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de siège de la dysenterie. « Si les gros intestins sont lésés , le malade éprouve un violent ténesme et peu de difficulté à se débarrasser des matières fécales ; celles-ci sont rarement ou même jamais sanguinolentes, mais presque toujours leur expulsion est suivie de quelques gouttes de sang ou de parcelles de graisse et de chair ; la douleur n'est presque jamais vive et aiguë, mais presque toujours sourde. Les accidens contraires ont lieu si !a maladie a son siège dans las intestins grêles. La véritable dysenterie est toujours accompagnée de l'ulcération des intestins. » Malheureusement des vérités si lumineuses sont mêlées à des erreurs grossières sur l'altération des esprits des humeurs , etc. Le médecin de Tralies recommande surtout de faire attention à l'âge, aux forces, à la constitution, au genre de vie des malades et d'observer soigneusement les efforts de la nature dans le cours des maladies aiguës. A. tout cela, on reconnaît un praticien judicieux. Il préfère les fondans, les légers laxatifs aux purgatifs plus violens, et il montre beaucoup de réserve dans l'emploi de l'opium dont on abusait tant alors. Il recommande l'usage des raisins dans la dysenterie et il paraît être le premier qui ait employé la rhubarbe contre cette maladie. Ce grand praticien , qui décèle tant de sagesse et de sagacité dans l'exercice de son art , n'a cependant pu détruire bien des erreurs ni secouer les préjugés et la superstition de ses prédécesseurs. Le traitement étrange, les moyens théosophiques, l'amu-
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lette , qu'il conseille contre 3a goutte, la colique, les fièvres quotidiennes en fournissent des preuves sans réplique.
Les invasions répétées des Barbares; la cruauté, la tyrannie des despotes dont l'un , Léon III , fit incendier un collège renfermant douze savans estimés et trente mille volumes, accéléraient la décadence des sciences, en Orient, pendant les septième et huitième siècles. Jusqu'à la prise d'Alexandrie par les Sarrasins, cette école, l'une des plus célèbres de l'antiquité, conserva toujours quelques traces de sa splendeur originelle. La plupart des médecins du septième siècle s'étaieut formés dans son sein. Théophile, colonel de la garde impériale sous Héraclius, compila Galien et Ruffus dans son ouvrage sur l'usage des parties du corps. L'auteur fait des efforts continuels pour découvrir les motifs qui ont porté Dieu à donner aux membres et aux viscères leur forme , leur position et leurs rapports. Théophile est plus exact, plus méthodique que Galien dans plusieurs descriptions anatomiques, et il signale des découvertes restées inaperçues par le médecin de Pergame. Ce qu'il a écrit sur le pouls et les urines, pour servir au diagnostic des maladies 1 ne mérite pas qu'on en parle.
Etienne d'Athènes et deux autres commentateurs d'Hippocrate , Jean d'Alexandrie et Palladius succédèrent vraisemblablement à Théophile. Paul d'Egine, chirurgien et accoucheur très célèbre , avait aussi fait ses études g Alexandrie vers cette époque. Les
Arabes l'estimaient extrêmement et les sages-femmes le consultaient de toutes parts. Dans un écrit intitulé Extrait des anciens ouvrages sur la médecine , il assure avoir imité Oribase, et l'on y trouve effectivement des chapitres entiers tirés de cet auteur, d'Aétius et de Galien. Il signale les dépôts produits par la suppression du lait et il indique les moyens rationnels de les traiter. Ses opinions sur la goutte ont beaucoup de rapport avec les idées émises long-temps après par Cullen sur cette maladie. Il importe de connaître surtout ce qu'il a écrit sur la chirurgie. Il pratique la saignée le plus près possible de la partie malade, et l'artériotomie dans l'ophtalmie la plus aiguë. Il fait la bronchotomie sans intéresser les cerceaux cartilagineux de la trachée artère et il signale la différence des anévrismes vrais d'avec les anévrismes faux. Il ouvre les abcès internes au moyen des caustiques. Depuis lui , les Arabes en ont fait un usage très fréquent. Ce qu'on doit remarquer surtout, c'est la multiplicité d'affections des parties génitales signalées par Paul d'Egine et dont il fait connaître les moyens curatifs. Elles ont beaucoup d'analogie avec les maux vénériens auxquels bien des écrivains donnent une origine plus moderne. Paul d'Egine trace en outre plusieurs règles sur diverses opérations; le traitement des fractures et des luxations qu'il est inutile de faire connaître, ainsi que ses préceptes sur les accouchemens, dont plusieurs sont erronnés et dangereux. Au commencement du neuvième siècle et dans
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lessuivans, l'Europe était aussi ignorante que barbare. Les rois étaient obligés de prendre pour leurs médecins des Juifs , des Arabes ou des Grecs de Constanîinople. En 8 1 3, Charlemagne meurt d'une pleurésie dont il souffrait depuis sept jours , n'ayant pas de médecin qui sût ce qu'était une inflammation de poitrine. A cette époque , l'usage de faire crever les yeux était fort usité et il n'était pas rare qu'on en pérît. Bernard, petit-fils de Charlemagne, en mourut au bout de trois jours, et le pape Pascal faisait crever les yeux de ceux qui prêchaient l'obéissance aux empereurs.
§. II. Etat de la Médecine depuis le neuvième siècle jusqu'à la destruction de l'empire d'Orient.
Dans ce période de six à huit cents ans, si funeste à la liberté, aux sciences et aux arts, il s'est trouvé pourtant quelques princes d'Orient qui leur donnèrent appui. Bardas, Basile de Macédoine et Léon VI protégèrent les sciences, rétablirent des professeurs payés par l'état. Le règne de Constantin VII est une des brillantes époques dans l'histoire des sciences de l'empire d'Orient. Il donna aux savans des emplois honorables ; il établit des bibliothèques et fit faire des recueils d'extraits tirés des ouvrages anciens, peu intéressans, il est vrai, et souvent étrangers aux sciences médicales proprement dites. On y trouve quelques notions sur l'art vétérinaire
( io6) dont on ne s'était presque point occupé jusqu'au septième siècle.
Après la mort de Constantin VII et jusqu'au milieu du onzième siècle, le zèle pour les sciences s'attiédit beaucoup en Orient. L'un des Comnènes, Alexis Ier, établit des maisons publiques pour les invalides et les orphelins. Malgré ses efforts pour améliorer l'instruction publique, il mourut, après de longues souffrances, d'une maladie exaspérée par des moyens incendiaires et même abandonné des ignorans, entre autres un eunuque, qui en avait entrepris le traitement.
Vers cette époque Siméon Seth, maître de garderobe dans le palais d'Antiochus à Constantinople, fît un traité sur les alimens. Il écrivit aussi sur les médicamens dont il cherche à expliquer l'action d'après les qualités élémentaires de Galien. Il dit, par exemple, que le camphre est froid et sec au troisième degré.
Manuel Comnène, successeur d'Alexis Ier, avait plusieurs médecins à sa cour qui traitèrent l'empereur Conrad II de sa blessure, ce prince n'en ayant pas un dans son armée. Manuel se vantait "d'avoir des connaissances en médecine, et il en fit preuve en traitant lui-même la maladie de Baudouin III, roi de Jérusalem. Il établit de nombreux hôpitaux et inventa plusieurs onguens. Lucas, patriarche œcuménique, interdit alors l'exercice de la médecine aux diacres et aux prêtres de l'église grecque. Sous le règne de Manuel, au douzième siècle, un certain
( io7 ) Synesius, auteur d'une traduction du Viaticum, donne la description de la variole et de la rougeole d'après Tlhazès.
Jean, surnommé Actuarius, auteur d'un traité de V action et des affections de V esprit animal, et d'un autre intitulé des n^éthodes curatives , n'a rien découvert de remarquable. Ce sont des compilations de Galien et de quelques auteurs arabes. Démétrius Pepagomenus , auteur d'un écrit estimé sur la goutte ; Nicolas d'Alexandrie , qui recommande l'arsenic comme épice propre à prévenir les funestes effets des poisons ; plusieurs autres médecins d'Orient prouvent par leurs écrits l'ignorance grossière et l'avilissement des sciences au treizième siècle.
§. III. Examen de la Médecine des Arabes , des Persans et des premiers Espagnols.
La destruction des monumens consacrés aux sciences et aux arts ; la préférence donnée aux productions de l'imagination sur celles du raisonnement et de la rigoureuse observation des faits ; les pratiques superstitieUses introduites en médecine ; la fatalité de l'islamisme et ses fantômes menaçans, avaient ramené l'art de guérir à l'imperfection de son origine, jusqu'à l'époque où les Arabes firent la conquête du monde. Ils étudièrent la philosophie et la médecine dans Alexandrie qui fut si long-temps le centre des sciences. La médecine fut d'abord pour
( >o8) eux un pur empirisme surchargé de formules superstitieuses , auquel tous les moyens étaient indif— férens pour guérir les maladies. D'un autre*côté, les Nestoriens, rejetés du sein de l'église orthodoxe et réfugiés en Orient , y fondèrent des écoles dans lesquelles les Perses et les Arabes vinrent puiser des connaissances qu'ils rapportèrent à leurs compatriotes.
L'un des principaux établissemens des Nestoriens fut un collège de médecine très célèbre dans Dschondisabour, ville qui paraît avoir été bâtie par Sapor II , après le concile de Nicée et la conquête de la Syrie. Cette ville avait aussi un hôpital dans lequel les jeunes médecins apprenaient à traiter les malades et où ils n'étaient admis qu'après avoir subi des examens. Ces établissemens ne commencèrent à être connus qu'après le septième siècle. La dispersion des savans de l'école d'Edesse et l'expulsion des Platoniciens d'Athènes, contribuèrent également à propager l'étude de la médecine chez les Arabes. Du temps de Mahomet, il y avait aussi dans la Mecque des médecins qui s'étaient formés dans les écoles grecques. On cite surtout Hhareth-Ebn-Kaldoht, contemporain du prophète ^médecin d'Abu- Bekr , qui avait étudié à Dschondisabour.
Devenus possesseurs de l'Egypte, les Arabes s'adonnèrent davantage à l'étude des sciences. Les chrétiens grecs, qui étaient pour la plupart Syriens , devinrent leurs maîtres ainsi que les Juifs, et firent de nombreuses traductions en arabe, des écrits des
( io9 ) médecins, des philosophes et des naturalistes de la Grèce; mais on ne traduisit pas les meilleurs auteurs, et le texte fut souvent altéré dans la traduction ou par les commentaires qui l'accompagnaient. Ce fut cependant la source dans laquelle les Arabes puisaient leur instruction , et ils montrèrent peu de zèle pour les sciences jusqu'au huitième siècle. Mais elles brillèrent d'un nouvel éclat, quand Almansor fonda la ville de Bagdad et l'académie qui devint si célèbre. Il y avait un collège de médecine tellement fréquenté par les professeurs et les élèves, qu'il fut un temps où l'on en comptait jusqu'à six mille. Dans le treizième siècle , des hôpitaux , des pharmacies publiques et une grande bibliothèque furent aussi établis à Bagdad par les soins des califes. L'un d'eux, Mostanser, salaria généreusement les professeurs aux leçons desquels il assistait souvent. Son successeur, non moins ami des sciences, fit preuve d'une plus grande tolérance en attirant des savans qui étaient chrétiens.
« Parmi tous ces princes, le plus éclairé fut Almamon , qui rendit son nom immortel par tout ce qu'il fit en faveur des sciences. » Son exemple fut suivi dans divers états mahométans. Le commerce, l'industrie et les sciences florissaient à Tunis, à Fez, à Maroc , mais surtout en Espagne, à Cordoue. Alkakem établit dans cette ville une académie qui, pendant plusieurs siècles, a été la plus célèbre du monde entier. Elle a fourni des savans distingués. Les chrétiens d'Occident qui cherchaient à s'instruire
s'y rendaient en foule, et l'on assure qu'elle avait, au dixième siècle, une bibliothèque renfermant deux cent quatre-vingt-quatre mille volumes. Séville, Tolède, Murcie avaient aussi des écoles savantes qui conservèrent une grande renommée jusques après la domination des Arabes. L'Orient possédait aussi quelques écoles célèbres et des bibliothèques nombreuses sous des princes protecteurs des sciences. Les savans et les écrivains se multipliaient parmi les Arabes sans avantage marqué pour les sciences.
Pour juger plus exactement la médecine des Arabes, il faut connaître un peu leur philosophie, et savoir que celle des Grecs fut long-temps odieuse aux Musulmans , parce qu'elle était opposée aux principes de l'islamisme. Les vrais croyans regardent la volonté absolue de Dieu comme la cause de tous les phénomènes de la nature, de toutes les actions de l'homme, et celle enfin de tous les mouvemens et changemens de la matière. Suivant eux, tous les corps de la nature ont les trois dimensions des qualités accessoires, comme la légèreté ou la pesanteur, et les quatre qualités élémentaires ou quelques-unes d'elles. Mais les plantes ont de plus une autre force, celle de l'accroissement et de la nutrition; et les animaux en possèdent encore une autre en vertu de laquelle ils sentent et se meuvent. Cette doctrine , comme on voit, est tirée en grande partie de celle des philosophes d'Alexandrie et de celle des péripatériciens. Suivant eux encore , l'esprit ou principe vital se développe dans l'acte de la génération , par
la fermentation des quatre élémens. 11 réside surtout dans les ventricules du cerveau où il fermente avec la chaleur intégrante de l'agent principal de la circulation , auquel le foie fournit le sang qui est son principe nutritif. « La chaleur doit être sentie et la sensation dérive du cerveau. Les organes ne peuvent agir si la faculté ne leur en est donnée par l'esprit qui s'y insinue par le moyen des artères qui le transportent partout. »
Les préjugés et surtout les dogmes religieux des mahométans leur interdisaient expressément toute investigation cadavérique. D'après leur opinion , l'ame n'abandonnant pas le corps subitement, mais passant peu-à-peu d'un membre dans un autre , et delà dans la poitrine , ce serait martyriser cruellement le corps d'un mort , si on le disséquait. L'étude pratique de l'anatomie étant donc impossible , les médecins arabes tâchèrent de l'apprendre dans les écrits des Grecs , spécialement dans ceux de Galien. Ils profitèrent toutefois des occasions favorables pour bien connaître les os humains découverts dans les cimetières, tant ils sentaient l'inconvénient d'apprendre l'anatomie dans des livres seulement.
La chimie et la pharmacie furent mieux étudiées et portées à un plus haut degré de perfection par les Arabes. Dans un ouvrage écrit au huitième siècle , l'un d'eux fait déjà mention de plusieurs préparations mercurielles et autres, telles que le sublimé corrosif, le précipité rouge, l'acide nitrique, l'acide nitromuriatique , le nitrate d'argent, etc. Les mots alco-
hol , julep , looch , bézoard, usités de nos jours, ont été créés par eux , pour désigner divers remèdes de leur composition. « Il paraît même qu'ils ont introduit l'usage de formulaires sanctionnés par le gou~ vernement pour la préparation des médicamens. Sabor-Ebn-Sahel, directeur de l'école de Dschondisabour, a publié, dans la seconde moitié du neuvième siècle , sous le titre de Krabadin , le premier dispensaire qui ait paru. » Les pharmacies étaient alors sous la surveillance immédiate du gouvernement , afin que les médicamens ne fussent ni altérés ni vendus trop cher; et le général Afschin s'assurait par lui-même si les pharmacies de son armée étaient pourvues de tous les médicamens désignés dans ses dispensaires.
Trop enclins au merveilleux , dépourvus de l'esprit d'observation si nécessaire en médecine, les Arabes avancèrent peu dans la pratique de cette science. L'astrologie, l'uroscopie et des compositions pharmaceutiques souvent absurdes étaient fort en vogue parmi eux. Ils aimaient singulièrement à se livrer aux subtilités de la dialectique et vous seriez bientôt dégoûté de la lecture des faits qui décèlent l'effronterie et l'ignorance de plusieurs de ces uroscopes. Voyons plutôt suivant l'ordre des temps, quels furent les médecins et chirurgiens arabes qui méritent bien de la science et de l'humanité.
Ahrun , prêtre d'Alexandrie , a publié le plus ancien traité , sous le titre de pandectes, que les Arabes aient possédé. Cet ouvrage a disparu. Rhazès
( u3 ) en a conservé quelques fragmens, et il paraît que l'auteur, qui avait beaucoup observé la variole, donna le premier une description très détaillée de cette maladie. Ahrun prédisait les épidémies d'après les observations météorologiques. Il regardait comme symptôme mortel l'apparition de certaines taches analogues aux pétéchies , quand elles se développaient dans les maladies épidémiques. Il était très versé dans l'art du pronostic; mais iî ne portait son jugement que quand la maladie avait atteint son plus haut degré d'intensité. Il attribuait les scrophules au mauvais régime ou au défaut de nourriture, et il avait, sur les causes des divers types des fièvres intermittentes, sur celles d'une espèce particulière d'ophtalmie et sur celle de l'hystérie, des opinions qui ne méritent pas que l'on en fasse mention , non plus que des principes qui le dirigeaient dans le traitement des abcès au foie, dans celui de la fièvre hectique, de la jaunisse, des plaies, etc. Plus tard , une famille de médecins nestoriens se rendit célèbre à la cour des califes de Bagdad. L'un des plus heureux de cette famille fut Dschibrail,qui guérit Haroun-Al-Raschid d'une apoplexie et sa favorite d'une paralysie. Au neuvième siècle, Mésué l'ancien enseigna la médecine aux Arabes. Il fut malheureux en pratique et il avait une aversion marquée pour les purgatifs drastiques.L'un de ses disciples, Hhonain-Ebn-Yzhak, se distingua par d'excellentes traductions en arabe des ouvrages d'Hippccrate, Galien, Pline, Paul d'Egine, etc. Dans l'un de ses écrits, qui a pour
titre : Introduction à la médecine, il multiplie singulièrement les puissances dont dépendent les diverses fonctions; il admet cinq espèces de bile et il discute longuement sur l'action des dissolvans. Ses fils , Yztîak et David , et son neveu parvinrent aussi à une certaine célébrité comme traducteurs et auteurs d'observations en médecine.
Jahiah-Eb-Serapion , Syrien d'origine , écrivit dans son idiome un ouvrage qui fut traduit en arabe et dans lequel on trouve la description d'une espèce particulière de céphalalgie; des opinions bizarres sur la nature de plusieurs maladies, quelques moyens curatifs non moins ridicules, et au milieu de tout cela une assertion très judicieuse; « il déclare positivement qu'on ne doit pas croire les médecins qui prétendent traiter toutes les hydropisies par les échauffans et assure avoir connu plusieurs personnes qui furent guéries d'hydropisies aiguës par les antiphlogistiques. » Ses bons préceptes sur la préparation des médicamens prouvent combien les Arabes s'occupaient de la pharmacie.
A cette époque, vivait un Arabe nommé Alkhendi* l'un des plus célèbres auteurs de sa nation et fort habile, dit-on , en philosophie, en mathématiques , en médecine et en astrologie. Averrhoés lui reproche de fonder ses principes sur de pures subtilités. C'est une inculpation applicable à presque tous les Arabes. Alkhendi a établi l'action des médicamens composés d'après des proportions géométriques et l'harmonie musicale : doctrine étrange qui se propagea
presque jusqu'au dix -septième siècle, parmi les Arabistes. Aben-Guefith, clans un traité sur les vertus des médicamens simples , décèle parfaitement l'esprit qui dominait alors; et pour connaître la valeur des règles dont il fait mention il faut en lire l'énumération clans K. Sprengel.
Un médecin arabe , très connu sous le nom de Rhazès , fut l'un des plus célèbres professeurs de Bagdad et directeur de l'hôpital de cette ville : on dit qu'étant atteint delà cataracte , il refusa de se laisser opérer, le chirurgien n'ayant pu lui dire combien de membranes entrent dans la composition de l'œil.
Il mourut en 9^3. Parmi les ouvrages qui portent son nom, il en est un intitulé le Hhaivi, qui lui est faussement attribué, mais dont les propositions principales lui appartiennent vraisemblablement. Rhazès adopta la doctrine de Galien : il ne dissimule pas que c'est à cause de la confusion que les opinions des anciens mettent dans ses idées. Sa Théorie de la fièvre est absolument conforme à celle du médecin de Pergame. Toutefois , il fait remarquer que la fièvre ne constitue pas une véritable crise , mais indique que la nature travaille à opérer la solution de la maladie. Il donne aussi une description exacte des fièvres subintrantes. Il signale, à la manière d'Hippocrate, l'influence de la saison, des vents, du climat et de la constitution atmosphérique sur les maladies; et il parle enfin, d'après ses propres observations, des fièvres irrégulières causées par l'ulcération des reins.
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Les médecins arabes passaient pour très habiles enséméiotique. Rhazès surtout était fort estimé des Grecs pour la justesse de son pronostic sur les maladies aiguës et chroniques. De son temps , on s'arrêtait beaucoup trop à des signes superstitieux.- Il suitles principes d'Hippocrate sur la coction , les crises, les jours critiques, et sur le régime qu'il faut suivre dans les maladies aiguës. Il traite la fièvre ardente par l'eau froide, à l'instar des Grecs. Il retrace les règles du vieillard de Cos, relativement à l'emploi des évacuans, et il veut que l'on soit très réservé sur celui des purgatifs dont il explique l'action nuisible par l'irritation qu'ils produisent sur le canal intestinal.
On voit aussi que Rhazès traite les affections chirurgicales d'après la théorie des qualités élémentaires. De son temps, on s'appliquait à rechercher si le corps était sec et la partie humide, ou celle-ci sèche et le corps humide, avant de déterminer l'onguent ou l'emplâtre auquel il fallait recourir. On réduisait les fractures et les luxations avec des machines qui prouvent combien l'anatomie et la thérapeutique chirurgicale étaient imparfaites. Rhazès reproche même à ses contemporains de chercher le siège de la luxation dans la continuité de l'os et non dans l'articulation» Il rejette l'opération du cancer et ne dément pas l'opinion qui faisait croire à l'existence de moyens propres à régénérer les chairs. Il attribue les ulcères du gland à une cause interne et il donne des conseils horribles pour ter-
( "7 ) miner l'accouchement. Mais il donne l'excellent précepte de cautériser la plaie faite par la morsure d'un animal enragé, et il ajoute que l'on doit aussi faire prendre un vomitif.
Ce qui a le plus illustré ce médecin, c'est son traité de la variole et de la rougeole, dans lequel on trouve à la fois l'esprit de la théorie régnante et les méthodes les plus en vogue. Il pense, avec hien d'autres depuis lui, que le principe de la petitevérole réside dans Je sang de l'embryon. Ce qui vaut mieux que cette opinion paradoxale, c'est sa recommandation de traiter cette maladie par des moyens diététiques, à l'exclusion des médicamens irritans. Il prescrit de l'eau froide, des bains de vapeur et fort peu de purgatifs dans le premier période. Si la diarrhée existe, il recommande de ne la pas faire cessser inîempestivement; il indique les bains vaporeux pour favoriser la maturation des boutons et un mélange actuellement inusité pour favoriser leur dessiccation.
« Les dix livres que Rhazès à dédiés au calife Almansor contiennent en abrégé tout le système médical des Arabes et surtout un traité spécial sur les qualités indispensables au médecin et sur l'érudition qu'il doit avoir. Bien des médecins, dit-il, ont travaillé, peut-être depuis des milliers d'années, au perfectionnement de l'art de guérir; par conséquent, celui qui lit attentivement et médite leurs écrits acquiert, dans le court espace de sa vie, plus de connaissances qu'il ne pourrait en rassembler en
( "8 ) soignant pendant plusieurs siècles des malades : car il est impossible à un seul homme , quelque longue que soit sa carrière , de parvenir , par ses propres observations, à découvrir la plus grande partie des vérités médicales, s'il ne met pas à profit l'expérience de ses prédécesseurs : mais ce n'est pas seulement la lecture qui forme le médecin ; il faut encore qu'il soit doué d'un jugement sain, qu'il sache appliquer les vérités reconnues aux cas particuliers. On trouve encore, dans l'ouvrage qui nous occupe, un traité fort curieux sur les manœuvres des charlatans qui y sont dépeints avec les couleurs les plus vives. C'est aussi le premier livre de médecine qui fasse mention de l'eau-de-vie. Strabon parle déjà de l'Ahrack dont les Arabes connaissaient la préparation au neuvième siècle; cependant aucun médecin avant Rhazès n'a cité cette liqueur. Il indique aussi différentes espèces de bières faites avec l'orge, le riz et le seigle. »
Les aphorismes de Rhazès , quoique exposés d'après les principes d'Hippocrate,sont pourtant fort inférieurs à ceux de cet incomparable modèle. Il présente, avec une emphase toute orientale et dans un style mystique, ses découvertes et ses pronostics. Cela devait être ainsi chez un peuple qui voyait tout à travers le prisme de la superstition et d'une imagination ardente. Il reste encore à faire mention de l'antidotaire de Rhazès , espèce de catalogue de médicamens simples et composés , dans lequel on trouve les traces d'un oxide de mercure employé en
( ii9 ) frictions contre la gale ; diverses préparations arsenicales ; du corail , des pierres précieuses et surtout l'huile de fourrais, conseillés pour l'usage intérieur contre diverses maladies.
Ali, surnommé le magicien, suivit Rhazès de fort près. Il est auteur d'un ouvrage regardé comme le chef-d'œuvre de l'érudition arabe , dans lequel cet écrivain affirme ne s'être écarté des opinions des médecins grecs qu'à l'égard de la matière médicale fort enrichie par les travaux des médecins arabes et persans. Il déclare avoir recueilli la plupart de ses observations dans les hôpitaux , et il regarde comme le premier devoir d'un jeune praticien d'étudier dans ces grandes écoles les maladies trop souvent décrites incomplètement dans les livres. On sait pour quels motifs son anatomie et sa physiologie devaient être conformes à celles des Grecs ; pourquoi il traite la séméiotique plus en détail et avec plus de succès. Il fait la remarque judicieuse que les jeunes gens deviennent ordinairement mélancoliques à l'approche de la puberté. Le traducteur d'Ali donne le nom de pulsus inclinus à un pouis élevé, plein et dur dans son milieu , petit et faible sur les deux côtés. Son traité de la diététique est extrêmement remarquable pour l'époque où il vivait. Il y présente le sucre comme une nourriture excellente pour les nouveaux-nés, et il se borne à peu près à prescrire le sucre et le lait aux phthisiques, comme Avicenne l'a fait depuis en y ajoutant la saignée. Du reste , Ali se conforme aux préceptes d'Hippo-
crate sur le régime, d'après le climat, les habitudes, etc. Il s'écarte fort peu des principes de Rhazès, quant au traitement des maladies.
Un Arabe surnommé le Prince des médecins, très connu sous le nom d'Avicenne, est auteur d'un système très célèbre qui a dominé pendant plus de six cents ans. Son père n'épargna ni soins, nidépenses, pour son éducation, etil avait des dispositions tellement heureuses, qu'Use vante d'avoir su tout l'alcoran par coeur à dix ans. Il fit sa philosophie et il étudia la médecine à Bagdad. Il se livrait si ardemment à l'étude des sciences, qu'il prenait pendant la nuit d'abondantes boissons pour se soustraire au sommeil et il lui est arrivé souvent de trouver en dormant la solution des problèmes qu'il n'avait pu résoudre étant éveillé. Ce génie ardent fit une cure brillante dès l'âge de dix-huit ans. Il fut recherché , comblé d'honneurs par des califes ou des princes dont il était médecin : il fut même élevé à la dignité de vizir. Puis, il fut destitué, incarcéré deux fois. Cet homme, usé par une activité d'esprit excessive, par le vin et par les femmes, mourut âgé de 58 ans , en io36.
Il donna le titre de canon au traité complet qu'il composa sur l'art de guérir, à une époque où toute innovation était très mal accueillie et où l'on avait perdu, pour ainsi dire, l'habitude de réfléchir. Cet immense ouvrage, écrit avec un ordre qui s'accommodait parfaitement à l'esprit scolastique du moyen âge, dispensait les médecins d'alors de consulter
d'autres auteurs et surtout les originaux grecs que bien peu de personnes étaient à portée de comprendre, tant l'ignorance était générale. Ses principes étaient conformes à l'esprit de la philosophie dominante dans laquelle les préjugés et la superstition jouaient un si grand rôle. Il raisonne très peu d'après les faits qu'il a observés : c'est presque toujours d'après Galien , Aelius, Rhazès ou autres. Il introduit en médecine les quatre causes de l'école péripatéticienne : la matérielle, la formelle, l'agissante et la finale. « Les causes matérielles résident dans les viscères , les esprits et les humeurs, mais seulement d'une manière éloignée dans ces dernières. » Les agissantes sont les causes occasionnelles qui se rapportent aux matériaux de l'hygiène (choses non naturelles), etc. II multiplie les facultés du corps bien plus qu'on ne l'avait fait avant lui; mais il serait trop fastidieux de redire ces divisions et sur quoi il les établit. Il reproduit la doctrine de Galien touchant les humeurs du corps, à la seule différence près qu'il distingue des humeurs nutritives qui ne sont pas , comme la bile , la pituite et l'atrabile, destinées à être expulsées.
Quanta l'anatomie , à la physiologie et à l'histoire naturelle, Avicenne a copié ses prédécesseurs, surtout Aristote et Galien. Sa pathologie est pleine de subtilités outrées comme celles-ci, quand il compte quinze espèces de douleurs, et quand il émet ses idées bizarres sur les esprits vitaux. Cependant il montre quelque scepticisme sur les causes de l'hy-
pochondrie. (( Quelques-uns, dit-il, ont attribué diverses espèces de mélancolie à l'influence des démons, mais je ne partage pas leur avis. » Du reste , son traité sur la mélancolie produite par un violent amour , est assez intéressant. Ce médecin persan soutient avec raison, contrairement à Galien , que l'apoplexie est souvent produite par la pléthore ; qu'elle est curable dans plusieurs cas, et que l'on doit différer de trois jours l'enterrement des apoplectiques, leur mort pouvant bien ne pas être réelle. Sa distinction de la pleurésie suivant que l'inflammation a son siège dans la plèvre ou dans les muscles intercostaux, ou danslemédiastin , est aussi fort remarquable. Il trace l'histoire de la scarlatine, qu'il range entre la variole et la rougeole ; et il décrit le spina ventosa, dont Rhazès avait parlé avant lui. La matière médicale d'Avicenne était fort étendue. Plusieurs des compositions médicamenteuses qu'elle comprend, peuvent bien être les mêmes que celles désignées par d'autres auteurs sous des noms différens. Il signale plusieurs espèces de camphre; trois espèces différentes de fer. Il prescrit l'or , l'argent à l'intérieur pour purifier le sang ; et c'est de son temps que l'usage s'est introduit en pharmacie de dorer et d'argenter les pilules. Il regarde le sublimé corrosif comme le plus violent des poisons, et il est fort peu partisan de l'opium. D'ailleurs il ne s'écarte presque aucunement de ses prédécesseurs sous le rapport des règles d'après lesquelles on peut juger l'effet des médicamens et de leurs préparations.
En résumé, l'immense ouvrage d'Avicenne offre très peu de principes qui lui sont propres. Il est partisan de la saignée, surtout au début de la frénésie et dans les inflammations. « Au début de la maladie, il choisit les veines les plus éloignées pour déterminer la révulsion ; et quand elle est à un période plus avancé, il préfère les plus voisines , afin d'opérer la dérivation. Enfin , il recommande avec raison de combattre les fièvres intermittentes par des moyens très doux. Vous ne regretterez pas d'ignorer ce qu'il a écrit sur la lèpre qui a disparu presque entièrement d'Europe. Quant à la chirurgie , il faut noter surtout ce qu'il dit des maladies des paupières, et des hernies. Il n'opérait pas les hernies étranglées.
Parmi les écrivains du dixième siècle, on compte encore Al-Hanisi, auteur d'un traité de matière médicale; Yzhak-Ben-Soleiman, auteur d'un bon ouvrage sur la diététique , dans lequel on trouve une instruction sur l'art de préparer le pain; Sérapion le jeune, auteur d'un écrit estimé sur les médicamens, dans lequel se trouvent plusieurs idées neuves et des traits caractéristiques de son penchant au merveilleux ; Mésué le jeune, qui était, dit-on , chrétien et disciple d'Avicenne, et qui vint au Caire auprès du calife Alhaken. Ce Mésué établit de bonnes distinctions dans les purgatifs ; il en admet de particuliers pour chaque viscère, et il prétend que les amers fortifient l'estomac , que les sels accélèrent l'action des remèdes, que les mucilagineux la tempèrent, que les acides diminuent la chaleur et l'inflammation.
Plus tard un médecin espagnol , né à Zahera , près de Cordoue , et bien connu sous le nom d'Albucasis , fît un très bon ouvrage sur les opérations de chirurgie, cette branche de l'art de guérir étant alors fort peu avancée parmi les Espagnols, très ignorans en anatomie. De son temps, l'usage des caustiques était extrêmement répandu; c'est au point qu'il conseille d'appliquer le feu sur la tète, pour guérir la cataracte. Il ne faut pas omettre de dire qu'il conseille la ligature comme un des moyens capables d'arrêter l'hémorrhagie provenant de la blessure d'une artère; qu'il n'a rencontré l'hydrocéphale que chez les enfans pour qui elle a toujours été mortelle. « L'art des accouchemens devait être alors dans un bien trise état, si nous en jugeons par ce que dit Albucasis. La nécessité de retourner l'enfant lorsqu'il affecte une mauvaise position , lui était connue; mais ij y procède d'une manière si grossière, et, quand on ne peut réussir, il conseille si sérieusement d'arracher le fœtus par lambefux, qu'on s'aperçoit sans peine combien l'existence du nouvel être était peu importante aux yeux des chirurgiens de ces temps barbares. »
De tous les médecins arabes précités, aucun n'a le mérite d'originalité ni l'esprit observateur d'Ebn- Zohr, plus connu sous le nom d'Avenzoar , né à Séville, où son père exerçait aussi l'art de guérir. Avenzoar et son successeur Averrhoè's brillèrent par leurs idées philosophiques et une certaine indépendance d'esprit. Avenzoar distingue judicieuse-
( "5) ment les laxatifs des purgatifs. Il attaque quelques opinions de Galien.ll refuse la suprématie du cœur ou du cerveau sur d'autres viscères , et il soutient qu'il existe une connexion intime entre tous les organes. Ses écrits contiennent des observations nouvelles et d'un haut intérêt. C'est surtout comme praticien habile, judicieux, qu'Àvenzoar figure dans l'histoire de la médecine. Il fit plusieurs opérations chirurgicales , celle de la taille exceptée , parce qu'elle déshonorait un médecin à une époque où de ridicules préjugés établissaient une différence très marquée entre les médecins et les chirurgiens. Ceux-ci étaient généralement fort ignorans.
Averrhoé's , fils du grand-justicier et grand-prêtre d'Andalousie , s'occupa beaucoup plus de philosophie que de médecine. Il était disciple d'Avenzoar et péripatéticien très partisan de la dialectique. Il eut une foi robuste dans le récit dune femme adroite touchant sa grossesse survenue à la suite d'un bain pris dans l'eau où un homme s'était baigné précédemment.
Un autre Espagnol ,Ebn-Beithar, deMalaga, était naturaliste et botaniste très célèbre. Il fit de longs voyages, reçut le titre de maître à l'académie du Caire et fut élevé au rang de vizir par Malek-Alkamei. Il mourut en 1248. Il est auteur de plusieurs écrits sur les médicamens simples , spécialement sur les plantes, et d'un traité élémentaire de médecine "vétérinaire.
Nous terminerons ici l'histoire de la médecine des
( "6 ) Arabes, Persans et Espagnols du moyen âge. Vaincus par les Turcs et soumis à leur gouvernement despotique , dès le onzième siècle , les Arabes perdirent le goût des sciences bien plus tôt en Orient qu'en Espagne , où les Maures resserrés de plus en plus , et chassés de toutes parts par les Espagnols , cessèrent d'avoir des médecins distingués dès le quatorzième siècle. En définitif, les Arabes ne firent faire presque aucun progrès aux sciences, si ce n'est à la matière médicale et à la chimie. Ils se bornèrent à traduire et à commenter les écrits des Grecs.