‹ Abrégé de l'origine de tous les cultesChapitre 65 sur 68 · OBSERVATIONS · texte numérisé non relu

OBSERVATIONS

Sur le Zodiaque de Dendra {!]; par M. Dupuis , membre de la classe d'histoire et de littérature ancienne de l'Institut.

Plusieurs sa vans ont de jà fait imprimer leurs opinions sur le grand zodiaque sculplé sur le plafond du portique du temple de Dendra, l'ancieiuie Tentyrisd'Éj^ypfe (2). Le peu d'accord que pn'sentent leurs opinions et les bases de leur travail m'ont engafjé à étudier aussi ce précieux monument , et à publier quelques observations qui pourront peutêtre aider ceux qui voudront pénétrer plus avant dans l'étude des antiquités (j^yptiennes; car c'est enfin un premier pas défait dans la connaissance de la langue sacrée.

Mes reclierches ont un but plus étendu quecelui

fi) I/éditeur a cru devoir conterTer l'orthographe pour le mot de Dtoderah.

It 1 Ces Fa»aii« sMit MM. Larchfr, VisPonti, Burrkart , f'enon, de la Lundt- . tfiutt di>titigut'R ]);ir 1< urs rrniia^ssances loit fii aatrf^noniie , eoitrn Biiticjulle, et 1' us ifS membris de l'Institut : et parmi Ir» «a- Tans iliarpus , M. l'ahbc Tesln.

L<- Ircteui qui voudra connaitie leuii rpininiu, et je désire qu'iUe» coniKiisse l/n ii, afin d'as«"oir scn ug^iii'Ul sur l>s piiticipe^d' notre niclliod" et iur lu nstiltat) qu'ils rnt donnés, trouv ra ci lie de M.\I. VisCMiii II Laich>-r dans Ir d-uxienie volume di- la nrcv^Helradurtii>n d'Ilerod. te d.- M. Laiclier p. 5C4 , .te ; Cfll ■ de M. de la Landi-, d.nif la Coi.nais-ancc dis t'mp> , pnur I an XIV , p. .''65 = telle de SI. Burrkiirt , dans la D. tcriptii n des pyran.idt» d- Gliirze : c>-lle de M Uenon dans >oii voyage d'Kgiple , el ctUe de M. Teita , doni B» Diiiertatibu eur !• zodiaque de Deudrt.

que ces savans se sont proposé. Ils n'ont tous cherché qu'à déterminer l'antiquité de ce monument. C'est l'unique objet de leurs dissertations. Pour moi c'est la nature même du monument qui m'a occupé et dont j'ai cherché à deviner le sens ; ce n'est que subsidiairement que je parle de son antiquité.

Il est à propos que le lecteur qui voudra m'entendre (et je ferai en sorte d'être entendu du plus eraud nombre possible, car j'ai besoin de beaucoup de juges] ait sous sa main un globe céleste, et sous ses yeux la copie du zodiaquede Dendra. Il montera le globe à la latitude du lieu oîi se trouve ce temple c'est-à-dire, qu'il donnera 26° d'élévation au pôlC" nord au-dessus du cercle horizontal. Dans cette position, s'il se place au midi du globe, la face tournée vers le nord, et s'il amène sous le méridien supérieur l'extrémité de la queue du capricorne, le zodiaque entier se trouvera dès-lors partagé par le cercle méridien en deuxdemi cercles, l'unà l'orient ou à sa droite , l'autre à l'occident ou à sa gauche ; cesdemi-cercles contiendront chacun six figuresdes constellations du zodiaque, absolument les mêmes et placées dans le même ordre que celles qu'on voit dans la colonne de droite et dans la colonne de gauche du monument. Voilà donc le globe dans une position telle que celle qui est présentée sur les deux colonnes du zodiaque égyptien.

Cetteposition des cieux, se reproduisantà chaque jour de l'année et à des heures différentes , selon la différence des jours ne détermine encore rien, et l'astronome ne peut encore rien conclure que par des suppositions gratuites. C'est ce qu'a fait M. de la Lande , qui appelle tropique supérieur le bas du monument ou les pieds des hgures; et tropique inférieur, la tête des figures ; qui de plus suppose que c'était le cancer qui occupait alors le solstice d'été, et le capricorne celui d'hiver j ce qui, accidentelle-

BEDE.NDIVA. Sî5

ment, se trouve ici vrai , mais ce que M. de la Lande a plutôt supposé que prouvé réellement ; car il ne donne aucune raison de son assertion, ou plutôt il en donne une très-graluite. Pour nous, nous ne nous permettrons pas de rien changer , ni de rien supposer. Ce qui est représenté au haut du monument restera au point le plus élevé. Ce qui est représenté aux pieds des figures restera au plus bas ; et si l'image du cancer, qui passait au zénith deDendra , se trouve ici aux pieds de la figure , c'est que tel est l'eflet du mouvement diurne de ramener en bas, dans leur passage au méridien inférieur , les astérismes qui montent au plus haut dans leur passage au méridien supérieur. M. delà Lande, trompé par l'autorité du célèbre Visconti , qui prétend que ce zodiaque est l'ouvrage des Grecs , et sachant que les Grecs ne sont que des enfans en astronomie, a cru être autorisé à placer le tropique d'été partout où se trouverait le cancer, sans s'arrêter à sa position dans le monument , parce qu'eflectivement du temps des Grecs , le cancer, occupait le tropique d'été. Mais ce raisonnement porte sur une fausse supposition, savoir que le zodiaque est l'ouvrage des Grecs. Pour nous , qui ne supposons rien, nous étudierons le monument lui-même, sans nous écarter des positions qu'il présente : la tête sera le haut; les pieds seront le bas; et nous chercherons des indices qui puissent nous conduire à fixer le lieu des solstices d'été, et celui des équinoxes, de manière à les trouver et non pas à les supposer, comme a fait le plus grand de nos astronomes. Ici la science de la langue hiérogliphique viendra à notre secours, et.quelque peu avancés que nous soyons dans la connaissance de cette langue , cependant, après trente ans de travail, nous en savons assez pour être guidés dans cette recherche , et pour résoudre un pro-

blême que la seule astronomie ne peut résoudre.

Commençons d'abord par déterminer l'heure et le jour indiqués par ce monument, ce que personne n'a chercÎK' encore. L'heure dépend du lieu du soleil comparé au méridien et même à l'horizon dans les équinoxcs. Le jour dépend du lieu de cet astre dans le zodiaque et de sa distance au point initial du temps ou de l'année, soit aux solstices, soit aux équinoxes.

Or l'un et l'autre nous sont donnés par le monument et parfaitement bien désignés par les caractères hiéroglyphiques qui les accompagnent.

Lorsque le capricorneest au méridien supérieur, le bélier est à l'horizon, au bord oriental, comme on le voit ici. Donc, si l'heure donnée par le zodiaque est celle du lever du soleil, nous devons trouver près du b lier ou du bord oriental, puisqu'il l'occupe dans cette position, le symboledu soleil levant Or, nous le trovivons et à égale dislance des deux extrétnitésde la colonne, comme l'horizon l'est du méridien supérieur et du méridien inférieur. Ce symbole est un jeune enfant assis sur le lotus, placé dans le dixième ba'eau. Plutarque nous apprend que les Egyptiens peignaient le soleil levant par l'emblème d'un enfant assis sur le lotus, plante aquati([ue. pour représenter le soleil sortant du sein des eaux (1). Donc le soleil occupait cette place, donc il était au bord oriental , c'est-à-dire qu'il se levait dans la constellation dubélitr, puisque le bélier était au bord oriental. Il était donc à six heures du matin sil'éqninoxe r'pondait au bélier. Or, l'équinoxe était dans le bélier. En eftet , l'équinoxede printemps était désigné en Egypte par l'image d'un oiseau, parrépervier(2). Or, cette image, nous la

(i] Plotaicb, de Iside, p.3S5.

(i) Clein. Al«x. Stromat L. 6, p. 66y.

DE DENDRA. 517

trouvons près du bélier, placée au-dessous d'un groupe dedeux animauxadossés,quisont laclièvre et le cliien, c'est-à-dire, dedeux constellations qui long-temps fixèrent l'éqiiinoxe de printemps;la chèvre, qui monte avec la fin du bélier, le fixait par son lever du matin ; et le grand cliien qui accompagne le coucher di! taureau , par son coucher , comme on le voit par ces vers.

Candidui auratis aperit cùm coruibusannura, Taurut ; (t arerso cedeus Caiili occidit astro.

YiBSiii. Georg. L. I. ». ii^.

Voilà donc le jour et l'heure indiqués par le monument, qui nous sont bien connus. Ce jour est celui de l'i'quinoxedu printemps, jourcél brc chez tous les peuples , comme étant la fête du passage du soleil sous l'agneau ou sous nrieM , et fameuse surtout par les cén monies qui l'accompagnaient , comme nous l'apprend saint Epiphane (1). On marquait tout de rouge, pour designer la c'ualenr qui embrasait la terre à cette époque : c'est aussi ce que désignait l'épervier symbolique, suivant Clément d'Alexandrie, qui voit dans cet emblème de l'équinoxe du printemps une double indicalion , celle de la hauteur qu'acquérait le soleil en passant vers les régions boréales , et celle de la ciialeur qu'il allait y apporter.

Lenœudéquinoxial fut long-tempslepoint initial du temps, et à ce titre il fut caractérisé par un trèsgrand nombred'étoilcs accumulées sur lebélier.qui le matin occupait le point que les astrologues appelaient VhoroMcope. Les étoiles, suivant Horus-Apollon, grammairien d'Egypte, désignaient entre autres

[l] Epiph. adv, hœrei. L. i, cbap. 18.

5iS ZODIAQUE

choses le temps (1). Ici c'est le commencement du mois. Pour mieux nous convaincre qu'il s'agit d'un commencement de mois et de la ncoméniede l'équinoxe de printemps , il suffit de jeter un coupd'œilsur le signe qui suit le bélier, sur le taureau, dans lequel la lune, après sa conjonction, se montrait pour la première fois. On verra que les cornes de son croissant sont tournées vers le haut, et cette direction était celle qu'elles avaient dans ses images quand il s'agissait de peindre le commencement du mois, tandis qu'elles étaient baissées pour en annoncer la lin. C'est encore Hor us- Apollon qui nous l'apprend (2). Il nous dit « que lorsque la lune avait « acquis 15° d'élongation, elle se montrait pour la « première fois , et qu'on la représentait alors les « cornes tournées vers le haut. » Ce croissant, qui apparaissait pour la première fois dans le taureau, est celui dont l'image fut imprimée sur le corps du bœuf sacré, ainsi que celle del'accipiter que nous a vous vu désig ner l'équinoxe et l'cxal ta lion .On peut consulter, à cet égard, notre grand ouvrage, t. II, ch. 8, p. 120, à l'article à'yipis.

La position du nœud ou du point équinoxial, une fois déterminée, nous donne nécessairement celles des points solsticiaux quiétaientdtinslecapricorne et dans le cancer quand l'équinoxe était au bélier; ils étaient le premier au haut, et le second au bas du ciel, quand l'éguinoxedeprintempsétait à l'orient, c'est-à-dire que le solsticed'hiverétait au méridien supérieur, et le solstice d'été au méridien inférieur.

Examinons si nous trouverons près des constellations solsticiales, c'est-à-dire dans les 30° du capricorne et dans les 30" du cancer, par lesquelles pass:ùeatlescolures des solstices, quand ceux des équi*

[i] Ilor, Apoll. L. 2. chap, i.

[aj Ibid. h. ... , chap. 4.

DEDENDRA. àl9

noxes passaient parle bélier et la balance, quelques symboles qui désignent ces solstices , comme nous en trouvons qui désignent l'équinoxe deprintemps. Or, nous en trouvons.

Le solstice d'hiver étant toujoursau méridien supérieur quand l'équinoxe du printemps est au bord oriental, c'est donc vers le haut de la colonne de droite que nous devons cherchercetemblême.Or,il y est. La première figure qui s'offre k nos regards est celle d'un homme qui marche n'ayant qu'une seule jambe, ou dont les jambes son t tellement unies qu'elles n'en font qu'une. C'était là précisément le symbole par lequel les Egyptiens représentaient le solstice d'hiver, suivant le même Horus-Apollon(l ). Donc le lieu du solstice d'hiver estaussi clairement indiqué que celui de l'équinoxe de printemps; et le symbole qui l'indique est précisément à la phice qui lui convient d'après la position de l'emblème d'i nœud équinoxial du printemps.

La tète de cet homme est coiffée de l'ibis, un des deux oiseaux qui, avec les deux chiens, marquaient les points équinoxiaiix et les points solsticiaux , et quiparaissaientà cetitredans les processions égyptiennes, suivant Clément d'Alevandrie ("..').

Examinons inainlenaut les imagos symboliques qui se trouvent auxpiedsdelafigurcaubasdu méridien, près le cancer, par lequel passait le tropique d'été, ou le cercle que décrivait le soleil lorsqu'il était parvenu à son plus grand degré d'élévation , c'est-à-dire , presque au zénith de Dendra.

Nous trouvons un emblème, le plus naturel qu'on aitpu imaginer pour désigner une très-grande liauteur, c'est une pyramide surmontée du dis([ueso-

[i]Hor. Apoll. L. 2 , 9.

[«] SlrODi. L. S, p. 567.

laire, et au bas de laquelle est une imaf^^e ou figure qui parait être celle du génie qui conduisait cet astre, ou d'Osiiis. Le symbole est parlant; carie soleil arrivé au cancer répondait presque verticalement sur le temple de Dendra et sur ce zodiaque, comme son disque répond verticalement sur la pyramide symbolique.

Accpîiénomènecélestecorrespondait sur la terre un autre plnnomene, c'était le déboideiisciit périodique du Nil qui commençait sous le cancer (1), qiï.'^nd ce catastérisme occupait le solsiice d'éié; ce qui n'a pas foujoursété, et ce qui n'est plus aujoitrd'iîui, que la constellaiiondu canccra dépassa d'un si[>ne le point du solstice d'été auquel est aliaciié le commencement du débordement.

Cet événement imporlant , pour les Egyptiens, est marqué dans ce moment, près du cancer, par une fifîure qui épanchel'eau des deux vasesqu'elle tient à sa main. Lct^v aquarium «lait encore un symbole par lequel les Igyp'iens peignaient le déhordement du Nil, suivant Horus-Apollon (3) .C'est dans celle même vue que les iiivenîeurs de l'astronomieavaient placé une semblableimagepanniles douze signes, à la siiiîc du capricorne, quand le solstice d'éié répondait à ce point, comme ou peut le voir dans notre Mémoire sur l'o'iginedu zodiaque (.3). La répétition qu'on fit de cet emblème, compagnon du solstice d'été, près decbaquesigne, quivient occuper successivement ce solstice.jusqu'à ce qu'enfin le cancer, bien des siècles après, vint s'y placer, comme on le voit ici, c'est une confirmation de notre théorie. L'ancien emblème, qui, à

(i) S'-lim p. 99. Plinr. L. 5, chap.

(a) Hor. Appoll. L. I, tliap. 21.

(3; Orig. dei cuit. T. 3, part. 1, p.

»U DENDRA. 521

l'époque du monument de Dendra, se trouvait répondre à janvier, c'est-à-dire nu temps oii le Nil est au plus bas (1), n'ayant plus d'objet, il fallut bien en avoir un autre qui le remplaçât au poiuUluciel où se trouvait le soleil lorsque le débordement commençait, c'est-à-dire à la tin de juin. Ensuivant la même marclie, ce symbole mobile du débordement deviendra inutile dans dix mille ans, quand le point du solstice d'été, en rétrogradant, sera revenu au capricorne, ou à sa position primitive , et quand le Verseau reprendra sa fonction naturelle.

D'après ce que nous venons de dire, il nous semble qu'il serait difficile de déterminer d'unemanière plus précise les rapports que les quatre principaux signes de ce zodiaqueavaient avec les quatre signes où commençaient les saisons, et ceuv de ces signes eux-mêmes avec le méridien et l'horizon. C'est sur cesderniers, ousurces quatre points cardinaux que roulaient lesprincipalesobservationsastrologiques. On les appelait les centres , les cercles; les gonds de la spbère, et c'est pour cela qu'on prenait tant de soin de les bien établir, comme on peut le voir dans Manilius Firmicus.

Manilius (L. 2, v.779 et suiv.) dit, en parlant du Mosouranema , ou du milieu du ciel : « JCxcelsi significat fastiga cœli. Ver. 780. Pfolémée l'appelle Kopuhn , la tête du ciel , Manilius appelle V Antimesouranema , ou le méridien inférieur, le fondement du ciel , et le lieu où les astres cessent de descendre.

« Ces quatre parties du ciel, dit le poète, v. 78G , B ont la plus grande activité , elles influent le plus «puissamment sur les destinées des hommes, parce « qu'elles sont comme les gonds célestes sur lesquels « l'univers est iuébraitlabiement appuyé. »

C'est donc cette position du monde, «^tablic sur les gonds, que nous offre le inonumentaslroloijique sculpté dans un temple, chez un peuple livré à l'astrologie et à la superstition. C'est l'état du ciel au lever du soleil le jour de la grande fête d'Ammon, ou du soleil d'Aries.

« Chacun de ces points, ou cercles cardinaux, « continue Manilius (v. 793 et suiv.), a une énergie n différente et varice , d'après la place et le rang «qu'il occupe. Le premier est celui qui domine au « plus haut du ciel, et qui , par un trait impercep- «I lible (le méridien) divise le ciel en deux parties « égales.» Ce sont les deux colonnes du monument. Il est le plus noble de tous, à raison delaplaceémiiiente à laquelle il est élevé. Manilius tire de sa position des conjectures sur les effets qu'il doit produire; nous les supprimons ici parce qu'elles tiennent aux rêves de l'astrologie, dont nous ne prétendons pas développer ici tous les principes.

Il parle également de l'influence des quatre autres cercles cardinaux. « Le second est l'hypogéion ; il « occupe , il est vrai , le lieu le plus bas ; mais il « soutient le ciel, qui est appuyé sur lui comme sur « un fondement solide et éternel. »

Le troisième cercle est pareillement un des fonderaens du monde : il occupe le point brillant d'orient oii les astres se lèvent, où venait le jour, d'où l'on commence à compter les heures ; c'est ce qui a engagé les Grecs à lui donner le nom A' horoscope. C'estcette idée qu'on a rendue ici par le grandnombre d'étoiles accumulées sur ce signe.

Le dernier cercle est celui du Couchant. C'est lui qui reçoit les astres lorsqu'ils ont fourni leur carrière au-dessus de l'horison.

Cesquatre points sont indépendans des signes qui les occident, et qui y passent successivement; mais

fiE DENDRA. biZ

un signe étant une fois connu, les trois autres le sont nécessairement. Comme nous l'avons dit, Scaliger (1), commentant ces endroits de Manilius, nous donne un exemple qui est précisément l'espèce présente. « Lorsque le Mesouraneraa est occupé par « le capricorne, dit ce- savant, l'hypogéion l'est par « le cancer, qui se trouve alors au point le plus « bas du ciel; le bélier est à l'horoscope, et laba- « lance au point du couchant. » Telle est absolument la position des quatre signes qui occupent les quatre points cardinaux du ciel dans le monument de Dendra; telle est la position qu'ils avaient le matin le jour de l'équinoxe du printemps , quand les deux colures passaient par les signes du capricorne et du cancer, du bi lier et de la balance.

Nous ne savons jusqu'ici encore qu'une chose, c'est que les points cquinoxiauxet solsticiaux, à l'époque à laquelle fut composé ce zodiaque, répondaient aux constellations du bélier, de la balance, du cancer et du capricorne ; mais ils y ont répondu pendant 2160 ans, c'est à-dire depuis l'an 2548 jusqu'à l'an 388 avant le commencement de l'ère vulgaire. C'est dans ces limites qu'est renfermée l'époque indiquée par ce monument. On sait que le nœud équinoxial parcourt par son mouvement rétrograde un degré en 72 ans environ. Si l'on suppose que les colures coupaient ces constellations par le milieu, comme dans le zodiaque, dont Eudoxe apporta la copie d'Egypte en Grèce, on aura un moyen terme qui fixe l'époque de ce zodiaque à 146S ans avant notre ère, c'est-à-dire au règne deSésostris, ou à 46 ans environ avant le renouvellement de la période sotliiaque, qui arriva sous son règne, comme nous l'avons fait voir dans notre mémoire sur le

(l) Scali(. not. ad, Tcm. 799, L. 9.

Si4 ZODIAQUE

Phénix. Il semble difficile de rapprocher plus près celte époque.

En effet, les emblèmes qui désignent, soit l'équinoxe du printemps, soille solslice d'. té, sont placés assez près, l'un du taureau et l'autre du verseau, pour donner lieu de croire que c'était à peu de dist;ince de ces aslérismes qu'étaient les points d'intersection ducolure solslicial et ducolure équinoxial.

La répétition de l'image du cancer au bas des deux colonnes a fait croire avec assez de vraisemblance, à M. de la Lande, que cette répétiîion n'avait lieu que parce que les 30 degrés de ce ^gne étaient coupés en deu\ par le colure des solstices , et qu'une moitié appartenait à la colonne de droite, terme des signes ascendans, et l'aritre à la colonne de gauclic, commtncemenîdcs signes descendans.

Si nous admettons celte opinion, il en résultera uneconséquence, c'est que les colures pasaient par le milieu des signes comme dans la spi.èie qu'Eudoxe apporta en Grèce, et qu'alors le zodiaque de Dendra, ou quelqu'autre semblable, a été l'original d'après lequel fut composé la sphère d'Eudoxe , qui n'était ni celle de son siècle, ni celle de son clnuat.

Au reste, il est certain que l'image du cancer est au bas de la colonnededroite , près delà pyramide solsticiale, qu'il y est figuré tel qu'il est dans d'autres zodiaques égyptiens.

Quant à l'image qui est au bas de la colonne de gauche, ses ailes ont fait croire à M. Viscouli que ce ne pouvait être le cancer. Cet attribut ne prouve pas que ce ne soit pas le cancer , puisqu'on sait qu'on a donné des ailes à plusieurs images célestes, à la vierge , au cheval Pégase, et même au cheval du sagittaire, comme il y enadansce monument.

Mais quand même on supposerait que celui-ci se-

BB DENDltA. StI

rait le scarabée , le lieu où il est appartiendrait encore au sif} ne du cancer et en seraitlaseconde moitié; car le scarabée él.iit consacré à la lune (1), qui a son domicile au cancer. C'est ainsi gue l'ibis , qui lui fut également consacré (2), est figuré conjointement avec le cancer, ou qu'il a sa tête accolée à la queue de l'écrevisse dans plusieurs zodiaques égyptiens, et notamment danscelui de Kirker, que nous avons fait graver dans notre grand ouvrage. Ainsi , dans l'une et l'autre supposition, le bas des deux colonnes s'appuie sur les 30 degrés du signe du cancer, que lecolure solsîicial partage en deux.

Nous sommes mêmes portés à croire que ces parties n'étaient pas égales , et que le coluredel'équi- D0\e passait au 19" d'aries, lieu de l'exaltation du soleil, suivant la fixation des anciens astrologues(3).

Nous sommes conduits à cette idéepar le nombre même des bateaux , qui est égal à celui des degrés du lieu du signe où était le point de l'exaltation du soleil , ou à celui des jours écoulés depuis l'entrée du soleil aux premiers degrés delà constellation , jusqu'au 19= jour où il atteignait le 19' degré, jour auquel on fixait la fête de l'exaltation du soleil.

Nous ne pouvons pas,commeM. Visconti, y voir les 36 décans, parce que 38 ne peut pas être l'expression de 36. Nous ne pouvons pas, comme lui, voir dans le nombre deux qui excède 36, ni le soleil, nilalune, qui n'entrèrent jamais dans la classe des décans , ni deux jours épagomèmes , parce que l'on en comptait cinq et non pas seulement deux. On ne pourrait guèrey voir non plus les ISOdegrés de chaque colonne partagés eu deux séries de 10 de-

(1^ Hor. ApoU., L. i, chap. lo.

|i) Clément Alex, Stroin., L. i. psg. 557.

(3) Orig. d«> Cuit, T. 1 , 1, >, cbap. i,f*t- 176- Edit. ia-4.

526 ZOOIAQOE

grés en 10 degrés, parce qu'alors les bateaux seraient au nombre de 18 , et non pas de 19. Mais ce nombre 19 a tant de rapports à celui des degrés du lieu des signes du bélier et de la balance oîi l'on fixait l'exallation de la dépression du soleil, que nousnoussommcsattachésà cette conjecture. Tous les bateaux partent du méridien supérieur et s'abandonnent au courantqui les porte vers le basdu ciel , parce qu'elïcctivement , de quelque côté que se dirige le mouvement des planètes dans le zodiaque, soit leur mouvement propre d'occident en orient, soit le mouvementcommunapparentdiurne d'orient en occident, lorsqu'on part du point culminant, il faut toujours descendre, dcquelquecôté qu'on aille : ce qui ne serait pas si l'on eût eu en vue de représenter la marche du soleil du nord au midi et du midi au nord; c'est-à-dire son mouvement en déclinaison dans les signes ascendans et dans les signes descendans, ou la division du zodiaque en deux moitiésascendan tes et descendantes; car alors il y aurait eu 19 bateaux qui auraient monté et 19 qui auraient descendu, pour représenter des mouvemens en sens contraire ; au lieu qu'ici tous les bateaux se dirigent vers le même point vers le bas du ciel, lieu, ditManilius, oii les astres cessent de descendre.

Les Egyptiens représentèrent, comme on sait , le soleil et la lune voyageant dans des bateaux ; il en put être de même des jours, ou du soleil de chaque jour et conséquemmen t des 1 9 jours qui précédaient l'arrivée du soleil aux points équinoxiaux, depuis son ientréedans les constellations du bélieret delà balance, où se trouvaient fixés les lieux de l'exaltation d'un côté, et de l'autre de la dépression de cet astre. On sait aussi qu'ils représentèrent les 360 jours de l'année par les 360 vases.

BE DENDRA. ^27

De même que la ncoménie équinoxialedii printemps fut une importante époque diuis le calendrier sacf des Ef^yptiens, la pleine luneéquinoxiale fut également observée etcélébrée. Lalunedecel équinoxe setrouvaitpleine versla fin de la balance près du scorpion . Nous devons donc clierclier là quelque symbole relatif à cet astre. Nous en trouvons effectivement un et très-remarquable. C'est un Cynocéphale debout, ou une figure à tête de chien, surmontée d'un ornement, et qui tient ses mains élevées. C'était là précisément le caractère hiéroglyphique par lequel les Egyptiens représentaient le lever de la lune au rapport d'Horus-Apollon (I), qui jusqu'ici nous a donné la clef de beaucoup de ces caractères énigmatiques. Voilà donc encore un symbole de la lune qui se trouve au lieu même oii elle se levait pleine à l'équinoxe de printemps , et il occupe dans le monument la place qui lui appartient dans la sphère.

11 nous reste maintenant à parler d'autres figures,ou d'autres images symboliques empruntées des coostellatiousextrazodiacalcs, ou desparanalellons

Îui fixaient cette position du zodiaque. Nous avons éjà expliqué le groupe équinoxial, formé delà réunion de la chèvre et du chien céleste, surmonlésde l'épervier symbolique , qui, suivant Clément d'Alexandrie, désignait l'équinoxe de pvinlein})S.

Vers le ïi.M'tde la colonne, près du point solslicial , on trouve un cygne; c'est laconslellalion du cygne cèles! e, qui])asseau méridien supérieur avec les constellatious du capricorne et du verscau. Il concourait à fixer le passage ds point du solstice d'hixerpar le méridien supérieur, tîj. Vers les deux tiers de la colonne, entre le taureau

(l) H*r. Ap*U., L. 1. ckap. i6.

528 ZODIAQVK

et les gémeaux, on trouve l'image du serpentaire , tel qu'il est dans le zodiaque de Kirker et au même endrait. C'est la constellation qui se levait en aspect avec le taureau et les gémeaux, ou à leur couclier, comme il est aisé de s'en assurer en amenant ces signes au bord occidental , au moyen d'un globe céleste.

Après avoir jeté les yeux sur les images de la colonne de droite, si nous examinons celles de la colonne de gauche, nous trouveronsaussi d'autres paranatellons,ouimagesdes constellations, qui, par leur lever ou leur coucher, se liaientauxdivisions des figures près desquelles elles sont placées, tel le renard qui est près du scorpion; tel le veau marin qu'un homme menace avec une pique , et que l'on remarque près du capricorne, au haut de la colonne.

Ces deux constellations ne se trouvaientpas dans la splière des Grecs; ce qui est déjà une preuve que ce zodiaque n'est pas leur ouvrage , elles appartenaient à la sphère orientale (1).

Firmicus (2) place près du scorpion, à sa droite , la constellation du renard. On voit elïectivement cet animal près du scorpion dans le monument de Dendra.

Lorsque le milieu du sagittaire passaitauméridien supérieur, deux constellations déterminaient cette position de la sphère , l'une au levant et l'autre au couchant : la première est un veau marin enchaîné

(i ) 11 SI ffit de jeter uu coup-d'œil »ur les nombreux caractères hiéroglyphique» dont ee monuMieut e!t couTeft, pour j'aptrccTnir qu'il ne pt-ul être Pouvrage des Giec», qui ne poss» daiei>t pas la .cience des biérng'ypbes , qui ne lesentfiidaienl pap, et qui ne furent iamaisa8^eK iodtiuits pour rédiger un calendcier aus»i composé, et qui a tous lef caractères He la seicnca sacrée, dont Ici prétrea éfjptieoi seuls étaient 1rs dépositaires.

(tl Fim. , L. e, ebap. t.

BK DENDttA. 32t

que les Orientaux peignaient à la place de la femme enchaînée, connue sous le nom d'Andromède. Ce lever est retrac^ dans ce monument par un animal armé des cornes du bœuf; sa queue est liée d'une chaîne terminée par une étoile, un homme en tient rextrémité;vis-à-visestnn autre hommearméd'itne pique, comme le centaure, qui lui est opposé au couchant. Ce homme dirige sa pique contre l'animal enchaîné qui se lève, car le monstre est peinte s'( levant. Cette figure n'est point encore dans le zodiaque des Grecs, qui à sa place ont représenté une femme enchaînée.

Nous trouvons au centre du cercle placé sous le fléau et entre les plats de la balance, une figure de femme que je crois être celle de Vénus ou de la planète qui avait son domicile dans ce signe et san temple à Tentyra, oîi elle était adorée (1).

Le sagittaire a la double face, c< Ile de l'homme et celle du chien. Ce dernier attribut lui vient de son asp'^ct avec Procyon , ou avec le petit chien , qui se lève au coucher du sagittaire.

11 est encore beaucoup d'autre images sur lesquelles nous pourrions propo.ser nos conjectures , mais nous croyons en avoir assez dit pour mettre le lecteur en état de juger notre travail , et de suivre la route que nous ouvrons à ceux qui voudraient pousser plusloinl'étudedessymboles hiéroglyphiques, principalement de. ceux qui tiennent à l'astronomie.

Nous n'ajouterons que quelque mots relatifs aux deux figures alongées qui forment le contour du monument, et qui embrassent ce zodiaque de manière à en déterminer le haut par leur tète et le bas par leurs pieds , car c'est là le but principal. Ainsi

(ij 3tri):«n,Ij. i',,fa%, lit.

leur tête désigne ce point é\e\é qnePtoléraéenomme « la lête du ciel ^ ce sommet où se trouve le pins « haut point de la course des asfres au-dessus de « notre horison , et qui , suivant lui , tient dans les « cieux le mê?ne rang que la tête parmi les autres « parties du corps humain.»

C'est là que nous remarquons deux sphères poussées en sens contraire par le souffle opposé des deux ligures qui impriment par là aux planètes le double mouvement , celui qui se fait selon l'ordre des signes chaquejour, et celui qui se fait contre l'ordre des signes pendant la durée de la révolution de chacune d'elles.

Après avoir proposé nos conjectures sur l'objet, sur la nature et sur l'âge du zodiaque de Dendra, il est de notre devoir de faire connaître au lecteur les explicationsdifférentes que des savans justement estimés en ont données avant nous. J'en distinguerai deux, dont l'opinion peut avoir plus de poids, M. de la Lande et 31. Vi.sconti, tous deux célèbres, l'un par ses grandes connaissances en astronomie , et l'autre par sa profonde érudition.

Nous avons déjà répondu en partie à M. de la Lande, dont l'opinion, pour la date du zodiaque, se rapproche assez de la nôtre; mais il a plu'ôt supposé qu'il n'a prouve que le tropique supérieur était au bas ou aux pieds des figures, et il n'a calculé juste que parce qu'eiVecfivpment il y est contre les apparences que présente le monument d'après les raisons que noiis avons données et que M. de la Lande n'a pas données et ne pouvait donner, .sans entendre la langue sacrée. Nous avons fait voir la fausse supposition qui l'a conduit à un résultat à peu près juste, parce qu'il s'est écarté du monument, et que deux erreurs en sens contraire se neutralisent.

BE SENBRA. 531

Il dit (1) : « J'ai remarqué par la gravure, que « le cancer est figuré dans les deux lignes, à la tête « des signes descendans et à la fin des signes ascena dans ; ce qui prouve que le solstice était vers le a milieu du cancer.»

La seule inspection du monument fait voir que , s'il représentait véritablement l'étaldu ciel, le soleil, quand il allait de la tête de la figure aux pieds, autrement di tdu verseau au cancer, ce qui estsuivre l'ordre des signes, ne montait pas dans le monument , ni dans le ciel , si le monument représentait exactement la marche du soleil de bas en haut et de haut en bas , ou la division du zodiaque par le colure des solstices, comme l'a prétendu M. de la Lande. Ce savant regarde le milieu du c;incer comme le point solsticial d'été, et met au bas de la figure ce qui, dans sa supposition, devait être en haut , puisque le tropique d'été ou le tropique supérieur est le terme le plus élevé de la marche ascendante du soleil: il devrait donc être en haut du monument, à moinsquelemonumentneprésentelesimagesattachées au tropique dans un ordre inverse. C'est ce que n'a pas dit M. de la Lande , parce que c'est un effet que neproduisent pas les colures en partageant le zodiaque en signes ascendans et descendans , mais que peut produire le méridien, en divisant le zodiaque eu deux parties , l'une orientale et l'autre occideutale. Cette dernière division est celle du monument, et non pas celle que M. de la Lande a supposée; car il l'aurait dit.

M. de la Lande ajo!ite que la .sphère des Grecs, tellequ'elleestdécrifepar Eudoxeel Aralus, d'après une tradition plus ancienne, remonte à près de 1300 ansavantl'ère vulgaire, et qu'Eudoxepouvaitl'avoir

(l) CeDDiisi.daj temps, iD XIV, l»g. 366.

apportée d'Egypte. On s'attendait que M.de laLande conclurait de Ih qnecette sphèrede Dendra pouvait très-bien être celle-là, puisqu'elle pn'senfait cette époque éloignée, et enfin qu'elle pouvait être l'original de la sphère qu'liudove copia en Egypte; au contraire, il conclut de cette ressemblance , que les Grecs, copistes, avaient sculpte le zodiaque là oii était l'original.» Ainsi, dit-il, il est tout naturel que a la sphère d'Eudoxe se trouve dans le zodiaque de « Dendra, sphère qui, par consiquent, peutbien tt être regardée, à cet égard, comme un ouvrage des « Grecs,» M. delà Lande eût plutôt dû dire: il est tout naturel que le zodiaque ancien, trouvéà Dendra, se soit reprotluit dans les sphèrts de la Grèce, ou dans la sphèred'Eudoxe, puisqu'Eudoxe, de l'aveu de M. de la Lande lui-même, avait rapporté la sienne d'Egypte. M. de la Lande n'a donc fait voyager la sphère d'Eudoxe d'Egypte en Grèce, puis de Grèce en Egypte, queparrespect pour l'opinion de M. Visconti, qui prétend que ce zodiaque et ce temple sont l'ouvrage des Grecs, opinion qui ne me parait nullement fondée, et que je vais examiner.

C'est à la fin du second volume de la nouvelle traduction d'Hérodote, par 31. Larcher, t. 2, p. 567,

3u'on trouve la notice que M. Visconti , à la prière e 31. Sylvestre de Sacy, à communiquée à M. Larcher, et que celle-ci a fait imprimera la suite d'une violente sortie contre les incrédules (i) qui font le monde un peu plus vieux qu'il ne le fait dans sa chronologie. « Je publie cette notice, dit 31. Lar- « cher, avec l'agrément de M. Visconti, dont l'œil « exercé sur les anciens monumrnsa jugé celui-ci « comme moderne, et à mis un terme au triomphe 8 des incrédules, qui n'a pas été de longue durée.»

(i) Trid. d'Bérod. t. «tp.ttA— U«.

I>E DENDRA. 5SS

M. Larcher annonce que son but est de prémunir le public contre les chadataneries des incrédules de profession. Pour moi, à qui il importe peu que le monde soit vieux ou jeune, j'ai donné à ce zodiaque l'antiquité que je crois qu'il a réellement, et malijré les conséquences que j'en aurais pu tirer pour appuyer mon sysième sur l'origine du zodiaque, je dirai franchement que je ne crois pas qu'il en retrace la position primitive, quoique le capricorne se trouve au haut du citl , parce que je pense que les sifjncs y sont placés en ordre inverse, par les raisons que j'ai données.

M. Visconti (1) prétend que cezodiaquecstpostérieur au commencement de l'ère vulïjaire, et que l'âge oîi il fut fait est placé entre l'an 12 de notre ère jusqu'à l'an 132 ou à peu près. îl est conduit à cette idée par plusieurs observations quil fait sur ce monument. Il nous dit d'abord qu'on trouve sur ce monument uneinscripliou qui contient des noms romains et qui annonce un César, qui ne peut être qu'Auguste ou Tibère (2).Mais M. Visconti sait bien qu'une inscription très-moderne peut, dans la suite des siècles avoir été tracée sur un monument plus ancien , et qu'il faudrait, pour en tirer quelque conséquencesurl'époquedela construction, du monument qu'elleporlàt expressément que le monument a été failsous tel ou tel prince; enfin qu'ellefi\àt d'une manière précise la date de sa construction. M. Visconti croit qu'il y a une autre inscription grecque de plusieurs siècles antérieure à celle-là, et don! on n'a pu prendre copie. Quand on la connaîtra, dit-il, nous aurons des lumières pour décider la question. Oui, si elle fixe la date ; et non , si elle n'en parle pas.

{i; Trad. d'Hérod. , T. j, p, Î70, l«) tliid,, p>|. 571,

âà4 ZODIAQUE

Il pourrait se faire (1), ajoute M. Visconti, que celle-ci fût du temps des Ptolémées 31iiis si l'on ne peut pas conclure d'une inscription du temps des Bomains, que le temple aitété bâti par les Romains, comme M. Visconti en convient lui-même, pourquoi conclurait-on d'une inscription du temps des Ptolémées que le temple a été bâti par les Ptolémées? De même que, de son aveu, l'inscription romaine peut être plus moderne que l'autre inscription qu'on n'a pas lue , et conséquemment que le temple, pourquoi l'inscription qu'on n'a pas lue ne serait-elle pas elle-même encoreplus moderne que le temple?

A cela M. Yisconti répond qu'il serait diflicilede ne pas connaître dans ce monument l'ouvrage des Grecs, dont l'établissement en Egjpte ne remonte pas au-delà du règne d'Alexandre, lîn effet, dit-il, il est bon de remarquer que l'archilccture du temple de Tentyra, quoique dans le (/ont cgyplien,et même quelques-uns des /tit'rr)gf/7//>Aey sculptéssur ses murs , offrent des rapports d'analogie avec les arts de la Grèce (2,i. Que s'en suit-il de là, si cette ressemblance, que plusieurs artistes contestent, existe i-éellement ? rien autre chose, sinon que les Grecs ont emprunté des Egyptiens non-seulement les sciences et la philosophie, mais aussi les principes des arts qu'ils ont ensuite perfectionnés avec plus de goût. Strabon (3) , qui avait certainement connaissance des arts de la Grèce, nous dit qu'il avait remarqué dans le templeantiqued'Héliopolis beaucoup de figures dans le style grec et toscan , et il n'en conclut pas pour cela que les Grecs et les Toscans eussent construit le temple d'Héliopolis ;

(i) Traduct.d'IIéiod., t 3, p. S75.

[j) Ibid,, p. 573. jj

(3) StrRboD} L. 17, p. 806,

DE BENBRA. &3â

d'ailleurs les Grecs ne sculptaient pas de figures hi voglyplii{;ues : cette scuuce nppyrienait e\clusiv.menf nv.\ loyptiens. Quand niêir.c cette ressemblance CMsUiaii entre les fif^ures du zodiaque de Tentyra et celles des zodiaques grecs, comme le veut M. Visconli , elle ne seraitautre chose que la ressemblance qui doit exister en're l'original et les copies. Car enfin on sait que les Grecs ne furent pas les inventeurs des figures du zodiaque, qu'ils empruntèrent leur astronomie soit des Egyptiens , soit des Clialdéens.

Mais cette ressemblance n'est pas aussi exacte que le prétend M. Visconti (1); pour s'en convaincre, il suffit de jeter les yeux sur un globe ou sur les figures de notre zodiaque, dessinées d'après les Grecs et de les comparer avec celles du zodiaque de Dendra. Commençons \nir aries. Dans la sphère grecque, le bélier a la queue tournée vers le taureau; dans le zodiaque de Dendra, il l'a toiiiiiée vers les poissons. Le taureau est aussi dans l'attitude grecque , ajoute M. Visconti. Au contraire, dans le zodiaque grec, le taureau est couché et étendu, comme on le voit dans nos sphères. Sa croupe obscure laisse ignorer s'il est bœuf ou vaclie , disent Ovide et les anciens mythologues (2). Il est, dit Aratus (3) couché sur son large ventre ouepleos ['*). Voilà l'attitude grecque.

Dans le monument de Dendra, au contraire , on le voit s'élançant comme un taureau furieux. Voilà une attitude bien dillércnte. C'est aussi celle qu'il a dans le planisphère égyptien de Bianchiui, que

(l) Strabon , L. 16, p. 563.

(s) Kralhoste» apud Germanie

(3) Tiaduct. de Moiiilius, par Pringri, T. a, p. fil,

14) »1 Aral. V. J66,

536 ZODIA.QVB

nous avons fait gi'aver ; on peut l'y voir. Dans celui de Rirker, ilmaiclie; il inarclie aussi et monte une montagne dans le zodiaque des Rechtrches asiatiques.

Les gémeaux du zodiaque de Dendra ne sont pas non plus ceux du zodiaque grec. Le Cancer n'étant point dans le monument de Dendra , mais étant remplacé par le scarabée , suivant l'opinion de M. Yisconti , ne peut pas lui offrir de ressemblance entre les deux zodiaques.

La vierge n'a point d'ailes dans le monument égyp'iende Dendra , ni dans celui de Kirker ; elle en a dans les zodiaques grecs. La balance n'était pas, dit on, connue des Grecs, et n'a été qu'une invention des flatteurs d'Auguste: c'est l'opinion de nos adversaires, opinion qui n'est pas certainement la nôtre. Donc ils ne peuvent trouver dans ce signe une ressemblance avec le zodiaque grec.

L'iiomrae - sagittaire du monument de Dendra a deux faces , son cheval a des ailes; le sagittaire grec n'a qu'une face et point d'ailes.

Le verseau des zodiaques grecs esl un homme qui a sur sa cuisse une urne d'oii s'éehap|»e un grand courant d'eau. Le monument de Dendra nous présente l'image d'un homme debout, qui tient à cîiaque main deux petits vasesdonl il répand l'eau.

Voilà les traits de ressemblance qui ont fait dire à M. Visconli que les figures du monument de Dendra, au moins le grand nombre, étaient à la manière etdans l'attitude de celles des zodiaques grecs. » La « ressemblance, dit-il (I), de la plupart des signes « à ceux des Grecs, prouve que ce zodiaque a été « exécuté dans un temps où les opinions des Grecs « n'étaient pas étrangères à l'Egypte , mais encore

(i) TrRd. d'Hirod. X, a , p. S?»»

SK i>«it(i>nA. 5S7

« dans un temps qui ne remonte pas à la plus haute « époque de l'astronomie fjrecq:ie. » Je sais bien que, jiour le but ail goriqne, ees diflërences sont à- peu-près nulles ; mais elles sont beaucoup pour le dessin et potir les formes, qu'on ne peut pas dire se ressembler dans les deux zodiaques et apparîenirau même génie.

Mais quand nous accorderions à M. Visconti que le temple de Dendra ne serait pas ancien ; et qu'il serait l'ouvragedes Plulémées, ce quenous ne croyons pas, il n'en pourrait encore rien conclure, pour l'époque astronomique indiquée par le zodiaque , et c'est le point ici qui nous occupe; parce que, de même qu'on peut sculpter une inscription moderne sur un temple beaucoup plus ancien , on peut pareillement sculpter sur un temple moderne et enchâsser dans ses plafonds un zodiaque dont les positions astronomiques remontent à des siècles bien antérieurs à l'époque où l'on bâtit le temple. Il suffit pour cela que les architectes ne soient pas astronomes , et qu'ils représentent sur les plafonds d'un temple moderne des zodiaques qu'ils ont copiés sur d'anciens temples, sans s'inquiéter s'ils offrent le tableau exact du ciel à l'époque où ils font cette copie. C'est ce qu'ont fait ceux qui ont bâti plusieurs de nos églises gothiques, où l'on trouve des zodiaques qui placent l'image de la constellation du capricorne au solstice d'hiver, celle du cancerà celui d'été, celle du bélier à l'cquinoxe du printemps, et celle de la balance à celui d'automne, quoiqu'il y ait plusde deux mille quatre cents ans que les points équinoxiaux et solsficiaux ne passent plus par ces constellations , qu'ils ont à tort coufonduesavec les signes, ^'ous les confondons encore aujourd'hui, quand nous appelons le tropiqued'été, tropiquedu cancer^ et celui du solstice d'iiiver , tropique duca-

S3S ZOBIAQCE

pricorne, quoique les coluresn'y passentplus; car ils passent par le pied des gémeaux et par l'arc du sagittaire, comme le prouve la seule inspection d'un globe; c'est-à-dire à 30° ou a un signe entier de distance des constellations du canceretdu capricorne. Les positions, les plus rapprochées qu'on puisse supposer aux col ures dans le zodiaque de Dendra , sont à 388 ans avant l'ère vulgaire, époque à laquelle la première étoile du bélier élait dans le colure de l'équinoxe. Le règne d'Alexandre est de l'an 334 ; donc ce monument suppose un état du ciel antérieur à xVlexandre et peut-être de plus de dix siècles, si l'on sujipose que les colures passaient par le milieu des signes, comme dans le zodiaque qu'Eudoxe apporta d'Egypte en Grèce, ce que semble indiquer la division du cancer en deux parties, comme nous l'avons fait voir plus haut.

Rien au reste de si ordinaire que devoir de monumens retracer un ordre de choses plus ancien que celui de leur construction. Les adorateurs du soleil, sous le nom deMithra, ont rempli l'Italie, la Gaule, l'Angleterre de monumens de leur culte

2ui retraçaient l'état du ciel tel qu'il était plus de eux mille cinq cents ans avant eux, puisqu'ils placent aux équino\es le taureau , et le scorpion et le lion au solsticed'éfé, comme nous l'avons fiiif voir dans notre explication du monument de MilLra(l).

Les Grecs se servirent de la sphère d'Eiidoxe , qui donnait l'état du ciel tel qu'il était près de 1300 ans avant Eudoxe, et Eudoxe était conlemporaiu de Platon.

Les Romains firent pendant cent ans usage d'un cadran qu'ils avaientapporlé deSicile, sanss'apercevoir qu'il ue convenait pas à la lalilude de Içuç

(l| Orig. dfs cuit. T. 3, p. l,i.

BE DENDBA. 539

pays. Tout devient croyable par l'ignorance, et les Grecs et les Romains étaient assez ifjnorans.

Ainsi, quelle que soiU'époquede la construction du temple , prouvée ou non prouvée, soit par des inscriptions, soit par le sljle d'architecture, il n'en r< suite aucune conséquence pour l'époque astronomiqueindiquéc par le monument de Dendra; c'està l'aslronomic' lle-mèmeàladétcnniner.C'est ce qu'abienscnti M. Visconti; aussi a-t-il cherché à nous prouver par des raisonnemens tirés de l'astronomie , que ce zodiaque ne peut être ancien. Malheureusement pour lui, ses raisonnemens portent sur des erreurs , qu.i ne lui ont échappé que parce qu'il s'est peu occupé de la théorie de la précession, sur laquelle s'jiupaie notre travail.

« Le premier signe, dit .M. Visconti, est celui du " lion(l). On a cru, ajouîe-t-il que le commencc- « ment du zodiaque par le lion marquait une « époque reculée à laquelle ce sionc était solsticial « et que cette époque pouvait bien être celle du « monument. Cette hypothèse est insoutenable , a parce qu'il y a dans ce zodiaque même des preuves « du contraire, qui démontrent que le rapport des « signes avec les saisons de l'année n'était pas dif- « forent de celui que nous connaissons pour les « caîastérismes grecs. /^^ balance, symbole de Z'e- « quinoxe esta sa place, c\:st-à dire que ce signe « suit celui du lion après V intervalle d'un seul « cataiteristne ; ce qui ne pourrait arriver si le « lion ('lait solsticial. »

M. Visconti nous accorde plus que nous ne lui demandons, et il suppose plus que nous ne pouvons lui accorder.

11 prétend que le zodiaque dans ce monument

fi; Tniuc. d'Hér»d. T. j, y. 46$ « lêtij.

commence par le lion. Il nous accorde donc que le lion était soisficial , puisqu'il élail le premier des signes , à moins qu'il ne le fasse le premier à compter de l'équinoxe de printemps , ce qui n'entre pas dans son intention; car alors ce zodiaque remonterait à plus de 6700 ans avant l'épique où le liou occupa le solstice d'été ;'au lieu quequand le lion fut le premier des si;;nesdescendans, c'était environ 2500 ans avant l'ère vnlgaire. Alors il était au commencement du zodiaque comme le cancer le fut dans la suite, dans les descriptions qu'Aratus elles autres astronomesgTecsnois donnent duzodiaque. M. Visconti nous accorde donc plus que nous ne lui demandons, puisque nous supposons que le lion dans cette colonne est précédé d'une partie du cancer et qu'il n'est pas réellement el rigoureusement le premier. Aussi ne faisons nous pas remontcrl'époquede ce monument aussi haut que nous le ferions remonter si le lion était le premier des signes , comme il l'est dans le poème des travaux d'Hercule et dans le monument de Mith raque nous avons expliqués.

M. Visconti ne se retire de cet embarras que par une contradiction, savoir: que le lion était le dernier des signes ( bien entendu des signes descendans, car s'il eût voulu dire des signes ascendans, il rapporterait l'époque à plus de 16000 ans), et que cependant le lion n'élaitpoint solslicial ; c'est-à-dire qu'il était au commencement et le premier, sans être au commencement ni le premier. Pour justifier celle contradiction , au moins apparente. M. Visconti suppose que « s'il eûlétésoisticial , il n'y au- « raitpas pour un seul catastèrisîne entre le lion o et la balance. » Ce sont ses expressions; elles méritent d'être remarquées, car l'errcurcst là.

Lorsque le lionétaitausolsiiced'élé, et il y a été, comme nous l'a vous fait voir dans notre grand ou>

DE DENnRA. 54 t

vrage, il n'y avait alors qu'un seul catastérisme entre lui et la balance , et il ne pouvait y en avoir qu'un. Lorsqu'il y reviendra , dans 21,ti40 ans , il n'y aura encore qu'un catastérisme entre lui et la balance.

Supposer, comme M.Visconti, qu'il devrait y eu avoir plus d'un , ce serait supposer que le mouvement des nœuds c'q'iinoxiaux et des points solsliciaux qui se meuvent dans le zodiaque , cliange les rapports qu'ont entre elles les douze imaf>es attaclices aux étoiles fixes, c'est-à-dire que l'aiguille d'une montre, dans sa révolution autour du cercle des heures, intervertit l'ordre des chiffres qui les marquent. Les nœuds ou les saisons qui commencent à ces nœuds, chajigent bien de rapport avec les images célestes; ils répondent à toutes successivement, comme les planètes qui circulent dans le zodiaque, mais ils n'en changent par l'ordre nlus que ne font les planètes : enfin les nœuds éqninoxiaux et les nœuds de la lune, qui foui leur révolution , les uns en "25,060 ans et les autres en prèsde 19 ans, en quelque lieu du zodiaque que les porte le mouvement rétrograde , ne feront jamais qu'il y ait plus d'un catastérisme entre le lion et la balance. Ce catastérisme est celui delà vierge, qui élerneliemenf sera la seule image du zodiaque qu'il yaiteiiire le lion etla balance. L'hypoflièsc qui placerait le lion au solstice d'été, et qui ne mellntit entre lui et la balance qu'un seul calaslérisnu\ne serait donc pas insoutenable, comme le dit M. Visconti ; c'est l'hypoîhè.se contraire qui serait insoutenable.

Nous concevons qu'on nepeut supposer le lion au solstice d'été et en même- temps la balancée l'équinoxe d'automne ; aussi n'avons-nous pas supposé qu'elle y fût. Au contraire , de ce qu'elle n'y était pas encore arrivée , de ce qu'elle en était distante

642 ZOBIAQUE

d'un signe en entier , lorsque le lion occupait le solstice d'été, nous avons conclu, dans notre Mémoire sur l'origine des couslcllalions , que ce symbole de l'égalilé des jours et des nuits n'avait pas été imaginé pour d signer l'égalité qui a lieu en auîonine, mais celle q;ii ;t lieu an p-intemps, et qu'elle fut autrefois le premier signe à partir du point équinoxial du printemps.

C'est dans cette hypothèse là seulement qu'il y a un accord frappant entre les signes ou les images célestes et les saisons, comme on peut s'en assurer par la lecture de notre 31émoire, accord qui n'existe nullement, surtout en Egypte, quoi qu'en dise M. Visconti, dans un zodiaque qui plaçait la balance à l'équinoxe d'automne.

En elfet, la vierge qui porte l'épi, symbole des moissons, répondait aux mois d'août, époque à laquelle on ne moissonne pas en Egypte, ctoîi le Nil inonde les campagnes. Le bœuf ou taureau que parcourt le soleil en m.ai dans cette hypothèse, ne représentait pas le labourage d'Egypte qui se fait en novembre.

L'homme du verseau qui représente le Nil débordé, répondait à janvier, où ce fleuve est au plus bas; il en est de même des autres signes qui , de l'aveu de M. Visconti, doivent être en rapport avec les saisons ; car la balance n'est pas le seul symbole dont le sens ne soit équivoque, et qui doive être en l'.armonie avec l'éîatducicl et de la terre, pour avoi" des rappor's sigîiificatifs avec les saisons.

Cependant, comme si tout monsysîème sur l'origine du zodiaq le eût porté uniquement sur la balance, on s'est attaciic à me refuser cette preuve, en disant que cet emblème est très-moderne , en comparaison des autres catastérismes. On a même été jusqu'à dire qu'il est une inveatiou des flatteurs

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