'un des deux autres. Ainsi Lépidus abandonna son frère Paul à la vengeance de son collègue y Antoine permit la proscription de son onde Lucius , et Auguste livra le grand Gicéion , qui , bientôt après y fut Assassiné par les ordres d'Antoine.

res, torce» aa quitter nome, Tinrem en Grèce, et persuadèrent dux jeune» Romains qui étudiaieut à AihènM , de se dé^ clarer pour la cauae de la liberté. Le pre* xnier leva âèiû» la Maoédoin» une arméç pui^aante^ le aecond fut en Syne^ où il commanda doluie légiona , et védaiait son antagoniste DokbeUaà de feUed extrémités, qu'il se tua luMiiéipe. Les dmix armées se joignirent à Smyme. L% vue de troupes wissi fôrn^tdayes ranima la ^oun^ du parti, qui commençait à per^ respérançe^ et unit plus étroitement ll^ dwK géaér)ftu.x> entre lesquels il y avftit du qupàmyant quelque TnésmtdUigente» i^prèa avoir abaiir donné l'Italie âans un soldat^ ^axis une. villf a leurs ordrea, ils se troisivaiient maintenant à la tête d'une armée âoriftSjElate , abon-* damment:pourvae de (oujteft le^ munitions de guerre , et en éUt de défendre une cause d'où dié^iendaitle aott dû l'emipifeer du monda ...

liBs conju!rés rési^urant^dA nmrcber cpn^ tre Cl^pàtre , qui avait fait de grands prér ;^araiî{d pour, secourir leur» adversaires. Mais ils en furent détournés 'en apprenant

DE L'EMPIRE ROMAIN. sq

qu'Auguste et Antoine s'avançaient contre eux à la tète de quarante légions. Brutus yoalait faire passer Farinée dans la Grèce et la Macédoine pour y rencontrer Pennemi; mais Cassius prétendait qu'il fallait d'abord réduire les Rhodiens et les Lyciens qui avaient refusé leurs contributions. On exécuta ce projet, et on leva d'énormes contributions sur les Rhodiens , h qui on ne laissa que la vie. Le 30rt des Lyciens fat plus terrible} car d'étant renfermés dans Xantbe, leur capitale, ils la défendirent avec tant d'ardeur, que ni les menaces de Brutus,nisesprières,ne purent les engagera se rendre. A la fin, le feu ayant pris à la vill^ lorsque lea Lyciens voulaient brûler les ouvrages des Romains, Brutus, au liea de profiter de cette occasion pour prendre la plaiDe d'assaut , fit tous ses efibrts pour la consejhrer, priant ses soldats d'éteindre rinœndie. Mais le désespoir des habitans ne fut point calipé. Bien loin de se croire obligés par leurs ennemis généreux , ild résolurent de périr dans les flammes. Au lieu donc de l'éteindre , ils firent tout ce qu'ils purent pour les alimenter , en y je-* tant du bois sec , et d'autres élémens com^

en voyant les hahitans empressés à se détraire. Il monta au^elà des fortifications , étendit les bras rers les Xanthiens , les conjurant d'avoir pitié de leur ville et d'euxmêmes. Mais insensibles à ses prières , ils se précipitèrent dans les flammes avec obstination, et Ton ne vit bientôt plus que des ruines. A cet horrible spectacle, Brutus versa des larmes, offrant une récompense à celui de ses sbldats qui sauverait un Lycien. Çentcinquanteseulementéchappèrentàleur désespoir. Quelques écrivains assurent cependant que la ville fut brûlée par Tordre de Brutus, et que ceux qui se rendirent à discrétion, furent privés de leurs propriétés.

Brutus et Cassius se rencontrèrent encore une fois à Sardes, où ils résolurent d'avoir ensemble une conférence particulière. Us s'enfermèrent dans une maison commode , défendant de laisser entrer personne. Brutus commença par faire des reproches à Cassius pour avoir disposé des charges qui devaient être la récompense du mérite , et imposé des taxes extraordinaires. Cassius répondit avec amertume. La dispute s'échauffa : après

DE L'EMPIRE ROMAIN. 5l

avoir parlé très -haut, ils versèrent des larmes. Leurs amis entendant à la porte cette querelle animée, commençaient à en craindre les suites. Favonius, célèbre par son sang-froid et son cynisme , et qui ne connaissait aucune retenue , entra en plai-sautant dans la chambre, et calma leur mutuelle animosité. Cassius était prêt à dompter sa colère. Avecde grands talens, il était d'un caractère inégal ; il se livrait sans répu« gnance aux plaisirs de la société ; mais ses mœurs n'étaientpas exemplaires. Laconduite de Brutus était irréprochable : un caractère égal, des sentimens élevés, une force d'esprit inaccessible à l'influence du vice ou des plaisirs, une fermeté inébranlable dana kl défense de la justice; tel était le portrait de ce grand homme. Après leur entretien , lanuits'avançant, Cassius invita Brutus et ses amis à un repas où l'enjouement et la liberté succédèrent à la politique , et adoucirent l'austérité de la sagesse. f!n se retirant, Brutus crat appercevoir un spectre danssatente.il dormait peu, et l'habitude et la sobriété le rendaient capable de supporter la fatigue. Jamais il ne suivit la coutume des Romains , de dormir pendant le

reparer ses torces. Agite ae soins ainerens, il ne donnait qu'un instant au sommeil , et se levant à minuit , il avait coutume de lire ou d'étudier jusqu'au matin. C'était ain« si 9 selon Plutarque , que Brutus s'occupait dans le silence de la nuit, lisant à la clarté d'une lampe prête à s'éteindre. Tout-à-coup il crut entendre du bruit y et voir quelqu'un s'approcher de lui; et regardant vers la porte , il vit qu'elle était ouverte. Une figure gigantesque , d'un aspect effroyable, s'arrête devant lui, et fixe sur Brutus un œil sévère. On rapporte que Brutus lui dit : « Etes- vous un démon ou un mortel , » et quel sujet vous amène à moi? -^ Bru- » tus , répondit le fantôme , je suis ton mau- D vais génie ; tu me reverras à Fbilippes. i> — En ce cas , répliqua Brutus sans se dé- D concerter, noua nous retrouverons en- » core». On suppose que l'ombre s'évanouit Brutus appela ses domestiques , et leur demanda s'ils avaient vu quelque chose. Sur leur réponse négative , il se remit à l'étude» Frappé de cette, étrange apparition , il en parla à Cassius , qui en attribua la cause k un0 imagination trop active et sans cesse

DE I/EMPIRK ROMAIN. 35

agitée. Brutus parut satisfait de cette expli^ cation; et comme Antoine et Auguste s'ayan« çaient rers la Macédoine , il passa dans la Thraçe avec son collègue , et campa près de Fhilippes , où les forces des triumvirs étaient prêtes à le recevoir.

On regardait rapproche des deux armées avec incertitude et terreur. L'empire du inonde dépendait de la bataille. D'un côté » la victoire garantissait la liberté ; elle assurait, de l'autre I le despotisme absolu. Brutus ; seul considérait ces grands évén^mens avec calme et tranquillité. Indifférent sur le succès^ content d'avoir fait son devoir I il dit à un de ses anus : a Si je i> suis vainqueur, je rends la liberté k ma » patrie ; si je ne le suis point » la mort me » délivrera de l'esdavage. Mon sort est dé- D cidé 9 je ne cours aucun risque ». L'armée républicaine était formée de quatre * vingt mille fantassins et de vingt mille chevaux. Celle des triumvirs était de cent mille hommes et de trente mille cavaliers. Elles campèrent près l'une de l'antre , dans les plaines de Fhilippes. Dans le voisinage de la ville y étaient deux petites collines à un mille de distance l'une de l'autre. Brutus et

//' Partie. 3

Gassius campèrent sur ces collines , entr« lesquelles ils établirent une communication pour se défendre mutuellement Dans ce poste avantageux , ils pouvaient agir en liberté , et livrer le combat quand ils croiraient le moment favorable. Derrière eux était la mer , d-où ils tiraient leurs provisions. A douze milles , File de Thasos leur servait de magasin général. Les triumvirs, campés dans la plaine , étaient obligés d'envoyer chercher les vivres à quinze lieues de-là ; de sorte que leur intérêt était d'engager l'affaire le plutôt possible. lis tentèrent plusieurs fois de le faire ^ en sortant de leur camp et provoquant l'ennemi. Mais se contentant de ranger leurs troupes en bataille , Brutus et Cassius restèrent à la tête de leur camp y sans descendre dans la plaine. Cette méthode de différer le combat , était la seule probabilité qu'avait l'armée républicaine de remporter l'avantage. Cassius , qui le sentait y résolut de continuer à fati« guer ses adversaires. Mais Brutus ^ qui commençait à suspecter- la fidélité de quelquesuns de ses officiers , usa de tout son crédit pour persuader à Cassius de changer de projet, a Je suis impatient^ lui dit-* il ^ de

DB L>EMPIRB ROMAIN. 55

» terminer les malheurs du genre humain ; » et f ai l'espoir d'aroir du succès, soit que Dje triomphe ou que je sois vaincu d; Ses souhaits furent exaucés. Les soldats d'Antoine ayant, après de pénibles e£forts, fait une route à travers les marais , qui conduisait à la gauche du camp de Cassius , ouvrirent ainsi une communication avec File de Thasos. Les deux armées voulant s'emparer de ce chemin , résolurent à la fin d'en venir à une affaire générale. Ce fut cependant contre l'opinion de Cassius , qui se vit, comme Pompée, forcé de. hasarder dans un combat la liberté de Rome. Le lendemain matin , les deux généraux donnèrent le signal de l'attaque, .et s'entretinrent ensemble un instant avant le combat Cassius voulut savoir ce que ferait Brutus , s'ils étaient vaincus, oc J'ai blâmé jadis dans mes j> écrits , répliqua celui-ci , la mort de Caton , » et je soutenais alors que se délivrer de ses n maux par le suicide y était un attentat 3> contre la divinité ; mais j'ai changé d'opiy> nion. J'ai fait à ma patrie le sacrifice de mes V jours ; je pense que j'ai le droit de déteri> miner la^manière dont je mourrai. Je suis 3» donc résolu, si la fortune ne m'est pas^

D heureuse dans ce monde pour une autr^ i> dans un monde meilleur. — Mon ami , D s'écria Cassius en Tembrassant^nouspou- D vons maintenant marcher contre Fenne* j> mi ; car , si nous sommes battus , noua D n'ayons rien à craindre des Tainqueursi». Auguste étant malade , Antoine commanda seul les troupes. Il commença par attaquer avec succès les retranchemens de Cassius. ISrutus fit éprouTer aux troupes d'Auguste un choc effroyable : il fondit sur ellea avec une telle intrépidité, qu'il les rompit à la première charge. H pénétra jusque dans le camp, et massacrant ceux qui le gardaient, ses troupes CQijunencèrent à piller. Les lignes de Cassius étant forcées , sa oava* lerie prit la fuite. Il n'y eut point d'effort que ce grand général ne tentftt pour £dra tenir son infanterie , arrêtant ceux qui fuyaient , et prenant leurs drapeaux pour les raHier; mais la yaleur d'un seul ne pou- Tait inspirer du courage à une armée craintive. Désespérant enfin^du succès , Cassius se retira dans sa tente ^ où il se tua. Brutus apprit aussi-tôt la défiute et la mort de son An 71a. collègue : il pouvait à peine retenir

s^occupèrent de jouir des honneurs auxquels ils avaient aspiré. Antoine partit en Grèce, où le peuple ra£[iné de ce pays lui prodigua des louanges. Il resta quelque temps à Athènes y s'entretenant avec les philosophes, et assis-* tant à leurs discussions. Il passa de-là dans l'Asie , où tous les monarques de l'Orient soumis au^pouvoir romain, lui rendirent des honneurs. Les plus belles princesses tâchaient dé lui plaire , soit par leurs char-nies ou par des présens considérables. Il parcourut ainsi plusieurs royaumes, accompagné dé sbuverains qui se. succédaient les uns aux autres, levant des contributions^ et distribuant des couronnes avec insolence et selon son càprite; Il o&it le trône de Cappadoce àSybène, au préjudice d'Ariarathe^ uniquement ii. cause de la beauté de Glaphyre , mère de la première. U fit Hérode roi de Judée, et lui donna des secours. Mais, parmi ,taus ces rois , brillait la fameuie Oéopâtiie, qui eut le>plus de part. aux faveurs d'Aptoine.

Sérapioki^ qui* gouvernait pour elle dans l'île de Chypre, avait d'abord fourni quelques secours à Gassius et aux conjurés; et

DE I/EMPIRB ROMAIN. 43

Ton crut qu'il devait rendre compte de sa conduite. Ayant reçu d'Antoine Tordre de se justifier de l'accusation d'infidélité, Cleo* pâtre y consentit sans répugnance, égale-* ment persuadée de la bonté de sa cause et du pouvoir de ses charmes. Agée de ^ngt** sept ans , elle ajoutait h sa beauté naturelle lès orne^len9d^iVrt9 qu'elle avait dédaignés dans un âge plus, jeune : Inexpérience avait encore augjfifsnté son adresse ^t son esprit; et quoiqu'il y ,eut dans i Rome idea femmes qui l'égalassent. e|i beauté; awiine, ne lui était comparable pour les. agrémens de la conversation. A.ntQine était jÈi TftD3e,enCilicie, quand Çléopâtue. résolut d'aller le trou^ ver. £lle s'embarqua. s<ur le (CydnuA pour fdler à sa renGQi|tr0. . Son cortège était ma<^ gnifîque. Le vaisseau était couvert d'or , les voiles étaient de pourpre , et les Irames d'ar^ gent. Un concert d'instrumens se faisait entendre. Elle était négligemment étendue sur un lit richement décoré; elle avait la parure et les ornement que les poètes Ont coutume de donner a Vénus dans les descriptions qu'ils font dq cette déesse. A ses.côtés étaient deux enfans semblables à Cupidon. Dps nymphes vêlqes comme le/a Grtices et les

Néréides, l'environnaient Sur les bords du fleuye, on brûlait les parfums les plus rares. Une foule inn<»ibrâble admirait ca spectacle. Antoine, épris de la beauté de Cléopâtre, cx>nçut pour elle une passion violente, qui devint lacause de ses malheurs. Quand cette reine fut sûre de sa victoire ^ elle se disposa à retourner en Egypte. Antoine, oubliant tout autre objet, l'accom* pagna, et se livra avec elle à tous les genres de débâui^he aujtqaels il avait toujours été enclin, et à oeUes qu'on pouvait trouver cheiz un peuple corrompu.

Pendant qu'il restait dans l'oisiveté, son collègue Augu^ s'occupa de ramener les vétérans, de les établir en Italie, et de pour* voir h leur subsistance. Il leur avait promis des terres, comme une récompense due à leurs services ; mais ils ne pouvaient lès posséder sans en chasser les premiers habitans. On vit les temples et «les mes remplis de feamestenatit dans leurs bras leurs enfans, dont les taresses et l'innocence exci^ taient la pitié générale. Des hommes mariés, des bergers venaient implorer la compassion des vainqueurs , et leur demander une habitation dans une autre partie du monde:

de ce nombre était Virgile , à qui le monde entier doit plus qu'à mille conquérans. Il demanda humblement que son bien patri-> monifd lui fût rendu. Il l'obtint; mais ses compatriotes furent impitoyablement chassés de Crémone et de Mantoue.

Rome et l'Italie éprouvèrent les plus grands malheurs. Le soldat insolent pillait suivant son caprice : Sextus*Pompée^ maître delamer, interceptait toute communication ^ et empêchait le peuple de recevoir ses pro-^ visions de grains. A ces maux se joignit encore la guerre dvile.Fqlviey femme d'Aïk* tpine, qui Vavait laissée à Rome y jalouse et furieuse de la conduite de son époux, résolut d'employer tous les moyens de Farracher des bras de Gléopâtre. Elle pensa que le brouiller avec Auguste y c'était un moyen iiEUsile de le faire sortir de sa léthargie. Avec le secours de Lucius, son beau*frère^ elle sema de^ germes de dissension entre eux. Le prétexte dont elle ae servit y était qu'Antoine devait avoir, dans ladistribution des terres y une part comme Auguste. On entra en négociation, et Auguste offrit de prendre les vétérans pour arbitres de la querelle. Lucius n'y voulut point consentir.

de tous ceux à qui on avait enlevé les biens y il résolut de forcer Auguste à recevoir ses conditions; Ainsi la guert^ fut déclarée entre Antoine et Auguste, ou du moins les généraux d'Antoine s'appuyèrent de son nom. Auguste fut victorieux : resserré entre deux armées , Lucius fut obligé de se renfermer à Férouse, ou on l'assiégea. H fit plusieurs sorties vigoureuses. Fulvie employa , mais sans aucun succès , tous les moyens pour le secourir. Il fut à la fin réduit par la famine à une telle extrémité y qu'il sortit, et se livra lui-même a la* discrétion du vainqueur. Auguste le reçut , et lui pardonna généreusement, ainsi qu'à tous ses partisans.

Ayant appris la défaite de son frère et la fuite de sa femme , forcée de quitter l'Ita-lie, Antoine se détermina à marcher contre Ajiguste. IL s'embarqua à la tête d'une flotte considérable , et eut à Athènes une entrevue avec Fulvie. Il la blâma pour les troubles dont elle était cause , lui témoigna un profond ' mépris ; et la laissant sur son lit de mort , il partit pour aller combattre Augu^ite. Ils 86 rencontrèrent à Brundusium,

et Toa crat alors que les torches' de la gaerre cmle allaient se rallumer avec plus de fureur. Les troupes d'Antoine étaient nombreuses, mais récemment levées* II était secouru par Sextus-Pompée , don t le pouvoir croissait au milieu de ces contestations. Auguste commandait ces vétérans toujours victorieux ,,mais qui ne paraissaient pas vouloir combattre contre Antoine, leur premier générai On entra en négociation ; et la paix en fut le résultat On oublia mutuellement tous les affronts. qu'on avait reçus; et pour cimenter cette réconciliation , on conclut le mariage entre Antoine et. Octavie , sœur d'Auguste. Ils.se partagèrent de nouvt^au l'Empire romain* Auguste eut le comman-* dément de l'Occident, Antoine celui de l'Orient; Lépidus fut obligé de se contenter des provinces d'Afrique. Quant à Sextus* Pompée , on lui laissa toutes le» îles qu'il possédait déjà , et le Péloponnèse. On lui accorda de plus le privilège de demander le consulat, et de se £dre suppléer pendant son absence par un de ses amis. Lu mer fut libre » et l'on convint de laisser venir de la Sicile les grains pour le peuple. Ainsi fut conclue une paix générale, à la grande sa<*

Digilized by VjOOQ iC

fin de ses maax.j

Le seul obstacle à l'ambition d'Auguste , était Antoine, qu'il résolut d'éloigner : pour y réussir, il rendit à Rome son caractère méprisable. La conduite d'Antoine ne contribua pas peu au succès de son rivaL II avait marché contre les Parthes , à la tête d'une armée considérable; mais il fut obligé de revenir après avoir perdu le quart de ses troupes et tout son bagage. Antoine semblait être insensible au mépris. N'ayant de goût que pour les plaisirs , il ne se mêlait d'aucune affaire d'£tat, et passait sa vie avec Cléopfttre, qui étudiait l'art de nourrir et d'accrottre sa passion en variant ses plaisirs. Peu de femmes sont aussi célèbres poar avoir possédé l'art de donner du prix à des bagatelles. C'était tantôt une reine , tantôt une bacchante , tantôt une amazone. Non content de partager avec elle toutes les délices de l'Egypte , Antoine voulut augmenter le théâtre de ses débauches en lui donnant quelques-uns des royaumes qui appartenaient à l'Empire romain. La Phénicié » la Célo-Syrie, l'île de Chypre, une partie de la Cilicie, l'Arabie et la Judée , furent

^es dons qu'il lui offrit II n'avait pas le droit de les faire j mais en agissant ainsi , il prétendait imiter Hercule. Ce mélange de vices et de folie aigrit vivement les Romains} et Auguste, qui voulait profiter de leur ressentiment, prit soin d'envenimer touslesdéfautsdeson rival. Trouvant à la fin que le peuple était assez exaspéré, il envoya Octavie à Antoine, sous le prétexte de réclamer son marij mais pour avoir, dans le fait, un motif de lui déclarer la guerre, parce qu'il savait que sa sœur serait renvoyée avec mépris.

Antoitte était à Leucopolis avep l'adroite Cléopâtre, lorsqu'il apprît qu'Octavie, arrivée à Athènes, venait lui rendre visite. Cette nouvelle déplut à totis les deux. Craignant les charmés de sa rivale, Cléopâtre voulait cônvaincyfe son âniant dé sa passion patf une feinte tristèsSfe. Il k surprenait souvent versant des larmes qu'elle semblait vouloir cacher : il k Conjurait de lui apprendre la cause de ses chagrins. Par ces artifices et la flatterie dont elle faisait usage, elle devint tellement maîtresse d'Antoine, qu'il ordonna à Octavie de retourner a Rome, et refusa même de k voir ; et pour

//* Partie. 4 *

So HISTOIRE

insulter les Romains, il résolut de la répu-^ dier , et d'épouser Cléopâtre. Il assembla le peuple d'Alexandrie sur le théâtre public , où l'on avait dressé deux trônes, l'un pour lui, l'autre pour son amante. Il s'assit, vêtu en Bacchus , près de Cléopâtre , qui avait les omemens et les attributs d'Isis, la principale divinité des Egyptiens. Il la proclama ireine de tous les pays qu'il lui avait donnés, et il associa àl'empire Césarion,le fils qu'elle avait eu de César. Aux deux enfans qu'il avait eus de Cléopâtre , il donna le titre de roi des rois avec de vastes Etats ; et pour mettre le comble à ses absurdités , il envoya aux deux consuls romains le détail de toutes ces folies,

Auguste ayant des motifs sufiisans pouf déclarer la guerre, fit part au sénat de ses intentions. Cependant, coumie il voulait appaiserune insurrectien dans l'IUyrie, il différa pendant quelque temps l'exécution de ses desseins. L'année suivante, on fit des préparatifs contre Antoine, qui, pénétrant l'intention d'Auguste , se plaignit au sénat de ce que son collègue i^'était emparé de I4 Sicile sans lui en donner une part; ^u'il ayi^t pareillement dépossédé Lépidus^ qu'il.

DE L'EMPIRB ROMAIN. . 5i

tenait éloigné de Rome, et qu'enfin il n'avait récompensé que ses propres soldats. Auguste se contenta de répondre pfir un sarcasme à ces plainte^ 9 prétendant qu'Antoine ayant conquis le pays des Parthes, il pouyait donner à ses soldats des villes et des provinces entières.Gelui-ci piqué dece sarcasme envoya sans différer son armée en Europe, pour marcher à la rencontre d'Auguste, pendant que Cléopâtre le suivait à Samos. Il était ridicule de voir ce mélange de préparatifs faits pour la guerre et les plaisirs^ Tous les rois de l'Egypte et des provinces situées près du Pont-Euxin , eurent l'ordre d'envoyer des secours d'hommes, de provisions et d'armes. D'un autre côté, des comédiens, des danseurs, des bouffojgis et des musiciens accompagnaient Antoine. .

Son séjour à Samos, celuiq^'ji fit à Athènes^ où il ordonna de nouveaux honneurs à Qéopâtre, furent extrémemeint avantageux à Auguste, qui aurait à peine pu lui résister s'il eût marché en Italie. Mais il eut le temps de poursuivre la guerre , qu'il lui déclara bientôt en forme. Les deux armées se trouvèrent en état de s'attaquer et de combattre pour une cause aussi importante. L^une était

5a HISTOIRE

formée de toutes les troupes de l'Orient, et l'autre de toutes celles de l'Occident. Antoine avait cent mille fantassins et vingt mille chevaux j sa flotte était de cinq cents vaisseaux de guel^rc. Auguste n'avait que quatre* vingt mille hommes d'infanterie; mais sa cavalerie était égale à celle de soa adversaire. H n'avait que la moitié du nombre des vaisseaux d'Antoine; mais ses vaisseaux étaient mieux construits et armés de meilleurs soldats.

L'affaire décisive fut un combat naval , An 7^7. qui se livra près dl^ctium, dans TEpire, à l'entrée d'un golfe , devant lequel Antoine rangea ses Vaisseaux. Ceax d'Auguste étaient vis-à-vis. Aucun des deux généraux ne prit une position pour corn- Inandér; mais tous les deux allaient 'de vaisseau en vaisseau , par -tout où ils croyaient leur présence nécessaire* Les soldats des deux armées de terre étaient des deux côtés du golfe, seulement comm^ simples spectateurs. Us encourageaient les flottes par leurs cris j et les excitaient à engager Tactioil. Le' combat commença avec une ardeur égale 9 et d'unid manière incon* jriue jusqu'alors! Les proues des vaisseaux

étaient années de pointes d'airain que les combattans dirigeaient mutuellement contre les vaisseauxennemis. On se battit d'abord avec f ureu r, et sans aucun avantage pour l'un des parlas. Cependant il y eut un léger désordre dans le centre de la flotte d'Antoine. Mais tout-à-coup Cléopâtre détermina le.

succès d'Auguste. Frappée d'un sentiment de terreur peut-être naturel à son sexe^ elle fuit avec soixante vaisseaiix. Ce qui augmenta la surprise générale,. ce fut de voir Antoine la suivre avec précipitation, laissant sa flotte à la disposition du vainqueur; L'armée de terre se voyant sans chef, se soumit aussi-tôt

Antoine poursuivit Cléopâtre dans une galère à cinq rames. Arrivant à coté de son vaisseau , il y entra sans désirer de la voir. Elle était sur la poupe; il se plaça sur la proue, et y resta dans un triste silence. Trois jours se passèrent , pendant lesquels la honte ou l'indignation l'empêcha de parler à Cléopâtre , et de la yoir. Les compagnes de la reine les réconcilièrent à la £n ; et ils furent ensemble comme auparavant. Il avait encore la consolation de croire que son armée lui était deniteurée fidelle ; il lui

mais il fat détrompé à son jaurrivée en Afrique, où il apprit que ses troupes s'étaient soumises à son rival. Cette nouvelle lui causa une telle fureur, qu'on eut beaucoup de peine à l'empéclier de se tuer. Â la fin , il céda aux prières de ses amis, et se rendit à Alexandrie. Cléopâtre semblait conserver dans son infortune ce courage qui avait en* tièrement abandonné son amant Ayant amassé, soit par des confiscations ou d'autres actes de violence, des richesse» c^nsidé- Tables, elle forma un projet singulier et inoui ; ce fut de transporter sa flotte dans la mer Rouge , au-delà de l'isthme de Suez, et de se sauver avec tous ses trésors dans un pays lointain, hors de l'atteinte de la puissance romaine. Déjà quelques-uns de ses vaisseaux étaient partis d'après ses ordres ; mais les Arabes les ayant brûlés , et Antoine la dissuadant de son projet , elle y renonça pour en former un dont le succès était beaucoup moins probable ; c'était de défendre l'Egypte contre Auguste. Elle n'omit rien de ce qui était en son pouvoir , et fit tous les préparatifs de guerre , espérant au moins obtenir deison ennemi des condi-

DlB L'EMPIRB ROMAIN. 55

lions meilleures. Elle avait été plutôt attachée à la fortune d'Antoine qu'à sa personne, et il est probable qije si elle eût pu se sauver en le sacrifiant , elle l'eût fait avec joie. Quoiqu'elle eût près de quarante ans, elle comptait encore sur le pouvoir de ses charmes y et desirait en faire sur Auguste le même essai qu'elle avait fait sur d'autres avec tant de succès. Dans trois ambassades envoyées par Antoine à Auguste, elle eut ses émissaires particuliers chargés de ses instructions. Antoine ne demandait que la vie et la permission de passer ses jours dans l'obscurité. Auguste ne fit aucune réponse à ces propositions. Cléopâtre lui en fit d'autres publiques en faveur de ses enfans ; mais en même temps elle offrait se-* crëtement de lui remettre la couronne et les marques de la royauté. On ne répondit point aux propositions publiques; mais Auguste lui fit dire qu^elle pouvait compter sur sa protection , dans le cas où elle renverrait Antoine ou le ferait mettre à mort. Ces négociations ne furent point si cachées ' qu'elles ne parvinssent aux oreilles d'Antoine, dont la fureur et la jalousie augmeniaieat à chaque instant. Il bâtit une maison»

et s'y enferma, s'abandonnaat anx paastons qui tourmentent les tyrans quand ils sont malheureux. Il y passait sa vie loin du €X>m« merce des hommes, et prétendant imiter Timon dans sa haine contre le genre humain. Cependant la jalousie le chassa de sa xetraite, et le fit rentrer dans la société ^ où il apprit que Clcopâtre avait des entretiens secrets avec Thirsas, émissaire d'Auguste, Il le fit prendre , le punit d'une manière humiliante et cruelle , et le renvoya à son maître, à qui il manda que Thîrsus avait' été châtié pour avoir insulté un homme dans l'infortune, Mais Auguste se vengea en faisant subir le même traitement h Hy pparque, affranchi d'Antoine. Celte venr geance plut à Antoine, puisque aonaffran^ cîii l'avait abandonné pour suivre la fortune de son heureux rival- Auguste s'approchait de Pélose avec une autie ariîtée. La situation de cette ville pouvait retarder sa marche; mais le gouverneur, soit manque de courage, soit par les ordres de Cléopatre , livra la place ; de iiïanière qu^ Auguste ne trouva plus aucun obstacle jusqu'à Ale3:andrie y où il se rendit

DE L'EMPIRE ROMAIN. 5j

arec promptitude. A son arrivée , Antoine jit une sortie pour s^opposer à son rival y 9e battit avec désespoir , et mit en fuite la cavalerie de l'ennemi. Cet avantage ranima aes espérances^et oommeil était naturelle-, ment vam, il rentra en triomplie dans Alexandrie. Allant au palais tout armé , il embrassa Cléopâtre, et lui pré^nta un soldat qui s'était distingué dans l'action. La reine le récompensa avec magnificence ^ et lui donna une cuirasse d'or massif. La nuit suivante, le soldat fût dans l'autre armée, voulant mettre prudemment ses richesses en sûreté ep passant du côte du plus fort. Cette désertion alluma la colère d'Antoine. Il résolut de faire un dernier effort sur. terre et sur mer , et commença par défier son rival dans un combat particulier; mais

auguste connaissait trop bien Tinégalité de nrs conditions pour accepter cette proposition désespérée. Il répliqua fi^oîdèraent : ce Antoine a assez* dé moyens de mourir sans D un combat particuliers.

Le lendemain, celui-ci campa les ttoupes qui lui restaient sur une colline , près de la ville, d'où il envoya l'ordre à ses galères d'engager le combat. Il voulait en être spec-

6o HISTOIRK

les entrailles, et tombe. Quoique la blessure fût mortelle , le sang s'arrêta y et il' reprit conmaififsahce; il conjura ceux qui entrèrent dans la chambre , de terminer ses jours : mais tous s'enfuirent, saisis d'horreur et d'épouvante: *I1 resta dans cet état jusqu'à ce qu'il apprit d'un des secrétaires de la reine, qu'elle existait encore. Il demanda à être transporté dans le lieu où elle était On le porta à la maison qu'habitait Cléopâtre ; inaiâ Cette reine, accompagnée seulement \ de deux femmes , ne voulut point ouvrir la I porte. Elle jeta dés cordes d'une fenêtre , où on mdntà Antoine avec beaucoup de difficulté. Baigné dans son sang , il tendit la main à Cléopâtre, et fît db faibles efforts pour se lever du lit sur lequel il était étendu. La reine s'abandonnant à la douleur, déchire ses vêtémens, se frappe la poitrine ; et bkîsant sa plaie , elle appelle Antoine son amant , son roi , son dieu. Antoine la prie de modérer son chagrin , et de vivre, si elte peut conserver l'honneur et la vie: ce Quant à moi, ne pleurez jf) pas mon infortune , lui dit- il; mais félîciy> tez-moi du bonheur dont j'ai joui. J'ai vécu » le plus heuFeux et le plus puissant des

D£ L'EMPIRE ROMAIN. 6t

1» hommes, et ma chute n'est point ignomi* 3!> nieuse ije suis Romain, et paincupar un y^ Romain y^. Il expira en prononçant ces mots.

Auguste y instruit du désespoir d^ Antoine, lui avait envoyé Proculéius pour rengager, par tous les moyens, à lui livrer Cléopâtre* II avait cl^ux motifs pour ^gir ainsi; l'un était d'empêcher la perte de^ trésors qu'elle avait renfermas flairs jsi^tpmbe ; Tautre était de vouloir émbellijr sçn triomphe par la présencjB de cette r(sû{i^* Toujours sur ses gardes» Cléopâlre riefi^ tout entretien avec !Proculéi.ys 9 à moip^ qu'il ne Coitsentit à lui parler à travers )^ porte di^ tombeau, â'étant à |a jSii;i procuré une échelle , U monta, suivi de dpnx soldats , par la fenêtre où était entré Ai^toine, Çléop^trie s'en appercevant, saisit, pour se. tuer , un poignard qui peiidait à 8£^ ceinture ; mais Proculéiui^ l'en empêcha. Auguste la voyant en son pouvoir, envoya j^Ipaphrodite pour Pâmenerason palais. Il était chargé de la sur*** veiller , de la traiter avec tout le respect et la soumission dus à son rang, et de faire tout ce qui ppuvait lui rendre sa captivité agréable.

lassent rendre les derniers devoirs. à Antoine, cette consolation fut réservée à Cléopâtre , qui eut seule la permission de lui payer ce dernier tribut Elle Tensevelit do ses propres mains : on lui donna ce que sa digpité pouvait recevoir, ce que son amour pouvait offrir* Elle languit dans sa nouvelle prison. Les pertes qu'elle avait faites , sa douleur violente , les coups qu'elle s'était donnés dans le sein , lui causèrent une fièvre dont elle desirait les progrès. Elle résolut, en se refusant toute nourriture, de mourir de faim ; elle prétextait que c'était un régime nécessaire pour sa maladie : mais Auguste, instruit par ses médecins de son véritable motif, la menaça de la punir dans ses enfans, si elle mourait Ne pouvant résister à cette considération , et craignant de causer la mort de ses enfans, Gléopâtre se soumit au traitement qu'on voulut lui faire subir, et consentit à vivre. Sa santé se rétablit bientôt

Auguste fit son entrée dans Alexandrie.

Il eut soin de calmer les terreurs des habitans, en causant fEtmilièrement avec le pfiilospphe Arcus , qui était de cette ville. Les

fâtoyens tremblaient cependant à son appro^ che. Qaand il se plaça sur le tribunal , tous se prosternèrent devant lui^ comme de^ coupables qui attendent leur sentence. Auguste leur ordonna de se relever , leur disant qu'il avait trois raisons de leur pardonner, son respect pour Alexandre , le fondateur de la ville; son admiration pour la beauté d'Alexandrie; et son amitié pour Arcus^ leur compatriote. Deux seulement furent mis à mort, Tainé des enfans d'Antoine, et Gésarion, fib de Jules^^ar , que leurs tu* teursluilivrèrent Mais ceux-ci furent bientôt après punis de leur perfidie. litraitaavec bonté les autres en£ms de Cléopâtre , les laissant jà la garde de ceux à qui ils étaient confiés, et leur faisant fournir ce qui cou* venait à leur rang. Cléopâtre se rétablit. Auguste lui rendit une visite : elle le reçut de son lit; mais, à son entrée, elle se leva et se prosterna devant luL Les malheurs avaient répandu sur ses traits un air mélancolique. Ses cbeveux étaient épars, sa voix tremblante ,son teint décoloré, et les larmes avaient gonflé ses yeux. Cependant elle était belle encore. Ses^races , la douceur séduiunte de ses regards ^ attestaient le pouvoir

la fit asseoir , se plaça à côté d'elle. CléopÂtre s'était préparée à cette entrevue; elle mit tout en usage pour adoucir le rainqueur; prières , séductions , caresses , tout fut em* ployé pour cidmer le ressentiment d'Au--» guste. Elle commença par vouloir se justi* fier; mais quand des preuves manifestes mirent son art eu défaut, elle supplia Auguste » lui rappelant l'humanité de César envers les malheureux EUe lut quelque^ lettres pleines.de tendresse , et s'étendit sur son ancienne liaison avec le vainqueur des Gaules. «]Vfai3àqnoime servent aujourd'hui 7^ tous ses bienfaits ! s'écna^t-elle ; pourquoi » ne suis-je point morte avec lui! . • • Mais il y> vit encore; il me semble le voir : il respire >^ dans vous »• Auguste, à qui ces moyens n'étaient point étrangers, demeura ferme contre tous les assauts, lui répondant avec une &oide indifférence qui força Cléopâtre de s'y prendre d'une autre manière. Elle intéressa son avarice , en lui présentant l'inventaire de ses trésors et de ses bijoux ; ce qui donna, lieu à une scène singulière , qui prouve que les anciens n'avaient point la délicatesse des modernes. Un de ses maîtres-

Dfi L^ÉMPIRB ROMAIN. 65

d^hôtel ayant fait roiuarqaer que Tinventaire n'était point exact, et qu'elle avait caché une partie de ses effets, elle entra dans une colère furieuse , se leva de son lit , et le saisissant par les cheveux , elle le frappa au visage. Auguste sourit de sa fureur , la reconduisit à son lit , en la priant de se tran* quilliser. Elle répliqua qu'elle ne pouvait souffrir qu'on l'insultât en présence de quelqu'un pour qui elle avait une haute estime. « Et en supposant que j'aie caché quelques » omemens , suis-}e blÂmable de les réserver » pour livie et Octavie , qui , je l'espère y » intercéderont pour moi auprès de vous »? Cette justification , qui montrait le désir qu'avait Cléopâtre de conserver sa vie, ne déplut point à Auguste. Il lui dit avec politesse qu'elle était libre de garder ce qu'elle avait, et qu'où lui accorderait ce qu'elle pourrait désirer.. U prit congé, et sortit, croyant lui avoir rendu le goût pour la vie, et l'avoir familiarisée avec la honte de pardtre en public au triomphe qu'il méditait à son retour à Rome j mais il fut trompé dans son attente. Cléopâtre avait conservé une correspondance dans le camp d'Auguste avec Dolabella , jeune Romain d'une haute //' Partie. 5

naissance , qui , par compassion ou par d'autres motiSi j s'intéressait à ses malfaears. Elle sut par lui qu'Auguste devait, sous trois jours , l'envoyer à Rome avec ses enfans, pour orner son entrée triomphante. £lle résolut à la fin de mourir. Se jetant sar la tombe d'Antoine , et pleurant sa captivité , elle }ura de ne pas lui survivre. Apres s^étre baignée , «t avoir ordonné un repas somptueux, die se para richement , et prit part à la fête. Lorsqu'elle fut terminée , elle ordonna qu'on la laissât seule avec deux de ses femmes. Elle avait trouvé le moyen de £dre porter chez elle un aspic , caché dans une corbeille de fruits. Elle écrivit à Auguste son funeste dessein , désirant d'être déposée dans la tombe d'Antoine.

Au teçu de sa lettre ^ Auguste envoya à l'instant chra elle pour arrêter ses projets ; mais il était trop tard. En entrant dans la chambre de Cléopâtre, les envoyés l'appercurent mourante sur son lit, vêtue de ses habits royaux. Près d'elle , Iras , l'une de ses fidelles suivantes , était étendue aux pieds de sa maîtresse, et Charmion , sa compagne, soutenait le diadème sur la tête de Cleol^nlrç. « C'en est donc fait ! s'écria l'un dea

DE L'EMPIRB KOMAIN. 67

3) nie3sagers. — Oui , répliqua Charmion y » c'en est fait : une telle mort ccmvient à une » reine, fille d'ancêtres couverts de gloire». £a prononçant ces mots , elle expira avec 0a maîtresse chérie.

Page 1