‹ Abrégé de l'origine de tous les cultesChapitre 59 sur 68 · CHANT IV · texte numérisé non relu

CHANT IV

Aëtès, inquietet soupçonneux, craint que ses filles ne soient d'intelligence avec les Argonautes. Médéc s'en aperçoit, et en estalarmée. Elleallait même se porter aux dernières extrémités de son désespoir, lorsque Juiion lui suggère le dessein de fuir avec le fils de Phryxus. Cette idée relève son courage. Elle cache dans son sein les trésors que contenaient sa cassette magique et ses herbes puissantes, elle baise son lit et les portes de son appaiicmcnt; elle détache uneboucle de cheveux qu'elle laisse pour servir de souvenir à sa mère. Elle prononce un discours qui exprime ses regrets et ses tristes adieux. Elle verse des torrens de larmes , puis elle s'échappe f urtive-

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Aient du palais , dont ses enchantemens lui ouvrent les portes. Elles était nu-pieds : elle soutenait de 1* main gauchel'extréniitéd'un voilelégerqui s'abaissait sur son front, et de la main droite elle relevait le pan de sa robe. Médée traverse ainsi la ville d'un pied agile, < n prenant des rues détournées ; elle est déjà hors des murs sans que les sentinelles l'aient aperçue. Elle dirige sa fuite vers le temple, dont les routes lui étaient connues, et près desquelles elle avait été cueillir souvent des plantes qui croissaietit autour des tombeaux. Son cœur bat dans la crainte qu'ellea d'être surprise. La Lune, qui la voit, se rappelle sesamoursavec Endyraion, dont ceuîdeMcdée pourJason lui retracent l'image. Le poète met à celte occasion un discours dans la bouche de cette déesse, qu'elle adresse à Médée, tandiâ que celle-ci volé à travers la plaine dans les bras de sdn ariiant. Elle dirige ses pasle long du rivage, vers les feux qu'elle voit briller dans le camp des Argonautes. Sa voix se fait entendre au milieu des ombres de la niiit.Elle appelait Phrontis le plus jeune desftls de Phryxus, qui bientôt , ainsi que ses frères et Jasou reconnurent la voix de la princesse ; les autres Argonautes restentsurpris. Trois fois elle cria, trois fois Phrontis lui répondit. Les Argonautes rament vers lebord du fleuve , où déjà son amant s'est élancé pour la recevoir. Phrontis et Argus, les deux fils de Phryxus y sautent aussi. Médée tombe à leurs genoux en leur criant: « Amis, sauvez-moi, sauvez-vous vous-mêmes ; nous sommes perdus : tout estdécou-

vert. Embarquons-nous avant que le roi ait monté ses coursiers. Je vais vous livrer la toison , après avoir assoupi le terrible dragon qui la garde. Et toi, Jason , souviens-toi des sermons que tu m'a faits ; et si je quitte ma patrie et mesparens, prends soin de ma réputation et de ma gloire. Tu me l'as promis et les dieux en sont témoins. »

Ainsi parlait Médée d'un ton de douleur: la joie au contraire pénétrait dans le cœur de Jason. Il la relève, l'embrasse et la rassure. Il atteste les dieux, Jupiter et Junon, garans des sermens qu'il lui a faits de la prendre pour épouse dès l'instant qu'il sera retourné dans sa patrie. En même temps il lui prend la main en signe d'union. Médée conseille aux Argonautes de faire avancer promptement leur vaisseau près du bois sacré qui récèle la riche toison , afin de l'enlever à la faveur des ombres de la nuit et à l'insu d'Aëtès. On exécute ce qu'elle ordonne. Elle monte elle-même k bord du vaisseau, qui déjà s'éloigne de la rive. L'onde écume avec bruit sous le tranchant de la rame. Mcdée regarde encore la terre vers laquelle elle étend les bras. Jason la console par ses discours , et relève son courage. C'était l'instant de la nuit qui précède le retour de i'auroiv^ et dont profite le chasseur. Jason et Médée débarquent dans une prairie où reposa autrefois le bélier qui porta Phryxus en Colchide. Ils aperçoivent l'autel qu'avait élevé le fils d'Athamas, et sur lequel il avait immolé ce bélier à Jupiter.

Les deux amans s'avancent seuls dans la forêt,

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pour y chercher le hêtre sacré auquel était suspendue la toison. Ils aperçoivent au pied de l'arbre un énorme serpent qui déroule déjà ses replis tortueux, prêt à s'élancer sur eux , et dont les sifflemens horribles portent au loin l'épouvante. La jeune princesse s'avance vers lui après avoir invoqué le dieu du sommeil et la redoutable Hécate. Jason la suit, quoique saisi de crainte. Déjà le monstre, vaincu par les enchantemensde IMédée , développait sur la terre les milles replis de son immense corps : sa tête néanmoins se relevait encore et menaçait le héros et la princesse. Médée secoue sur ses yeux une branche trempée d'une eau soporifique. Le dragon, assoupi, retombe et s'endort. Aussitôt Jason saisit la toison, l'enlève et revole avec Médée vers son vaisseau qui l'attendait. Déjà de son épée il a coupé le câble qui le retient au rivage. Il se place près du pilote Ancée, ayant Médée à ses côtés, tandis que le navire, à l'aide de la rame , s'efforce de gagner large.

Cependant lesColchidif ns, ayant à leur tête leur roi, se précipitaient en foule vers le rivage qu'ils faisaient retentir de leur? cris mcnaçans ; mais le vaisseau Argo voguait déjà en pleine mer. Le roi, désespéré, invoque la vengeance des dieux , et ordonne à ses sujets de poursuivre ces étrangers qui ont ravi le précieux dépôt , et qui enlèvent sa fille. Ses ordres sont exécutés : on s'embarque, on se met à la poursuite des Argonautes.

Ceux-ci , poussés par lui vent favorable, arrivent aubout de trois jours à l'embouchure dufleuve Halys

Ilsdébarquentsur la côte, et font un sacrifice à Hécate, parles conseils (le Blédce. Là, ils délibèrent sur la route qu'ils doivent tenir pour retourner dans leur patrie. Le résultat fut qu'ils devaient gagner l'emljouchure du Danube, et remonter ce fleuve.

Pendant ce temps-là leurs ennemis s'étaient partagés en deux bandes : les uns avaient pris le chemin du détroit et des roches Cyanées : les autres se portaient aussi vers le Danube. Absyrthe ou Phaéton, frèredeMédée, étaità la tête de ces derniers. Les Colchidiens, entrent par un canaldufleuve, lesArgonautespar l'autre. Ils abordent dans une île consacrée à Diane , et là ils délibérèrent s'ils ne composeront pas avec leurs ennemis, consentant à rendre Médée, pourvu qu'on leur laisse emporter la toison . C'est làquepérit Absyrthe de la main de Jason , attiré dans un piège que lui avait tendu sa sœur. Les Colchidiens, sans chefs, sont bientôt défaits. Echappés à ce danger , les Argonautes remontent le fleuve et gagnent l'Illyrie puis les sources de l'Éridan. Ils abordent ensuite dans la Méditerranée , et , côtoyant l'Étrurie, ils abordent dans l'ile de Circé, fille du soleil , pour s'y faire purifier du meurtre d' Absyrthe :delà ils cinglent vers la Sicile. Ils aperçoivent les îles des Sirènes , et les écueils de Carybde et Scylla, auxquels ils échappent. Enfin, ils arrivent dans l'île des Phéacicns, où régnait Alcinoûs qui les accueille favorablement. Leur bonheur est bientôt troublé par l'arrivée de la flotte des Colchidiens, qui les avait poursuivis par le Bosphore

Alcinoûs les tire de ce nouveau danger , el Jason épouse Médée dans cette île. Au bout de sept jours les Arfjonautes se rembarquent; mais uue violente tempête les jette sur les côtes de Lybie, près des redoutables Syrtes; ils traversent les sables, emportant leur vaisseau sur leursépaulespendantdouze jours; ils arrivent au jardin des Hespûrides, et, se remettant en mer de nouveau , ils abordent en Crète pendant la nuit; puis ils gagnent l'Ile d'Égine , et enfin le portdePagase, d'où ils étaient partis.

Nous avons abrégé le récit de leur retour , comme celui de leur voyage, parce que l'un et l'autre ne sont que les parties accessoires du poème, dont l'action unique est la conquête de la toison d'or, d'après la défaite des taureaux et du redoutable dragon. Voilà la partie véritablement astronomique et comme le centre auquel toutes les autres fictions du poème aboutissent. Le poète avait à chanter une époque importante de la révolution solaire, celle à laquelle l'astre du jour, vainqueur des hivers et des ténèbres qu'amène le dragon du pôle , arrive au signe céleste du taureau , et conduit le printemps à la suite de son char, que devance le bélier céleste ou le signe qui précède le taureau.

C'est ce qui avait lieu tous les ans en mars, au lever du soir du serpentaire Jason , et au lever d* matin de Méduse et de Phaéton , fils du soleil. C'était à l'orient que les peuples de la Grèce voyaient se lever ce fameux bélier qui semblait naître dans les climats où l'on plaçait la CokUide, c'est-à-dire

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à l'extrémité orientale de la mer Noire. Le soir on apercevait dans les mêmes lieux le sei-pentaire , qui , le matin , au lever du bélier , avait paru descendre au sein des flots dans les mers du couchant. Voilà le canev.is simple sur lequel toute cette fable a été brodée. C'est ce phénomène unique qui fait la matière des poèmes qui ont porté chez les anciens le nom d'argonauliques , ou d'expédition de Jasonet des Argonautes. Le grand navigateur est le soleil : son vaisseau est encore une constellation, et le bélier qu'il va conquérir est aussi l'un des douze signes, c'est-à-dire celui qui , dans ces siècles éloignés, annonçait le l'etour heureux du printemps.

Nous allons bientôt retrouver le même dragon au pied d'un arbre qui porte des pommes qu'on ne peut cueillir sans que ceux qui ont eu l'imprudence d'y toucher ne soient malheureux. Nous verrons également le même bélier , sous le nom d'agneau, fairel'objet des vœux des initiés qui sous ses auspices entrent dans la ville sainte , oii l'or brille de toutes parts , et cela après la défaite du redoutable dragon. Enfin nous allons voir Jésus , vainqueur du dragon , paré des dépouilles de l'agneau ou du bélier, ramener ses fidèles compagnons dans la céleste patrie, comme Jason : c'est ce que , sous d'autres noms , nous montrent les fables d'Eve et du serpent , celle du triomphe de Christ agneau sur l'ancien dragon , et celle de l'Apocalypse. Le fond astronomique et l'époque du temps sont absolument les mêmes.

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