CHAPITRE IX
Explication de la fable faite sur le Soleil, adore sous le nom de Christ.
S'il est une fable qui semble devoir échapper à l'analyse que nous avons entrepris de faire des poèmes religieux et des légendes sacrées, par la physique et l'astronomie, c'est sans doute celle de Christ, ou la légende qui, sous ce nom, a le soleil pour objet. La haine que les sectateurs de cette religion , jaloux de rendre leur culte dominant, ont jurée aux adorateurs de la nature, du soleil, de la lune et des astres, aux divinités grecques et romainesdontils renversaient les temples et les autels, donnerait à penser que leur religion ne faisait point partie de la religion universelle , si l'erreur d'un peuple sur le véritable objet de son culte prouvait autre chose que son ignorance, et si le culte d'Hercule, de Bacchus, d'Isis, cessait d'être le culte du soleil et de la lune parce que dans l'opinion des Grecs, Hercule et Bacchus étaient des hommes mis au rang des dieux, et que, dans l'opinion du peuple égyptien, Isis était une princesse bienfaisante, qui avait régné autrefois sur l'Egypte.
Les Romains tournaient en ridicule les divinités adorées sur les bords du >'il ; ils proscrivaient Anubis , Isis et Sérapis , et cependant ils adoraient euxmêmes Mercure , Diane, Gérés, et Plulon, c'est-à-
dire absolument les mèmesdicii\sousd'autresnoms et sous d'autres formes, tant les noms ont d'empire sur le vulgaire ignorant! Platoudisait que les Grecs, dès la plus haute antiquité, adoraient le soleil, la lune, les astres; et Platon ne voyait pas qu'ils conservaient encore de son temps les mêmes dieux, sous les noms d'Hercule, de Bacchus, d'Apollon, de Diane,d'Eseulape, etc., comme nous l'avons prouvé dans notre grand ouvrage. Convaincus de cette vérité, que l'opinion qu'un peuple a du caractère de sa religion ne prouve rien autre cîiose que sa croyance, et n'en change pas la nature, nous porterons nos recherches jusque dans les sanctuaires de Rome moderne, et nous trouverons que le dieu agneau, qui y est adoré, est l'ancien Jupiter des Romains, qui prit souvent les mêmes formes sous le nom d'Ammon, c'est-à-dire celle de bélier ou de l'agneau du printemps ; que le vainqueur du prince des ténèbres à Pâques, est le même dieu qui, dans lepoème des Dionysiaqucs,triomphe deTyphonà la même époque, et qui répars les maux que le chef des ténèbres avait introduits dans le monde, sous les formes de serpent dont Typhon est revêtu. Nous y reconnaîtrons aussi , sous le nom de Pierre , le vieux Jalius, avec ses clefs et sa barque , à la tête des douze divinités des douze mois, dont les autels sont à ses pieds. Nous sentons que nous aurons à vaincre bien des préjugés, et que ceux qui nous accordent que Bacchus et Hercule ne sont que le soleil, ne nous accorderont pas aussi facilement que
le culte du Christ ne soit que le culte du soleil. Mais qu'ils réfléchissent que les Grecs et les Romains nous l'auraient volontiers accordé sur les preuves quenous allons en apporter, tandisqu'ils n'auraient point aussi aisément consenti à ne pas reconnaître dans Hercule et dans Bacchusdes héros et des princes qui avaient mérité d'être élevés au rang des dieux par leurs exploits'. Chacun est en garde contre tout ce qui peut détruire les illusions d'un ancien préjugé que l'éducation, l'exemple et l'habitude de croire ont fortifié. Aussi, malgré toute la force des preuves les plus lumineuses dont nous étaierons notre assertion, nous n'espérons convaincre que l'homme sage, le sincère ami de la vérité , disposé à lui sacrifier ses préjugés aussitôt qu'elle se montre à lui. Il est vrai que nous n'écrivons que pour lui : le reste est voué à l'ignorance et aux prêtres qui vivent aux dépens de leur crédulité , et qui les conduisent comme un vil troupeau.
Nous n'examinerons donc pas si la religion chrétienne est une religion révélée : il n'y a plus que les sots qui croient aux idées révélées et aux revenaus. La philosophie de nos jours a fait trop de progrès pour que nous en soyons encore à disputer sur les communications de la divinité avecl'homme, autres que celles qui se font par les lumières de la raison et par la contemplation de la nature. Nous ne commencerons pas même par examiner s'il a existé, soit un philosoplic , soit un imposteur appelé Christ, qui ait établi la religiou connue sous
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le nom de christianisme ; car , quand bien même nous aurions accorde ce dernier point, les chrétiens n'en seraient pas satisfaits, si nous n'allions pasjusqu'à reconnaître en Christ un homme inspiré, un fils de Dieu , un Dieu lui-même, crucifié pour nos péchés. Oui : c'est un dieu qu'il leur faut, un dieu qui ait mangé autrefois sur la terre , et qu'on y mange aujourd'hui. Or, nous sommes bien loin de porter la condescendance jusque-là. Quant à ceux qui seront contens si nous en faisons tout simplement un philosophe ou un homme, sans lui attacher un caractère divin, nous les invitons à examiner cette question quand nous aurons analysé le culte des chrétiens, indépendamment de celui ou de ceux qui peuvent l'avoir établi, soit qu'il doive son institution à un ou à plusieurs hommes, soit que son origine date du règne d'Augnste ou de Tibère , comme la légende moderne semble l'indiquer et comme on le croit vulgairement, soit qu'elle remonte à une bien plus haute antiquité , et qu'elle prenne sa source dans le culte mitriaque établi en Perse, en Arménie, en Cappadoce et mêine à Rome, comme nous le pensons. Le point important est de bien connaître à fond la nature du culte des chré- V^ tiens, quel qu'en soit l'auleur. Or, il ne nous sera I pas difticile de prouver que c'est encore le culte de la nature et celui du soleil, son premier et son plus brillant agent ; que le héros des légendes connues sous le nom d'évangiles est le même héros qui a été chanté avec beaucoup plus de génie dans les
poèmes sur Bacchus, sur Osiris, sur Hercule, sur. Adonis, etc.
Quand nous aurons fait voir que l'histoire prétendue d'un dieu qui est né d'une vierge au solstice d'hiver, qui ressuscite à Pâques ou à l'équinoxe du printemps, après être descendu aux enfers; d'un dieu qui mène avec lui un cortège de douze apôtres, dont le chef a tous les attributs de Janus; d'un dieu vainqueur du prince des ténèbres, qui fait passer les liommes dans l'empire de la lumière et qui répare les maux de la nature, n'est qu'une fable solaire , comme toutes celles que nous avons analysées, il sera à peu près aussi indifférent d'examiner s'il y a eu un homme appelé Christ, qu'il l'est d'examiner si quelque prince s'est appelé Hercule, ■pourvu qu'il reste démontré que l'être consacré par un culte, sous le nom de Christ , est le soleil, et que le merveilleux de la légende ou du poème a pour objet cet astre; car alors il paraîtra prouvé que les chrétiens ne sont que les adorateurs du soleil, et que leurs prêtres ont la même religion que ceux du Pérou qu'ils ont fait égorger. Voyons donc quelles sont les bases sur lesquelles reposent les dogmes de cette religion.
Lapremièrebasc est l'existence d'un grand désordre introduit dans le monde par un serpent qui a invité une femme à cueillir des fruits défendus ; faute dont la suite a été la connaissance du mal que l'homme n'avait pas encore éprouvé , et qui ji'a pu être réparée que par un dieu vainqueur de
la mort et du prince des ténèbres. Voilà le dogme fondamental de la religion chrétienne; car, dans l'opinion des chrétiensj'inearuationdu Christ n'est devenue nécessaire que parce qu'il fallait réparer le mal introduit dans l'univers par le serpent qui séduisit la première femme et le premier homme. On ne peut séparer ces deux dogmes l'un de l'autre : point de péché, point de réparation; point de coupable, point de réparateur. Or, cetie chute du premier homme, ou cette supposition du double état de l'homme, d'abord créé par le bon principe, jouissant de tous les biens qu'il verse dans le monde, et passant ensuite sous l'empire du mauvais principe, et à un état de malheur et de dégradation dont il n'a pu être tiré que par le principe du bien et de la lumière, est une fable cosmogonique de la nature de celles que faisaient les mages sur Ormusd et sur AhriiHan, ouplutôt elle n'est qu'une copie de celleslà. Consultons leurs livres. rs'ous avons déjà vu, dans le chapitre lY de cet ouvrage, comment les mages avaient représenté le monde sous l'emblème d'un œuf divisé en douze parties, dont six appartenaient à Ormusd ou au dieu auteur du bien et de la lumière, et les si.v autres à Aliriman, auteur du mal et des ténèbres; et comment le bien et le mal de la nature résultaient de l'action combinée de ces deux principes. Nous avons également observé que les six portions de l'empire du bon principe comprenaient les six mois qui s'écoulent depuis l'équinoxe du printemps jusqu'à celui d'automne , et que
les SIX portions de l'empire du mauvais principe embrassaient les six mois d'automne et d'hiver. C'est ainsi que le temps de la révolution annuelle se distribuait entre ces deux chefs, dont l'un organisait les êtres, mûrissait les fruits, et l'autre détruisait les effets produits par le premier, et troublait l'harmonie dont le ciel et la terre donnaient le spectacle pendant les six mois de printemps et d'été. Cette id>'e cosmogoniquc a été rendue encore d'une autre manière par les mages. Us supposent que du temps sans bornes, ou de l'éternité, est née une période bornée qui se renouvelle sans cesse. Ils divisent celte période en douze mille petites parties qu'ils nomment année dans le style allégorique. Six mille de ces parties appartiennent au bon principe, et les six autres mille au mauvais. Et, afin qu'on ne s'y méprenne point, ils font répondre chacune de ces divisions millésimales, ou chaque mille, à un des signes que parcourt le soleil durant chacun des douze mois. Le premier raille, disentils, répond à l'agneau; le second au taureau; le troisième aux gémeaux, etc. C'est sous ces six premiers sigues,ou sous les six premiers mois de l'année cquinoxiale, qu'ilsplacent le règne et l'action bienfaisante du principe de la lumière ; et c'est sous les six autres signes qu'ils placent l'action du mauvais principe. C'est au septième signe, répondant à la balance ou au premier des signes d'automne, delà saison des fruits et de l'hiver,qu'ils font commencer l'empire des ténèbres et du inal. Leur règne dure
jusqu'au retour du soleil au signe de l'agneau, qui répond à Mars et à Pâques. Voilà le fond de leui système théologique sur la distribution des forces opposées des deux principes , à l'action desquels l'homme se trouve soumis durant chaque année ou pendant chaque révolution solaire; c'est l'arbre du bien et du mal , près duquel la nature l'a placé. Écoutons-les eux-mêmes.
Le temps, dit l'auteur du Boundesh, est de douze mille ans : les mille de dieu comprennent Yagneau, le taureau, les g une aux , le cancer, le lion, et Vépi ou la vierge; ce qui fait six mille ans. Substituez au mot ans celui de parties ou petites périodes de temps, et au nom des signes ceux des mois, et alors vous aurez germinal, floréal, prairial, messidor, thermidor et fructidor , c'est-à-dire les beaux mois de la végétation périodique. Après les mille de dieu vient la balance. Alors Ahriman courut dans le monde. Puis vint l'arc ou le sagittaire, et Afrasiab fit le mal, etc.
Substituez aux noms des signes ou delà balance, du .sagittaire , du capricorne , du verseau et des poissons , ceux des mois vendémiaire, brumaire , frimaire, nivôse , pluviôse et ventôse, et vous aurez les six temps affectés au mauvais principe et à ses effets, qui sont les frimats, les neiges, les vents et les pluies excessives. Vous remarquerez que c'est en vcndc'miaire, ou dans la saison des pommes, que le mauvais génie vient répandre dans le monde sa funeste influence , le froid et la désor-
ganisation des plantes, etc. C'est alors que l'homme connaît les maux qu'il avait ignorés pendant le printemps et l'été, dans les beaux climats de l'hémisphère septentrional.
C'est là l'idée qu'a voulu exprimer l'auteur de la Genèse, dans la fable de la femme, qui, séduite par un serpent, cueille la pomme funeste, qui, comme la boîte de Pandore, fut une source de maux pour tous les hommes.
« Le dieu suprême, dit l'auteur du Modimel, el « Tnwarik , créa d'abord l'Iiomme et le taureau « dans un lieu élevé, et ils restèrent pendant trois « mille ans sans mal. Ces trois mille ans comprenn nent V agneau, le taureau, et les gémeaux. En- « suite ils restèrent encore sur la terre pendant « trois mille ans, sans éprouver ni peine ni con- « tradiction, et ces trois mille ans, répondent au « cancer, au lion et à Vcpi ou à la vierge. » Voilà bien les six mille désignés plus haut sous le nom de mille de dieu; et les signes affectés à l'empire du bon principe.
« Après cela, au septième mille, répondant à la « balance , c'est-à-dire en vendaniaire , suivant « notre manière de compter, le mal parut, et « l'homme commença à labourer. »
Dans un autre endroit de celte même cosmogonie, on dit : « que toute la durée du monde, du « commencement à la fin , a été fixée à douze mille a ans; que l'homme, dans la partie supérieure, « c'est-fi-dire dans l'hémisphère boréal et supé-
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« rieur, resta sans mal pendant trois mille ans. Il « fut encore sans mal pendant trois autres mille o ans. Ensuite parut Ahriman, qui fit naître les « maux et les combats dans le septième mille , « c'est-à-dire sous la balance sur laquelle est placé « le serpent céleste. Alors fut produit le mélange « des biens et des maux. »
C'ttait-là ; u effet que se touchaient les limites de l'empire des deux principes : là était le point de contact du bien et du mal, ou, pour parler le langage allégorique de la GCnèse, c'était là qu'était planté l'arbre de la science du bien et du mal , auquel l'homme ne pouvait toucher sans passer aussitôt sous l'empire du mauvais principe, à qui appartenaient les signes de l'hiver et de l'automne. Jusqu'à ce moment il avait été le favori des cieux. Orniusd l'avait comblé de tous ses biens; mais ce dieu bon avait dans Ahriman un rival et un ennemi , qui devait empoisonner ses dons les plus précieux , et riiomme en devenait la victime, au moment de la retraitedu dieu du jourvers les climats méridionaux. Alors les nuits reprenaient leur empire, et le souffle meurtrier d'Ahriman, sous la forme ou sous l'ascendant du serpent des constellations, dévastait les beaux jardins oii Ormusd avait placé l'homme. C'est là l'idée théologique que l'auteur de la Genèse a prise dans la cosmogonie des Perses, et qu'il a brodte à sa manière. Voici comme s'exprime Zoroastre ou l'auteur de la Genèse des mages, en peignant l'action successive de deux principes dans le monde.
Orrausd, dit-il, dieu Lumière et bon princii)€, apprend à Zoroastre qu'il a donné à l'homme un lieu de délices et d'abondance. « Si je n'avais pas a donné ce lieu de délices, aucun être ne l'aurait « donné. Ce lieu est Eiren, qui, au commencement, « était plus beau que le monde entier, qui existe « par ma puissance. Rien n'égalait la beauté de ce « lieu de délices que j'avais donné. J'ai agi le pre- « mier, et ensuite Pétiàré (c'est .\hriraan ou le o mauvais principe) : ce Pétiàré Ahriraan, plein de « mort, fit dans le fleuve ta grande couleuvre, mère « de l'hiver, qui répandit le froid dans l'eau, dans « la terre et dans les arbres. »
Il résulte, d'après les termes formels de cette cosmo[jonie, que le mal introduit dans le mondé est riiiver. Quel en sera le réparateur? Le dieu du printemps, ou le sok'il dans son passage sous le si<jne de l'ap^neau, dont le Christ des chrétiens prend les formes, car il est l'afjneau qui répare les malheurs du monde, et c'est sous cet emblème qu'il est représenté daus les monumens des premiers chrétiens.
Il est évident qu'il ne s'agit ici que du mal physique et périodique dont la terre éprouve tous les anslesaileintes par la retraite du soleil, source de vie et de lumière pour tout ce qui habite la surface de notre globe. Cette cosmogonie ne contient donc que le tableau allégorique des phénomènes de la nature et de l'iniluenco des signes célestes; car le serpent ou la grande couleuvre qui ramène les hivers est, comme la balance, une des constella lions
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placées sur les limites qui séparent l'empire des deux principes , c'est-à-dire sur l'équinoxe d'automne. Voilà le véritable serpent dont Ahriraan prend les formes dans la fable des mages; comme dans celle des Juifs, pour introduire le mal dans le monde; aussi les Perses appellent-ils ce génie malfaisant Vastre serpent, et le serpent céleste, le serpent d'Eve. C'est dans le ciel qu'ils fout cbeminer Ahriman, sous la forme d'un serpent. Voici ce que dit le Boundesb ou la Genèse des Perses : « Ahriman « ou le principe du mal et des ténèbres, celui par « qui vient le mal dans le monde, pénétra dans le « ciel sous la forme d'une couleuvre, accompagné « de dew s ou des mauvais génies, qui ne cherchent « qu'à détruire. » Et ailleurs : « Lorsque les mauvais « génies désolaient le monde, et que Vastre serti peut se faisait un chemin entre le ciel et la terre, « c'est-à-dire montait sur l'horizon, etc. »
Or, à quelle époque de la révolution annuelle le serpent céleste, uni au soleil, monte-t-il sur l'horizon avec cet astre ? C'est lorsque le soleil est arrivé à la balance, sur laquelle s'étend la constellation du serpent, c'est-à-dire au septième signe à partir de l'agneau, ou au signe sous lequel nous avons vu plus haut que les mages fixaient le commencement du règne du mauvais principe, et l'introduciiou du mal dans l'univers.
La cosmogonie des Juifs, ou la Genèse, met en scène le serpent avec l'homme et la femme. Elle lui prêle un discours ; mais on seul quç tout cela tient
au génie oriental et au caractère de l'allégorie. Le fond de l'idée théologique et absolument le même. On ne dit pas, il est vrai, chez les Juifs, que le serpent amena l'hiver, qui détruit tout le bien de la nature ; mais on dit que l'homme sentit le besoin de se couvrir, et qu'il fut réduit à labourer la terre , opération qui répond à l'automne.Ouneditpas que ce fut au septième mille ou sous le septième signe qu'arriva ce changement dans l'état de l'homme ; mais on distribue eu six temps l'action du bon principe, et c'est au septième que l'on place son repos ou la cessation de son énergie, ainsi que la chute de l'homme dans la saison des fruits, et l'introduction du mai par le serpent, dont le mauvais principe ou le diable prit la forme pour tenter les premiers mortels. On fixe le lieu de la scène dans les contrées mêmes comprises sous le nom d'Eiren ou d'Iran, et vers les sources des grandsfleuves, de l'Euphrate, du Tigre, du Phisou, oude l'Araxe; seulement, au lieu d'Eiren, les copistes hébreux ont mis Eden, les deux lettres r et d, dans cette lahguc, étant trèsressemblafites. On ne se sert point, dans la Genèse hébraïque, de l'expression niillésimalcqui est employée dans celle des Perses; mais la Genèse des anciens Toscaus , conçue dans les mêmes termes , pour le reste , que celle des Hébreux , a conservé cette dénomination allégorique des divisions du temps, durant lequel s'exerce l'aclion toute puissante du soleil, àme de la nature, Voici comme clic s'exprime ':
« Le dieu architecte de l'univers a employé et « consacré douze mille ans aux ouvrages qu'il a pro- « duits, et il les a piirtagés endouze temps, distri- « bues dans les douze signes ou maisons du soleil.
« \u premier mille, il a faille ciel et la terre.
« Au second, le fu-mament qu'il appela le ciel.
« Au troisième, il fit la mer et les eaux qui cou- « lent dans la terre.
« Au quatrième, il fit les deux grands fljunbeaux « de la nature.
« Au cinquième , il fit l'âme des oiseaux , des rep- « tiles , des quadrupèdes , des animaux qui vivent « dans l'air, sur la terre et dans les eaux.
« Au sixième mille, il fil l'iiomme.
« Il semble, ajoute l'auteur, que les six pre- « micrs mille ans ayant précédé la formation de « riiorame,respècehumaincdoit subsister pendant « les six autres mille ans, de manière que tout le « temps de la consommation de ce grand ouvrage « soit renfermé dans une période de douze mille « ans. » Nous avons vu que cette période était un dogme fondamental daus la théologie des Perses , et qu'elle se partageait entre les deux principes par égales portions. Ces expressions de mille ont été remplacées parcelles des joins dans la Genèse des Hébreux ; maislenombre six est toujours conservé, comme dans celles des Toscans et des Perses. Aussi les anciens Perses, suivant Chardin, prenaient-ils les mois de l'année pour les six jours de la semaine que Dieuemploya à la création:d'oii il résulte «jue,
dans le slyle allégorique et mystique , les expressions de mille ans, de jours, deghaarabars, expriment font simplement des mois, puisqu'on les fait correspondre aux signes du zodiaque, qui en sont la mesure naturelle. Du reste, la Genèse hébraïque se sert absolument des mêmes expressions que celle des Toscans, et elle a de plus ce que n'a pas celle-ci, la distinction des deux principes, et le serpent qui joue un si grand rôle dans la Genèse des Perses , sous le nom d'Ahriman et de l'astre serpent. Celle qui réunit les traits communs aux deux cosmogonics, c'est-à-dire celle des Perses, etquinousdonne la clé des deux autres , me semble être la cosmogfonie originale. Aussi nous xerrons par toute la suite de cet ouxTage, que c'est surtout de la religion des mages que dérive celle des chrétiens.
Nous ne chercherons donc,dans la Genèse desHébreux, rien autre chose que ce que nous trouvons ians celle des mages; nous x'errons dans ces récits miraculeux, non pas l'histoire des premicrshommes, mais la fable allégorique que faisaient les Perses sur l'étal deshommes soumis ici-bas à l'empire des deux principes; c'est-à-dire le grand mystère de l'administration universelle du monde, consacré dans la t'.iéologie de tous lespeuples, retracé sous toutes les formes dans les imitations anciennes , et enseigné par les législateurs, par les philosophes, par les poètes et les théologiens, comme nous l'a dit Plutarque. L'allégorie était alors le voile sous lequel s'enveloppait la science sacrée pour imprimer plus
de respect aux inités, si nous en croyons Sanchoniaton.
Les docteurs hébreux eux-mêmes , ainsi que les docteurs chrétiens, conviennent que les livres attribués à Moïse sont écrits dans le style allégorique ; qu'ils renferment souvent un sens tout autre que celui que la lettre présente, et l'on prendraitdes idées fausses et absurdes de la divinité, si l'on s'arrêtait à l'écorce qui couvre l'i science sacrée. C'est surtout dans le premier et le second chapitres delà Genèse qu'ils ont reconnu un sens caché et allégorique, dont, disent-ils, on doit bien se garder de donner l'intei-prétation au vulgaire. Voici ce que dit Maimonide, le plus savant des rabbins :
« On ne doit pas entendre ni prendre à la lettre « ce qui est écrit dans les livres de la création , ni « en avoir les idées qu'en a le commun des hommes; « autrement nos anciens sages ne nous auraient pas « recommandé avec autant de soin d'en cacher le « sens, et de ne point lever le voile allégorique qui a cache les vérités qu'il contient. Tris à la lettre, « cet ouvrage donne les idées les plus absurdes elles « plus extravagantes de la divinité. Quiconque en « devinera le vrai sens doit bien se garder de le « divulguer. C'est une maxime que nous répètent « tous nos sages, surtout pour l'intelligence de « l'œuvre des six jours. Il est possible que, par « soi-même ou à l'aide des lumièresd'autrui, quel- « qu'un vienne à bout d'en deviner le sens : alors « il doit se taire, ou s'il en parle, il ne doit en parler
CE TOrS LES CULTES. 263
« qu'obscurément, comme je le fais moi-même, « laissant le reste à deviner à ceux qui peuvent « m'entendre. » Maimonide ajoute que ce génie ënigmatiquc n'était pas particulier à Moïse et aux docteurs juifs , mais qu'il leur était commun avec tous les sages de l'antiquité, et il a raison, au moins s'il entend parler des Orientaux.
Philon, écrivain juif, pensait de même sur le caractère des livres sacrés des Hébreux. Il a fait deux traités particuliers intitulés des Allégories ; et il rappelle au sens allégorique l'arbre dévie, les fleuves du Paradis et les autres fictions de la Genèse. Quoiqu'il n'ait pas été heureux dans ses explications, il n'en a pas moins aperçu qu'il serait absurde de prendre ces récits à la lettre. « C'est une chose avouée de tous ceux qui connaissent un peu les écritures, dit Origène, que tout y est enveloppé sous le voile de l'énigme et de la parabole. »Ce docteur et tous ses disciples regardaient en particulier comme une allégorie toute l'histoire d'Adam et d'Eve, et la fable du Paradis terrestre.
Augustin, dans sa Cite de Dieu, convient que bien des gens voyaient dans l'aventure d'Eve et du serpent , ainsi que dans le Paradis terrestre , une fictionallégorique. Ce docteur, après avoir rapporté plusieurs explications qu'on en donnait, et qui étaient tirées de la morale, ajoute qu'on pouvait en trouver de meilleures encore, qu'il ne s'y oppose pas, « pourvu toutefois, dit-il, qu'on y voie aussi une histoire réelle. »
Je ne sais comment Augustin peut concilier la fable avec l'histoire, une fiction allégorique avec un fait réel. S'il tient à cette réalité, au risque d'être inconséquent, c'est qu'il est tombé dans une contradiction plus grande encore, savoir : de reconnaître la mission réelle de Christ , réparateur du péché du premier homme , et de ne voir dans les deux premiers chapitres de la Genèse qu'une simple allégorie. Comme il voulait que la réparation du mal par Christ fût un fait historique, il fallait bien que l'aventure d'Adam, d'Eve et du serpent fût un fait également historique, car l'une est liée essentiellement à l'autre. Mais, d'un autre côté, l'invraisemblance de ce roman lui arrache un aveu précieux, celui du besoin de recourir à l'explication allégorique pour sauver tant d'absurdités. On peut même dire avec lîeausobre, qu'Augustin abandonne en quelque sorte le Vieux -Testament aux Manichéens, qui s'inscrivaient en faux contre les trois premiers chapitres de la Genèse, et qu'il avoue qu'il n'y a pas moyen d'en conserver le sens littéral sa^is blesser la piété, sans attribuer à Dieu des choses indignes ; qu'il faut absol ument , pouv l'honneur de Moïse et de son histoire , recourir à l'allégorie. «Eu effet, quel homme de bon sens, dit Origèue, se persuadera jamais qu'il y ait eu un premier, un second , un troisième jour, et que ces jours-là aient eu chacun leur soir et leur matin , sans qu'il y eût encore ni soleil, ni lune, ni étoiles ? Quel homme assez simple pour croire que Dieu ,
faisant le personnage de jardinier, ait planté un jardin en Orient? que l'arbre de vie fût un arbre véritable, sensible, dont le fruit eûtlavertude conserver la vie, etc.?»Ce docteur continue et compare la fable de la tentation d'Adam à celle de la naissance de l'Amour, qui eut pour père Porus ou l'Abondance, et pour mère la Pauvreté. Il soutient qu'il y a plusieurs histoires de l' Ancien-Testament qui ne sauraient s'être passées comme l'auteur sacré les rapporte, et qui ne sont que des fictions qui cachent quelques vérités secrètes.
Si les docteurs chrétiens, si les pères de l'Eglise, qui n'étaient rien moins que philosophes , n'ont, malgré leur invincible penchant à tout croire, pu digérer autant d'absurdités et ont senti le besoin de recourir à la clé allégorique pour trouver le sens de ces énigmes sacrése, on nous permettra bien, à nous qui vivons dans un siècle où l'on sent le besoin de raisonner plus que celui de croire, de supposer à CCS histoires merveilleuses le caractère que toute l'antiquité a donné aux dogmes religieux , et de soulever le voile allégorique qui les cache. Tout choque, en eiïet , dans ce récit romanesque, quand on s'obstine à le prendre pour une histoire de faits qui se sont réellement passés dans les premiers jours qui éclairèrent le monde. L'idée d'un dieu , c'est-àdire de lu cause suprême et éternelle, qui prend un corps pour le plaisir de se promener dans un jardin; celle d'une femme qui fait la conver.sation avec un serpent, l'écoute et en reçoit des conseils} celle
d'un homme et d'une femme, organisés pour se reproduire, et cependant destinés à être immortels, et à produire à l'infini d'autres êtres immortels comme eux, et qui se reproduiront aussi et se nourriront des fruits d'un jardin qui va les contenir tous durant l'éternité; une pomme cueillie qui va donner la mort et imprimer la tache héréditaire d'un crime à tant de générations d'hommes qui n'ont eu aucune part au larcin , crime qui ne sera pardonné qu'autant que les hommes en auront commis un autre infiniment plus grand, un déicide,s'il était possihle qu'un tel crime existât ; la femme, depuis cette époque , condamnée à engendrer avec douleur, comme si les douleurs de l'enfantement ne tenaient point à son organisation, et ne lui étaient pas communes avec tous les autres animaux qui n'ont point goûté de la pomme fatale; le serpent, forcé de ramper, comme si le reptile sans pied pouvait se mouvoir autrement: tant d'absurdités et de folles idées , réunies dans un ou deux chapitres de ce livre merveilleux, ne peuvent être admises comme l'Iiistoire par l'homme qui n'a pas éteint entièrement le flambeau sacré de la raison dans la fange des préjugés. S'il était quelqu'un parmi nos lecteurs dont la crédulité courageuse fût en état de les digérer, nous le prions bien franchement de ne pas continuer à nous lire, et de retourner à la lecture des contes de Peau-d'Ane, de la Rarbc-Llcue, du Petit-Poucet, de l'Evangile , île la Vie des Saints et des Oracles de l'ànc de Ealaani. La philosophie
n'est que pour les hommes, les contes sont pour les enfaus. Quant à ceux qui consentent à reconnaître dans Christ un dieu réparateur, et qui ne peuvent cependant se résoudre à admettre l'aventure d'Adam, d'Eve et du serpent, et la chule qui a nécessité la réparation, nous les inviterons à se disculper du reproche d'inconséquence. En effet, si la faute n'est par réelle, que devient la réparation? Ou si les faits se sont passés autrement que le texte de la Genèse l'annonce, quelle confiance donner à un auteur qui trompe dès les premières pages , et dont pourtant l'ouvrage sert de base à la religion des chrétiens? Si on se réduit à dire qu'il y a un sens caché , on convient donc qu'il faut avoirrecours à l'allégorie, et c'est ce que nous faisons. Il ne reste plus qu'à examiner si l'explication allégorique que nous donnons est bonne, et alors il faut juger notre ouvrage, et c'est ce que nous demandons ; car nous sommes bien éloignés de vouloir qu'on ait aussi de la foi quand il s'agitd'admetirenos opinions. Nous citons des textes , nous donnons des positions célestes; qu'on les vérifie : nous en tirons des conséquences, qu'on les apprécie. Voici la récapitulation abrégée de notre explication.
D'après les principes de la cosmogonie ou de la Genèse des mages, avec laquelle celle des Juifs a la plus grande affinité , puisque toutes deux placent l'homme dans un jardin de délices, où un serpent introduit le mal, il naît du temps sans bornes ou de l'éternité une période bornée, divisée eu douze
parties, dont six appartiennent à la lumière; six aux ténèbres , six à l'action créatrice et six à l'action destructive , six au bien et six au mal de la nature.Cette périodeest la révolution annuelle du ciel ou du monde, représentée chez les mages par un (ïuf mystique, divisé en douze parties, dont six appartiennent au cliefdu bien e! de la lumière, et six au clief du mal et des ténèbres ; ici c'est par un arbre qui donne lu connaissance du bien et du mal, et qui a douze fruits: carc'estainsi qu'il est peint dans l'Evangile d'Eve; ailleurs, c'est par douze mille ans, dont six sontappel^'s mille de dieu, et six, mille du diable. Ce sont autant d'emblèmes de l'année, durant laquelle l'homme passe successivement sous l'empire de la lumière et sous celui des ténèbres, sous celui des longs jours et sous celui des longues nuits, et éprouve le bien et le mal physique qui se pressent, se chassent ou se mêlent , suivant que le soleil s'approche on s'éloignedenotre hémisphère, suivant qu'il organise la matière sublunaire parla végétation , ou qu'il l'abandonne à son principe d'inertie , d'où suivent la désorganisation des corps et le désordre que l'hiver met dans tous les clémens et sur la surface de la terre, jusqu'à ce que le printemps y rétablisse l'harmonie.
C'est alors que, fécondée par l'action du feu Éther, immortel et intelligent , et par la chaleur du soleil de l'agneau équinoxial , la terre devient un séjour de délices pour l'homme. Mais lorsque l'astre du jour, atteignant la balance et le serpent céleste
OU les signes d'automne, passe dans l'autre hémisphère, alors il livre par sa retraite nos régions aux rigueurs de l'hiver, aux vents impétueux et à tous les ravages que le génie malfaisant des ténèbres exerce dans le monde. Il ne reste plus à l'homme d'espoir que dans le retour du soleil au signeprintanier ou à l'agneau, premier des signes. Voilà le réparateur qu'il attend.
Yoyonsdoncactuellement si le dieudes chrétiens, celui que Jean appelle la lumière qui éclaire tout homme venant au monde, a le caractère du dieu Soleil, adoré chez tous les peuples sous une foule de nojns et avec des attributs différens,et si sa fable a le même fondement que toutes les autres fables solaires que nous avons décomposées. Deux époques principales du;mou vcmeul solaire,a vous-uous déjà dit, ont frappé tous les hommes. Lapi-emière, est celle du solstice d'hiver, oh. le soleil, après avoir paru nous abandonner, reprend sa roule vers nos régions, et oii le jour, dans son enfance , reçoit des accroissemens successifs. La seconde, est celle de l'équiiioxe du printemps, lorsque cet astre vigoureux ripand la clialeur féconde dans la nature , après avoir franchi le fameux passage, ou la ligne équiuoxiale qui sépare l'empire lumineux de l'empire ténébreux, le séjour d'Ormusd, de celui d'.lhriman. C'est à ces deux époques qu'ont été liées les principales fêtes des adorateurs do l'astre qui dispense la lumière et la vie au monde.
Le soleil aeaaituiue meurt pas duiislaréalité: H
270 ABRÉGÉ DE L'ORIGIKE
est en lui-même toujours aussi brillant et aussi majestueux : mais dans les rapports que les jours qu'il engendre ont avec les nuits , il y a dans ce monde une gradation progressive d'accroissement et de déci'oissement, qui a donné lieu à des fictions assez ingénieuses de la part des théologiens anciens. Ils ont assimilé cette génération , cette croissance et cette décroissance périodiques du jour à celle de l'homme, qui, après avoir commencé, s'être accru, et avoir atteint l'âge viril, dégénère et décroit jusqu'à ce qu'enfin il soit arrivé au terme de la carrière que la nature lui a donné a parcourir. Le dieu du jour, personnifié dans les allégories sacrées, fut donc soumis à toutes les destinées de l'homme ; il eut son berceau et son tombeau, sous les noms soit d'Hercule, soit de Bacchus, soit d'Osiris, etc., soit de Christ. Il était enfant au solstice d'hiver, au moment oii le jour commençait à croître ; c'est sous cette forme que l'on exposait son image dans les anciens temples , pour y recevoir les hommages de ses adorateurs , « parce qu'alors dit 3Iacrobe , le « jour étant le plus court, ce dieu semble n'être en- « core qu'un faible enfant. C'est l'enfant des mystè- « res, celui dont les Égyptiens tiraient l'image du « fond de leur sanctuaire tous les ans, à un jour « marqué.»
C'est cet enfant dont la déesse de Sais se disait îTière, dans l'inscription fameuse où l'on lisait ces mots : Le fruit que j' ai enfante est le Soleil. C'est cet enfant faible et débile , né au milieu de la nuit
SE TOUiS LES CULTES. 27 i
obsciu'e, dont cette vierge de Sais accouchait aux environs du solstice d'hiver, suivant Plutarque.
Ce dieu eut ses mystères et ses autels, et des statues qui le représentaient dans les quatre âges de la vie humaine.
Les Égyptiens ne sont pas les seuls qui aient célébré au solstice d'hiver la naissance du dieu Soleil , de l'astre qui répare tous les ans la nature. Les Romains y avaient aussi fixé leur grande fête du soleil nouveau et la célébration des jeux solaires, connus sous le nom de jeux du cirque. Ils l'avaient placée au huitième jour avant les calendes de janvier, c'est-à-dire au jour même qui répond à notre 25 décembre, ou à la naissance du soleil, adoré sous le nom de Mithra et de Christ. On trouve celte indication dans un calendrier imprimé dans l'Uranalogie du père Pétoau et k la suite de notre grand' ouvrafje; et on y lit : « Au 8 , avant les calendes dejanvier, natalis invicti , naissance de l'invincible. »■ Cet invincible était Mithra ou le soleil. « Nous célé- « brons, dit Julien le philosophe, quelques jours" ■ avant le jour de l'an, de magnifiques jeux en « l'honneur du soleil, à qui nous donnons le titre « d'invincible. Que ne puis-je avoir le Ijonhcur de- « les célébrer long-temps, ô Soleil, l'oi de l'uni— « vers, toi que de toute éternité le premier dieu en- « gendra de sa pure substance, etc. » Cette expression est platonicienne, car Platon appelait le soleil'; le fils de Dieu. L'épilhèlc d'invincible est celle que:' " tous les monumens de la religion mithriaquc don-
nent à Mithra ou au soleil , la grande divinité des Perses : Au dieu Soleil, F invincible Mithra.
Ainsi ftlilhra et Christ naissaient le même jour, et ce jour était celui de la naissance du soleil. On disait de Mithra qu'il était le même dieu que le soleil; et de Christ, qu'il était la lumière qui éclaire tout homme qui vient au monde. On faisait naître Mithra dans une grotte, Bacchus et Jupiter dans une autre, et Christ dans une étable. C'est un parallèle qu'a fait saint Justin lui-même. Ce fut, diton, dans une grotte que Christ reposait lorsque les mages vinrent l'adorer. Mais qu'étaient les mages? Les adorateurs de Jlithra ou du soleil. Quels présens /apportent-ils au dieu naissant ? Trois sortes de présens consacrés au soleil par le culte des Arabes, desChaldéens et des autres Orientaux. Par qui sont-ils avertis de cette naissance? Par l'astrologie, leur science favorite. Quels étaient leurs dogmes P Ils croyaient , dit Chardin, à l'éternité du premier être, qui est la lumière. Que sont-ils censés faire dans cette fable? Remplir le premier devoir de leur religion , qui leur ordonnait d'adorer le soleil naissant. Quel nom donnent les prophètes à Christ? Celui d'Orient. L'Orient, disent-ils, est son nom. C'est à l'orient et non pas en Orient qu'ils voient dans les cieux son image. En effet, la sphère des mages et des Chaldéens peignait, dans les cieux, un jeune enfant naissant, appelé Christ et Jésus : il était placé dans les bras de la vierge céleste ou de la vierge des signes , celle-là même à
qui Érathostène donne le nom d'Isis , mère d'Horiis. A quel point du ciel répondait cette vierge des sphères et son enfant? A l'heure de minuit, le 25 décembre, à l'instant même où l'on fait naître le dieu de l'année , le soleil nouveau ou Christ , au bord de l'oriental , au point même où se levait le soleil du premier jour.
C'est un fait indépendant de toutes les hypothèses, indépendant de toutes les conséquences que je veux en tirer , qu'à l'heure précise de minuit , le 25 décembre, dans les siècles où parut le christianisme, le signe céleste qui montait sur l'iiorizon, et dont l'ascendant présidait à l'ouverture de la nouvelle révolution solaire, était la vierge des constellations. C'est encore un fait que le dieu Soleil, né au solstice d'hiver, se réunit à elle et l'enveloppe de ses feux à l'époque de notre fête de l'Assomption ou de la réunion de la mère à son fils. C'est encore un fait qu'elle sort des rayons solaires héliaquement, au moment où nous célébrons son apparition dans le monde ou sa Nativité. Je n'examine pas quel motif y a fait placer ces fêtes ; il me suffit de dire que ce sont trois faits qu'aucun raisonnement ne peut détruire, et dont un observateur attentif, qui connaît bien le génie des anciens mystagogues, peut tirer de grandes conséquences, à moins qu'on ne veuille y voir un pur jeu du hasard ; ce qu'on ne peut guère persuader à ceux qui sont en garde contre tout ce qui peut égarer leur raison et perpétuer leurs préjugés. Au
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moins il est certain que la même vierge, celle-là qui seule peut allégoriquement devenir mère sans cesser d'être vierge , remplit les trois grandes fonctions de la vierge, mère de Christ, soit dans la naissance de son fils, soit dans la sienne, soit dans sa réunion à lui dans les cieux. C'est surtout sa fonction de mère que nous examinons ici. Il est assez naturel de penser que ceux qui personnifièrent le soleil et qui le firent passer par les divers âges de la \ie humaine; qui lui supposèrent des aventui'es merveilleuses , chantées dans des poèmes ou racontées dans les légendes , ne manquèrent pas de tirer son horoscope, comme on tirait l'horoscope des autres enfans au moment précis de leur naissance. Cet usage était surtout celui des Chaldéeus et des mages. Ou célébra ensuite celte fête sous le nom de dies natalls ou fête de la naissance. Or, la vierge céleste , qui présidait à la naissance du dieu Joi'-r personnifié, fut censée être sa mère, et remplit la prophétie de l'astrologue qui avait dit : « Une vierge concevra et enfantera, » c'est-àdire qu'elle enfantera le dieu Soleil, comme la vierge de Sais : de là les peintures tracées dans la sphère des mages, dont Abulmazar nous a donné la description, et dont ont parlé Kirker, Selden, le fameux Pic, Roger Bacon, Albert-le-Grand, Blaëu, Stofler et une foule d'autres. Nous allons extraire ici le passage. « On voit, dit Abulmazar, dans le « premier décan , ou dans les dix premiers degrés « du signe de la vierge, suivant les traditions les
« plus anciennes des Perses , des Chaldéens , des ■ Egyptiens, d'Hermès et d'Esculape, une jeune o fille appelée, en langue persane, Seclenidos de o Darmaza, nom traduit en arabe par celui d'y/- « drenedefn, c'est-à-dire une vierge chaste, pure, « immaculée, d'une belle taille, d'un visage agréa- « ble, ayant des cheveux longs, un air modeste. « Elle tient entre ses mains deux épis; elle est as- « sise sur un trône ; elle nourrit et allaite un jeune « enfant que quelques-uns nomment Jésus, et les « Grecs Christ. » La sphère persique, publiée par Scaligcr, à lasuiieueses notossurMamilius, décrit à peu près de la même manière la vierge céleste ; mais elle ne nomme pas l'enfant qu'elle allaite. Elle place à ses côtés un homme qui ne peut être que le Ecoles , appelé le nourricier du fils de la vierge Isis, ou d'Horus.
On trouve.à la Bibliothèque nationale, un manuscrit arabe qui contient les douze signes dessinés et enluminés, et on y voit aussi un jeune enfant à côté de la vierge céleste , qui est représentée à peu près comme nos vierges et comme l'Isis égyptienne avec son fils. Il est ]>lus que vraisemblable que les anciens astrologues auront placé aux cieux l'image enfantine du soleil nouveau dans la constellation qui présidait à sa renaissance et à celle de l'année au solstice d'hiver,ei que de là sont nées les fictions sur le dieu Jour, conçu dans les cliastcs flancs d'une vierge, puisque cette constellation est effectivement la Vierge. Cette conclusion est plus naturelle que
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l'opinion de ceux qui s'obstinent à croire qu'il a existé une femme qui est devenue mère sans cesser d'être vierge, et que le fruit qu'elle a enfanté est cet être éternel qui meut et régit foute la nature. Ainsi, les Grecs disaient de leur dieu à forme de bélier ou d'agneau, le fameux Ammon ou Jupiter, qu'il fut élevé par Thc'niis , qui est encore un des noms de la vierge des constellations ; elle porte aussi le nom de Gérés, à qui l'on donnait l'cpithète de Sainte-J^ierge , et qui était la mère du jeune Baccbus, ou du soleil, dont on exposait au solstice d'hiver l'image sous les traits de l'enfance , dans les sanctuaires, suivant Macrobe. Son témoignage est confirmé par l'auteur de la chronique d'Alexandrie, qui s'exprime en ces termes : « Les Egyptiens « ont jusqu'aujourd'hui consacré les couches d'une « vierge et la naissance de son fils , qu'on expose « dans une crèche à l'adoration du peuple. Le roi « Ptolémée ayant demandé la raison de cet usage, « ils lui répondirent que c'était un mystère ensei- « gné à leurs pères par un patriarche respecta- « ble. » On sait que le prophète, chez eux, était un des chefs de l'initiation.
On prétend , je ne sais d'après quel témoignage, que les anciensDruides rendaientaussi deshonneurs à une vierge, avec cette inscription : T'ïrgini pariturœ , et que sa statue était dans le territoire de Chartres. Au moins est- il certain que, dans les nionumens de Jlithra ou du soleil, dont le culte était établiautrefoisdans la Grande-Bretagne, on voitune
femme qui allaite un enfant, et qui ne peut être que la mère du dieu Jour. L'auteur anglais, qui a fait une dissertation sur ce monument, détaille tous les traits qui peuvent établir les rapports qu'il y avait entre les fêtes de la naissance de Christ et celles de la naissance deMithra .Cet a uteur,plus pieuxque philosophe, y voit des fêtes imaginées d'après les notions prophétiques sur la naissance future de Christ. Il remarqueavec raison que le culte mithriaque était répandu dans tout l'empire romain , et surtout dans la Gaule et dans la Grande-Bretagne. Il cite aussi ïe témoignage de saint Jérôme , qui se plaint que les païens célébraient les fêtes du soleil naissant ou d'Adonis, le même que Mithra, dans le lieu même où l'on faisait naître Christ à Bethléem; ce qui, suivant nous , n'est que le même culte sous un nom différent, comme nous le faisons voir dans la fable d'Adonis , mort et ressuscité comme Christ.
Après avoir montré sur quelle base astronomique porte la fable de l'incarnation du soleil au sein d'une vierge sous le nom de Christ, nous allons examiner l'origine de celle qui le fait mourir, puis ressusciter à l'équinoxe du printemps, sous les formes de l'agneau pascal.
Le soleil, seul réparateur des maux que produit l'hiver, étant censé naître, dans les fictions sacerdotales,au solstice,doit rester encore trois mois aux signes inférieurs dans la région affectée au mal çt aux ténèbres, et y être soumis à la puissance de leur chef avant de franchir le fameux passage de l'équi-
noxe du printemps, qui assure son triomphe sur la nuit, et qui renouvelle la face de la terre. On va donc, pendant tout ce temps, le faire vivre exposé à toutes les infirmités de la vie mortelle, jusqu'à ce qu'il ait repris les droits de la divinité dans son triomphe. Le génie allégorique des mystagogues va lui composer une vie, et imaginer des aventures analog ues au caractère qu'ils lui donnent et qui entrent dans le but que se propose l'initiation. C'est ainsi qu'Esope, voulant peindre l'homme fort e t inj us te qui opprime le faible,a mis en scène des animaux, à qui il a donné des caractères opposés, et a imaginé une action propre à atteindre le but moral de son apologue. Ainsi lesEgyp tiens ont inventé la fabled'Osirisou du soleil bienfaisant, qui parcourt l'univers pour y répandre les biens innombrables dont il est la source , et lui ont opposé le prince des ténèbres. Typhon, qui le contrarie dans ses opérations et qui lui donne la mort. C'est sur une idée aussi simple qu'ils ont bâti la fable d'Osiris et deTyphon, dans laquelle ils nous présentent l'un comme un roi légitime , et l'autre comme le tyran de l'Egypte. Outre lesd'bris de ces anciennes ficlions sacerdotales que nous ont conservés Diodore et Plutarque, nous avons une vie d'Osiris et de Typhon , composée par l'évêque Synésius,car alors les évêqucs fabriquaient des légendes. Dans celle-ci, les aventures, le caractère et les portraits des deux principes de la théologie égyptienne furent tracés d'imagination, mais cependant d'après l'idée du rôle que chacun d'eux devait y
jouer, pourexprimerdans unefable l'action opposée desprincipes qui se contrarient et secombattentdans la nature. Les Persesavaient aussi leur histoire d'Ormusd et d'Ahriman , qui contenait le récit de leur combat et celui delà victoire du bon principe sur le mauvais. Les Grecs avaient une vie d'Hercule et de Bacchus, qui renfermait l'histoire de leurs exploits glorieux et des bienfaits qu'ils avaient répandus par toute la terre ; et ces récits étaient des poèmes ingénieux et savans. L'histoire de Christ, au contraire, n'est qu'une ennuyeuse légende qui porte le caractère de tristesse et de sécheresse qu'ont les légendes des Indiens, dans lesquelles il n'est question que de dévots, de pénitens et de brames qui vivent dans la contemplation. Leur dieu Vichnou, incarné en Chrisnou, a beaucoup de traits communs avec Christ. On y retrouve certaines espiègleries du petit Chrisnou assez semblables à celles qu'attribue à Christ l'évangile de l'enfance; devenu grand, il ressuscite des morts comme Christ.
Les mages avaient aussi la légende du chef de leur religion; des prodiges avaient annoncé sa naissance. Il fut exposé à des dangers dès son enfance, et obligé de fuir en Perse , comme Christ en Egypte ; il fut poursuivi comme lui par un roi ennemi qui voulait s'en défaire. Un ange le transporta au ciel, d'oîi il rapporta le livre de sa loi. Comme Christ, il fut tenté par le dia])le , qui lui fit de magnifiques promesses pour l'engager à dépendre de lui. Il fut calomnié et persécuté parles prêtres , comme Christ
par les Pharisiens. Il leur opposa des miracles pour confirmer sa mission divine et les do»}raes contenus dans son livre. On sent aisément par ce parallèle que les auteurs de la légende de Christ, qui font arl'iver les mages à son berceau, conduits par la fameuse étoile qu'on disait avoir été prédite par Zoroastre, chef de leur religion, n'auront pas manqué d'introduire dans cette légende beaucoup de traits qui appartiennent au chef de la l'cligion des Perses, dont le christianisme n'est qu'une branche, et avec laquelle il a la plus grande conformité, comme nous aurons occasion de le remarquer en parlant de la religion mithriaque ou du soleil Mithra, la grande divinité des Perses.
Les auteurs de cette légende n'avaient ni assez d'instruction ni assez de génie pour faire des poèmes tels que les chants sur Hercule, sur Thésée, Jason, Bacchus, etc. D'ailleurs, le fil des connaissances astronomiques était perdu, et l'on se bornait à composer des légendes avec les débris d'anciennes fictions que l'on ne comprenait plus. Ajoutons à tout cela que le but des chefs de l'initiation aux mystères de Christ était unbut purement moral, et qu'ils cherchèrent moins à peindre le héros vainqueur des géans et de tous les genres de maus répandus dans la nature, qu'un homme doux, patient, bienfaisant, venu sur la terre pour prêcher, par son exemple, les vertus dont on voulait enseigner la pratique aux initiés à ses mystères, qui étaient ceux de la lumière éternelle. On le fit donc agir dans ce sens, prêcher
DE TOUS LES CULTES. 28l
et commander les pratiques austères des Esscnieus, assez semblables à celles des brames et des dévots de l'imle. Il eut ses disciples comme le Sommona- Kodon des Siamois, dieu né aussi d'une vierge par l'action du soleil ; et le nombre de ses apôtres retraça la grande division d uodécimale qui se retrouve dans toutes les religions dont le soleil est le béros; mais sa légende fut plus merveilleuse qu'amusante, et l'oreille du Juif ignorant et crédule s'y montre un peu. Comme l'auteur de la fable sacrée l'avait fait naître chez les Hébreux, il l'assujétit, lui et sa mère, aux pratiques religieuses de ce peuple. H fut, comme tous les eufans juifs, circoncis le huitième jour; comme les autres femmes juives, sa mère fut obligée de se présenter au temple pour s'y faire purifier. On sent que tout cela dut suivre nécessairement de l'idée première, ou de celle qui le fait naître, prêcher et mourir pour ressusciter ensuite; car point de résurrection oîi il n'y a pas eu de mort. Dès qu'on en eut fait un homme, on le fit passer par les degrés de l'adolescence et de la jeunesse , et il parut de bonne heure instruit, au point qu'à douze ans il étonnait tous les docteurs. La morale qu'on voulait inculquer , on la mit en leçons dans ses discours, ou en exemples dans ses actions. On supposa des miracles qui l'appuyaient, et on mit des fanatiques en avant qui s'en disaient les témoins: car, qui ne fuit des miracles partout oîi l'on trouve des esprits disposés à y croire? On en a vu ou cru voir au tombeau dubieuheureux Taris, diUis uii siè-
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cle aussi éclairé que le nôtre, et au milieu d'une immense population qui pouvait fournir plus d'un critique, mais beaucoup plus encore d'enthousiastes et de fripons. Tous les chefs de religion sont censés en avoir fait. Fo , chez les Chinois, fait des miracles, et quarante mille disciples publient partout qu'il les ont vus. Odin en fiiit aussi chez les Scandinaves; il ressuscite des morts, il descend aussi aux enfers,et il donne aux enfans naissans une espèce de baptême. Le merveilleux est le grand ressort de toutes les religions : rien n'est si fortement cru que ce qui est incroyable. L'évêque Synésius a dit, et il s'y connaissait, qu'il fallait des miracles au peuple , à quelque prix que ce fût, et qu'on ne pouvait le conduire autrement. Toute la vie de Christ a donc été composée dans cet esprit. Ceux qui l'ont fabriquée en on t lié les événemens fictifs.non-seulementàdes lieux connus, comme ontfait tous les poètes anciens dans les fables sur Hercule,sur Bacchus, sur Osiris, etc. ; mais encore à une époque et à des noms plus connus , tels que le siècle d'Auguste , de Tibère,dePonce-Pilate, etc.; ce qui prouve, non pas l'existence réelle de Christ, mais seulement que la fiction sacerdotale est postérieure à cette époque , ce dont nous nedoutonspas.On en a fait même plusieurs.puisque l'on compte jusqu'à cinquante évangiles ou vies de Christ, et qu'on a débité sur lui tant de coûtes, que d'immenses volumes pourraient à peine les contenir, suivant l'expression d'un des auteurs de ces légendes. Le génie des raystagogues
s'est donné une vaste carrière ;. mais tous se sont accordés sur deux point fondamentaux , sur l'incarnation que nous avons expliquée, et sur la mort et la résurrection que nous allons voir n'appartenir qu'au soleil , et n'être que la répétition d'une aventure tragique retracée dans tous les mystères, et décrite dans tous les chants et les légendes des adorateurs du soleil, sous une foule de noms différons.
Rappelous-nousbien ici ce que nous avons prouvé plus haut, que Christ a tous les caractères du dieu Soleil, dans sa naissance ou dans son incarnation au sein d'une vierge, et que cette naissance arrive au moment même où les anciens célébraient celle du soleil ou de Mithra , et qu'elle arrive sous l'ascendant d'une constellation qui , dans la sphère des mages, porte un jeune enfant appelé Jésus. Il s'agit actuellement de faire voir qu'il a encore tous les caractères du dieu Soleil dans la résurrection, soit pour l'époque à laquelle cet événement est censé arriver , soit pour la forme sous laquelle Christ se montre dans son triomphe.
En terminant notre explication de la prétendue chute de l'homme, et de la fable dans laquelle le serpent introduit le mal dans le monde, nous avons dit que ce mal était de nature à être réparé par le soleil du printemps, et à ne pouvoir l'être que par lui. La réparation ope rée par Christ, s'il est le dieu Soleil, doit donc se faire à cette époque.
Or, c'est à l'équiaoxe du printemps précisément
que Christ triomphe et qu'il répare les malheurs du genre humain, dans la fable sacerdotale des chrétiens, appel 'e vie de Christ. C'est à cette époque annuelle que sont liées les fêtes qui ont pour objet la célébration de ce grand événement, caria pùque des Cîu'étiens, comme celle des Juifs, est nécessairement fixée à la pleine lune de l'équinoxe du printemps, c'est-à-dire au moment de l'année où le soleil franchit le fameux passage qui sépare l'empire du dieu de la lumière de celui du prince des ténèbres , et où reparaît dans nos climats l'astre qui donne la lumière et la vie à toute la nature. Les Juifs et les Chrétiens l'appellent la fête du passage : car c'est alors que le dieu Soleil ou le seigneur de la nature passe versnouspour nous distribuer ses bienfaits , dont le serpent des ténèbres et de l'automne nous avait privés pendant tout l'hiver. C'est là ce bel Apollon, plein de toutes les forces de la jeunesse, qui triomphe du serpent Python. C'est la fête da seigneur, puisqu'on donnait au soleil ce titre respectable; car Adonis et Adonaï désignaient cet astre, seigneur du monde, dans la fable orientale sur Adonis , dieu Soleil, qui, comme Christ, sortait victorieux du tombeau , après qu'on avait pleuré sa mort. Dans la consécration des sept jours aux sept planètes, le jour du soleil s'appelle le jour du seigneur. Il précède le lundi ou jour de la lune, et suit le samedi ou jour de Saturne, deux planètes qui occupent les extrêmes de l'échelle rausicale,dont le soleil est le centie.elil forme la quarte. Ainsi l'épithète
de seigneur convient SOUS tous les rapports au soleil. Cette fête du passage du seigneur fut fixée originairement au vingt-cinq de mars, c'est-à-dire trois mois, jour pour jour , après la fête de sa naissance, qui esf aussi cellede la naissance du soleil. C'était alors que cet astre , reprenant sa force créaîrice et toute son activité féconde , était censé rajeunir la nature, rétablir un nouvel ordre de choses, créer, pour ainsi dire, un nouvel univers, sur les débris de l'ancien monde et faire, parce moyen de l'agneau équinoxial , passer les hommes à l'empire de la lumière et du bien que ramenait sa présence.
Toutes ces idées mystiques se trouvent réunies dans ce passage de Ccdrenus. « Le premier jour « du premier mois , dit cet historiens , est le pre- « micr du mois nisan ; il répond au vingt-cinq de o mars des Romains et au mois phamenot des Égyp- « tiens. En ce jour , Gabriel donne le salut à JMaric o pour pour lui faire concevoir le sauveur. » J'observe que c'est dans ce même mois phamenot qu'Osiris donnait la fécondité à la lune danslatliéologie égyptienne. « C'est en ce même jour , ajoute Cedre- « nus, que notre dieu sauveur, après avoir terminé « sa carrière, ressuscita d'entre les morts; ce que « nos anciens pères ont appelé la pâque ou le pas- « sage du seigneur. C'est à ce même jour que nos o anciens théologiens fixent aussi son retour ou o son second avènement : le nouveau siècle devant « courir de celte époque , parce que c'est à ce « même jour qu'à commencé l'univers. » Cecis'ac-
corde bien avec le dernier chapitre de l'Apocalypse, qui fait partir du trône de l'agneau équinoxial le nouveau temps qui va régler les destinées du inonde de lumière et des amis d'Ormusd.
Le même Cedrenus fait mourir Christ le viogttrois mars, et ressusciter le vingt-cinq : de là, ditil , vient l'usage dans l'église de célébrer la pâque le vingt-cinq mars , c'est-à-dire au huit avant les calendes d'avril, ou trois mois après le huit des calendes de janvier, époquedelanaissance du dieu Soleil. Ce huit des calendes , soit de janvier, soit d'avril , était le jour même oîi les anciens Romains fixaient l'arrivée du soleil au solstice d'hiver et à l'équinoxe du printemps. Si le huit des calendes de janvier était un jour de fête dans la religion des adorateurs du soleil , comme nous l'avons vu plus haut, le huit des calendes d'avril , ouïe vingt-cinq de mars, en était aussi un chez eux. On y célébrait les grands mystères qui rappelaient le triomphe que le soleil, à cette époque, remportait tous les ans sur les longues nuits d'hiver.
On personnifiait cet astre dans les légendes sacrées , onlcpleuraitpendantquelquesjours comme mort; et l'on chantait sa résurrection le vingt-cinq de mars , ou le huit avant les calendes d'avril. C'est Macrobequi nous l'apprend, lo même Macrobe qui nous a dit qu'au solstice d'Iiiver, ou au huit avant les calendes de janvier, on peignait ce même dieu Soleil sous la forme d'un enfant naissant, et au printemps , sous l'emblème d'un jeune homme fort çt
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vigoureux. Il ajoute que ces fêtes de la passion c de Ja mort et de la résurrection du dieu du Jour, fixées à l'équinoxe du printemps , se retrouvaient dans toutes les sectes de la religion du soleil. Chez les Egyptiens , c'étaient la mort et la résurrection d'Osiris , chez les Phéniciens , c'étaient la mort et la résurrection d'Adonis, chez les Phrygiens, on retraçait les aventures tragiques d'Aty s, etc ; donc le dieu Soleil , dans toutes les religions , éprouve les mêmes malheurs que Christ ; triomphe comlui du tombeau , et cela aux mêmes époques de la révolution annuelle. C'est à ceux qui s'obstinent à faire de Christ un autre être que le soleil , à nous donner les raisons d'une aussi singulière coïucidance. Pour nous , qui ne croyons point à ces jeux du hasard , nous dirons tout bonnement que la passion et la résurrection de Christ, célébrées à Pâques, font partie des mystères de l'ancienne religion solaire ou du culte de la nature universelle.
C'est surtout dans la religion de Mithra ou du dieu Soleil , adoré sous ce nom par les mages , que l'on trouve plus de traits de ressemblance avec la mort et la résurrection de Christ , et avec les mystères des chrétiens. Mithra, qui naissait aussi le 25 décembre, comme Christ, mourait comme lui, et il avait son sépulcre sur lequel ses initiés venaient répandre des larmes. Les prêtres portaient son image, pendant la nuit, à un tombeau qu'on lui avait préparé; il était étendu sur une litière, comme l'Adonis phénicien. Celte pompe , comme celle
du vendredi-saint , était accompagnée de chants funèbres et des gémissemens de ces prêtres ; ils donnaient quelque temps aux expressions d'une douleur simulée , ils allumaient le flambeau sacré ou leur cierge pascal ; ils oignaient de crème ou de parfum l'image, après quoi l'un d'eux prononçait gravement ces mots : » Rassurez-vous , troupes « sacrées d'initiés, votre dieu est ressuscité; ses « peines et ses souffrances vont faire votre salut. » Pourquoi, reprend l'écrivain chrétien de qui nous tenons ces détails , pourquoi exhortez-vous ces malheureux à se réjouir ? Pourquoi les tromper par de fausses promesses? La mort de votre dieu est connue sa vie nouvelle n'est pas prouvée. Il n'y a pas d'oracle qui garantisse sa résurrection ; il ne s'est pas montré aux hommes après sa mort , pour qu'on puisse croire à sa divinité. C'est une idole que vous ensevelissez; c'est une idole sur laquelle vous pleurez ; c'est une idole que vous tirez du tombeau, et après avoir été malheureux vous vous réjouissez. C'est vous qui délivrez votre dieu, etc. Je vous demande , continue Firmicus , qui a vu votre dieu à cornes de bœuf, sur la mort duquel vous vous affligez ? Et moi je demanderai à Firmicus et à ses crédules chrétiens : Et vous, qui vous affligez sur la mort de l'agneau égorgé pour laver dans son sang les péchés du monde, qui a vu votre dieu aux formes d'agneau , dont vous célébrez le triomphe et la résurrection ?
Ignorez-vous que deux mille ans avant l'ère chré-
tienne , époque à laquelle remonte la religion des Perses et le culte mithriaque ou du taureau de Mithra.le soleil franchissait le passage équinoxial sous le signe du taureau , et que ce n'est que par l'effet de la précession des équiuoxes qu'il le franchit de vos jours sous le signe de l'agneau ; qu'il n'y a de changé que les formes célestes et le nom , que le culte est absolument le même? Aussi il semble que, danscet endroit, Firmicus.cnattaquantles anciennes religions , ait pris à tâche de réunir tous les traits de ressemblance que leurs mystères avaient avec ceux des chrétiens. Il s'attache surtoutà l'initiation mithriaque, dont il fait un parallèle assez suivi avec celle de Christ , et qui ne lui ressemble tant que parce qu'elle en est une secte. Il est vrai qu'il explique toute cette conformité qu'ont cntr'elles ces deux religions, en disant comme Tertulicn et saint Justin, que long-temps avant qu'il y eût des chrétiens , le diable avait pris plaisir h faire copier leurs mystères et leurs cérémonies futures par ses adorateurs. Excellentes raisons pour des chrétiens tels qu'on en trouve encore beaucoup aujourd'hui, mais pitoyables à donner à des hommes de Ijon sens. Pour nous, qui ne croyons pas au diable, et qui ne sommes pas comme eux dans SCS secrets, nous dirons tout siraplementquela religiondeChrist,fondée,commc toutes les autres, sur le cul te du soleil, a conservélcs mêmesdogmes, les mêmes pratiques, les mêmes mystères, à quelques formes près; que tout a été commun, parce que le dieu l'était ; qu'il n'y a eu que les ac-
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cessoires qui ont pu être difterens,mais que la base était la même. Les plus anciens apologistes de la religion chrétienne conviennent que la religion mithriaque avait ses sacremens , son baptême , sa pénitence, son eucharistie et sa consécration avec des paroles mystiques ; que les catéchumènes de cette religion avaient des épreuves préparatoires plus rigoureuses encore que celles des chrétiens ; que les initiés et les fidèles marquaient leur front d'un signe sacré ; qu'ils admettaient aussi le dogme de la résurrection ; qu'on leur présentait la couronne qui orne le front des martyrs ; que leur souverain pontife ne pouvait avoir été marié plusieurs fois ; qu'ils avaient leurs vierges et la loi de continence; enfin qu'on retrouvait chez eux tout ce qui se pratiqua depuis par les chrétiens. Il est vrai que Tertulien appelle encore à son secours le diable pour expliquer une ressemblance aussi entière. Mais comme sans l'intervention du diable , il est aisé d'apercevoir que, quand deux religions se ressemblent aussi parfaitement , la plus ancienne est la mère, la plus jeune la fille, nous conclurons que puisque le culte de Mithra est infiniment plus ancien que celui de Christ , et ses cérémonies de beaucoup antérieures à celles des chrétiens , que les chrétiens sont incontestablement , ou des sectaires, ou des copistes de la religion des mages.
J'ajouterai , avec le savant Hyde , que les Perses avaient sur les anges une théorie encore plus complète ^ue celle des Juifs et des chrétiens ; qu'ils
admettaient la distinction des anges en anges de lumière et en anges de ténèbres; qu'ils connaissaient les récits de leurs combats et des noms d'anges qui ontpassé dans notre religion; qu'ilsbaptisaient leurs enfans etleur imposaient un nom ; qu'ils avaient la fiction du paradis et de l'enfer, que l'on trouve également chez les Grecs, chez lesRomains et chezbeaucoup d'autres peuples; qu'ils avaient un ordre hiérarchique,et toute la constitution ecclésiastique des chrétiens, laquelle, suivant Hyde, remonte chez eux à plus de trois mille ans. Mais je ne dirai pas avec lui qu'on doit voir dans celte ressemblance l'ouvrage de la Providence, qui a vouluque les Perses fissent par anticipation et par esprit prophétique ce que les chrétiens devaient faire un jour. Si Hyde, né dans une île où la superstition se place presque toujours à côté de la philosophie, et forme avec elle une alliance monstrueuse, n'a pas été retenu par la crainte de choquer les préjugés de son siècle et de son pays , en déguisant l'opinion que devait faire naître en lui une ressemblance aussi frappante , il faut dire quele savoir n'est pas toujours le bon s"ns et ne le vaut pas. Je conviendrai donc avec Hyde que les deux religions se ressemblent en presque tous les points, mais je conclurai qu'elles n'en font qu'une, ou au moins qu'elles ne sont que deux sectes de l'antique religion des Orientaux, adorateurs dusoleil , et que leurs institutions , ainsi que leurs principaux dogmes, au moins quant au fond, ont une origine commune. C'est encore le soleil qui est
ledieiide cette religion, soit qu'on l'appelle Christ, soit qu'on le nomme Mithra , soit qu'on l'appelle Osiris, Baccluis, Adonis, Atis , etc. Passons maintenant à l'examen des formes qui caractérisent le dieu Soleil des cluctiens dans son triomphe.
Ces formes sont piùses toutes naturellement du signe céleste sous lequel passait l'astre du jour au moment où il ramenait les longs jours cl la chaleur dans notre liémisphère. Ce signe, à l'époque à laquelle le christianisme a été cennu en Occident, et plus de quinze siècles aupararavant , était le bélier que les Perses, dans leur cosmogonie, appèlent V agneau, comme nous l'avons vu plus haut. C'était le signe de l'exaltation du soleil dans le système des astrologues, et l'ancien sabisme y avait fixé sa plus grande fête. C'était donc le retour du soleil à l'agneau céleste qui, tous les ans, régénérait la nature. Voilà la forme que prenait, dans son triomphe , cet astre majestueux , ce dieu bienfaisant, sauveur des hommes. Voilà, dans le style mystique V agneau qui répare les pèches du monde.
De même qu'Ahriman, ou le chef des ténèbres, avait emprunté les formes de la constellation qui, en automne, ramenait les longues nuits et les hivers; de même le dieu de la lumière , son vainqueur, devait prendre, au printemps, les formes du signe céleste sous lequel s'opérait son triomphe.C'est la conséquence toute naturelle qui suit des principes que nous avons adoptés dans l'explication de la fable sur l'introduction du mal par le serpent. Nous savons
d'ailleurs que le géuie des adorateurs du soleil était de peindre cet astre sous les formes et avec les attributs des signes célestes auxquels il s' unissai t chaque mois : de là les diverses métamorphoses de Jupiter chez les Grecs, etde Vichnouchezles Indiens. Ainsi, on peignait une jeune homme conduisant un bélier, ou ayant sur ses épaules un bélier, ou armant son front de cornes de bélier. C'est sous cette dernière forme que se manifestait Jupiter Ammou. Christ prit aussi le nom et la forme de l'agneau , et cet animal fut l'expression symbolique sous laquelle on le désigna. On ne disait pas le soleil de l'agneau , mais simplement l'agneau , comme on dit souvent du soleil du lion, ou d'ilercule , le lion. Ce ne sont que des expressions différentes de la même idée , et un usage varié du même animal céleste dans les peintures du soleil du printemps.
Cette dénomination d'agneaupar excellence, donnée à Christ ou au dieu de la lumière dans son triomphe équinoxial, se retrouve partout dans les livres sacrés des chrétiens, mais surtout dans leur livred'iniliation, connu sous le nom d'Apocalypse. Les fidèles ou les initiés y sont qualifiés de disciples de l'agneau. On y représente l'agneau égorgé au milieu de quatre animaux, qui sont aussi dans les conslellations , et qui sont placés aux quatre points cardinaux de la splière. C'est devant l'agneau que les génies des vingt-quatre heures , désignés sous l'emblème des vieillards, se prosternent. C'est, diton, ragueauéfjoigé qui est digne de recevoir toute
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puissance , divinité , sagesse , force , honneur , gloire et bénédiction; c'est l'agneau qui lui ouvre le livre de la fatalité , désigné sous l'emblème d'un livre fermé de sept sceaux.
Toutes les nations de l'univers viennent se placer devant le trône et devant l'agneau. Elle sont vêtues de blanc ; elles ont des palmes à la main , et chantent à haute voix •• Gloire à notre dieu qui est assis sur ce trône ! On se rappelle que l'ap/neau ou le bélier est le signe de l'exaltation du soleil, et que cet astre victorieux semble être porté dessus dans son triomphe. On entoure l'agneau du cortège duodécimal dont il est le chef dans les signes célestes Il paraît debout sur la montagne , et les douze tribus l'environnent, et sont destinées à le suivre partout où il va.
On voit les vainqueurs du dragon qui chantent le cantique de l'agneau. Il serait superflu demuliplier ici les passages dans lesquels ce nom mystérieux est répété. Partout on voit que le dieu de la lumière, sous le nom d'agneau, était la grande divinité à laquelle on se consacrait dans l'initiation des chrétiens. Les mystères de Christ sont donc tout simplement les mystères du dieu Soleil dans son triomphe équinoxial , où il emprunte les formes du premier signe ou celles de l'agneau céleste : aussi la figure de l'agneau était-elle le caractère et le sceau dont on marquait autrefois les initiés de cette secte. C'était leur /créera et l'attribut symbolique auquel les frères de cette franc -maçonnerie religieuse se recon-
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naissent entre eux. Les chrétiens de ce temps-là faisaient porter au cou de leurs enfans l'image symbolique de l'agneau. Tout le monde connaît le fameux agnus dei.
La plusanciennereprésentationdudieu des chrétiens était une figure d'agneau, tantôt uni à un vase dans lequel son sang coulait, tantôt couché au pied d'une croix. Cette coutume subsista jusqu'à l'an 680, et jusqu'au pontificat d'Agathon et au règne de Constantin Pogonat. Il fut ordonné par le sixième synode de Constantinople (canon 82), qu'à la place de l'ancien symbole, qui était l'agneau, on représenterait un homme attaché à une croix ; ce qui fut confirmé par le pape Adrien I". On voit encore ce symbole sur le tabernacle ou sur la petite armoire dans laquelle nos prêtres renferment le soleil d'or ou d'argent qui contient l'image circulaire de leur dieu Soleil, ainsi que sur le devant de leurs autels. L'agneau y est souvent représenté couché, tantôt sur une croix, tantôt sur le livre de la fatalité , qui est fermé de sept sceaux. Ce nombre sept est celui des sept sphères dont le soleil est l'àme , et dont le mouvement ou la révolution se compte du point A'aries ou de l'agneau équinoxial.
C'est là cet agneau que les chrétiens disent avoir été immolé dès l'origine àxxmonàc . yl gnus occisux ab origine mundi. Il fournit la matière d'une antithèse à l'auteur de la prose dcPàques, victimœ paschali, etc. u4 g nus re médit Oi>es, etc. Tous les chant» de cette fête de joie, et qui répondent aux hilaries
desanciens adorateurs du soleil, fêtes célébrées à la même époque, nous retracent la victoire remportée par l'agneau sur le prince des ténèbres. On allume le cierge connu sous le nom de cierge pascal, pour peindre le triomphe de ia lumière. Les prêtres se revêtent de blanc, couleur affectée à Ormusdou au dieu de la lumière. On consacre le feu nouveau, ainsi que l'eau lustrale : tout est renouvelé dans les temples, comme dans la nature. Les anciens Romains en faisaient autant au mois de mars, et substituaient de nouveaux lauriers dans les maisons de leurs flamiucs et dans les lieux destinés aux assemblées. C'est ainsi que les Perses, dans leur fête de Neurouz ou de l'eutrce du soleil à l'agneau du printemps,chantent le renouvellement de toutes choses cl le nouveau jour du nouveau mois, de la nouvelle année, du nouveau temps, qui doit renouveler tout ce qui naît du temps. Us ont aussi leur fête de la croix peu de jours auparavant ; elle est suivie quelques jours après de celle de la victoire.
C'est à cette époque que leur ancien Persée, génie placé sur le point équinoxial , était censé avoir tiré du ciel et consacré dans leurs Pyrces le feu éternel qu'y entretenaient les mages, le même feu que les vestales conservaient à Rome , et dont tous les ans, au printemps, on tirait celui qu'on allumait dans les temples. La même cérémonie se pratiquait en Egypte, comme on peut le voir dans un ancien monument de la religion des Égyptiens. On y remarque un bûcher formé de trois piles de di\ mor«
ceaux chacune, nombre égal à celui des décans et des divisions des signes , de dix degrés en dix degrés. Ainsi il y a trente morceaux de bois , autant que l'on compte de degrés au signe Sur chacune des trois piles est couché un agneau ou bélier, et audessus on voit une immense image du soleil, dont les rayons se prolongent jusqu'à terre. Les prêtres touchent du bout des doigts ses rayons, et en tirent le feu sacré qui va allumer le bûcherde l'agneau et embraser l'univers. Ce tableau nous rappelle la fête équinoxiale du printemps, célébrée en Egypte sous aries ou sous l'agneau, en mémoire de ce que le feu du ciel avait embrasé lemonde. Danscettcfêteoumarquaittoutde rouge ou de la couleur du feu , comme dans la pàque des Juifs ou dans leur fête de l'agneau. Cette résurrection du feu sacré éternel,qui bouillonne dans le soleil, et qui tous les ans au printemps viendra rendre la vie à la nature dans notre hémisphère, fut la véritable résurrection du soleil Christ.C'est pour en retracer l'idée, que tous les ans l'évêque de Jérusalem s'enferme dans un petit caveau qu'on appelle le tombeau de Christ. Il a des paquets de petites bougies, il bat le briquet et les allume; en même temps il se fait une explosion delumière, telle que celle de nos feui d'opéra, pour donner à croire au peuple que le feu sacré est tombé du ciel sur la terre. Puis l'évêque sort du caveau en criant : Le feu duciel est descendu, et la sainte bougie est allumée. Le peuple crédule accourt en foule pour acheter de ces bougies , car le peuple est partout la dupe des prêtres.
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Le nom d'agneau n'a été donné à Christ, et on ne l'a anciennement représenté sous cet emblème que parce que le Christ est le soleil , et que le triomphe du soleil arrive tous les ans sous le signe céleste de l'agneau, ou sous le signe qui était alors le premier des douze, et dans lequel l'équinoxe du printemps avait lieu. Les Troycns avaient consacré pour victime au soleil V agneau blanc, et leur pays était célèbre par les mystères d'Atys, dans lesquels l'agneau équinoxial jouait un grand rôle.
De même que les chrétiens supposent que leur dieu soleil Christ a été attaché au bois de la croix, les Phrygiens , adorateurs du soleil sous le nom d'Atys , le représentaient dans sa passion par un jeune homme lié à un arbre que l'on coupait en cérémonie. Au pied de l'arbre était un agneau ou le bélier équinoxial du printemps.
Cesmystèresd'Atys duraient trois jours.Ces jours étaient desjoursde deuil, qui suivaient immédiatement la fête des Hilaries , jours de joie , dans lesquels on célébrait , comme nous l'avons déjà dit , l'époque heureuse oii le soleil Atis reprenait son empire sur les longues nuits.
Cette fête était celle du 25 mars, ou du 8 aVantles calendes d'avril, c'est-à-dire qu'elle tombait le même jour oii l'on célébrait ordinairement la pâque et le triomphe de Christ, et où l'on cliante alléluia, véritable chant de joie des Hilaries , et hcec dies , etc. : voilà le jour qu'a fait le seigneur; que ce soit pour nous un jour de joie et d'allégresse. On y chante aussi la fameuse prose Ofilii et filiœ , etc.
Il n'y a de différence dans ces deux fêtes que dans le nom du héros de la tragédie , qui dans toutes les deux fables se trouve être absolument le même dieu. Aussi est-ce en Plirygie que fut fait le fameux livre de l'initiation aux mystères de l'agneau appelé^/;ocalypse. L'empereur Julien examine les raisons qui ont fait choisir l'équinoxe du printemps pour y placer cette solennité, et nous dit que c'est parce que le soleil franchitalorslalignequi le séparait de nos climats, et qu'il vient prolonger la durée des jours dans notre hémisphère ; ce qui arrive , ajoute-t-il , lorsque le roi soleil passe sous le bélier ou sous l'agneau. A son approche, nous célébrons dans les mystères la présence du dieu sauveur ellibc'ratcur.
Le bélier ou l'agneau ne se trouve jouer chez les chrétiens un rôle si important, que parce qu'il remplit celui que jouait autrefois le taureau dans les mystères de Bacchus et de Mithra. Osiris et Bacchus , représentés tous deux avec les formes de l'ancien taureau équinoxial, mouraient et ressuscitaient comme Christ: on retraçait dans les sanctuaires les mystères de leurs passions, comme ceux d'Alys et de Christ chez les Phrygiens et chez les chrétiens.
Les pères de l'Église et les écrivains de la secte chrétienne parlent souvent de ces fêtes célébrées en l'honneur d'Osiris , mort et ressuscité, et ils en font un parallèle avec les aventures de leur dieu. Athanase , Augustin , Théophile, Athénagore , Minutius Félix, Lactauce, Firraicus, ainsi que les auteurs anciens qui ont parlé d'Osiris , ou du dieu
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Soleil, adoré sous ce nom en Egrypte, s'accordent tous à nous peindre le deuil universel des Egyptiens dans la fête oii l'on faisait la commémoration de cette mort tous les ans, comme nous faisons celle du soleil Christ au vendredi-saint. Ils nous décrivent les cérémonies qui se pratiquaient à son tombeau , les larmes qu'on allait y répandre pendant plusieurs jours, et ensuite les fêtes de joie qui succédaient à cette tristesse au moment où l'on annonçait sa résurrection. Il était descendu aux enfers , puis il en revenait pour s'unir à Horus, dieu du printemps , et triompher du dieu des ténèbres,Typhon son ennemi, qui l'avait mis à mort. On appelait mystères de la nuit ceux dans lesquels on donnait le spectacle de sa passion. Ces cérémonies avaient le même objet que celles du culte d'Atys,suivant Macrobe, et se rapportaient au soleil vainqueur des ténèbres, représentées par le serpent, dont Typhon prenait les formes en automne, lors du passage de cet astre sous le scorpion.
On en peut dire autant de Bacchus, qui, de l'aveu de tous les anciens, était le même que rOsiris Égyptien et que le dieu Soleil, dont on présentait l'image enfantine à l'adorationdupeuple, au solstice d'hiver. Bacchus était mis à mort.descendait aux enfers et ressuscitait, et l'on célébrait tous les ans les my .stères de sa passion; on appelait ces fêles ^i7rt«iques et fêtes de la nuit pn? faite. On suppose que ce dieu fut mis en pièces par les géans, mais que sa mère ou Cérès réunit sesmcmbres.et qu'il reparut
jeune et vigoureux. Pour retracer sa passion , on mettait à mort un taureau dont on mangeait la chair crue, parcequeBacchusouledieuSoleil, peintavec les formes du bœuf, avait été ainsi déchiré par les Titans.Cen'étailpointla représentation de l'agneau égorge, c'était celle du bœuf déchiré et mis en lambeaux, que l'on donnait dans les mystères. En Rlingrelie , c'est un agneau rôti que le prince met en pièce avec ses mains , et qu'il distribue à toute sa cour à la fête de Pâques.
Julius Firmicus , qui nous rapporte la légende Cretoise surla vie et la mort de Bacchus, et qui s'obstine à en faire un homme, comme il en faisait un de Christ, convient cependant que les païens expliquaient ces fictions par la nature , et qu'ils regardaient ces récits comme autant de fables solaires. Il est vrai aussi qu'il se refuse à toutes ces raisons, comme beaucoup de gens se refuseront à nos explications, soit par ignorance, soit par envie de calomnier ce qu'ils n'entendent pas, comme en ont usé tous les pères de l'Eglise dans lacritique qu'ils ont faite du paganisme . Firmicus prend même la défense du soleil, qui lui paraît outragé par ces fictions, et lui prête un discours dans lequel le dieu du Jour se plaint de ce que l'on cherche à le déslionorer par des fables impertinentes , tantôt en le submergeant dans le Nil, sous les noms d'Osirisetd'Horus; tantôt en le multipliant sous ceuxd'Atys et d'Adonis; tantôt eu le faisant cuire dans une chaudière ou rôtir à la broche.comme Bacchus; il aurait pu ajouter.
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tantôt en le faisant pendre sous le nom de Christ. Au moins, d'après ce que nous dit Firraicus, il est clair que la tradition s'était conservée chez les païens, que toutes ses aventures tragiques et incroyables n'étaient que des fictions mystiques sur le soleil. C'est ce que nous prouvons encore ici par notre explication de la fable de Christ, mis à mort et ressuscité à l'équinoxe du printemps.
Comme Christ, on donnait à Bacchus l'épithète de sauveur, ainsi qu'à Jupiter ou au dieu à cornes de bélier qui avait sa statue au temple de la vierge Minerve -Polias, à Athènes.
Au reste, l'idée d'un dieu descendu sur la terre pour le salut des hommes n'est ni nouvelle, ni particulière aux chrétiens Les anciens ont pensé que le dieu suprême avait envoyé à diverses époques ses fils ou ses petits-fils pour s'occuper du bonheur des humains. On mettait dans ce nombre Hercule et Bacchus, c'est-à-dire le dieu Soleil chanté sous différensnoms.
Ce même que Christ, Bacchus avait fait des miracles; il guérissait les malades, et prédisait l'avenir.Dès son enfance, il fut menacé de perdre la vie, comme Christ , que voulut faire périr Hérode. Le miracle des trois cruches qui se remplissaient de vin dans son temple, vaut bien celui des noces de Cana. C'est au Gjanvierquese fait la fête commémorative de ce miracle du héros de la religion chrétienne : c'était aux nones du même mois qu'un pareil miracle s'opérait dans l'iled'Andros, dans le temple de
Bacchus. Tous les ans, on voyait couler une source dont la liqueur avait le goût du vin. Il paraît que l'auteur de la légende de Christ a rassemblé ditTérentes fictions merveilleuses répandues parmi les adorateurs du soleil sous divers noms. Ou appelait Bacchus, comme Christ , Dieu fils de Dieu , et son intelligence, qui s'unissait à la matière ou au corps. CommeChrist, Bacchus établitdes initiations oudes mystères, dans lesquels le fameux serpent, qui joua depuis un grand rôle dans la fable de l'agneau, était mis en scène, ainsi que les pommes des Hcspérides, étaient un engagement à la vertu.Les initiés attendaient aussi son dernier avènement, ils espéraient qu'il reprendrait un jour le gouvernement de l'univers, et qu'il rendrait à l'homme sa première félicité. Ils furent souvent persécutés, comme les adorateurs de Christ, et comme ceux de Sérapis , ou comme les adorateurs du soleil honoré sous ces deux noms.On imputait à ceux qui se rassemblaient pour la célébration de ces mystères beaucoup de crimes, comme on en imputa aux premiers clirétiens , et en général à tous ceux qui célèl)rcnt des mystères secrets et nouveaux. Dans certaines légendes, on lui donna pour mèreCérèsou la vierge céleste. Dans des légendes plus anciennes, c'était la fille de Cérès ou Proserpine, qui l'avait conçu de ses amours avec le dieu suprême métamorphosé en serpent. Ce serpent est le fameux serpent d'Esculape, qui, comme celui que Moïse éleva dans le désert , et auquel Christ se compare,guérissait toutes les mala-
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dies. Il en naissait un Bacchus à cornes de taureau, parce qu'effectivement foutes les fois que le soleil s'unissait à ce serpent d'automne, alors montait le taureau du printemps, q ui donnait ses formes à Cacclius, et qui porte les Hyades, ses nourrices. Dans les siècles postérieurs, il dut prendre les formcsde l'agneau, et c'est alors queCérèsou la vierge ctleste devint sa mère dansce sens qu'elle présidailàsanaissance : car nous avons déjà vu qu'on le représentait sous l'emblème d'un enfant naissant au solstice d'hiver pourexprimerl'espèced'enfance du dieuSoleil ou du Jour, adoré sous le nom de Bacclius en Grèce, en Thrace,dans l'Asie mineure, dans l'Inde et l'Arabie; sous celui d'Osiris en Egypte, de Mithra enPerse,et d'Adonis en Phénicie; car Adonis est le même qu'Osirls et queBacclius,de l'a vendes anciensauteurs. Mais sous ce dernier nom sa légende es( différente de celle d'Osiris et de Bacciius ; elle est moins pompeuse. Ce n'est pas l'histoire d'un conquérant ni d'un roi; c'est celle d'un jeune hommed'une rare beauté, tel qu'on peignait le soleil à l'époque du printemps. La déesse qui présideà la génération des êtresen devint ëperdûment amoureusc.il lui est ravi par la mort: un énorme sanglier, dans la saison des chasses, le blesse aux sources mêmes de la fécondité. L'amant infortuné de Vénus meurt ; il descend aux enfers. On le pleure sur la terre. La déesse des enfers, la mère de Bacclius, que celui-ci visite aux enfers, le retient près d'elle pendant six mois. Mais au bout de six mois il est rendu à la vie et à sou amante, qui
en jouit aussi pendant six mois, po:ir le perdre encore el le retrouver ensuite. La même tristesse et la mêmejoie se succt'daienl el se renouvelaient tous les ans. Tous les auteurs qui onlparlé de cette fable sacrée se sont iiccordcs avoir dans Adonis le soleil; dans sa moit , son éIoif;nement de nos climats ; dans son séjour aux enfers, les six mois qu'il passe dans l'hcmisphère intérieur, séjour des longues nuits ; dans son retour à la lumière , son passage à l'hémisphère inférieur, où il reste également six mois , tandis que la lerrc est riante et parée de toutes les grâces que lui donnent la végétation et la déesse qui préside à la génération des êtres.
C'est ainsi que Macrobe a entendu cette fable , et son explication n'a besoin que d'être complétée par despositiousastronomiques que nous donnons dans notre grand o ivrage, à l'arliclc Adonis et Vénus. Du reste, ce savant a très-bien vu que cette fiction, comme celles d'Osiris etd'Atys auxquelles il l'assimile, n'avait d'autre objet que le soleil et sa marche progressive dans le zodiaque, comparée à l'état de la terre dans les deux grandes époques du raouve-» ment de cet astre , soit celui qui le rapproche de DOS chants, soit celui qui l'en éloigne. Ce piiénomène annuel fut le sujet de chants lugubres et de chants de joie qui se succédaient, et de cérémonies religieuses dans lesquelles on pleurait la mort du dieu Soleil, Adonis, et où ensuite on chantait sou retour à la vie ou sa résurrection. On lui dressait un superbe lit à côté de la déesse de la généra tioo et
âôG ABRÉGÉ DE L'oRICINSI
du printemps, de la mère des amours et des grâces. On préparait des corbeilles de fleurs, des essences, des gâteaux, des fruits pour les lui offrir, c'est-àdire les prémices de tous les biens que le soleil fait éclore. On l'invitait par des chants à se rendre aux vœux des mortels. Mais avant de chanter son retour à la vie, on célébrait des fêtes lugubres en l'honneur de ses souffrances et de sa mort. Il avait ses initiés qui allaient pleurer à son tombeau, et qui partageaient la douleur de Vénus , ensuite sa Joie. La fête du retour à la vie était, suivantCorsini, fixée au 25 mars, ou au 8 avant les calendes d'avril. Onfaisait à Alexandrie, avec beaucoup de pompe, les funérailles d'Adonis, dont on portait solennellement l'image à un tombeau qui servaitàlui rendreles derniers honneurs. On les célébrait aussi à Athènes. Plutarque , dans la vie d'Alcibiade et deNicias, nous dit que c'était au moment de la célébration de la mort d'Adonis quela flotte athénienne appareilla pour sa malheureuse expédition de Sicile , qu'on ne rencontrait dans les rues que l'image d'Adonis, mort, et que l'on portait à la sépulture , au milieu d'un cortège nombreux de femmes qui pleuraient , se frappaient la poitrine, et imitaient en tout la triste pompe des enterremens. On en tira des pronostics sinistres, que l'événement ne réalisa que trop. Les iemmes d'Argos (car se sont partout les femmes qui sont l'appui des superstitions) allaient, comme Marthe et Marie, pleurer la mort d'Adonis, et cette ccrémoDie lugubre aviiit lieu dans une chapelle du
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dieu sauveur ou du dieu agneau, ou bélier, Jupiter, invoqué sous le nom du sauveur.
Procope et saint Cyrille parlent aussi de ces fêtes lugubres célébrées en l'honneur de la mort d'Adonis, et des fêtes de joie qui leur succédaient à l'occasion de sa résurrection. On y pleurait l'amant de Vénus; l'on montrait la large blessure qu'il avait reçue, comme l'on montrait la plaie faite à Christ par le coup de lance. C'est à l'aide de ces fictions , et de la pompe qui retraçait tous les ans la malheureuse aventure d'Adonis , qu'on cherchait à en persuader au peuple la réalité; car on s'accoutume à croire comme des faits vrais des aventures supposées, quand une foule de récits et de monumens semblent en attester l'esistence. Néanmoins , malgré ces légendes sacrées, malgré le prestige des cérémonies qui tendaient à faire croire qu'Adonis avait été un homme existant, comme nos docteurs chrétiens veulent aussi le faire croire du soleil Christ , les païens, qu'on me permette ce mot , tant soit peu instruits dans leur religion , n'ont pas pris comme nous le change. Ils ont toujours vu dans Adonis, par exemple, le soleil personnifié, et ils ont cru deroir rappeler à la physique et aux phénomènes annuels de la révolution de cet astre, toute l'aventure merveilleuse de l'amant de Vénus, juort et ressuscité. Les chants d'Orphée et de Théocrite sur Adonis indiquaient assez clairement qu'il s'agissait, dans cette fiction, du dieu qui conduisait l'année et les saisons. Ces poètes l'invitent à venir
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ayec la nouvelle année , pour répandre la joie dans la nature, et faire naître les biens que la terre fait éclore de son sein. C'était aux heures et aux saisons qu'était confié le soin de le ramener au douzième mois. Orphée appelle Adonis le dieu aux mille noraS, le nourricier de la nature, dont la lumière s'éteint et se rallume par la révolution des heures, et qui tantôt s'abaisse vers le Tartare , et tantôt remonte vers l'Olympe, pour nous dispenser la chaleur qui met en activité la végétation.
Le soleil, sous le nom d'Horus , fils de la vierge Isis, éprouvîiit de semblables malheurs. Il avait été persécuté par le noir Typhon, qui prenait les formes du serpent. Avant d'en triompher, il avait été mis en pièces comme Bacchus ; mais ensuite il fut rap-r pelé k la vie par la déesse sa mère , qui lui accorda l'immortalité. C'est dans les écrivains chrétiens, et chez les pères de l'Eglise, que nous trouvons les principaux traits de ce roman sacré. Ils nous peignent la doulçur qu'Isis éprouve à la mort de son fils.et les fêtes qu'elle institue à cette occasion,fètes 4'abord lugubres, et qui bientôt se changeaient eu fêtes gaies et en chapts de joie lorsqu'elle l'avait retrouvé. Mais Horus, de l'aveu de tous les anciens, est le même qu'Apollon, et Apollon est le dieu Soleil; d'où il suit que les fêtes lugubres, auxquelles succédaient les fêtes de joie en l'honneur d'Horus, mort et ressuscité, avaient encore le soleil pour objet. C'était donc un point fondamental de la religion du soleil, de le faire mourir et ressusciter, et
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de retracer ce double événement par des cérémonies religieuses et dans les légendes sacrées; de là ces tombeaux élevés partout à la divinité du soleil, sous divers noms. Hercule avait son tombeau à Cadix, et l'on y montrait ses ossemens; Jupiter avait le sien en Grèce; Bacchus y avait aussi le sien ; Osiris en avait une foule en Egypte. On montrait à Delphes celui d'Apollon, où il avait été déposé après que le serpent Python l'eût misa mort. Trois femmes étaient venues verser des larmes sur son tombeau , comme les trois femmes qui se trouventaussl à pleurerau tombeau de Christ. Apollon triomphait ensuite de son ennemi ou du redoutable Python, et cette victoire se célébrait tous les ans au printemps par les jeux les plus solennels . C'était à l'équinoxe du printemps que les Hyperboréens, dont Apollon était la grande divinité, fêtaient le retour du soleil au signe de l'ag^neau, et ils prolongeaient ces fêtes jusqu'au lever des Pléiades. Apollon prenait aussi le titre de Sauveur -. c'était ce nom que lui donnaient ceux d'Ambracie. On célébrait en son honneur, à Athènes et à Sparte, des fêles de joie à la pleine lune du printemps, c'est-à-dire à cette pleine lune à laquelle la fête de l'agneau ou la pâque est lixée chez les Juifs et les Chrétiens.
C'était vers le commencement du printemps que les Tschouvaches, peuples du nord, sacrifiaient au soleil. La fête la plus solennelle des Tartares est le joun ou celle du printemps. Celle des Kalmoucks tombe à la première lune d'avril : ils appellent ce
premier jour équinoxial, et cette fête le jour blatte. Dans toutes les îles de la Grèce , on célébrait des fêtes en riionneur de l'aimable dieu du printemps , du vainqueur de l'hiver et du serpent Python, et ces fêtes s'appelaient des fêles de félicitations, en réjouissance du salut, dit Eusthate.
Il seraitinutile de multiplier davantage les exemples de semblables fêtes de joie célébrées dans tout notre hémisphère, en mémoire du fameux passage du soleil vers nos régions, et en réjouissance des bienfaits qu'il répand par sa présence.
Nous avons suffisamment prouvé que presque partout ces fêtes de joie étaient précédées de quelques jours de deuil, durant lesquels on pleui'aitla mort du soleil personnifié , avant de chanter son retour vers nous, ou allégoriquement sa résurrection et son triomphe sur le prince des ténèbres et sur le génie de l'hiver. Les Phrygiens appelaient ces fêtes les fêtes du réveil du soleil, qu'ils feignaient endonui pendant les six mois d'automne et d'hiver. Les Paphlagoniens le supposaient aux enfers enliiver, et chantaient au printemps l'heureux moment où il était délivré de sa captivité. Le plus grand nombre le faisait ressusciter après avoir donné le spectacle des événemens tragiques de sa prétendue mort. Toutes ces fictions mystiques n'avaient, comme nous l'avons vu, d'autre objet que de retracer l'aUernative des victoires remportées par la nuit sur le jour, et par le jour sur la nuit, et cette succession d'activité et de repos de la terre
soumise h l'action du soleil, ces phénomènes annuels étaient décrits dans le style allégorique, sous les formes tragiques de mort, de crucifiement, de déchirement, suivis toujours d'une résurrection. La fable de Clirist, né comme le soleil au solstice d'hiver, et triomphant à l'équinoxe du printemps sous les formes de l'agneau équinoxial, a donc tous les traitç. des anciennes fables solaires auxquelles nous l'axions comparée. Les fêtes de la religion du Christ sont, comme toutes celles des régions solaires, liées essentiellement aux principales époques du mouxement annuel de l'astre du jour ; d'oii nous conclurons que si Christ a été un homme, c'est un homme qui ressemble bien fort un soleil personnifié; que ces mystères ont tous les caractères de ceux des adorateurs du soleil, ou plutôt, pour parler sans détour, que la religion chrétienne, dans sa légende comme dans ses mystères , a pour but unique le culte de la lumière éternelle rendue sensible à l'iiomme par le soleil.
Nous ne soin mes pas les seuls ni les premiers qui ayons eu celle idée sur la religion des chrétiens. TerLuUien, leur apologiste, convient que dès les premiers temps où cette religion passa en Occident, les personnes ua peu éclairées qui voulurent l'examiner souiiment qu'elle n'éiait qu'une secte de la religion milhriaque, et que le dieu des chrétiens était, comme celui des Perses, le soleil. On remarquait dans le christianisme plusieurs praticfues qui décelaient cette origine : les clirétiens
ne priaient jamais qu'en se tournant vers l'orient ou vers la partie du monde où le soleil se lève. Tous leurs temples ou tous les lieux de leurs assemblées religieuses étaient anciennement tournés vers le soleil levant. Leurjourdefète, à chaque semaine, répondait au jour du Soleil, appelé dimanche ou jour du seigneur Soleil. Les anciens Francs nommaient le dimanche le jour du Soleil. ïoiites ces pratiques tenaient à la nature même de leur religion. Les Manichéens , dont la religion était composée de christianisme et de magisme , se tournaient toujours, dans leurs prières, du côté oii était le soleil. Zoroastre avait donné le même précepte à ses disciples. Aussi les Manichéens, qui n'avaient pas toutà-fait perdu le fil des opinions religieuses des anciens Perses, sur les deux principes et sur le soleil Mithra , dont Christ est une copie , disaient que Christ était le soleil , ou que Christ faisait sa résidence dans le soleil, comme les anciens y plaçaient aussi Apollon et Hercule. Ce fait est attesté par Théodoret , saint Cyrille et saint Léon. C'était par suite de cette opinion que les autres chrétiens, qui se disaient les meilleurs croyans, sans doute parce qu'ils étaient les plus ignorans, ne les admettaient à leur communion qu'en leur faisant a])jurer l'hérésie ou le dogme de leur religion, qui consistait à croire que Christ et le soleil n'étaient qu'une même chose. Il y a encore, en Orient, deux sectes chrétiennes qui passent pour adorer le soleil. Les Gnostiqucs et les Basilidiens , qui sont les sectaires les
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plus savans qu'ait eu cette religion, et qui en même temps sont presque les plus anciens , avaient conservé beaucoup des traits qui décelaient l'origine de ce culte solaire. Ils donnaient à leur Christ le nom d'Iao , que l'oracle de Claros , dans Macrobe , donne au soleil. Ils avaient leurs trois cent soixante-cinq Eons ou génies, en nombre égal à celui des trois cent soixante-cinq jours qu'engendre le soleil , et leur Ogdoade, représentative des sphères. Enfin le christianisme avait tant de conformité avec le culte da soleil , que l'empereur Adrien appelait les chrétiens les adorateurs de Sérapis , c'est-à -dire du Soleil ; Car Sérapis était le même qu'Osiris, et les médailles anciennes qui portent l'empreinte de Sérapis ont cette légende : Soleil Sérapis. Nous ne sommes donc pas les premiers ni les seuls qui ayons rangé les chrétiens dans la classe des adorateurs du soleil, et si notre assertion paraît un paradoxe , au moins il n'est pas nouveau.
Après avoir expliqué les fables qui forment la partie merveilleuse du christianisme et de ses dogmes , nous allons entrer dans l'examen de sa partie métaphysique, et dans sa théologie la plus abstraite, celle qui est connue sous le nom de mystère de la Sainte-Trinité. Nous suivrons encore la même marche que nous avons tenue jusqu'ici, et nous ferons voir jusqu'au bout que les chrétiens n'ont absolument i-ien qui soit à eux. Ce sont d'ignorans plagiaires que nous allons mettre à nu : rien ne leur appartient que les crimes de leurs prêtres.
Pour expliquer la fable de la mort et de la résurrection de Christ, nous avons rassemblé les légendes des différentes religions qui, nées en Orient, se sont propagées en Occident , à peu près dans les mêmes siècles que celles des chrétiens , et nous avons prouvé que toutes les allégories cosmiques de leur religion leur sont communes avec les mithriaques, avec les isiaques, avec les mystères d'Atys, deBacchus, d'Adonis, etc. Nous allons pareillement faire voir que leur théologie est fondée sur les mêmes bases que celles des Grecs , des Egyptiens, des Indiens, etc. ; qu'elle renferme les mêmes idées abstraites que l'on retrouve chez les philosophes qui écrivaient dans ces temps-là , et qu'elle emprunte surtout beaucoup de dogmes des platoniciens; qu'enfin la religion chrétienne, dans sa partie théologique, comme dans sa légende sacrée et dans les aventures tragiques de son dieu, n'a rien qui ne se retrouve dans touics les autres religions , bien des siècles avant l'établissement du christianisme. Leurs écrivains et leurs docteurs nous fourniront encore ici les autorisés propres a les convaincre de plagiai.
Le dogme de l'unité de Dieu, premier dogme théologique des chrétiens, n'est puiut particulier à leur secîe. il a été adinis ]>ar presque ious les anciens philosoplies , et la religion même populaire, chez les païens, au milieu d'un polythéisme apparen t , rcconna issa i t to ujo lu's un premier ciicf a uquel tous les autres étaient soumis, sous les noms, soit
de dieux , soit de génies, soit d'anges, d'izeds, etc., comme nos anges et nos saints le sont au Dieu suprême. Tel était le grand Jupiter chez les Grecs et chez les Romains; ce Jupiter, père des dieux et des hommes, qui remplissait l'univers de sa substance. Il était le monarque souverain de la nature, et les noms de dieux que prenaient les autres divinités étaient une association dans le titre plutôt que dans la puissance, chaque divinité ayant son département particulier sous l'empire du premier dieu , souverain et maître absolu de tous les autres. L'Ecriture elle-même donne le nom de dieux aux êtres subordonnés au premier dieu, sans nuire à l'unité du chef ou de la première cause. Il en était de même du Jupiter des Grecs : ils répètent sans cesse l'épithète d'un ou d'unique, qu'ils donnent à leur Jupiter. Jupiter est un , disent-ils. L'oracle d'Apollon admet aussi un dieu incrcé, né de lui-même, lequel habite au sein du feu Ether, dieu placé à la tète de toute la hiérarchie.
Dans les mystères de la religion des Grecs, on chantait une hymne qui exprimait clairement cette unité. Le grand-prêîre, adressant la parole à l'initié, lui disait : « Admire le maître de l'univers; il est « un, il existe partout. »
C'est une vérité reconnue par Eusèbe, Augustin, Lactance, Justin, Athénagore, et par une foule d'autres écrivains apologistes du christianisme, que le dogme de l'unité de Dieu était reçu chez les an- • ciens philosophes, et qu'il faisait la base de la reli-
gion d'Orphée et de tous les mystères des Grecs.
Je sais que les chrétiens nous diront que les philosophes anciens , qui existaient bien des siècles avant l'établissement du christianisme, tenaient ces dogmes de la révélation faite aux premiers hommes. Mais outre que la révélation est une alisurdité, je réponds qu'il n'est pas besoin d'avoir recours à cette machine surnaturelle, quand on connaît la série des abstractions philosophiques qui ont conduit les anciens à reconnaître l'unité d'un premier principe, et quand ilsnousdonnent eux-mêmes les motifs qui les ont déterminés à admettre la monade ou l'unité première. Ces motifs sont simples, ils naissent de la nature des opérations de notre esprit et de la forme sous laquelle l'action universelle du grand tout se présente à nous.
La correspondance de toutes les parties du monde entre elles et leur tendance vers un centre commun de mouvement et de vie , qui semble entretenir son harmonie et en produire l'accord, a conduit les hommes, qui regardaient le grand tout comme un immense dieu, à admettre son unité, ne concevant rien hors l'assemblage de tous les êtres ou hors le tout. Il en fut de même de ceux qui regardaient l'univers comme un grand effet. L'union de toutes les parties de l'ouvrage , et l'ensemble régulier de tous les systèmes du monde,leur ont aussi fait admettre une cause unique de l'effet unique, de manière que l'unité de Dieu passa en principe dans l'esprit de ceux qui plaçaient Dieu ou la cause première hors
du monde, et dans l'esprit de ceux qui confondaient Dieu avec le monde et qui ne distinguaient point l'ouvrier de l'ouvrage, comme Pline, et comme tous les plu-: anciens philosophes. « Toutes choses, « dit Marc-Aurèle, sont liées entre elles par un en- «1 chaînement sacré, et il n'y en a aucune qui « soit étrangère à l'autre; car tous les êtres ont «' été combines pour former un ensemble d'où dé- « pend la beauté de l'univers. Il n'y a qu'un seul <i monde qui comprend tout, un seul Dieu qui est « partout, une seule matière éternelle, une seule « loi, qui est la rni.snn commune à tous les êtres. »
On voit dans ce peu de mots de cet empereur philosophe le dogme de l'unité de Dieu, reconnu comme conséquence de l'unité du monde, c'est-àdire l'opinion philosophique et le motif qui lui a donné naissance. Los pères de l'Eglise eux-mêmes ont conclu l'unité de Dieu de l'unité du monde, c'est-à-dire l'unité de cause de l'unité d'effet; car chez eux l'effet est distingué de la cause, ou Dieu est séparé du monde, c'est-à-dire qu'ils admettent une cause abstraite, au lieu de l'être réel, qui est le monde. Voici comme s'exprime un d'entre eux, Athanase : « Comme il n'y a qu'une nature et qu'un « ordre pour toutes choses, nous devons conclure « qu'il n'y a qu'un Dieu, artiste et ordonnateur, et « de l'unité de l'ouvrage déduire celle de l'ouvrier. »
On voit donc ici les chrétiens déduire l'unité de Dieu de l'unité du monde , comme tous les philosophes païens l'avaient fait avant eux. Dans tout
âlà ABTIÉGÉ DE L'ORIGINE
cela on reconnaît la marche naturelle de l'esprit humain, et l'on ne sent pas le besoin de faire intervenir la divinité par la supposition absurde d'une révélation.
Tous les platoniciens admettaient l'unité de l'archétype ou du modèle sur IcquelDieu créale monde, ainsi que l'unité du démiourgos ou du dieu artiste, par une suite des mêmes principes philosophiques, c'est-à-dire d'après l'unité même de l'ouvrage, comme on peut le voir dans Proclus et dans tous les platoniciens.
Ceux qui, comme Py thagore,employaient la théorie des nombres pour expliquer les vérités théologiques , donnaient également à la monade le titre de cause et de principe. Ils exprimaient par le nombre un ou par l'unité la cause première , et concluaient l'unité de Dieu d'après les abstractions mathématiques. L'unité se reproduit partout dans les nombres : tout part de l'unité. Il en était de même de la monade divine. On plaçait au-dessous de cette unité différentes triades qui exprimaient des facultés émanées d'elles et des intelligences secondaires.
D'autres, remarquant la forme des administrations humaines, et surtout celle des gouvernemens de l'Orient, oîi dans tous les temps la monarchie a été la seule administration connue, crurent qu'il en était de même du gouvernement de l'univers, dans lequel toutes les forces partielles semblaient réunies sous la direction et sous l'autorité d'un seul chef, pour produire cet accord parfait d'où résulte le sys^
tème du inonde. Le despotisme lui-même favorisa cette opinion , qui peignait la monarchie comme l'image du gouvernement des dieux ; car tout despotisme tend à concentrer le pouvoir dans l'unité.et à confondre la législation et l'exécution.
Ainsi le taltleaude l'ordre social, les mathématiques et lesraisonnemens de la philosophie, ont,par des routes différentes, mais toutes très-humaines, conduit les anciens à préférer l'unité à la multiplicité , dans la cause première et suprême, ou dans le principe des principes, comme s'exprime Simplicius.o Le premier principe, dit cephilosophe, étant « le centre de tous les autres, il les renferme tous « en lui-même par une seule union ; il est avant « tout, il est la cause des causes, le principe des « principes , le dieu des dieux. Qu'on appelle donc « simplement principes ces principes particuliers, « et qu'on appelle principe des principes ce prin- « cipe général, ou la cause des êtres placés au-des- « sus de toutes choses. »
C'est ainsi que l'univers, ou la cause universelle, renfermant en soi toutes les autres causes.qui sont ses parties , fut regardé comme le principe des principes et comme l'unité suprême d'oii tout découlait. Ceux qui créèrent un monde ahstrait ou idéal, et un dieu également abstrait ou séparé du monde, et par qui le monde avait été créé d'après un modèle éternel, raisonnèrent de même sur le dieu cause de l'univers ; car le monde matériel a toujours fourni le type du monde intellectuel , et
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c'est d'après ce que l'homme voit qu'il crée ses opinions sur ce qu'il ne voit pas. Le dogme de l'unité de Dieu, même chez les chrétiens, prend donc sa source dans des raisonnemens purement humains, et qui ont été faits bien des siècles avant qu'il y eût des chrétiens, comme on peut le voir dans Pythagore, dans Platon et chez leurs disciples. Il en est de même de leur triade ou trinité, c'est-à-dire delà sous-division de la cause première en intelligence ou sagesse divine, et en esprit ou vie universelle du monde.
Il est à propos de rappeler ici ce que nous avons dit dans notre chapitre quatrième , sur l'àme ou sur la vie du monde, et sur son intelligence : c'est de ce dogme philosophique qu'est éclose la trinité des clirétiens. L'homme fut comparé à l'univers, et l'univers à l'homme ; et comme on appela l'homme le microcosme ou le petit monde, on fit du monde un géant immense, qui renfermait en grand, et comme dans sa source, ce que l'homme avaiten petit et par émanation. On remarqua qu'il y avait dans l'homme un principe de mouvement et de vie, qui lui était commun avec les autres animaux. Ce principe se manifestait parle souffle, en latin spiritus, ou l'esprit. Outre ce premier principe, il en existait un second, celui par lequel l'homme, raisonnant et combinant des idées, arrive à la sagesse; c'est l'intelligence qui se trouve en lui, dans un de gré beaucoup plus éminent que dans les autres animaux. Cette faculté de l'ùme humaine s'appelle en
grec logos, qui se traduit en latin par ralio tiver- . hum. Ce mot p,Tec exprime deux idées distinctes, rendues par deux mots différens en latin , et en français par raison, par verbe ou parole. La seconde n'est que l'image de la première; car la parole est le miroir de la pensée : c'est la pensée rendue sensible aux autres , et qui prend en quelque sorte un corps dans l'air modifié par les organes de la parole. Ces deux principes dans l'homme ne font pas deux êtres distingues de lui: on peut cependant en faire deux êtres distincts en les personnifiant ; mais c'est toujours l'homiue vivant et pendant , dans l'unité duquel se confondent toutes ses facultés, comme dans leur source. Il en fut de même dans l'univers, dieu immense et unique, qui renfermait toutenlui.Savie ou son spiritiis, ainsi que , son intelligence ou son logos, éternel , immense comme lui, se confondaient dans son unité première ou radicale, appelée père, puisque c'était d'elle que ces deux facultés émanaient. On ne pouvait concevoir l'univers-dieu sans le concevoir vivant de la •vie universelle et intelligent d'une intelligence également universelle. La vie n'était pas l'intelligence,mais toutes deux étaient lavic ouïe spiritus, et l'intelligence ou la sagesse divine, qui appartenaient essentiellement à la divinité du monde , et qui faisaient partiede sa substance unique,puisqu'il n'existait rien qui ne fût une de ses parties. Toutes ces distinctions appartienneiitàla philosophie platonicienne et pythasoricienne.etnesupposentpoint
encore derévélation. Point d'expression plus familière aux anciens philosophes que celle-ci : «L'uni- « vers est un grand être animé, qui renferme en lui B tous les principes de vie et d'intelligence répan- « dusdans les êtres particuliers. Ce grand être sou- « verainement animé et souverainement intelli- « gent est Dieu même, c'est-à-dire Dieu, verbe « ou raison, esprit ou vie universelle.»
L'àme universelle désignée sous le nom de spL~ ritiis, et comparée à l'esprit de vie qui anime toute la nature , se distribuait principalement dans les sept sphères célestes, dont l'action combinée était censée réglerles destinées de riiomme, et répandre les germes de vie dans tout ce qui naît ici-bas. Les anciens peignaient ce souffle unique qui produit l'harmonie des sphères par une flûtes à septtuyaux, qu'ils mettaient entre les mnins dePan ou de l'image destinée à représenter la nature universelle : de là vient aussi l'opinion que l'àinc du monde était rc iiferméedans le nombre sept; idée que les chrétiens empruntèrent des platoniciens, etqu'ils ont exprimée par le sacrum scpte/innrium,oupaY leurs sept dons du Sisint-Esprit. Comme le souffle de Pan , celui du St-Esprit était, suivant saint Justin, divisé en sept cspriis. L'onction des prosélytes était accompagnée d'une invocation au Saint-Esprit ; on l'appelait la mère des sept maisons; ce qui signifie, suivant Beusobre , mère des sept cieux : le mot spiritiis , en hébreu, étant féminin.
Les musulmans et les chrétiens orientauxdonnent
à la troisième personne de la trinité, pour propriété essentielle, la. vie : c'est, suivant les premiers, un des attributs de la divinité que les chrétiens appellent/^e/vo/i/ic. Les Syriens l'appellent me'/iam, vivifiante.Le crerfo des chrétiens lui donne l'ipithète de vivi/îcmiiem. 11 est donc dans leur théologie le principe de vie qui anime la nature ou cette àme universelle, principe du mouvement du monde et de celui de tous les êtres qui ont vie. C'est là cette force vivifiante et divine, émanée du dieu qui, suivant Varron, gouverne l'univers par le mouvement et la raison ; car c'est le spiritus qui répand la vie et le mouvement dans le monde , et c'est la raison ou la sagessequi lui donne la direction et qui en régularise les effets. Ce spiritus était Dieu, dans le sjsLème des anciens philosophes qui ont écrit sur l'âme universelle ou sur le spiritus mundi. C'esl la force nourricière du monde, suivant Virgile : spiritus inlùs alit. La divinité , émanée de la monade première, s'étendait jusqu'à l'àme du monde , suivant rlaton et Porphire, ou jusqu'au troisième dieu, pour me servir de leurs expressions. Ainsi le spiritus était Dieu, ou plutôt une faculté de la divinité universelle.
Outre le principe de vie et de mouvement, ces mêmes philosophes admettaient un principe d'intelligence et de sagesse, sous les noms de nous et delof/ns, ou de raison et de verbe de Dieu. C'était principalement dans la substance lumineuse qu'ils le faisaient risider. Le mot lumière, en français ,
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désigne également l'intelligence et la lumière physique; car l'intelligence est à l'âme ce que la lumière est à l'œil. Il n'est donc pas étonnant de voir les chrétiens dire de Christ qu'il est la lumière qui éclaire tout homme venant au monde, et en faire le fils du père de toute lumière ; ce qui est vrai d.sns le sens métaphysique.coramedans le sens physique, Christ étant la partie lumineuse de l'essence divine, rendue sensible à l'homme par le soleil, dans lequel elle s'incorpore ou s'iucarne. C'est sous cette dernière forme qu'il est susceptible d'augmentation et de diminution, et qu'il a puètre l'objet de fictions sacrées qu'on a faites sur la naissance et sur la mort du dieu Soleil-Christ.
Les stoïciens plaçaient l'intelligence de Jupiter, ou l'intelligence souverainement sage qui rt'git le monde, daiis la substance lumineuse du feu Éther, qu'ils regardaient comme la source de l'intelligence humaine. Cette opinion sur la nature de l'intelligence la fait un peu matérielle ; mais les hommes ont raisonné sur la matière qu'ils voyaient et qui frappait leurs sens , avant de rêver sur l'être i;nmalériel qu'ils ont créé par abstraction. Le plus ou moins de subtilité dans la matière n'empêche pas qu'elle ne soit matière ; et l'àme, chez les anciens , n'était qu'une émanation de la matière snbiile, qu'ils ont cru douée de la faculté dépenser. Comme nous disons le souffle de la vie, nous disons le feu du génieet des lumières de l'esprit; et ce qui ne passe plus aujourd'hui que pour une métaphore ,
était autrefois une expression propre et naturelle , pour désigner le principe de la vie et de l'intelligence.
Pythai^ore a caractérisé cette partie de la divinité par le mot lucide ou lumineuse, appelant non-seulement Dieu la substance activeet subtile qui circule dans toutes les parties du monde, mais la distinguant encore par l'épithète de lumineuse , pour indiquer l'intelligence , comme il avait designé le principe de vie par la force active et vivifiante qui meut et anime le monde. Par cette dernière partie , l'homme tenait aux animaux; par la première, il tenait aux dieux naturels ou aux astres formés de la substance éthérée : c'est pour cela que les astres mêmes étaient supposés intelligens et doués de raison.
Suivant saint Augustin , la création des intelligences célestes est comprise dans celle de la substance delà lumièrejcUes participent à cette lumière éternelle qui constitue la sagesse de Dieu, et que nousappelons, dit-il, son fils unique. Cette opinion est assez semblable à celle de Yarron et des stoïciens sur les astres , que l'on croyait être intelligens , et vivre au sein de la lumière de l'Éther, qui est la substance de la diviniié.
Zoroastre enseignait que, quand Dieu organisa la matière de l'univers, il envoya su volonté sous la forme d'une lumière très-brillante ; elle parut sous la figure d'un homme.
Les valentiniens , dans leur génération allégori-
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que des divers attribuls de la diviniti', font naître de l'intelligence divine le verbe ou la raison et la vie. C'est évidemment , dit Beausobre, l'âme de l'univers , dont la vie et la raison sont les deux propriétés.
Les Phéniciens plaçaient dans la substance de la lumière la parlie intelligente de l'univers, et celle de nos âmes , qui en est une émanation.
La théologie égyptienne, dont les principes sont consignés dans lePimander, quel que soit l'auteur de cet ouvrage, faisait résider dans la substance lumineuse \clogos ou le verbe, autrement l'intelligence et la sagesse universelle de la divinité. Au lieu de deux personnes ajoutées au premier être , il lui donne deux sexes, la himlcî'c et la vie.\'Àme de l'homme est née de la vie, et l'esprit pur de la lumière. Jamblique regarde aussi la lumière comme la parlie intelligeuîe ou l'intellect de l'àme universelle.
Les oracles des Chrildécns et les dogmes de Zornnsîrc, conservés par Pléfhou et Pscllus, parlent souvent de ce feu intelligent, source de notre intelligence.
Les maguséens croyaient que la matière avait la perception et le sentiment, et que ce qui lui manquai?, c'était l'intelligence, perception qui est propre à In lumière.
Les Giièbres enrorea'jjonrd'hui révèrent diins la lumière le plus bel alîiibut de îu divinité. « Le feu, «» disent-ils, produit la lumière, et Ia lumière est
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Dieu. » Ce feu est le feu Étber, dans lequel l'ancienne théologie plaçait la substance de la divinité etl'àme universelle du monde, d'où émanent la lumière et la vie , ou , pour me servir des expressions des chrétiens, le logo •; ou le verbe qui éclaire tout homme venant au monde, et le spiritus ou le Saint- Esprit qui vivifie tout.
Manès appelle Dieu» une lumière éternelle, intel- 8 ligente, très-pure, qui n'est mêlée d'aucuns ténè- « bres.llditqueleChristestlefilsdelalumièreétero nelle. «Ainsi Platon appelait le soleil le fils unique de Dieu, et les manichéens plaçaient Christ dans cet astre , comme nous l'avons déjà observé.
C'élaitaussi l'opinion des valentiniens.o Les horaa mes, dit Beausobre, ne pouvant concevoir rien de « plus beau, rien de plus pur ni plus incorruptible « qiielalumière,iniaf;inèrPnt facilement que laplus « excellente nature n'était qu'unelumière très-par- « faite. On trouve celte idée répandue chez toutes « les nations qui ont passé pour savantes. L'Écri- « ture-Sainte elle-même ne dément pas cette opi- <c nion. Dans toutes les apparitions de la divinité, « on lavoit toujours environnée de feu et de lumière, a C'est du milieu d'unbuisson ardent que l'Éternel u parle à Moïse. LeThabor est supposé entouré de « lumières quand le père de toute lumière parle à « son fils. On coiniaît la fameuse disputcdes moines o du mont Athos sur la nature de cette lumière in- « créée et éternelle,qui était la divinité elle-même. » tes pères de l'Église les plus inlruits, et les écri-
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vains orthodoxes, disent constamment : «Que Dieu « est une lumière, et une lumière très-sublime; « que tout ce que nous voyons de clartés.quclques « brillantesqu't'lles soient, ne sont qu'un petit écou- « lement, un faible rayon de cette lumière; que le « fils est une lumière sans commencement ; que « Dieu est une lumière inaccessible, qui éclaire « toujours, et qui ne disparaît jamais; que toutes « les vertus qui environnent la divinité sont les lu- « mières du second ordre , des rayons de la prc- « mière lumière. »
C'est en général le style des pères avant et après le concile de Nicée.« Le Verbe, disent-ils, est la lu- « mière venue dans le monde : il jaillit du sein de « cette lumière qui existe par elle-même; il est 0 Dieu, né de Dieu : c'est une lumière qui émane « d'une lumière. L'^me est elle-même lumineuse, « parce qu'elle est le souffle de la lumière éter- « nelle, etc.»
La théologie d'Orphée enseigne pareillement que la lumière, le plus ancien de tous les êtres et le plus sublime, est Dieu, ce dieu inaccessible, qui enveloppe tout dans sa substance, et que l'on nomme conseil, lumière el vie. Ces idées théologiques ont été copiées par l'évangéliste Jean, lorsqu'il a dit : « Que la vie était la lumière et que la lumière était « la ^>ie, et que la lumière était le Verbe ou le con- « seil et la sagesse de Dieu. »
Cette lumière n'était pas une lumière abstraite et métaphysique, comme l'ajudicieusement remarqué
r,e:msoljre,mais une lumière véritable que contenijtlaicut dans le ciel les esprits immortels; au moins pi iisieurs pères l'ont ainsi cru , comme le prouve le même Bcausobre.
On ne peut pas douter, d'après les autorités que nous venons de citer, que ce ne fût un dogme reçu dans les plus anciennes théologies, que Dieu était une substance lumineuse, et que la lumière constituait proprement la partie intelligente de l'àrae universelle du monde oude l'Univers-Dicu. Il suit de là que le soUil, qui en est le plus grand foyer, dut être regardé comme l'intelligence même du monde ou au moins comme sou siège principal : de là les é\)\l\\HvsAemensmundi ou l'intelligence du monde, d'œil de Jupiter, que luidonnent les théologiens anciens, ainsi que celle de première production du père, ou son fils premier né.
Toutes ces idées ont passé dans la théologie des adoraîeursdu Soleil, connu sous le nom de Christ, qui en font le fds du père ou du premier dieu ; sa première émanation, dieu substantiel ou formé delà même substance lumineuse. Ainsi le dieu Soleil est aussi le logos, le verbe ou l'inlelligence du grand Être ou du grand Dieu-Univers; c'est-à-dire qu'il se trouve avoir tous les caractères que les chrétiens donnent au réparateur, qui n'est dans leur religion bien analysée, autre chose que le soleil.
Je sais que les chrétiens, profondément ignoraus sur l'origine de leur religion, repoussent tous le iu«tériulismc de cette théorie, et qu'ils ont , comme
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les platoniciens, spiritualisé toutes les idées de l'an* cienne théologie. Mais il n'en est pas moins vrai que le système des spiritualistes est calqué tout entier sur celui des matérialistes; qu'il est né après lui, et qu'il en a emprunté toutes les divisionspour créer la chimère d'un dieu et d'uu monde purement intellectuel. Leshommcs ont contemplé lalumière visible avant d'imaginer une lumière invisible; ils ont adoré le soleil qui frappe leurs yeux avant de créer par abstraction un soleil intellectuel; ils ont admis un monde. Dieu unique, avant déplacer la divinité dans l'unité même du grand Etre qui renfermait tout en lui. Mais depuis on a raisonné sur ce monde factice de la même manière que les anciens avaient fait sur le monde réel, et le dieu intellectuel eut aussi son principe d'intelligence et son principe de vie également intellectuel, d'où l'on fit émaner la vie et l'intelligence qui se manifestent dans le monde visible. Il y eut aussi un soleil intellectuel, dont le soleil visible n'était que l'image; une lumière incorporelle , dont la lumière de ce monde était une émanation toute corporelle ; enfin un verbe incorporel, et un verbe revêtu d'un corps, et rendu sensible à l'homme. Ce corps était la substance corporelle du soleil , au-dessus de laquelle on plaçait la lumière incréée et intellcolucllc, ou le logos intellectuel. C'est ce raffinement de la philosophie platonicienne qui a fourni à l'auteur de l'évangile de Jean le seul morceau théologique qui se trouve dans les évangiles. « Le verbe prit un corps;
« il habita parmi nous, et nous avons vu sa gloire : « c'est celle du fils unique du père. »
Ce dernier verbe , ou cette lumière incorporée dans le disque du soleil, à qui seul il appartenait de voir son père, dit Martianus Capella dans 1 hymne qu'il adresse à cet astre, était soumis au temps et enchaîné à sa révolution périodique. Celui là seul éprouvait des altérations dans sa lumière, qui semblait naître, croître, décroître et finir, succomber tour-à-tour sous les efforts du chef des ténèbres , et en triompher, tandis que le soleil intellectuel, toujours radieux au sein de sou père ou de l'unité première , ne connaissait ni changement , ni diminution , et brillait d'un éclat éternel , inséparable de son principe.
On retrouve toutes ces distinctions de soleil intellectuel et de soleil corporel dans le superbe discours que l'empereur Julien adresse au soleil , et qui contient les principes théologiques de ces siècles-là. C'est par là qu'on expliquera les deux natures de Christ et sou incarnation, qui donna lieu à la fable fuite sur Christ revêtu d'un corps, né au sein d'une vierge, mort et ressuscité.
Proelus, dans son commenta ire sur la République de Platon, considère le soleil sous deux rapports, comme Dieu non engendré, et comme Dieu engendré. Sous le rapport du principe lumineux qui éclaire tout, il est sacré; il ne l'est pas considéré comme corps. Sous le rapport d'être incréé, il règne sur les corps visibles; sous le rapport d'êtrç
créé, il fait partie des êtres réfjis et gouvernés. On voit dans cette subtilité platonicienne la distinction de deux natures du soleil et conséquemraent de Christ, quenoiisavons prouve plus haut n'être que le soleil. Tel était le caractère de la philosophie dans les plus fameuses écoles, lorsque les chrétiens composèrent leur code théologique : les auteurs de ces ouvrages, les pères, parlèrent le langage delà philosopliie de leur temps. Ainsi saint Justin, un des plus zélés défenseurs des dogmes des chrétiens, nous dit qu'il y a deux natures à disting uer dans le soleil : la nature de la lumière et celle du corps du soleil, auquel elle est incorporée. Il en est de même, ajoute ce père, des deux natures de Christ; verbe ou logos lorsqu'on le conçoit uni à son père, et homme ou verbe incarné lorsqu'il habite parmi nous. Nous ne dirons pas comme Justin : il en est de même des deux natures de Christ, mais voilà les deux natures de Christ ou du soleil adoré sous ce nom. La 1 uniière supposée incorporelle et invisible dans le système des spiritualistcs, auquel appartient le christianisme, est ce logos pur de la divinité, qui réside dans le monde intellectuel et au sein du premier dieu. Mais la lumière devenue sensible à rhomme,en se réunissant dans le disque radieux de ce corps divin appelé soleil, est la lumière incréée qui prend un corps et qui vient habiterparminous. C'est ce logos incorporé ou incarné descendu dans ce monde visible , qui devait être le réparateur des malheurs du monde. S'il fut toujours resté au sein
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de l'être invisible, sa lumière et sa clialeiir, qui seules pouvaient réparer le désordre que le serpent d'hiver avait introduit sur la terre , étaient perdues pour nous , et leur absence rendait notre mal sans remède. Mais le principe de lumière , en s' unissant au soleil et en se coramuniquaut par cet organe à l'univers sensible, vint cbasser les ténèbres et les longues nuits d'hiver par sa lumière, et par sa chaleur bannit le froid qui avait enchaîné la force féconde, que le printemps tous les ans imprime à tous les élcmens. Yoilà le réparateur que tonte la terre attend, et c'est sous la forme ou sous le signe de l'agneau, à Pâques, qu'il consomme ce grand ouvrage de la régénération des êtres.
On voit donc encore ici que les chrétiens n'ont rien dans leur théologie qui leur appartienne, et que tout ce qui tient aux subtilités de la métaphysique, ils l'ont emprunté des philosophes anciens, et surtout des platoniciens. Leur opinion sur le spiritus ou sur l'âme du monde, et sur l'intelligence universelle, connue sous le nom de verbe ou de sagesse de dieu, était un dogme de Pythagore et de Platon. Macrobenousa donné un morceau de théologie ancienne ou de platonicismc, qui renferme une véritable trinilé, dont celle deschrétiens n'est que la copie. 11 dit que le monde a été formé par l'âme universelle; cette âme répond à uolvespiritus ou esprit. Les chrétiens, en invoquant leur Saint-Esprit , l'appellent aussi leur créateur : P^eni Creator Spiritus , etc.
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Il ajoute que de cet esprit ou de cette àme procède Vinteïligence qu'il appelle mens. C'est ce que nous avons prouvé plus haut être l'intelligence universelle, dont les chrétiens ont fait leur logos ou verbe, sagesse de Dieu, et cette intelligence, il l'a fait naître du premier Dieu ou du dieu suprême. N'est-ce pas là le père, le fils ou la sagesse et l'esprit qui crée et vivifie tout ? Il n'est pas jusqu'à l'expression procéder qui n'ait éié commune aux deux théologies dans la filiation des trois premiers êtres.
Macrobc va plus loin : il rappelle les trois principes à une unité première, qui est le souverain Dieu. Après avoir posé les bases de sa théorie sur cette trinité, il ajoute : « Vous voyez comment l'u- « nité, ou la nioiiade originelle de la première « cause, se conserve entière et indivisible jusqu'à « l'âme ou au spiriiu; qui anime le monde. » Ce sont ces dogmes de la théologie des païens qui , en passant dans celle des chrétiens, ont enfanté, non-seulement le dogme des trois principes, mais encore celui de leur réunion dans une unité première. C'est de celte unité première que les principes émanaient. Ils résidaient primitivement dans l'unitédumonde intelligente^ vivant, ou du monde animé par le soufQede l'âme universelle, et régi par son intelligence, qui l'une et l'autre se confondaient dans l'unité du grand Dieu, appelé monde , ou dans l'idée de l'univers. Dieu unique , source de l'intelligence et de la vie de tous les autres êtres.
Tout ce qu'il y avait de matériel dans cette aiiti-
que théologie fut spiritualisé par les platoniciens modernes et par les chrétiens, qui créèrent une trinité tout entière en abstractions que l'on personniiiait, ou, pour parler leur langage, dont on fit autant de personnes qui partageaient en commun la divinité première et unique de la cause première et universelle.
Ainsi, le dogme de la trinité ou de la division de l'unité d'un premier principe en principe d'intelligence et en principe de vie universelle, que renferme en lui l'être unique qui réunit toutes les causes partielles, n'est qu'une fiction théologique, et qu'une de ces abstractions qui séparent pour un moment , par la pensée , ce qui en soi est indivisible et inséparable par essence, et qui isolent , pour les personnifier, les attributs constitutifs d'un être nécessairement un.
C'est de cette manière que les Indiens, personnifiant la souveraine puissance de Dieu, lui ontdonné trois fils : l'un est le pouvoir de créer; le second, celui de conserver , et le troisième , celui de détruire. Telle est l'origine de la fameuse trinité des Indiens ; car les chrétiens ne sont pas les seuls qui aient des trinités. Les Indiens avaient aussi la leur bienavant le christianisme. Ils avaient pareillement les incarnations de la seconde personne de cette trinité, connue sous le nom de Vichnou. Dans l'une de ces incarnai ions, il prend le nom do Chrisnou. Il s font le soleil dépositaire de cette triple puissance, et ils ÎU' donnent douze formes et douze noms,
un pour chaque mois, comme nous donnons à Christ douze apôtres. C'est au mois de mars, ou sousl'agneau,qu'ilprendlenomde/^icA/zoM.Latriplepuissance dans leur théologie ne représente que l'unité.
Les Chinois ont pareillement une espèce de trinité mystérieuse. Le premier être engendre un second, et les deux un troisième. Chez nous, le Saint- Espritprocède aussi du père et du fils. Les trois ont fait toutes choses. Le grand terme, ou la grande unité, disent les Chinois, comprend trois; un est trois, et trois sont un. Le jésuite Kirker, dissertant sur l'unité et sur la trinité du premier principe, fait remonter jusqu'à Pythagore et jusqu'aux Mercures égyptiens toutes ces subtilités métaphysiques. Augustin lui-même prétend que l'on trouvait chezpresque tous les peuples du monde des opinions sur la divinité , assez semblables à celles qu'en avaient les chrétiens ; que les pythagoriciens, les platoniciens, que plusieurs autres philosophes atlantes, lybiens, égyptiens, indiens, perses, chaldéens, scythes, gaulois, espagnols, avaient plusieurs dogmes communs avec eux sur l'unité du dieu Lumière et Bien. Il aurait dû ajouter que tous ces philosophes existaient avant les chrétiens, et conclure avec nous que les chrétiens avaient emprunté de leurs dogmes théologiques au moins dans les points qui leur sont communs.
Il résulte de tout ce que nous avons dit dans ce chapitre , que le christianisme , dont l'origine est moderne, au moins en Occident, a tout emprunte
des anciennes religions ; que la fable du paradis terrestre , et de l'introduction du mal par un serpent, qui sert de base au dogme de l'incarnation de Christ et à son titre de réparateur, est empruntée des livres de Zoroastre, et ne contient qu'une allégorie sur le bien et sur le mal physiques, qui se mêlent à dose égale dans les opérations de la nature à chaque révolution solaire; que le réparateur du mal et le vainqueur des ténèbres est le soleil de Pâques ou de l'agneau équinoxial ; que la légende de Christ, mort et ressuscité, ressemble, au génie près, à toutes les légendes et aux poèmes anciens sur l'astre du jour personnifié, et que les mystères de sa mort et de sa résurrection sont ceux de la mort et de la résurrection d'Osiris, de Bacchus, d'Adonis et surtout de Mithra ou du soleil, adoré sous une foule de noms difïérens chez les différens peuples ; que les dogmes de leur théologie, et surtout celui des trois principes , appartiennent à beaucoup de théologies plus anciennes que celle des chrétiens, efse retrouvent chez les platoniciens , dans Plotin, dans Macrobe et dans d'autres écrivains étrangers au christianisme , et imbus des principes professés par Platon , plusieurs siècles avant le christianisme , et ensuite par ses sectateurs, dans le temps où les premiers docteurs chrétiens écrivaient; enfin, que les chrétiens n'ont rien qu'on puisse dire être leur ouvrage, encore moins celui de la divinilé.
Après avoir, j'ose dire, démontré que l'incarnation de Christ est celle du soleil, que sa mort et sa
résurrection ont également le soleil pour objet, et qu'enfin les chrétiens ne sont dans le fait que des adorateurs du soleil comme les Péruviens qu'ils ont fait égorger, je viens à la grande question de savoir si Christ a existé oui ou non. Si dans cette question on entend demander si le Christ, objet du culte des chrétiens , est un être réel ou un être idéal : évidemment il est un être réel, puisque nous avons fait voir qu'il est le soleil. Rien, sans doute, de plus réel que l'astre qui éclaire tout homme venant au monde. Il a existé, il existe encore et il existera long-temps. Si l'on demande s'il a existé un homme, charlatan ou philosophe, qui se soit dit être Christ, et qui ait établi sous ce nom les antiques mystères de Mithra, d'Adonis, etc., peu importe à notre travail qu'il ait existéou non. Néanmoins nous croyons que non, et nous pensons que, de même que les adorateurs d'Hercule croyaient qu'il avait existé un Hercule, auteur des douze travaux, et qu'ils se trompaient , puisque le héros de ce poème était le soleil; de même les adorateurs du Soleil- Christ se sont trompés en donnant une existence humaine au soleil personnifié dans leur légende; car enfin, quelle garantie avons-nous de l'existence d'un tel homme? La croyance générale des chrétiens , depuis l'origine de cette secte ou au moins depuis que ses sectaires ont écrit. Mais évidemment ceux-ci n'admettent de Ciirist que celui qui est né au sein d'une vierge, qui est mort, descendu aux enfers et ressuscité : celui qu'ils nomment l'agneau
qui a réparc les péchés du monde, et qui est le héros de leur légende. 3I;iis nous avons prouvé que celui-là est le soleil et non point un homme, soit philosophe, soit imposteur; et eux-mêmes ils ne voudraient pas plus convenir que c'est un philosophe qu'ils honorent comme dieu, qu'ils ne consentiraient , tant ils sont ignorans , à reconuailre le soleil dans leur Christ.
Chercherons-nous des témoignages de l'existence deChrist, comme philosophe ouimposteur, dans les écrits des auteurs païens? Mais aucun d'eux, au moins dont les ouvrages soient parvenus jusqu'à nous , n'a traité ex professa celte question , ou ne nous a fait son histoire. A peine près de cent ans après l'époque où sa légende le fait vivre, trouvet-on quelques historiens qui en disent un mol ; encore est-ce moins de lui quedcs soi-disans cliréliens qu'ils pai'len t. Si ce mot échappe à Tacite, c'est pour donner l'étymologie du mot chrétien , qu'on disait venir du nom d'un certain Christ mis à mort sous Pilate , c'esl-à-dirc que Tacite dit ce que racontait la légende, et nous avons vu que cette légende était une fiction solaire.
Si Tacite avait parlé des Brames, il aurait également dit qu'ils prenaient leur nom d'un certain Brama , qui avait vécu dans l'Inde, car on faisait aussi sa légende ; et cependant Brama n'en eût pas davantage existé comme homme , puisque Brama n'est que le nom d'un des trois attributs de la divinité personnifiée. Tacite ayant à parler dans son
histoire, de Néron et de la secte chrétienne, donna de ce nom l'étymologie reçue, sans s'inquiéter si Christ avait existé réellement, ou si c'était le nom du héros d'une légende sacrée. Cet examen était absolument étranger à son ouvrage.
C'est ainsi que Suétone , parlant des Juifs , suppose qu'ils se remuèrent beaucoup à Rome, sous Claude, et qu'ils étaient mus par un certain Christ, homme turJ^ulent, qui fut cause que cet empereur les chassa de Rome. Lequel des deux historiens croire , de Tacite ou de Suétone, qui sont aussi peu d'accord sur le lieu et sur le temps où a vécu le prétendu Christ ? Les chrétiens préféreront Tacite, qui paraît plus d'accord avec la légende solaire. Pour nous , nous dirons que ces deux historiens n'ont parlé de Christ que sur des bruits vagues , sans y attacher aucune importance , et que sur ce point leur témoignage ne peut pas offrir de garantie suffisante de l'existence de Christ comme homme , soit législateur , soit imposteur. Si cette existence eût été aussi indubitable, on n'eût pas vu , du temps deTertulien, des auteurs qui avaient plus sérieusement discuté la question et examiné l'origine du christianisme, écrire que le culte des chrétiens était celui du soleil, et n'était pas dirigé vers un homme qui eût autrefois existé. Convenons de bonne foi que ceux qui font de Christ un législateur ou un imposteur, ne sont conduits là que parce qu'ils n'ont pas assez de foi pour en faire un dieu, ni assez comparé sa fable avec les fables solaires , pour n'y
voir que le héros d'une iàcliou sacerdotale. C'est ainsi que ceux qui ne peuvent admettre comme des faits vrais les exploits d'Hercule , ni voir dans Hercule un dieu , se réduisent à en faire un grand prince , dont l'iiistoire a été embellie par le merveilleux. Je sais que cette manière de tout expliquer est fort simple et ne coûte pas de grands efforts ; mais elle ne nous donne pas pour cela un résultat vrai , et Hercule n'en est pas moins le soleil personnifié et chanté dans un poème. Les temps où l'on fait vivre Christ, je le sais, sont plus rapprochés <le nous que le siècle d'Hercule. Mais quand une erreur est établie , et que les docteurs mettent au nombre des crimes une critique éclairée, quand ils fabriquent des livres ou les altèrent et en brûlent d'autres , il n'y a plus de moyen de revenir sur ses pas, surtout après un long laps de temps.
S'il y a des siècles de lumière pour les philosophes c'est-k-dirc pour un très-petit nombre d'hommes , tous les siècles sont des siècles de ténèbres pour le grand nombre, surtout en fait de religion. Jugeons de la crédulité des peuples d'alors par l'impudence des auteurs des premières légendes. Si on les en croit, ils n'ont pas entendu dire, ils ont vu ce qu'ils racontent. Quoi ! des choses ;d)surdes, extravagantes par le merveilleux , et reconnues impossibles par tout homme qui conuait bien la marche de la nature ! Ce sont , dit-on , des hommes simples qui ont écrit. Je sais que la légende est assez sotte ; mais des hommes assez simples pour tout croire ou pour
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dire qu'ils ont vu quand ils n'ont rien pu voir, ne nous offrent aucune garantie historique. Au reste, il s'en faut beaucoup que ce soient tout simplement des hommes sans éducation et sans lumières qui nousont laissé les Evangiles. On y reconnaît encore la trace de l'imposture. Un d'entre eux, après avoir écrit à peu près ce qui est dans les trois autres, dit que le héros de sa légende a fait une foule d'autres miraclesdont on pourrait faire un livre que l'univers ne pourrait contenir. L'hyperbole est un peu forte; mais comment enfui se fait-il que de tous ces miracles, aucun ne soit parvenu jusqu'à nous, et que les quatre évangélistes se renferment à peu près dans le cercle des mêmes laits ? N'y a-t-il pas eu de l'adresse dans ceux qui nous ont transmis ces écrits P et n'ont-ils pas cherché à se pi'ocurer une concordance propre à établir la vraisemblance dans les récits de gens qu'on suppose ne s'être point concertés ? Quoi ! il y a des milliers d'événemens remarquables dans la vie de Christ , et cependant les quatre auteurs de sa vie s'accordent à ne parler que des mêmes faits! Ils sont tus par tous les disciples de Christ; la tradition et les écrivains sacrés sont muets. L'auteur gascon de la légende, connu sous le nom de saint Jean, a compté sans doute qu'il n'aurait pour lecteurs que de bons croyans, c'est-àdire des sots. Enfin, admettre le témoignage de ces livres-là comme preuves de l'existence de Christ, c'est s'engager à tout croire ; car s'ils sont vrais quand ils nous disent que Christ a vécu parmi eux
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quelle raison aurions-nous de ne pas croire qu'il a vécu comme ils le racontent , et que sa vie a été marquée par les évtnemens merveilleux qu'ils débitent ? Aussi les bons chrétiens le croient-ils , et s'ils sont imbécilles, au moins ils sont assez const" quens. Je sais qu'il serait possible qu'ils nous eussent trompés ou qu'ils se fussent trompés sur le» détails de la vie de Christ , sans que la mèiue erreur attaquàtson existence. Mais, encore une fois, quelle confiance accorder, même sur l'existence , à des auteurs qui trompent, ou qui se trompent dans tout le reste, surtout quand on sait qu'il y a une légende sacrée dont le soleil, sous le nom de Christ, est le héros? X'est-on pas naturellement porté à croire que les adorateurs du Soleil-Christ lui auront donné une existence héroïque , comme les adorateurs du même Soleil , sous les noms d'Adonis, de Bacchus , d'Hercule et d'Osiris, lui en donnaient une, quoique les chefs instruits de ces religions sussent bien que Bacchus, Osiris, Herculeet Adonis n'avaient jamais existé comme hommes, et qu'ils n'étaient que le dieu Soleil personnifié? Personne de si ignora'jit, d'ailleurs , et de si crédule que les premiers chrétiens , à qui on a pu sans peine faire adopter une It"gende orientale sur Mithra ou sur le Soleil, saiis que les docteurs eux-mêmes, qui l'avaient reçue d'autres prêtres plus anciens, se doutassent qu'ils adoraient encore le soleil .C'est une vieillefable rajeunie par des hommes peu instruits, qui n'ont clicrché qu'à lier les élémens de la morale, sous le nom de
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doctrine de Christ, fils de Dieu, que l'on taisait parler, et dont les mystères se célébraient depuis bien des siècles dans l'obscurité des sanctuaires, sous les noms de Mithra, d'Adonis. On aurait pu la mettre dans la bouche de ce dernier, si ses aventures galantes trop connues l'eussent permis. On prit un nom mystique du soleil, moins connu, et les auteurs de la légende en rapprochèrent les événeraens de leur siècle , sans redouter la critique dans une secte où lu crédulité est un devoir sacre.
Ou ne peut pas pousser l'impudence, en fait d'imposture, plus loin que la portèrent les premiers écrivains chrétiens, qui furent fanatisés ou qui fanati- .saienl. On cite une lettre de saint Denis l'aréopagiste, qui atteste que lui et le sophiste ApoUophane étaient à Héliopolis, ou dans la ville du Soleil, lorsqu'arriva la prétendue éclipse de soleil qui,enpleine lune, c'est-à-dire contre toutes les lois delà natui-e, arriva à la mort du Soleil ou de Christ; aussi est'CC un miracle. Il affirme qu'ils virent distinctement la lune qui vint se placer sous le soleil , qui y resta pendant trois heures , et qui retourna ensuite à l'Orient, au point d'opposition, où elle ne doit se trouver que quatorze jours après. Quand on trouve des faussaires assez déboutés pour fabriquer de pareilles pièces et pour espérer de les faire recevoir, c'est une preuve qu'il y a un grand nombre de sots tout prêts à croire , et qu'on peut tout oser. On voit dans Phlégon une foule de récits merveilleux qui attestent la honteuse crédulité de ces siècles-là.
L'histoire de Dion Cassius n'est pas moins féconde en prodiges de toute espèce; ce qui indique assez la faculté avec laquelle on croyait alors aux miracles. Les prétendus prodiges opérés par Simon le magicien , et la foi qu'on parut ajouter à ce tissu d'impostures, annoncent qu'on était alors disposé à tout croire parmi le peuple, et c'est parmi le peuple qu'est né et que s'est propagé le christianisme. Si on lit avec attention le martyrologe des trois premiers siècles et l'histoire des miracles du christianisme , on rougira pour l'espèce humaine que l'imposture d'un côté et la crédulité de l'autre ont si étrangement déshonorée; et c'est sur de telles bases que l'on veut appuyer l'histoire et l'exislence d'un dieu ou d'un homme divin, dont personne de sens, ni aucun écrivain étranger à sa secte n'a parlé, dans le temps même où il devait étonner l'univers par SCS miracles ! On est réduit à chercher, près de cent ans après, dans Tacite, l'étyraologie du mot chrétien, pour prouver l'existence de Christ, ou à interpréter, par une pieuse fraude, un passage dans Joseph ! Si ce dernier auteur eût connu Christ, il n'eût pas manqué de s'étendre sur son histoire, surtout ayant à parler d'un homme qui avait joué un si grand rôle dans son pays. Quand on est obligé d'avoir recours à d'aussi pitoyables moyens, on fait assez connaître l'embarras où l'on est de persuader les hommes qui veulent se rendre compte de leur croyance. Tacite lui-même, s'il eût effectivement existé en Judée un homme qui eût marqué, soit comme grand législateur ou philosophe, soit comme
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insigne imposteur, se serait-il borné à dire simplement de Christ qu'il était mort en Judée? Que de réflexions un homme extraordinaire ainsi mis à mort n'eût pas fournies à un écrivain philosophe tel c[ue lui ! Il est de toute évidence que Tacite n'y attacha aucune importiince, et que, pour lui, Chiùst n'étiùt qu'un mot qui donnait l'étymologie du nom tlti chrétiens, sectaires récemment connus à Rome, et assez décriés et haïs dans l'origine. lia doncdiltout simplement ce qu'il avait ouï dire, d'après les téinoijjnages des crédules clirétiens, et rien déplus. Ce sont donc les chrétiens encore ici, et non Tacite ni Suétone, qui sont nos garans. Je sais que l'on fera •valoir la foi universelle des adorateurs de Christ, qui de siècle en siècle ont attesté son existence et ses miracles, comme ils ont attesté ceux de beaucoup de martyrs et de saints, aux miracles desquels cependant on r.t croit pins. xMais j'ai déjà fait observer, à l'occasion d'IIcrcule , que la croyance de |iîusicurs générations en fait de religion ne prouvaient absolument rien que la crédulité de ceux qui y ajoutaient foi , et qu'Hercule n'en était pas moins le Soleil, quoi qu'en aient cru et dit les Grecs. Une grande erreur se propage encore plus aisément qu'une grande vérité, parce qu'il est plus aisé de croire qu'il ne l'est de raisonner, et que les hommes préfèrent le merveilleux des romans à la simplicité de l'histoire. Si l'on adoptait cette règle de critique, on opposerait aux chrétiens la ferme croyance que chaque peuple a eue et a encore aux miracles et aux oracles de sa religion pour en prouver la vé-
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rite, et je doufc qu'ils admissent cette preuve. Nous en ferons donc autant quand il s'agira de la leur. Ils diront, je le sais, qu'eux seuls ont pour eux la vérité, mais les autres en diront autan t. Quel sera le jugePLe bon sens, cl non pas la foi ni l'opinion rcçue,qutlque générales qu'elles soient. Ce serait renverser tous les fondeniens de l'his'.oire, dit-on, que de ne pas croire à l'existence de Christ et à la vérité des récits de SCS apôtres et des écrivains sacrés. Le frère de Cicéron disait aussi : Ce serait renverser fous les fondeniens de l'hisloirc que de nier la vérité des oracles de Delphes. Je demanderai au\ clirétieus s'ils croient renverser les fondemcns deriiisfoirc, quand ils attaquent ces oracles prétendus, et si l'orateur romain eût cru renverser aussi les fondeniens de l'histoire en r.iant la vérité de leurs prophéties , en supposant qu'il les eût connues. Chacun défend sa chimère et non pas l'histoire.
Rien de si universellement répandu, et à quoi l'on ait cru plus long-îenips, que l'astrolof^ie , et rien qui ait v.ne base plus fragile ei des résultats plus faux. Elle a mis son sceau dans presque tous les monumens do l'antiquité : rien n'.i manqué h ses prédictions que la vérité; et l'univers cependant y a cm et y croit enco'.c. Le moine Cicéion prouve la réaliU' de la diviuaîion par luie foule de faits qu'il rapporte à l'appui de son assertion, et surtout par la croyance universelle : il ajoute (|uc cet art remonte à la plus haute antiquité, qu'il n'y a pas de peuple qui n'ait eu ses oracles, ses devins, ses
augures, ses prophètes; qui n'ait cru aux soni^es , aux sorts , etc. Cela est vrai ; mais qu'en conclure ? Que la crédulité est chez l'homme une maladie bien ancienne, une épidémie invétérée, répandue sur tout le genre humain , et que le monde se partage en deux classes, en fripons qui conduisent, et en sots qui se laissent mener. On prouverait également ' la réalité des revenans par l'antiquité et l'universalité de cette opinion , et les miracles de saint Roch et d'Esculape, par les ex-voto déposés dans leurs temples. La raison humaine a des bornes très-étroites. I-a crédulité est un abime sans fond qui déA ore tout ce qu'on y veut jeter, et qui ne repousse rien. Je ne croirai donc pas à la certitude de la science augurale, parce qu'on m'a dit qu'Accius Navius, pour prouver l'infaillibilité de cette science, invita Tarquin à imaginer quelque chose qu'il dût faire, et que celui-ci ayant pensé qu'il couperait un caillou avec un rasoir, l'augure exécuta la chose surle-champ. Une statue élevée dans la place publique perpétua le souvenir de ce prodige , et attesta à tous les Romains que l'art des augures était infaillible. Les langes du Christ et le bois de sa croix ne prouvent pas plus son existence, que l'empreinte du pied d'Hercule ne constate l'existence de ce héros , et que les colonnes élevées dnns la plaine de Saint- Denis ne me convaincront que saint Denis ait passé dans ces lieux en y portant sa tète. Je verrai dans saint Denis ou Dionysios l'aneien Racchus grec et rOsiris égyptien, dont la tc(e voyageait tous les
ans des rives du Nil jusqu'à Biblos, comme celle d'Orphée sur les eaux de l'Hèbre; et c'est ici l'occasion de voir jusqu'à quel point l'imposture et l'ignorance conduisent le peuple, quand le prêtre s'est rendu maître de son esprit.
Les Grecs honoraient Bacchus sous le nom de Dionysios ou de Denis : il était regardé comme le chef et le premier auteur de leurs mystères , ainsi qu'Éleuthère. Ce dernier nom était aussi une épithète qu'ils lui donnaient, et que les Latins ont traduite par Liber -. on célébrait en son honneur deux fêtes |)rincipales, l'une au printemps et l'autre dans la saison desvendanges .Ce tte dernière était une fè te rustique et célébrée dans la campagne ou aux champs; on l'opposait aux fêtes du printemps, appelées fêtes de la ville ou urbana .On y ajouta un jour en l'honneur de Démétrius , roi de Macédoine , qui tenait sa cour à Pella, près du golfe de Thessalonique. Bacchus était le noni oriental du même dieu. Les fêtes de Bacchus devaient donc être annoncées, dans le calendrier païen, par ces mots : Festuni Dionysii, Eleutherii, Ihislici.l^os bons aïeux en ont faits trois saints : saint Denis, saint Eleuthère et saint Rustique, ses compagnons. Ils lisaient au jour précédent : Fêle de Dc'mc'lrius. Us ont placé, la veille de saint Denis, la fête de saint Démétrius, dont ils ont lait un martyr de Thessalonique. On ajoute que ce fut Maximilien qui le fit mourir par une suite de son désespoir de la mort de Lya;us , et Lyaeus est un nom de Bacchus, ainsi que Démétrius. On plaça , la surveille, la fête de saint Bacchus dont on fil aussi un
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martyr d'Orient. Ainsi ceux qui voudront prendre la peine de lire le calendrier latin ou le bref qui guidenos prêtres dans la commémoration des saints et dans la célébration des fêtes, y verront, au 7 octobre : Fesliim sancti Baccht; au 8 , Festum snncti Demetrii ; et au 9, Festum sanctorum Dionysii , Eleutherii et Rii.sticii. Ainsi, l'on a fait des saints de plusieurs épithètes , ou des dénominations diverses du même dieu, Bacchus, Dionysios, ou Denis, Liber ou Eleutherof. Cas épithètes devinrent autant de compapiions. Nous avons vu, dans notre explication du poème de Nonnus , que Bacchus épousa le Zéphyr ou le vent doux, sous le nom de la nymphe Aura. Eh bien ! deux jours avant la fêle de Denis ou de Bacchus , on célèbre celle d'Aura Placida ou de Zéphyr, sous le nom de sainte Aurc et de sainte Placide.
C'est ainsi que la formule des souhaits , perpétua félicitas, donna naissance à deux saintes, Perpétue et Félicite, ou félicité durable , que l'on ne sépare pas dans l'invocation; que prier ou donner, ou roifare et do?iare, devinrent saint Rogatien cl saint Donatien, qu'on m- sépare pas plus que sainte Félicité et sainte Perpétue. On fêta ensemide sainte Flore et sainte î.uce, ou lumière et fleur. S^iinte Eibiane eut sa fè'e à l'époque à laquelle les Grecs faisaient l'ouverture des tonneaux ou la cérémonie des Pithoéfjies ; sainte ApoUiiMire, quelques jours après celle oii les Romains célébraient les jeux apollinaires. 11 n'y a pas jusqu'aux ides du mois qui ne soient devenues une sainte , sousleuom de sainte
Ides. La vraie face , ou l'image du Christ , vel eicon ou iconica, devint sainte Véronique.
La belle étoile de la couronne, Margarita, placée sur le serpent d'Opliiuclius, se changea en sainte Marguerite , sous les pieds de laquelle on peint un serpent ou un dragon, et on célèbre sa fête peu de jours après le coucher de celte étoile.
On fêta aussi saint Hippolyte, traîné par ses chevaux, comme l'amant de Phèdre ou le fils de Thésée. On dit que les restes ou les ossemens de ce dernier furent transportés de l'ile de Scyros à Athènes , par Ciraon. On sacrifia à ces prétendues reliques , comme si c'eût été Thésée lui-même qui fût revenu dans cette ville. On répéta cette solennité tous les ans au 8 novembre. Noire calendrier fixe au même jour la fête des Saintes-ncliqucs.
On voit que le calendrier païen, et que les êtres physiques ou moraux qui y étaient personnifiés , sont entrés en grande partie dans le calendrier chrétien, sans trouver beaucoup d'obstacles.
Je ne pousserai pas plus loin ces irflexions , par ce que mon but, dans cet ouvrage, n'est pas de relever toutes les méprises de l'ignorance et l'impudence de l'imposture, mais de rappeler la religion chrétienne à sa véritable origine, d'en faire voir la filiation , de montrer le lien qui l'unit à toutes les autres, de prouver qu'elle est aussi rcnlcrmée dans le cercle de la religion universelle ou du culte rendu à la nature, et au soleil son principal agent.J'aurai atteint mon but, si j'ai convaincu un petit nom-
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bre de lecteurs ( car j'abandonne la multitude aux prêtres ) , et s'il leur jiaraît prouve que Christ n'est que le soleil, que les mystères de la religion chrétienne ont pour objet la lunii r-, comme ceux des Perses ou de Mithra, comme ceux d'Adonis, d'Osiris, etc., et que cette religion ne diffère de Joutes les religions anciennes que par des noms, des formes et des allégories différentes, et que le fond est absolument le même; enfin qu'un bon clirétienest aussi un adorateur de l'astre source de toute lumière. Après cela, qu'on s'obstine à croire à l'exislence d'un Christ, qui n'est plus celui de la légende ni celui des mystères, peu nous importe. Nous ne sentons pas le besoin de ce second Ciirist, puisque celui-là serait absolument étranger au héros de la religion chrétienne, c'est-à-dire à celui dont nous avons intérêt de bien déterminer la nature. Quant à nous , nous pensons que ce second Christ n'a jamais existé , et nous croyons qu'il se trouvera plus d'un lecteur judicieux qui sera de notre sentiment, et qui reconnaîtra que Christ n'est pas plus réel , comme homme, que l'Hercule aux douze travaux. Nous ne nous dissimulons pas qu'il s'en trouvera beaucoup d'autres qui , en admettant nos explications sur le fond des mystères du christianisme , persisteront à l'aire de Christ, soit un législateur, soit un imposteur; parce qu'avant de nous lire, ils s'en étaient formé cette idée, et qu'on revient difficilement sur ses premières opinions. Comme leur philosophie ne peut aller que jusque-là , nous ne
ferons pas les frais de plus longs raisonncraens pour leur faire voir le dénùment de preuves véri- ' tablement historiques qui peuvent conduire à croire que Christ ait existé comme homme.
Enfin, il est un grand nombre d'hommes si mal organisés, qu'ils croient à tout, excepté à ce qui est dicté par le bon sens et par la saine raison, et qui sont en garde contre la philosophie comme l'hydrophobe l'est contre l'eau : ceux-là ne nous liront pas , et ne nous occupent guère, nous n'avons pas écrit pour eux, nous le leur répétons. Leur esprit est la pâture des prêtres, comme les cadavres sont celle des vers. C'est pour les seuls amis de l'humanité et de la raison que nous écrivons. Le reste appartient à un autre monde : aussi leur dieu leur dit-il que son royaume n'est pas de ce monde , c'est-à-dire du monde oii l'on raisonne, et que les bienheureux sont les pauvres d'esprit, car le royaume des Cieux est à eux. Laissons-leur donc leurs chimères, et n'envions pas aux prêtres une pareille conquête. Continuons notre marche sans nous arrêter à compter le plus ou le moins de suffrages qu'on peut obtenir en heurtant de front la crédulité, et, après avoir mis à nu le sanctuaire dans lequel s'enferme le prêtre, n'espérons pas qu'il invite à nous lire ceux qu'il trompe. Il nous suffit qu'une heureuse révolution, qui a dû être faite tout entière au profit de la raison, et qui l'a été par elle, les mette dans l'impuissance de nuire, ou d'anacher aux écrivains les honteuses rétractations de Buffon.
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