‹ Abrégé de l'Histoire romaineChapitre 26 sur 30 · CHAPITRE II · texte numérisé non relu

CHAPITRE II

Depuis le commencement du règne d^uàu^ guste jusqu^à la mort de Domitien , le dernier des douze Césars.

liA mort d'Antoine rendit Auguste maître ^e TEmpire romain. Il revînt à Rome em triomphe. Les fêtes et les spectacles magnifiques qu'il donna au peuple , commencèrent à faire oublier ses premières cruautés. U ré« sol ut dès*lors d'affermir, par sa clémence^ tin trône dont la base était ensanglantée. Il jouissait d'une autorité sans bornes , qu'on n'avaitpointencore vue jusqu'alors. Lafierté des Romains et ces traits caractéristiques qui les distinguaient de tous les autres peuples, n'existaient plus. La ville était peuplée d'étrangers de tous les pays ; et comme il n'y avait plus de principes de patriotisme, peutêtre le gouvernement monarchique était-il le meilleur pour unir entre eux tous les membres de l'Empire. Cependant on doit remarquer que , pendant ces longues con-* testations , et tout le temps de la durée de la guerre civile , ce fléau dévastateur, lapuis«-

sance de l'Elit ^^Qcjru,t t)e )Qqir ej» JQur à nn tel pQwt> qu^e Itoia^ ks^ roi« qioJi'TQiiliireQjty mettre ob^tocle faneot 4^riiits.

Ii^pcemier «aùi d'Auguftte fiji de3^as9orer dm amis /d'Antoine : poai: pwY^xii;* À ce bot ^ il publia qu'il aTait^r^lé.^ Mts lea li» > i)es lettra» iet les écrijts ,de son ri^nl ^ convaincu qoe Jtaol que setan^s ae^^oàrfu^iit wupçonnés 9 ils CFaindiraîeDt délai o&ûr l^^amitié*

Après avoir gagné le teâne par la fonce, il résolut^ de goavemer par leaénat» Il aayait que ee corps^ quoiqu'il eàt perdu.dejMm an-? cience splendeor , iiait ttuxuDexepaiidant le mieus: jcompQ^ y A le plus isi^fiable .de gour verner arec justice et Sagesse. Il donna donc aux sénateurs Je pouvoir piificipal^ et s'at-^ tacha le peuple et l'armée par des dons £t des actes jde hâenVicâHance» Parises moyens , l'odieux d'une jusiice rigoureuse tombât sur le sénat, pendant qu'il étfut l'ol^et de l'amour du peuple. En rendant au aén^t do la considération , et n'acQordsnt rien aux gens corrompus , il voulait jouir d'un ppu:^ voir modéré, auquel cependant perspnnene pouvait mettre obstacle. Son autorité n'était absolue- que pour conjtenir tout le monde

jouir de la plus grande puissance : mais le peuple abusé vit avfec étonneikient sa modération. Les Romains se croyaient libres de tout faire , excepté de se soulever ; et les sénateurs pensaient qu'ils pouvaient tout^ excepté commettre une injustice. On a toujours dit que , sous ce gouvernement , les Romains jouissaient de tous les bienfisdts de la liberté y en même temps qu'ils étaient exempts des maux qui l'accompagnent. Cette observation peut être vraie sous un monarque tel qu'Auguste ; mais sous ses successeurs y on pensa différemment , quand on se vit exposé à tous les châtimens que la capricieuse tyrannie pouvait infliger, ou que les révoltes rendaient nécessaires.

Ayant établi cet ordre admirable, Auguste fut en proie à des passions différentes. Il hésita pendant long-temps , ne sachant s'il con- 8erveraitrEmpire,ou s'il rendrait au peuple son ancienne liberté. Mais il suivit l'avis de Mécène, qui lui conseillait de garder le trône. Il se conduisit ensuite d'après les con-» seils de ce favori, à qui l'on doit attribuer la douceur, l'affabilité, l'humanité d'Auguste. Il encouragea les savans , au nombre des-

quels Virgile et Horace furent les premiers, avec qui il s'entretenaitsouvent , etauxquels il accorda son amitié. En revanche , ils calmèrent ses chagrins et chantèrent ses louanges dans tout l'Empire.

Après avoir ainsi donn^ aux Romains la paix et le bonheur, Auguste , convaincu de l'attachement général qu'on avait pour sa personne , résolut de donner au peuple l'idée de sa magnanimité. Ce n'était rien moins que d'abdiquer la couronne. A cet effet, il instruisit ses partisans dans le sénat, de ce qu'ils avaient à faire, leur adressa un discours étudié sur la difficulté de gouverner un Empire aussi étendu : (( Tâche , disait*il , » que les dieux immortels pouvaient seuls 3> remplir ». Il parla modestement de son incapacité ; et feignant une générosité rare , il céda tout le pouvoir qu'il avait gagné par ses armes, et que le sénat avait confirmé. Il répéta l'offre de rendre cette autorité, donnant à entendre qu'il conservait encore le véritable caractère des Romains. Ce discours fit sur les sénateurs un effet différent, suivant qu'ils étaient plus ou moins dans le secret Quelques-uns croyant à la sincérité de sa eonduite, regardaient celle acliou

qu alors ; d autres soupçonnaient ses mten^ lions, quoiqu'ils ignorassent ses motifs j plusieurs, et c'étaient eeux qui avaient souffert pendant les niouvemens populaires , crai— gnaienl de les voir renouveler : mais, le plus grand nombre, instruit par les ministres d'Auguste , rintertompait fréquemment pendant qu'il parlait , et témoignait son indignation. Us le conjurèrent unanimement de ne point déposer le sceptre ; et comme il persistait dans sa résolution , ils lui firent, en quelque sorte , violence. Afin que sa personne fût plus en sûreté , on doubla la paye de ses gardes. De son côté, pour paraître accorder quelque chose , il permit au sénat de gouverner quelques provinces de l'intérieur, réservant sous sa domination les plus pubsantes , et celles qui demandaient pour leur défense des armées consi-^ dérables. Il reprit l'autorité pour dix années seulement, laissant au peuple l'espoir de recouvrer son ancienne liberté. H prit en mêifie temps les précautions nécessaires pour que le pouvoir lui fût renouvelé tous los dix ans.

Ce spectacle d'une abdication feinte servit

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à affermir sa puissance et à li^i coacilieir l'amour de son peaple^ On lui âonoA à cettp An 727. époque le nom d'Auguste. ( Je m'en suis servi, parce qu'il est connu sous ce nom dans l'histoire* ) On ordonna de planter à sa porte un laurier. On donna le nom de palais à la maison qu'il Jiabitait le ti^re dé père de la patrie fut confirmé, et l'on déclara sa personne inviolable et sacrée. La flatterie , en un mot, s'épuisait pour, trouve^ quelque manière nouvelle de lui plaire- Quoiqu'il n:]^prisât les sénateurs^ il souffrit leur hommage^ sachant biem que les titres inspirent le respect , et qu^ le rejipect çon.so^ lide l'autorité.

Après qu'Auguste eut gouverné pendant dix ans , le sénat approuva par serjoeuft tout ce qu'il avait fait, et déclara qu'il était ^udessus des loix. Oj> lui offrit , quelque, ^mps après , de jurer soumission , non-seulement aux loix qu'il avait dé^à faites, n^ais a, celles qu'il ferait à l'avenir. lies pères établirrat la coutume d'ordonner, au moment 4e leur mort 9 à leurs enfans d'aller porter au Car pitole une offrande, avec une inscription qui attestait qu'ils avaient, h jour de leur mort , laissé Auguste jouissant de la santé.

où l'empereur ferait son entrée dans la ville. Dans une disette de grains, le peuple le pria d^accepter la dictature: mais il n'y voulut jamais consentir, ce titre ayant été aboli par une loi.

Cette multitude de titres et de dignités ne diminua en rien son exactitude à remplir^ ies devoirs. Il fit rendre plusieurs édits utiles , tendant à réprimer la corruption du déhat'et la licence du peuple. Il ordonna qu^Il n'y aurait plus de spectacles^ de gladiateurs sans un ordre du sénat, qui ne pourrait l'autoriser que deu^ fois dans l'anriée : cette loi de police était nécessaire à une époque aussi corrompue. On amenait par troupes sur ïe théâtre ces infortunés j on les forçait de se battre souvent jusqu'à ce que la moitié d'eux eût tué l'autre. La coutume était encore de voir danser sur le théâtre les chevaliers et les dames du premier rang. Il leur interdit à l'avenir cet exercice , et leur défendait de le permettre à leurs ènfans ou petits-cfnfans. Il mit à l'amende ceux q^ui avaient refusé de se marier, et récompensa lés pères de plusieurs enfans. Il ordonna que les filles ne se marieraient point ayant douze

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ans. n défendit de tuer um adultère, quand même on le prendrait* àiir^ lô^feit II étabKtî un règlement pour faire traiter avec res^ pect les sénateurs ,- voulant leur rendre^ën iionneurs ce qtf il leur avait enlevé de leur pouvoir, n déclara que personne ne pourrait acquérir la' liberté romaine, sans avoir préalablement subi un examen sur son mérite et son caractère. II établit sur les esclaves de nouvelles règles ^ auquelles il se soumit le premier. Qùoiqu^il aimât passionnément les acteurs, il soumettait leurs mœurs à la censure , ne tolérant ni la débauche ni la licence. En favorisant les luttes entre les athlètes, il ne permit point au:^ femmes d'assister à ce spectacle, prétendant que la modestie qui convenait à leur sexe , leur défendait ce délassement, puisque les athlètes étaient nus. Pour prévenir l'intrigue et- la corruption dans la distribution des charges, il exigea des candidats des sommes considérables j qu'ils perdaient quand ils avaient commis quelques fautes. On a Vait)usqu^alors défendu aux esclaves de témoigner contre leurs maîtres ; mais il abolit cet usage , et fut le premier qui vendit ses esclaves à pu autre. Ces loix, et d'autres qui tendaient à extirper

les mœurs du peap}e ; et h radjesse dçs Romains s'adoa/Qil;.

Il contribua k poliçar ^es fpjoips^trtote^^ par son propre e^e^ple: étant ^u- dessus d'elle I il jti'aTait rien^ ri^qfifcer ^i^ deyeQant affable. Familier ayec ftcHit le mpni^e^ il époutait mjêm^les reproche^ avec douceur. Qi^oi* qu'il eut le pomrQir da con4<^i9ner Q» 4'al»^ soisdre, il ifinterrpiiipit )amaî,s Iç^cojiii^de^ loix, let souv^epit on U. vît plai^^ po»r ce^uc auxquels il ô^inÂéressait. LWoqat quidéfeudait Primas, demandant ayec inso)i^iu^ quel sujpt amenait Auguste , l'empjereur répondis avec soumission^ la république. Un <de ses soldats lui ay^t demaindé^^ protec^^DipL» il lai coAs^ill^ de s'adresser à pn ^vopat et Ah ! ))r répliqua, le vétéran^ ce ju'est point par i^ }>, avocat que je défendis yptrp,Gau3e à la ha-" » taille d'Actium))!Ënçhant^ d^cette réponse, Auguste plaida iMi-méme , et gagna pour le vétéra«# TJji jour; le. rçspect extrême a^rec lequel on Jiui pré^^ta un pUcet , )pi déploJU « Ami,s'écriM-il9 on .dirait que vous appro* » chez d'unéléphant plutôt quecl'4mliomme : » soyez .plus hardi »» Assis une ^utr^ fois^ur son tribunal , il était disposé à être sévère;

Mécène qui s'en apperçut , ne pouvant per« der la foule y lui jette un papier sur lequel était écrit : lèpe-tài , bourreau ! Auguste lut ces mots sans mécontentement ; et se levant aassi*tôt, il pardonna à ceux qu'il allait condamner. Mais ce qui momtra davantage le changement qui s^était fait dans lui , ce fut sa conduite magnanime envers ComélinS'^ Cinnû) petit-£ls de Pompée. Ce noble avait conspiré contre Auguste. Ceiui-ci envoya chercher les conjtrrés , qu'il congédia après utle légère réprimande. Mais voulant mor-« tifier Ginna par sa grandeur et sa générosité : a Je vous ai, lui dit^il, donné deux fois la r^ vie y comme i înon enneûii et comme à un D conspirateur; je vous donne aujourd^ui » le consnkt Vivons désormais en amis, et }!> voyons qui des deux vaindra Fautre; moi , p par ma oonfianoe , et Tdtts , par votre 1» fidélités.

Ce fut en pratiquant ces vertus qu'il régna long-temps. Il semble avoir été le premier qui dit voulu acquérir de la gloire en favo-* risant les arts , et qui ait gagné l'affection des soldats , sans avoir aucun talent militaire^ Cependant les armées romaines furent triomphantes S01V3 ses lieutenans. Des ambassa*-

humblement la paix , et les Farthes uue alliance; l'Inde en fit de même. La Germanie fut soumise à sdn empire, et le Wescr reçut ses loix. Victorieux par terre et par mer, il ferma le temple de Janus^ et Tuni- Tcrs fut en paix sous son règne.

Mais il avait des chagrins domestiques : il s^était marié à Livie, femme de Tibérius- Néron, du consentement de son. mari, et lorsqu'elle était grosse de six mois. Cette femme impérieuse , sachant qu'elle était aimée , le tourmentait par ses caprices. Elle avait deux enfans , Tibère et Drusus , le plus jeune des deux , et qui naquit après le ma* riage d'Auguste ; ce qui fit croire qu'il en était le père. Tibère , qu'il adopta dans la suite , et qui lui succéda, était un bon général, mais d'un caractère opiniâtre et soup* çonneux, qui troubla la tranquillité d'Auguste.Il fut exilépendant cinq ansàRhodes, où il vécut d'une manière retirée^ conversant avec les Grecs , et se livrant à la littérature, dont il fit ensuite un mauvab usage. Mais ce qui causa plus de chagrin à Auguste, fut la conduite de sa fille Julie , qu'il avait

eue de Scribonie, sa première femme. Julie , qu'il maria au général Agrippa, et ensuite à Tibère y ne mettait point de bornes à son libertinage. Non contente de se livrer aux plaisirs , elle était encore la première à publier son infamie et des débauches. Elle parvint à un tel pointdlmpudence y qu'elle don« nait la nuit ses rendez- vous dans le quartier le plus fréquenté de la ville. La cour même de son père n'était point à l'abri de son effronterie. Auguste eut d'abord l'idée de la faire mourir; mais , après quelques réflexions , il l'exila à Fandatarie, en lui défendant l'usage du vin et des liqueurs. Il défendit d'aller la voir sans sa permission ^ et lui donna pour société sa mère Scribonie. Quand on intercédait pour Julie , il avait coutume de répondre que le père et la fille ne pouvaient pas plus demeurer ensemble que l'eau et le feu. Ayant , en grande partie, survécu à ses contemporains , Auguste, dans sa soixante-quatrième année , pensa à s'éloi* gner des &tigues du gouvernement, et à établir Tibère pour son successeur. Il pria les sénateurs de ne plus le saluer au palais , et de ne point s'inquiéter si désormais il ne s'entretenait plus avec eux. Depuis qette

Augaste ne put cependant renoncer entièrement à Tadministration , accoutumé qu'il était à se livrer aux plaisirs et aux affaires, n continua sa conduite vigilante, et parut aimer le peuple jusqu'au dernier moment. Trouvant, à raison de son âge , qu'il ne lui convenait plus d'aller au sénat , il témoigna le désir d'avoir , pendant un an , vingt consëillers-ptivés près de sa personne. On décréta que toutes les mesures qu'il prendrait avec eux et les consuls, auraient force de loi. H parut craindre l'approche de la mort , fit son testament , et le remit aux vestales. Il fit avec solennité le dénombrement du peuple , qui montait à quatre millions cent trente-sept mille hommes; ce qui montre que Rome égalait dans ce temps quatre des pi us grandes villes des nôtres. Pendant qu'on faisait cette cérémonie pompeuse dans le Champ-de-Mars , on dit qu'un aigle , après avoir volé plusieurs fois autour de l'empeteur, alla se poser dans le temple voisin, sur le buste d'Âgrippa.Les augures annoncèrent que c'était le présage de la mort d'Auguste. Quelque temps ^près, accompagnant Tibère

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dans son expédition en Illy rie , il tomba malade. A son retour , il envoya chercher Tibère et ses plus intimes amis. Quelques heures avant de mourir il deiiianda une glace , et fit peigner ses cheveux avec soin. S'adressant ensuite à ses amis qui environnaient son lit , il les pria de lui dire s'il avait bien joué son rôle dans la vie. Sur leur réponse affirmative^ il s'écria : applaudissez-' moi donc! Il expira dans les bras de Livie à l'âge de soixante-sieze ans, après en avoir régné quarante-un. Il recommanda à Livie de n'oublier ni leur union , ni leur dernier adieu.

La mort de l'empereur causa,' dans tout l'Empire romain , une profonde affliction. Quelques personnes supposèrent que Livie avait hâté sa fin, en voulant £sdre jouir son fils plus promptement du trône. Quoi qu'il en soit , elle cacha pendant quelque temps la mort d'Auguste, ayant fait garder toutes les avenues du palais, et donnant à entendre, tantôt que son mari était mieux, et tantôt qu'il avait eu une rechute. Ayant à la fin réussi à lui donner un successeur, elle publia sa mort, et l'adoption de Tibère à l'Empire. Ijcs funérailles de l'empereur se

IV Partie. 6

Foraison funèbre. On lut ensuite son testa* ment y dans lequel Ti^re et livie étaient nommés ses héritiers. Auguste avait été jaloux de servir sa patrie jus([u'à son dernier soupir , et la douleur du peuple répondit aux peines qu'il s'était données. On décréta que toutes les femmes porteraient le deuil pendant une année entière. On lui bâtit des temples : on lui rendit les honneurs divins ; et Numérius - Âtticus , sénateur, voulant tourner à son profit Tadulatiotl générale , reçut une somme d'argent considérable pour avoir assuré pat serment qu'il avait vu Auguste monter au ciel ; de sorte que le peuple ne douta plus ^u'il ne fût au nombre des dieux.

Tels furent les homietjirs rendus à Auguste, dont la puissance commença par le carnage , et finit par le bonheur des Roumains. On disait k cette occasion que s'il ne fut jamais né , ou s'il eût toujours vécu, le genrehumàin n'aurait jatnais cessé d'êtrebeureux. n est possible que ses collègues Payant excité aux cruautés qu'il commit pendant le triumvirat ^ il pouvait croire que ce fut

une vertu de venger la mort de César. Ce qu'il y a de certain , c'est que sa sévérité était nécessaire pour rétablir la tranquillité publique ; car le gouvernement monarchique n'avait de stabilité qu'en ôtant aux Romains leurs anciens principes* Il gouverna ses sujets avec les formes républicaines , et leur donna tous les avantages qui résultent de la monarchie tempérée par une prudence consommée. Il a surpassé les rois les plus célèbres; et si Ton pouvait séparer le nom d'Octave de celui d'Auguste , ce serait un des meilleurs princes dont Thistoire eût transmis le souvenir. Vers ce temps, Jésus- Christ naquit en Judée.

Tibère était âgé de çinquante*six ans lors- An de R. qu'il monta sur le trône. Il vécut ^a" deJ C ^^"^ Auguste dans la plus prolo. fonde dissimulation , et n'avait

poiift encore la hardiesse de se montrer tel qu'il était. La prudence , la générosité , la clémence , brillèrent au commencement de son règne; mais les snocés de son neveu Germanicus , fils de son frère Drusus , firent paraître au grand jour les inclinations de Tibère et sa méchanceté. A peine était-il sur le trône, qu'il apprit que les légions

s'étaient révoltées au bruit de la mort d'Auguste; mais elles rentrèrent bientôt dans l'ordre, et leur chef Percennius fut tué. Une sédition dans la Germanie fut accompagnée de circonstances bien plus graves. Germanicus, jeune homme recommandable par ses qualités , et adopte par le dernier empereur, commandait dans ces contrées.

Les légions avaient profité de son absence pour se révolter, assurant que l'Empire romain était en leur pouvoir, et que sa grandeur et sa puissance n'étaient dues qu'au succès de leurs annes. Au retour de Germanicus, les soldats résolurent de l'élire empereur. Chéri des militaires dont il était l'idole, il pouvait, sans beaucoup de difficultés, s'élever au premier rang de l'Etat; mais l'amour du devoir l'emporta sur l'ambition. Il rejeta avec indignation l'offre qu'oh lui faisait , et fit tous ses efforts pour appaiser la sédition. H y réussit , en s'exposant à beaucoup de dangers, en mettant à mort les principaux révoltés , et enfin en conduisant ses troupes contre les Grermains, qu'on regai^ dait comme les ennemis de l'Empire.

Si la loyauté de Germanicus plut à Ti-

bère, sa popularité l'affligea. Bientôt après , ses succès contre les Germains augmentèrent la haine et la jalousie de l'empereur.. Grermanicus vainquit l'ennemi dans plufiieurs combats, et soumit à la domination romaine des contrées immenses. Mais chaque succès , chaque vertu était une nouvelle offense. Tibère employa tous les pré^ textes pour rappeler Grermanicus. Mais l'in* eurrection de Clément le força de différer 0on projet H fit exécuter secrètement ce chef des révoltés.

Aprèa s'être délivré de tous^ ses ennemis intérieurs 9 il s'occupa, des' mojfens* les plus propres à &ire revenir Germanicus de l'Allemagne, n commença par lui £sdre accorder le triomphe pour sa victoire sur lea Ger* mains , et lui écrivit de retourner à Rome pour jouir des honneurs que le sénat lui £dsait préparer, ajoutant qu'il avait assez mois-^ sonné de lauriers dans un pays où il avait été envoyé neuf fois, et dans lequel il avait gagné autant de victoires. EL concluait par lui dire que la plus grande vengeance qu'on pouvait tirer des ennemis^ était de les lab ser livrés à leurs divisions intestines. Une^ multitude innombrable de personnes fut au^

de la viUe. On le reçut moins avec respect qu'avec adoration. Ses manières agréables , et son char de triomphe dans lequel étaient ses cinq enfans et les drapeaux de l'armée de Varus y causèrent au peuple des transports de joie.

De nouveaux honneurs étaient destinés à Germanicus. Il partit de Rome pour une expédition dans l'Orient, emmenant avec lui sa femme Agrippineet ses enfans. Mais pour restreindre son pouvoir, Tibère avait envoyé Pison en Syrie pour la j^uvemer. Ce Pison était d'un caractère bouillant, et propre, sous tous }ea rapports, à exécuter la funeste commission dont il était chargé. U devait s'opposer à Germanicus dans toutes les affaires , exciter la haine contre lui , et le tuer enfin si l'occasion s'en présentait. U ta* cha donc d'injurier Germanicus , et l'accusa de diminuer la gloire des Romains , en accordant aux Athéniens une protection particulière. Germanicus dédaigna ces injures , s'occupant bien plus de remplir sa mission y que de mettre obstacle aux secrets desseins de Pison. Celui-ci, d'accord avec son épouse Plancina, qui passe pour avoir été une femme

implacable et craelle , continua k diffamer son ennemi Germanicus n'opposait à cette conduite que de la douceur et de la patience ; et avec cette affabilité qui lui était particulière, il répondait aux injures par des bon* nêtetés. H ignorait les motifs de ses ennemis ^ et pensait bien moins à les combattre qu'à les éviter. H fit un voyage en Egypte ,sous prétexte de visiter les antiquités célèbres de ce pays , mais y dans le fait ^ pour échapper aux complots d'^ Fison età ceux de sa femme , plus dangereuse encore. Il tomba malade à son retour , et soit qu'il fût alarmé par des pressentimens, ou qu'il eût appris quelques preuves nouveUes de perfidie y il envoya dire à Pison qu'il rompait avec lui. Le mal faisant des progrès rapides, sa mort parut inévitable. Voyant approcher sa fin , il s'adressa aux amis qui l'environnaient , et leur dit : (c Si ma mort eût été naturelle , j'auy> rais quelques raisons de me plaindre du )) sort qui m'arrache, à la fleur de l'âge , aux » douceurs de la vie. Mais ma douleur aug-* » mente en songeant que je meurs victime de » la perfidie de Pison et de Plancina ; faites. » connaître à l'empereur , je vous en conh jure, la manière dont je quitte la vie, et le&

» tourmens que jenaure. ^eux qui m onr » aimé , ceux même qui m'ont porté envie , » verseront quelques larmes sur moi , quand )) ils sauront qu'un soldat , qui tant de fois » échappa à l'ennemi , tombe victime de la D haine d'une femme. Plaidez ma cause dey> vant le peuple : on vous entendra avec » pitié ; et quand même mes assassins n'au- » raient agi que d'après des ordres , ils n'ob- » tiendront nicroyance,ni pardon?. En prononçant ces mots, il étendit ses bras , que baignèrent de leurs larmes tous ses amis y qui jurèrent avec empressement de sacrifier leur vie pour le venger. Le prince mourant se tourna vers sa femme , et la con« jura, par le souvenir de leur union , de se soumettre à la nécessité, et de ne point s'opposer au ressentiment de leurs ennemis puissans , afin d'échapper à leur haine. Au bruit de la mort de Germanicus, la douleur des Italiens fut à son comble : mais celle des habitans de Rome n'eut point de bornes. Dans ledésordre universel, la mort de Pison semblaitassurée. Onl'accusa, ainsi quesafemme, d'avoir fait mourir, par un poison lent , Germanicus. L'empereur même, et sa mère Livie, ne furent point à l'abri du soupçon, qui

TO tlE\V YORK

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le peuple le couvrit d'injures et d'opprobres, lui adressant des reproches amers y et bri« sant ses statues. Il fut ensuite étranglé parle bourreau.

Sa mort ne fit qu'augmenter le goût de l'empereur pour des exécutions sanglantes. L'attachement qu'avaient pour Séjan Plancina j femme de Pison , et quelques autres personnes, fut cause de leur condanutatîon* Comme les exécutions partielles le fatiguaient, il ordonna que tous ceux qu'on accuserait, seraient mis à mort sans un plus ample examen. Toute ]a ville fut remplie de meurtres et de deuil. Carnulius s'étant tué lui-même pour éviter les tortures , Tibère dit: ((Comment cet homme a t-il pu m'éj> chapper D ? Il répondait à ceux qui le conjuraient de hâter leur supplice : a Je ne suis xt point assez votre ami pour abréger vos 30 souffrances ».

Il vécut de cette manière, odieux au monde, à charge à lui-même, également ennemi du repos des autres et du sien. A la fin , vers la vingt-deuxième année de son règne, il sentit les approches de la mort, et perdit l'appétit U s'occupa du soin d'avoir

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nn successeur y et jeta les yeux sur Caligula, voulant peut-être quel'énormité des crimes de cet homme fit oublier les siens.

Tibère sembla cependant vouloir éloi-* gner sa fin y et voyagea pour se distraire de ses réflexions et de ses inquiétudes. Il abandonna son île favorite , et vint sur le continent, où il se fixa enfin sur le promontoire de Misène. Ce fut là qu'il éprouva des défiûllances qu'on croyait devoir^ lui être fatales. Caligula le croyant mort^ se fit recoiinaitre par les soldats prétoriens , et pé** nétra dans l'appartement de l'empereur au milieu des applaudissemens dq la multitude; il y apprit tout-à-coup que l'empereur était sur le point de se rétablir. Cette nouvelle inattendue jemplit toute la cour de trouble et d'inquiétude. Tous ceux qui avaient fiiit éclater leur joie, reprirent leur air triste, et abandonnèrent le nouvel empereur , en feignant unetendre sollicitude pour l'ancien. Caligula semblait frappé de la foudre. Il garda un sombre silence, n'attendant que la mort au lieu de l'Empire qui avait été l'objet de ses vœux. Macron cependant, enhardi dans le crime , hâta la mort de Tibère^ suivant les uns^ en le faisant étouffer

entre des oreillers , et par le poison , suivant d'antres. Ainsi monrnt Tibère , dans An de R. la soixante-dix-huitième année de

^ AjÎ de J C. *^^ ^8^ > ®* ^^^* ^^ vingt-troisième 37. de son règne.

Ce fut dans la dix-huitième année du règne de cet empereur, que Jésus-Christ fut crucifié. C'était l'époque de l'universelle dépravation du genre humain. Pilate envoya à Tibère le détail de la passion, dé la résurrection et des miracles de Jésus-Christ ; et l'empereur en ayant fidt un rapport au sénat y demanda que le CSirist fût mis au nombre des dieux des Romains. Mais, filché de n^avoir point fait lui-même cette proposition , ce corps refusacetteapothéose, prétendant que, ^d'après une ancienne loi, toutes las affaires concernant la religion étaient du ressort du sénat On fut même au point dé bannir tous les chrétiens de la ville; mais Tibère, par un autre édit, menaça de mettre à mort tous ceux qui les accuseraient : de cette manière, ils vécurent tranquilles sous son règne.

Caligula cacha ses crimes au commencement de son règne ; mais sa clémence et sa modération s'évanouirent en moins de huit mois, et des passons féroces , une

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avarice sans exemple , une cruauté capri*cieuse , prireut bientôt leur place : on vit de nouveaux actes d'orgueil y d'impiété et de libertinage.

Son orgueil parût d'abord en prenant ]e titre de gouverneur , qu'on n'avait coutume de n'accorder qu'aux rois. Il aurait pareillement ceint son front du diadème ^ si on ne lui eût fait entendre qu'il était au^dedsus de tous les rois du monde. Quelque temps après, ambitieux d%onneurs divins, il se donna le nom des divinités qu'il croyait convenir le plus à son caractèi^e. Il fi t abattre les lÊftes des statues de Jupiter et^des autres dieux, sur lesquelles il fit nlettte la sienne. Il s'assit Àouvent entre Castor et Pollux , et ordonna que ceux qui viendradënt dans leur temple, l'adoreraleat seul. Anssl extra va-* gant qu'imbéoille, il fut d'une telle incotistance, qu'il changeait de divinité comme d'habit; tantôt il était Mars ou Jupiter^ et tantôt Diane ou Vénus. Il se fit élever des temples où l'on plaça sa statue d'or, qxi\m revêtiût chaque )our! des mêmes habits que portait Galigttk^ et devant laquelle se prosternait une foule de lâches adorateurs. Ses prêtres étaient nombreux : on lui offrait en

de plus ex(][ui5 j et la dignité de pontife était recherchée par les plus opulens de la ville. Il fit jouir des mêmes honneurs sa femme et son cheval ; et pour comble enfin d'absurdité, il devint son propre pontife. H n'était pas moins ridicule , en prenant les manières d'un -dieu. Souvent il sortait à la clarté de la lune , à qui il faisait la cour comme à une amante. H se servit de plusieurs moyens pour imiter le tonnerre y et défiait souvent Jupiter, en s'écriant : a Sois » mon vainqueur i où je te vaincrai toi- D même (i) ». H avait avec la statue é» ce dieu des entretiens secrets; et paraissant Irrité de ses réponses, il le menaçait de l'emballer pour la Grèce. Quelquefois il sem« blait adouci, et, content dé Jupiter , il consentait à demeurer avec lui en bonne intelligence. .

De tous ces vices, laprodigalité est là plus remarquable, et peut, en quelque sorte ^ avoir fait naître tous les autres. Les débau* ches des premiers empereurs étaient simples en comparaison des siennes. U inventa

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(i) Ver« d'Homère,

de nouveaux batim , dans lesquels les par^ f umvles pltis pTécieux étaient prodigués avec profusion. Ses dépenses pour te table étaient excessives^ et Pon rapporte qu^on faisait fondre dd9per)esr dans léa sauees; Qujelquofob il fit serm à sM hiSftes des plats remplis tfor.

Su condmte envers wn cheval peut don-* ner nne idée de son extravagance. Il lui fit construire ime ange de n^rbrè et un râtelier d'ivoire ;f et quand cet animal', qu'il appelait IticikOuB, devait sortir, ît plaçait à sa porte^ ht nuit précédente y decr^éntinelles chargées d'éloigner ce qui pouvait interrompt^ son sommeil. 1\ lui dôiiiha un palaiis meublé , daiid' foquel il y avait desréuisin^s pour trai^ ter décéiiillmedt ceux qm viendraient le visi* ter. Caligûia invita âonveùt IricHatué à sa: table, lui présentant de FaVoine' dorée et duf vin< dans une coupe d'or. Souvent il garait par le salut de son cheval; et l'on ra^pbrte que y d'il avait vécu plus long-temps , il ancrait fait'donner le consulat à Incitatuâ.

Son impiété n'était que subordonnée à ses cruauté»; Il fttnlaBsacr«r pluâienrs séiialeurs , et les cita ensuite à' côlliparaitrcr drivant lui , comme s'ils s'étaient eux-mème» IV Partie. 7

CllOyeilS munie» j 11 ULLUÏ/l^JLULXÏ^J. 1^»* %*v«» *M%^VK^

féroces des hommes âgés et infirmes. U avait coutume de nourrir ces animaux de ceux qu'il condamnait , et tous les dix jours il en «ivoyait un grand nombre pour être dévorés. Il appelait cela mettre ses comptes en régie. L'un de ces infortunés criant qu'il était innocent , Caligula lui fit couper la langue , et le rejeta ensuite dans l'ajpiplii*théâtre. Un de ses délices était de faire mouxir les condamnés dans des tortures lentes , afin, disait-il, qu'i/s se sentissent eux-mémesf' mourir. U assistait toujours à ces exécutions; il dirigeait le supplice , et le suspendait pour augmenter sa durée. U se louait, dans cqs occasions , de la ferm^eté de son caractère et de son inflexible sévérité. Un jour que les citoyens lui offraient de l'encens, il désira que le peuple romain n'eût qu'une seule tête |)Our la lui abattre d'un seul coup.

Tant de cruautés aussi insupportables que capricieuses, occasionnèrent contre lui plusieurs conspirations secrètes : l'exécution en fut différée , sur le bruit qu'il projetait une expédition contre le^ Germains et les Bretons. U fit lev<ir des trQupes nombreuses j

DE L'EMPIRE ROMAIÎT* 99

et Fon croyait généralement, d'après sa An àm R. jactance, qu'il voulait tout cou- '^An de J C ^.^érir. Sa marche indiquait Tiné- ^ 41. galité de son caractère; tantôt

elle était si rapide , que les cohortes étaient forcées de laisser leurs étendards derrière elles ; et tantôt elle était si lente , qu'elle res« semblait plutôt à une marche triomphale qu'à une expédition militaire. Alors il se fai« sait porter par huit soldats , et donnait des ordres pour qu?on arrosât lés rues qui se trouvaient sur son passage ,' afin d'être garanti dé la poussière. Cependant tous ces grands préparatife n'aboutirent à rien. Au lieu de conquérir la Bretagne , il donna un asyle à un des princes exilés de ce pays, Il ^ annonça cette nouvelle au sénat, comme une prise de possession de l'tle entière. Au lieu de 0'emparer de la Germanie, il conduisit seulement ses troupes sur les bords de la mer , en Batavie. Là , disposant toutes ses machines dé guerre, et rangeant son armée en bataille^ il monta sur un vaisseau , et longeant le rivage , il ordonna aux trompettes de donner le i^ignal de l'engagement Ses soldats , qui avaient reçu des instructions , ramassèrent dans leurd casques les coquillages qui étaient

aOO HISTOIRE

surleAbQvdsde la mer >coaimede& dépouilles derOcëan^digiciesd'Qnierlepalai^etla capitale* Cetta intrépide expéditton terminée^ il rappela aes trcH^es eonme apxès une victoire ^ les baraogDa avec ma>esté y et loua leurs liauta faita. H lenjur distribua esmuite de l'argent, ks renvoya en leut reeoaunaxidaat de se livrer à la joie , et em les féUciiaal sur leurs trésors. Afin que cetecsplok bcillaat passât k la postérité , il fit coDStaniiun sur le rivagei unq tour élevée, poov ^i tsaiisviettre la mémoire.

Cas^ns^Cbéféas,. tnbuB de« faœdes prétorienne, délivra enfta ts monde de ce tyran. Outre j^siBoti&qmljiiiétBiisnlicommans avectoosJes^utres, il avail^reçis deCaligiila des inj^ur«4 i^ép^es^ ïi'emponar sgjinsaait touteale^of^oawwsdte le tommec es rîdteate^ Taccusaniidelâcsbeté umquement^p8i»e<|H.^4 avait uiiue;Toix de &mme. Quand CSiévéas al« lait dmnayid^ar le mot d'esdre à Tempereer , celuiHsi hA dtaiît touionra Kéni»^ ^d^ nis 9 ouioot antre qni pouvaakfaire aUusion à lainollesse:QU(à lalàdietéw

Chéréas confia son prqjetàqueâques sénateurs etàdes^chevalÎCTs qu'il' tavait avoir r«çu des usures de CaliguK Pendant qu^il»

D£ VEMFIRE R01MLAIN. 101

délibéraient sur la manière la plus sÛK et la pins prompte de se défaire du tyran , un in* cident inattendu donna unis nouvelle force à la confipiraiion. Pompédius, aénatenr dis^ tingué) étant accudé devant l'empereur pour avoir parlé de lui avec mépxis, le délateur cita, pour confirmer l'aocuaation , une ac«* triée nommée Quintilia. Cette femme avait un courage rare, même parmi les llommés. Elle nia le fait avec obstination , et mise à la torture, elle, endura lés plus cruels tour-^ mens avectme constance inébranlable. Mais ce qu'il y avait de plus remarquable , c'est qu'elle était instruite de la corispiratioti , et quoique Chéréas fôt désigné pour présider à son supplice, ellt ne révéla rien ; au contraire, au moment où ses tourmens allaient commencer, elle marcha sur le pied d'un des conspirateurs, l'assurant qu'elle savait le complot, etqu'ellen'en divulguerait rien ; elle souffrit jusqu'à ce que tous «es membres fussent disloqués ; et, présentée à l'empereur dans cet ét§t déplorable , elle en reçut une récompense en dédommagemetit

Ghéi-éas ne put supporter plus k«g-temps l'indignation qu'il éprouvait, eti étant aiîisi l'instrument de la cruauté du tyrati. Après

'plusieurs conférences avec les conjures^ otf résolut enfin d'attaquer Galigula pendant lés jeux palatins , qui duraient quatre jours , et de le frapper au moment où ses gardes ne pourraient le dépendre. Les trois premiers jours s'écoulèrent : Ghéréas commençait à . craindre qu'en différant d'exécuter le complot, on ne le divulguât II redoutait qu'an autre y plus hardi que loi y n'eût l'honneur de.tuer le tyran. H en remit donc l'exécu* lion au jour suivant, au moment où Galigula traverserait les galeries pour se rendra ; aux bains, près du palais.

Le dernier jour des jeux fut plus pompeux : GaUgula semblait plus gai et plus affable que de coutume. Il se plaisait à voir ie peuple se disputer les fruits et d'autres objets qu'il leur jetait, et ne se doutait point du complot qu'on avait formé contre luL Le bruit de la conspiration commençait à se répandre, et, s'il eût eu des amis, ils n'auraient pas manqué de la lui découvrir. Un sénateur demandant à quelqu'un de sa connaissance^ s'il y avait quelque nouvelle, celui-ci lui ayant répondu que non : a Vous saurez, lui 3» ditil , qu'on représente aujourd'hui la mort D d'un tyran )>-. L'autre le comprit , mais lo

DE L'EMPIRE ROMAIN. Io5

pria d'être prudent Les conjurés attendirent plusieurs heures dans l'inquiétude, et Galigula semblait oublier de prendre aucun ra-* fraichissement Chéréas était furieux de ce délai inattendu , et si on ne l'avait pas contenu, il aurait exécuté son projet au milieu de tout le peuple. Pendant qu'il hésitait ^ Âsprénas , l'un des conjurés , persuada à Caligula d'aller aux bains , et de prendre ' quelques légers rafraichissemens, afin qu'il put jouir plus à son aise des autres divertis* s^nens. L'empereur se levant, les conjurés éloignèrent la foule avec précaution , et l'entourèrent, sous prétexte d'une plus grande assiduité. Comme il entrait dans une petite galerie voûtée, qui conduisait aux bains, Chéréas le frappa avec son poignard , et le terrassa , en a'écriant : a Tyran ! pense à » ceci». Lesautrea conspirateurs se pressent surCaligula^ et pendant qu'il se débattait, en criant qu'il n'était pas mort. Us l'achevèrent, et lui firent trente blessures.

, Ainsimourut Caligula, dans la 99' année de son âge, après avoir régné àpeinequatreans. Il serait inutile d'ajouter à son caractère d'autres traits , que ces paroles de Sénèque : a La j> nature sembla l'avoir produit poux mon-

j* «,A^j. n aa xvrio A^ ^ Lvxi C7Jk.%AVUic 9Vi«i.iC/Uix peur

» Fautorité la plps absolaeD»

La mort deCalifuia prodaisit le plus grand An de R. trouble. Les eonjorés , qui ne

^hk de J C ^■g®*^®'** ^^ détruire un ty- 41. ran y et non à lui donner un

successeur , avaient dbercbé leur salut dans la fuite. Quelques soldats errans par ^ hasard aux environs du palais^ diconvrîreut Claude, ^icle de CaUgul^, qui^ d'qn endroit secret^ où il s'était caché ^ obaerrait furtivement ce qui se pasiait. Ils résolor^it de faire un empereur de ce personna^ ^ qu'on avait jusqu'alors méprisé pour sa stu-pidité : ^1 conséquence ils le rapportèrei^t au camp sur leurs épaules > et le proclamèrent empereur» au moment çù il n'attendait que la mort

Claude avait cinquante ans. Les maladies compliquées de son enfonce ^ avaient en qudlque sorte aUéoé les facultés de son esprit^ et altéré celles de son corps. Dans toutes les circonstances de sa vie , il parut incapable de se conduire lui-^mâme.

Cependant au commenisement de son règne, comme sous tous les empereurs méchans , on conçut les espérances les plus

DE L'EMPIRE ROMAIN. ^]o5

tueuses. Le premier acte de «on goavemement, fut une fimnistie ^aérale et ia révo* catioo 4]fis édilfl croda de jQaiignk. Il parut plus modeste que son pfédéeesseur dans les égards et les honneurs dà^ à son rang. Il défendit, sous des pmnes sé^fèresj qu'on se «acfifiàt pour lui ^ comme on le faisait pour Caligula. Assidu à écouter leeréclamationSy attentif à les examiu/er, il adpiinistraia justice avec beaucoup de douceur. Sa Tigilance s'étendait également et sur l'iatérieur de TEtpt et sur les provinces. Il rendit àHérode» Agrippa la Judée, que Caligula avait enlevée à son oncle ^ Hérode Atitipas , eelui qui avait ùàt décapiter JeanrBaptifte , et qui fut exilé par Tordre de Claude.

Il ne voulut jamais donner au peuple de nouvelles ccmquètes. Les Bretons qui , de-* jmisprès d'un siècle , étaient tranquilles possesseurs de leur ile , envoyèrent demander la médiation de l^ton^e , pour étouffer leurs querelles intérieures. Celui qui voulait sou* mettre sa pittrie k Fempire romain, était un certain Béricns, quk persuada à l'empereur de faire une descen^ tfans Itle, exagérant les avantages qui rAtltenâent de sa conquête. Pour suivre |bt avis, on envoya le

paratifis poar cette grande expédition. Ses soldats parurent d'abord indécis de s'embarquer, déclarant qu'ils ne voulaient poiat aller faire la guerre au-delà des limites da monde : et ils jugeaient que la Bretagne était dans cette position. Cependant on leur persuada de partir, et les Bretons, commandés par leur roi Cynobellin, furent battus plusieurs fois.

Ces succès donnèrent à Claude l'envie AndeJ^C. d'aller lui-même en Bretagne »

43.DeR.7g6. sous prétexte que les naturels du pays étoient toujours mutins , et n'avaient point relâché les déserteurs romains qui s'étaient réfugiés parmi eux. Cependant son expédition semblait plutôt avoir pour base le désir de paraître , que celai de combattre. Le temps qu'il demeura en Bretagne , et qui ne dura que seize jours, fut plutôt employé à recevoir des hommages qu'à étendre ses conquêtes. A son retour on fit, à Rome, de grandes réjouissances. Le sénat lui accorda une entrée pompeuse. On lui éleva des arcs dp triomphes, et l'on établit des jeux annuels pour perpétuer le souvenir de ses victoires. La

DE li'BMPIRB ROMAIN. 107

guerre fut en même temps vigoureusement poursuivie par Plante et son lieutenant Vespasien , qui , au rapport de Suétone , livra trente batailles , et fit , d'une grande partie de l'île une province romaine. Cependant ]a guerre recommença de nouveau sous le gouvernement d'Ostorius , successeur de Plante. Soit que les Bretons le méprisassent, parce qu'il manquait d'expérience , ou qu'ils espérassent obtenir des avantages sur un nouveau chef ^ ils prirent les armes , refusant de reconnaître le pouvoir romain. Les Icéniens, qui habitaient Sufifolk, Norfolk et Cambridge; les Canges demeurant dans les comtés de Wilt et de Somerset, et les Brigantes dans celui d'York y firent une .'puissanté résistance ; mais ils furent enfin vaincus. Les Silures, qui habitaient les provinces méridionales furent, sous leur roi Caractacus , les ennemis les plus redoutables que les généraux romains eussent jamais rencontrés. Non-seulement ce courageux barbare fit une défense opiniâtre ; mais il sembla prétendre plus d'une fois à l'honneur d'avoir rendu la victoire douteuse. Il transporta, avec beaucoup de prudence, le théâtre de la guerre dans les. parties les plus

ans , il tint les Romains dans des alarmes continuelles.

A l'approche d'Ostorias j Garactacus se voyant forcé d'en venir à un engagement décisif, harangua ses concitoyens avec un sang froid courageux : il leur dit j que de cette bataille dépendait leur liberté ou leur esclavage ; qu'ils devaient se rappeler la bravoure de leurs ancêtres , dont la valeur les avoit eicemptés de taxes et de tributs ; et que Tépoque de montrer qu'ils n'avaient point dégénéré, était arrivée. Mais un courage sans discipline ne pouvait rien contre les légions romaines. Après un combat opiniâtre , les Bretons furent mis en déroute. On prit la femme et la fille de Garactacus , qui fut lui-même indignement livré aux vainqueurs par Cartismandua , reine des Brigantes, chez laquelle il s'était réfugié. A son arrivée k Rome, rien n'égala la curiosité du peuple, qui voulut voir un homme qui avait , pendant si long - temps , bravé l'autorité romaine. Garactacus ne donna aucune marque d'avilissement. Quand on lui fit parcourir les rues de la ville , il s'écria , en voyant la splendeur qui brillait autour

Bfi L'EMPIRE ROMAIN. jog

de lui : a Gomment est -il possible qu'un » peuple qui possède autant de ridhesses, >» aitpa euTier Fbttmble cabane deCaracta* y^ eus » ! Lorsqu'on le conduisit devant l'empereur^ les autre» prisonniers implo-^ raient sa pitié avec bassesse : Garactacu» parut devant le tribunal avee intrépidité ^ et quoiqsu'il £âit disposé à accepketf le pardon, il ne voulut point le demander. « Si je n'a- »yais fait aucune réabiance, dii«âf«il, on }» n'auorait parlé ni de ma fortune , ni de y> votre glbire; vous n'acniez prâtt été vie- » totienx > ^je serais oubàîé. -«-Maintenant, » si vous* épargner mes jours ^ ^'attesterai à » jiunaia i^tce eiémencoD^ Claude loi par-* donna génédreuseaient^ et Oétorina eut lesk kowieurs dutuiomplie.

Dsam: le cpaamengement de son règne ^ Claude fit espéver le bonheni; : mois bientôt soa intérêt pour le bien pnblto diminua ^ et il abandonna à ses £fi vorià le sont de gou* verner». Fiiifale dia se» jeunesse y ce prince , pacvena au tuotoe^ ne pouvait guère agic que d'apirès lesavia des anttes» Une deapeiH sonnes dont il sutvait le plus leaconseifo^ était sii fidoune Messaline^ dbnt^k nom a été donné depuis à toutes les femmes do

commettre des cruautés , qu'il ne considérait que comme une sévérité utile. Les débauches de cette femme devenaient chaque jour plus notoires , et surpassaient même tout ce qu'on avait connu jusqu'alors. Elle reçut enfin, avec son complice Caius-Silius , la mort, que tous deux avaient méritée.

Claude épousa en secondes noces Agrippine y fille de son frère Germanicus; femme ambitieuse et cruelle , dont le seul but était de faire succéder au trône , Néron qu'elle avait eu d'un premier mariage. Elle traita Claude avec tant de hauteur, qu'il lui échappa de dire un jour qu'il était pris de vin , que son destin était d'être tourmenté par sea femmes et de devenir leur bourreau. Cette expression se grava profondément dans l'esprit ^'Agrippine , et elle fit tout ce qu'elle put Wmr prévenir le coup. Elle résolut; d'exécuter aussi-tôt le projet qu'elle avait médité depuis long-temps : c'était de l'empoisonner. Elle hésita quelque temps sur la dose qu'elle lui présenterait^ craignant que si elle était trop^forte, on ne décou* vrît sa perfidie, et <^'elle ne manquât son but, si elle était trop faible» A la fin elle

DE L'EMPIRE ROMAIN. ill se détermina poar un poison , dont Feffet était sûr pour aliéner l'esprit ^ sans priver toat*à*coup de la vie. Le poison fut donné dans un plat de champignons , mets pour lequel Claude avait un goût singulier* Après * en avoir mangé y il s'endormit insensiblement. Cet effet ne causa aucune alarme, parce qu'il avait coutume de manger jusqu'à ce que ses fietcultés fussent abruties : on l'em-* portait souvent même de la table au lit. Sa constitution sembla lutter contre l'effet du poison; maisÂgrippine résolue de s'assurer de lui, ordonna à un médecin scélérat , et de ses amis, de lui faire aval^er une plume empoisonnée, sous prétexte de le faire vo« mir : elle hâta, de cette manière, la fin de Claude.

Quoique Néron n'eût que dix-sept ans, An de R. il commença son règne par l'ap-* ^AjideJC. probation générale. Il parut juste, 94. humain, libéral. Quand on lui

apporta à signer la condamnation d'un cri-* minel : a Plût à Dieu , s'écria- t-il avec com* » passion , que je n'eusse jamais appris à i>éarirei>l

Mais sa méchanceté crut avec l'âge. Le supplice de sa mèire Agrippiae fut le premier

ordonna qu'on la mît k mort dan» son |m— hûsv On prétend qaTû dit en considérant son corps 9 qu'il n'avait ^amaiâ cru cpie sa mère fât aussi belle.

Après avoir franchi le^ bonles de la verki y Néron laclia la bride à sei inclinations basses et cniellea. Il y afvàit dinns son caractère on contraste bisai^i e. Toat en se livrant à) des ccnantés qjui jEont frémir d'hors reur , il s'abandonnarb avec passmn aux arts cPagrémens'qnradtMicissejit le cœur. Jihé sa tendre enfance , il avadt cultivé la WÊfamcfajèy et n'étais point étrangev à lapoésia II aimait à conduire un char , et il sô monlÉa touvetit en public de cette manière.

Heoreux les- hommés^do' son" siècle ^s^iPse fut borné à ces occ»patioB5> et siy content d'être méprisable^, ii n^eut point voula se faâ!re oraindi^! Ses cituautés^' surpassèrent tontes^ses antres extravagances; Il semblait égftlementattentif à'sapiocurer dt^ pk^irs comme à commetla>6'des crimes contre na^ tare. Une grande partie de Rome iùt^ Bov» Ma règne, oonsuiaée par le feu ^et les historiens lui attribuent cet événement désas^i

DE L'EMPIRE ROMAIN. Ii5 treuic. Oia dit qu'Use tint sur le haut d'une tour élevée pendant l'incendie , jouissant de •ce spectacle , et chantant sur saharpe , comme un acteur , les vers sur la destruction de Troie. On ne permit point de porter du secours pour éteindre les flammes ; et plusieurs personnes mirent le feu à leurs pro«çres maisons , prétendant qu'elles avaient des ordres pour agir ainsi. Quoi qu'il en soit^ Néron usa de tous les moyens pour jeter l'odieux d'une action aussi détestahle sur les chrétiens, dont le nombre , dans ce temps j augmentait à Rome. Rien de plus cruel que les persécutions qu'on leur suscita d'après cette fausse accusation. Quelques-uns furent revêtus de peaux de bétes fauves, et dévorés par les dogues; d'autres furent crucifiés; plusieurs furent brûlés vifs. <c Quand la » journée était trop courte pour leurs sup- » plices , dit Tacite , les flammes dans les^ y> quelles on les. faisait périr , dissipaient les » ténèbres de la nuit i^. Néron , vêtu en cocher y jouissait dans ses jardins de la vue de leurs tourmehs ; tantôt il en faisait pour le peuple un spectacle, auquel succédait celui des jeux du cirque. Dans cette persécution, saint Paul fut décapité; et saint Pierre fut JP Partie. 8

plice comoi^e plus flétrissant que celui da maître de cet apôtre.

Une conspiration formée contré Néron par Pison, homme puissant et probe, fut «lécouYerte y et donna lieu à des soupçon» dont les personnes des me^leures funille» romaines furent victimes* Les plus remar^ quables furent Sénèque le philosophe , et son neveu Lucain le poète. Soit que Néron eût des preuves, soit que Sénèque lui fut odieux par ses yertus , il lui envoya un tribun l'informer qu'il était soupçonné d'être l'un des complices. Celui-ci trouva le phi^ losophe à table avec sa femme Pauline. H lui déclara ce dont il s'agissait. Sans s'émouvoir y Sénèque répondit que son bien-être ne dépendait de personne ; qu'il n'avait ja« mais flatté les erreurs de Néron y et qu'il ne commencerait pas. Cette réponse étant transmise à Néron y il demanda si Sénèqua craignait de mourir; le tribun lui répliqua qu'il ne paraissait pas avoir la n^oiqdre crainte, u Retourne donc xers lui, ciia l'emy> pereur, et ordonne-lui, de ma part, de » mourir ». il envoya un centurion déclarer k bon plaisir et la volonté du prince. Se-

meté. Il tâcha de consoler sa femme , Te, tant à vivre toujours dans la pratiqué! vertu* Mais elle semblait décidée à ^ \m survivre , et lé pressa tant de coni à ce qu'elle iftourùt avec lai, que SénI qui avait toujours regardé la mort co| un bienfait, consentit à sa demande. Ot\ ouvrit les veines du bras au même ini Comme Sénéque était vieux , et aàFaib) l'austérité de sa vie , le sang coulait lenteur, il se fit ouvrir les veines des en et des jambes. Quoique son tourment long , il ne diminua ni son courage ni éloquence. Il dicta à deux secrétaire discours , qu'on lut après sa mort avec dite, mais qui n'est point parvenu jui nous. Son agonie é^nt longue et pénib demanda du poisob à son médecin; i l'effet manqua dans un corps entière] i 'épuisé. On le mit dans un bain chaud, prolongea ses souffrances. A la fia, o posa sur un fourneau dont la vapeur touffa. Sa femme Paulina étant évati par la perte de 90a sang , ses doiu ques PaUrètèrent y en lui bandant lés l et de cette manière , elle survécut quel

dant le reste de sa vie , ni sa tendresse , ni ses vertus.

LamortdeLucain fut aussi remarquable. Ayant perdu une grande quantité de sang , s'appercevant que ses mains et ses cuisses étaient insensibles et mortes , pendant que les autres parties de son corps étaient encore pleines de vigueur, il se rappela la description qu'il avait faite, dans son poème de la Pharsale, d'une personne qui était dans une circpnslance pareille. Il expira en répétant ces beaux vers :

Nec, sicut vulnere sanguîs

Bmlcuit lentus : ruptis cadit undique yenU

Pars ultima trunci

Tradidit in letum vacuos vitalibas artus:

At tumidas quâ pulmo jacet ; quâ viscera fenrent ,

Haeserunt ibi fata diu : luctataque multum

Hac cum parte , yiri vis omnia membra tuleront.

Le sang à ce grand coup dont la Parque s'effraie , "Sle sort pas lentement comme celui dVne plaie.

De ce tronc déchiré la plus basse partie Bxhale en un moment sa rigueur et sa yie ; Mais celle où les esprits ont un brasier plus fort^ , Se dispute long-temps aux assauts de la mort. Après que de son sang elle ost presque épuisée^ Son ame tient encore à sa chaîne brisée , Se refuse à la Parque ; et par de yains combats , Fait vine sa doolçor et languir spn trépas.

La mort de C. Pétrone est trop remar- An de R. quable pour être passée sou» si- ^D de J C. ^^^^^* ^^* homme , que quelques 66. historiens croyent être l'auteur

d^une pièce intitulée : Satyre de Pétrone ^ Tirait par principe en épicurien. Dans une cour commô celle de Néron, il était estimé pour ses raffinemens dans les plaisirs y et de* vint dans cet art le guide de l'empereur. Accusé d'être complice de Pison , il fut renfermé. Pétrone, pour qui l'incertitude était un supplice, résolut de se donner ht mort, en faisant ouvrir et fermer ses veines de temps en temps avec la plus grande gaité et le plus grand calme. Il s'entretint avec ses amis, non sur des maximes de philosophie ou sur des sujets graves , mais sur tous les plaisirs de sa vie. Il écoutait attentivement pendant qu'on lui récitait des poésies lé** gères, et ne donna aucun signe d'une personne mourante. Quelque temps après lui, Numicius-Thermus , Barea-Soranus et , Pétus-Thrasea, furent mis à mort Le valeureux Corbulon, qui avait remporté tant de victoires à Néron, les suivit de près. L'impératrice Poppéa ne put même échapper : Néron la frappa dana sa grossesse. EUo

genre uuiuaux xui las» uc 9uppui ix;i' oull persécuteur, et le monde entier sembla se lever^ comme d'un commun accord , pour débarrasser la terre de ce monstre.

Sergius- Galba, alors gouverneur d'Espagne, se faisait remarquer par sa sagesse en temps de paix, et son courage dans la guerre; mais comme tous les talens sont dangereux sous des princes corrompus, Sergius paraissait avoir voulu y pendant quelques années , mener dai^s l'inaction une vie obscure et tranquille. Désirant délivrer sa patrie du . monstre qui la gouvernait , il accepta cependant l'invitation que lui iit Vindex, de marcher sur Rome avec une armée. Du moment où il se déclara contre Néron , le tyran regarda sa chute comme certaine. Il reçut cette nouvelle étant à souper. Frappé é» terreur, il renversa la table avec son pied^ et brisa deux vases de cristal d'un prix considérable : il s'évanouit, déchira ensuite ses vêtement, se frappa la tête, criaLutgu^iléiaU perdu ! H implprait le secours de Locusta, fameuse dans l'art d'empoisonner ^ mais la révolte devint générale, et Néron errait «le Qxaisen en maison, sans en trouvez une

X>£ L'EMPIRE nOMAIK. II9

saule dont la porte loi fût ouverta Etant réduit au désespoir, il pria un de ses gla-« dîateurs favoris de lui donner la mort : on n^obéit point à sa demande, ce Héljis ! s'écria- 3!> t-il y n'ai-je donc ni ami ni ennemi d ï Cbu«« rant comme un insensé, il semblait vouloir se précipiter dans le Tibre; mais som cou** rage l'abandonnant, il s'arrêta tont-à-coup, comme s'il eut voulu recouvrer sa raison. Il chercba un endroit retiré où il pût reprendre de la bravoure , et affronter la mort Dans cet état critique , Pbaon , l'un de bes affran-r chis , lui offrit sa maison de campagne , éloi* gnée d'environ quatre milles, où il pou<vait se tenir caché pendant quelque temps. Néron accepta cette offre; et se couvrant la figure d'un mouchoir,. il monta à cheval, accompagné de quatre de ses domestiques v parmi lesquels était Sporus ^ fameux par ses crimes. Quoique son voyage fût court, il rencontra quelques aventurés. La première terreur qu'il éprouva y fut causée par u^ tremblement de terre. On le distinguait ^ la lueur des éclairs. Il n'entendait 'autour de lui que des bruits confus et les cris dçi( soldats , qui le vouaient à des milliers d'imprécations. Il rencontra quelqu'un qui lui

manda si on savait dans la ville quelque nouvelle sur Tempereur. Son cheval s'étante&^ rouché à la, vue d'un cadavre étendu sur la rouie, Néron, au mouvement qu'il fit, laissa tomber son mouchoir. Un soldat l'appelant par son nom , il abandonne son cheval ^ s'écarte de la grande route, entre dans un bosquet planté derrière la maison de Phaon, dans laquelle il; s'introduit à travers les ronces et les épines dont le terrein était cou* vert. Pendant cet intervalle , le sénat voyant que la garde prétorienne avait pris le parti de Galba, le déclara empereur, etcondanma Néron à mourir suivant la rigueur des loix anciennes. Néron apprenant cette circonstance , delnanda ce que signifiait la ligueur des loix anciennes. On lui répondit que, dans ce cas , le criminel était dépouillé , sa tête fixée sur un poteau , et que , dan;» cette posture , il était frappé de verges jusqu'à ce qu'il mourut II fut si épouv^ité de ce sup^ plice , qu'il saisit deux poignards qu'il avait sur lui ; mais après en avoir examiné la pointe , il les remit dans leur fourreau, prétendant que le moment fatal n'était pas en-> core arrivé. Il pria Sporus de commen ;er

les prières qu'on faisait aux funérailles : il conjura un dé ceux qui raccompagnaient de consentir à mourir avant lui, afin de lui donner du courage par son exemple ^ et se reprochant ensuite sa lâcheté , il s'écria : ce Gela convient- il à Néron? cette timidité » est-elle bien placée ? Non , non ! Soyons » courageux y>. Il n'avait aucun moment à perdre : les soldats qui le poursuivaient y * approchaient de la maison. Entendant la bruit de leurs chevaux y il se mit sous la gorge un poignard , et , par le secours de son secrétaire Epaphrodite 9 il se fit une blessure mortelle. Il n'était pas encore mort, qu'un centurion entrant dans sa chambre, pré^ tendit qu'il venait à son secours , et voulut arrêter le sang; mais Néron le regardant avec une contenance ferme : c< Il est mainte* » nant trop tard ! Est-ce Là votre fidélité » ? En prononçant ces mots , il expira en jetant des regards efTrayans; et même après sa mort ses traits annonçaient encore un tyran coupable et lâche. Il régna treize ans sept mois et vingt-huit jours, et mourut dans la trente - deuxième année de son âge. An de R. 821 . De J. C. 68.

Galba avait soixante-douze ans quand il

ISS U I s T O I n E

fat déclaré emperear; il était en Eispagne avec ses légions. Il vît bientôt que Télér a-* tion au tr6ne n'était qu'un surcroit d'inquré* tudes. Il parut avoir trois objets en vue , dompter Finsolence des soldats, punir le» vices qui étaient parvenus dans le dernier règne à un degré monstrueux, et remplir le* trésor public , épuisé par les prodigalités de ses prédécesseurs. Cependant, comme il' se laissait dominer par ses favoris , il se montrait tantôt frugal et i^évère, et tantôt insouciant et prodigue , condamnant sans les entendre quelques personnages de distinction, et pardonnant ensuite aux conpables.t Cette conduite alluma des séditions et occasionna des révoltes.

Galba vit avec peine qu'on lui portait moins de respect, parce qu'il était âgé, et sans enfans. Il résolut donc d'adopter quelqu'undont les vertus méritassent cet avancement, et qui garanlitdu danger sa vieillessie. Ses fiEivoris voulurent lui donner tm héritier de leur choix; ce qui occasionna une querelle entr'eux. Othon plaidait avec chaleur pour lui-même, parlant des grands services qu'il avait rendus à l'empereur, puisqu'il était le seul honune de marque ^ui fut

DE L'EMPIRR ROMAIN. ia5

venu à son secours et se fût déclaré contre Néron* Cependant Galba ne désirant con«sulter que le bien public, rejeta sa demande, et, à un jour marqué, il ordonna à Pisonliucinianus de raccompagner. I^s historiens" nous représentent ce Fison comme méritant l'honneur qu'on lui faisait. Prenant co jeune homme par la main , Galba l'adopta pour son successeur , et lui donna les ]e« çons les plus sages sur la conduite qu'il avait à tenir. Pison était digne de cette distino* tign. Il montra constamment tant de mor destie , de fermeté et d'égalité d'esprit, qu'il parut plutôt capable de se démettre de son autorité, qu'ambitieux de l'obtenir. Mais l'armée et le sénat ne montrèrent pas le même désintéressement. Accoutumés de« puis long-temps à l'intrigue et à la €orrup« tion , ils ne pouvaient supporter uu empe* reur qui ne pouvait satisfisdre leur avarice. Qn reçut avec froideur l'adoption de Pison ; car ses vertus ne le rendaient point recom* Biandable aux jeux d'une nation dépravée.

Après avoir été^ pendant long* temps, l'un des favoris de Galba , avec l'espoir de lui succéder au trône, Othon sç voyant trompé duis son atteste, résolut d'obtenir

par lurvc u.ii juuipiAv; i^u u u. «i^viiii pu «lvult

par adoption. Lies dettes que lai avaient fait contracter ses débauches, l'excitaient à pren* dre ce parti. Ayant gagné les soldats, il quitte furtivement Tempereur , occupé d'un sacrifice ; il rassemble les troupes , et leur parle des cruautés et de l'avarice de Galba. Voyant que l'armée recevait avec des cris de joie ses invectives , il jeta le masque , et déclara que son intention était de le détrôner. Disposés à la révolte, les soldats secondent ses vues ; et prenant Othon sur leurs épaules ^ ils le déclarèrent empereur. Afin même de frapper de crainte tous les citoyens , ib le transportent dans le camp , ayant tous leura épées nues.

Bientôt après , Galba fut at)andonné de ses partisans : les soldats s'élancent vers lui ^ renversant la foule qui remplissait le Forum. En les voyant approcher, Galba parut réprendre son premier courage ; et présentant sa tête , il ordonna aux assassins de le frapper , si c'était pour le bien du peuple. On lui obéit aussi- tôt Le soldat ^ qui abattit sa tête , la porta au bout d'une lance , et l'offrit aux yeux d'Othon , qui la fit jeter avec mépris hors du camp. Son corps fut exposé

DE L'EMPIRE ROMAIN. Iâ5 dans les rues jusqu'à ce qu'il fût euseyeli par un des esclaves de Galba. La courte durée de ce règne ( sept mois ) fut aussi illustre par les vertus de l'empereur, que fameuse par les vices de ses favoris, qui par-tagèrent sa chute.

Le nouvel empereur oommença^son règne par un trait de clémence , en pardonnant à Marius-Gelsus, un des favoris de Galba:non content de cette indulgence, Othon l'avança aux premières dignités, en l'assurant que la Jidélité deçait toujours être récompensée.

Vers ce temps , les légions de la Germanie, gagnées par les prodigalités et les promesses de leur général Vitellius, le proclamèrent empereur; et , méprisant le sénat, ils déclarèrent^qu'ils avaient autant de droits que les cohortes romaines à donner un trône.

Othon partit promptement de Rome pour livrer bataille à Vitellius. L'armée de ce dernier, composée de soixante mille hommes, était commandée par ses généraux Valens et Gecina, Vitellius étant resté dans les Gaules pour rassembler le reste de ses trou* pes. On était si impatient des deux côtés d'en venir aux mains , qu'il y eut , dans l'espace de trois jours , trois combats considé-

rables. Dans tons , Othon et lés Romains eurent Pavantâge : mais leurs sucteèd n'eurent qu'une durée passagère ; car Valens et Ce<cina,qui avaient agi isolément, joignirent kurs forces ; et après avoir approvisionné leur armée, ils résolurent d'engager une aflPaire générale* Les troupes d'Othon furent vaincues à Bédriac, et Othon lui-même se tua ensuite , après un règne de trois mois et cânq jours.

Viteilius fut déclaré ertpereur par le sé-

AudeR.Sas. nat : il reçut les égard» et les

DeJ.C.âg. marques de distinction qu'on

avait coutume de prodiguer alors au plus

fort

A son apivée à Rome , il' entra dans la ville, non en roi qui venait rendre justice, mais en vainqueur , qui regardait la ville comme sa conquête.

Viteilius s'abandonna à toiis les genres de débauches et de profusions. La gourmandise était son vice principal , et il avait coutume de vomir après un repas, afin d*êlre en étatde jouir de nouveau des plaisirs de la table. Ses jeux, dont il faisait, a la vérité, rarement les frais , étaient d'une dépense excessive. Il s'invitait souvent lui-même à

la table de ses sujets , et allait déjeûner chez -^'an^dîner chee l'autre, souper chez un troisième. Ses cruautés inouies et ses vices , le rendirent à charge à lui-même y et odieux à tous les autres. Comme il était insupporta-» ble aux habitans de Rome , les légions de rOrient résolurent à Tunanimité d'élire Vespasien empereur.

Pendant qu'on faisait ces préparatifs con^ tre lui^ Vitellius , quoiqu'enseveli dans la débauche et la crapule, résolut de défendre. l'Empire. Il ordonna à ses deux principaux commandans , Valons et Gecina, de se te^ nir prêts à ifësister aux révoltés. La première armée qui entra dans l'Italie , était commandée par Antoine , qui rencontra Gecina près de Crémone. On attendait le combat, mais on entra en négociation, et Cecina, ayant cédé aux séductions, chan« gea de parti ^ et se déclara pour Vespasien^ Son armée s'en repentit bientôt ; et après avoir emprisonné Cecina, elle attaqua Antoine, quoiqu'elle n'eût point de chef. Le combat du^a toute la nuit 3 le lendemain matin , les deux armées recommencèrent de nouveau , après avoir pris quelque nourri* tare. Comme le^ soldats d'Antoine saluaient

suivant leur coutume y le soleil levant y ceux. de Vitellius , croyant qu'ils avaient reçu des secours , prirent la fuite. Trente mille périrent.

. Vitdlius proposa à Vespasien de lui remettre l'Empire , à condition qu'on lui don* nerait , avec la vie , un revenu honnête. Pour donner du poids à cette demande ^ il sortit en denil de son palais, au milieu de ses domestiques, qui versaient des larmes. Il offrit ensuite au consul Cecilius , le glaive de la justice. Sur son refus, ce vil empereur se prépara à déposer,' dans le temple de la Concorde , les marques impérialea.; mais étant interrompu par quelques personnes , qui criaient qu'il était lui-mêmela Concorde, il résolut , d'après un si faible encouragement , de maintenir son pouvoir , et de se mettre sur la défensive.

Pendant cette incertitude, Sabinus, qui avait conseillé à Vitellius de résigner son pouvoir, voyant son état désespéré , voulut, par un coup hardi , favoriser Vespasien. En conséquence, il s'empara du Capitole. Mais il s'était trop hâté , car les soldats de Vitellius l'attaquèrent avec acharnement , et l'emportant par le nombre , ils réduisirent

DE L'EMPIRE ROMAIK. v lâg en cendres ce bel édifice. Pendant cet épou- Tantable incendie , Vitellius se réjouissait dans le palais de Tibère, et voyait y d'un œil satisfait , les horreurs d'un assaut Sabinus fiit pris et exécuté par l'ordre de l'empereur. Le jeune Domitien , son neveu j qui monta sur le trône dans la suite, échappa , déguisé en prêtre. On passa au fil de l'épée tous ceux qui n'avaient point péri dans les flammes.

Antoine, général de Yespasien, étant arrivé devant les murs de la ville, les troupes de Vitellius résolurent de se défendre jusqu'à la dernière extrémité. On attaqua avec fureur ; et les assiégés , tonibant sur leurs ennemis , dans une sortie , se défendirent avec une égale obstination. Le combat dura un jour entier ; les assiégeans entrèrent dans la ville, et massacrèrent, dans les rues, les babitans qui entreprirent en vain de se défendre.

On trouva Vitellius cfiché dans un coin obscur, d'où il fut. tiré par des soldats victorieux. Voulant encore prolonger de quelques heures sa misérable. vie, il demanda à être mis. en prison jusqu'à l'arrivée de Vespasien à !Rome, prétendant avoir des se« crets importans à lui communiquer. Mais JI' Partie. 9

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